- Speaker #0
Comme quoi, il faut pousser souvent les portes. Il n'y avait absolument rien d'évident. Quand tu commences un business, quand tu sais pourquoi tu le fais, qu'est-ce qui est ta motivation, c'est là où tu vas te donner les moyens de le faire et surtout, ça va te permettre de tenir. Moi, quand je vois le professionnalisme, la formation et tout l'impact que ça fait sur les jeunes qui veulent s'investir dans ce métier-là. Là, tu comprends pourquoi tu le fais. Si je mourais aujourd'hui tout de suite, je serais super contente parce que je suis contente de ma vie en fait. C'est ma vie, c'est moi et au moment où j'en parle, je suis juste contente d'être en vie en fait.
- Speaker #1
Parcours, trajectoire d'entrepreneur inspirante. Bienvenue dans Parcours, le podcast qui met en lumière les femmes qui osent, qui créent et qui innovent. Ici, on parle d'entrepreneuriat au féminin sans détour, de parcours inspirants, de défis relevés, de succès célébrés et de leçons précieuses à partager. Parce que réussir, c'est avant tout oser, apprendre, évoluer et inspirer les autres. Chaque femme que vous entendez ici a une histoire singulière. Et dans chaque expérience, il y a des apprentissages qui résonnent bien au-delà du parcours individuel. Les challenges rencontrés, les stratégies adoptées, Les victoires remportées offrent des clés précieuses pour toutes celles et ceux qui souhaitent avancer. Pour retracer ces histoires, nous allons à leur rencontre partout au Sénégal, là où elles vivent et entreprennent. Chaque épisode est une immersion dans leur quotidien et dans un lieu qui les inspire. Un podcast pour s'inspirer, apprendre et surtout passer à l'action. C'est parti, bienvenue dans Parcours. Une vraie lionne. Elle a su s'imposer comme figure incontournable de l'industrie de la beauté. Retrassons le parcours de Nogai Ndiaye Waraba. Bonjour Nogai. Bonjour Seynabou. Comment vas-tu ?
- Speaker #0
Je vais super bien.
- Speaker #1
Ah, Waraba. Bonjour Marina. Comment tu vas ?
- Speaker #2
Bonjour Seynabou. Bonjour Nogai.
- Speaker #1
Bonjour Marina. Aujourd'hui, on a un tournage particulier parce qu'il fait... Nuit.
- Speaker #2
C'est la première fois qu'on fait un tournage le soir.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Effectivement.
- Speaker #0
Ah bon ? Oui. J'ai l'habitude des exceptions exceptionnelles. Mais c'est ça. Parce que cette femme est très busy.
- Speaker #2
Et c'est une femme exceptionnelle.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #2
Est-ce que tu peux nous dire où on est aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, vous êtes à Onglemania, plus particulièrement à onglemania.e. Et on tourne le soir parce qu'on a des clients et des clientes toute la journée. Donc, il fallait... s'en occuper,
- Speaker #1
les laisser partir et occuper l'espace pour parler de parcours. J'avoue que, bon, on a un peu mis, poussé vers la porte la dernière, la dernière cliente qui, voilà, qui se faisait chouchouter, qui prenait son temps et c'est normal.
- Speaker #0
Exactement. C'est normal.
- Speaker #1
En tout cas, on est très content d'être ici aujourd'hui. Je pense qu'on te voit beaucoup dans le paysage. on va dire dans l'écosystème entrepreneurial, sur les réseaux sociaux, etc. Et en fait, je disais à Mariona, mais finalement, en fait, Nogai, on ne la connaît pas tant que ça. Le parcours de Nogai, on ne le connaît pas forcément. Le parcours de Nogai, on ne le connaît pas forcément. Donc aujourd'hui, l'idée vraiment, c'est de aller à la découverte de la femme, de la femme qui est derrière l'entrepreneur et aussi de cet entrepreneur exceptionnel.
- Speaker #2
Et puis vraiment, ton parcours de vie, on a déjà eu la chance d'avoir pas mal de conversations dans ces dernières années. Et à chaque fois, on a des petits bouts. Et là, on va essayer de faire le parcours,
- Speaker #0
début à la fin, avec plaisir.
- Speaker #1
On commence dès le début et on commence à 10 ans.
- Speaker #0
À 10 ans ?
- Speaker #1
Oui, on est en loin ! même peut-être un peu avant c'est toi qui va nous dire la première fois que tu t'es projeté dans ton avenir quel âge c'était, ça peut être 10 ans, 13 ans ou je sais pas à cet âge là, tu te projetais comment dans l'avenir,
- Speaker #0
qu'est-ce que tu voulais devenir dans la vie la première fois que tu t'es projeté la première fois que je me suis projeté parce qu'à 10 ans je ne pense pas m'être vraiment projeté Mais la première fois que je me suis projetée, je pense que j'étais au lycée et je me disais soit je serais médecin, soit je serais hôtesse de l'air. C'était les deux choses. Non mais c'est pas ça.
- Speaker #1
Je ne sais pas pourquoi, médecin ok, je ne sais pas pourquoi quasiment tous nos invités nous disent qu'ils voulaient être hôtesse de l'air.
- Speaker #0
Ben oui, parce que de loin, tu vois un métier. où tu voyages, tu fais le tour du monde, tu es dans les avions tout le temps et l'accès à l'avion n'est pas pour tout le monde. Donc c'est globalement des choses inaccessibles. Moi qui suis née à Nyaaritali, à Grand Dakar, j'ai fait tout mon cursus scolaire dans le même quartier, prendre même une voiture était quelque chose. C'est comme aujourd'hui si on nous disait qu'on monte sur un fusée pour aller avancer. C'était pareil. C'était pareil. Donc c'était un rêve, oui.
- Speaker #2
Et pourquoi médecin ?
- Speaker #0
Alors médecin est médecin militaire. Ah oui.
- Speaker #1
On retrouve la lionne là.
- Speaker #0
Malheureusement. Médecin militaire parce que j'avais à l'idée, je voyais les soldats qui allaient en guerre. Et je me dis que les soldats partent pour nous sauver nous. Et faire la guerre contre d'autres. pays pour sauver le Sénégal. Donc, qui va les sauver s'ils sont blessés ? Je m'imagine, non ? Dans un temps de guerre, de bataille, de soigner les jambes cassées ou bombardées. Voilà. Donc, je voulais faire une médecine militaire.
- Speaker #1
Parce que ça, t'as touché cette image des soldats qui partaient, en fait, défendre le pays. Pourquoi ça t'a touché ?
- Speaker #0
Parce que c'est une forme de protection, en fait. Par exemple, on a nos papas, nos mamans. Quand on va dans une dimension beaucoup plus réduite, qui nous défendent, qui nous protègent, et j'imagine les soldats, les militaires, eux, ils n'ont personne pour les aider, pour les soigner, alors qu'ils vont au champ de bataille pour nous, pour la population. Donc je les voyais démunis et sans protection. Donc je me dis, si je suis militaire, je fais médecine militaire, je pourrais apporter quelque chose à ces soldats, parce que tu voyais... En tout cas, à l'époque, c'était juste, par exemple, la RTS qui est là, qui te montre des combats, des choses comme ça. Et dans les films de Rambo et tout ça, à l'époque, tu les vois blesser la tête, emballer les mains comme ça et tout. Tu as pitié, quoi.
- Speaker #2
Il y avait encore peut-être cette notion de voyage aussi, parce que souvent, ces militaires-là, ils sont à l'étranger. Oui,
- Speaker #0
ils sont à l'étranger.
- Speaker #2
Il y a encore aussi ce côté-là. Donc là, tu étais au lycée ?
- Speaker #0
Oui. J'étais au lycée.
- Speaker #2
Et après, finalement, tu ne t'es pas orientée vers ça.
- Speaker #0
Si, si, si, je me suis orientée. C'est pour ça que j'ai fait le bac S2 pour aller faire médecine, en fait. Et je n'ai pas réussi à avoir mon bac au moment où il le fallait pour faire médecine militaire.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
En classe de première, pendant les vacances en allant de la première à la terminale, j'ai perdu mon père. Et donc du coup, l'idée c'était d'être médecin, donc il fallait avoir le bac S2. Et c'était une promesse entre nous. Et la première fois que j'ai fait mon bac, j'ai fait en même temps le concours de santé militaire. J'ai réussi le concours, mais je n'ai pas réussi le bac. Et j'ai fait trois fois le bac, parce qu'il fallait que j'aie le bac S2.
- Speaker #1
Et tu avais quand même le...
- Speaker #0
La promesse pour lui et surtout pour pouvoir faire la médecine. Même si ce n'était pas militaire de faire au moins la médecine. Mais à la troisième année où j'ai eu mon bac, j'étais trop âgée pour le concours.
- Speaker #1
Écoute, on va rester dans ton enfance, si tu veux bien.
- Speaker #0
Oui, je...
- Speaker #1
Tu as fait le lycée, après le top terminal, après... Non, on va rester là un peu. Non,
- Speaker #0
j'ai sauté des étapes. Voilà,
- Speaker #1
on va rester un peu. Tu nous parles de ton enfance à Nyaritali, où tout se passait dans ce bon cachet. Parle-nous justement dans quel contexte tu as grandi de ton enfance.
