- Speaker #0
Cette nuit, quelque chose d'assez extraordinaire va se produire. A 2h du matin, il sera 3h. Une heure entière va disparaître, pas ralentir, pas passer plus vite, disparaître. Personne ne vivra entre 2h et 3h du matin. Les trains, les ordinateurs, les téléphones, les réveils. Tout le monde acceptera collectivement qu'une heure de notre vie n'a simplement jamais existé. Et quelques mois plus tard, on fera exactement l'inverse. A 3h, il sera de nouveau 2h. Cette fois, une heure se répétera. Vous pourrez donc théoriquement prendre un café à 2h30 du matin, et en reprendre un autre, une heure plus tard, à 2h30 du matin.
- Speaker #1
Techniquement, vous pourriez surtout profiter de l'occasion pour dormir.
- Speaker #0
Ah, tu es déjà là toi.
- Speaker #1
Tu m'as branché au début du podcast.
- Speaker #0
C'est vrai, bon. On fera les présentations dans une minute, parce que derrière ce petit rituel que nous accomplissons deux fois par an, se cache une histoire beaucoup plus étrange qu'on ne pourrait le penser. Une histoire avec Benjamin Franklin, des chasseurs d'insectes, des guerres mondiales, des pénuries de charbon, des trains qui ne savent plus quelle heure il est, Et un choc pétrolier, et même une réforme européenne qui devait supprimer le changement d'heure en 2021. Nous sommes bien plus tard et nous changeons toujours d'heure. Les amis, il est temps de parler histoire. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue. Si vous connaissiez déjà Parlons Histoire sur Youtube, vous connaissez probablement ma voix. Et peut-être même que certains parmi vous connaissent cette histoire. Parce que le changement d'heure, c'était le sujet de la toute première vidéo de la chaîne, il y a 12 ans. Alors, pour lancer ce podcast, j'avais envie de revenir au commencement. Même sujet, mais toute nouvelle version, nouvelle enquête, et surtout nouveau média. Ici, pas d'image, pas de carte, qui apparaissent derrière moi, pas de photographie, juste vous, moi et lui.
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Sur YouTube, certains le connaissent sous la forme d'une petite télévision tout droit sortie des années 1980. Évidemment, dans un podcast, une télévision...
- Speaker #1
C'est particulièrement inutile.
- Speaker #0
Voilà. Alors il s'est reconverti. Désormais, ce sera le transistor. Il apparaîtra de temps en temps pour apporter un chiffre, un détail, une anecdote.
- Speaker #1
Ou pour corriger tes approximations.
- Speaker #0
Vous voyez que sa personnalité n'a pas changé par contre. Et aujourd'hui, notre histoire commence par une question extrêmement simple. Pourquoi avons-nous décidé de changer l'heure ? Parce que, contrairement à une idée assez répandue, ce n'est pas pour les agriculteurs. Ce n'est pas non plus parce que la Terre tourne différemment en été. Et non, Benjamin Franklin n'a pas vraiment inventé le changement d'heure. Mais pour comprendre tout cela, il faut commencer par quelque chose que nous avons complètement oublié. Pendant l'essentiel de l'histoire humaine, l'heure n'était pas la même partout. Imaginez un monde sans téléphone, sans montre, connecté, sans radio, sans horloge. Vous habitez un village, pour savoir l'heure, vous regardez le soleil. Quand il atteint son point le plus haut dans le ciel, il est midi. Simple. Le problème, c'est qu'au village situé quelques dizaines de kilomètres plus à l'ouest, le soleil atteint son point le plus haut un peu plus tard. Et pendant très longtemps, tout le monde s'en fiche. Parce que personne n'a besoin que Strasbourg, Paris, Brest et Bordeaux soient synchronisés à la seconde près. Votre vie se déroule essentiellement autour de vous. Les gars du village d'à côté, ce sont déjà des étrangers pour vous. L'heure est locale. Puis arrive le 19e siècle et avec lui, le chemin de fer. Tout à coup, avoir une heure différente dans chaque ville devient légèrement problématique. Essayez d'imaginer un indicateur ferroviaire dans lequel chaque gare utilise sa propre heure solaire. Votre train part à 14h12 heure de Paris, arrive à 16h03 heure de tour avant de repartir à 16h08, mais selon une heure différente de celle indiquée sur votre montre. Très vite, les états vont donc normaliser l'heure. Puis les télécommunications vont encore renforcer cette nécessité. Le temps devient une infrastructure, quelque chose qu'il faut organiser, découper, uniformiser. Et une fois qu'un gouvernement peut décider collectivement de l'heure qu'il est, Une idée nouvelle devient possible. Pourquoi ne pas décider qu'il ait une autre heure ? Mais celui qu'on présente souvent