- Speaker #0
J'avais besoin de plus de sens pour me lever de 6h du matin jusqu'à 22h. Donc moi j'ai trouvé un sens, ça a été un peu le fil rouge d'ailleurs après pendant mon parcours. Faire accoucher la R&D en business et aider à concrétiser les choses pour qu'elles se pérennisent sur des marchés.
- Speaker #1
C'est ton fil conducteur en fait. Ouais c'est ça.
- Speaker #0
On se rend déjà compte en Europe qu'il y a un déficit de construction. On voyait émerger de l'industrialisation de la construction. C'est-à-dire des éléments de bâtiments qui étaient faits dans des usines, voire carrément des bâtiments complets. 20% des maisons individuelles en Allemagne sont préfabriquées. La Suède c'est 80%.
- Speaker #1
Ce podcast vous est présenté par notre partenaire, la plateforme l'Union des bâtisseurs, je vous en parle juste 30 secondes. C'est une solution nouvelle pour les pros du bâtiment. Vous êtes dans le bâtiment, vous perdez du temps à chercher des chantiers ou à chercher des partenaires fiables. La plateforme Union des bâtisseurs va régler vos problèmes rapidement. C'est une plateforme simple pour trouver de la sous-traitance, remplir votre carnet de commandes et développer votre business. Allez voir par vous-même sur uniondesbâtisseurs.fr Bienvenue dans Parole de bâtisseur, aujourd'hui notre bâtisseur, notre invité principal est Adrien Barbet, c'est un dirigeant du bâtiment comme on voit rarement, un parcours assez étonnant, Dauphine, ESSEC, Banque d'affaires à Paris, à 22 ans il claque la porte, pas assez de sens pour lui, aujourd'hui il dirige ses Saint-Gobain, une unité qui croit de 30% par an dans un marché sinistré et il a une obsession, transformer la façon dont on construit en France et ça change tout, on rejoint tout de suite Adrien, merci. Adrien, bienvenue dans Parle de bâtisseur.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci d'être présent. Je sais que ton temps est précieux et compté. Donc, merci à toi. Je commence tout de suite, Adrien, à 22 ans. Tu me disais que tu étais à Dauphine, Paris-Dauphine. Tu fais des stages en banque d'affaires à Paris. Tu vas finir banquier d'affaires, comme on dit, avec un salaire généreux. Et là, tu décides de tout plaquer. Oui. pour aller bosser dans des usines de plâtre. Quand tu as annoncé ça à tes proches, ils t'ont dit quoi ?
- Speaker #0
Je pense que mes proches m'ont compris. Mais c'est vrai que je suis arrivé à la finance parce que j'étais bon élève à l'école, un peu mateux. Et intellectuellement, ça m'avait intéressé la finance. Et après le bac, j'étais pris à Dauphine. C'était passionnant. Ça coïncidait avec la période des subprimes de la crise financière. Intellectuellement, c'était le moment où la finance était la plus passionnante.
- Speaker #1
T'étais dans l'actualité.
- Speaker #0
Ouais, on était vraiment au cœur de la crise, on voyait les courbes s'affoler, les statistiques, les volatilités que nos chercheurs financiers n'avaient jamais vues. Donc vraiment, c'était un moment chouette. Moi, j'ai fait mon mémoire sur cette crise des subprimes. Mais après ces études, j'ai fait un premier stage en banque d'affaires. Là aussi, ça m'a passionné. C'était vraiment une super école. C'était quelle banque, si on peut la citer ? C'était au Crédit Agricole. Je faisais des fusions acquisitions autour plutôt d'un univers de PME, avec des entrepreneurs. Et donc, j'ai appris plein de trucs. C'était une très bonne formation. Je me suis juste rendu compte à la fin de ce stage que ça ne me faisait pas vraiment vibrer, que je n'y trouvais pas le sens. Je pense que je n'avais pas le moteur de l'argent assez fort chez moi pour bosser vraiment dans ce domaine. J'avais besoin de plus de sens pour me lever de 6h du matin jusqu'à 22h toute la journée et pour bosser. Et tu étais tout jeune ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
j'étais jeune,
- Speaker #1
j'avais 22 ans. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
J'ai fait ce stage assez tôt. Mais ça m'a permis de comprendre que je voulais élargir ma formation au-delà de la finance. Et pour faire ça, j'ai concurru pour des grandes écoles de commerce. Et j'ai eu la chance d'être pris à l'ESSEC. Et là, j'ai pu élargir au marketing, la stratégie. pas mal de domaines.
- Speaker #1
C'était un choix l'ESSEC ou tu avais l'ESSEC HEC ? Oui,
- Speaker #0
j'avais candidaté à plusieurs écoles et l'ESSEC c'était un choix aussi pour la flexibilité qu'ils autorisaient dans le parcours parce que j'étais déjà assez mature, moi je voulais pouvoir commencer à bosser, avoir un emploi du temps une vie ajustable et l'ESSEC permet cette flexibilité et donc en plus du prestige et de la qualité de la formation, il y a cette souplesse qui est vraiment un plus là-bas. Donc j'ai appris des choses plus généralistes et au cours de ce parcours j'ai été attiré par un stage chez Saint-Gobain. Ma génération, moi, des grandes écoles de commerce, c'est trois voies royales, la banque d'affaires que j'avais refusée, le conseil en stratégie. et la tech. C'est vraiment les trois domaines où tous les étudiants vont. Moi, j'ai été attiré par l'industrie, par Saint-Gobain, parce que j'y ai vu un alignement fort entre l'approche vertueuse pour la planète, pour le développement durable, et l'opportunité de business qui est énorme dans ce groupe.