- Speaker #0
J'ai eu une enfance assez heureuse, dans une famille très modeste, pour ne pas dire pauvre, comme c'est le terme qu'on utilise. Donc, comme mon père, j'ai grandi à Nyaritali. Je suis née à Nyaaritali. J'ai grandi entre Grand Dakar, Ouagouniaye et HLM 5. Mais pourquoi on ne s'est jamais croisé d'ailleurs ? C'est dans ce quartier que j'ai fait toute mon enfance parce que pour l'école primaire, l'école était dans le quartier, c'était à Bop, école Bop, communément appelée école Bop parce que ça s'appelle Amouddjian Wore. Ça date. Ça date. Donc, j'ai fait l'école primaire là-bas. Et après, je suis partie au lycée Martin Luther King. L'école est démolie maintenant. Mais c'était une superbe école où il n'y avait que des filles à l'école. Et c'est une école à laquelle je rêvais d'aller parce que voilà, elles étaient en blouse et ça me faisait sortir de mon quartier. De ton quartier,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Donc, après le lycée, après le collège, c'est le collège, non ? collège après lycée collège lycée voilà collège lycée Martin Luther King je suis allée à Lamine Gay Lamine Gay on sait c'est quoi tout le monde connait tout le Sénégal connait le lycée Lamine Gay Square Hans Bernard tout ça là on a on a radiaché un peu et en cherchant mon bac ben j'ai fait le lycée Blaisiane parce que quand j'ai pas eu mon bac au lycée Lamine Gay je suis allée au lycée non de la fosse en premier et c'est au lycée Blaisiane que j'ai eu mon bac.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc les trois lycées là, le grand lycée de Dakar j'ai fait. Tu as fait les trois grands lycées de Dakar ça ?
- Speaker #2
Ah ouais.
- Speaker #0
Donc Dakar on connaît.
- Speaker #2
Tu as persévéré ?
- Speaker #0
Obligé, on n'a pas trop le choix. Donc le bac, c'était le diplôme qu'il fallait avoir. Parce que de tout mon cursus scolaire, je n'ai pas fait d'école privée en réalité. Et souvent quand tu n'as pas le bac, c'est très difficile d'aller dans les lycées privés. Donc l'idée c'était d'avoir le bac dans les universités. L'idée c'était d'avoir le bac et de pouvoir aller au lycée. à l'université Cheikh Anta Diop.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et pouvoir faire la médecine.
- Speaker #1
La médecine, toujours. C'était ça, en fait, vraiment.
- Speaker #0
Mais finalement, je ne suis pas allée en fac médecine, je suis allée en fac de sciences. Sciences naturelles.
- Speaker #1
Sciences naturelles. Mais sciences naturelles, c'est très bien. Il y a des gens qui ont fait sciences naturelles. Non, je suis venu mon regard.
- Speaker #0
C'était une option.
- Speaker #1
Je te taquine. C'est chouette, tu l'as fait par des pieds au départ.
- Speaker #0
Voilà, par orientation naturelle. Parce que quand tu as le bac, on t'oriente à l'université. Et c'est en même temps qu'on t'oriente par rapport aux différentes facultés. C'est ça. Et voilà, j'ai fait une année, deux ans pour la bourse. Il y a 18 000 et 36 000 qu'ils donnaient. Au début, ils m'ont donné une bourse entière.
- Speaker #2
Donc, voilà.
- Speaker #0
Et deuxième année, ils ont fait 2000 bourses. C'était beaucoup, hein ? Moi,
- Speaker #2
à l'époque. Là, t'habitais toujours dans la maison familiale.
- Speaker #0
Ah oui, C'était une grande maison familiale. C'était la maison de mon grand-père. Et c'est là-bas que mon père est né. Dans la maison. Ah, ah, ah. Ah, ah, ah. Vous êtes nés là-bas.
- Speaker #1
Dans ta famille, vous êtes combien, en fait ? Ah, euh...
- Speaker #0
De père et mère. De père et mère. On était six. Il y a le petit dernier qui est décédé. Donc là, on est cinq, trois, deux garçons et trois filles.
- Speaker #1
Et trois filles.
- Speaker #0
Mais cette famille vivait dans la grande maison familiale où il y avait mon grand-père.
- Speaker #1
Et il y avait beaucoup de maisons comme ça, d'ailleurs, à usines, etc. Parce que c'était les quartiers... les deuxièmes quartiers après le grand quartier de Médina, qui ont commencé à se développer après la Médina. Et en fait, c'est vrai que les premières grandes familles à Dakar se sont installées là-bas. Et du coup, c'était les patriarches avec des fois plusieurs femmes.
- Speaker #0
Minimum 10 à 15 enfants dans la maison, avec les enfants des cousins et cousines qui venaient pendant les vacances des villages. C'était...
- Speaker #2
C'était Monday.
- Speaker #0
C'était Monday.
- Speaker #2
Bon, et alors, dans cette grande maison avec tous ces enfants, tous ces adultes, est-ce que c'était quand même possible de travailler ?
- Speaker #0
Oui, c'était quand même organisé. En tout cas, on a eu la chance d'avoir mon oncle, le petit frère de mon père, que je salue d'ailleurs au passage. C'est lui, au fait, qui s'occupait des enfants. On avait même plus peur de lui que de nos parents, au fait. Donc, quand on finissait l'école... surtout le soir après les dessins animés le dîner on rentrait dans sa chambre et c'est dans sa chambre qu'on était tous regroupés à étudier il y avait l'étude à la maison voilà exactement il y avait l'étude à la maison et il y avait le comment dire le l'éducateur naturel quoi c'est généralement voilà le tonton donc voilà ça se passait quand même assez bien Mais à partir du lycée, quand mon père est décédé, on a déménagé. On a quitté Nyaar, Italie pour aller à HLM5 avec juste ma mère, mes frères et soeurs.
- Speaker #2
Est-ce que vous avez déménagé parce que ton père était décédé et que c'était du coup compliqué de rester dans ce pays ?
- Speaker #0
C'était compliqué, les conditions étaient compliquées. C'était un socle, on va dire paternel, mais aussi financier. à ce que... Dans la maison familiale, il faut savoir que lui, c'est l'aîné, au fait. C'est le plus âgé des fils de mon grand-père. Et financièrement, il s'occupait de la maison. Et la maison, elle est grande. Et tant qu'il y avait la gestion, on va dire, patriarcale, je ne sais pas comment le dire, au moins, il y a un chef, les choses se passaient bien, au fait. Et puis, mon grand-père est décédé. Lui, il est décédé. Il n'y avait plus... la personne chez qui tout le monde converge pour régir le... on va dire la maison, c'était compliqué. C'était compliqué, on s'est retrouvés à un moment dans la maison, j'en rigole maintenant, mais c'était compliqué, se retrouver à un moment où il n'y avait plus d'eau, plus d'électricité, tu mets les lampes à gaz là, que tu allumais pour pouvoir avoir ton électricité. Le matin, il y a mes frères qui allaient dans le quartier pour aller chercher de l'eau dans des grands bidons. À un moment, c'était vraiment compliqué. Et ce n'est pas évident de toujours se trouver les moyens de manger, de payer l'électricité parce que c'est une grande maison et que tout est partagé. Si c'est à titre individuel, tu peux te dire je gère ça, je gère ça. Mais à un moment, c'était vraiment compliqué. Il fallait sortir de cette grande maison familiale pour pouvoir s'en sortir. Donc du coup, on a déménagé au marché HLM5. A l'époque, il n'y avait pas le marché. Le marché s'arrêtait juste derrière, à HLM6. Mais à un moment, ça a pris tout le quartier, toutes les maisons, les familles ont loué les maisons et tout. Donc du coup, on s'est retrouvés en plein milieu du marché. Mais bon, ça nous a quand même aidés. Parce que quand on quittait, il n'y avait que ma grande soeur, Mada. que je salue même au passage qu'on a eu aussi dans le parcours c'est une vraie warrior je reviendrai peut-être dans comment elle a en tout cas soutenu cet élan parce que c'était vraiment financièrement c'était vraiment difficile moi j'avais 18 ans quand mon père nous quittait et j'étais vraiment très très jeune et comme ma soeur Mada c'était l'année quoi elle a pris beaucoup de choses en main et elle a cumulé deux boulots. Je me rappelle à l'époque, elle travaillait le soir et même dans la journée et donc c'était pas évident mais voilà, fallait s'en sortir et puis elle a soutenu. Et on a eu, à l'époque, on prenait ça comme une malchance, mais on a eu la chance d'habiter dans le marché et ce qu'on a fait, c'est qu'on a commencé, en tout cas ma mère, a commencé à vendre les sachets d'eau à 10 francs.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Ah oui, Ah oui. C'est un business très rentable.
- Speaker #1
Regarde maintenant l'industrie de l'eau où on vend des sachets d'eau et tout ça. Donc l'eau et la glace, elle a commencé à vendre ça.