comme le premier à avoir eu cette idée, ne l'a en réalité jamais proposé. Direction Paris. Benjamin Franklin a alors 78 ans. Il est à Paris comme représentant des jeunes Etats-Unis d'Amérique. Franklin est scientifique, diplomate, inventeur, écrivain, et apparemment pas vraiment du matin. Un jour, il raconte s'être couché aux alentours de 3 ou 4 heures. Mais vers 6h du matin, un bruit le réveille. Franklin ouvre les yeux et découvre sa chambre baignée de lumière. Il pense d'abord qu'on a allumé une nouvelle lampe. Puis, il regarde par la fenêtre. Le soleil se lève le matin ! Alors, je suis ironique évidemment. Franklin réalise par contre alors quelque chose. Tous ces parisiens qui se couchent tard et dorment une partie de la matinée utilisent ensuite des bougies le soir, alors qu'il suffirait de se lever plus tôt. Il y rédige une lettre publiée dans le journal de Paris en avril 1784. Et elle est délicieuse. Franklin calcule très sérieusement combien de cire et de suif Paris pourrait économiser si ses habitants profitaient davantage de la lumière du matin. Il arrive à une économie théorique de plus de 96 millions de livres tournois. Et pour convaincre les parisiens qui souhaiteraient faire la grasse matinée, taxer les volets, limiter les ventes de chandelles, faire sonner les cloches au lever du soleil. Et si vraiment les dormeurs refusent toujours de sortir de leur lit, tirer au canon dans les rues.
- Speaker #1
Une méthode douce.
- Speaker #0
Très. Mais il y a un détail fondamental. Franklin ? ne propose absolument pas de déplacer les aiguilles des horloges. Son idée, c'est essentiellement, couchez-vous plus tôt et levez-vous plus tôt. Son texte est d'ailleurs largement satirique en fait. Donc, lorsque vous lirez quelque part, Benjamin Franklin a inventé l'heure des temps en 1784, vous saurez que c'est une simplification. Il a posé le problème, pas inventé une solution.
- Speaker #1
Donc, pour résumer, l'homme à qui l'on attribue l'invention du changement d'heure, ne voulait pas changer d'heure.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Ça commence bien !
- Speaker #0
Il va encore falloir attendre plus d'un siècle avant que quelqu'un ne propose sérieusement de toucher aux horloges. Et l'homme qui va le faire a une motivation inattendue. Il veut attraper des insectes ! Nous sommes en Nouvelle-Zélande. George Vernon Hudson est entomologiste, un passionné d'insectes. Mais il travaille également avec des horaires qui lui font particulièrement apprécier les longues soirées lumineuses. Plus il y a de soleil après le travail, plus il peut partir observer et collectionner ses insectes. Hudson imagine donc une solution radicale. Pendant une partie de l'année, avancer les horloges de deux heures. Pas une, deux ! Il présente son idée à la Wellington Philosophical Society le 16 octobre 1895. Et l'accueil n'est pas vraiment triomphal. Certains trouvent l'idée assez absurde. Mais Hudson vient pourtant de formuler l'un des premiers véritables projets modernes d'heures saisonnières. Cette fois, on ne demande plus aux individus de changer leurs habitudes. On change directement l'heure officielle. Et ça, c'est une révolution conceptuelle, parce que réfléchissez-y. L'heure indique normalement le moment de la journée. Hudson propose exactement l'inverse. On va modifier l'heure pour modifier notre comportement. Le soleil, lui, il ne bouge pas évidemment d'une seconde. Nous décidons simplement que lorsqu'il est par exemple 6 heures selon l'ancien système, nous appellerons désormais cela 7 heures. Et toute la société suivra. Hudson ne réussit pas à imposer son projet, mais quelques années plus tard, à l'autre bout du monde, un britannique va reprendre le combat, William Willett. 1907. William Willett est entrepreneur dans le bâtiment. Et il est obsédé par une idée. Nous gaspillons la lumière. Il publie un petit texte dont le titre résume parfaitement son raisonnement. The Waste of Daylight. Le gaspillage de la lumière du jour. Willett constate qu'au printemps et en été, le soleil éclaire déjà depuis longtemps, alors qu'une grande partie de la population dort encore. En revanche, le soir, lorsque les gens disposent enfin de temps libre, la lumière décline. Donc, déplaçons les aiguilles. Mais Willett trouve visiblement qu'une heure d'un seul coup serait beaucoup trop simple. Son projet prévoit d'avancer l'heure de 20 minutes, puis encore 20 minutes la semaine suivante, puis encore 20, puis encore 20, soit 4 changements successifs pour atteindre un décalage de 80 minutes. Et à l'automne, on recommence dans l'autre sens.