- Speaker #1
C'est une sensibilité, l'aspect environnemental, pour toi ?
- Speaker #0
Oui, en fait, comme je le disais, la banque d'affaires, je n'ai pas trouvé de sens, mais j'avais besoin de trouver un sens. Moi, j'étais déjà dans cette recherche. En 2009, je voulais que mon activité soit alignée avec quelque chose qui ait du sens. D'accord,
- Speaker #1
une cohérence quoi.
- Speaker #0
Je cherchais le business, j'ai toujours voulu le sens mais avec le business, que pour moi c'est ça qui pérennise.
- Speaker #1
Ce qui n'est pas incompatible.
- Speaker #0
Oui, ce qui n'est pas incompatible et particulièrement chez Saint-Gobain parce que c'est l'alignement parfait entre ce sens et l'opportunité business. C'était un stage aussi en fusion acquisition, j'ai pu exercer un peu mon domaine de compétence auprès des dirigeants et puis ça m'a donné une... Une bonne vision 360 du groupe. Voilà.
- Speaker #1
Et donc aujourd'hui, tu es chez Saint-Gobain. Comme on disait juste avant d'enregistrer, tout le monde connaît Saint-Gobain. Et personne ne sait vraiment ce que c'est Saint-Gobain. Est-ce que toi aujourd'hui, Adrien, tu peux nous dire ce que c'est concrètement Saint-Gobain, si on devait le présenter à des jeunes ?
- Speaker #0
Oui, Saint-Gobain, c'est un grand groupe du CAC 40 qui a plus de 360 ans, qui a été créé sous Louis XIV. Louis XIV,
- Speaker #1
d'accord.
- Speaker #0
Oui, oui. Donc c'est vraiment ancré dans l'histoire française. C'est un groupe qui aujourd'hui fait à peu près une quarantaine de milliards de chiffres d'affaires dans le monde, qui est vraiment international, avec un chiffre d'affaires réparti entre l'Amérique, l'Europe et l'Asie, de façon maintenant assez équilibrée. Et c'est un groupe dont... La raison d'être, en anglais, c'est « making the world a better home » . Il se présente comme le leader mondial de la construction durable. Concrètement, c'est un fournisseur de matériaux Saint-Gobain. C'est un fournisseur de matériaux à la fois industriel.
- Speaker #1
C'est son cœur de métier.
- Speaker #0
C'est le cœur de métier de Saint-Gobain. Il est très connu pour le vitrage. D'ailleurs, sous Colbert, c'était pour le vitrage et les savoir-faire qui avaient été développés pour notamment faire la galerie des glaces de Versailles. Mais c'est toute une panoplie de matériaux qui sont beaucoup dans l'aménagement intérieur, le plâtre, l'isolation, les plafonds, le vitrage, mais aussi la chimie de la construction plus récemment qui a beaucoup élargi le spectre d'expertise. Et puis il y a tout cet aspect industriel avec des usines. Et puis dans certains pays, en France en particulier, il y a aussi toute une activité distribution de matériaux, plateforme logistique. Donc c'est des activités de négoce et de logistique. pour la construction avec des très grandes enseignes comme Point P, la plateforme du bâtiment, Dyspano.
- Speaker #1
Qui sont très connus, qui sont des fournisseurs.
- Speaker #0
Et tout ça, ça forme Saint-Gobain, ça veut dire que c'est un éventail unique en France et dans le monde de métiers, de familles de matériaux, d'expertises qui sont toutes à destination du secteur du bâtiment avec une mission commune, faire progresser la construction légère et durable.
- Speaker #1
Un acteur majeur. Alors, j'avais noté une formule qui m'a marqué. Tu as dit que tu voulais justement faire accoucher la R&D, tu vas nous dire ce que c'est, en business. Donc ça, c'est un vrai engagement, mais ça a du sens déjà par rapport à ce que tu viens de nous dire. Est-ce que tu peux nous traduire ça ?
- Speaker #0
Oui. La R&D, c'est la recherche et développement. C'est un domaine dans lequel Saint-Gobain est très fort historiquement. Saint-Gobain, c'est une boîte qui attire énormément de... de grands chercheurs, d'ingénieurs très pointus dans leur domaine. Donc l'ARD, Saint-Gobain c'est une des boîtes avec l'ARD la plus forte.
- Speaker #1
R&D pour que tout le monde soit bien clair ?
- Speaker #0
Recherche et développement.