- Speaker #0
Exactement. En plus d'être une véritable industrie qui permettait de prendre certaines choses en charge, ça permet de créer une véritable cohésion familiale au fait. Parce que le soir, Il y avait, comme je disais, la série, le film Vaidehi, le film hindou qu'on regardait le soir. On se mettait tous à regarder le film, mais en même temps, on faisait nos sachets d'eau. Il y en a qui enlevaient les sachets, il y en a d'autres qui remplissaient, il y en a d'autres qui fermaient, et d'autres qui mettaient dans le frigo. Donc du coup, on se retrouve tous devant la télé à faire nos sachets d'eau. Et au début, c'est ma mère qui vendait, et ça marchait tellement qu'elle a trouvé ce qu'on appelle les boys. qui l'aidaient à vendre au niveau du marché.
- Speaker #1
Au niveau du marché. Voilà.
- Speaker #0
Et ça, c'est un business, encore une fois, très, très rentable. Parce que la matière première de base, elle ne coûte rien du tout. Tu as l'eau du robinet. Bon, on mettait l'eau du robinet. Et puis, tu as le frigo qui fonctionne quand même. Donc, ça, ça nous a beaucoup, beaucoup, beaucoup aidé.
- Speaker #1
Beaucoup aidé. Et qu'est-ce que ça a créé chez toi à ce moment-là ? Est-ce que ça a créé une envie aussi ? de, tu habites à côté d'un marché quand même très populaire, ta mère qui lance cette activité, est-ce que ça te donne envie de faire des choses ?
- Speaker #0
Bon, sur le coup, j'avoue que non. Sur le coup, c'était plus un truc de survie, parce que j'étais plus focus sur Jiang, aller à l'école et faire mes études, avoir mon bac, être médecin, c'était ça qui était dans ma tête. J'étais vraiment pas dans le mood. Eh ! Et pourtant, quand on était plus jeunes, à l'école primaire, avec ma soeur, les vacances, on vendait des beignets, des fatayas et tout ça. Mais à cet instant, j'avais qu'une seule obstination, on va dire, en tête, c'était de finir, de faire mon bac et d'être médecin. Mais à cet instant-là, c'était pas... l'entrepreneuriat n'était pas encore...
- Speaker #2
Là, c'était la survie. Il me semble que tu m'as raconté un jour aussi que tu avais commencé à vendre à l'école des bijoux. Ça,
- Speaker #0
c'est juste après. Au niveau du lycée, si je ne me trompe pas, de la fosse. Où j'ai acheté une bague. J'ai acheté une bague. J'ai vendu, j'ai acheté la bague à 250 francs CFA au marché HLM. Et je suis allée. Il y a une amie qui me dit, ta bague-là, c'est jolie, machin. J'ai dit, ah bon ? Elle me dit, est-ce que je peux en avoir ? J'ai dit, bien sûr. Ça coûte 500. Elle me dit, amène. J'ai dit, OK.
- Speaker #1
C'est quand même 100% de marge.
- Speaker #0
Oui. J'amène et elle achète. Donc, je me suis retrouvée de 250 à avoir 500. Et ça, par contre, ça a fait un tilt dans ma tête. Tu vois, je l'ai traduit littéralement en me disant, donc moi, je peux produire de l'argent. Je peux produire de l'argent. C'est cette bague-là qui a été décliquée. Exactement. Et c'est là que j'ai commencé à mettre sur ma table, à vendre plusieurs bagues comme ça. Je pense que j'en ai même dans mon bureau quand je l'ai retrouvée au marché HLM. Par souvenir, j'ai pris le paquet et j'ai gagné dans mon bureau. Et j'ai commencé à vendre des colliers, j'ai commencé à vendre des boucles d'oreilles. Et comme j'habitais dans le marché, c'était plus facile. J'achetais les ensembles à 750, je les vendais à 1500. Tiens, ça fait le double. Donc, du coup, tu avais de quoi manger à l'école, de quoi prendre ton transport. Parce qu'il m'arrivait de marcher à Chlem, au lycée Blaise Diagne ou au lycée de Lafosse. Donc, ce n'était pas évident à l'époque. ça... C'est... Voilà, ça a amené le déclic. Et de commerce en commerce, j'ai commencé aussi en terminale. Il y avait beaucoup de polycopes. Terminale S2, on te donne plein de... Comment ils appellent ça ?
- Speaker #2
Photocopie.
- Speaker #0
Fascicule. Fascicule à photocopier. Merci. Donc, du coup, je faisais la copie pour tous mes camarades de classe. Parce qu'à l'époque, mon père, au fait, il était professeur d'enseignement technique au lycée de la Fosse. au lycée technique parce que Delafosse c'est trois lycées. Donc lui, il était au lycée technique Delafosse. Et un moment, je passais, quand je marchais de HLM, je passais le lycée technique pour aller au lycée commerce. C'est là où j'ai fait mon bac. Et il y avait un de ses anciens collègues. On a échangé, discuté. Il me dit comment tu t'en sors, comme quoi il y a des belles personnes encore sur cette terre. Et en souvenir de mon père, il me dit, J'ai une machine de photocopieuse ici, donc je sais qu'en terminale, il y a beaucoup de fascicules. Donc, si tu veux faire des copies et tout ça, je dis OK. D'accord. Moi, tu ne me dis pas que la forêt, c'est à toi, sinon je prends tout le monde pour moi. Et donc, du coup, j'ai laissé le commerce des bijoux et j'ai commencé le commerce des photocopies. Et ça, c'était vraiment... Comment on dit ? lucratif lucratif ah ouais tu tu prenais les fascicultes et tu allais je fais pour tout le monde exactement en plus de terminal donc ça ça ça a beaucoup aidé beaucoup de ramène beaucoup beaucoup d'argent cette coutée pas grand-chose non ça me coûte rien du tout voilà c'était ça me coûte rien du tout donc ouais
- Speaker #1
C'est dans ce cadre-là que tu évolues jusqu'à avoir ton bac. Et après le bac, tu n'as pas l'orientation comme tu nous disais tout à l'heure. Et tu suis, comment dire, on t'oriente en sciences naturelles. À ce moment-là, qu'est-ce que tu te dis ? Alors, je me dis, qu'est-ce que je fais ?
- Speaker #0
Est-ce que je poursuis ça ou est-ce que je vais faire autre chose ? Et entre-temps, je faisais des petits métiers aussi d'hôtesse. dans les événements, les cérémonies on prenait de temps en temps et ça permettait de, parce qu'il n'y avait plus l'argent du lycée donc c'était des métiers comme ça et je me rappelle quand j'ai fini mon bac et ça date de ce que vous dites là, je me perds même dans les années, dès que j'ai eu mon bac au lycée de la Fosse je ne suis pas allée chez moi je suis allée chercher du travail parce que l'idée d'hôtesse là, comme on n'est pas encore en l'air Merci. On est encore sur Terre. Je voyais les hôtesses de Malboro à l'époque.
- Speaker #1
Philippe Maurice.
- Speaker #0
Dès que j'ai quitté le lycée Blaisay, c'était zone B.
- Speaker #1
Et donc,
- Speaker #0
le bureau de Malboro était au niveau du point E. Donc, j'ai quitté là-bas. Je suis allée directement au bureau de Malboro pour aller chercher du travail. J'ai mon bac. Je viens d'avoir mon bac de travail.
- Speaker #1
En tant que commerciale, c'est ça,
- Speaker #0
en tant que commerciale, en tant qu'hôtesse. Donc, arrivé là-bas, je n'ai pas de rendez-vous, je n'ai rien. Je me suis dit, attends. Je me rappelle mettre même assise sur le trottoir en train de réfléchir quelle stratégie je dois mettre en place pour voir le directeur. À l'époque, je ne voyais ni responsable des ressources humaines, ni rien du tout. Mon objectif, c'était le directeur. Parce que toi,
- Speaker #1
c'est le directeur, c'est lui qui décide. C'est lui qui décide. Mais oui. Qu'est-ce qu'on va...
- Speaker #0
Et donc, je suis allée voir le gardien et je lui ai dit que j'avais rendez-vous avec le directeur. Lui, il n'a pas accès au rendez-vous. Normalement, c'est la secrétaire. Donc, il me dit, viens voir la secrétaire. Elle est là. Donc, je suis allée voir la secrétaire. Et la secrétaire me dit, mais c'est bizarre parce que je n'ai pas de rendez-vous au nom de Noga Ndiaye et tout. Je lui ai dit, non, non, le gars-là, il s'est trompé. On m'a mis en rapport avec lui. Donc, lui, il doit savoir que je suis là. Certainement, il ne vous a pas dit. Ah bon ? Ben, installez-vous, bon. Quand quelqu'un qui connaît le directeur est là, généralement, on se dit... Ça, c'est de l'audace. Ah, ah, ah, tous les moyens sont bons.
- Speaker #1
Ça, c'est de l'audace.
- Speaker #0
Elle s'est sûrement dit que, voilà, c'est de la famille ou un truc comme ça. Donc, du coup, elle est allée voir le directeur. Elle lui a dit, il y a Nogengai qui dit qu'on vous a mis en rapport, machin, tout ça. Lui aussi, certainement par curiosité et par chance pour moi, il s'est dit, mais moi, je connais... En fait, c'est un Malien. Il n'habite pas ici. Il s'est certainement dit qui doit nous avoir mis en rapport. Moi, je ne connais personne ici. Certainement dans sa tête. Et il a dit à la secrétaire de me faire entrer.
- Speaker #2
Le jour de ton bac. Oui. Objectif atteint.
