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Entretien avec Jean-François Fossé, gérant multiactifs Ofi Invest AM
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.








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Entretien avec Jean-François Fossé, gérant multiactifs Ofi Invest AM
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans La Tête d'un Gérant, le podcast qui explore les coulisses de la gestion d'actifs. Je m'appelle Lisa Pacro et j'interview les gérants qui pilotent les portefeuilles financiers pour mieux comprendre leur façon de penser. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Jean-François Fossé pour parler prise de risque, humilité et remise en question. Alors c'est parti, entrons dans La Tête d'un Gérant. Bonjour Jean-François.
Bonjour Lisa.
Tu es gérant de portefeuille sur les marchés financiers, ça fait combien de temps que tu officies ?
Pas loin de 20 ans maintenant. Alors j'ai pas fait que de la gestion, mais ça a occupé une bonne partie de mon expérience.
T'as fait quoi d'autre ?
J'ai fait du marketing, un peu de vente.
Et donc t'es arrivé avec le temps à la gestion de portefeuille, en quelle année à peu près ?
Fin 2007, donc pas loin des grands moments qu'on a connus en 2008.
On fait une bonne petite intro puisqu'on va parler de risque et de performance. C'est vrai que 2007-2008, des années très compliquées sur les marchés financiers, tu as quand même commencé dans le dur. Aujourd'hui, on peut dire que le risque et la recherche de performance, c'est inhérent au métier de gérant. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Oui, effectivement. Peut-être qu'il y a un biais par le fait que j'ai commencé, effectivement, juste avant la grande crise financière. Pour le coup, j'ai mis un certain temps à voir la performance. J'ai plutôt vu le risque dans un premier temps, puisque la crise s'est étalée sur quasiment l'intégralité de l'année 2008. Mais oui, tu as raison, la performance ne peut pas être dissociée du risque. Le métier du gérant, c'est de trouver les bons équilibres entre ces deux paramètres qui sont intimement liés. On n'est pas à la recherche de la... La performance maximale qu'on cherche à obtenir, en fait, on est plutôt sur un équilibre pour nos clients, parce que finalement, quand même, on gère de l'argent pour compte d'autrui. Me concernant, c'est beaucoup de produits d'épargne qu'on retrouve commercialisés dans différents services de distribution. Donc, quelque part derrière, c'est un peu Monsieur Tout-le-Monde qui est potentiellement investi dans les produits que je gère. Et donc, on va vraiment comprendre un peu les profils de nos clients. Et en fonction de ça, on va adapter notre prise de risque et derrière, la performance qu'on va chercher à avoir.
Du coup, tu gères l'argent de Monsieur Tout-le-Monde, comme tu viens de le dire. Qu'est-ce qui te fait accepter de prendre du risque alors qu'on t'a confié cet argent qui, quand même, va pour l'avenir de quelqu'un, une épargne, un patrimoine, etc.
Alors effectivement, c'est toujours assez délicat, c'est sujet d'argent, parce que ça peut très vite devenir assez émotionnel. Notre métier de gérant, c'est vraiment à la base de prendre le risque à la place de nos clients et de placer cet argent de manière à chercher la performance la meilleure qu'ils puissent avoir au regard des souhaits en termes de prise de risque qu'ils sont prêts à accepter. Il y a une importance importante sur bien se connaître soi-même, à la fois côté client, il ne faut pas se mentir, pour avoir de la performance il faut prendre du risque, le risque ça génère des émotions. Un exemple c'est que souvent quand on gagne 10% ou quand on perd 10%, la sensibilité qu'on va avoir ne va pas être la même en réalité. Et donc si on commence à avoir trop de biais affectifs qui rentrent souvent dans les phases de baisse, donc dans les moins 10, on peut se retrouver à faire des choses qui seraient trop empreintes d'éléments de court terme et qui nous feraient oublier un peu pourquoi on est là et nos objectifs de long terme. Donc mon rôle, c'est un peu de canaliser toute cette pression affective qu'il peut y avoir autour de l'argent et de me concentrer sur l'objectif de long terme pour mes clients. et de savoir rester prudent quand il y a besoin d'être prudent, mais aussi opportuniste quand il y a besoin d'être opportuniste.
Et qu'est-ce qui va peser selon toi sur ta capacité à prendre du risque, en positif ou en négatif ?
Alors, effectivement, c'est une bonne question. La première, c'est avoir une philosophie de gestion, un process de gestion qui soit, on considère, soi-même éprouvé. Donc ça demande quand même une certaine expérience. on connait besoin de quand même Dans une équipe de gestion, d'avoir des gérants qui sont expérimentés, mais pas que. On a besoin aussi d'avoir de la diversité dans l'équipe. Le process, ça va vous permettre, quelque part, de vous sentir dans une zone de confort quand vous prenez vos risques. Vous avez besoin de faire toutes vos analyses, etc. De faire appel à votre technicité que vous avez acquise au fur et à mesure, soit de votre éducation ou de votre expérience. Et ensuite... Ce qu'il faut savoir derrière, c'est que même si on a une intime conviction que telle chose va marcher, que tel placement est intéressant, etc., et qu'on a bien nos objectifs de long terme bien identifiés, la réalité c'est qu'au quotidien on est dans le court terme. Donc le court terme c'est beaucoup d'incertitudes potentiellement, c'est beaucoup de volatilité potentiellement. Donc volatilité ça veut dire que les marchés bougent un peu potentiellement dans tous les sens, surtout quand il y a une actualité qui est dense, comme c'est le cas aujourd'hui avec la nouvelle administration américaine. Donc il va falloir l'appréhender, c'est à nous, gérants, de le faire. Ça peut générer des situations de stress. Le stress, c'est à nous de l'encaisser. Ce n'est pas forcément au client de l'encaisser à notre place. On est là pour ça. Et donc on va avoir des outils d'aide à la décision, des choses assez quantitatives, de manière à casser tous les biais affectifs, comportementaux qu'on peut être subis, parce que la réalité, c'est qu'on est subi à si bel à, même dans la vie en général. On gratte un petit peu à l'intérieur de nous-mêmes. On sait qu'on a plein de biais. Et donc, dans notre métier de gérant, c'est important de bien se connaître, de ne pas en subir les frais. Et donc, de manière derrière, à pouvoir gérer nos risques à court terme, tout en conservant un maximum de potentiel de performance sur le long terme.
Et comment fais-tu, toi, Jean-François, personnellement, pour justement ne pas être impacté comme ça par le stress ? Par des événements qui pourraient te pousser peut-être à prendre de mauvaises décisions, en tout cas des décisions trop rapides et court-termistes, sachant que tu as une vision de long terme. Est-ce que tu as des stratégies en place mentales avec ton équipe ? Est-ce que tu as un rythme de vie que tu dois maintenir pour pouvoir gérer ce stress en continu ?
Effectivement, je suis parti assez vite sur l'idée que, de toute manière, je vais avoir des situations relativement fréquentes où je vais avoir tort. Donc déjà, c'est un bon postulat pour se dire...
La remise en question.
La remise en question va être un concept assez essentiel dans mon métier. Je cite souvent une statistique au niveau du... Parce que j'aime bien faire des parallèles entre le sport de haut niveau et notre métier de gérant qui est quelque part lui-même un métier relativement à haut niveau quand on est dans le domaine professionnel. Si on prend le tennis, par exemple, j'aime bien comparer les statistiques... de deux grands joueurs de tennis. L'un est très connu, Federer. Donc, il faut savoir que Federer, sur l'ensemble de sa carrière, n'a gagné que 54% de ses points lors de ses matchs sur l'intégralité de sa carrière. C'est relativement peu quand on sait qu'il a gagné derrière 80% de ses matchs et qu'il a 20 grands chelèmes à son actif. Ce qui est intéressant, c'est de le comparer à un autre joueur de tennis de très haut niveau. plus proche de chez nous, Gasquet par exemple. Gasquet, lui, il n'est pas exactement à 54%, il est plutôt à 52%. Il y a 2% d'écart, c'est quelque part très peu. Mais à la sortie, quand même, sur la carrière, il y a un écart de 20 grands chelèmes. C'est énorme. C'est pas neutre.
C'est énorme.
C'est énorme. Donc ça veut dire quoi derrière ? C'est qu'on parle d'un niveau de tennis qui est relativement, enfin qui est très élevé. C'est-à-dire qu'en termes de technicité, Tous les joueurs de tennis qui arrivent à ce niveau-là sur le circuit ATP sont d'excellents joueurs de tennis en termes de technicité, il n'y a rien à dire.
Donc ce n'est pas la technique qui fait la différence ?
Ce n'est pas la technique, c'est un bagage initial, mais ce n'est pas là que ça va se jouer au final. En fait, le final, ça va se jouer sur la partie beaucoup plus mentale, sur le fait d'être présent sur certains moments du match, sur des points qui sont plus importants que d'autres, et sur une capacité derrière, donc, pour, si je reviens sur le métier de gérant, à accepter d'avoir raison ou tort à peu près une fois sur deux, sur tous les paris et les positions que tu vas prendre. Quand on dit une fois sur deux, on se dit que c'est quand même beaucoup d'échecs à prévoir potentiellement. Et donc, il faut avoir une capacité, une rigueur à subir le moins possible de pertes, tout en conservant une probabilité d'avoir des gains qui soient le plus récurrent possible.