- Speaker #1
D'accord, comme il existe pas mal de boîtes qui ont un ancrage là-dedans et qui innovent beaucoup. Oui,
- Speaker #0
qui innovent beaucoup, à la fois en sciences fondamentales, parce que c'est quand même la physique des matériaux, Saint-Gobain, la physique du bâtiment. et en développement appliqué pour amener des nouvelles applications aux poseurs sur les chantiers. Des choses qui sont plus simples à installer, plus performantes, etc. Donc c'est à la fois fondamental et appliqué. Saint-Gobain est très très fort en R&D depuis toujours, et moi quand je suis rentré dans le groupe dans cette mission fusion acquisition, j'ai fait un peu de fusion acquisition auprès des dirigeants, mais j'ai aussi été invité par le directeur de la R&D à me mettre mon nez dans des projets R&D. Parce qu'il avait le sentiment qu'il manquait, et ça s'est confirmé, moi je l'ai vraiment observé, parfois des pierres, des blocs, des piliers au business plan assez élémentaires, comme dimensionner la taille du marché, avoir une idée du prix de vente, avoir une idée de la croissance, du timing d'arriver dans le marché.
- Speaker #1
C'est-à-dire que c'était une faille en fait ? Oui,
- Speaker #0
je pense qu'à l'époque, et ça a changé depuis chez Saint-Gobain, c'était vraiment une boîte d'ingénieurs. Et très très fort, très pointu dans les domaines. Très technique. Très technique. Et puis moi, avec mon bagage d'école de commerce, j'avais l'impression d'amener une singularité, d'amener un regard un peu différent. Il fallait avoir cet appétit pour se plonger dans la recherche et l'éducation, avec les chercheurs, et je l'avais. Mais j'avais l'impression d'amener une pierre à l'édifice, et ça, ça avait du sens pour moi.
- Speaker #1
Et par rapport à tes collègues, au niveau culturel, au niveau de la preuve du travail, entre des ingénieurs qui sont très techniques, etc., et toi qui as une vision business, ça se mélange bien ?
- Speaker #0
Ça se mélange, avec un petit peu cette curiosité, cette envie d'aller un petit peu dans la compréhension des choses, pas forcément de devenir expert évidemment, en fait ça se complémente extrêmement. Moi j'ai vraiment découvert un sens à mon parcours à arriver dans une boîte où il y avait besoin de ça Et réciproquement Et réciproquement Et donc moi j'ai trouvé un sens ça a été un peu le fil rouge d'ailleurs après pendant mon parcours de faire accoucher comme tu l'as dit faire accoucher la R&D en business et aider à concrétiser les choses pour qu'elles se pérennisent sur des marchés C'est ton fil conducteur en fait Oui c'est ça Oui.
- Speaker #1
Tu as commencé en 2011, c'est ça, chez Saint-Gobain, je crois ? Oui, 2010. 2010, d'accord. Et tu as commencé dans la photovoltaïque, je crois ?
- Speaker #0
Dans le photovoltaïque, oui, c'est l'industrie solaire. C'était un projet qui m'avait attiré chez Saint-Gobain, parce que c'est orienté développement durable, porteur de beaucoup de sens. Et Saint-Gobain investissait à cette époque massivement dans le photovoltaïque. Moi, j'étais parti dans une usine, plutôt une filiale du groupe qui était en Allemagne, qui avait deux usines. qui fabriquait des panneaux solaires avec une technologie de pointe, de couche mince, des pots de couche nanométriques sur du vitrage, pour faire des panneaux photovoltaïques. Et je suis arrivé là-dedans en tant que contrôleur financier. C'était une activité qui était en plein boom, de démarrage. Deux usines qu'il fallait faire monter en cadence, démontrer qu'on arrivait à atteindre le bon coût de production, trouver les premiers contrats, livrer. C'était plein de challenges. En Allemagne, vous étiez ? En Allemagne, j'étais expatrié à Torgau, près de Leipzig. Moi, je vivais à Leipzig, qui est une ville très sympathique. Mais alors, c'était non seulement un défi industriel de deux usines, mais un business plan de faire dix usines dans le monde. Donc, il y avait une très grosse ambition dans le domaine du solaire sur cette technologie. Et malheureusement, c'est arrivé à peu près en 2011, un moment où il y a eu la crise de la dette en Europe, alerte rouge au niveau de l'Union européenne. Coupage des subventions de l'industrie solaire.
- Speaker #1
Assez brutal.
- Speaker #0
Brutal, sans protection, sans barrière à l'entrée pour protéger notamment de la Chine qui, avec des prix de marché qui s'effondraient, elle continuait d'inonder le marché européen.
- Speaker #1
Qui était ultra compétitive.
- Speaker #0
Ultra compétitive, subventionnée par son gouvernement. Toutes les boîtes européennes se sont effondrées. Donc ma filiale allemande de Saint-Gobain, elle s'est...
- Speaker #1
T'as vu le truc venir ? Ouais,
- Speaker #0
ça a été catastrophique parce qu'on avait en même temps les prix qui s'effondraient et en même temps, nous, les coûts qu'il fallait qu'on baisse mais qui étaient encore trop élevés. Donc voilà, il y avait une équation qui tenait pas du tout. Et donc, comme toute l'industrie allemande et européenne du photovoltaïque, on a été un peu mis en prédation par les Chinois. On a été rachetés et puis la technologie, il y a eu des capacités qui se sont installées en Chine. Donc ça a été un sacré rollercoaster des montagnes russes, cette aventure. Très formateur pour moi.