- Speaker #1
Et oui, changement d'heure par an ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et vous trouvez notre système actuel pénible ?
- Speaker #0
Vu comme ça...
- Speaker #1
Imaginez expliquer à quelqu'un, attention dimanche prochain à 2h, il sera à 2h20.
- Speaker #0
Pas faux. L'idée de Willett attire pourtant des soutiens. Il fait campagne, des propositions arrivent devant le parlement britannique, mais elles échouent. Willett meurt en 1915 sans avoir vu son projet appliqué. Et son idée aurait peut-être fini dans les curiosités de l'histoire si l'Europe n'était pas entrée en guerre. Parce qu'en 1916, le temps devient soudain une ressource stratégique. La Première Guerre mondiale dure depuis bientôt deux ans. Les économies européennes tournent à plein régime pour alimenter le conflit. Il faut produire, transporter, chauffer, éclairer et surtout économiser le combustible, en particulier le charbon. L'idée de profiter davantage de la lumière naturelle prend tout à coup une dimension beaucoup moins folklorique. Le 30 avril 1916, l'Allemagne devient le premier pays à mettre en place à grande échelle une heure d'été nationale. Cette fois, ce n'est plus un pamphlet, ce n'est plus une société savante néo-zélandaise, ce n'est plus le projet d'un britannique obstiné, on avance réellement les horloges. Et les voisins suivent. En France, un député, André Honora, défend à son tour cette mesure pour économiser le combustible nécessaire à l'effort de guerre. La loi est adoptée le 9 juin 1916. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 14 au 15 juin, à 23h, les français avancent leur montre de 60 minutes. 23h devient minuit. Pour la première fois, une heure disparaît officiellement en France. Et voilà peut-être le moment le plus important de toute notre histoire. Parce que l'heure d'été n'est pas née pour permettre les barbecues jusqu'à 22h. Elle n'est pas née pour les touristes. Elle n'est pas née pour les agriculteurs. Elle naît réellement à grande échelle dans une économie de guerre, pour économiser de l'énergie. Ce motif va revenir. Encore et encore, mais l'histoire française de l'heure va bientôt devenir beaucoup plus étrange. Parce que pendant la seconde guerre mondiale, un train pouvait traverser la France et changer d'heure sans changer de fuseau horaire. 1940, l'armée allemande envahit la France. Et à mesure qu'elle progresse, elle apporte avec elle l'heure allemande. Dans la zone occupée, les horloges sont avancées pour correspondre à l'heure utilisée par l'Allemagne. Mais dans la zone non occupée, on conserve d'abord une autre heure. Résultat ? Pendant un temps, la France est littéralement coupée par l'heure. Paris et Vichy ne vivent pas selon la même horloge. Pour la SNCF, c'est un cauchemar. Imaginez un train passant d'une zone à l'autre, horaires, correspondances, arrivées, départs, il faut gérer une frontière temporelle à l'intérieur même du pays.
- Speaker #1
Le train de 14h12 arrivera à 15h30, à moins que ce soit à
- Speaker #0
14h30. La situation est tellement compliquée que les autorités finissent par uniformiser l'heure. A partir de mai 1941, la zone non occupée s'aligne elle aussi. La France entière vit désormais selon le décalage imposé par l'occupation allemande. Puis vient la libération. Et là, on pourrait penser que tout revient simplement comme avant. Eh bien non. Elle était 1945, la France est encore deux heures en avance sur Greenwich. On retire une heure en septembre, il était prévu d'en retirer une seconde quelques semaines plus tard, afin de revenir à l'ancien système. Mais ce second changement est annulé. Et c'est ainsi que la France reste à GMT plus 1. Aujourd'hui on dit UTC plus 1. Autrement dit, l'heure que nous appelons communément heure d'hiver n'est même pas, pour la France métropolitaine, un simple retour à l'ancien temps solaire français. Nous restons déjà décalés d'environ une heure par rapport au méridien de Greenwich. Et lorsqu'arrive l'heure d'été, nous passons à UTC plus 2.
