- Speaker #0
Quand je faisais mes études en France, sur une promotion de 100, on n'était même pas 10% de filles. Il faut vraiment beaucoup se battre quand tu es sur chantier avec les ouvriers. Déjà, c'est dur. Donc si en plus tu viens en étant femme, pour se faire entendre, il faut beaucoup de caractère. Et ça finit même après par te changer un petit peu. Donc même les entrepreneurs qui viennent sur chantier, même les architectes et tout ça, s'il voit que ton travail et bienfaits, ils te recommandent. Tu finis par avoir beaucoup de demandes. On est mariés depuis 15 ans. On a 4 enfants. On a toujours travaillé ensemble. Moi, je sais qu'il m'a beaucoup aidée. Le plus gros soutien, c'est Tchernobyl.
- Speaker #1
Parcours, trajectoire d'entrepreneurs inspirantes. Bienvenue dans Parcours, le podcast qui met en lumière les femmes qui osent, qui créent et qui innovent. Ici, on parle d'entrepreneuriat au féminin sans détour, de parcours inspirants, de défis relevés, de succès célébrés et de leçons précieuses à partager. Parce que réussir, c'est avant tout oser, apprendre, évoluer et inspirer les autres. Chaque femme que vous entendez ici a une histoire singulière. Et dans chaque expérience, il y a des apprentissages qui résonnent bien au-delà du parcours individuel. Les challenges rencontrés, les stratégies adoptées, les victoires remportées offrent des clés précieuses pour toutes celles et ceux qui souhaitent avancer. Pour retracer ces histoires, nous allons à leur rencontre partout au Sénégal, là où elles vivent et entreprennent. Chaque épisode est une immersion dans leur quotidien et dans un lieu qui les inspire. Un podcast pour s'inspirer, apprendre et surtout passer à l'action. C'est parti, bienvenue dans Parcours. Elle est ce qu'on appelle une entrepreneur atypique. Ingénieure BTP engagée, directrice d'un centre d'éducation islamique, elle a su faire cohabiter ces deux univers. Elle, c'est Yeshi Sow, et nous allons à la découverte de son parcours plein de détermination. Aujourd'hui, on va voir Yeshi Gonesow. sur la petite côte à Nga Parou c'est une ingénieure ptp et aussi directrice d'école islamique une série à l'entrepreneur comme plein de femmes ici finalement voilà bienvenue merci oui oui bienvenue je te demande oui on peut faire une petite visite autour de la maison comme ça ça et en montant je disais c'est la R&D ici la R&D recherche et développement les tomates la rambée C'est jusqu'au bout. Bienvenue Yéchi ! Bonjour Yéchi !
- Speaker #0
Bonjour Sénabou, merci beaucoup. Merci de m'accueillir.
- Speaker #1
Merci de nous accueillir. C'est toi qui nous accueille dans ce magnifique endroit. Et d'ailleurs, pourquoi on est là ? Où est-ce qu'on est aujourd'hui ici ?
- Speaker #0
Alors, aujourd'hui on est dans une école coranique, école islamique on va dire, parce qu'on apprend ici. Les préceptes de l'islam, on apprend le Coran. Pas seulement le Coran, donc Coran et préceptes de l'islam, bon comportement, etc. Tout ce qui est lié à la religion musulmane.
- Speaker #1
C'est ça. Et ça s'appelle ?
- Speaker #0
Roi Salomon, espace éducatif Roi Salomon.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc, quand on est arrivé tout à l'heure, on a tout de suite aussi quelque chose qui nous a frappé, c'est la particularité de ce bâtiment, n'est-ce pas Marina ? Et c'est là qu'on va découvrir un peu ta deuxième casquette,
- Speaker #2
ton autre vie. Le bâtiment, il est construit comment ? C'est quoi derrière moi là ?
- Speaker #0
Ce sont des briques de terre, c'est de la latérite. Je suis professeure de Coran, mais je suis aussi ingénieure. Je suis d'abord ingénieure, ingénieure en génie civil. Donc ça, c'est mon métier principal, la construction de bâtiments, les études techniques. Et je suis un petit peu spécialisée en terre.
- Speaker #1
En terre. Pas un peu vraiment, c'est vraiment on va dire...
- Speaker #0
Voilà, en terre et en tout ce qui est matériaux naturels, autre chose que le béton seulement qu'on voit partout, béton, verre, briques, parfums, donc voilà. On essaie de faire autre chose, de faire un petit peu plus écolo, différent et de montrer que la construction, ce n'est pas seulement ce qui est industriel, il y a tous les matériaux naturels.
- Speaker #1
Oui, et on a vu... On a vu qu'en fait, ce lieu est un véritable lieu de recherche et développement de la... et des perpétuels, tout est, on va dire, prétexte à tester des choses. Exactement. La toiture, la rambarde d'escalier, le sol, les ouvertures, les fenêtres, partout en fait, on trouve justement cette recherche de perfectionnement pour travailler maintenant, construire des maisons autrement.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #2
On voit que c'est une philosophie de vie qu'on sent ici.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Est-ce que tu as ce sentiment-là aussi que ça regroupe finalement les différents aspects de ta vie ici ?
- Speaker #0
Oui, parce qu'on reste dans tout ce qui est non transformé. En fait, on est dans le naturel d'abord. Ça rejoint aussi la religion. On prend d'abord ce que Dieu nous a donné avant d'aller trop modifier, trop apporter, rajouter des choses qui nous... Comment dire ? Des choses qui... Bon, on n'attaque pas l'environnement. Je ne sais pas comment dire ça. Rajouter des choses qui...
- Speaker #2
Peuvent nuire.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
C'est ça, on prend la nature.
- Speaker #0
On est gaspillé,
- Speaker #2
voilà. Trop transformé, gaspillé, etc. L'idée, c'est de montrer aussi que finalement, tout est déjà là.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #2
Et qu'on peut faire de belles choses avec ce qui est déjà donné dans la nature.
- Speaker #0
Ce qui est déjà là, ce qui est basique. On prend la base et on se limite à ça.
- Speaker #2
Moi j'adore, moi j'habite dans une maison en terre aussi.
- Speaker #0
Ah oui, super.
- Speaker #2
Et c'est hyper agréable au quotidien. Et c'est vrai qu'il n'y a pas besoin de clim, ça respire, c'est autre chose. Et c'est beau aussi. Et c'est beau.
- Speaker #0
C'est beau la terre.
- Speaker #1
C'est une vraie philosophie de vie parce qu'il ne s'agit pas que du bâtiment, il s'agit aussi du mode de vie qu'on va ensuite avoir, etc. Et je fais un petit clin d'œil au podcast La Tige. Oui. qui vient de faire un épisode sur les constructions écologiques et les bâtiments en terre. Il y a vraiment une nouvelle tendance avec une génération de jeunes ingénieurs qui s'approprient justement ces méthodes naturelles, écologiques et respectueuses de l'environnement. On reviendra dessus. Et on a une question, on va dire, rituelle de démarrage. Parce que là, jusque-là, on n'avait pas démarré. C'est juste, on se chauffait un peu.
- Speaker #2
J'ai oublié de dire où on est aujourd'hui, c'est qu'il y a des magnifiques dessins sur les murs, des magnifiques peintures. Et donc déjà, quand on rentre dans le lieu, on se sent accueilli.
- Speaker #1
C'est hyper agréable. Hyper agréable. Et donc cette question rituelle, c'est toi, Yeshi, petite 5 ans ou moins de 10 ans, en tout cas quand tu étais petite, comment tu te rêvais plus grande ?
- Speaker #0
Comment je veux rêver plus grande ? Je voulais être enseignante.
- Speaker #2
Ah,
- Speaker #0
ouais. Ouais.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui t'intéressait dans le métier d'enseignante ?
- Speaker #0
Transmettre le savoir. Et là, je me rends compte en fait que je suis en train de le faire.
- Speaker #2
Ah bah totalement.
- Speaker #0
Je m'étais même pas rendue compte. Ouais. Je voulais être enseignante et aussi quand j'avais 8 ans, je me souviens, c'est là que mon père avait... entamer les travaux, rénovations et agrandissements de la maison. Et je parcourais, on habitait dans la maison, dans le chantier, et je regardais les choses et ça m'étonnait comment ça se faisait, comment ça se transformait, comment ça évoluait. Et ça m'est resté en tête et voilà. Du coup, finalement, ben voilà, j'y suis maintenant.
- Speaker #1
Donc les deux choses, vraiment, tu voulais enseigner et aussi...
- Speaker #0
La construction. Ça m'intriguait en fait. Ça t'intriguait.
- Speaker #1
Ça a éveillé une curiosité chez toi. Voilà,
- Speaker #0
une curiosité. Je ne voulais pas le faire, mais voilà, ça a éveillé une curiosité. Maintenant, voilà.
- Speaker #2
Tu t'étais rendu compte que finalement, tu avais réalisé...
- Speaker #0
Pour la construction, oui, mais pour l'enseignement, non.
- Speaker #2
Et tu aimes ça ?
- Speaker #0
Oui, j'adore.
- Speaker #1
Quel genre d'enfance tu as eu ? Dans quel contexte tu as grandi ?
- Speaker #0
Alors, j'ai grandi, je suis la dernière d'une fratrie de sept.