- Speaker #1
Et t'apprends quoi justement de cette aventure-là ? De voir finalement une industrie européenne qui coule en direct ? Enfin, t'es spectateur et acteur.
- Speaker #0
Tout l'apprentissage que j'en ai tiré sur le business, l'industrie, c'est surtout qu'on comprend qu'on a été très naïf en Europe, que l'Union Européenne n'a pas du tout su protéger son industrie. que c'est bien beau le libéralisme, mais si on ne joue pas les mêmes règles du jeu avec nos adversaires, on se fait très vite manger. Le photovoltaïque, je crois que c'est bien connu maintenant. C'est une industrie qui a vraiment été emblématique.
- Speaker #1
Ce qui manquait, c'était du protectionnisme européen, finalement.
- Speaker #0
Par exemple, il aurait fallu faire en sorte que les entreprises chinoises, qui étaient subventionnées par le gouvernement, jouent à armes égales avec les entreprises françaises, d'une façon ou d'une autre. Moi, je ne fais pas de politique. En tout cas, ce qui est clair, c'est qu'on a laissé notre industrie s'effondrer et partir en Chine.
- Speaker #1
Mais ça reste d'actualité parce que la politique industrielle en France est dans un état quand même très délicat. Et donc, ce que tu dis, finalement, 15 ans après, pratiquement, reste d'actualité.
- Speaker #0
Oui, et je pense qu'il y a une prise de conscience actuellement que l'Union européenne doit changer sa vision des choses. et Saint-Gobain est un des acteurs qui reste industriel en France avec des usines françaises les matériaux qu'on vend sur le marché de la construction sont fabriqués en France on a gardé cette empreinte ça est parti un peu du rôle citoyen d'un groupe français de conserver son activité en France au maximum bien que l'activité soit internationale mais on est très ancré en particulier la construction on y viendra après la construction c'est autre chose que le photovoltaïque
- Speaker #1
Pour terminer sur ce parcours, tu rebondis après cette expérience, parce que ça reste une expérience tout de même. Tu rebondis, je ne sais pas comment on le prononce, chez Securit, c'est ça ? Securit,
- Speaker #0
Saint-Gobain-Securit.
- Speaker #1
Donc c'est le vitrage automobile, ça ? Oui,
- Speaker #0
comme on a dû faire un plan social dans cette activité photovoltaïque, j'ai trouvé un poste où rebondir, chez Securit. C'est un équipementier automobile, fournisseur de vitrage. Donc le pare-brise, la lunette, mais qui intègre... Et t'as trouvé comment,
- Speaker #1
très concrètement, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Je me suis retourné vers mes patrons français pour qu'on puisse trouver une position où il y avait un besoin et sur un marché qui était... plus porteur que le photovoltaïque. L'automobile était à cette époque-là, vers 2012-2013, en plein boom.
- Speaker #1
Ce qui n'est plus le cas maintenant.
- Speaker #0
Après, c'est un peu moins le cas, mais disons que Saint-Gobain, en tant qu'équipementier, s'en sort encore toujours bien dans ce domaine. Parce qu'en fait, un équipementier dans l'automobile, c'est un fournisseur qui intègre de la valeur ajoutée. Et il y a dans l'automobile toujours plus de valeur à ajouter. Dans les pare-brises, on peut intégrer ne serait-ce que des pré-assemblages. de rétroviseurs, des fonctions dans le vitrage, affichage tête haute, vitrage digital, vitrage à contrôle solaire, vitrage acoustique, vitrage pré-assemblé. Il y a plein de choses à faire. En tant qu'équipementier, même dans un marché qui est en décroissance, on peut quand même trouver des moyens d'augmenter sa valeur ajoutée.
- Speaker #1
Oui, d'accord. Donc tu prends ce virage ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On va le dire comme ça. Donc, une bonne expérience. Tu en tiens quoi ?
- Speaker #0
Super école. L'automobile, c'est une machine très bien huilée dans ce marché. Là, c'est international, clairement, comme marché, avec une concurrence extrême. Et donc, en fait, une productivité dans cette industrie qui est maximale. Il y a eu des gains de productivité depuis un siècle, d'année en année, dans l'automobile. C'est vraiment l'école du gain de productivité.
- Speaker #1
C'est un choc culturel ?
- Speaker #0
Entre le photovoltaïque, c'était un semi-choc. Ça a été un gros choc culturel quand je suis passé de l'automobile à la construction. Parce que j'ai fait 4 ans et demi dans l'automobile. Je m'y suis bien éclaté. J'étais encore financier, mais parmi les commerciaux. Et je m'occupais des process, appel d'offres, analyse des marges pendant les phases de développement, vision marché, etc. Donc financier parmi les commerciaux. Et puis j'ai eu envie de faire un virage après ces 4 ans et demi dans l'automobile vers le business vraiment. et donc pour ça je suis reparti à la stratégie du groupe mais dans la partie construction dans le pôle produit pour la construction c'était dirigé par Benoît Bazin à l'époque ce pôle du groupe qui est Benoît Bazin notre PDG actuel et dans l'équipe stratégie je voulais reprendre un petit peu de hauteur pour choisir après la voie que j'allais suivre et j'y ai découvert la construction et effectivement c'est l'exact opposé de l'automobile c'est à dire un marché ultra local avec des matériaux qui voyagent peu Oui,
- Speaker #1
ça change vraiment.