Donc finalement, le gérant, plutôt que de chercher la performance, il est plus dans la gestion des risques et la limitation des pertes. Et c'est comme ça que, si je comprends bien, sur le long terme, avec la régularité, tu finis par gagner.
Exactement. En fait, le concept de base, et d'ailleurs, je reprends ici une citation qui est... Alors, ça ne va pas être la citation des vieux sages de Yannick Noah, mais quelque chose qui est plus proche de la finance, ça va être Warren Buffett. Deux grands principes à retenir quand on fait de l'investissement. Le premier, c'est de ne pas perdre d'argent. Et le deuxième principe, c'est de ne pas oublier le premier.
Excellent,
excellent. Donc on est vraiment dans cet optique-là. Et en plus, pourquoi c'est important de ne pas perdre d'argent ? Alors bien sûr, on va en perdre, mais il ne faut pas en perdre de manière trop importante, parce que sinon, on va avoir ce qu'on appelle, techniquement parlant, des effets de base qui sont très négatifs. C'est-à-dire que quand vous faites une sous-performance, par exemple, de 50%, donc c'est beaucoup, pour revenir à votre point de départ, il ne faut pas faire plus 50, il faut faire plus 100. Donc on sent qu'on a...
En gros, on rame davantage pour revenir au point initial.
Exactement. Donc ça veut dire qu'on a besoin de se remettre en question, parce que souvent, quand on a pris une position dans le marché, c'est qu'on y croit, donc on a des convictions, et derrière, le fait de dire, ben non, on va réduire la position, parce que peut-être que ce n'était pas une bonne idée, ou peut-être que l'environnement a changé, ou peut-être que... Enfin bref, il peut y en avoir plein des peut-être. Eh ben, il faut avoir cette capacité d'esprit. à renouveler sa pensée, baser davantage sur l'humilité plutôt que sur les convictions, trouver un point d'équilibre entre conviction et humilité de manière à être dans l'apprentissage permanent.
Alors c'est vrai que là, ça va un peu à l'opposé des gérants stars qu'on voit aujourd'hui sur les marchés, beaucoup aux Etats-Unis, des gens qui sont un petit peu encensés. Comment toi tu fais du coup pour te remettre en question ? Est-ce que tu as mis en place des process ou est-ce que c'est un travail personnel pour être en capacité justement de mettre en doute aussi tes choix ?
Alors effectivement, le concept de Gérant Star, il a un peu pris... Moi, quand je suis arrivé dans la gestion, j'avais beaucoup de Gérant Star avant 2008. Donc 2008 a pas mal nettoyé le concept de Gérant Star. Ensuite, on est arrivé sur les process. Et puis est arrivé aussi le monde numérique, l'accès à la donnée, la modélisation, etc. Et de plus en plus, il y a eu un phénomène de profil... La professionnalisation exponentielle du métier, avec de plus en plus d'ingénieurs qui débarquent, des mathématiques, des algorithmes, ça c'est les années 2000, et en particulier à partir de 2008, où la nature, comment travaille le marché, change énormément, ce qui rend le métier de gérant sur sa durée assez complexe. Parce que s'il reste ancré, malgré qu'il ait de l'expérience, sur sa vision des marchés fin 90, début 2000, il va avoir un problème pour évoluer dans les marchés actuels, par exemple. Donc, il y a besoin de s'intéresser en permanence sur comment le marché fonctionne, quels sont les nouveaux moyens de négocier sur les marchés, quels sont les nouveaux acteurs, comment ils sont positionnés, etc. Pour un peu, au maximum, anticiper. Donc, ça veut dire qu'on a besoin de process, mais les process, ça évolue. On a besoin d'évoluer, donc on a besoin, encore une fois, d'être... d'avoir une approche où on remet en question régulièrement. Ça ne veut pas dire qu'on met des coups de marteau régulièrement sur notre manière de travailler, mais c'est plutôt qu'on fait régulièrement des petits réglages.
Tu es dirigeant d'équipe, donc j'imagine que tu as différentes personnalités de gérants sous toi. Est-ce que grâce à ces process, ça permet une uniformisation ou est-ce qu'il y a vraiment des gérants qui vont être beaucoup plus preneurs de risques, d'autres qui vont être beaucoup plus... À la recherche de la sécurité, comment tu vois la diversité, en tout cas à ce niveau-là, au sein de ton équipe, ou en tout cas de tes équipes que tu as pu gérer par le passé ?
Alors effectivement, quand j'ai recruté des gérants, des stratégistes, des analystes, j'ai toujours misé sur cette notion de diversité. Pour moi, ça me paraît essentiel de pouvoir enrichir au maximum une équipe de gestion, et je pense que ça s'applique à... à plein de domaines, pas juste à la gestion, de manière à ne jamais être dans un phénomène de statu quo ou pire encore, de biais où on a tendance à aimer être entre soi, donc avoir une tendance à recruter des personnes qui sont comme nous, qui vont penser comme nous, et ça va être agréable au quotidien parce qu'on va bien s'entendre. Donc il faut accepter d'aller prendre des éléments qui vont... pertinemment ne pas penser comme nous, et il faut réussir à en tirer le meilleur, ce qui est compliqué.
Tout le rôle du manager, finalement.
Exactement, parce qu'en fait, soit on arrive sur des blocs au sein de l'équipe qui ont un mal fou à communiquer les uns aux autres. Donc ça, effectivement, ça va être le travail de management. Donc ce qu'on fait, et ce que je tends à pratiquer, c'est d'avoir des temps sur l'année où on fait des retraites. On ne va pas au cloître, je vous rassure. Mais on prend du temps entre nous et à chaque année il y a des thématiques. L'an dernier c'était pas mal orienté sur les biais comportementaux et donc il y a eu des questionnaires qui leur ont été soumis. Et c'était intéressant parce que c'est là où on voit que la prise de décision, les déclencheurs ne sont pas les mêmes d'un gérant à un autre. Le but c'est de comprendre quelque part la personne qui est en face de vous qui pense l'inverse de ce que vous pouvez penser. Et après, le boulot du management, en tout cas sur la partie gestion, je ne cherche pas le consensus. Si je change le consensus, il y a forte chance que je ne l'ai pas. Et si j'ai des camps opposés, au final, je ne fais rien. Alors que l'essence même du métier de gérant, j'en reviens au démarrage, c'est de prendre du risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous n'aurez pas de perf. Vous ne serez peut-être pas embêté, mais au bout d'un moment, ça va devenir compliqué. Et quand vous prenez du risque, il y a le taux d'échec qui peut être là quand même. On l'avait vu précédemment. Donc, c'est là où, pour le coup, je fais ces temps de retraite de manière à ce que tout le monde soit un peu dans cette dynamique-là. Et c'est comme ça qu'on progresse.
Génial, merci Jean-François. Si tu as un conseil ou une chose à dire à nos auditeurs aujourd'hui pour conclure ce podcast, quel serait-il sur ce sujet de la performance et de la prise de risque ?
Mon premier conseil, c'est qu'on parle d'investissement. Il faut commencer tôt parce que le temps est vraiment un ami dans ce domaine-là. à Tidis L'illustration, si vous placez par exemple, vous cherchez à avoir un capital à l'issue de votre retraite, ou peu importe, pour les études de vos enfants, pour avoir à peu près 200 000 euros à certains horizons, moyennant un taux de 5% disons à analyser, si vous y prenez sur 10 ans, il va falloir mettre à peu près 1300 euros par mois pour atteindre cette somme-là. Si vous prenez plutôt 40 ans, vous allez être plutôt à 130 euros par mois.
Toujours le principe de ramer beaucoup pour remonter le point final. Oui,
exactement. Le temps, c'est vraiment un ami. C'est un premier concept qui est important à intégrer. C'est que ça se prépare. Le plus tôt on commence, le mieux c'est. Le deuxième, ça va être de bien se connaître en tant qu'investisseur. Il ne faut pas se mentir. Même si on voit partir des actions qui prennent des pourcentages incroyables. Pire encore, du bitcoin, pour l'instant, tout le monde en parle. Donc, ça peut monter beaucoup, mais ça peut baisser beaucoup. Donc, il faut aussi être en acceptation de gérer cette volatilité. Si ce n'est pas le cas, probablement qu'à la sortie, il y aura un drame. Donc, l'importance de bien se connaître, pour moi, c'est le deuxième point. Et le troisième, c'est s'éduquer. C'est s'éduquer parce que l'éducation financière, ça va vous servir toute votre vie. Même si vous n'êtes pas dans la finance, mais de toute manière, vous touchez des salaires, etc. Vous avez besoin de vous faire un patrimoine, etc. Vous avez besoin de comprendre au-delà de simplement suivre des conseils ou ce que vous voyez dans la presse. Vous avez besoin de vous forger votre propre avis. Donc l'éducation financière, pour moi, c'est quelque chose d'essentiel.
Merci Jean-François.
Merci.
A bientôt. Vous venez d'écouter Dans la tête d'un gérant, un podcast produit par Parlons Épargne, Biofi Invest. Ce contenu ne constitue en aucun cas... un conseil en investissement à l'achat ou à la vente de titres ou de placements financiers. Pour ne manquer aucun épisode, suivez-nous sur LinkedIn et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. Et n'oubliez pas, les meilleurs investisseurs sont ceux qui se connaissent eux-mêmes.