- Speaker #1
Sept ?
- Speaker #0
Oui. On est sept, je suis la dernière et donc j'ai grandi dans une famille équilibrée et aimante. Et voilà, dans un environnement très agréable. Tu vois, à cette période-là, ce n'était pas comme maintenant où on est entassé. C'était plus agréable, on respirait, on vivait, on allait dehors, on était…
- Speaker #2
C'était où ?
- Speaker #0
À Dakar, à Sacré-Cœur. Ok.
- Speaker #2
Donc, tu étais à Dakar, mais c'était le Dakar aéré de l'époque. Voilà. Il y avait de la place pour courir, explorer, jouer.
- Speaker #0
Exactement, il y avait de la place, il y avait des arbres, il y avait… Donc, ce qu'on est venu rechercher… Je suis ici en déménageant en Gaparu, pareil. Dans les maisons, il y a des cours, il y a des arbres, on voit le ciel. Alors que maintenant, à Dakar, tu ne vois presque pas le ciel, en fait. Donc, voilà.
- Speaker #1
Tu as grandi à Sacré-Cœur, dans une famille aimante, une belle fratrie. Et au niveau des études, ça s'est passé comment ?
- Speaker #0
Alors, j'ai suivi les études tout simplement.
- Speaker #2
Tu as suivi ?
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
Tu aimais ça l'école ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Tu étais la jeune fille qui aime l'école, qui est contente, qui fait tous ses devoirs ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
J'ai eu une petite agitation.
- Speaker #0
Oui, jusqu'au lycée ou jusqu'au collège, où après tu commences à pencher vers un côté et le reste tu n'en veux pas. Mais sinon, généralement, j'étais bonne élève.
- Speaker #1
Oui, c'était une question de préférence. C'est-à-dire qu'au lycée, on s'affirme un peu plus, c'est l'adolescence. Et on reconnaît plus en fait les choses pour lesquelles on a de l'intérêt. Et on va un peu plus vers ça. Et du coup, tu es allée tout de suite dans une filière scientifique ? Oui. Ok.
- Speaker #0
Scientifique, oui.
- Speaker #1
Scientifique. Mais est-ce qu'à l'époque déjà, il y avait une orientation vers un métier, un parcours supérieur ? Ou c'était juste parce que les sciences étaient fortes en maths ? Oui.
- Speaker #0
Et c'était vraiment logique. C'est 1 plus 1 égale 2. Vraiment. Pour moi, il faut que ça soit simple, que ça se comprenne. Et puis, voilà. Donc, j'étais bonne dans les matières scientifiques et j'aimais ça.
- Speaker #2
Et à la maison, vous étiez encouragée à poursuivre les études ? C'était comment ?
- Speaker #0
Oui. C'est presque obligatoire, en fait. Il n'était même pas question de s'arrêter avant le bac, plus quelque chose. Je veux dire, il n'y a pas... C'était impensable. Alors, mon père qui... qui est décédé à 80 ans, je veux dire, donc il y a quelques années. C'est-à-dire que c'était un vieux monsieur, il avait quand même un bac plus 5. Donc à l'époque, du coup, c'était inimaginable chez lui de ne pas aller loin dans l'étude. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Aussi bien garçon que fille.
- Speaker #0
Oui, tout le monde.
- Speaker #1
Et du coup, après les études supérieures, comment ça se passe ? C'est où ? C'est quoi ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors, je viens, je viens. Donc déjà, je suis allée en Tunisie, j'ai fait mon bac en Tunisie.
- Speaker #1
Tu as fait ton bac en Tunisie ? Oui. Comment ça s'est fait ?
- Speaker #0
C'est un élément important. Oui, je suis partie au début de la terminale. Mon père a été affecté, donc il fallait déménager.
- Speaker #2
J'ai parti en famille,
- Speaker #0
avec mes parents, les deux parents et moi seule, parce que tous les autres étaient déjà... Quand moi je faisais le bac comme je suis la dernière, tous les autres étaient déjà partis. Donc on a déménagé en Tunisie, j'ai fait le bac là-bas, ensuite je suis allée en France pour études supérieures. Et les études supérieures,
- Speaker #1
du coup, comment ça se passe ? Tu t'orientes aussi tout de suite vers l'ingénierie ou comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors, il y avait beaucoup d'hésitations, je voulais faire médecine. Donc j'ai été acceptée en fac de médecine et tout, mais un jour dans une conversation avec mon papa, il m'a dit « génie civil, c'est pas mal » . Je dis « bon, d'accord » . Donc j'ai fait génie civil. Vraiment comme ça, tout simplement, tout naturellement.
- Speaker #2
Lui aussi, il te connaissait bien. Donc il devait aussi sentir peut-être qu'il pourrait t'intéresser.
- Speaker #0
Oui, possible. Ou alors il connaissait les filières. où il y a de l'avenir, où je pourrais trouver du travail plus facilement. Vraiment, je ne sais pas. Je ne lui ai pas posé de question. Il m'a dit que c'est bien. Je lui ai dit, OK, je fais génie civil, tout simplement.
- Speaker #2
Donc au dernier moment, tu as changé. Tu étais prise en médecine, tu changes.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
Tu vas faire génie civil en France. Donc là, tu débarques en France.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Dans quelle ville ?
- Speaker #0
À Paris, Sergi-Pontoise.
- Speaker #2
À Sergi, OK. Et comment ça se passe cette arrivée ? Parce que c'est quand même un choc pour les étudiants qui arrivent en France.
- Speaker #0
ça va parce que Déjà, j'avais fait un changement de pays brusque. Pour la Tunisie, c'était compliqué, c'était très difficile. Donc, arriver en France, c'était plus relax, en fait.
- Speaker #2
Tu avais déjà fait le gros switch.
- Speaker #0
Voilà, j'avais déjà fait le gros switch parce qu'en allant en Tunisie, je suis partie avant mes parents. Donc, j'ai été parachutée comme ça, toute seule, dans un pays très compliqué. donc Ensuite, pour aller en France, c'était naturel.
- Speaker #1
Donc, là, tu dis un passage, ensuite on arrive tout de suite en France avec des études en ingénieur. Et quand tu arrives, tu as des attaches déjà ? La fratrie était déjà en France ?
- Speaker #0
Oui, il y avait ma grande sœur qui vivait déjà là-bas, donc mariée. Et puis, tous les autres aussi étaient déjà allés là-bas, donc je connaissais.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
à peu près.
- Speaker #1
Donc, tu as habité dans la famille ? Non, non,
- Speaker #0
non. J'ai pris, enfin, on a fait logement étudiant.
- Speaker #1
Logement étudiant, c'est ça.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Exactement. Et donc, des études en génie civil, quoi, 4, 5 ans ? Ingénierie, 5 ans ?
- Speaker #0
Oui, j'ai fait 3 ans en France et je suis retournée à Dakar où j'ai terminé 2 années de plus.
- Speaker #1
Ok, tu as fini ton ingénierie ici ?
- Speaker #0
Je suis finie ici.
- Speaker #1
Ok. Et comment ça, justement, pendant ces années d'études, comment tu te projettes après ça ? Est-ce que tout de suite, tu es dans une dynamique de « je rejoins un groupe auquel je travaille » ou déjà, il y avait l'envie de se mettre à son compte d'être entrepreneur ? Non,
- Speaker #0
absolument pas.
- Speaker #1
Absolument pas. Non,
- Speaker #0
j'ai été parachutée dans l'entrepreneuriat. Vraiment, ça n'a jamais été quelque chose que j'ai voulu faire, que je pensais faire, que je pensais pouvoir réussir même. C'est vraiment le destin.
- Speaker #1
Comment les choses se sont passées alors ? Comment tu en arrives à être entrepreneur ? Ce n'était pas un projet ?
- Speaker #0
Ce n'était pas un projet. Il a fallu que je cherche du travail. Pendant un bon moment, je n'en trouvais pas. Il y avait des stages. Quand tu allais en stage, tu travaillais beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et il n'y avait pas de possibilité d'évolution, d'avancement, d'avoir des contrats, etc. Donc finalement, mes parents m'ont dit de me mettre à mon compte. C'est peut-être...
- Speaker #2
Donc, tu as ouvert ton cabinet.
- Speaker #0
Oui, cabinet d'études. À Dakar, d'abord ? À Dakar, chez mes parents.
- Speaker #2
OK.
- Speaker #0
Ils m'ont donné... Il y avait de la place. Ils m'ont donné un endroit où m'installer. Ils m'ont financé pour acheter tout le matériel, tout démarrer. Et puis, voilà.
- Speaker #1
Ce qu'on appelle le love money, c'est-à-dire le financement des proches pour se lancer. Et par contre, petite parenthèse, tu as fini tes études dans quelle école à Dakar ?
- Speaker #0
ESP.
- Speaker #1
À l'ESP, l'École supérieure polytechnique en scellement, ensuite, c'est ça.
- Speaker #2
C'est l'école que tu as fait aussi, c'est une...
- Speaker #1
Ouais, mais dans toute autre chose.
- Speaker #2
Justement, à Génie civil, on n'a pas encore abordé cet aspect-là, c'est souvent plus des carrières réservées aux hommes. Comment ça s'est passé pour toi en tant que femme dans cette filière-là ?