- Speaker #0
Tu es dans le bureau du directeur. Je suis dans le bureau du directeur. Et là, qu'est-ce que tu lui dis ? Il me fait comme le gars qui est en face. Mademoiselle. Je ferme doucement la porte. Je respire. Je dis bonjour monsieur. Je ne vous connais ni d'Adam, ni d'Ève. Je ne connais personne qui vous connaît. Je suis juste une jeune fille qui cherche du travail pour pouvoir payer ses études supérieures. Ah, parce que non le demain.
- Speaker #1
C'est le vrai pitch. Il n'y a rien à inventer.
- Speaker #0
Et il rigole. Il éclate de rire. Parce qu'il ne savait pas, genre, quoi faire, quoi. Il éclate de rire. Je ferme mon visage. Genre, ce n'est pas drôle. Et ça aussi, ça l'a marqué. Et il a voulu arrêter son rire, genre, pour revenir sur le sérieux sur lequel j'étais. Je suis là, je dis,
- Speaker #1
ah, c'est ça.
- Speaker #0
Et il s'arrête de rire. Et puis, il me dit, vas-y. Difficilement, je me rappelle encore comme si c'était hier. Il m'a dit, voilà, installez-vous et puis vous me dites, vous avez besoin de quoi, pourquoi, machin. Non, un bon gars, je pense qu'il avait aussi besoin d'aider peut-être quelqu'un. Et vu comment j'étais directe et j'avais parlé de mon besoin, je ne sais pas, peut-être la chance, ce jour-là aussi, il était de bonne humeur. Je ne sais pas. Mais en tout cas, il m'a fait asseoir, il m'a écouté. Et ça, ça m'a fait beaucoup de bien. Et je lui ai dit que je voulais continuer mes études à l'université et tout ça, mais j'aimerais aussi pouvoir payer mes études au cas où. Il me dit, ok, moi je vais te donner mon numéro de téléphone. Quand il a commencé à dire ça, j'ai dit, les hommes là, quel numéro de téléphone ? Tu n'as qu'à me dire, voilà la personne qui fait les embauches, vas-y. Il me dit, prends mon numéro de téléphone, tu m'appelles. Et puis on prendra le temps d'en discuter genre hors du bureau quoi. Bon, j'ai dit voilà c'est encore un homme qui est en face de moi quoi. J'ai quand même pris le numéro par respect et tout ça et j'ai pris le numéro, je suis repartie. Et quelques temps après, j'avais plus d'activité au fait, les trucs d'hôtesse de l'air. Les trucs de test, ça a marché de temps en temps. Quand il y a des séminaires, on t'appelle. Quand il n'y en a pas, il n'y en a pas. Les orientations sont sorties. J'étais en sciences naturelles. J'avais quand même le numéro. Et j'ai dit, ok, je l'appelle quand même pour voir. Je l'appelle, le gars, il me crie dessus. Ah, Norendia, je t'ai donné mon numéro. Ça fait quelques mois, je n'ai pas pris le tien. Je ne peux pas te joindre, machin. Je lui dis, lui, il est normal ou qu'est-ce qui se passe ? Au fait, il quittait Dakar deux jours après.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Et il me cherchait, il ne savait pas où aller. Comment te trouver ? il y avait aucun...
- Speaker #1
Aucune connexion ? Voilà,
- Speaker #0
c'est ça. Il n'y avait que son numéro de téléphone. Il était en même temps super content que je l'ai appelé, en même temps super énervé que je ne l'ai pas appelé avant. Il me dit, OK, maintenant tu passes à mon bureau. Tu es où ? Je dis, je suis chez moi, à la maison. Non, il faut venir maintenant. J'ai dit, mais attends. Monsieur, je vous rappelle. Je pose le téléphone. Il a dit, Dieu,
- Speaker #1
mais...
- Speaker #0
Elle est folle, cette femme-là. J'y vais, j'y vais pas. J'y vais avec des gens, parce qu'on ne sait pas. Mais bon, comme c'est à son bureau, je pense que rien ne peut se passer. Donc, je vais à son bureau. Il me dit, attends-moi. Je finis mon travail. Et puis, on y va. Je dis, on va où ? Bon, toi, il faut qu'on t'explique tout. Je dis, c'est exactement ça. Sinon, moi, je... Voilà. Et puis, il m'explique qu'effectivement, il était en mission ici. Maintenant, il est affecté au Burkina, je ne sais plus, parce que c'est un truc international. Et que depuis, il cherchait mon numéro pour pouvoir m'aider et tout ça. Et là, il me pose tout plein de questions. Quelle école je veux faire ? C'est quoi le budget ? Et tout ça, j'ai dit, mais tu ne vas pas payer toutes mes études et tout. Bon, on a parlé de ça. Il me dit, attends-moi, je finis et on y va. Je dis, ok. Donc, quand il a fini, il m'a dit, tu habites où ? J'ai dit, j'habite aux Achelins. Il m'a dit, ok. Et là, on va chez moi. Il s'assoit avec ma mère et lui explique que j'étais une personne osée, que je savais ce que je voulais.
- Speaker #2
Est-ce que tu avais raconté ce que tu avais fait à quelqu'un de ta famille ?
- Speaker #0
Tu vois, moi quand je vois un truc... Voilà, Marina, je ne réfléchis pas 50 fois. Je fais ma stratégie et j'y vais. Pour moi, c'était, j'allais pas dire naturel, mais ça fait partie des choses que je fais instinctivement. Donc, je n'ai pas vraiment raconté ça aux gens parce que voilà. Mais après, je me suis rendue compte de, surtout quand lui, je l'ai entendu parler, j'ai dit mais... Elle me connaît pas. Elle est venue dans mon bureau et elle m'a mis les choses comme ça sur la table et tout. Donc j'ai compris que c'est une personne qui sait ce qu'elle veut malgré son jeune âge. Tu vois, quand tu entends les gens parler, c'est là où tu te rends compte.
- Speaker #1
Que tu réalises.
- Speaker #0
Ouais, tu réalises que voilà, t'as quand même fait ça. Philippe Maurice, c'est pas une petite entreprise.
- Speaker #2
Et ta mère, qu'est-ce qu'elle dit ?
- Speaker #0
Ils ont discuté. À un moment, ils m'ont demandé de sortir. Je suis sortie. Après, elle m'a dit que le monsieur-là, il t'aime bien. Il voudrait que tu continues tes études et tout ça et qu'il va quitter le Sénégal. Il ne sait pas quand est-ce qu'il va venir. Et apparemment, il a laissé beaucoup d'argent là-bas. Apparemment.
- Speaker #1
Apparemment.
- Speaker #0
Apparemment. Pour que je paie mes études et tout. Donc, voilà. C'est un bon Samaritain. Un bon Samaritain.
- Speaker #1
Donc, finalement, il laisse de l'argent. Il ne t'embauche pas. Non, non,
- Speaker #0
parce qu'il part et il ne voulait pas que je fasse hôtesse au fait. Il voulait que je continue mes études. Il ne voulait pas que ça te perturbe.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #0
voilà. Et c'est les conseils qu'il m'a donnés quand il partait et tout ça. On a gardé le contact un moment, mais après… Vous êtes perdu de vue. Oui. Mais ça m'a permis aussi de commencer, parce qu'en parallèle de l'université… J'avais commencé aussi en bêtise en commerce international. Donc, quand il est parti, j'ai pu commencer à démarrer la formation en commerce international.
- Speaker #1
C'est ça. Donc,
- Speaker #0
grâce à ça, et après, j'ai trouvé d'autres petits boulots pour continuer les études. Pour finir. Mais ça, c'était, voilà, quelqu'un, comme je dis toujours, qui est monté dans le train de ma vie et qui a apporté sa touche, qui a apporté ce qu'il devait apporter. Et ça a permis d'avancer un peu.
- Speaker #2
C'est une belle histoire.
- Speaker #0
Oui. Comme quoi, il faut pousser souvent les portes.
- Speaker #2
Il faut pousser.
- Speaker #0
Des fois, faire confiance, pas tout le temps parce que tu ne sais pas, mais suivre aussi son instinct par rapport à certaines situations parce qu'il n'y avait rien d'évident dans tout ça. Oui. Il n'y avait absolument rien d'évident.
- Speaker #1
Et tu gardes quand même ta lucidité, parce que quand il te dit, viens, etc., à chaque fois que tu te poses la question de, bon, c'est un homme, il me propose ça, etc., Donc, je pense que comme tu dis, comment dire, l'instant, il faut le suivre. Et c'est quelque chose d'hyper utile quand on est dans l'entrepreneuriat. Mais tout en gardant les radars ouverts.
- Speaker #2
Tu restes toujours à faire confiance à ton instinct.
- Speaker #0
Et ça a son rôle dans la relation, au fait. Totalement. Voilà. Totalement. C'est toujours important de se faire confiance et de faire confiance à son instinct. C'est un jonglage à un moment. où il n'y a que toi qui peux faire ce jugement-là, même à un jeune âge, c'est toujours rester fidèle à soi, à ses valeurs, mais à un moment, tu fais confiance à tel ou tel instant. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ou pas.
- Speaker #1
Et donc, tout ça, ça t'amène où ?
