- Paul-André Saulnier
Bienvenue sur Parcours de Vin, le podcast qui part à la rencontre des gens qui font le vin. Au fil de nos discussions, nous allons partager avec vous les étapes inspirantes de leur cheminement. Parce que, encore plus qu'ailleurs, dans le vin, il y a autant de parcours que de personnes. Je suis Paul-André Saulnier, oenologue associé chez ES20 Oenologie à Béziers, et je suis très heureux de partager ce moment avec vous. Aujourd'hui, je reçois Noémie Vidil, qui a la responsabilité de deux domaines emblématiques sur le terroir de Saint-Chinian. Nous avons parlé de Titanic, de terroir et de forêt gourmande. En route pour ce premier épisode. La première question que j'ai, c'est où est-ce que tu as grandi et qu'est-ce que tu te rappelles comme odeur dans ton enfance ?
Bonjour Paul-André ! L'odeur de mon enfance, d'où je viens ? Moi, je viens de Bordeaux. Bordeaux, Bordeaux. Bordeaux, Bordeaux. Mes grands-parents maternels viennent d'une famille de producteurs de cognac. Mon beau-grand-père, le mari de ma grand-mère, en quatrième carrière, est devenu viticulteur à cognac et producteur de cognac. Et papa a une maison de famille d'enfance. à côté de Sauternes, une appellation qui s'appelle Sainte-Croix-du-Mont, qui fait des licoreux au sud de Bordeaux. Donc moi, je suis née à Bordeaux. J'ai grandi un peu plus tard dans les Graves. Les Graves, c'est une appellation à côté de Pessac-Léonien, qui m'a fait rencontrer mes amis au collège et au lycée, qui étaient souvent fils de viticulteurs et de vignons. Les grands châteaux de Bordeaux. Une odeur de mon enfance... Ça peut être dans la distillerie de ma cousine Amélie, cette odeur entre deux plongeons dans la piscine de Jean-Sac Lapalue. On va dans la distillerie des Barbotins et on sent ce brouillis fumant, cette odeur des cheminées, des alambics pleines. C'est quoi brouillis ?
- Noémie Vidil
C'est le... C'est l'eau de vie qui est en cours de distillation. C'est le vin qui est en cours de distillation et en cours de devenir de l'eau de vie.
- Paul-André Saulnier
Ça sent quoi ?
- Noémie Vidil
Ça sent fort.
- Paul-André Saulnier
C'est un peu entêtant.
- Noémie Vidil
C'est le bruit des cheminées. C'est ces grands alambics. C'est tous les sens. Ce n'est pas qu'un seul sens. C'est un bruit. C'est des alambics qui... tournent 24h sur 24 avec des bouilleurs de crues qui sont là dans leur petite chambrette pour surveiller les alambics nuit et jour.
- Paul-André Saulnier
C'est l'hiver ou c'est l'été ?
- Noémie Vidil
C'est après les vignifes en fait, ils vont en septembre, octobre. Les viticulteurs font leur vin de base. Les vins de base sont récupérés en mois de... Ouais, c'est plutôt le 7 novembre à mars. L'initiation, c'est le 9 novembre à mars. Ça marche pas avec une histoire de piscine.
- Paul-André Saulnier
Coup de bluff, coup de bluff total. Aujourd'hui, comment tu définirais ce que tu fais ? En quelques mots.
- Noémie Vidil
Aujourd'hui, j'ai la responsabilité de deux domaines sur l'appellation Saint-Chinian, qui sont deux caves particulières, qui représentent à peu près une cinquantaine d'hectares et un peu plus de 1500 hecto par an. J'ai la responsabilité de 8 salariés, à la vigne, à la cave, à l'administratif, à la logistique. Et je me vois un petit peu comme un chef d'orchestre qui essaye de mettre tout ça en musique pour créer une cohérence entre le travail à la vigne et le client final et que de bout en bout de la chaîne, il y ait une sorte de cohérence entre ce qu'on fait. Donc voilà, moi je suis celle qui met en musique ce qui œuvre chaque jour pour réaliser ce vin, la préparation des commandes, la commercialisation en France et à l'étranger.
- Paul-André Saulnier
Tu te définis comme une vigneronne ou pas ? Est-ce que ce mot-là, ça marche ou pas ? Si tu ne l'as pas utilisé, peut-être que tu ne te définis pas comme ça, mais je suis intéressé par la réponse.
- Noémie Vidil
Vigneron, il y a un sentiment de propriétaire terrien, de celle qui... qui met ses bottes et qui arpente la vigne chaque jour. Et peut-être que je ne me sens pas légitime pour utiliser ce terme.
- Paul-André Saulnier
Parce que t'as pas de bottes, mais des chaussures ?
- Noémie Vidil
Parce que je suis souvent en converse.
- Paul-André Saulnier
Tu penses qu'il y a un lien entre le moment avec le brouillis à Jean-Jacques l'a pas lu ? Et aujourd'hui, tu penses que ça lui a fait quelque chose ?
- Noémie Vidil
Oui, c'est indéniable, bien sûr. Moi, je finis mon... mon parcours de chimie, ma licence de chimie. Et je me demande ce qu'on peut faire avec une licence de chimie. Et tout d'un coup, en regardant autour de moi, ça me paraît évident que c'est la viticulture qui va apporter du sens à mon parcours. Jean-Sac Lappalue, c'est mon enfance, mais c'est mon premier stage de troisième qui, au-delà d'être la première fois où j'ai regardé Titanic. Avec mon arrière-grand-mère, c'est aussi la première fois où j'ai rempli des citernes de vin et taillé de la vigne et tiré les bois. Et puis voilà, à 20 et quelques années, en sortant de ma licence, il faut faire quelque chose de cette licence de chimie. Et la viticulture me paraît l'endroit le plus juste pour exprimer ces compétences-là.
- Paul-André Saulnier
Comment tu fais pour... pour faire un petit saut chimie vers viticulture ?
- Noémie Vidil
Je fais un an d'année sabbatique en stage, chez un vigneron dans la Loire, à l'IFV, qui est l'Institut français de la vigne et du vin, sur un aspect un peu plus technique.