- Speaker #0
Alors... Ça, je pense que c'était avant, parce que là, de plus en plus, je vois plein de femmes, surtout sur les chantiers, avec des bottes, casques, gilets et tout. Mais quand je faisais mes études en France, sur une promotion de 100, on n'était même pas 10% de filles. Il n'y avait que des hommes, que des garçons, donc il y avait quand même de la discrimination positive. Donc on nous aidait un peu plus, nous les femmes, et il faut se battre, il faut vraiment beaucoup se battre. Quand tu es sur chantier avec les ouvriers, déjà, c'est dur. Donc si en plus tu viens en étant femme, pour se faire entendre il faut beaucoup de caractère. Et ça finit même après par te changer un petit peu. Tu deviens un peu plus...
- Speaker #2
Tu t'endurcis un peu.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
Ça c'était en France. Et quand tu es arrivée ici, tu dis que tu as fait tes études à l'ESP et tu en fais des stages.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Et tu sentais qu'il n'y avait pas de possibilité d'évolution. Oui. C'est que... Je pense que c'était en partie aussi dû au fait que tu étais une femme ou c'est juste qu'il n'y avait pas d'opportunité tout court dans ce milieu ?
- Speaker #0
Il n'y avait pas d'opportunité. À l'époque en tout cas, maintenant je ne sais pas.
- Speaker #2
Mais finalement, quand tu t'es mise à ton compte, là tu as travaillé ?
- Speaker #0
Oui, et facilement en plus.
- Speaker #1
Moi j'ai une question un peu de novice. Un ingénieur BTP, ça fait quoi en fait ?
- Speaker #0
C'est très large, très vaste. On dirait un médecin généraliste en fait.
- Speaker #1
Ok, mais dans le bâtiment.
- Speaker #0
Exactement,
- Speaker #1
c'est ça. On retrouve alors la médecine, mais dans le bâtiment. Oui, voilà,
- Speaker #0
pour le bâtiment. Donc, il y a tout ce qui est structure, squelette et tout ça. Il y a tout ce qui est secondaire, c'est-à-dire habillage. Vraiment, il y a plein de domaines. On fait un tronc commun, on fait tous la même chose, mais après, il faut se spécialiser. Et paradoxalement, j'ai fait une spécialité en pont et route, chaussée. Et je suis dans le bâtiment, donc rien à voir.
- Speaker #1
C'est ça. Donc aujourd'hui, tu travailles sur des projets de bâtiment.
- Speaker #0
Bâtiment. Études techniques.
- Speaker #1
Études techniques. C'est-à-dire, une fois que l'architecte a travaillé, qu'il a fait son travail de dessin architecte, toi tu travailles sur la structure.
- Speaker #0
Exactement, sur la structure.
- Speaker #1
La partie structure.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà. Combien de béton il faut à tel endroit, combien de… Les lintos, où est-ce qu'ils sont ? Oui.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Tu t'y connais.
- Speaker #0
Elle a fait beaucoup de chantiers de l'Oiseau. Oui, ça se sent. Je pense qu'elle pourrait presque se reconvertir.
- Speaker #1
Les photos, les vieux reporters, tout ça. Mais ça, vraiment, c'est toi qui t'assures de la viabilité, on va dire. la structure et qui respecte aussi le dessin architectural.
- Speaker #0
Respecte le dessin et que tout soit fait dans les règles de l'art, en fait, tous les calculs, que ça respecte les normes, puisqu'il y a des normes dans le bâtiment. Et il faut que ça puisse tenir, en fait, parce qu'une maison, il faut que ça tienne très longtemps.
- Speaker #2
Et on voit, justement, au Sénégal, ce n'est pas tous les bâtiments qui bénéficient de ces services-là. C'est quoi la différence ? On a eu des cas dernièrement d'immeubles écroulés. C'est quoi la différence ?
- Speaker #0
Alors il y a... toute une procédure normalement qui doit être respectée, suivie et ce n'est pas fait. Habituellement, la personne, elle veut construire, elle a de l'argent, elle a son plan. Quelquefois, la personne n'a même pas d'architecte. Tu appelles ton maçon, le terrain est là, je veux une chambre ici, des toilettes par là, je veux un salon ici, la cuisine ici et le maçon se met à creuser, à construire. Non, ça ne se passe pas comme ça. En fait, il faut d'abord l'architecte, ensuite il y a l'ingénieur, après il y a le contrôleur. Il y a beaucoup d'intervenants dans le métier du bâtiment, mais ici au Sénégal, les particuliers en général ne respectent pas ça. Ce qui n'est pas normal parce qu'on a investi beaucoup de millions dans une construction comme ça, donc vraiment, il faut le sécuriser.
- Speaker #2
C'est une question de sécurité principalement.
- Speaker #0
Et puis le bâtiment, il doit survivre. Donc si toi tu vis 70 ans, le bâtiment devrait rester là au moins 150 ans. Du coup, ce que tu vas mettre en termes de finances ? pour que ça tienne, que tout soit bien fait, à mon avis, c'est…
- Speaker #1
C'est-à-dire que, voilà, ton point de vue, c'est de dire, si j'investis 15, 20 millions, je peux au moins sortir un million pour m'assurer, en fait, de la pérennité,
- Speaker #2
etc. Et ça a même un côté écologique, c'est-à-dire au lieu de faire quelque chose qui va se casser, qu'on va devoir refaire. Quand on fait… autant faire bien et que ça dure. Une bonne fois. Et dans ton métier, qu'est-ce que tu aimes le moins et qu'est-ce que tu aimes le plus dans ce métier-là ?
- Speaker #0
De génie civil ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
C'est le chantier. J'aime pas ça.
- Speaker #2
T'aimes pas être sur un chantier ?
- Speaker #0
C'est paradoxal, je sais, parce que normalement, qui dit génie civil, dit bâtiment, dit chantier, mais vraiment, chantier, c'est pas pour moi. Il y a trop de... Comme je disais tout à l'heure, il faut se bagarrer tout le temps. Oui,
- Speaker #1
oui, oui.
- Speaker #0
Donc, voilà. Et ma nature, je suis plutôt quelqu'un de calme et tout, donc...
- Speaker #1
Donc, tu évites la bagarre.
- Speaker #0
Ce n'est pas pour moi.
- Speaker #1
Tu dessines, tu livres les plans, voilà, comme il faut, aux normes. Et ensuite, tu fais quoi ? C'est laquelle ?
- Speaker #0
C'est ce que je fais, les études techniques, en fait. C'est calculer au centimètre près, calculer... au kilo près et vraiment mettre tous les détails, que ce soit précis, tout est bien dessiné. Et voilà, après, tu es sûre que ça va tenir longtemps, que la personne, elle en aura pour son argent et que voilà. C'est sécuritaire. C'est sécuritaire, pardon.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc tes parents t'aident à te lancer. Et tes premiers clients, c'est qui en fait ?
- Speaker #0
La famille.
- Speaker #1
C'est la famille aussi ? Oui,
- Speaker #0
la famille. La famille, c'est la famille. Ils ont cru en moi, ils avaient des maisons à construire, donc ils m'ont donné les plans à faire. Et voilà, c'est là que ça a commencé.
- Speaker #1
Ça commence comme ça. Et après, comment ça grandit, de manière, on va dire, continue ? Tu t'ouvres déjà à un autre marché qui n'est pas ta famille. Et des fois même, des marchés qui peuvent aller jusqu'à l'étranger. Donc, comment ça se passe, cette évolution-là ?
- Speaker #0
Alors ? Tout est dans le travail bien fait. Vraiment, parce que tu donnes... C'est la famille qui te demande de bosser. Tu produis des plans, mais ce n'est pas la famille qui construit. Donc, même les entrepreneurs qui viennent sur chantier, même les architectes et tout ça, s'ils voient que ton travail est bien fait, ils te recommandent. Et comme ça, bouche à oreille, finalement, tu finis par avoir beaucoup de demandes.
- Speaker #2
Parce que je n'ai jamais vu que tu communiques et que tu fais de la publicité.
- Speaker #0
Non, pas du tout. Il faut bien faire le travail. comme je disais, au centimètre près, au détail près et que sur chantier, les gens puissent exécuter les choses sans avoir besoin tout le temps de se poser des questions, de revenir là-dessus, de te ressoliciter, de venir vérifier. Après, tout le monde est tranquille, donc ils ont envie de travailler avec toi. Parce qu'une fois que tu donnes, tu donnes tellement d'informations, tellement de détails qu'ils travaillent facilement. Voilà,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Après, ils te recommandent et puis ça avance. et à
- Speaker #1
Et du coup, ça fait combien d'années depuis que tu as démarré l'activité ? 11 ans.
- Speaker #0
11 ans. Oui,
- Speaker #1
2014.
- Speaker #0
J'ai démarré en janvier 2014.
- Speaker #1
Et en 11 ans, quels sont les chantiers ? On va dire, où tu as des chantiers anecdotiques, mais en tout cas des chantiers particuliers qui t'ont marqué pendant ces 11 années-là.
- Speaker #0
Alors, c'est surtout sur les chantiers où tu apprends beaucoup de choses. En faisant les études, tu te rends compte qu'il y a certaines choses qu'on ne t'apprend pas à l'école. Donc, tu es obligé d'aller faire des recherches. Tu travailles beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup pour pouvoir t'en sortir, pour pouvoir donner un résultat correct. Donc, ce genre de chantier-là, c'est ce que...