- Speaker #1
Donc en été, à midi solaire, votre montre peut être déjà largement après-midi.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Les humains ont réussi à rendre midi compliqué.
- Speaker #0
C'est une spécialité. Après-guerre, la France abandonne néanmoins le changement saisonnier pendant environ 30 ans. Plus besoin d'avancer ou de reculer les horloges deux fois par an. Et puis arrive 1973. Octobre 1973. Le premier choc pétrolier bouleverse les économies occidentales. Le prix du pétrole explose. Les gouvernements cherchent partout des moyens de réduire leur consommation énergétique. En France, on limite la vitesse. On encourage les économies de chauffage. On cherche à réduire l'éclairage. Et quelqu'un ressort des cartons une vieille idée. L'heure d'été. Le principe est simple. Si l'on décale artificiellement les activités humaines vers une période où le soleil est encore présent, on peut réduire l'utilisation de l'éclairage artificiel en soirée. Un décret est adopté en septembre 1975, et le dimanche 28 mars 1976, les Français avancent à nouveau leur montre. Pour beaucoup, c'est une nouveauté totale. La dernière expérience régulière appartient à un autre monde. La mesure est présentée dans le contexte de la crise énergétique, et l'on estime alors pouvoir économiser une quantité non négligeable d'énergie, uniquement en décalant nos horaires. Dans les reportages de l'époque, les réactions ressemblent déjà beaucoup à celles que l'on entend aujourd'hui. Certains trouvent formidable de profiter plus longtemps du soleil le soir, d'autres se plaignent d'avoir perdu une heure de sommeil. Les agriculteurs rappellent que les animaux, eux, ne possèdent pas de montre. Les travailleurs frontaliers découvrent les joies du pays qui ne change pas forcément d'heure le même jour.
- Speaker #1
Et la mesure devait être provisoire ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Nous sommes en 2026 ?
- Speaker #0
C'est probablement la partie la plus amusante de l'histoire, parce que le changement d'heure réintroduit après le choc pétrolier va rester. Puis d'autres pays européens adoptent ou réintroduisent eux aussi des systèmes similaires. Mais évidemment, ils ne choisissent pas nécessairement les mêmes dates. Et lorsqu'on commence à faire circuler quotidiennement des millions de personnes, de marchandises, de trains et d'avions à travers l'Europe, ça devient un problème. Alors intervient un acteur qui adore ce genre de problème. La communauté retourne. A partir des années 1980, les Européens commencent à harmoniser leurs pratiques. Parce que chacun peut choisir son fuseau horaire, mais avoir un changement d'heure différent chez chaque voisin rend les transports et les communications franchement pénibles. Progressivement, les calendriers convergent. A partir de 1996, les pays de l'Union utilisent notamment une date commune pour la fin de la période d'heure d'été. Et depuis 2002, le système est stabilisé par les règles européennes que nous connaissons encore aujourd'hui. Donc, toute l'Union Européenne, on passe à l'heure d'été le dernier dimanche de mars, puis on revient à l'heure standard le dernier dimanche d'octobre. En France métropolitaine, UTC+, l'hiver, UTC+, l'été. Simple. Enfin, simple. Jusqu'à ce que des millions d'Européens commencent à se demander « Mais pourquoi est-ce qu'on fait encore ça ? » Parce que, depuis 1976, le monde a changé. L'éclairage a changé. Notre consommation d'énergie a changé. Nos modes de vie ont changé. Les gains énergétiques attribués au changement d'heure sont aujourd'hui considérés comme beaucoup plus modestes. qu'au moment où l'on chauffait et éclairait autrement nos logements. Et parallèlement, les critiques s'accumulent. Sommeil perturbé, rythme biologique, organisation familiale, horaires professionnels, animaux d'élevage. Et surtout, cette impression de fois par an que personne ne sait plus s'il faut avancer ou reculer sa montre. Et à la fin des années 2010, on croit réellement assister au dernier changement d'heure européen. 