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Bonjour Lisa.
Tu es gérant de portefeuille sur les marchés financiers, ça fait combien de temps que tu officies ?
Pas loin de 20 ans maintenant. Alors j'ai pas fait que de la gestion, mais ça a occupé une bonne partie de mon expérience.
T'as fait quoi d'autre ?
J'ai fait du marketing, un peu de vente.
Et donc t'es arrivé avec le temps à la gestion de portefeuille, en quelle année à peu près ?
Fin 2007, donc pas loin des grands moments qu'on a connus en 2008.
On fait une bonne petite intro puisqu'on va parler de risque et de performance. C'est vrai que 2007-2008, des années très compliquées sur les marchés financiers, tu as quand même commencé dans le dur. Aujourd'hui, on peut dire que le risque et la recherche de performance, c'est inhérent au métier de gérant. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Oui, effectivement. Peut-être qu'il y a un biais par le fait que j'ai commencé, effectivement, juste avant la grande crise financière. Pour le coup, j'ai mis un certain temps à voir la performance. J'ai plutôt vu le risque dans un premier temps, puisque la crise s'est étalée sur quasiment l'intégralité de l'année 2008. Mais oui, tu as raison, la performance ne peut pas être dissociée du risque. Le métier du gérant, c'est de trouver les bons équilibres entre ces deux paramètres qui sont intimement liés. On n'est pas à la recherche de la... La performance maximale qu'on cherche à obtenir, en fait, on est plutôt sur un équilibre pour nos clients, parce que finalement, quand même, on gère de l'argent pour compte d'autrui. Me concernant, c'est beaucoup de produits d'épargne qu'on retrouve commercialisés dans différents services de distribution. Donc, quelque part derrière, c'est un peu Monsieur Tout-le-Monde qui est potentiellement investi dans les produits que je gère. Et donc, on va vraiment comprendre un peu les profils de nos clients. Et en fonction de ça, on va adapter notre prise de risque et derrière, la performance qu'on va chercher à avoir.
Du coup, tu gères l'argent de Monsieur Tout-le-Monde, comme tu viens de le dire. Qu'est-ce qui te fait accepter de prendre du risque alors qu'on t'a confié cet argent qui, quand même, va pour l'avenir de quelqu'un, une épargne, un patrimoine, etc.
Alors effectivement, c'est toujours assez délicat, c'est sujet d'argent, parce que ça peut très vite devenir assez émotionnel. Notre métier de gérant, c'est vraiment à la base de prendre le risque à la place de nos clients et de placer cet argent de manière à chercher la performance la meilleure qu'ils puissent avoir au regard des souhaits en termes de prise de risque qu'ils sont prêts à accepter. Il y a une importance importante sur bien se connaître soi-même, à la fois côté client, il ne faut pas se mentir, pour avoir de la performance il faut prendre du risque, le risque ça génère des émotions. Un exemple c'est que souvent quand on gagne 10% ou quand on perd 10%, la sensibilité qu'on va avoir ne va pas être la même en réalité. Et donc si on commence à avoir trop de biais affectifs qui rentrent souvent dans les phases de baisse, donc dans les moins 10, on peut se retrouver à faire des choses qui seraient trop empreintes d'éléments de court terme et qui nous feraient oublier un peu pourquoi on est là et nos objectifs de long terme. Donc mon rôle, c'est un peu de canaliser toute cette pression affective qu'il peut y avoir autour de l'argent et de me concentrer sur l'objectif de long terme pour mes clients. et de savoir rester prudent quand il y a besoin d'être prudent, mais aussi opportuniste quand il y a besoin d'être opportuniste.
Et qu'est-ce qui va peser selon toi sur ta capacité à prendre du risque, en positif ou en négatif ?
Alors, effectivement, c'est une bonne question. La première, c'est avoir une philosophie de gestion, un process de gestion qui soit, on considère, soi-même éprouvé. Donc ça demande quand même une certaine expérience. on connait besoin de quand même Dans une équipe de gestion, d'avoir des gérants qui sont expérimentés, mais pas que. On a besoin aussi d'avoir de la diversité dans l'équipe. Le process, ça va vous permettre, quelque part, de vous sentir dans une zone de confort quand vous prenez vos risques. Vous avez besoin de faire toutes vos analyses, etc. De faire appel à votre technicité que vous avez acquise au fur et à mesure, soit de votre éducation ou de votre expérience. Et ensuite... Ce qu'il faut savoir derrière, c'est que même si on a une intime conviction que telle chose va marcher, que tel placement est intéressant, etc., et qu'on a bien nos objectifs de long terme bien identifiés, la réalité c'est qu'au quotidien on est dans le court terme. Donc le court terme c'est beaucoup d'incertitudes potentiellement, c'est beaucoup de volatilité potentiellement. Donc volatilité ça veut dire que les marchés bougent un peu potentiellement dans tous les sens, surtout quand il y a une actualité qui est dense, comme c'est le cas aujourd'hui avec la nouvelle administration américaine. Donc il va falloir l'appréhender, c'est à nous, gérants, de le faire. Ça peut générer des situations de stress. Le stress, c'est à nous de l'encaisser. Ce n'est pas forcément au client de l'encaisser à notre place. On est là pour ça. Et donc on va avoir des outils d'aide à la décision, des choses assez quantitatives, de manière à casser tous les biais affectifs, comportementaux qu'on peut être subis, parce que la réalité, c'est qu'on est subi à si bel à, même dans la vie en général. On gratte un petit peu à l'intérieur de nous-mêmes. On sait qu'on a plein de biais. Et donc, dans notre métier de gérant, c'est important de bien se connaître, de ne pas en subir les frais. Et donc, de manière derrière, à pouvoir gérer nos risques à court terme, tout en conservant un maximum de potentiel de performance sur le long terme.
Et comment fais-tu, toi, Jean-François, personnellement, pour justement ne pas être impacté comme ça par le stress ? Par des événements qui pourraient te pousser peut-être à prendre de mauvaises décisions, en tout cas des décisions trop rapides et court-termistes, sachant que tu as une vision de long terme. Est-ce que tu as des stratégies en place mentales avec ton équipe ? Est-ce que tu as un rythme de vie que tu dois maintenir pour pouvoir gérer ce stress en continu ?
Effectivement, je suis parti assez vite sur l'idée que, de toute manière, je vais avoir des situations relativement fréquentes où je vais avoir tort. Donc déjà, c'est un bon postulat pour se dire...
La remise en question.
La remise en question va être un concept assez essentiel dans mon métier. Je cite souvent une statistique au niveau du... Parce que j'aime bien faire des parallèles entre le sport de haut niveau et notre métier de gérant qui est quelque part lui-même un métier relativement à haut niveau quand on est dans le domaine professionnel. Si on prend le tennis, par exemple, j'aime bien comparer les statistiques... de deux grands joueurs de tennis. L'un est très connu, Federer. Donc, il faut savoir que Federer, sur l'ensemble de sa carrière, n'a gagné que 54% de ses points lors de ses matchs sur l'intégralité de sa carrière. C'est relativement peu quand on sait qu'il a gagné derrière 80% de ses matchs et qu'il a 20 grands chelèmes à son actif. Ce qui est intéressant, c'est de le comparer à un autre joueur de tennis de très haut niveau. plus proche de chez nous, Gasquet par exemple. Gasquet, lui, il n'est pas exactement à 54%, il est plutôt à 52%. Il y a 2% d'écart, c'est quelque part très peu. Mais à la sortie, quand même, sur la carrière, il y a un écart de 20 grands chelèmes. C'est énorme. C'est pas neutre.
C'est énorme.
C'est énorme. Donc ça veut dire quoi derrière ? C'est qu'on parle d'un niveau de tennis qui est relativement, enfin qui est très élevé. C'est-à-dire qu'en termes de technicité, Tous les joueurs de tennis qui arrivent à ce niveau-là sur le circuit ATP sont d'excellents joueurs de tennis en termes de technicité, il n'y a rien à dire.
Donc ce n'est pas la technique qui fait la différence ?
Ce n'est pas la technique, c'est un bagage initial, mais ce n'est pas là que ça va se jouer au final. En fait, le final, ça va se jouer sur la partie beaucoup plus mentale, sur le fait d'être présent sur certains moments du match, sur des points qui sont plus importants que d'autres, et sur une capacité derrière, donc, pour, si je reviens sur le métier de gérant, à accepter d'avoir raison ou tort à peu près une fois sur deux, sur tous les paris et les positions que tu vas prendre. Quand on dit une fois sur deux, on se dit que c'est quand même beaucoup d'échecs à prévoir potentiellement. Et donc, il faut avoir une capacité, une rigueur à subir le moins possible de pertes, tout en conservant une probabilité d'avoir des gains qui soient le plus récurrent possible.
Donc finalement, le gérant, plutôt que de chercher la performance, il est plus dans la gestion des risques et la limitation des pertes. Et c'est comme ça que, si je comprends bien, sur le long terme, avec la régularité, tu finis par gagner.