- Speaker #0
À un moment, j'ai dû faire un choix entre l'université et continuer mes études et surtout avoir du travail parce qu'il faut... Faire du travail vite. ...famille, friandère. Donc, du coup, j'ai laissé l'université, surtout que j'ai fait les deux ans. Troisième année, je n'allais plus avoir la bourse.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Non, non, sauf si tu continues parce que moi, je cartouchais. Parce que la deuxième année, je n'allais pas du tout à l'université. J'allais juste pour MR. Finir MR,
- Speaker #2
je vais prendre ta bourse. Sinon, tu faisais des cours de BTS. Donc,
- Speaker #0
je faisais le cours de BTS en commerce international. Quand j'ai fini ça, je ne sais pas si j'avais fini ou c'était pendant les cours, j'ai travaillé à l'immeuble Québec. Il y avait un truc de vidéo cassette là. Oui. Non. Il y avait une vidéo à ma grande soeur, ma dame.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
madame. C'est son amie qui gérait le magasin, en fait. Et à un moment, voilà, elle avait besoin d'une assistante pour nettoyer, ouvrir avant qu'elle n'arrive et tout ça. Tu vois, la vie est dure, hein ? Avec un bêtise en poche, voilà, il y a des boulots que tu fais. Donc, j'ai travaillé là-bas. avec elle et je l'assistais pour ranger les cassettes, les vidéos, voilà. Je connaissais tous les films à l'époque qui marchaient. Et c'est en étant dans ce magasin que j'ai rencontré une dame qui s'appelle Aïda Diouf, qui travaillait à l'époque à Kirin. Et quand elle est venue, elle m'a échangé. Elle m'a dit, toi là, tu as l'air d'avoir fait l'école, machin. Je lui raconte un peu mon parcours. Je pense que quand j'ai eu mon BTS, c'est là que j'ai fait le test d'hôtesse de l'air. Reviens à l'hôtesse de l'air. Juste après le BTS, il y a un de mes oncles qui a vu une annonce pour hôtesse de l'air, parce que je disais que je voulais être hôtesse de l'air. Donc du coup, j'ai fait le test.
- Speaker #1
Donc tu avais fait le test et tu avais laissé ça au show ?
- Speaker #0
Non, non, non. Quand j'ai fait le test, ça a continué. Parce que le test, tu commences et ça dure plusieurs mois. Quand j'ai vu l'annonce, je suis allée à l'aéroport. C'est parce que le siège de la compagnie était là-bas. Et je suis allée, ils avaient besoin de 19 personnes. personnes. Il y avait 400 et quelques candidates. Quand je suis allée, les plus belles filles de Dakar étaient là.
- Speaker #1
Toutes les unes plus belles que les autres.
- Speaker #0
J'ai appelé ma mère. J'ai dit, copine, là, là, je vois les plus belles filles de Dakar. J'ai aucune chance d'être hôtesse de l'air parce que les hôtesses sont belles, elles sont élancées, elles sont ceci, elles sont cela. Elle me dit, ah, mais comme tu es déjà arrivée là-bas. On va voir. Comme à l'aise, je me disais qu'on ne va certainement pas me prendre mon anglais. Il ne fallait même pas écouter, sinon tes oreilles vont se boucher. Mon français, aujourd'hui, ça va un peu mieux, mais à l'époque, c'était pire. Et voilà, avec cet état d'esprit, j'ai fait le concours. Je me suis dit, bon, comme ma mère m'a dit, je suis arrivée jusqu'ici, faisons quoi. Et donc, vous me connaissez. J'ai amusé la galerie. À l'aise. Donc, répondu aux questions, même l'anglais là, j'ai dit je me débrouille quoi, comme je veux.
- Speaker #2
Tu n'avais plus de pression, donc tu t'es installée. Non, voilà.
- Speaker #0
Et une semaine après, on m'appelle pour me dire tu passes deuxième étape. La deuxième étape des tests. Je dis non, ça c'est des... Ils veulent juste me faire payer mon transport jusque là-bas. J'ai pas d'argent et tout. J'en parle encore à ma mère, elle me dit si, ok, vas-y, après on verra. Donc, test de natation, une semaine après. De natation ? Oui.
- Speaker #2
pour être hôtesse de l'air.
- Speaker #0
Ah oui. Ah bah oui, en fait. À la base, ils appellent ça personnel navigant commercial. Mais à la base, ce personnel navigant commercial était là pour la sécurité et le sauvetage. En cas d'accident, c'était fait pour qu'ils puissent secourir, en fait, les gens. Maintenant, pendant tout le trajet du vol, ces personnes-là, s'il n'y a pas d'accident, s'il n'y a pas de choses, ces personnes ne font rien. Et au fur et à mesure que les compagnies s'ouvraient, il y avait une concurrence. Et quand il y a de la concurrence, chacun revoit comment il fait pour avoir plus de clients. Et donc, du coup, le côté commercial, marketing, tout ça venait. C'est comme ça que c'est devenu Hôtesses de l'air.
- Speaker #1
C'était vraiment le côté...
- Speaker #2
C'était vraiment à bord de l'avion.
- Speaker #0
Avant, c'était... vraiment sécuritaire au fait.
- Speaker #2
Ah ok, d'accord.
- Speaker #0
Et c'est comme ça que c'est devenu vraiment commercial. Donc l'aspect de service, on sert les clients, on leur donne du café, du thé, machin. La preuve, quand on fait la formation d'hôtesse de l'air, 80% de la formation est basée sur tout ce qui est secourisme.
- Speaker #1
Sécurisme, oui.
- Speaker #0
Sécurité, sauvetage. Les mesures de première sécurité, comment on ouvre les portes. Cade de pressurisation rapide, le masque tombe, oxygène, tout ça, les toboggans. Donc, la formation, c'était beaucoup ça. Quand il y a beaucoup de fumée, quand il y a le feu, comment tu prends les extincteurs pour éteindre et tout ça. Ça, c'était 80% de la formation. Après les 10%, on t'apprend comment faire les appels, comment faire les...
- Speaker #1
Voilà, les annonces et tout ça.
- Speaker #0
Mais c'était plus sécurité et sauvetage. Donc du coup... En plus du français, des tests d'anglais, c'était beaucoup de notation. Et surtout, ils testaient ta capacité à la résistance en cas de stress. La résistance au stress.
- Speaker #2
Tu vas réagir dans des situations difficiles. Exactement,
- Speaker #0
dans des situations difficiles. C'est ça que tu savais faire en fait. Ah ben oui. C'est ça mon... Je savais faire. Tu fais peur à qui là ? il y a un incendie alors je dis mais c'est où l'incendie calmement quoi donc du coup c'était des tests comme ça et puis moi je n'étais pas partie vraiment dans un challenge pas de stress, pas de je pense que c'est surtout ça qui a fait que les tests je les ai réussis donc tu as fait combien d'étapes j'ai fait toutes les étapes on m'a même amené au Maroc faire la formation d'hôtesse de l'air pendant six mois. Donc, quand on a fait tous les tests, pendant deux, trois mois, je ne suis plus, parce qu'il y a plusieurs épreuves, je suis confirmée pour être hôtesse de l'air. Donc, voilà, la compagnie m'a prise, je suis hôtesse de l'air. Donc, il faut aller faire les formations au niveau du Maroc, parce qu'à l'époque, c'est la compagnie, c'est Air Sénégal, je vais le dire. Maintenant que ça fait 20 ans que c'est passé, je le dis. Et puis c'est tout. Donc du coup, au Maroc, on a fait toutes les formations. On était 19 personnes, 19 filles. Et j'étais même la chef du groupe, de la promotion.
- Speaker #1
Est-ce qu'on est étonnés ?
- Speaker #0
On a dit, on va voter. Ou bien, qui veut être truc ? Il n'y avait personne. Et moi, c'était la première fois que je prenais l'avion. Avant, je n'avais jamais pris l'avion de ma vie. Je ne savais même pas où se trouvait le Maroc, à part sur les cartes que j'avais de l'école. Et donc, du coup, je me suis retrouvée à être la chef de la promotion. J'avais 19 hôtesses de l'air comme ça au Maroc, comme si j'avais déjà...
- Speaker #1
On retrouve un peu peut-être le côté militaire, médecin militaire.
- Speaker #0
Certainement.
- Speaker #1
Tout le monde derrière Nogai.
- Speaker #0
Certainement. Donc, à... À Casablanca, on s'est retrouvés 19 jeunes Sénégalaises à... à apprendre le métier d'hôtesse de l'air. Mon rêve presque réalisé.
- Speaker #1
Presque réalisé. Alors, pourquoi presque ?
- Speaker #0
Presque. On a fait la formation. Moi, j'ai eu mon diplôme et on est revenu sur Dakar. Et il y avait d'autres formations complémentaires à faire par rapport aux avions, on va dire locaux. La première fois que j'ai raconté cette histoire d'hôtesse de l'air, j'ai parlé d'Olof Ndiaye qui... qui dit, du guesse avion, watisaret. Ça, c'est, on le dit en théorie, il faut dire que quelqu'un est tombé bas. Moi, je l'ai fait en live. Littéralement. Je l'ai fait littéralement. Parce qu'avant que je ne fasse ce, je ne fasse ce, je ne fasse ça. Ça fait plus de 20 ans, mais chaque fois que tu le racontes, ça fait un...