- Paul-André Saulnier
Ce n'est pas la vision de l'année sabbatique que j'avais en tête,
- Noémie Vidil
mais... Et puis j'arrive à un master qui s'appelle vigne et vin. À l'université de Reims.
- Paul-André Saulnier
Ok. C'était un choix d'aller là-bas ou c'était une opportunité qui est arrivée comme ça ?
- Noémie Vidil
Ouais, c'était le... Il était Bordeaux et de voir un autre bassin viticole.
- Paul-André Saulnier
Trois mots de ta vie en Champagne. De ce moment-là, quoi.
- Noémie Vidil
Si on ne doit pas parler de ma carrière, mais ça va être des années que j'ai fait... Des vraies amitiés. Le seul endroit en France où on n'a pas besoin de tire-bouchons. Et puis, moi, j'avais besoin d'une certaine rigueur. J'en avais marre de faire mes études. Donc, il fallait carburer. C'est le seul moment dans ma vie où j'ai été rigoureuse avec mes fiches Bristol et mes stabilos. Après, plus professionnellement, c'est un master qui était très varié. et donc qui me plaisait beaucoup en fait moi je suis pas du tout monotâche il faut que je sois très pour que ça me plaise il faut que ça soit très varié et c'était un master qui était à la fois technique à la fois marketing,
- Paul-André Saulnier
à la fois très administratif donc c'était très intéressant et tu t'es pas dit je vais rester en Champagne ?
- Noémie Vidil
Jamais de la vie pas une seule seconde
- Paul-André Saulnier
Pourquoi ?
- Noémie Vidil
Ce qui m'a fait partir de la Champagne, c'est mon stage à Paris. J'ai fait un stage chez Vigneron Indépendant, où j'étais en charge d'une étude prospective sur l'avenir de la viticulture en France. Et j'ai étudié tous les bassins viticoles français. Et j'avais le sentiment que le Languedoc était celui où il y avait le plus d'enjeux, où il y avait le plus de défis à réaliser dans les... dans les années à venir. Et donc, c'est ce bassin viticole-là que je voulais intégrer.
- Paul-André Saulnier
Tu as réussi à faire ça tout de suite ?
- Noémie Vidil
J'ai réussi à intégrer le bassin viticole. Oui, j'ai postulé à la chambre d'agriculture du Languedoc et je suis arrivé.
- Paul-André Saulnier
Je vais y aller directement. J'ai une question parfaite pour ça. Moi, je veux connaître la réponse. C'est, qu'est-ce que c'est une chambre d'agriculture ? à quoi ça sert, comment c'est organisé, pour moi, c'est obscur. Je ne sais pas du tout à quoi sert la Chambre d'agriculture.
- Noémie Vidil
C'est une bonne question, parce que c'est la raison pour laquelle j'ai postulé à la Chambre d'agriculture. Je me suis posé la même question que toi, et que maintenant que je savais à peu près comment et pourquoi dessiner une étiquette de vin, et comment faire à peu près du vin, je voulais mieux comprendre l'organisation complexe et l'architecture des organisations de la Chambre d'agriculture. de l'agriculture française. Et donc, la chambre d'agriculture est, à la base, le portail unique, le portail d'entrée. Alors, la chambre d'agriculture départementale, chambre dans laquelle j'étais, parce que tu as des chambres départementales, des chambres régionales. et une chambre au niveau national. Donc la chambre départementale est censée être le portail, le bureau, auprès duquel l'agriculteur est censé pouvoir frapper avec n'importe quelle question, qu'elle soit technique ou administrative, et on pourrait lui répondre. Donc au sein d'une chambre d'agriculture, il y a des conseillers techniques qui sont répartis uniformément sur le territoire. Et puis, il y a des plus grosses antennes dans notre département de l'Hérault, ça va être à Montpellier, à Béziers, où là, il va y avoir des conseillères en entreprise qui vont faire des études prospectives pour ton installation ou si t'es en difficulté, qui vont être en capacité de t'accompagner pour prendre des décisions économiques pour gérer ta boîte. Il va y avoir un mec qui va t'aider à transmettre ton entreprise ou à faire tes démarches d'inscription auprès de tel ou tel organisme. La chambre d'agriculture, c'est aussi un lieu où on va centraliser des études, de la recherche. Je ne sais pas, on pourrait souhaiter notamment en ce moment les cépages résistants ou des choses sur les besoins en eau. On va avoir des conseillers spécialisés en irrigation qui vont gérer. Donc ça, c'est la partie un peu plus politique, qui vont gérer un petit peu, qui vont défendre les intérêts des agriculteurs en faveur des besoins en eau auprès du département ou auprès d'autres. organismes. Il va y avoir des conseillers. Voilà. Donc il y a une partie plus technique et très proche des agriculteurs. Et puis il y a une partie un peu plus politique. Celui qui va négocier, par exemple, qui va dire au département, ben voilà, là, il y a eu 80 000 hectares touchés par la sécheresse. Les rendements sont vraiment trop faibles. Il faut déclencher des calamités agricoles. Et hop, il déclenche des fonds.
- Paul-André Saulnier
Et la chambre qui initie ça.
- Noémie Vidil
C'est la chambre qui initie ça, c'est la chambre qui est le relais entre les agriculteurs et les institutions. Et c'est la chambre qui est là pour accompagner les agriculteurs sur leurs questions techniques et leur être... et faire un retour sur ce qui se passe un peu dans le monde technique pour pouvoir les... mettre en place aussi des innovations, par exemple. L'agriculteur qui n'a pas toujours le temps de lire tel ou tel document, la chambre est censée être ce porte-parole-là.
- Paul-André Saulnier
Et toi, tu faisais quoi là-bas ?