- Speaker #0
Oui, une chaîne de valeur qui est complètement éclatée. C'est peu organisé entre la maîtrise d'ouvrage, la maîtrise d'œuvres, les artisans qui sont séparés en différents corps d'État, qui peuvent être coordonnés par des entreprises générales ou non, avec les négoces, avec tous ces acteurs. En fait, dans cette industrie, il y a un empilement aussi de marges à différents niveaux et puis une dilution des responsabilités.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
donc en parallèle de ça Cet éclatement, il y a aussi une complexité qui augmente progressivement. C'est-à-dire qu'il y a un impératif bien nécessaire, c'est l'impératif environnemental qui se traduit dans les normes, dans la RE2020.
- Speaker #1
Qui a un engagement fort et obligatoire.
- Speaker #0
Fort et obligatoire en France, plus en France encore que dans le reste de l'Europe, mais ça vient aussi dans le reste de l'Europe. Plus en France ? Oui, encore, on a été assez avant-gardiste. Et qui amène forcément son lot de complexité supplémentaire.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc, chaîne des valeurs éclatées, complexité avec les règles environnementales, et en plus, il y a un phénomène qui est démographique et générationnel, c'est qu'il y a de moins en moins de main-d'oeuvre qualifiée dans ce métier. Il y a une disparition progressive de la main-d'oeuvre qualifiée.
- Speaker #1
Et qui est due à quoi ?
- Speaker #0
Elle est plus forte dans d'autres pays que la France. La France a quand même une démographie qui est encore assez solide, même si elle décline, qui est due à... C'est un aspect civilisationnel en Europe, les familles font moins d'enfants. En Europe centrale, c'est hyper marqué par exemple. Il y a des pays comme...
- Speaker #1
Une démographie qui est en baisse quoi.
- Speaker #0
Qui est en baisse, oui.
- Speaker #1
C'est un phénomène qui est constaté.
- Speaker #0
Oui, et puis une aspiration aussi des Européens à faire des travaux qui sont peut-être moins pénibles, et donc il y a moins de main-d'oeuvre qualifiée dans le domaine de l'artisanat et de la construction. Donc avec tout ça, ça fait un petit peu... Entre l'éclatement de la chaîne de valeur, la complexité, le manque de main-d'oeuvre, on se rend déjà compte en Europe qu'il y a un déficit de construction d'oeuvres. Qui est assez fort, parce qu'on devrait faire 500 000 logements par an à peu près.
- Speaker #1
Je rebondis sur ça, parce que justement, tu poses ce constat, c'était ma prochaine question, qui est assez brutal, c'est que la France a... a besoin, d'après toi, 500 000 logements par an. On en produit moins de 300 000. Tu me confirmes les chiffres. Il y a 3 millions de demandes de logements sociaux en attente. Ça, c'est pour les auditeurs, pour ceux qui nous écoutent. Donc, on a vraiment le ratio. Donc, si je compte bien, il y a un delta de 200 000 par an. Donc, à quel point la situation est grave ? Quelle est ton analyse là-dessus ?
- Speaker #0
C'est hyper préoccupant parce que le logement, c'est quand même le premier poste de dépense des Français. Et puis ça conditionne aussi l'accès au travail, ça conditionne l'accès à l'éducation, ça conditionne la sécurité, ça peut mettre les Français dans une certaine précarité. Donc c'est vraiment un sujet...
- Speaker #1
Et c'est un vrai sujet d'actualité. On en parle beaucoup du logement.
- Speaker #0
Oui. Au niveau politique, c'est une bombe sociale, clairement. Donc les hommes politiques commencent à se rendre compte. Et dans certains pays, les pays en particulier où il y a moins de main-d'oeuvre... En Allemagne, d'ici 2050, il y aura entre 20 et 30% de main-d'oeuvre, de population active en moins.
- Speaker #1
En Allemagne et en Espagne, je crois.
- Speaker #0
En Espagne, c'est à peu près la même tendance. En France, on va aussi avoir ce phénomène.
- Speaker #1
30% de main-d'oeuvre ?
- Speaker #0
Entre 20 et 30. L'Espagne, c'est plutôt 20. L'Allemagne, c'est plutôt 30. De la population active qui sera plus active.
- Speaker #1
Dans les 30 prochaines années ?
- Speaker #0
D'ici 2060.
- Speaker #1
Donc c'est-à-dire qu'on aura plus de besoins, finalement, plus besoin de logements, mais on aura moins de gens pour les construire. Et donc là, on se dit que c'est une équation qui est impossible, et c'est quoi la solution ?
- Speaker #0
C'était mon constat en arrivant dans la construction. Par contre, on voyait quelque chose émerger dans certains pays européens. Ceux qui avaient ces problèmes démographiques très forts, notamment comme l'Allemagne, on voyait émerger de l'industrialisation de la construction, c'est-à-dire des éléments de bâtiments qui étaient faits dans des usines ou voire carrément des bâtiments complets faits en modulaire 3D. En Allemagne...
- Speaker #1
Des grandes maquettes.