- Speaker #2
Apprendre, c'est là où tu as préféré, c'est là où tu avais de nouveaux défis et il fallait que tu apprennes de nouvelles choses. Voilà,
- Speaker #0
de nouveaux défis, exactement. Ça te permet d'évoluer, d'avoir beaucoup plus de connaissances et puis de progresser, d'être plus expérimenté.
- Speaker #1
Sur l'aspect, on va dire, entrepreneur, parce que du coup, tu es à ton compte. Sur l'aspect entrepreneur, sur cette période-là, qu'est-ce que tu retiens, on va dire, de manière générale ? Comment déjà, je pense, je ne sais pas aussi où on t'a posé la question, savoir comment tu travailles ? Est-ce que tu travailles en équipe ou tu es seule toujours ? Comment ça fonctionne où tu travailles avec des prestataires ? Comment tu es organisée ?
- Speaker #0
Alors, je travaille seule et ça, c'est un choix parce que je suis très exigeante. donc quand je travaille avec les gens j'ai tendance à repasser sur leur travail, à tout refaire. Donc, tu passes beaucoup de temps à expliquer. On te donne et tu refais. Finalement, je me suis dit, ce n'est pas la peine. Je fais tout seul.
- Speaker #1
Comment tu es organisée sur la partie, on va dire, entrepreneur, ton business, en fait ? Tu travailles seule.
- Speaker #2
Est-ce que tu as retenu de cette période de ta vie, avant qu'on passe au deuxième aspect ? Qu'est-ce que tu retiens de ces 11 années ?
- Speaker #0
De ces 11 années, il faut travailler, il faut travailler dur. Et il faut aussi connaître ses limites. Parce que je travaille seule, j'essaye d'avancer, mais quelquefois, je bloque. Parce qu'il y a de ces choses. Comme je disais tout à l'heure, le bâtiment, il est large. Tu ne peux pas tout connaître, tu ne peux pas tout savoir. Et comme tu es seule, quelquefois, tu as besoin de faire appel à d'autres qui sont spécialisés dans d'autres choses. Et donc, ce que je retiens, c'est ça. Il faut connaître ses limites. S'arrêter à ce qu'on sait faire et ce qu'on ne sait pas faire. Si on veut rester seul, ce qu'on ne sait pas faire, on donne à quelqu'un d'autre.
- Speaker #2
Donc ça, c'est hyper important. Parce que parfois, on se dit, je vais me débrouiller, etc. Mais en fait, c'est là où on risque de faire des erreurs qui vont se répercuter peut-être sur nous plus tard.
- Speaker #0
Mais c'est ça. Et puis même sur la structure, parce que bâtiment, quand même, c'est dangereux. S'il y a des failles et que tu ne calcules pas bien les choses, s'il y a de grosses fissures, il peut y avoir des accidents. il peut... Il peut y avoir de grosses pertes financières aussi. Donc, c'est beaucoup de responsabilité.
- Speaker #2
Total. Du coup, je vois la famille, et on nous a dit ça aussi déjà dans d'autres interviews, les proches, les collègues, la famille sont les premiers clients.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Donc, c'est hyper important aussi. Et Naboo, elle est toujours adepte de ça. Quand on a des entrepreneurs autour de nous, il faut les faire travailler.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Parce que c'est important, ça les aide aussi, au moins dans le début, ça les aide à grandir. Et là, on voit que ta famille a été un support très important. Et que ce n'est pas toujours le cas dans toutes les familles. Est-ce que tu penses que si tu n'avais pas le soutien de ta famille dans ces études et dans cette carrière, tu aurais pu y arriver quand même ?
- Speaker #0
J'en doute. J'en doute. Peut-être. Parce que je crois au destin, mais je sais que le gros soutien que j'ai eu vient de ma famille et jusqu'à présent d'ailleurs. Ils me soutiennent toujours.
- Speaker #1
De manière générale, dans ce secteur-là, qu'est-ce qui se passe bien ? Parce qu'on a tendance beaucoup à parler du BTP dans un aspect assez négatif. On te dit souvent, d'ailleurs, il y a le langouc-louc-maçon, parce que c'est tout le temps ça. C'est un sport. Mais peut-être qu'il y a des choses qui se passent bien. Quelles sont les choses qui te rendent peut-être optimiste dans le secteur BTP ? Qu'est-ce qui se passe bien ?
- Speaker #0
Alors, il y a... Il y a de ces clients, quand tu travailles avec eux, tu vois vraiment une volonté de bien faire les choses. Tu vois des gens qui veulent suivre les règles, qui veulent rester écolo, qui veulent respecter l'environnement. Bon, rester écolo, c'est pareil. Et donc, quand tu interagis avec des clients comme ça, ça te booste un petit peu. Il y a des clients qui sont ouverts, qui ne sont pas bornés, béton, béton, ciment, ciment, qui veulent… Une ouverture, essayer autre chose, non non. Donc ça, c'est très motivant, en fait.
- Speaker #1
Et ça, de plus en plus ?
- Speaker #0
Oui, de plus en plus. Les gens, ils veulent essayer autre chose que tout ce qui est carré, rigide.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tout dur comme le béton.
- Speaker #1
Et le marché BTP, de manière générale, parce que c'est un marché hyper dynamique au Sénégal, quelle est ton analyse, justement, par rapport à ce marché-là, pour des personnes qui pensent peut-être se lancer dans l'entrepreneuriat dans ce secteur ? Est-ce qu'il y a des opportunités ? Quels sont les défis que tu vois encore ?
- Speaker #0
Alors, il y a vraiment beaucoup d'opportunités, il y a beaucoup de travail, mais il faut d'abord, avant de se lancer, il faut s'instruire. Il faut s'instruire, il faut apprendre, il faut savoir de quoi il s'agit, il faut savoir le faire, parce qu'il y a beaucoup de gens qui se lancent et qui ne sont même pas du métier, qui n'ont jamais appris ça. Voilà, tu lances une boîte de génie civil, tu vas prendre un technicien ici, tu prends un conducteur par là-bas et tu veux y aller. Et non, ni... Il y a un minimum de savoir.
- Speaker #1
Et ce n'est pas comme s'il n'y avait pas, en fait, cette expertise, en fait, cette main-d'oeuvre, elle est là.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Mais ce n'est pas business d'abord, après expertise. C'est d'abord l'expertise et ensuite, tu peux créer un business.
- Speaker #0
À mon avis.
- Speaker #1
Surtout dans les domaines très techniques comme les vôtres.
- Speaker #0
C'est ça, à mon avis. À mon avis, il le faut. Je pense qu'on ne peut pas ouvrir un cabinet médical sans être médecin. Tu ne peux pas ouvrir une clinique, enfin, possible, peut-être. Ouvrir une clinique, prendre... Engager des médecins, d'accord, mais ce serait bien d'avoir un petit peu de connaissances dans la médecine avant de le faire. Donc pareil pour le bâtiment, si tu veux lancer une entreprise de bâtiment, il faudrait avoir quelques connaissances et peut-être même quelques compétences dans le domaine.
- Speaker #2
Aujourd'hui, il y a suffisamment de formations dans ce secteur au Sénégal ?
- Speaker #0
Oui, il y a beaucoup de formations. Il y a beaucoup de formations, de plus en plus. Il y a beaucoup d'écoles de formation. Il y a formation... Au niveau supérieur, il y a aussi des formations pour ceux qui n'ont pas encore le bac, qui sont arrêtés au collège et tout ça. Donc, il y a plusieurs types de formations qui existent.
- Speaker #1
Pour différents niveaux d'études.
- Speaker #0
Oui. OK.
- Speaker #1
Et moi, on m'a parlé d'une petite anecdote concernant. Parce qu'il paraît que ton mari actuel, tu l'as rencontré lors de ton premier stage.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. C'était mon maître de stage.
- Speaker #1
C'était ton maître de stage. Oui. Est-ce que tu nous en parles de ça ?
- Speaker #0
Comment ?
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler de ça ?
- Speaker #0
Oui. Donc, c'était mon dernier chantier, d'ailleurs. Après, je n'ai plus fait de chantier. C'est... J'étais en stage dans, justement, encore la famille. C'est ma soeur qui m'a... qui m'a donné un... Enfin, qui m'a prise en stage dans leur entreprise où lui, il était conducteur de travaux. Elle m'a mise avec lui et c'est lui que je suivais. Il m'a appris plein de choses, d'ailleurs.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Il m'a appris plein de choses côté chantier. Et après ça, on s'est mariés. Et du coup, ça m'a permis de quitter le chantier parce que je n'aimais pas ça.
- Speaker #1
Tu n'aimais pas ça. Voilà. Et lui, il est plus chantier.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Donc finalement, je suis plutôt bureau et lui, il est plutôt chantier.
- Speaker #1
Et ça aide en fait finalement, parce que vous avez deux activités. C'est une activité commune ou séparée ?
- Speaker #0
Alors, on a chacun son... Une entreprise, mais on travaille ensemble.
- Speaker #1
Vous travaillez ensemble, effectivement. Vous avez des projets ensemble.