- Noémie Vidil
Moi, j'étais conseillère technique et économique dans un tout petit village. Et j'accompagnais les agriculteurs de ce territoire sur leurs problématiques. Donc, ça va être technique, ça va être des accompagnements pendant la saison sur les traitements. Quel traitement tu dois faire ? Quel travail du sol tu dois faire ? Quel déconseil à la plantation ? Et après, en partie économique, j'avais toute une partie subvention. Je les aidais à décrocher leur dossier PAC, à leur faire leur dossier PAC pour qu'ils souche leur subvention européenne ou France Agrimaire pour des plantations. Et après, j'étais aussi sur la partie aide à l'installation des jeunes, diagnostic à l'installation, diagnostic pour des agriculteurs en difficulté, pour essayer de les accompagner en fonction de leurs difficultés du moment.
- Paul-André Saulnier
Excellent. Mais tu n'es plus à la chambre d'agriculture. Il y a eu un moment où tu voulais voir autre chose ?
- Noémie Vidil
Il y a eu un moment où j'avais envie d'être un petit peu plus au cœur de ce métier et que je me sentais un petit peu trop éloignée de la pratique viticole. C'est-à-dire que donner des conseils, c'est bien. Mais en fait, j'avais envie de faire des choses de mes mains, un peu plus.
- Paul-André Saulnier
Ok, ça s'entend. Et donc vers quel horizon tu t'es tournée à ce moment-là ?
- Noémie Vidil
Et en fait, ce n'est pas moi qui me suis tournée. C'est une rencontre qui fait qu'un négociant montpellierain a trouvé qu'une conseillère agricole, c'était un chouette métier, que cette polyvalence était intéressante. Et donc j'ai été internalisée dans une structure privée. Donc quelqu'un qui avait plusieurs domaines. au sein d'un même département. Et en fait, je faisais toujours mon métier de prospection sur mon Midou et mon Oïum à travers le département. Sauf qu'au lieu de le faire pour des dizaines et des centaines d'agriculteurs, je le faisais que pour lui. Et puis, je continuais à l'aider dans ses subventions et à l'aider sur ces parties techniques. J'étais devenue conseillère technique. Et puis petit à petit, le temps en faisant, je suis devenue directrice technique de cet auto-établissement, avec la partie cave et vinif en plus.
- Paul-André Saulnier
Ok, est-ce que cette rencontre, tu pourrais, ça c'est un mot de podcast aussi, est-ce que tu peux parler de mentors ou pas ?
- Noémie Vidil
Oui, des mentors, j'en ai plusieurs. En tout cas, ce que je peux raconter, c'est que ce monsieur qui a 65 ans me rencontre, me donne une liste infinie des choses à faire. Donc ce monsieur de 65 ans me donne une liste des choses à faire. infinies qu'il aimerait faire et puis je lui dis bah écoutez je sais en faire 80% de ce que vous venez de me dire mais c'est beaucoup quand même c'est quoi le meilleur conseil que t'ai donné lui ? le meilleur conseil qu'il m'ait donné c'est donc c'est quelqu'un qui m'a donné une liste vraiment très très longue de choses à faire et ça a passé pour la faire courte de transformer les centaines d'hectares qu'il avait en bio, à finaliser un dossier PAC interminable, en passant par aller sulfiter les vins et faire des déclarations auprès des AOP. Des choses qui, pour le volume de vins et d'hectares qu'il y avait, me paraissaient énormes. Plus gérer les salariés, plus gérer des lieux, tout ça. Et en fait, je lui ai dit, mais Didier, ça fait beaucoup. Et il m'a dit, ne t'inquiète pas. Plus tu en mettras, plus tu pourras en mettre. Et plus tu en fais, plus tu pourras en faire. Donc il m'a un peu dédramatisé sur la surcharge mentale et la charge de travail, parce qu'on a compris que lui et moi, on était adeptes des multitâches et que plus on avait de cordes à notre arc, plus on savait faire, plus on faisait, plus on était épanouis. Et donc voilà. C'est ça qui m'a appris.
- Paul-André Saulnier
Est-ce que tu as... C'est quoi, tu as les réussites à ce moment-là ? Quand tu y repenses, tu te dis dans les meilleures réussites que tu as eues à ce moment-là. Tu te dis, je suis fier de ça.
- Noémie Vidil
Peut-être que la plus grande fierté, c'est pas une fierté, mais le jour où j'ai pris confiance en moi, c'est un jour où... Ce fameux Didier va voir un salarié et lui pose la question. Quelqu'un qui travaille sur le domaine depuis plus de 20 ans, quelqu'un qui a une cinquantaine d'années. Et il dit, comment trouves-tu ton nouveau chef ? Et le salarié lui répond, Noémie, ce n'est pas un chef, c'est une chef. Parce qu'en plus d'être chef, c'est une femme qui est à l'écoute. Et je crois que ce jour-là, c'était quelque chose qui était assez touchant, mais qui m'a beaucoup touchée.
- Paul-André Saulnier
Est-ce que tu penses que... Je pense que j'ai un peu la réponse d'avant. Est-ce que si c'était quelqu'un d'autre, est-ce que quelqu'un d'autre aurait réussi ?
- Noémie Vidil
À ma place ?
- Paul-André Saulnier
Oui.
- Noémie Vidil
Oui, je pense que ma personnalité étant ce qu'elle est, je suis plutôt quelqu'un d'entière. et extravagante sans... Je ne cherche pas à rentrer dans telle ou telle case. Donc, ma personnalité a forcément joué. Donc, forcément, avec quelqu'un d'autre, ça aurait été différent. OK.
- Paul-André Saulnier
Donc, après avoir été dans la prospective, si je traduis la chambre d'agriculture, et ensuite dans la variété, les tâches variées, le multitâche, Merci. tu te retrouves ici à Saint-Chinian. Comment tu fais cette transition ? C'est à quel moment de ta vie est-ce que tu avais envie ? Tout à l'heure, tu disais que tu avais envie de te rapprocher, ce que je traduis, si tu avais envie de te rapprocher du vin et de la production.