Exactement. En fait, le concept de base, et d'ailleurs, je reprends ici une citation qui est... Alors, ça ne va pas être la citation des vieux sages de Yannick Noah, mais quelque chose qui est plus proche de la finance, ça va être Warren Buffett. Deux grands principes à retenir quand on fait de l'investissement. Le premier, c'est de ne pas perdre d'argent. Et le deuxième principe, c'est de ne pas oublier le premier.
Excellent,
excellent. Donc on est vraiment dans cet optique-là. Et en plus, pourquoi c'est important de ne pas perdre d'argent ? Alors bien sûr, on va en perdre, mais il ne faut pas en perdre de manière trop importante, parce que sinon, on va avoir ce qu'on appelle, techniquement parlant, des effets de base qui sont très négatifs. C'est-à-dire que quand vous faites une sous-performance, par exemple, de 50%, donc c'est beaucoup, pour revenir à votre point de départ, il ne faut pas faire plus 50, il faut faire plus 100. Donc on sent qu'on a...
En gros, on rame davantage pour revenir au point initial.
Exactement. Donc ça veut dire qu'on a besoin de se remettre en question, parce que souvent, quand on a pris une position dans le marché, c'est qu'on y croit, donc on a des convictions, et derrière, le fait de dire, ben non, on va réduire la position, parce que peut-être que ce n'était pas une bonne idée, ou peut-être que l'environnement a changé, ou peut-être que... Enfin bref, il peut y en avoir plein des peut-être. Eh ben, il faut avoir cette capacité d'esprit. à renouveler sa pensée, baser davantage sur l'humilité plutôt que sur les convictions, trouver un point d'équilibre entre conviction et humilité de manière à être dans l'apprentissage permanent.
Alors c'est vrai que là, ça va un peu à l'opposé des gérants stars qu'on voit aujourd'hui sur les marchés, beaucoup aux Etats-Unis, des gens qui sont un petit peu encensés. Comment toi tu fais du coup pour te remettre en question ? Est-ce que tu as mis en place des process ou est-ce que c'est un travail personnel pour être en capacité justement de mettre en doute aussi tes choix ?
Alors effectivement, le concept de Gérant Star, il a un peu pris... Moi, quand je suis arrivé dans la gestion, j'avais beaucoup de Gérant Star avant 2008. Donc 2008 a pas mal nettoyé le concept de Gérant Star. Ensuite, on est arrivé sur les process. Et puis est arrivé aussi le monde numérique, l'accès à la donnée, la modélisation, etc. Et de plus en plus, il y a eu un phénomène de profil... La professionnalisation exponentielle du métier, avec de plus en plus d'ingénieurs qui débarquent, des mathématiques, des algorithmes, ça c'est les années 2000, et en particulier à partir de 2008, où la nature, comment travaille le marché, change énormément, ce qui rend le métier de gérant sur sa durée assez complexe. Parce que s'il reste ancré, malgré qu'il ait de l'expérience, sur sa vision des marchés fin 90, début 2000, il va avoir un problème pour évoluer dans les marchés actuels, par exemple. Donc, il y a besoin de s'intéresser en permanence sur comment le marché fonctionne, quels sont les nouveaux moyens de négocier sur les marchés, quels sont les nouveaux acteurs, comment ils sont positionnés, etc. Pour un peu, au maximum, anticiper. Donc, ça veut dire qu'on a besoin de process, mais les process, ça évolue. On a besoin d'évoluer, donc on a besoin, encore une fois, d'être... d'avoir une approche où on remet en question régulièrement. Ça ne veut pas dire qu'on met des coups de marteau régulièrement sur notre manière de travailler, mais c'est plutôt qu'on fait régulièrement des petits réglages.
Tu es dirigeant d'équipe, donc j'imagine que tu as différentes personnalités de gérants sous toi. Est-ce que grâce à ces process, ça permet une uniformisation ou est-ce qu'il y a vraiment des gérants qui vont être beaucoup plus preneurs de risques, d'autres qui vont être beaucoup plus... À la recherche de la sécurité, comment tu vois la diversité, en tout cas à ce niveau-là, au sein de ton équipe, ou en tout cas de tes équipes que tu as pu gérer par le passé ?
Alors effectivement, quand j'ai recruté des gérants, des stratégistes, des analystes, j'ai toujours misé sur cette notion de diversité. Pour moi, ça me paraît essentiel de pouvoir enrichir au maximum une équipe de gestion, et je pense que ça s'applique à... à plein de domaines, pas juste à la gestion, de manière à ne jamais être dans un phénomène de statu quo ou pire encore, de biais où on a tendance à aimer être entre soi, donc avoir une tendance à recruter des personnes qui sont comme nous, qui vont penser comme nous, et ça va être agréable au quotidien parce qu'on va bien s'entendre. Donc il faut accepter d'aller prendre des éléments qui vont... pertinemment ne pas penser comme nous, et il faut réussir à en tirer le meilleur, ce qui est compliqué.
Tout le rôle du manager, finalement.
Exactement, parce qu'en fait, soit on arrive sur des blocs au sein de l'équipe qui ont un mal fou à communiquer les uns aux autres. Donc ça, effectivement, ça va être le travail de management. Donc ce qu'on fait, et ce que je tends à pratiquer, c'est d'avoir des temps sur l'année où on fait des retraites. On ne va pas au cloître, je vous rassure. Mais on prend du temps entre nous et à chaque année il y a des thématiques. L'an dernier c'était pas mal orienté sur les biais comportementaux et donc il y a eu des questionnaires qui leur ont été soumis. Et c'était intéressant parce que c'est là où on voit que la prise de décision, les déclencheurs ne sont pas les mêmes d'un gérant à un autre. Le but c'est de comprendre quelque part la personne qui est en face de vous qui pense l'inverse de ce que vous pouvez penser. Et après, le boulot du management, en tout cas sur la partie gestion, je ne cherche pas le consensus. Si je change le consensus, il y a forte chance que je ne l'ai pas. Et si j'ai des camps opposés, au final, je ne fais rien. Alors que l'essence même du métier de gérant, j'en reviens au démarrage, c'est de prendre du risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous n'aurez pas de perf. Vous ne serez peut-être pas embêté, mais au bout d'un moment, ça va devenir compliqué. Et quand vous prenez du risque, il y a le taux d'échec qui peut être là quand même. On l'avait vu précédemment. Donc, c'est là où, pour le coup, je fais ces temps de retraite de manière à ce que tout le monde soit un peu dans cette dynamique-là. Et c'est comme ça qu'on progresse.
Génial, merci Jean-François. Si tu as un conseil ou une chose à dire à nos auditeurs aujourd'hui pour conclure ce podcast, quel serait-il sur ce sujet de la performance et de la prise de risque ?
Mon premier conseil, c'est qu'on parle d'investissement. Il faut commencer tôt parce que le temps est vraiment un ami dans ce domaine-là. à Tidis L'illustration, si vous placez par exemple, vous cherchez à avoir un capital à l'issue de votre retraite, ou peu importe, pour les études de vos enfants, pour avoir à peu près 200 000 euros à certains horizons, moyennant un taux de 5% disons à analyser, si vous y prenez sur 10 ans, il va falloir mettre à peu près 1300 euros par mois pour atteindre cette somme-là. Si vous prenez plutôt 40 ans, vous allez être plutôt à 130 euros par mois.
Toujours le principe de ramer beaucoup pour remonter le point final. Oui,
exactement. Le temps, c'est vraiment un ami. C'est un premier concept qui est important à intégrer. C'est que ça se prépare. Le plus tôt on commence, le mieux c'est. Le deuxième, ça va être de bien se connaître en tant qu'investisseur. Il ne faut pas se mentir. Même si on voit partir des actions qui prennent des pourcentages incroyables. Pire encore, du bitcoin, pour l'instant, tout le monde en parle. Donc, ça peut monter beaucoup, mais ça peut baisser beaucoup. Donc, il faut aussi être en acceptation de gérer cette volatilité. Si ce n'est pas le cas, probablement qu'à la sortie, il y aura un drame. Donc, l'importance de bien se connaître, pour moi, c'est le deuxième point. Et le troisième, c'est s'éduquer. C'est s'éduquer parce que l'éducation financière, ça va vous servir toute votre vie. Même si vous n'êtes pas dans la finance, mais de toute manière, vous touchez des salaires, etc. Vous avez besoin de vous faire un patrimoine, etc. Vous avez besoin de comprendre au-delà de simplement suivre des conseils ou ce que vous voyez dans la presse. Vous avez besoin de vous forger votre propre avis. Donc l'éducation financière, pour moi, c'est quelque chose d'essentiel.
Merci Jean-François.
Merci.
A bientôt. Vous venez d'écouter Dans la tête d'un gérant, un podcast produit par Parlons Épargne, Biofi Invest. Ce contenu ne constitue en aucun cas... un conseil en investissement à l'achat ou à la vente de titres ou de placements financiers. Pour ne manquer aucun épisode, suivez-nous sur LinkedIn et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. Et n'oubliez pas, les meilleurs investisseurs sont ceux qui se connaissent eux-mêmes.