- Speaker #0
Oui, la plupart.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça apporte justement d'avoir un époux qui est dans le métier ?
- Speaker #0
Alors, je pense que je n'aurais pas pu faire du bâtiment, des études techniques, sans devoir aller au chantier si je n'avais pas le mari.
- Speaker #1
Qui va au chantier pour toi. Voilà.
- Speaker #0
Donc vraiment, ça tombe super bien.
- Speaker #2
c'est une bonne complémentarité dans la vie et du côté professionnel le côté professionnel c'est ça et on voit que le côté on parle souvent de séparer la vie privée et la vie professionnelle finalement en plus ça va plus je me dis en fait on est une seule personne et nos vies sont liées qu'est-ce que tu en penses de ça ?
- Speaker #0
alors je pense que ceux qui disent ça non plus. peut-être pas vécu, n'ont peut-être pas mis les deux ensemble. Parce que mon mari et moi, c'est pareil, vie professionnelle, vie privée, tout est mélangé. Et ça marche bien, Alhamdoulilah.
- Speaker #1
C'est ça. Même des fois, par contre, des fois, on a envie d'arrêter de parler boulot,
- Speaker #2
même pendant les vacances,
- Speaker #0
etc. C'est ça, c'est tout le temps.
- Speaker #2
Mais surtout que vous êtes entrepreneur preneur Tous les deux, vous avez beaucoup d'idées et beaucoup de projets. Donc en fait, les idées, ça ne s'arrête pas. Les cerveaux créatifs, les idées, ça peut venir à tout.
- Speaker #0
À 6 heures du matin, oui, c'est bien vrai.
- Speaker #1
Ça sent le vécu.
- Speaker #2
Oui, oui.
- Speaker #0
C'est le réveil.
- Speaker #1
C'est le réveil. C'est toi ou c'est lui ?
- Speaker #0
Bon, tous les deux. Après la prière. Exactement, ça commence tout de suite.
- Speaker #1
Ça commence tout de suite. Ok, super. Et du coup, là, vous êtes mariée, vous avez combien d'enfants ? La vie familiale, comment elle s'est aussi construite au fil de ce parcours ? Oui,
- Speaker #0
oui. En fait, parce que, bon, déjà, on est mariés depuis 15 ans. 15 ans, oui, c'est ça. On a quatre enfants, comme tout le monde. Et on a toujours travaillé ensemble. Parce que quand j'ai démarré mon business, il a démarré le sien aussi.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Donc, lui, il était salarié avant, mais après, il a démarré son business. Du coup, on a grandi ensemble. Et je ne sais pas ce que lui, il dira, mais en tout cas, moi, je sais qu'il m'a beaucoup aidée. Il m'a beaucoup aidée. Je parle de ma famille, mes frères et sœurs, mes parents. Mais le plus gros soutien, c'est Tierno.
- Speaker #1
C'est lui, c'est ça.
- Speaker #2
Encore une fois, on voit l'importance des maris soutenants. On a beaucoup parlé des papas qui soutiennent aussi, parce que c'est important en général. Si le papa bloque, ça bloque beaucoup de choses derrière. Et quand le papa ouvre les portes, ça ouvre beaucoup de choses. Mais les maris aussi, c'est important. Donc je le dis à chaque épisode. Les maris, soutenez vos femmes. C'est hyper important.
- Speaker #0
Oui, c'est important. Parce qu'un mari qui ne te soutient pas, déjà, dès que tu rentres tard, on te regarde bizarrement. Rien que ça, en fait.
- Speaker #2
Comment vous gérez vos quatre enfants ?
- Speaker #0
On se débrouille. On se débrouille. Ce n'est pas de tout repos.
- Speaker #1
Parce que le quatrième est encore un bébé. Oui. Tout petit.
- Speaker #0
Oui. Alors oui. Non seulement il aide dans le business. Mais il aide à la maison. Il aide à la maison, oui. Il garde les enfants, il fait même la cuisine. Donc vraiment, la chaleur.
- Speaker #2
C'est ça aussi le secret, c'est de faire équipe dans la famille, comme dans le travail, à la maison, avec les enfants, dans tout ce qu'il y a à faire en fait, dans une vie.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est un partenaire en fait, le mari. Il faut vraiment, le mari, l'épouse, il faut se soutenir en toutes circonstances. Et dans les deux sens. Dans les deux sens.
- Speaker #1
Et comment, en fait, parce qu'aujourd'hui, on le rappelle, on est dans un centre islamique, construit en BTC, donc au Bric de Terre Rouge, donc le lien avec l'ingénierie. Comment, en fait, du coup, tu démarres aussi cette autre activité-là, qui rejoint un peu le rêve de la petite yeshie de 5 ans qui voulait être maîtresse ? C'est quoi le déclic ?
- Speaker #0
alors comme je l'ai dit tout à l'heure j'ai fait un Mes études supérieures en France, et c'est là-bas que j'ai découvert l'islam. En fait, je suis née dans une famille musulmane, on pratiquait, enfin on pratique, on fait les prières. J'ai étudié le Coran, l'islam et tout ça quand j'étais jeune. Mais c'est vraiment arrivé en France que j'ai découvert un islam totalement différent d'un islam du Sénégal. Rien à voir, oui. C'est ça, c'était un islam... C'était de toute beauté, c'était de l'amour, c'était de la bienveillance. Alors qu'ici, quand tu apprends ici, à la limite, c'est des coups, c'est des reproches. Là-bas, ce que j'ai découvert, c'était... Je me suis dit que ce n'est pas la même religion. Il y a un problème quelque part. Du coup, quand je suis rentrée avec ça, j'avais en tête de transmettre la beauté de notre religion, en fait, qu'on ne connaît pas ici. Du coup, j'ai démarré les... L'ingénierie, enfin le cabinet d'études en 2014 et ça, c'était en 2015. Dès que le cabinet d'études a amené un petit peu d'argent, tout de suite, avec l'appui de mon mari, il m'a dit, il faut commencer l'autre activité. C'est ça.
- Speaker #2
Donc, tu avais cette envie depuis que tu es rentrée de France, de transmettre autrement.
- Speaker #0
Il fallait absolument le faire. Ça, pour moi, c'était un devoir. Parce que je me suis rendue compte que la religion qu'on connaît ici, qui est lourde et difficile, Ce n'était pas ça en fait, réellement l'islam. Ça c'est mon point de vue.
- Speaker #2
Comment ton entourage a pris ça ? Le fait de venir transmettre autrement la religion ?
- Speaker #0
Mon entourage, c'est-à-dire la famille ? Alors ? Je leur ai présenté ça d'une certaine manière qui a fait qu'ils ont tout de suite adhéré en fait. Même étant la plus jeune, mes frères et sœurs avaient déjà des enfants. Donc ils sont beaucoup plus âgés que moi, du coup j'ai commencé avec leurs enfants. Et quand ils ont vu l'impact que ça avait côté religieux, côté spiritualité, ils ont tout de suite adhéré.
- Speaker #1
Encore la famille qui démarre. C'est ça. Et je me rappelle aussi que tu fais partie d'une des premières, en tout cas que moi je connais, qui a démarré en ce qu'on appelle les colonies de vacances islamiques, etc. Est-ce que tu peux parler aussi de cette approche où on va aller chercher des formats qui existent déjà et où on va intégrer effectivement cette Ausha nouvelle pour l'enseignement de la religion ?
- Speaker #0
Alors, donc à la base, je voulais faire comme ce qu'on a fait aujourd'hui, une école, une école coranique qui enseigne l'islam tout le temps. Pas juste pendant les vacances, parce que pour moi l'islam c'est quelque chose qui est continu, ce n'est pas ponctuel. Mais je me suis rendu compte que les gens avaient plus besoin de ce format-là dont tu parles, d'occuper les enfants pendant les vacances, mais de les occuper de manière utile. donc c'est là que j'ai commencé à faire des camps de vacances mais plutôt axé sur l'islam c'est à dire on prend tout ce qui existe le sport, le bricolage les ateliers d'art etc et tout ça on applique ça à l'islam parce que c'est seulement des thèmes exactement donc quand tu prends atelier d'art tu fais ça conjointement à une histoire dans le coran ou bien un hadith voilà donc là ... L'enfant, il peut s'amuser, mais tout en ayant étudié quelque chose d'important dans sa religion.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, je pense, tu as évolué aussi dans ta pratique en tant qu'enseignante. Et on se retrouve jusqu'à construire ce lieu qui est vraiment une école où tu reçois aussi bien des jeunes que des adultes. Maintenant, en fait, à quoi ressemble l'activité de ce lieu, de ce centre ? Qu'est-ce qu'on y fait ?
- Speaker #0
Alors, on fait exactement ce qu'on fait pendant les vacances, sauf qu'on le fait tout le temps, durant toute l'année scolaire. Les enfants, ils sont déjà scolarisés, donc ils vont à l'école le matin et ils viennent ici les après-midi quand ils sont libres. On apprend le Coran d'abord, on apprend l'écriture, on apprend les histoires, on apprend le bon comportement. Et comme je le disais, tout ça, on le représente de manière ludique. Donc, tout ce qu'ils font, c'est accompagné d'ateliers, bricolage. des jeux extérieurs. Tout ça pour pouvoir rendre ça agréable et ludique. Et surtout aussi fixer ça en mémoire. Parce que l'enfant, il retient en jouant.