- Speaker #1
parcours.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Donc, du coup, on est revenus du Maroc. Avant que je n'aille au Maroc, j'avais un travail. Avant que je ne fasse ce test de test de l'air, j'étais commerciale dans une entreprise de la place qui vendait des produits et j'étais limite la meilleure vendeuse. Moi, tu me donnes tout, je vends. Et tout se passait bien jusqu'à ce que je fasse le test et qu'on me prenne à Air Sénégal pour que je sois hôtesse. Donc j'ai fait ma démission, ma lettre de démission. On m'a fait un grand pot de départ et j'ai réussi quoi. Entre la commerciale qui gagne ce qu'elle gagne et l'hôtesse de l'air qui va faire le tour du monde, New York, Paris, Londres, je ne sais pas. pas où je vais j'étais déjà parti tout le monde mettait même partie la petite de n'y a dit à lui qui a réussi mais à faire les avions et donc j'ai fait le coup de départ je suis allé faire ça donc quand je suis revenu on avait un petit souci n'a par contre ça je le reconnais au niveau de casa le jour où on devait rentrer sur dakar on a retardé l'avion de 2h on savait pas ni comment ni avec vous. C'était un dimanche, je me rappelle, et on appelait la direction, on n'arrivait à avoir personne. À un moment, j'ai dit aux filles, prenons des taxis et allons à l'aéroport pour voir parce que là, voilà, le temps, il passe. Donc, du coup, on est arrivés à l'aéroport très en retard. Arrivé sur Dakar, on nous demande des justifs. Je suis la chef de promo. Je fais la lettre de réponse par rapport à cette demande-là parce que ça avait... perturber beaucoup la compagnie. Et voilà, il fallait amener des justifs. Ça avait amené quand même un petit dérace mélange. Et ensuite, on a fini toutes les formations. On m'a donné ma tenue. J'étais toute fière, tu vois. J'ai expliqué au chauffeur où j'habitais pour faire mon premier vol. J'ai jamais volé. J'ai jamais volé de ma vie.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
On m'a appelée. la veille juste avant de faire le premier vol pour me dire de venir au niveau de la direction j'ai dit ok j'ai dit à ma mère a on m'a dit de ne pas attendre le chauffeur des il faut que j'aille à la direction je suis convoqué la va ma gamme à je sais pas mais pourquoi je dis à y aller moi je sais pas mais on va y aller pour voir ce qui se passe Donc je viens, il y a un comité avec 5-6 personnes, on me demande de m'asseoir, je dis ok, je m'assois. Nogain Ndiaye, c'était pour vous annoncer que vous ne pouvez pas être hôtesse de l'air parce que vous avez trop de personnalité et de caractère. J'ai dit ok, d'accord. Oui, oui, ça je savais, j'en ai, mais trop... Voilà quoi, j'ai dit ok, d'accord. Sur le coup, j'ai prié. J'ai dit, OK, d'accord. Merci. Bonne journée. J'étais choquée.
- Speaker #1
Tu étais en état de choc.
- Speaker #2
D'où c'est venu ça ? D'où c'est venu quelqu'un ? C'est plein de ton caractère. Peut-être,
- Speaker #0
oui. Je ne sais pas. C'est une sauce qui m'est servie. Je ne sais pas comment ils ont préparé ça. Niki est allée au marché. Je n'étais pas là-bas. il n'y a pas eu plus d'explications que ça non sur le coup franchement je n'ai pas demandé d'explications en plus et je pense que aussi ils n'étaient peut-être pas trop à l'aise comme je ne demandais pas non plus je suis rentrée chez moi peut-être c'est ma façon de gérer mon état de choc, je me suis dit peut-être que la sauce elle est déjà préparée, je ne sais pas quoi faire, en plus à l'époque j'étais jeune Hum hum Et je ne m'attendais pas à ça. Donc du coup, j'ai dit d'accord, merci, au revoir. J'ai pris mon cadre, je suis rentrée chez moi. Et ma mère, apparemment, elle ne faisait rien d'autre que m'attendre pour savoir. Peut-être qu'elle l'a sentie.
- Speaker #1
Elle a un toque de naine.
- Speaker #0
Et donc du coup, je suis arrivée, elle ouvre la porte, elle me dit, alors ? Je l'ai regardée et mes larmes coulaient, je n'arrivais pas à ouvrir la bouche.
- Speaker #2
C'est tellement étrange comme histoire.
- Speaker #0
C'est ça, au fait.
- Speaker #1
Et tu as réussi à avoir plus d'explications après ?
- Speaker #0
Non. Elle me dit, non, non, n'explique pas. Togal, yalla djehoul. Je dis, ok. Quand tu finiras, je dis, ok. Je m'assois, on dirait que... c'est la pluie qui tombe à ouais c'est ça j'ai pleuré pleuré pleuré la tassi à carré tassi à carré je voyais tout le parcours oui ma démission du du pot de départ de toutes mes copines qui étaient là tu as réussi machin la petite de n'y a d'italie machin entre dakar et new york tout le film se passer dans ma tête et Ce que je pense le plus pourquoi elle m'attendait, c'est que ma mère, elle faisait à l'époque ce qu'on appelle en plus des sachets d'eau qu'on vendait et tout, de Rangou. Parce que j'ai mes tantes, les soeurs de mon père qui faisaient du commerce en Turquie, Dubaï et tout ça. Et elles ramenaient de la marchandise, elles prenaient chez elles pour revendre. Donc moi étant hôtesse de l'air, elle... payaient presque pas les billets parce qu'il y avait une grosse réduction pour les parents directs et on avait déjà mis en place notre stratégie où c'est elle-même qui allait partir. La grande commerçante.
- Speaker #1
Donc l'impact...
- Speaker #2
C'était ton rêve qui s'écoulait et le sien.
- Speaker #0
Familial. On arrêtait les mousses, on arrêtait les glaces et on arrêtait les glaces. Ah Ok. Donc, tout était... C'était la descente aux enfers. Pour moi, c'était...
- Speaker #2
C'était la fin de...
- Speaker #0
Et tout le film se passait dans ma tête, quoi. Et en plus, j'étais tellement sûre de mon histoire d'auteuse de l'air que quand on m'a annoncé que j'allais au Maroc, pour moi, tout est acquis. J'ai vidé mes comptes bancaires. On n'avait pas de limite de kilos. J'ai acheté des affaires même pour la fille de la femme de ménage.
- Speaker #2
Des cadeaux ?
- Speaker #0
Des cadeaux.
- Speaker #2
Ah, moi je pensais que tu allais dire que tu as acheté des bagages pour vendre. Non,
- Speaker #0
je ne vendais plus, j'étais hôtesse de l'air. Marima, qu'est-ce que je vais vendre toi aussi ?
- Speaker #1
En Tekina !
- Speaker #0
Ouais, Tekina ! Qu'est-ce que je vais vendre ? J'offre des cadeaux. Je monte, je descends, je vais à New York, à Paris. Non. Je multipliais. Je doublais même par mon salaire. Je multipliais ça par 5, 6, 7, 8. Qu'est-ce que je vais prendre de la marchandise à me fatiguer ? Je vide mes comptes, j'offre des cadeaux à tout le monde et puis c'est tout.
- Speaker #1
Et puis c'est tout.
- Speaker #0
Wow.
- Speaker #1
On met du temps à se remettre de ça.
- Speaker #0
Ah ouais. Ah ouais. J'ai mis du temps. Je suis quand même restée un moment. Après, j'ai... J'ai refait mes CV. Je me suis dit, bon, comme je connais le métier de commercial, je peux vendre des choses comme ça. Mais pendant deux mois, c'est n'est pas bon. J'ai cherché du travail dans Dakar. Ce n'est pas genre je cherche, je donne mon CV comme ça et j'attends. Non, j'ai multiplié tous mes CV et j'ai mis dans un sac. Je me réveille à la même heure que les gens qui vont au travail. Je vais en ville. Je tourne dans les bureaux. Je connais, je ne connais pas, je rentre. Bonjour, je cherche du travail, je peux déposer mon CV. À midi, je prends la pause comme tout le monde. À 15h, je reprends. Je n'ai rien trouvé.
- Speaker #2
Pendant deux mois.
- Speaker #0
Parce qu'à l'époque, les réseaux sociaux, les... Oui, à deux mois. Tu vas mettre ça où ?
- Speaker #2
Tu vas aller déposer ton CV,
- Speaker #1
ta demande.
- Speaker #0
Rien. Deux mois. Pour quelqu'un qui ne s'était presque pas arrêté depuis que j'ai le bac, entre les ventes, les petits boulots, les machins, tout ça. J'ai fini par avoir un stage à Colgate-Palmolive à l'époque.