- Noémie Vidil
J'avais envie d'être sur quelque chose avec une échelle un petit peu plus petite. pour y mettre un peu plus de sens et faire les choses avec un petit peu plus de précision, un petit peu plus de cœur. Quand on brasse des volumes et des volumes comme je brassais avant, il y avait quelque chose quand même d'un petit peu automatisé et peu scrupuleux. Aujourd'hui, j'essaye de... Voilà, j'avais à cœur d'aller dans une entreprise avec des valeurs un peu plus justes et que... l'ensemble des valeurs qui me constituent puissent transparaître au sein de l'entreprise suivante. Donc ici, au Mas Champart et à la Dournie.
- Paul-André Saulnier
Ok, dans cette transition, quand tu as démarré cette mission, ici, qu'est-ce qui a été le plus difficile dans la transition ? Tu t'es dit, waouh, c'est ça, je ne l'ai peut-être jamais fait, est-ce que je sais le faire ?
- Noémie Vidil
Le plus difficile, c'était de ne plus avoir Didier, c'était d'être toute seule, de ne plus avoir personne au-dessus de moi à qui je pouvais me référer, à qui je pouvais m'admettre, et midi, matin et soir. C'était d'être lancée dans le grand bain et que j'avais pas imaginé. Et que tout d'un coup, quand j'avais des questions à poser, je pouvais plus me retourner envers Didier en disant « Mais Didier, ça fait 40 ans que vous le faites, comment vous faites ? Qui est-ce qu'il faut appeler ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? » J'avais plus mon filet de secours. Donc ça, ça a été quelque chose où... En même temps, j'en avais envie, parce que sinon, je ne serais pas partie. Et en même temps, le jour où je m'en suis rendue compte, c'était un peu effrayant. Mais j'ai tenu bon. Le fait d'avoir une équipe en dessous de moi me faisait... J'ai compris qu'il fallait quand même que j'assure, qu'il fallait que je ne laisse pas paraître trop d'incertitudes. Alors je me suis dit, qu'est-ce que Didier aurait fait à ta place, et qu'est-ce qu'il t'a appris, et il m'a surtout appris à me faire confiance, alors fais-toi confiance, ça va le faire.
- Paul-André Saulnier
Tu parles d'équipe, quand tu montes une équipe, quelqu'un arrive dans ton équipe, c'est quoi les premiers mots que tu lui dis, pour démarrer, le premier jour ?
- Noémie Vidil
C'est, j'ai essayé de me fondre dans le bain tout de suite, comme si... Je connaissais déjà leur quotidien et comme si je faisais déjà partie de leur quotidien. Premier jour, je fais comme si j'étais déjà là la veille. En disant, qu'est-ce qu'il y a à faire ? Ok, on y va. Je vais faire avec vous. Ça va bien se passer. Ils m'ont dit, mais tu sais pas faire. J'ai dit, mais si, on va s'intégrer.
- Paul-André Saulnier
Et quand t'es arrivée, on t'a dit, Noémie, c'est la chef ? Ou pas ? T'as présenté comme ça ?
- Noémie Vidil
Oui,
- Paul-André Saulnier
moi présenté.
- Noémie Vidil
Ça a été mon rôle tout de suite.
- Paul-André Saulnier
Est-ce que t'as pris pour argent comptant ? Je suis la chef, c'est comme ça. Et puis tout le monde a perdu son mot à dire. Ou est-ce que, j'essaie d'expliciter le fond de ma pensée, est-ce que t'as démontré les choses et quoi ? Comment tu as réussi à les convaincre ? Autre que, bonjour, je suis Noémie, je suis la chef.
- Noémie Vidil
Alors moi, je n'ai jamais dit « Bonjour, je suis Noémie, je suis HF » . J'ai dit « Bonjour, je suis Noémie, un nouveau membre de votre équipe, qu'est-ce qu'il y a à faire ? » C'est la première chose que j'ai faite. Mais c'est dans le discours... Surtout quand il me voyait parler avec des gens de l'extérieur. Je me souviens, un acheteur qui arrive assez rapidement au Mas Champart. Et à ce moment-là, mon assistante Françoise qui me regarde et qui me... qui m'entend parler de la viticulture de la région, des projets qu'il y a à faire dans ce domaine, des choses que j'ai essayé de cerner assez rapidement. Et là, elle a vu que je savais de quoi je parlais et donc elle a eu confiance assez rapidement.
- Paul-André Saulnier
Est-ce que tu penses que dans ton organisation, tu dois savoir tout faire, toi ? Ou est-ce que tu te reposes sur des gens qui savent faire et tu leur fais confiance ?
- Noémie Vidil
Moi, je fais énormément confiance. Par contre, c'est important que je sache faire pour comprendre, pour comprendre ce dont ils ont besoin, pour pouvoir recadrer quand il y a un membre de l'équipe qui n'est pas complètement à sa place et être en capacité de le voir assez rapidement. Et pour ça, il faut quand même que je comprenne la... les tenants et les aboutissants de chacun des postes. Après, je ne sais pas tout faire, loin de là, mais il faut un minimum comprendre l'intégralité des tâches pour être en capacité de les accompagner au mieux. Leur donner les moyens de faire au mieux. C'est ça mon rôle.
- Paul-André Saulnier
Ça fait combien de temps là ?
- Noémie Vidil
Ça fait deux ans. On attaque la troisième année.
- Paul-André Saulnier
si demain quelqu'un rejoint ton équipe qu'est-ce que tu vas lui dire ? Est-ce que ça a changé entre le premier jour et après trois ans ? Comment tu vas lui raconter l'histoire ?
- Noémie Vidil
L'important dans cette nouvelle équipe c'est C'est de faire partie de l'équipe, c'est d'être un membre de l'équipe à part entière. Mais voilà, moi, j'ai très à cœur que chacun connaisse son travail et ils sont tous très complémentaires. J'en ai qui sont plus orientés vignes, d'autres qui sont plus orientés caves, d'autres plus orientés machinisme ou alors logistique et qu'ils soient tous bienveillants les uns avec les autres. Parce qu'ils sont tous amenés à se donner des coups de main, à s'entraider. Et donc, faire équipe est pour moi très important. Donc, ce que je vais présenter à mon nouveau collaborateur, ça va être tout d'abord cette ambiance d'équipe. Et ensuite, qu'on a à cœur de travailler avec soin. On a des vignes qui sont... pour la plupart des très vieilles vignes, et qu'il faut respecter son environnement de travail, qui est un environnement un peu particulier, qui est comme un bout de l'histoire de la viticulture du Languedoc, et qu'il faut être conscient de cette responsabilité-là.