- Speaker #2
Mais toi, comment t'as appris tout ça ? Comment t'as appris à transmettre de cette façon-là ? Et même la religion, comment tu t'es formée ?
- Speaker #0
Je lis beaucoup. Même que ça soit religion ou génie civil. À mon avis, la connaissance, ça se trouve dans les bouquins. Il faut apprendre. J'ai des professeurs aussi. Je suis des cours depuis... En fait, je n'ai jamais arrêté d'apprendre. C'est tout le temps. Ça ne finit pas. L'enseignement... Enfin... Il faut en rajouter pour pouvoir en donner plus. Donc, beaucoup de bouquins. Je lis beaucoup. Tous les livres de référence, j'essaye de les lire en matière de religion. Bon, on parle juste de religion, là, pas génie civil. Mais sinon, génie civil aussi, les livres de référence, je m'arrange pour les acheter, les codes, etc. Il faut toujours tout avoir et essayer de les lire, de prendre des cours à chaque fois que c'est possible, quand on voit des formations, s'inscrire aux formations.
- Speaker #2
Et dans le côté pédagogique, parce que finalement, tu n'as pas fait d'études de maîtresse.
- Speaker #0
Non, pas du tout. Pas du tout. Alors, on est en formation continue. Donc... Il y a une ancienne directrice d'école, ancienne maîtresse et tout ça qui nous accompagne et elle nous fait des formations régulièrement. Et puis aussi, elle vient observer, elle corrige. Il y a beaucoup de bon sens aussi dans l'enseignement, beaucoup de bon sens. Et même si je n'ai pas fait d'études, j'ai quand même accumulé beaucoup d'expérience parce qu'en commençant avec… Donc, j'ai six frères et sœurs, donc ça fait… Beaucoup, beaucoup d'enfants. Et j'ai commencé avec eux, la transmission. Et donc, j'ai commencé avec leurs enfants il y a très longtemps. Et ça m'a permis d'avoir beaucoup d'expérience. Du coup, depuis le temps, je n'ai pas arrêté. Et à chaque fois, j'essaie de prendre des formations, d'améliorer la pédagogie, de voir comment les autres font pour essayer de... de bien faire aussi.
- Speaker #1
C'est ça. Et ça t'amène même jusqu'à un nouveau projet que j'ai eu vent aussi, c'est dans l'édition. Donc, pour éditer des manuels, des livres. En tout cas, des supports qui peuvent accompagner justement les parents et les enfants dans leur quête. Voilà. Exactement. Et ça aussi, pareil. C'est quoi la motivation de se dire, OK, j'ai enseigné, j'ai construit une école, maintenant je vais faire des livres.
- Speaker #0
En fait, on produit des supports pour faciliter l'apprentissage. Des enfants qui sont déjà là, et à force de les produire, finalement ça fait un gros paquet. Là, on en fait des livres en fait.
- Speaker #2
Et on a parlé beaucoup d'enfants, est-ce que vous avez cueilli aussi des adultes ici ?
- Speaker #0
Oui, on a beaucoup d'adultes, une vingtaine, enfin beaucoup, une vingtaine en tout cas. Une vingtaine d'adultes, oui.
- Speaker #2
C'est quoi la différence pour eux de venir apprendre ici par rapport aux apprentissages qu'ils ont pu avoir avant ?
- Speaker #0
Déjà... Le fait de se retrouver en petit comité, enfin les vingt ne viennent pas en même temps, donc il y a un petit groupe et ça reste convivial. Comme on disait tout à l'heure, c'est un apprentissage agréable parce qu'on est en petite communauté, on apprend, on fait des exposés, les unes posent des questions, on arrive à avoir plus de connaissances en fonction de ce que les autres veulent connaître, pas seulement ce que l'enseignant te donne. Mais les interrogations de chacune, c'est à peu près les mêmes choses. En tant que femme, on a les mêmes interrogations côté religion, donc ça nous permet de nous enrichir et voilà, c'est plus riche. C'est que des femmes ? Il y a des groupes de femmes, il y a un groupe d'hommes, mais sinon la majorité c'est des femmes.
- Speaker #2
Et là encore c'est intéressant parce qu'on a dit génie civil, ça change, mais à l'origine c'était plutôt masculin et professeur de Coran. Quand on me dit professeur de Coran, moi, la première image qui me vient à l'esprit,
- Speaker #0
c'est un homme. Un hostesse.
- Speaker #1
Mais il y a beaucoup de yaseida maintenant. Il y a vraiment, ça s'est démocratisé, popularisé, il y en a de plus en plus. Parce que je pense qu'aussi les femmes avaient besoin de parler aussi de certains sujets sur lesquels on était plus à l'aise en ayant une femme en face. Et moi, ce sur quoi je voulais aussi rebondir, c'est que ton activité d'ingénieur BTP, tu es assez solitaire, mais ici, non. C le contraire, par contre. Ici, là, ça grouille aussi bien le personnel, l'équipe, que les enfants et puis les adultes qui viennent. Comment ça se passe aussi, cette partie-là, justement, parce qu'on sait pourquoi tu travailles seule dans le BTP, t'es exigeante. Maintenant, comment tu as dû te résoudre, justement, à t'entourer d'une équipe sur l'autre activité ?
- Speaker #0
Ah !
- Speaker #1
Je viens parler. Je viens parler. Comme je dis, il y a des expressions qui veulent tout dire. Mais ça tourne encore, c'est qu'on arrive quand même à trouver des solutions.
- Speaker #0
Voilà, on arrive quand même à trouver des solutions. On arrive à trouver certaines pépites, quelques personnes qui en veulent, quelques personnes qui sont motivées, qui veulent apprendre, qui veulent travailler. Et c'est sur ces personnes-là qu'on se base pour pouvoir... Faire évoluer l'équipe pour que le travail soit bien fait.
- Speaker #1
Et toi, en fait, justement, si tu as un message à donner à des jeunes qui t'entendent, qui soient adeptes à l'entrepreneuriat ou juste des gens qui vont rejoindre des entreprises, quel est le conseil que tu leur as donné sur ça ?
- Speaker #0
C'est de travailler dur. Parce que quand tu travailles, tu peux avoir l'impression, si tu rejoins un une entreprise. Tu peux avoir l'impression que tu le fais pour ton patron, pour l'entreprise, mais non, tu le fais pour toi-même. Parce que plus tu travailles, plus tu as de l'expérience, plus tu fais quelques erreurs et tu ne les répèteras pas. Donc, c'est ton avantage, en fait. Il ne faut pas penser que tu travailles seulement pour l'entreprise, seulement pour le patron. Tu es en train de t'améliorer. Donc, travailler dur, travailler, travailler, travailler. Et c'est valable pour Voilà. Les employés, c'est valable aussi pour les entrepreneurs. Il faut travailler.
- Speaker #1
Totalement, parce que dans l'entrepreneuriat, comme tu disais, la recommandation, elle a une valeur vraiment inestimable, parce que c'est comme ça qu'on continue à faire entrer de nouveaux clients. Et pour le salarié, même si on n'est pas marié aux entreprises, mais on a envie que quand on sort d'une entreprise, qu'on en sort avec une lettre de recommandation, que les gens sont contents, même de voir qu'on part. pour grandir ailleurs, continuer à grandir. Et ça, c'est vraiment le souhait que tout bon manager a pour ses équipes.
- Speaker #2
Et je pense qu'encore plus, c'est négal parce qu'on marche. C'est tellement important. C'est un pays de bouche à oreille, c'est-à-dire quand tu cherches un plombier, tu ne cherches pas sur internet plombiering à parole, tu demandes à tes amis, tu n'as pas un bon plombier, tu continues à se former, c'était hyper intéressant ce qu'on a dit tout à l'heure.
- Speaker #1
Aujourd'hui quand je vois sur Youtube des vidéos pour apprendre à peindre, à faire des circuits électriques, il y a... tout ce qu'il faut. Parce que finalement, on peut dire oui, mais on est limité parce que les écoles ici au Sénégal, mais aussi Yala Yala, je dis à un moment donné, tu vas sur Internet et tu trouves des passionnés, des plombiers passionnés qui ont des heures et des heures d'enseignement gratuit sur YouTube. Pourquoi pas, en fait ? Juste apprendre comme ça et pratiquer.
- Speaker #2
Quand on a commencé dans le textile, ce n'était pas du tout ma formation de base. J'ai regardé des vidéos YouTube. Mais oui ! J'ai appris les noms des machines avec YouTube et j'ai regardé comment les gars y font. Donc, il y a cet apprentissage où on va chercher les ressources. Il y a aussi à savoir demander de l'aide. Et ça aussi, ce n'est pas un signe de faiblesse. Au contraire, savoir demander de l'aide au bon moment, c'est une force.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Mais en tout cas, il y a beaucoup d'opportunités. Et d'après toi, est-ce que, que ce soit maintenant dans le BTP ou dans l'enseignement islamique, est-ce que ce sont des activités qui sont « scalable » , c'est-à-dire qui peuvent aller à une autre échelle, c'est-à-dire grandir vraiment à d'autres échelles ? Aujourd'hui, je ne sais pas si tu mets ensemble les adultes et les enfants, combien d'élèves tu as, mais est-ce qu'on peut multiplier ça par 10, par 20, par 50 ? Est-ce que tu as envie de faire ça ? Est-ce que tu as envie de le faire ? Est-ce que c'est possible et est-ce que tu as envie ?