2018. La Commission européenne organise une immense consultation publique sur le changement d'heure. Plus de 4,6 millions de réponses. Un record pour une consultation européenne à cette époque. Et parmi les participants, 84% demandent la fin du changement semestriel. Le message semble clair. En septembre 2018, la Commission propose donc de mettre fin au système. Puis en mars 2019, le Parlement européen vote à son tour. 410 voix pour, 192 contre, 51 abstentions. Le changement d'heure doit disparaître. L'objectif envisagé, chaque pays doit choisir. Soit conserver définitivement son heure d'été, soit conserver définitivement son heure standard. Un dernier changement est terminé, promis ! Plus jamais besoin de se demander si dimanche prochain on dort une heure de plus ou une heure de moins. Les médias annoncent la fin prochaine du changement d'heure. Les calendriers commencent presque à écrire l'épilogue d'une histoire commencée en 1916. Sauf que 2021 arrive, et nous changeons toujours d'heure. 2022, toujours. 2023, toujours. Etc, etc. Pourquoi ? Parce que supprimer le changement d'heure individuellement, c'est facile. Le supprimer collectivement en Europe, beaucoup moins. Imaginons, la France décide de rester définitivement à l'heure d'été, UTC plus 2. La Belgique choisit la même chose, mais l'Allemagne décide de conserver son heure standard, UTC plus 1. Vous traversez la frontière franco-allemande et vous changez désormais d'heure, toute l'année, à quelques kilomètres de distance. Ajoutez... Les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, la Pologne. Et maintenant, essayer d'organiser les trains internationaux, les vols, les écoles frontalières, les entreprises, les marchés financiers, les programmes télévisés, les livraisons. Le véritable problème n'est donc pas seulement heure d'été ou heure d'hiver. C'est... Est-ce que nos voisins choisissent la même chose que nous ? Et là, les intérêts divergent. Parce qu'entre l'Espagne et la Pologne, le soleil ne se lève évidemment pas au même moment. Une heure permanente qui semble confortable à Brest peut être beaucoup moins séduisante à Varsovie. Les États membres doivent donc parvenir à se coordonner. Et ils n'y sont pas parvenus. Le Conseil de l'Union Européenne n'a toujours pas adopté de position commune permettant de finaliser la réforme. Résultat, la proposition de 2018 existe toujours, mais le système actuel reste en vigueur.
- Speaker #1
Donc nous avons décidé de supprimer le changement d'heure.
- Speaker #0
Le Parlement Européen a approuvé le principe.
- Speaker #1
En
- Speaker #0
2019. Oui.
- Speaker #1
Pour 2021.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et en 2026.
- Speaker #0
Nous changeons toujours d'heure.
- Speaker #1
Formidable.
- Speaker #0
Finalement, ce qui est fascinant dans toute cette histoire, ce n'est peut-être pas le changement d'heure lui-même. C'est ce qu'il révèle de notre rapport au temps. Pendant des millénaires, les humains ont organisé leur journée autour du soleil. Puis nous avons inventé des horloges suffisamment précises pour découper le temps. Nous avons créé des heures locales, puis des heures nationales, des fuseaux horaires, une heure d'été, une heure d'hiver. Et nous avons fini par faire quelque chose d'assez extraordinaire. Nous avons demandé au soleil de s'adapter à nos horaires de travail. Bien sûr, le soleil n'en a rien fait. Alors, nous avons déplacé les aiguilles. Franklin voulait réveiller les parisiens à un coup de canon. Hudson voulait davantage de lumière pour observer ses insectes. Ouellet refusait de voir le jour gaspiller pendant que Londres dormait. Les gouvernements de 1916 voulaient économiser du charbon. Celui de 1976 voulait économiser du pétrole et de l'électricité. Et aujourd'hui ? Nous nous demandons surtout si tout cela en vaut encore la peine. Mais deux fois par an, nous continuons. Une heure disparaît, puis une heure revient. Et peut-être qu'un jour, nous effectuerons réellement notre dernier changement d'heure. Mais si l'histoire de cette mesure nous apprend quelque chose... c'est qu'en matière de temps, le provisoire peut durer très longtemps. Et voilà les amis, c'était le premier épisode de Parlons Histoire, ou plutôt, le premier épisode d'une nouvelle histoire de Parlons Histoire. Douze ans après avoir consacré la toute première vidéo de la chaîne à ce sujet, je trouvais assez logique que notre aventure en podcast commence exactement au même endroit. Si cet épisode vous a plu, vous pouvez suivre Parlons Histoire sur votre application de podcast préférée. C'est le meilleur moyen de ne pas manquer les prochaines histoires. Et si votre plateforme le permet, vous pouvez évidemment aussi laisser une note ou un commentaire. Ça aide énormément un nouveau podcast à trouver ses premiers auditeurs. Quant à nous, on se retrouve très bientôt pour une nouvelle histoire.
- Speaker #1
Tu as oublié quelque chose ? On avance ou on recule la prochaine fois ?
- Speaker #0
A très bientôt, histoire de parler histoire.