- Paul-André Saulnier
On parle souvent de terroir. Est-ce que tu crois au concept du terroir ?
- Noémie Vidil
Je crois au concept de terroir si on n'oublie pas les hommes. Pour moi, un terroir, c'est plusieurs composantes. C'est un sol, c'est une météo, mais c'est aussi l'humain qui le travaille. Et faire fi du vinificateur, en fait, ça ne fera pas de vin, donc le terroir ne s'exprimera pas. C'est le vigneron, le vinificateur, qui va faire exprimer ce terroir. Donc, parler de terroir sans le parler d'homme, pour moi, ça n'a pas beaucoup de sens.
- Paul-André Saulnier
Est-ce que, si je tourne le truc dans l'autre sens, est-ce qu'un même vinificateur peut faire le même vin, quel que soit le terroir ?
- Noémie Vidil
Il y a des procédés plus ou moins... Il y a des recettes ?
- Paul-André Saulnier
Oui.
- Noémie Vidil
Plus ou moins...
- Paul-André Saulnier
Je vais préciser. Un vin avec de l'émotion, quoi. Un vin techno. Si je précise un vin techno, un rosé, bonbon anglais, ce n'est pas un vin terroir pour moi. Tu vas le faire face à Saint-Chignan en Afrique du Sud ou au Chili, il sentira le bonbon anglais, même si je crois que je n'ai jamais mangé de bonbon anglais. Par contre, un Saint-Chinian, un terroir de Saint-Chignan, Merci. Il ne va pas avoir la même expression qu'un Pic Saint-Loup, ou si je tire un peu plus loin, qu'un Bordeaux ou qu'un Loire.
- Noémie Vidil
Ce qui est sûr, c'est que aujourd'hui, je suis bien placée pour répondre à cette question. J'ai deux domaines sur deux terroirs complètement différents. Et je pense que c'est impossible de retrouver le fumet des schistes de la Dournie. sur le terroir du Mas Champart, qui est très calcaire, et inversement. Donc oui, il y a sûrement une notion de terroir, et que la laisser s'exprimer, c'est aussi faire des vins différenciés et intéressants.
- Paul-André Saulnier
Est-ce qu'on continue sur les vins ? Est-ce qu'il existe aujourd'hui des vins modernes ? Est-ce qu'on a besoin d'avoir des vins modernes ? Est-ce que ça existe ?
- Noémie Vidil
Il y a besoin d'avoir une gamme assez large. Je pense qu'il y a des publics de vin plus variés aujourd'hui que ce qu'il pouvait y avoir il y a quelque temps. Aujourd'hui, les gens sont plus curieux. Si je prends mon père ou mon grand-père, ils étaient capables de boire la même bouteille pendant 15 ans sans se poser de questions, de changer de château, de changer d'appellation, de changer de région. C'était le vin que le Cavis proposait. Mon père va boire le vin du voisin, un château des Graves, quand mon grand-père va boire un vin pas très loin d'ici, un prène-levieux, pas très cher, qu'est-ce que tu vas lui rendre ? Et je suis très convaincue, parce que c'est un très bon rapport qualité-prix. Mais voilà, c'est le vin de tous les jours et on ne se pose pas trop la question. Aujourd'hui, les habitudes de consommation ont changé et il faut des vins un petit peu plus variés. On est content de goûter à tout, donc vins modernes, je ne sais pas.
- Paul-André Saulnier
Des vins variés,
- Noémie Vidil
c'est sûr. Sur le même thème, un millésime bio, j'entendais quelqu'un qui disait qu'il faut des vins souples, gourmands, croquants, légers. Est-ce que l'avenir du vin peut se résumer à ça ?
- Paul-André Saulnier
Ce serait triste. Cette diversité... est belle et enrichissante. Et l'ambateur de vin aime avoir une... Oui, je reprends cette diversité, mais oui, il faut... Non, je ne suis pas d'accord. Je ne suis pas d'accord. Il y a plein de profils de vin qui pourraient être concentrés, boisés, puissants, et malgré ce, avec une finesse et une émotion forte. Et ces vins-là... toute leur place dans une consommation actuelle.
- Noémie Vidil
Tu parlais de ton grand-père ou ton père, si j'énergise le spectre, avec qui aujourd'hui, peut-être que tu l'as déjà fait, t'adorerais déguster ? Je claque des doigts, quelqu'un arrive pour déguster avec toi maintenant, c'est qui ?
- Paul-André Saulnier
demain soir, j'ai une dégustation avec mon copain Guillaume qui va nous ouvrir sa cave. Quelqu'un qui a les plus grands bourgognes sur la location depuis 15 ans. On va faire des verticales. La cave de Guillaume est un très beau lieu pour aller déguster des vins. Des amateurs moins avertis qui passeraient au caveau Un dimanche matin, par curiosité, et avec qui on découvre le plaisir des assemblages en prenant des brutes de cuve et en faisant des assemblages maison un dimanche matin avec des gens qui n'ont jamais fait ça avant. Et voir cette fascination pour le vin et cette émotion grandir en disant « mais en fait, c'est ça, la science du vin, c'est génial ! » Je trouve ça intéressant aussi.
- Noémie Vidil
Est-ce que tu préfères partager une émotion avec quelqu'un, ou voir quelqu'un avoir une émotion en dégustant un vin, ou la voir toi ?
- Paul-André Saulnier
J'ai beaucoup plus d'émotions à créer l'émotion. Je trouve ça beaucoup plus intéressant d'aller susciter l'émotion chez quelqu'un. Je suis... Oui, non. Moi, c'est l'humain, avant tout. Je ne vais pas... Un vin tout seul, j'ai une amie qui dit souvent que le vin, c'est 85% de contexte. Et donc, si le contexte, c'est moi toute seule chez moi, même la meilleure quille de la terre ne me créera pas la meilleure des émotions.