- Speaker #0
Oui. Des bâtiments permanents, hyper confortables, et en plus qui sont plébiscités par les clients, parce que le niveau de qualité est meilleur. En Allemagne, ils ont le goût de cette Deutsche Qualität, mais ils ont le goût de cette qualité faite en usine. 20% des maisons individuelles en Allemagne sont préfabriquées. C'est très impressionnant. Il y a d'autres pays où c'est encore plus fort. La Suède, c'est 80%. Il y a des raisons démographiques, mais il y a aussi des raisons climatiques. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
On ne peut pas produire toute l'année dans des climats polaires.
- Speaker #1
Ce que tu pointes est hyper important, hyper politique au sens général. On parle beaucoup de logements, ça fait longtemps qu'on en parle. Mais quand on a ces chiffres-là que tu pointes, on voit bien que ça reste une bombe. On n'est pas sûr que les solutions arrivent. Voilà, parce qu'en même temps, à côté de ça, on a ce budget déficitaire qui semble s'agrandir. On a moins de main-d'oeuvre pour pouvoir construire. On a besoin de construire. Donc, en fait, on a besoin aussi peut-être d'avoir un État. Enfin, c'est une question, je ne sais pas. D'avoir un État qui intervient de plus en plus dans ce domaine-là.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, dans les pays où il y a eu cette transformation, cette industrialisation. Ça a été soutenu fortement par l'État.
- Speaker #1
Il y avait un État fort...
- Speaker #0
Parce que c'est vrai que l'industrialisation dont je parle, ça semble être la baguette magique. Ça veut dire qu'on arrive à faire des choses dans des usines avec de la productivité en plus. En réalité, ce n'est pas si simple. Il y a énormément de défis qui s'ajoutent au fait de devoir faire les choses en usine. Parce que ça nécessite un fort investissement. Ça nécessite un investissement dans une usine, dans un bureau d'études. Avec Yannick Sola pour Ossaboua, décrivez.
- Speaker #1
qu'on a reçu dans... Dans cette émission, justement.
- Speaker #0
Salut Yannick. Il décrivait un bureau d'études d'une trentaine de personnes. Ça, c'est des coûts fixes. Donc, c'est un des défis dans la construction industrialisée. Il y a aussi un défi de standardisation du bâtiment, mais qui ne doit pas être visible parce que le client ne veut pas que son bâtiment soit standardisé. Il veut avoir un bâtiment unique. Donc, il faut que ce soit masqué, cette standardisation. Et puis, il y a la remise en cause de la séparation des corps d'État. Donc, en fait, Il faut des opérateurs polyvalents qui vont quand même faire plusieurs tâches dans le bâtiment, avec de la structure au second table qui vont intervenir. Il y a un besoin de trésorerie qui est assez important pour financer le besoin en fonds de roulement, les stocks, le bâtiment reste dans l'usine pendant longtemps. Il y a des défis de transport qui s'ajoutent.
- Speaker #1
Si l'État ne fait rien, c'est que ça va exploser de toute manière. Si l'État ne fait rien, il faut qu'il y ait un pouvoir public.
- Speaker #0
Il y a besoin d'innovation, il y a des challenges énormes à relever. Ce qu'on sait, c'est qu'il y a des acteurs en Europe qui ont réussi. Il y a des acteurs comme au Savoie en France qui réussissent. Par contre, il y a effectivement besoin d'un soutien, de commandes publiques, de subventions, etc. Évidemment, pour arriver à opérer cette transition. Ce n'est pas une formule magique, la construction en site. C'est quelque chose dans lequel il va falloir réellement s'investir.
- Speaker #1
Et c'est un investissement stratégique.
- Speaker #0
Et c'est un investissement stratégique, ça donne des avantages considérables en termes de délai, en termes de productivité et de qualité, d'amélioration aussi pour les travailleurs, pour les opérateurs, du confort de travail. Et en fait, c'est de nature aussi à réenchanter la construction, parce qu'il y a toute cette innovation à amener, ça passe par de la digitalisation, ça passe par de la conception et ça passe par des conditions de travail un peu meilleures. Donc tout ça, c'est aussi de nature. à réenchanter la construction, à réattirer quand même de la main d'oeuvre des jeunes d'écoles de commerce comme moi, notamment. Et puis surtout, c'est très vertueux sur le plan environnemental. Ça a beaucoup de sens, c'est de la construction légère, souvent en ossature bois, ça peut être aussi en acier, en métallique, mais c'est de la construction légère, très bas carbone. Donc en fait, c'est vrai que ça boucle beaucoup de cases, avec tous les défis que... que ça comporte aussi.
- Speaker #1
On a vu avec Oussaboua qu'on a reçu, Yannick Ausha justement, toutes les constructions qu'il faisait. C'est vrai que c'est un rendu qui est magnifique. Donc c'est vrai que ça reste à l'avenir. Alors je reviens sur une chose, c'est que tu parles d'une équation, je crois, à quatre variables, qu'on n'arrive plus à résoudre aujourd'hui, qui est le coût, délai, qualité, environnement. Ma première question, c'est pourquoi c'est si compliqué de tout avoir en même temps aujourd'hui, alors qu'il y a 30 ans, finalement, on construisait beaucoup plus avec moins de moyens.