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Description
Entretien avec Jean-François Fossé, gérant multiactifs Ofi Invest AM
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bienvenue dans La Tête d'un Gérant, le podcast qui explore les coulisses de la gestion d'actifs. Je m'appelle Lisa Pacro et j'interview les gérants qui pilotent les portefeuilles financiers pour mieux comprendre leur façon de penser. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Jean-François Fossé pour parler prise de risque, humilité et remise en question. Alors c'est parti, entrons dans La Tête d'un Gérant. Bonjour Jean-François.
Bonjour Lisa.
Tu es gérant de portefeuille sur les marchés financiers, ça fait combien de temps que tu officies ?
Pas loin de 20 ans maintenant. Alors j'ai pas fait que de la gestion, mais ça a occupé une bonne partie de mon expérience.
T'as fait quoi d'autre ?
J'ai fait du marketing, un peu de vente.
Et donc t'es arrivé avec le temps à la gestion de portefeuille, en quelle année à peu près ?
Fin 2007, donc pas loin des grands moments qu'on a connus en 2008.
On fait une bonne petite intro puisqu'on va parler de risque et de performance. C'est vrai que 2007-2008, des années très compliquées sur les marchés financiers, tu as quand même commencé dans le dur. Aujourd'hui, on peut dire que le risque et la recherche de performance, c'est inhérent au métier de gérant. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Oui, effectivement. Peut-être qu'il y a un biais par le fait que j'ai commencé, effectivement, juste avant la grande crise financière. Pour le coup, j'ai mis un certain temps à voir la performance. J'ai plutôt vu le risque dans un premier temps, puisque la crise s'est étalée sur quasiment l'intégralité de l'année 2008. Mais oui, tu as raison, la performance ne peut pas être dissociée du risque. Le métier du gérant, c'est de trouver les bons équilibres entre ces deux paramètres qui sont intimement liés. On n'est pas à la recherche de la... La performance maximale qu'on cherche à obtenir, en fait, on est plutôt sur un équilibre pour nos clients, parce que finalement, quand même, on gère de l'argent pour compte d'autrui. Me concernant, c'est beaucoup de produits d'épargne qu'on retrouve commercialisés dans différents services de distribution. Donc, quelque part derrière, c'est un peu Monsieur Tout-le-Monde qui est potentiellement investi dans les produits que je gère. Et donc, on va vraiment comprendre un peu les profils de nos clients. Et en fonction de ça, on va adapter notre prise de risque et derrière, la performance qu'on va chercher à avoir.
Du coup, tu gères l'argent de Monsieur Tout-le-Monde, comme tu viens de le dire. Qu'est-ce qui te fait accepter de prendre du risque alors qu'on t'a confié cet argent qui, quand même, va pour l'avenir de quelqu'un, une épargne, un patrimoine, etc.
Alors effectivement, c'est toujours assez délicat, c'est sujet d'argent, parce que ça peut très vite devenir assez émotionnel. Notre métier de gérant, c'est vraiment à la base de prendre le risque à la place de nos clients et de placer cet argent de manière à chercher la performance la meilleure qu'ils puissent avoir au regard des souhaits en termes de prise de risque qu'ils sont prêts à accepter. Il y a une importance importante sur bien se connaître soi-même, à la fois côté client, il ne faut pas se mentir, pour avoir de la performance il faut prendre du risque, le risque ça génère des émotions. Un exemple c'est que souvent quand on gagne 10% ou quand on perd 10%, la sensibilité qu'on va avoir ne va pas être la même en réalité. Et donc si on commence à avoir trop de biais affectifs qui rentrent souvent dans les phases de baisse, donc dans les moins 10, on peut se retrouver à faire des choses qui seraient trop empreintes d'éléments de court terme et qui nous feraient oublier un peu pourquoi on est là et nos objectifs de long terme. Donc mon rôle, c'est un peu de canaliser toute cette pression affective qu'il peut y avoir autour de l'argent et de me concentrer sur l'objectif de long terme pour mes clients. et de savoir rester prudent quand il y a besoin d'être prudent, mais aussi opportuniste quand il y a besoin d'être opportuniste.
Et qu'est-ce qui va peser selon toi sur ta capacité à prendre du risque, en positif ou en négatif ?
Alors, effectivement, c'est une bonne question. La première, c'est avoir une philosophie de gestion, un process de gestion qui soit, on considère, soi-même éprouvé. Donc ça demande quand même une certaine expérience. on connait besoin de quand même Dans une équipe de gestion, d'avoir des gérants qui sont expérimentés, mais pas que. On a besoin aussi d'avoir de la diversité dans l'équipe. Le process, ça va vous permettre, quelque part, de vous sentir dans une zone de confort quand vous prenez vos risques. Vous avez besoin de faire toutes vos analyses, etc. De faire appel à votre technicité que vous avez acquise au fur et à mesure, soit de votre éducation ou de votre expérience. Et ensuite... Ce qu'il faut savoir derrière, c'est que même si on a une intime conviction que telle chose va marcher, que tel placement est intéressant, etc., et qu'on a bien nos objectifs de long terme bien identifiés, la réalité c'est qu'au quotidien on est dans le court terme. Donc le court terme c'est beaucoup d'incertitudes potentiellement, c'est beaucoup de volatilité potentiellement. Donc volatilité ça veut dire que les marchés bougent un peu potentiellement dans tous les sens, surtout quand il y a une actualité qui est dense, comme c'est le cas aujourd'hui avec la nouvelle administration américaine. Donc il va falloir l'appréhender, c'est à nous, gérants, de le faire. Ça peut générer des situations de stress. Le stress, c'est à nous de l'encaisser. Ce n'est pas forcément au client de l'encaisser à notre place. On est là pour ça. Et donc on va avoir des outils d'aide à la décision, des choses assez quantitatives, de manière à casser tous les biais affectifs, comportementaux qu'on peut être subis, parce que la réalité, c'est qu'on est subi à si bel à, même dans la vie en général. On gratte un petit peu à l'intérieur de nous-mêmes. On sait qu'on a plein de biais. Et donc, dans notre métier de gérant, c'est important de bien se connaître, de ne pas en subir les frais. Et donc, de manière derrière, à pouvoir gérer nos risques à court terme, tout en conservant un maximum de potentiel de performance sur le long terme.
Et comment fais-tu, toi, Jean-François, personnellement, pour justement ne pas être impacté comme ça par le stress ? Par des événements qui pourraient te pousser peut-être à prendre de mauvaises décisions, en tout cas des décisions trop rapides et court-termistes, sachant que tu as une vision de long terme. Est-ce que tu as des stratégies en place mentales avec ton équipe ? Est-ce que tu as un rythme de vie que tu dois maintenir pour pouvoir gérer ce stress en continu ?
Effectivement, je suis parti assez vite sur l'idée que, de toute manière, je vais avoir des situations relativement fréquentes où je vais avoir tort. Donc déjà, c'est un bon postulat pour se dire...
La remise en question.
La remise en question va être un concept assez essentiel dans mon métier. Je cite souvent une statistique au niveau du... Parce que j'aime bien faire des parallèles entre le sport de haut niveau et notre métier de gérant qui est quelque part lui-même un métier relativement à haut niveau quand on est dans le domaine professionnel. Si on prend le tennis, par exemple, j'aime bien comparer les statistiques... de deux grands joueurs de tennis. L'un est très connu, Federer. Donc, il faut savoir que Federer, sur l'ensemble de sa carrière, n'a gagné que 54% de ses points lors de ses matchs sur l'intégralité de sa carrière. C'est relativement peu quand on sait qu'il a gagné derrière 80% de ses matchs et qu'il a 20 grands chelèmes à son actif. Ce qui est intéressant, c'est de le comparer à un autre joueur de tennis de très haut niveau. plus proche de chez nous, Gasquet par exemple. Gasquet, lui, il n'est pas exactement à 54%, il est plutôt à 52%. Il y a 2% d'écart, c'est quelque part très peu. Mais à la sortie, quand même, sur la carrière, il y a un écart de 20 grands chelèmes. C'est énorme. C'est pas neutre.
C'est énorme.
C'est énorme. Donc ça veut dire quoi derrière ? C'est qu'on parle d'un niveau de tennis qui est relativement, enfin qui est très élevé. C'est-à-dire qu'en termes de technicité, Tous les joueurs de tennis qui arrivent à ce niveau-là sur le circuit ATP sont d'excellents joueurs de tennis en termes de technicité, il n'y a rien à dire.
Donc ce n'est pas la technique qui fait la différence ?
Ce n'est pas la technique, c'est un bagage initial, mais ce n'est pas là que ça va se jouer au final. En fait, le final, ça va se jouer sur la partie beaucoup plus mentale, sur le fait d'être présent sur certains moments du match, sur des points qui sont plus importants que d'autres, et sur une capacité derrière, donc, pour, si je reviens sur le métier de gérant, à accepter d'avoir raison ou tort à peu près une fois sur deux, sur tous les paris et les positions que tu vas prendre. Quand on dit une fois sur deux, on se dit que c'est quand même beaucoup d'échecs à prévoir potentiellement. Et donc, il faut avoir une capacité, une rigueur à subir le moins possible de pertes, tout en conservant une probabilité d'avoir des gains qui soient le plus récurrent possible.
Donc finalement, le gérant, plutôt que de chercher la performance, il est plus dans la gestion des risques et la limitation des pertes. Et c'est comme ça que, si je comprends bien, sur le long terme, avec la régularité, tu finis par gagner.