- Speaker #0
C'est possible. Parce que la demande est là. La demande est forte. Est-ce que je veux le faire ? C'est une autre question. Parce que pour pouvoir faire ça, on ne peut pas le faire seul. On ne peut pas le faire seul. Il faut être accompagné par... Des personnes clés déjà, des personnes qui peuvent te donner beaucoup plus de connaissances. Si tu as beaucoup plus de connaissances, des personnes, il faut avoir aussi des ressources, il faut avoir une finance pour ça. Et il faut que les équipes suivent. Je n'ai pas encore eu les résultats que je voulais avec ce qu'on a pour l'instant en termes... d'enseignement en termes de...
- Speaker #2
Pour le génie civil,
- Speaker #0
il n'y a pas de souci. C'est possible. Mais pour l'enseignement, il faudrait d'abord que je puisse atteindre les résultats que je veux avant de penser à grandir. D'abord, ceux qui sont là, il faut qu'ils maîtrisent. les enseignements avant d'en prendre beaucoup.
- Speaker #1
Et du coup, de manière générale aussi, ces deux activités, comment tu gères les deux ? Parce que pour le coup, on sent aussi que c'est deux activités très demandeurs en termes d'énergie, de temps, de tout ce qu'on veut, de ressources. Comment ça se gère les deux ?
- Speaker #0
Alors, en termes de... Ça prend beaucoup de temps. Ça prend beaucoup de temps, ça pousse à travailler tout le temps. Du matin au soir, il n'y a pas week-end, il n'y a pas vacances. C'est vraiment, on travaille tout le temps, tout le temps, tout le temps. Mais bon, c'est un choix. C'est un choix parce que j'aime les deux activités. Il n'y en a aucune des deux que je vais laisser tomber. Et bon, il y en a une qui... Il y en a une qui l'alimente l'autre, financièrement.
- Speaker #2
C'était ça ma question aussi. Est-ce que le côté centre d'éveil et une association, une entreprise, c'est quoi le statut ?
- Speaker #0
C'est une entreprise.
- Speaker #2
Pour l'instant qui n'est pas encore rentable ? Non.
- Speaker #0
On garde vraiment la tête... hors de l'eau, mais à peine.
- Speaker #2
Donc là, c'est la passion qui t'alimente dans cette activité. Et donc, c'est ton autre activité qui te permet de financer en partie ça.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #2
Mais tu espères, à moyen terme, je pense, que ce soit autonome.
- Speaker #0
Non seulement que ce soit autonome, mais que ça puisse rapporter de l'argent un jour ou l'autre, en fait. Pourquoi pas ? Ce n'est pas l'objectif premier. Tout entrepreneur veut gagner quelque chose.
- Speaker #1
Tout entrepreneur veut gagner de l'argent.
- Speaker #2
C'est OK de gagner de l'argent.
- Speaker #1
C'est OK de gagner de l'argent, surtout quand on a autant d'impact. Et ça, c'est super important d'être à l'aise avec ça.
- Speaker #2
C'est ça. Très important de se dire que c'est là où j'avais appris, moi, le mot social business, qu'en fait, on peut faire du business et avoir de l'impact. On n'est pas obligé de choisir entre l'un ou l'autre. C'est ça. et on
- Speaker #1
Tu as compris que dans ce parcours-là aussi, ton mari est très présent, très aidant. Mais est-ce qu'il y a d'autres personnes qui t'aident, des mentors, des personnes en tout cas en qui… Des personnes ou des structures ? Ou des structures qui accompagnent cela ?
- Speaker #0
Donc, des personnes qui accompagnent, je peux parler de mes professeurs. Donc, j'ai quelques professeurs qui m'enseignent tout ce que je retransmets, qui corrigent ce que j'enseigne. Donc je leur... Je leur montre tout. Donc, ils sont là pour vérifier. Ils gardent un oeil dessus. Donc, ça, c'est très important parce que c'est la transmission de la science. Il ne faut pas que ce soit erroné, surtout quand c'est pour un enfant et que c'est la pratique religieuse. Donc, ça peut avoir un impact négatif. Et on ne sait pas. Parce qu'une fois que l'information sort, c'est éparpillé un peu partout. Donc, il faut vraiment que ce soit une bonne information. Donc, ces personnes-là m'aident beaucoup. Financièrement, alors, heureusement que mon mari est là. Sinon, il y a mon activité qui aide, mais heureusement qu'il est là financièrement. Il m'aide à me décharger mentalement, donc je lui redonne tout. Et il y a mes soeurs, il y a mes grandes soeurs aussi. Ce sont des mamans, elles mettent la main à la poche, elles surveillent. Par exemple, elles sont dans les groupes WhatsApp des parents et tout ça. Elles surveillent tout ce que je fais, elles rebondissent derrière. Oui, il faut gérer comme ça. Elles aident un petit peu avec la communication. Elles n'hésitent pas à pointer du doigt ce qu'ils ne voient pas. Pour que, bon, critique, c'est pas...
- Speaker #2
Dire les vérités. Voilà,
- Speaker #0
c'est pour...
- Speaker #2
C'est constructif. Constructif,
- Speaker #0
voilà. C'est ça leur objectif. Donc ça aussi, c'est très important. Et il y a... C'est Naboo. Mais c'est vrai. C'est Naboo parce que... Quand j'ai quitté Dakar pour venir à Ngaparu, je ne pouvais pas m'imaginer que la religion pourrait intéresser les habitants de... Donc c'est toi, Seynabou, qui m'as dit « Oui, oui, vas-y, lance-toi ! » C'est vrai, il faut le dire. Et je me suis lancée, le premier jour, Seynabou est venue, elle a fait une petite vidéo, elle a partagé, et d'un coup j'ai eu 14 personnes qui sont arrivées.
- Speaker #2
Ah ouais ? Ça, j'avais même pas ! Les vidéos de Seynabou, c'est fort !
- Speaker #0
Donc, voilà.
- Speaker #2
Même si tu travailles... En partie seule, tu ne te sens pas seule ?
- Speaker #0
Non, je ne suis pas. Je ne peux pas dire que je suis seule alors, si c'est ça.
- Speaker #2
Et comment, parce que là, tu dis que tu travailles tous les jours, il n'y a pas de week-end, il n'y a pas de vacances. Comment tu te ressources ? Comment tu fais pour récupérer ?
- Speaker #0
Je suis très fatiguée.
- Speaker #2
Alors, elle ne saurait pas. Je suis très fatiguée.
- Speaker #0
Oui, oui. Non, c'est épuisant. C'est épuisant physiquement. C'est épuisant mentalement. Donc, si j'ai un conseil à donner aussi, c'est de se débarrasser de tout ce qui augmente la fatigue.
- Speaker #2
La charge mentale ?
- Speaker #0
Oui. Vraiment. S'il y a des gens quand on est dans une entreprise et qu'il y a des gens qui, du fait de leurs actes, il y a des choses qui te fatiguent plus, ben... Je ne peux pas rester avec. Même s'ils sont des gens performants et tout, non. Parce que... Je ne sais même pas comment dire ça. Donc, voilà.
- Speaker #2
C'est un conseil que d'autres entrepreneurs m'ont déjà donné. C'est-à-dire, quand il y a des personnes qui travaillent avec toi, mais toi, ça ne te convient pas, même si c'est des bonnes personnes, qu'elles sont gentilles, que tu as envie de les aider, qu'elles ont plein de bons côtés, si toi, ça ne te convient pas, il faut arrêter très vite. Des fois, on s'épuise en voulant tenir encore, on va lui donner encore une chance. Exactement. Moi aussi, je me suis dit, parfois aussi, Merci. Ça peut être les libérer aussi, parce que si ça ne te convient pas à toi, ça veut dire que ce n'est pas non plus une relation de travail très fluide et que ça peut peser aussi sur l'autre personne.
- Speaker #0
C'est souvent réciproque.
- Speaker #2
C'est souvent réciproque. Donc ça, tu dis, c'est quelque chose, tu n'as pas vraiment réussi à te recharger, mais tu essayes au moins de ne pas trop te décharger.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
De ne pas trop remplir la calvasqua. Voilà. La calvasqua, on met sur la tête après. C'est ça. Il faut la porter ensuite.
- Speaker #2
Et si tout était possible, tu ferais quoi pour te recharger ? C'est quoi, dans la vie, si tu as le temps, c'est quoi qui te fait du bien ?
- Speaker #0
Des moments de calme. Des moments où vraiment je suis seule, à rien faire. Ou à la limite, j'aime bien le Coran, à la limite avec mon Coran, mais voilà, pas de bruit, pas de télé, rien faire. Et par contre ça, j'arrive à l'avoir un petit peu avec l'aide de mon mari. Parce que quand tu restes plusieurs semaines sans repos, après ça se ressent dans ta façon d'être, tu es irritable. Dans des moments comme ça, il récupère les enfants, il prend tout le monde et puis on me laisse toute seule.
- Speaker #2
Dans la maison. Est-ce qu'il le sent ? Est-ce que tu demandes ou il le sent tout seul ?