- Speaker #1
À l'époque,
- Speaker #0
oui. C'était une grande firme. C'était une grande firme, oui. Nous, on a dit le savon. Le savon. Brosse à dents, pas de dentifrice, sauf que ce boulot-là... Ça m'a amenée à Medina, au quartier Medina, où c'est un métier qu'ils appelaient lociste. C'est-à-dire qu'eux, ils ont leur grossiste, chez qui ils mettaient de la marchandise, et ils mettaient des gens qui prenaient les commandes au niveau des petites boutiques, qui prenaient ces produits-là et les redistribuaient dans ces boutiques-là. Petites boutiques. Et donc, c'était ça mon travail. Je me réveille, je connaissais, je n'allais même pas au bureau de Colgate. J'allais directement chez Diallo. J'ai oublié son nom. Un bon gars en plus. Et je dépose mon sac. Je marche. Je fais, c'est pour ça que je connais très bien maintenant le quartier de Medina. Je fais, je ratisse. Je prends les commandes. Je retourne chez lui. Et l'après-midi, il me met avec Moudou, le charité. On monte sur la charrette. pour aller livrer.
- Speaker #1
Moi, il est dans le roi. Je vais sur l'avion.
- Speaker #0
C'est littéralement ça.
- Speaker #1
C'est incroyable. Non,
- Speaker #0
mais c'est incroyable. Tu m'aurais raconté ça, je ne l'aurais jamais cru. Je monte sur la charrette. Mais je vais livrer.
- Speaker #1
Oui, mais moi, ce que je vois, c'est une détermination à toute épreuve. Parce que beaucoup se seraient laissés Ciao ! Enfin, on se serait laissé morfondre pendant beaucoup de temps. C'est pas évident. Ou choisi d'autres voies.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais toi, ta réponse, c'est je retourne au charbon.
- Speaker #0
Je retourne au charbon parce que c'est peut-être là-bas qu'il faut redémarrer. C'est ce qui se présente à moi. C'est ce qu'il faut faire.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Je suis allée. J'ai pris un foulard noir comme ta robe là. Parce que c'est une bouche. J'étais censée être autobelère. je sais Marina j'étais sentée tout Dakar tout Dakar ça m'est venu à vous je pensais à Paris mes copines me pensaient à New York entre les avions avec ma jupe non non et puis Marina tout à l'heure tout à l'heure tu disais
- Speaker #1
réussite pour elle et puis sa mère mais en fait c'est une réussite pour tout le quartier tout le quartier c'est ça tout le monde est au mode tu es au courant que la fille de telle dans telle maison elle va aller prendre l'avion
- Speaker #2
En plus, à cette époque-là, c'est vrai qu'hôtesse de l'air, peut-être maintenant, ça fait moins rêver.
- Speaker #0
Ça fait moins rêver, mais à l'époque, il y avait...
- Speaker #2
C'était un prestige.
- Speaker #0
Les copines de ma mère, « Eh, Ndokole ! Ndokole ! » Et puis, quand je venais du Maroc, j'ai fait des valises pour presque... Voilà, j'allais dire, pour les copines, les cousines éloignées, tout ça. Et tu te retrouves sur une charrette à la médina, au lieu de l'avion, entre... C'est caché sous le visage, voilà. J'ai pris le foulage, j'ai fait comme ça. Et j'étais avec Moudou, qui a chargé mon savon, mes brosses à dents, mes parcs dentifrices et tout ça. Et on devait aller livrer aux boutiques de quartier. Et j'étais là, Moudou me dit, Nouraï, c'est un père. Nouraï, au lieu de te cacher comme ça, là. En français, je ne sais pas si ça peut être un truc. Au lieu de te cacher comme ça, là, dis-moi où je passe. J'étais comme ça, je dis pas ce faire-là. Moudou, toi aussi, arrête ce que tu fais. amène-moi, ou je te dirige, on a l'habitude d'y aller, non non, soit tu travailles, soit tu rentres chez toi tu te caches comme ça, on dirait une gourmette je dis, toi là, dans ma tête tu n'as pas compris,
- Speaker #1
tu n'as rien compris non,
- Speaker #0
nous allons livrer, encaisser notre argent, après quelqu'un saura ce qu'il fait de sa vie waouh,
- Speaker #1
ça c'était physique et depuis là,
- Speaker #0
je respecte les chariotsiers parce que quand je rentrais chez moi, même quand je dormais j'avais l'air de le voir Rires En fait, c'est ça qui m'a le plus marquée dans cette affaire-là. Après, être sur une charrette, je ne sais pas comment ils font, mais c'est fatigant. C'est très physique. C'est très physique. C'est très, très physique. Parce que ça te secoue toute la journée. Peut-être que je n'avais pas du tout l'habitude, mais moi, j'ai mis deux mois. Deux mois, trois mois, j'ai arrêté.
- Speaker #2
Ah oui ?
- Speaker #0
Et après, tu as fait quoi ?
- Speaker #1
C'est là où je suis allée au magasin de vidéos. Ah oui ! Quand tu nous disais qu'il y avait quelque chose,
- Speaker #0
c'était quoi ?
- Speaker #1
C'était cette époque-là.
- Speaker #2
C'était une vraie épreuve. Une vraie épreuve.
- Speaker #1
C'était une vraie preuve.
- Speaker #2
Aussi, à faire du ménage.
- Speaker #1
Oui, oui, il fallait ouvrir le magasin avant, nettoyer le magasin, nettoyer les cassettes, préparer l'ouverture, au fait.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Et voilà, après, bon, le magasin était sympa. L'amie, c'était l'amie de madame qui m'avait accueillie là-bas, elle était super sympa, mais ce n'est pas ce que je voulais faire, au fait.
- Speaker #2
Oui, on imagine bien.
- Speaker #1
Ce n'est pas du tout ce que je voulais faire. J'avais mon BTS en main et tout. Voilà, à l'époque, BTS, c'était quand même…
- Speaker #2
C'était quelque chose.
- Speaker #1
Voilà, c'était quelque chose. Et c'est en étant dans ce magasin que j'ai rencontré Aïda, qui travaillait à l'époque à Kirin. Et Kirin venait de, j'allais dire, d'ouvrir et avait une petite équipe de 10 personnes. Et elle me dit, donne-moi ton CV et tout, je vais déposer. Donc, c'est comme ça qu'elle a déposé. J'ai fait mon entretien. On m'a pris comme agent. marketing et j'ai commencé à mettre, tu vois, à l'époque, il y avait les notes de Kiren là. Partout au Sénégal. Où tu voyais les notes de Kiren, c'est moi qui les ai mises. Je dis bien ça. De Dakar à Kedougou. De quasiment à Saint-Louis.
- Speaker #2
Donc,
- Speaker #1
on salue au message toutes les équipes de Kiren alors.
- Speaker #0
Donc là, tu as voyagé dans le Sénégal avec Kiren.
- Speaker #1
Marina, j'ai voyagé dans le Sénégal avec Kéren, mais c'était pas en charrette c'était en voiture on a remonté un peu ouais et là ça correspondait un peu plus à ton cours de vie parce qu'à un moment j'ai abandonné l'histoire de médecine parce que c'était plus possible et j'ai commencé à avoir mes aptitudes de commercial Donc, en passant par vidéo, cassette, billets et puis les métiers d'hôtesse que je faisais. J'ai vu ma capacité à avoir des aides commerciales, mais surtout de relationnels. Et c'est comme ça, quand je suis rentrée à Cia Gros, ça s'appelle Kirin, j'ai occupé le poste d'agent marketing. Donc, ce n'était pas vraiment du commercial, mais c'était surtout du marketing opérationnel, toutes les organisations d'événements que Kéren sponsorisait et tout. Donc, c'est moi qui étais sur le terrain pour gérer ça. Et par la suite, ça, je ne vais pas raconter parce que c'est assez… Voilà. Après, j'ai quitté Kéren.
- Speaker #2
Vas-y, raconte-moi.
- Speaker #1
Je suis allée travailler à la concurrence. C'est bon. Mais j'ai quitté. J'ai quitté parce que je sais que j'ai une personnalité, un caractère. Donc, il y a des choses, je préfère ne pas les vivre ou les supporter. Donc, je suis allée dans une entreprise concurrente qui m'a donné un poste. Je ne savais pas si j'avais la casquette à l'époque, mais en tout cas, je l'ai prise. C'était un défi et un challenge pour moi. J'aime ça. J'aime les défis, j'aime les challenges. Et je suis allée occuper le poste de responsable marketing communication. Une entreprise qui venait de naître, c'était l'eau minérale Fontaine. Ça n'existe plus. Et il fallait tout mettre en place. Donc, j'ai occupé ce poste-là et c'est là que j'ai repris l'école.
- Speaker #2
Ah, ok.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Ok.
- Speaker #1
Parce que c'était un poste à responsabilité. C'était un poste qui demandait plus de compétences que ce que j'avais. La IHRH m'a fait confiance. Et je me suis dit, pour ça, j'ai besoin de retourner à l'école. Donc, je me suis inscrite à l'ISM.
- Speaker #2
Pour du soir.
- Speaker #1
Du week-end.
- Speaker #2
Week-end, oui, c'est ça.
- Speaker #1
Parce que comme j'avais un poste de marketing communication, les événements se passaient souvent le soir. Et donc, du coup, c'était le samedi en journée et le dimanche aussi en journée. Mais c'était trois week-ends et le quatrième, c'était repos. Et c'est là où j'ai eu ma plus grande expérience professionnelle. on a amené l'eau à cette époque là j'ai bien fatigué la marque Kiren et on a amené l'eau partout partout au Sénégal ça c'était vraiment une belle expérience donc j'ai fait ma licence en marketing communication après j'ai fait master en management marketing communication tout en travaillant à part le travail tu fais quoi j'étais pas mariée à l'époque Oui, mais... J'avais pas d'enfant encore, donc je me suis concentrée à reconstruire ma carrière professionnelle. Parce que partir de l'avion pour descendre sur une charrette, c'était pas évident à remonter la pente.