Exactement. En fait, le concept de base, et d'ailleurs, je reprends ici une citation qui est... Alors, ça ne va pas être la citation des vieux sages de Yannick Noah, mais quelque chose qui est plus proche de la finance, ça va être Warren Buffett. Deux grands principes à retenir quand on fait de l'investissement. Le premier, c'est de ne pas perdre d'argent. Et le deuxième principe, c'est de ne pas oublier le premier.
Excellent,
excellent. Donc on est vraiment dans cet optique-là. Et en plus, pourquoi c'est important de ne pas perdre d'argent ? Alors bien sûr, on va en perdre, mais il ne faut pas en perdre de manière trop importante, parce que sinon, on va avoir ce qu'on appelle, techniquement parlant, des effets de base qui sont très négatifs. C'est-à-dire que quand vous faites une sous-performance, par exemple, de 50%, donc c'est beaucoup, pour revenir à votre point de départ, il ne faut pas faire plus 50, il faut faire plus 100. Donc on sent qu'on a...
En gros, on rame davantage pour revenir au point initial.
Exactement. Donc ça veut dire qu'on a besoin de se remettre en question, parce que souvent, quand on a pris une position dans le marché, c'est qu'on y croit, donc on a des convictions, et derrière, le fait de dire, ben non, on va réduire la position, parce que peut-être que ce n'était pas une bonne idée, ou peut-être que l'environnement a changé, ou peut-être que... Enfin bref, il peut y en avoir plein des peut-être. Eh ben, il faut avoir cette capacité d'esprit. à renouveler sa pensée, baser davantage sur l'humilité plutôt que sur les convictions, trouver un point d'équilibre entre conviction et humilité de manière à être dans l'apprentissage permanent.
Alors c'est vrai que là, ça va un peu à l'opposé des gérants stars qu'on voit aujourd'hui sur les marchés, beaucoup aux Etats-Unis, des gens qui sont un petit peu encensés. Comment toi tu fais du coup pour te remettre en question ? Est-ce que tu as mis en place des process ou est-ce que c'est un travail personnel pour être en capacité justement de mettre en doute aussi tes choix ?
Alors effectivement, le concept de Gérant Star, il a un peu pris... Moi, quand je suis arrivé dans la gestion, j'avais beaucoup de Gérant Star avant 2008. Donc 2008 a pas mal nettoyé le concept de Gérant Star. Ensuite, on est arrivé sur les process. Et puis est arrivé aussi le monde numérique, l'accès à la donnée, la modélisation, etc. Et de plus en plus, il y a eu un phénomène de profil... La professionnalisation exponentielle du métier, avec de plus en plus d'ingénieurs qui débarquent, des mathématiques, des algorithmes, ça c'est les années 2000, et en particulier à partir de 2008, où la nature, comment travaille le marché, change énormément, ce qui rend le métier de gérant sur sa durée assez complexe. Parce que s'il reste ancré, malgré qu'il ait de l'expérience, sur sa vision des marchés fin 90, début 2000, il va avoir un problème pour évoluer dans les marchés actuels, par exemple. Donc, il y a besoin de s'intéresser en permanence sur comment le marché fonctionne, quels sont les nouveaux moyens de négocier sur les marchés, quels sont les nouveaux acteurs, comment ils sont positionnés, etc. Pour un peu, au maximum, anticiper. Donc, ça veut dire qu'on a besoin de process, mais les process, ça évolue. On a besoin d'évoluer, donc on a besoin, encore une fois, d'être... d'avoir une approche où on remet en question régulièrement. Ça ne veut pas dire qu'on met des coups de marteau régulièrement sur notre manière de travailler, mais c'est plutôt qu'on fait régulièrement des petits réglages.
Tu es dirigeant d'équipe, donc j'imagine que tu as différentes personnalités de gérants sous toi. Est-ce que grâce à ces process, ça permet une uniformisation ou est-ce qu'il y a vraiment des gérants qui vont être beaucoup plus preneurs de risques, d'autres qui vont être beaucoup plus... À la recherche de la sécurité, comment tu vois la diversité, en tout cas à ce niveau-là, au sein de ton équipe, ou en tout cas de tes équipes que tu as pu gérer par le passé ?
Alors effectivement, quand j'ai recruté des gérants, des stratégistes, des analystes, j'ai toujours misé sur cette notion de diversité. Pour moi, ça me paraît essentiel de pouvoir enrichir au maximum une équipe de gestion, et je pense que ça s'applique à... à plein de domaines, pas juste à la gestion, de manière à ne jamais être dans un phénomène de statu quo ou pire encore, de biais où on a tendance à aimer être entre soi, donc avoir une tendance à recruter des personnes qui sont comme nous, qui vont penser comme nous, et ça va être agréable au quotidien parce qu'on va bien s'entendre. Donc il faut accepter d'aller prendre des éléments qui vont... pertinemment ne pas penser comme nous, et il faut réussir à en tirer le meilleur, ce qui est compliqué.
Tout le rôle du manager, finalement.
Exactement, parce qu'en fait, soit on arrive sur des blocs au sein de l'équipe qui ont un mal fou à communiquer les uns aux autres. Donc ça, effectivement, ça va être le travail de management. Donc ce qu'on fait, et ce que je tends à pratiquer, c'est d'avoir des temps sur l'année où on fait des retraites. On ne va pas au cloître, je vous rassure. Mais on prend du temps entre nous et à chaque année il y a des thématiques. L'an dernier c'était pas mal orienté sur les biais comportementaux et donc il y a eu des questionnaires qui leur ont été soumis. Et c'était intéressant parce que c'est là où on voit que la prise de décision, les déclencheurs ne sont pas les mêmes d'un gérant à un autre. Le but c'est de comprendre quelque part la personne qui est en face de vous qui pense l'inverse de ce que vous pouvez penser. Et après, le boulot du management, en tout cas sur la partie gestion, je ne cherche pas le consensus. Si je change le consensus, il y a forte chance que je ne l'ai pas. Et si j'ai des camps opposés, au final, je ne fais rien. Alors que l'essence même du métier de gérant, j'en reviens au démarrage, c'est de prendre du risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous n'aurez pas de perf. Vous ne serez peut-être pas embêté, mais au bout d'un moment, ça va devenir compliqué. Et quand vous prenez du risque, il y a le taux d'échec qui peut être là quand même. On l'avait vu précédemment. Donc, c'est là où, pour le coup, je fais ces temps de retraite de manière à ce que tout le monde soit un peu dans cette dynamique-là. Et c'est comme ça qu'on progresse.
Génial, merci Jean-François. Si tu as un conseil ou une chose à dire à nos auditeurs aujourd'hui pour conclure ce podcast, quel serait-il sur ce sujet de la performance et de la prise de risque ?
Mon premier conseil, c'est qu'on parle d'investissement. Il faut commencer tôt parce que le temps est vraiment un ami dans ce domaine-là. à Tidis L'illustration, si vous placez par exemple, vous cherchez à avoir un capital à l'issue de votre retraite, ou peu importe, pour les études de vos enfants, pour avoir à peu près 200 000 euros à certains horizons, moyennant un taux de 5% disons à analyser, si vous y prenez sur 10 ans, il va falloir mettre à peu près 1300 euros par mois pour atteindre cette somme-là. Si vous prenez plutôt 40 ans, vous allez être plutôt à 130 euros par mois.
Toujours le principe de ramer beaucoup pour remonter le point final. Oui,
exactement. Le temps, c'est vraiment un ami. C'est un premier concept qui est important à intégrer. C'est que ça se prépare. Le plus tôt on commence, le mieux c'est. Le deuxième, ça va être de bien se connaître en tant qu'investisseur. Il ne faut pas se mentir. Même si on voit partir des actions qui prennent des pourcentages incroyables. Pire encore, du bitcoin, pour l'instant, tout le monde en parle. Donc, ça peut monter beaucoup, mais ça peut baisser beaucoup. Donc, il faut aussi être en acceptation de gérer cette volatilité. Si ce n'est pas le cas, probablement qu'à la sortie, il y aura un drame. Donc, l'importance de bien se connaître, pour moi, c'est le deuxième point. Et le troisième, c'est s'éduquer. C'est s'éduquer parce que l'éducation financière, ça va vous servir toute votre vie. Même si vous n'êtes pas dans la finance, mais de toute manière, vous touchez des salaires, etc. Vous avez besoin de vous faire un patrimoine, etc. Vous avez besoin de comprendre au-delà de simplement suivre des conseils ou ce que vous voyez dans la presse. Vous avez besoin de vous forger votre propre avis. Donc l'éducation financière, pour moi, c'est quelque chose d'essentiel.
Merci Jean-François.
Merci.
A bientôt. Vous venez d'écouter Dans la tête d'un gérant, un podcast produit par Parlons Épargne, Biofi Invest. Ce contenu ne constitue en aucun cas... un conseil en investissement à l'achat ou à la vente de titres ou de placements financiers. Pour ne manquer aucun épisode, suivez-nous sur LinkedIn et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. Et n'oubliez pas, les meilleurs investisseurs sont ceux qui se connaissent eux-mêmes.