- Speaker #0
Je pense que deux choses, la démographie qui change, donc moins de main-d'oeuvre, et la deuxième, c'est la complexité avec les normes environnementales, bien légitimement, qui augmente. C'est deux choses qui sont des forces... antagonistes font que ça devient plus compliqué aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est compliqué, oui.
- Speaker #0
tu donnes d'autres chiffres on donne beaucoup de chiffres mais c'est vrai qu'on a la chance de te recevoir et tu as quand même un regard qui est fort intéressant 80% des bâtiments qui sont préfabriqués se passent en Suède tout à fait ça,
- Speaker #1
c'est plutôt en Suède, la pénétration de la préfabrication elle est de 80% en Suède, 80% des bâtiments sont préfabriqués donc eux,
- Speaker #0
ils ont intégré ça ils ont intégré ça
- Speaker #1
Et c'est par nécessité, notamment climatique, parce qu'ils vivent dans un pays proche des pôles. Donc il fait nuit toute l'année, à la moitié des trois quarts de l'année, c'est compliqué de construire. Donc ils font beaucoup en atelier pour après pouvoir installer très vite sur les chantiers, comme des Legos, quand la saison est arrivée.
- Speaker #0
Donc c'est un référentiel important. La Suède ? Ça peut être un référentiel important. Ils ont des conditions de météo qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les nôtres.
- Speaker #1
Mais c'est un vrai laboratoire.
- Speaker #0
Mais c'est un laboratoire, exactement, c'est ça. Et 20% des maisons allemandes sont faites entièrement en usine.
- Speaker #1
En Allemagne, oui, c'est ça. Là où ils ont déjà ce problème démographique, ils sont arrivés à un niveau de 20% de maisons individuelles en usine.
- Speaker #0
Donc ça, c'est un deuxième laboratoire.
- Speaker #1
Oui, aussi. Et puis, il y a d'autres pays qui ont pris le... La suite, le Royaume-Uni a une très forte croissance du hors-site.
- Speaker #0
Du hors-site,
- Speaker #1
c'est ça. Justement, je reviens sur le vocabulaire. On parlait de préfabrication dans les années 70, là où il y avait aussi un énorme besoin de construction. Il y a eu une volonté des influenceurs de la construction de changer le terme de préfabrication qui était un peu péjoratif, qui connotait un petit peu la construction non-esthétique, industrielle, mais qui... visiblement industriel en fait et donc qui s'était connoté préfabriqué temporaire inconfortable et pas esthétique donc il a fallu changer le regard donc on a on a choisi un nouveau terme qui est le hors site off site en anglais voilà parce que on aujourd'hui l'ambition du hors site c'est on
- Speaker #0
ne doit pas voir que c'est fait hors site tout simplement d'accord c'est du hors site mais avec un objectif de rendu qui où on doit pas voir que ça reste du esthétique Pourquoi ? Parce que ça a une image préfabriquée, de mauvaise qualité c'est un peu des préjugés
- Speaker #1
On a tous ça un peu ancré sur le préfabriqué d'après-guerre
- Speaker #0
C'est de l'IKEA dans la construction
- Speaker #1
Oui, alors pas forcément il y a plein de façons de faire du hors-site ça peut être des sous-éléments de bâtiment ça peut être une salle de bain c'est d'ailleurs un domaine dans lequel le hors-site fonctionne très bien parce que la salle de bain ça concentre beaucoup de corps d'état différents et pouvoir les... Faire toutes ces tâches dans un lieu unique, dans une usine, ça permet vraiment de gagner beaucoup de temps sur les chantiers. Donc les salles de bain, ça peut être les façades uniquement, en 2D. Le hors-site, ce n'est pas que des bâtiments complets. Ça part d'éléments en deux dimensions jusqu'à des modules en trois dimensions qui, eux, sont faits entièrement en usine avec de la finition intérieure en usine et après transportés, finis sur le chantier. Au Saboie, fait les deux d'ailleurs, fait du 2D et du 3D.
- Speaker #0
Oui, je crois qu'au Saboie, de mémoire, même également construit une partie de l'hôpital à Monaco, il me semble. Je me rappelle de ça, parce que ça m'avait marqué. J'ai vu des images, et c'est vrai que c'est marquant. C'est quand même un avenir certain. Alors, les avantages du hors-site, tu en listes plusieurs, mais Tu en parlais à l'instant, c'est une demi-année en moins au niveau du chantier, pour ne pas dire six mois.
- Speaker #1
Oui, ça peut être six mois. C'est ce genre de choses.
- Speaker #0
C'est la qualité également, l'environnement bien sûr.
- Speaker #1
Qualité en environnement maîtrisé. Quand on est en usine, on peut beaucoup mieux maîtriser toutes les tâches. Les contrôles qualité sont faits à toutes les étapes et donc on arrive à une qualité finalement du bâtiment qui est beaucoup mieux maîtrisée.
- Speaker #0
Alors en France, ça met du temps à décoller ? Pourquoi, à ton avis ?