- Speaker #2
À remonter la pente. Parce que ça te suit, parce que même avec, on sent comme on dit, j'aime dire en fait, tu vois. On le sent, mais ça n'empêche pas, tu vois, de ressentir. Tu vois, ce que ça laisse comme émotion et d'avoir traversé ces choses-là. Mais on continue. On continue et voilà, et ça t'amène jusque là-bas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Ce n'est pas évident parce que, au fait,
- Speaker #1
jusqu'à ce que des épreuves de la vie, pas de détruire, mais de casser certaines plumes, tu te disais, c'est possible. tu te dis que c'est possible jusque là tu pensais que tout était possible voilà, je ne me suis jamais posé de questions quand tu as une chose que je veux faire quand tu as une chose que je me sens capable mais là tu te confrontes pour une première fois à la duréalité des choses et du coup et surtout pour une chose que tu n'espérais pas que tu ne pensais pas et qui, surtout Quand tu regardes aux yeux des personnes qui sont en face de toi, tu es hôtesse de l'air. Tu vas prendre l'avion.
- Speaker #2
Mais oui, non, mais c'est ça.
- Speaker #1
Tu vas être beaucoup payée. C'est là où tu te dis, OK, d'accord, je vais être hôtesse de l'air. Je vais gagner beaucoup d'argent. Et puis, tu montes à ce niveau-là. et à un moment c'est pas genre toi-même c'est vrai que tu montes là c'est réel parce que là elle avait le poste c'est à dire que le lendemain elle devait voler,
- Speaker #2
elle a le poste et en fait du coup j'imagine ce challenge aussi ça te permet de te reconstruire et qu'est-ce que ça t'amène comme nouveau projet, est-ce que du coup c'était quoi maintenant le nouveau projet pour toi à ce moment là ?
- Speaker #1
Bon, à ce moment, c'était carrière. Il faut travailler, simplement. C'était carrière, prendre des études, se remettre des galons. Les galons, c'était les diplômes. C'était les diplômes. Et gagner sa vie, toujours,
- Speaker #2
ce côté économique. Voilà.
- Speaker #1
Et là,
- Speaker #0
tu avais vraiment pris conscience que le commercial, quand même, c'était ton truc.
- Speaker #1
Voilà. Surtout le relationnel. C'était surtout le relationnel. Parce que la vente, je pense que je vendais bien. quand il n'y a pas l'aspect vente. Je suis plus à l'aise. Genre l'aspect plus rendre service pour que ce que les gens ont besoin, qu'ils les aient à travers la marque, à travers les activités qu'on faisait. Parce qu'il n'y avait pas que des activités. Le plus souvent, c'était des activités sportives où les gens avaient besoin d'eau. Mais on faisait aussi des activités sociales dans les hôpitaux, les pédiatries, les enfants qui ont besoin d'eau et tout ça. C'était des choses que j'avais développées sur la partie marketing où je me disais, bon, à Kirin, on faisait beaucoup d'activités sportives où on accompagnait les sportifs. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait sur l'activité sociale ? Et tu voyais ton impact, en fait, par rapport à tout ce qui se passait et je me voyais évoluer.
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #1
surtout ça. Parce qu'au début, j'étais un peu sceptique. Et je me disais, est-ce que ce poste-là, j'allais pouvoir le... le faire quoi, à un moment tu te dis est-ce que ce qui s'est passé ne va pas se passer
- Speaker #2
Voilà de te poser des questions je dis mais c'est quoi c'est quoi la solution par rapport à toutes ces questions que je me pose c'est les études c'est le niveau c'est voilà ça te rassure exactement et ça rassure aussi de savoir que quelque part ta mère avait tracé la voie avec ses sachets d'eau au milieu du salon Ça aussi. Ça aussi. Ça aussi. Ça aussi.
- Speaker #1
On se dit, voilà, je pense que c'est, est-ce que c'est pas ça qui m'a ramenée dans le marketing de l'eau ?
- Speaker #2
Moi, c'était prémonitoire, hein, parce que franchement, ce qu'elle avait fait pour de la survie, pour toi, ça t'a permis vraiment de, voilà, de te remettre en selle et de reprendre une revanche, en fait, sur...
- Speaker #0
On ne se parvole pas assez les apprentissages qu'on a à la maison, dans le quotidien, dans ce qu'on vit avec nos parents. C'est fondamental. Alors qu'en fait…
- Speaker #2
C'est fondamental. Et puis, on le voit aujourd'hui, je pense que ne serait-ce que même d'avoir grandi dans ces quartiers qu'on dit très populaires, etc. Aujourd'hui, quand on voit comment le marketing est fait au Sénégal, qui est essentiellement du marketing social, communautaire, etc., Ça aide en fait de comprendre les populations, de savoir... comment les gens vivent dans les quartiers populaires.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #2
Parce que c'est eux, le mass market, c'est eux.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Et de pouvoir maintenant mettre en place des stratégies, tu vois.
- Speaker #1
Oui, des actions qui... Moi, aujourd'hui, ça m'aide beaucoup dans mon entrepreneuriat. Peut-être que je sauterai des années dans le parcours parce qu'on est à Fontaine. Après, il y a eu une agence de pub où j'ai travaillé et tout. Mais aujourd'hui, d'avoir eu ce parcours, d'avoir vécu dans ces catégories sociales, on va le dire comme ça. Aujourd'hui, dans ce que je fais, Onglemania, c'est beaucoup de jeunes dames qui travaillent avec moi. J'arrive à comprendre certaines situations, j'arrive à comprendre et à intégrer certaines... Même moi,
- Speaker #2
je comprends maintenant. Maintenant, je comprends. Parce que je me suis toujours posé la question, mais...
- Speaker #1
comment elle fait avec toutes ces jeunes femmes-là.
- Speaker #2
Ce n'est pas évident.
- Speaker #0
Mais je me rappelle une fois, tu nous as fait un espèce de cours comme ça sur le management et là, je me suis dit, waouh.
- Speaker #1
Parce que c'est, en fait, c'est un vrai travail à faire ou bien un vrai regard qu'il faut avoir entre ces personnes qui font ce service-là. Et ces clients à qui tu veux offrir ce service qui n'est pas forcément le quotidien de ces jeunes-là. Parce que ceux qui viennent, par exemple, chez Onglemania, payer une pédicure à 15 000, 20 000, faire leur ongle, ce n'est pas la même catégorie sociale que les personnes qui font forcément ça. Donc, comment allier ces deux pour que ce service rejoigne ce niveau de qualité, ce niveau de service, ce niveau de… Voilà.
- Speaker #2
Améliorer, voilà, le niveau de vie de ces gens-là aussi qui font des ongles à 20 000 francs pour qu'eux aussi, un jour, ils puissent être à cette place-là. Donc, l'ascenseur social, en fait.
- Speaker #1
En fait, tout ce qu'on vit dans notre vie,
- Speaker #0
c'est comme remplir sa boîte à outils. Et après, dans ton travail, tu t'en sers. Si tu n'avais pas vécu tout ça, aujourd'hui,
- Speaker #1
ce serait plus difficile. C'est clair. Au fait, je serais perdue, je pense, parce que dans le management… Moi, je fais beaucoup de management en référence aux valeurs et aux vécus. Pour moi, ça, c'est important. Les compétences, c'est des choses que les gens acquièrent. Aujourd'hui, c'est une boue. Si tu le veux vraiment, je t'emmène à l'école Fantasica. Tu t'assoies deux mois, tu sais faire la pédicure, tu sais faire la manucure.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Le faire bien, le faire au niveau que l'enseigne demande. être capable de se surpasser, de se dépasser pour avoir une qualité de service et surtout vivre, le vivre comme une vraie entreprise. Ça aussi, c'est un autre défi que j'ai par rapport au secteur dans lequel je suis parce que ça fait 10 ans, 15 ans que je suis dedans et quand je rentrais dedans, ce n'était pas aussi structuré. Et je suis venue avec toute la structure que j'ai apprise dans les entreprises où je suis passée et mon défi, c'est de me dire je viens dans un monde Mais je n'ai pas envie de faire exactement ce que le monde l'a fait.
- Speaker #0
Nous allons faire une pause ici aujourd'hui. Dans cette première partie, Nogai nous a raconté son parcours depuis l'enfance jusqu'à Onglemania. Dans la deuxième partie de cet épisode, elle nous racontera la naissance et l'évolution de Onglemania, Fantasica, ProBidis et son analyse du secteur de la beauté au Sénégal. À bientôt.
- Speaker #2
Merci de nous avoir écoutés. Parcours vous est proposé par Smart Ecosystem for Women, agent spécialisé dans l'accompagnement du plein potentiel des femmes en Afrique. Ce podcast est rendu possible grâce au programme YBAC. Pour en savoir plus sur SIU, cliquez sur les liens en description. À bientôt pour une nouvelle trajectoire de femmes inspirantes.