- Speaker #0
Les deux. Quelquefois, il demande est-ce que ça va, est-ce que tout va bien ? Donc là, il comprend que j'ai besoin d'être un peu seule. Donc, voilà. Mais en tout cas, pour ceux qui le peuvent, il faut prendre... Il faut se reposer.
- Speaker #2
Et je précise pour ceux qui écoutent, c'est qu'elle a un mari sénégalais. Parce que souvent, on dit, avec les Sénégalais, ce n'est pas possible ça. Et c'est possible. Il y a des maris sénégalais qui sont capables d'être un vrai relais avec leurs femmes où on est vraiment en équipe dans le groupe.
- Speaker #0
C'est comme s'ils portaient le... Je dirais même pas la moitié de l'entreprise, mais presque tout. Presque tout. Oui, et quand c'est comme ça, tu n'as pas de limite. Tu penses que, je vais dire clairement, comme si tu pouvais décrocher la lune. Parce que si tu lui dis je veux la lune, tu dis ok, je vais te propulser.
- Speaker #1
Tiens une échelle. Voilà. C'est beau ça. Non, même pas une échelle.
- Speaker #0
C'est-à-dire une échelle, ça veut dire qu'il n'est pas là. C'est lui-même qui met les mains, qui te dit voilà, je te porte, je te lance.
- Speaker #2
Il fait la courte échelle.
- Speaker #0
Voilà, carrément.
- Speaker #2
Il te fait la courte échelle, c'est différent. donc c'est une équipe et alors ? Comment toi, tu as un support système, tu as ta vision des choses, tu ne te reposes pas beaucoup, pas assez. Et quelles sont tes sources d'inspiration dans la vie ?
- Speaker #0
D'inspiration ? Alors, est-ce que ça peut être une personne ? Oui. D'accord. Donc, comme je disais, je viens d'une famille de... Mon papa, c'était un bosseur. Ma maman aussi. Donc, je peux dire que c'est eux, en fait, mes parents. Parce que je les ai vus travailler, mais tout le temps. Travailler, travailler, travailler. J'ai jamais vu même ma maman s'asseoir, non, comme ça, à rien faire. Non, non, non. Pourtant, son mari, il y avait beaucoup de moyens. Elle pouvait rester à la maison à rien faire, mais non. Elle travaillait, le papa travaillait. Donc, sauf cette inspiration, c'est là-bas. Pour moi, la vie, c'est le travail. Il faut travailler. Certes, je ne me repose pas assez, je suis fatiguée, mais le travail me procure une certaine satisfaction. Et surtout quand le travail est bien fait, tu n'as même pas besoin de la reconnaissance des gens. Quand tu regardes le travail et que tu vois que tu as bien fait les choses, alors tu as envie de refaire.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a, par exemple, dans ce parcours-là, vraiment des choses qui ont forgé aujourd'hui la femme entrepreneur que tu es devenue, qui ont forgé la femme que tu es devenue aussi ?
- Speaker #0
Je peux encore revenir sur le fait d'avoir la satisfaction du travail bien fait. Comme par exemple, j'ai travaillé dans le génie civil. j'ai pu euh économiser assez d'argent pour pouvoir construire ce modeste bâtiment. Donc, quand tu le vois sortir de terre, ce sont des moments comme ça qui te boostent, en fait. Tu vois que c'est par l'entrepreneuriat que tu réussis à encore entreprendre et à avancer et évoluer. Donc, voilà, c'est une réussite, en fait. Donc,
- Speaker #2
c'est intéressant parce que ta réussite, Elle est liée à la générosité. Parce que ce n'est pas une question... Tu n'as pas dit, ma réussite, c'était de gagner beaucoup d'argent. Ma réussite, c'était d'avoir utilisé l'argent que tu avais gagné d'un côté pour construire cet endroit ici. Et ça, c'est hyper important parce qu'on est dans une société où on est quand même très tourné vers le matériel. Et c'est vrai que ça a des avantages. Mais la générosité qu'on peut donner par ailleurs et dans la transmission, c'est encore plus fort.
- Speaker #1
Avant la dernière question, est-ce qu'il y a quelque chose qui te trotte dans la tête mais que tu n'oses toujours pas faire par contre ?
- Speaker #0
C'était ça, là.
- Speaker #1
Donc ça, c'est déjà fait. Donc voilà, maintenant.
- Speaker #0
Mais jusque-là, c'est ce genre de choses, parler publiquement.
- Speaker #2
Là, on t'a fait faire un exercice difficile aujourd'hui. Donc aujourd'hui, quelqu'un au Sénégal ou ailleurs veut construire une maison ou un immeuble, il peut faire appel à toi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
En béton ou en BTC.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
C'est ça aussi.
- Speaker #0
Et même en pierre.
- Speaker #1
En bout, en pierre.
- Speaker #2
Voilà. Et à quelle étape il faut qu'il te contacte ?
- Speaker #0
Généralement, après l'architecte.
- Speaker #2
Donc, on fait d'abord son plan, son rêve dans sa tête.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Et après, on vient te voir.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Avec son plan. Et toi, tu fais une analyse de tout ça.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. Et il ne faut pas trop rêver aussi quand il s'agit de BTC. Parce que, tu vois, avec le béton, on peut se permettre de tout faire. Mais avec BTC, il faut rester… raisonnable.
- Speaker #2
On rêve différemment.
- Speaker #0
Oui, on rêve différemment. Merci.
- Speaker #2
Donc, on mettra le lien LinkedIn dans la description du podcast.
- Speaker #1
Alors, pour finir, en beauté, on t'offre une baguette magique qui sait tout faire, qui peut tout faire, mais tu as un vœu, en fait, à faire. Qu'est-ce que tu fais faire à cette baguette ? Tout est possible. D'accord,
- Speaker #0
donc je peux rêver ou il faut rester réelle ? Non,
- Speaker #1
non, non ! Tu as dit tout à l'heure que ton mari te fait la courte échelle pour monter sur la lune. Franchement, on peut rêver grand là. Franchement ? D'accord.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aurais demandé ?
- Speaker #1
Alors ?
- Speaker #0
Pour Marina.
- Speaker #1
Moi, qu'est-ce que j'aurais demandé ? Moi j'aurais demandé une petite centaine d'hectares. Voilà. Ou en fait, toutes les choses que j'ai envie de... Genre pour construire ma petite ville à moi. Vraiment. Oui, petite ville. Un petit quartier. Voilà. Avec toutes les choses que j'aime bien au même endroit. Avec le mode de vie qui me convient. Avec les gens civilisés,
- Speaker #2
etc.
- Speaker #1
Bien.
- Speaker #2
Moi, à chaque fois que je pose cette question à quelqu'un, je me dis, moi, si j'avais une baguette magique, je demanderais qu'on arrête toutes les guerres dans le monde. Je pense que c'est ça qui me... Et c'est ça sur lequel je n'ai pas de prise. À ton tour !
- Speaker #0
Alors, à mon tour, il y a une chose que j'aimerais faire avant d'atteindre... mes 40 ans, c'est mémoriser le Coran, totalement. Non seulement mémoriser, mais en plus connaître tous les sens, que rien ne m'échappe.
- Speaker #1
Et du coup, quel serait ton mot de la fin ? Avec quoi tu vas nous laisser partir ? Même si on n'a pas envie de partir. Avec quoi tu nous laisses partir ?
- Speaker #0
Alors, je vais déjà vous remercier pour cette initiative, parce que... Marina a parlé de générosité tout à l'heure, mais ça vraiment, c'est la générosité parce que ça permet déjà à nous autres de nous exprimer, de prendre conscience. Parce que quand tu parles, tu prends conscience de certaines choses.
- Speaker #1
De tout ce que tu as fait, parce qu'on a tendance à minimiser. Mais le parcours, il est là et il parle de lui-même.
- Speaker #0
Oui. Et voilà, je vous remercie, en tout cas.
- Speaker #2
Alors nous, on te souhaite du repos un peu pour recharger tes batteries. Comme je dis souvent dans les ateliers que je fais sur le cycle menstruel avec les jeunes filles, quand ton téléphone est déchargé, tu le branches. Et tu attends qu'il soit rechargé avant de l'utiliser. Donc il faut aussi prendre le temps de se recharger un peu pour pouvoir encore transmettre parce qu'on a besoin vraiment de personnes comme toi qui ont cette envie, cette passion et qui se forment en plus pour transmettre le meilleur. Pour bien faire les choses. Merci en tout cas de nous avoir reçus à Ishi. On te souhaite en tout cas tout le succès.
- Speaker #1
Merci. C'est tout ce qu'on te souhaite. Merci beaucoup.
- Speaker #2
On fait une conversation très intéressante. Merci à vous. Merci messieurs. Merci à l'équipe des garçons qui sont en face de nous. Et on se donne rendez-vous très très vite pour un nouveau parcours. À bientôt.
- Speaker #1
Merci de nous avoir écoutés. Parcours vous est proposé par Smart Ecosystem for Women, agent spécialisé dans l'accompagnement du plan potentiel des femmes en Afrique. Ce podcast est rendu possible grâce au programme YBA Seed. Pour en savoir plus sur SIU, cliquez sur les liens en description. À bientôt pour une nouvelle trajectoire de femmes inspirantes.