- Noémie Vidil
Sur ce thème-là, est-ce que tu as en tête le commentaire de dégustation le plus improbable quand tu es sortie ? En bien ou en mal. Comme ça, à froid, on me dit c'était quoi ton moment ? Je ne sais pas si tu as peut-être des réponses déjà faites, mais tu t'es déjà posé cette question. On me pose quel est le meilleur vin que tu as bu ? Ou alors, c'est quoi le meilleur vin que tu me recommandes ? C'est impossible. Par contre, je peux te dire, j'avais fait une déguste d'un Domas Gassa 89 en demi-bouteille. Sur le papier, ce n'était pas flambant, mais c'était incroyable. Une profondeur, une rose florale que je n'attendais pas. C'était quand ?
- Paul-André Saulnier
C'était à Paris. J'étais caviste à Paris à cette époque-là.
- Noémie Vidil
On va parler de ce passage.
- Paul-André Saulnier
J'ai vendu du vin et on avait un client qui avait lui aussi des très grandes bouteilles dans sa cave. Et on a encore le contexte, mais c'était un restaurant où le chef cuistot était japonais, marié à une française, et il faisait un mix and match cuisine française, pimpée à la japonaise. C'était délicieux, il y avait vraiment ce... On ne comprend pas trop ce concept de umami, mais ce soir-là, c'était vraiment ça, c'était vraiment ce mélange de... de goût tellement puissant que ça en créait un cinquième. C'était très, très intéressant. Et il y avait... une bouteille de... Donc moi, je suis bordelaise et je connais très mal les Bourgognes. Et à cette époque-là, je connaissais très mal les Blancs. Et là, on m'a cueillie avec une bouteille de châssis de mourraché blanc. Et donc, voilà. Ce soir-là, je suis trop amoureuse du Bourgogne blanc. Donc voilà, ça peut être ça. Ça peut être mes premières émotions. Ouais, je sais pas si ça vaut le coup de raconter ça. Ouais, non, ça vaut pas le coup, mais...
- Noémie Vidil
Première dégustation sérieuse, enfin, si on peut dire sérieuse, mais où tu portes attention à la dégustation. Est-ce que tu as à se tenir de ça ?
- Paul-André Saulnier
Oui, bah oui, oui. C'est mes tout premiers salons vignerons indépendants avec mes copains de master.
- Noémie Vidil
Ok. À
- Paul-André Saulnier
Reims ? À Reims.
- Noémie Vidil
Ok.
- Paul-André Saulnier
Où on va aller arpenter les régions. Et découvrir des savaniens, et puis même des cépages d'ici, qu'à cette époque-là, je ne connaissais pas, des macabeux, des carignans blancs.
- Noémie Vidil
On en revient à partager l'expérience.
- Paul-André Saulnier
Et puis ces salons qui grouillent, je trouve ça incroyable. J'aime le mouvement quand même.
- Noémie Vidil
On va faire un petit mouvement, justement. Là, on est en 2026. On revient en arrière. Noémie est au Salon des Vignerons Indépendants de Reims. Tu la croises ? Toi, Noémie de 2026. Il fait un retour vers le futur. Tu la croises, qu'est-ce que tu lui dis ? Tu lui donnes un conseil, tu lui dis quoi ? C'est en quelle année ?
- Paul-André Saulnier
C'est en 2015. C'est il y a 10 ans. Et je lui dis t'as raison de rêver, t'as raison de trouver ça beau. Et en fait, tu n'y crois pas, mais je te dirais que 10 ans plus tard, c'est toi qui seras derrière le stand et qui servira tes vins.
- Noémie Vidil
Génial. Tu y aurais cru ?
- Paul-André Saulnier
Non. Jamais.
- Noémie Vidil
Qu'est-ce que t'as comme rêve aujourd'hui pour le vin ou pour la filière ? Il faut voir grand. Tu rêves de quoi ?
- Paul-André Saulnier
Je rêve de faire en sorte de trouver la place... dans les organisations politiques ou dans les organisations syndicales, locales, peu importe, peu importe à quelle échelle, mais en tout cas aujourd'hui la crise du vin est beaucoup trop grande et les vignons sont beaucoup trop malheureux. Et il faut trouver une idée, il faut trouver un moyen. Aujourd'hui je n'accompagne plus, mais je veux montrer par l'exemple, je veux réussir à... à faire en sorte de trouver l'idée qui fera qu'on arrivera à continuer à cultiver nos terres. Est-ce que ça passera par la viticulture ? Est-ce que ça passera par notre culture ? Est-ce que ça passera toujours par la vinification ? Est-ce que le vin est un produit éternel, dans ces quantités-là en tout cas ? Je ne sais pas. Je n'ai pas de réponse, mais en tout cas, c'est continuer.
- Noémie Vidil
Le plus compliqué, je rebondis là-dessus, le plus compliqué aujourd'hui, c'est produire le vin, enfin produire le raisin, ou c'est trouver des débouchés commerciaux.
- Paul-André Saulnier
Tout est très dur. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que si il n'y a plus de consommation de vin dans le monde, la question de produire le vin... aussi facile, aussi dur, aussi compliqué soit-elle avec le réchauffement climatique ou les dérèglements climatiques, elle ne se posera plus. Si on ne boit plus de vin, à quoi bon produire du raisin pour en faire du vin ? Je pense qu'il faut... Je ne sais pas.
- Noémie Vidil
Est-ce que... Tu parlais de diversité de vin. Est-ce que c'est une des clés ? Est-ce qu'il y en a d'autres ? En termes de consommation. Les gens que tu vois qui ont moins de... 40 ans ? 30 ans ? Je ne sais pas. Et qui s'intéressent au vin, qu'est-ce qui les intéresse ? C'est quoi l'expérience ? C'est aller rencontrer des domaines ? C'est les notoriés ? Ou c'est les profils de vin particuliers ? Ou c'est la diversité ? Ou c'est le changement ? C'est quoi ce qui les anime ?