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Entretien avec Jean-François Fossé, gérant multiactifs Ofi Invest AM
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Bienvenue dans La Tête d'un Gérant, le podcast qui explore les coulisses de la gestion d'actifs. Je m'appelle Lisa Pacro et j'interview les gérants qui pilotent les portefeuilles financiers pour mieux comprendre leur façon de penser. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Jean-François Fossé pour parler prise de risque, humilité et remise en question. Alors c'est parti, entrons dans La Tête d'un Gérant. Bonjour Jean-François.
Bonjour Lisa.
Tu es gérant de portefeuille sur les marchés financiers, ça fait combien de temps que tu officies ?
Pas loin de 20 ans maintenant. Alors j'ai pas fait que de la gestion, mais ça a occupé une bonne partie de mon expérience.
T'as fait quoi d'autre ?
J'ai fait du marketing, un peu de vente.
Et donc t'es arrivé avec le temps à la gestion de portefeuille, en quelle année à peu près ?
Fin 2007, donc pas loin des grands moments qu'on a connus en 2008.
On fait une bonne petite intro puisqu'on va parler de risque et de performance. C'est vrai que 2007-2008, des années très compliquées sur les marchés financiers, tu as quand même commencé dans le dur. Aujourd'hui, on peut dire que le risque et la recherche de performance, c'est inhérent au métier de gérant. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Oui, effectivement. Peut-être qu'il y a un biais par le fait que j'ai commencé, effectivement, juste avant la grande crise financière. Pour le coup, j'ai mis un certain temps à voir la performance. J'ai plutôt vu le risque dans un premier temps, puisque la crise s'est étalée sur quasiment l'intégralité de l'année 2008. Mais oui, tu as raison, la performance ne peut pas être dissociée du risque. Le métier du gérant, c'est de trouver les bons équilibres entre ces deux paramètres qui sont intimement liés. On n'est pas à la recherche de la... La performance maximale qu'on cherche à obtenir, en fait, on est plutôt sur un équilibre pour nos clients, parce que finalement, quand même, on gère de l'argent pour compte d'autrui. Me concernant, c'est beaucoup de produits d'épargne qu'on retrouve commercialisés dans différents services de distribution. Donc, quelque part derrière, c'est un peu Monsieur Tout-le-Monde qui est potentiellement investi dans les produits que je gère. Et donc, on va vraiment comprendre un peu les profils de nos clients. Et en fonction de ça, on va adapter notre prise de risque et derrière, la performance qu'on va chercher à avoir.
Du coup, tu gères l'argent de Monsieur Tout-le-Monde, comme tu viens de le dire. Qu'est-ce qui te fait accepter de prendre du risque alors qu'on t'a confié cet argent qui, quand même, va pour l'avenir de quelqu'un, une épargne, un patrimoine, etc.
Alors effectivement, c'est toujours assez délicat, c'est sujet d'argent, parce que ça peut très vite devenir assez émotionnel. Notre métier de gérant, c'est vraiment à la base de prendre le risque à la place de nos clients et de placer cet argent de manière à chercher la performance la meilleure qu'ils puissent avoir au regard des souhaits en termes de prise de risque qu'ils sont prêts à accepter. Il y a une importance importante sur bien se connaître soi-même, à la fois côté client, il ne faut pas se mentir, pour avoir de la performance il faut prendre du risque, le risque ça génère des émotions. Un exemple c'est que souvent quand on gagne 10% ou quand on perd 10%, la sensibilité qu'on va avoir ne va pas être la même en réalité. Et donc si on commence à avoir trop de biais affectifs qui rentrent souvent dans les phases de baisse, donc dans les moins 10, on peut se retrouver à faire des choses qui seraient trop empreintes d'éléments de court terme et qui nous feraient oublier un peu pourquoi on est là et nos objectifs de long terme. Donc mon rôle, c'est un peu de canaliser toute cette pression affective qu'il peut y avoir autour de l'argent et de me concentrer sur l'objectif de long terme pour mes clients. et de savoir rester prudent quand il y a besoin d'être prudent, mais aussi opportuniste quand il y a besoin d'être opportuniste.
Et qu'est-ce qui va peser selon toi sur ta capacité à prendre du risque, en positif ou en négatif ?
Alors, effectivement, c'est une bonne question. La première, c'est avoir une philosophie de gestion, un process de gestion qui soit, on considère, soi-même éprouvé. Donc ça demande quand même une certaine expérience. on connait besoin de quand même Dans une équipe de gestion, d'avoir des gérants qui sont expérimentés, mais pas que. On a besoin aussi d'avoir de la diversité dans l'équipe. Le process, ça va vous permettre, quelque part, de vous sentir dans une zone de confort quand vous prenez vos risques. Vous avez besoin de faire toutes vos analyses, etc. De faire appel à votre technicité que vous avez acquise au fur et à mesure, soit de votre éducation ou de votre expérience. Et ensuite... Ce qu'il faut savoir derrière, c'est que même si on a une intime conviction que telle chose va marcher, que tel placement est intéressant, etc., et qu'on a bien nos objectifs de long terme bien identifiés, la réalité c'est qu'au quotidien on est dans le court terme. Donc le court terme c'est beaucoup d'incertitudes potentiellement, c'est beaucoup de volatilité potentiellement. Donc volatilité ça veut dire que les marchés bougent un peu potentiellement dans tous les sens, surtout quand il y a une actualité qui est dense, comme c'est le cas aujourd'hui avec la nouvelle administration américaine. Donc il va falloir l'appréhender, c'est à nous, gérants, de le faire. Ça peut générer des situations de stress. Le stress, c'est à nous de l'encaisser. Ce n'est pas forcément au client de l'encaisser à notre place. On est là pour ça. Et donc on va avoir des outils d'aide à la décision, des choses assez quantitatives, de manière à casser tous les biais affectifs, comportementaux qu'on peut être subis, parce que la réalité, c'est qu'on est subi à si bel à, même dans la vie en général. On gratte un petit peu à l'intérieur de nous-mêmes. On sait qu'on a plein de biais. Et donc, dans notre métier de gérant, c'est important de bien se connaître, de ne pas en subir les frais. Et donc, de manière derrière, à pouvoir gérer nos risques à court terme, tout en conservant un maximum de potentiel de performance sur le long terme.
Et comment fais-tu, toi, Jean-François, personnellement, pour justement ne pas être impacté comme ça par le stress ? Par des événements qui pourraient te pousser peut-être à prendre de mauvaises décisions, en tout cas des décisions trop rapides et court-termistes, sachant que tu as une vision de long terme. Est-ce que tu as des stratégies en place mentales avec ton équipe ? Est-ce que tu as un rythme de vie que tu dois maintenir pour pouvoir gérer ce stress en continu ?
Effectivement, je suis parti assez vite sur l'idée que, de toute manière, je vais avoir des situations relativement fréquentes où je vais avoir tort. Donc déjà, c'est un bon postulat pour se dire...
La remise en question.
La remise en question va être un concept assez essentiel dans mon métier. Je cite souvent une statistique au niveau du... Parce que j'aime bien faire des parallèles entre le sport de haut niveau et notre métier de gérant qui est quelque part lui-même un métier relativement à haut niveau quand on est dans le domaine professionnel. Si on prend le tennis, par exemple, j'aime bien comparer les statistiques... de deux grands joueurs de tennis. L'un est très connu, Federer. Donc, il faut savoir que Federer, sur l'ensemble de sa carrière, n'a gagné que 54% de ses points lors de ses matchs sur l'intégralité de sa carrière. C'est relativement peu quand on sait qu'il a gagné derrière 80% de ses matchs et qu'il a 20 grands chelèmes à son actif. Ce qui est intéressant, c'est de le comparer à un autre joueur de tennis de très haut niveau. plus proche de chez nous, Gasquet par exemple. Gasquet, lui, il n'est pas exactement à 54%, il est plutôt à 52%. Il y a 2% d'écart, c'est quelque part très peu. Mais à la sortie, quand même, sur la carrière, il y a un écart de 20 grands chelèmes. C'est énorme. C'est pas neutre.
C'est énorme.
C'est énorme. Donc ça veut dire quoi derrière ? C'est qu'on parle d'un niveau de tennis qui est relativement, enfin qui est très élevé. C'est-à-dire qu'en termes de technicité, Tous les joueurs de tennis qui arrivent à ce niveau-là sur le circuit ATP sont d'excellents joueurs de tennis en termes de technicité, il n'y a rien à dire.
Donc ce n'est pas la technique qui fait la différence ?
Ce n'est pas la technique, c'est un bagage initial, mais ce n'est pas là que ça va se jouer au final. En fait, le final, ça va se jouer sur la partie beaucoup plus mentale, sur le fait d'être présent sur certains moments du match, sur des points qui sont plus importants que d'autres, et sur une capacité derrière, donc, pour, si je reviens sur le métier de gérant, à accepter d'avoir raison ou tort à peu près une fois sur deux, sur tous les paris et les positions que tu vas prendre. Quand on dit une fois sur deux, on se dit que c'est quand même beaucoup d'échecs à prévoir potentiellement. Et donc, il faut avoir une capacité, une rigueur à subir le moins possible de pertes, tout en conservant une probabilité d'avoir des gains qui soient le plus récurrent possible.
Donc finalement, le gérant, plutôt que de chercher la performance, il est plus dans la gestion des risques et la limitation des pertes. Et c'est comme ça que, si je comprends bien, sur le long terme, avec la régularité, tu finis par gagner.