- Paul-André Saulnier
Je suis dans un milieu un peu privilégié parce que j'ai quand même beaucoup de copains vignerons ou en tout cas très proches. du milieu du vin, que ce soit la production, que ce soit... Mon cercle d'amis est quand même constitué de gens qui sont très proches de la production de vin. Et ceux-là ont à cœur de découvrir, comme des chasseurs de Pokémon, de découvrir le plus de domaines possibles, le plus de profils de vin possibles, et d'élargir leur spectre en permanence. avec des modes de culture différents, avec des pays différents, avec des appellations inconnues. T'as été nichée des pépites tout le temps, Est-ce que ça correspond au public majoritaire de consommateurs de vin en France ? Je suis pas sûre. En tout cas, oui. Moi, je suis dans un milieu assez privilégié, dans le sens des gens très proches du milieu du vin et qui se sentent... eux-mêmes proches des producteurs et qui du coup vont chercher des petits producteurs ou des petits vins avec des caractéristiques, avec des personnalités différentes.
- Noémie Vidil
En fait, c'est le vin en soi, parce que la phrase est bonne, le vin en lui-même, qui...
- Paul-André Saulnier
Qui attire. Qui attire l'humain.
- Noémie Vidil
Ou c'est l'humain.
- Paul-André Saulnier
Si, les deux. Parce qu'il y a des domaines où on ne connaît pas... Non, le profil de vin peut être intéressant aussi parfois.
- Noémie Vidil
Tu vois, en fait, je m'étais dit, j'avais une question, c'était, est-ce qu'il vaut mieux un excellent vin mal vendu ou un vin moyen très bien vendu ?
- Paul-André Saulnier
Les deux coexistent. Les deux coexistent. Encore une fois, le moment que tu vas passer... dans un chez avec un vigneron qui va te parler avec toute sa sensibilité et toute son âme de son vin qui finalement sera peut-être pas le meilleur vin du de la terre mais tu sauras l'apprécier à ce moment là et tu sauras lui en prendre quelques bouteilles et le meilleur vin de la terre que tu vas acheter dans une foire au vin dans ton supermarché, tu n'auras pas du tout la même émotion, mais il sera en effet très bon et tu seras très content de le partager le moment où tu le boiras. Je pense que les deux coexistent. Maintenant, un joli mix des deux serait pas mal. Un très bon vin bien vendu.
- Noémie Vidil
Si on revient au vin, enfin, à tes vins... Est-ce que tu as un vin auquel, si tu penses à tes vins, auquel tu vas penser en premier, et comment tu le décrirais ? Ou si je te le fais autrement, tu es sur un salon, tu étais sur un salon ou tu vas être sur un salon, de quel vin tu prends le plus plaisir à parler ? Et qu'est-ce que tu en dis ?
- Paul-André Saulnier
Oui, je crois que... J'aime bien parler de mon Saint-Chimier en blanc du Mas Champart, qui est un vin qui a la spécificité d'avoir six épages à l'intérieur, ce qui est déjà assez énorme pour être un peu distinctif. Et qui, depuis que je suis arrivée au domaine, a la particularité, j'ai choisi de vendanger... Dans un temps très court, les 5 différents cépages qui sont plantés sur la même parcelle. Donc ça me prend entre 2 et 3 jours. Je peux attendre un tout petit peu pour ce cépage feignant qu'est le bourboulinque.
- Noémie Vidil
C'est quoi les autres ?
- Paul-André Saulnier
Alors que la marsane est déjà mûre depuis longtemps. Alors, marsane, roussane, qui ont un seuil de maturité, qui faut être assez réactif, qui demandent une certaine réactivité. du vieux nier, du grenage blanc et du bourgoulingue. Donc je ramasse tout ça dans un temps assez court. Et ils sont co-fermentés ensemble. Et je trouve que ça apporte une symbiose aromatique intéressante. Je crois beaucoup... Le Languedoc est une terre d'assemblage et je trouve que l'assemblage est vraiment une science hyper intéressante. Mais plus l'assemblage est fait tôt dans le process, plus ça apporte quelque chose. Et puis plus aussi... Voilà, c'est un produit unique. Moi, je... Je crois qu'ils s'apportent des choses, qu'ils discutent entre eux, et qu'il y a pas mal de trucs qui se dégagent, qui ne seraient pas dégagés si on les avait assemblés bien plus tard. Et ça, ça passe en barrique très tôt, en demi-mui, en grand demi-mui. Et donc c'est aussi un travail sur le bois qui est pour moi tout nouveau. Je ne pensais pas qu'on pouvait travailler avec du bois sans que ça boise.
- Noémie Vidil
C'est pas un truc que tu valorises avant ?
- Paul-André Saulnier
C'est pas quelque chose que je connaissais, non.
- Noémie Vidil
C'est l'aromatique du bois qui te plaît ?
- Paul-André Saulnier
C'est le volume que la barrique va donner à mon vin. C'est la possibilité de le bâtonner. C'est surtout le volume et la texture qui sont intéressantes. Et puis après, cette barrique de blancs va être assemblée avec une clairette. Et pareil, je ne savais pas qu'on pouvait vendanger des blancs dans le Languedoc après des mourvettes, qui sont pour moi le cépage le plus tardif de la terre. Donc à Champart, je vendange. La dernière parcelle qu'on vendange, c'est notre parcelle de clairette, qu'on vendange la première semaine d'octobre. Quand d'habitude les blancs sont vendangés plutôt fin août. Et voilà, donc cette cuvée, c'est... En fait, c'est une cuvée qui m'a surprise par bien des manières. Et c'est un vin que j'aime beaucoup.
- Noémie Vidil
Ok. Et comment il est... Quand on en parle, comment il est perçu ? C'est quelque chose de très particulier ? Les gens sont surpris ?
- Paul-André Saulnier
Les gens sont étonnés par la complexité. J'aime dire que chaque gorgée est différente et évoque des choses différentes. C'est un vin qui va du fruit au végétal, en passant par le minéral, par le beurré. C'est un vin que j'aime conseiller lors de brunch. Parce que je trouve que...
- Noémie Vidil
C'est ce genre de personne.
- Paul-André Saulnier
C'est ce genre de personne. Je trouve que le dimanche matin, quand on est sur la table, il y a à la fois des croissants, du saumon fumé. un plateau de fromage et une salade de fruits. C'est un vin qui est suffisamment multiple pour pouvoir répondre à tous les accords mais un vin qu'un brunch peut demander, susciter.
- Noémie Vidil
C'est la première fois qu'on me vend un accord mais un vin sur un brunch le plus bien. Ça me donne presque envie de me réconcilier avec les brunchs. Joli, bravo. Si on termine sur ta vie aujourd'hui, à Mas Champard et à Dournie, est-ce que tu as un problème, un défi que tu as, que tu voudrais régler ? C'est quoi ?
- Paul-André Saulnier
Oui, je parlais d'avenir tout à l'heure, de rêve, de longévité de la viticulture et du métier de vigneron. J'aimerais que ces domaines qui ont... La Dournie a un domaine qui a un peu plus d'une centaine d'années. Mas Champart en a bientôt 50. C'est des domaines emblématiques de l'appellation que j'ai eu la chance de reprendre et que j'ai la chance de mener aujourd'hui. J'aimerais faire en sorte que ces domaines perdurent, que l'image de... Oui, de tradition et de pérennité qui collent aux domaines. Oui, voilà. Faire en sorte que ces domaines perdurent. Après, ça peut passer par des défis techniques, comme là, on a des gros projets d'agroforesterie, de forêt gourmande. C'est des nouveaux thèmes. des lieux où des plantes comestibles sont plantées ou des vergers avec des plantes comestibles cohabitent
- Noémie Vidil
Avec la vigne en...
- Paul-André Saulnier
Oui.
- Noémie Vidil
Ou pas forcément, ou un truc un peu...
- Paul-André Saulnier
Voilà. En tout cas, réfléchir à cette diversification, réfléchir à comment la vigne s'intègre dans le paysage et comment le paysage peut être partie prenante des endroits qu'on cultive. Oui. Moi, je... Voilà, les défis techniques, ça va être ça pour 2026, ça va être... et réfléchir à mettre en place encore plus d'agroforesterie, encore plus de vergers dans nos vignes.
- Noémie Vidil
Qu'est-ce que tu imagines avec l'agroforesterie ? C'est quoi ton objectif techniquement ? Qu'est-ce que ça t'apporte en fait ?
- Paul-André Saulnier
Techniquement, mon rêve, c'est qu'on soit tous partie prenante de ce paysage. Et que le randonneur puisse cueillir des fruits, que ce soit sensibilisé et envie de vivre aussi, de passer du temps dans cet environnement-là. Et après, techniquement, c'est faire de l'ombre dans nos vignes, de casser les grandes parcelles qu'on pourrait avoir, dont on a hérité. Il y a plusieurs enjeux qui cohabitent. Il y a une histoire de corridor écologique, il y a beaucoup d'enjeux. Et donc l'arbre est quand même un beau moyen à exploiter.
- Noémie Vidil
Ok. Est-ce que tu... Merci déjà d'avoir... répondu à toutes mes questions plus piégeuses les unes que les autres est-ce que t'as cette conversation qu'on vient d'avoir est-ce que tu connais quelqu'un que je pourrais aller voir pour avoir la même conversation enfin pour avoir le même style de conversation,
- Paul-André Saulnier
qui tu me recommanderais d'aller voir tu parlais de mentor tout à l'heure il y a des vieux vignerons que j'ai toujours voulu interviewer, où je me suis dit qu'il y avait des bouts d'histoire qui allaient se perdre si on ne les notait pas quelque part. Je pense à Guilhem Dardet sur le bord du lac du Salagou, vigneron au masque des Chimères, qui s'est battu pour sa coopérative, qui a monté son domaine, qui a su s'adapter, qui existe. Quelqu'un qui m'inspire beaucoup. Ok,
- Noémie Vidil
ça me va. Est-ce qu'il y a une question que j'aurais dû te poser, que je t'ai pas posée ?
- Paul-André Saulnier
Qu'est-ce qui m'enthousiasme le plus dans cette aventure ? Qu'est-ce qui t'enthousiasme le plus dans cette aventure ?
- Noémie Vidil
En fait, ça me... ça me va comme question, parce que tu... Déjà, on sent que ça t'enthousiaste. Je ne sais plus comment on dit. Et comment tu le dirais ? C'est quoi, en fait ? Tu m'as parlé de variété, de multitâches, de défis. C'est ça, en fait.
- Paul-André Saulnier
Oui, c'est ça.
- Noémie Vidil
Que je retiens.
- Paul-André Saulnier
Mais tu as raison, c'est ça. Tu parlais du chef d'orchestre tout à l'heure. C'est que mon orchestre est vraiment plein de gens très différents et plein de compétences différentes à aborder et mettre toutes ces compétences-là au service de la pérennité de notre tradition de viticulture langue de Sienne et pour moi importante, et de continuer à convaincre que c'est important, que c'est important, je ne sais pas, mais que c'est source de grande joie de partager des nectars ensemble. C'est chouette. Oui, je sais, je n'ai pas besoin de me poser la question.
- Noémie Vidil
Génial. Comment on te... Si on veut te contacter, comment on te contacte ?
- Paul-André Saulnier
Eh bien, on recherche le Mas Champart ou le Château La Dournie.
- Noémie Vidil
Merci beaucoup, Noémie.
- Paul-André Saulnier
De rien. Merci à toi d'avoir pris ce temps-là.
- Noémie Vidil
Voilà. C'est la fin de ce premier épisode. Merci d'avoir pris ce moment avec nous. Si cet échange vous a plu, N'hésitez pas à le partager autour de vous, parce que le vin, comme les bonnes histoires, ça se déguste à plusieurs. Quant à nous, on se retrouve très bientôt pour ouvrir une nouvelle bouteille et raconter un nouveau parcours de vin.