Exactement. En fait, le concept de base, et d'ailleurs, je reprends ici une citation qui est... Alors, ça ne va pas être la citation des vieux sages de Yannick Noah, mais quelque chose qui est plus proche de la finance, ça va être Warren Buffett. Deux grands principes à retenir quand on fait de l'investissement. Le premier, c'est de ne pas perdre d'argent. Et le deuxième principe, c'est de ne pas oublier le premier.
Excellent,
excellent. Donc on est vraiment dans cet optique-là. Et en plus, pourquoi c'est important de ne pas perdre d'argent ? Alors bien sûr, on va en perdre, mais il ne faut pas en perdre de manière trop importante, parce que sinon, on va avoir ce qu'on appelle, techniquement parlant, des effets de base qui sont très négatifs. C'est-à-dire que quand vous faites une sous-performance, par exemple, de 50%, donc c'est beaucoup, pour revenir à votre point de départ, il ne faut pas faire plus 50, il faut faire plus 100. Donc on sent qu'on a...
En gros, on rame davantage pour revenir au point initial.
Exactement. Donc ça veut dire qu'on a besoin de se remettre en question, parce que souvent, quand on a pris une position dans le marché, c'est qu'on y croit, donc on a des convictions, et derrière, le fait de dire, ben non, on va réduire la position, parce que peut-être que ce n'était pas une bonne idée, ou peut-être que l'environnement a changé, ou peut-être que... Enfin bref, il peut y en avoir plein des peut-être. Eh ben, il faut avoir cette capacité d'esprit. à renouveler sa pensée, baser davantage sur l'humilité plutôt que sur les convictions, trouver un point d'équilibre entre conviction et humilité de manière à être dans l'apprentissage permanent.
Alors c'est vrai que là, ça va un peu à l'opposé des gérants stars qu'on voit aujourd'hui sur les marchés, beaucoup aux Etats-Unis, des gens qui sont un petit peu encensés. Comment toi tu fais du coup pour te remettre en question ? Est-ce que tu as mis en place des process ou est-ce que c'est un travail personnel pour être en capacité justement de mettre en doute aussi tes choix ?
Alors effectivement, le concept de Gérant Star, il a un peu pris... Moi, quand je suis arrivé dans la gestion, j'avais beaucoup de Gérant Star avant 2008. Donc 2008 a pas mal nettoyé le concept de Gérant Star. Ensuite, on est arrivé sur les process. Et puis est arrivé aussi le monde numérique, l'accès à la donnée, la modélisation, etc. Et de plus en plus, il y a eu un phénomène de profil... La professionnalisation exponentielle du métier, avec de plus en plus d'ingénieurs qui débarquent, des mathématiques, des algorithmes, ça c'est les années 2000, et en particulier à partir de 2008, où la nature, comment travaille le marché, change énormément, ce qui rend le métier de gérant sur sa durée assez complexe. Parce que s'il reste ancré, malgré qu'il ait de l'expérience, sur sa vision des marchés fin 90, début 2000, il va avoir un problème pour évoluer dans les marchés actuels, par exemple. Donc, il y a besoin de s'intéresser en permanence sur comment le marché fonctionne, quels sont les nouveaux moyens de négocier sur les marchés, quels sont les nouveaux acteurs, comment ils sont positionnés, etc. Pour un peu, au maximum, anticiper. Donc, ça veut dire qu'on a besoin de process, mais les process, ça évolue. On a besoin d'évoluer, donc on a besoin, encore une fois, d'être... d'avoir une approche où on remet en question régulièrement. Ça ne veut pas dire qu'on met des coups de marteau régulièrement sur notre manière de travailler, mais c'est plutôt qu'on fait régulièrement des petits réglages.
Tu es dirigeant d'équipe, donc j'imagine que tu as différentes personnalités de gérants sous toi. Est-ce que grâce à ces process, ça permet une uniformisation ou est-ce qu'il y a vraiment des gérants qui vont être beaucoup plus preneurs de risques, d'autres qui vont être beaucoup plus... À la recherche de la sécurité, comment tu vois la diversité, en tout cas à ce niveau-là, au sein de ton équipe, ou en tout cas de tes équipes que tu as pu gérer par le passé ?
Alors effectivement, quand j'ai recruté des gérants, des stratégistes, des analystes, j'ai toujours misé sur cette notion de diversité. Pour moi, ça me paraît essentiel de pouvoir enrichir au maximum une équipe de gestion, et je pense que ça s'applique à... à plein de domaines, pas juste à la gestion, de manière à ne jamais être dans un phénomène de statu quo ou pire encore, de biais où on a tendance à aimer être entre soi, donc avoir une tendance à recruter des personnes qui sont comme nous, qui vont penser comme nous, et ça va être agréable au quotidien parce qu'on va bien s'entendre. Donc il faut accepter d'aller prendre des éléments qui vont... pertinemment ne pas penser comme nous, et il faut réussir à en tirer le meilleur, ce qui est compliqué.
Tout le rôle du manager, finalement.
Exactement, parce qu'en fait, soit on arrive sur des blocs au sein de l'équipe qui ont un mal fou à communiquer les uns aux autres. Donc ça, effectivement, ça va être le travail de management. Donc ce qu'on fait, et ce que je tends à pratiquer, c'est d'avoir des temps sur l'année où on fait des retraites. On ne va pas au cloître, je vous rassure. Mais on prend du temps entre nous et à chaque année il y a des thématiques. L'an dernier c'était pas mal orienté sur les biais comportementaux et donc il y a eu des questionnaires qui leur ont été soumis. Et c'était intéressant parce que c'est là où on voit que la prise de décision, les déclencheurs ne sont pas les mêmes d'un gérant à un autre. Le but c'est de comprendre quelque part la personne qui est en face de vous qui pense l'inverse de ce que vous pouvez penser. Et après, le boulot du management, en tout cas sur la partie gestion, je ne cherche pas le consensus. Si je change le consensus, il y a forte chance que je ne l'ai pas. Et si j'ai des camps opposés, au final, je ne fais rien. Alors que l'essence même du métier de gérant, j'en reviens au démarrage, c'est de prendre du risque. Si vous ne prenez pas de risque, vous n'aurez pas de perf. Vous ne serez peut-être pas embêté, mais au bout d'un moment, ça va devenir compliqué. Et quand vous prenez du risque, il y a le taux d'échec qui peut être là quand même. On l'avait vu précédemment. Donc, c'est là où, pour le coup, je fais ces temps de retraite de manière à ce que tout le monde soit un peu dans cette dynamique-là. Et c'est comme ça qu'on progresse.
Génial, merci Jean-François. Si tu as un conseil ou une chose à dire à nos auditeurs aujourd'hui pour conclure ce podcast, quel serait-il sur ce sujet de la performance et de la prise de risque ?
Mon premier conseil, c'est qu'on parle d'investissement. Il faut commencer tôt parce que le temps est vraiment un ami dans ce domaine-là. à Tidis L'illustration, si vous placez par exemple, vous cherchez à avoir un capital à l'issue de votre retraite, ou peu importe, pour les études de vos enfants, pour avoir à peu près 200 000 euros à certains horizons, moyennant un taux de 5% disons à analyser, si vous y prenez sur 10 ans, il va falloir mettre à peu près 1300 euros par mois pour atteindre cette somme-là. Si vous prenez plutôt 40 ans, vous allez être plutôt à 130 euros par mois.
Toujours le principe de ramer beaucoup pour remonter le point final. Oui,
exactement. Le temps, c'est vraiment un ami. C'est un premier concept qui est important à intégrer. C'est que ça se prépare. Le plus tôt on commence, le mieux c'est. Le deuxième, ça va être de bien se connaître en tant qu'investisseur. Il ne faut pas se mentir. Même si on voit partir des actions qui prennent des pourcentages incroyables. Pire encore, du bitcoin, pour l'instant, tout le monde en parle. Donc, ça peut monter beaucoup, mais ça peut baisser beaucoup. Donc, il faut aussi être en acceptation de gérer cette volatilité. Si ce n'est pas le cas, probablement qu'à la sortie, il y aura un drame. Donc, l'importance de bien se connaître, pour moi, c'est le deuxième point. Et le troisième, c'est s'éduquer. C'est s'éduquer parce que l'éducation financière, ça va vous servir toute votre vie. Même si vous n'êtes pas dans la finance, mais de toute manière, vous touchez des salaires, etc. Vous avez besoin de vous faire un patrimoine, etc. Vous avez besoin de comprendre au-delà de simplement suivre des conseils ou ce que vous voyez dans la presse. Vous avez besoin de vous forger votre propre avis. Donc l'éducation financière, pour moi, c'est quelque chose d'essentiel.
Merci Jean-François.
Merci.
A bientôt. Vous venez d'écouter Dans la tête d'un gérant, un podcast produit par Parlons Épargne, Biofi Invest. Ce contenu ne constitue en aucun cas... un conseil en investissement à l'achat ou à la vente de titres ou de placements financiers. Pour ne manquer aucun épisode, suivez-nous sur LinkedIn et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. Et n'oubliez pas, les meilleurs investisseurs sont ceux qui se connaissent eux-mêmes.
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