- Speaker #1
C'est en train de décoller. En France, ça met un peu plus de temps, parce que, moi, mon interprétation, c'est le sujet démographique, avant tout. Ce qui a vraiment poussé des pays à accélérer, c'est l'absence de main-d'oeuvre. En France, on a un petit peu moins ce problème démographique. On a... On fait plus d'enfants par femme, on a une immigration qui est plus forte, on a quand même de la main-d'oeuvre. Mais c'est en train d'arriver néanmoins, notamment... par le prisme environnemental. En France, on a la RE 2020, c'est la nouvelle norme environnementale, qui impose des critères de construction durable très ambitieux. Donc ça favorise la construction légère, la construction bois, mais avec des contraintes de qualité thermique, etc., qui font que ça devient... Cette augmentation de complexité rend l'industrialisation comme une évidence. C'est ce que je disais tout à l'heure. C'est plus complexe, on a moins de mode d'œuvre, et donc il va falloir trouver le moyen de le faire de façon plus productive. Donc l'aéro 2020 favorise la construction bois, l'effaçade au saturbois, etc. Ce n'est pas la seule réponse. Oui,
- Speaker #0
c'est une réponse.
- Speaker #1
C'est une réponse et du coup, ça entraîne avec elle l'industrialisation en France. Il y a une vraie dynamique en ce moment en France.
- Speaker #0
Et Saint-Gobain, le groupe Saint-Gobain s'inscrit totalement là-dedans.
- Speaker #1
Oui, alors Saint-Gobain, on s'est beaucoup posé la question. Moi, je disais que j'étais arrivé vers 2018 dans les équipes de stratégie du pôle produit pour la construction. J'ai fait ce constat sur la construction, et puis je voyais émerger dans des pays le hors-site, et Benoît Bazin a eu envie de mener cette réflexion, de se dire, mais quel doit être le positionnement de Saint-Gobain dans le hors-site ? Sachant qu'on parle d'industrialisation, que Saint-Gobain, c'est un groupe industriel de la construction. Est-ce que Saint-Gobain, on doit devenir constructeur hors-site nous-mêmes, fabricant de bâtiments hors-site, ou est-ce qu'on doit rester dans notre position de fournisseur de matériaux ?
- Speaker #0
C'est un choix stratégique.
- Speaker #1
C'est un vrai choix stratégique, sachant que Saint-Gobain, ce n'est pas vraiment un assembleur dans l'ADN. C'est un industriel d'usine, d'industrie assez lourde, fabricant de matériaux, mais on n'est pas très bon dans les métiers d'assemblage. D'ailleurs, le groupe en est sorti, des métiers de la menuiserie. Donc, il a fallu trouver... Alors moi, je me suis emparé de ce sujet dans l'équipe stratégie. Ça m'a passionné. Venant de l'automobile, je me suis dit... Comment est-ce qu'on va arriver à résoudre cette équation que tu décrivais ? Et puis la réflexion a mené à un positionnement assez naturel pour moi et pour Saint-Gobain, c'est-à-dire qu'on ne va pas non plus être un simple fournisseur, mais on ne va pas être un assembleur. En fait, on va être un équipementier. Un équipementier, c'est un peu transposer ce qu'on sait faire dans l'automobile ou dans d'autres industries. C'est-à-dire qu'on est un fournisseur, mais qui intègre de la valeur ajoutée, qui travaille en intimité avec ses clients industriels. dans une intimité très forte dans la conception, qui fait du co-développement, qui amène son R&D, son expertise, et qui va accompagner le client de la phase de conception à la phase d'industrialisation, avec après une supply chain adaptée, des solutions adaptées à l'industrialisation, de productivité dans les ateliers, un service. C'est ça qu'on a défini comme positionnement pertinent parce que c'est là qu'on est bon. C'est là qu'on va pouvoir rendre service à la filière. et y amener notre expertise. On a la chance d'avoir tous ces métiers industriels et ces activités aussi de plateforme de distribution. On est les seuls, quelque part en France, à avoir cette richesse et pouvoir faciliter et relever les défis du hors-site puisqu'ils sont nombreux.
- Speaker #0
D'accord. On a entendu par le bâtisseur, on a entendu par pas mal d'entrepreneurs du bâtiment, des artisans. A ton avis, pour l'artisan ou le patron PME du bâtiment qui nous écoute, le hors-site, ça peut être vécu comme une menace ou une opportunité en soi ?
- Speaker #1
Évidemment, une opportunité.
- Speaker #0
Je te sers un peu la réponse, mais c'est parce que ça peut être... Je sais qu'il y en a qui peuvent dire que ça peut être une menace, etc. Comment tu vois la chose ?
- Speaker #1
Moi, je suis convaincu que c'est une opportunité, très clairement. Les artisans eux-mêmes sont les premiers à se mettre à industrialiser, à faire du hors-site pour... pour améliorer leurs conditions de travail, pour améliorer leur productivité et leurs revenus. En fait, les premiers constructeurs hors site, en France, ce sont des charpentiers, ce sont des menuisiers. Ce sont des gens qui vont dans leur atelier fabriquer des éléments pour après les poser sur le chantier. Donc il ne faut pas opposer les modes constructifs ou l'industriel à l'artisan. Non, je pense que c'est un mouvement global qui est en train de se passer. On va devoir trouver les moyens de gagner de la productivité. Ça va se faire à tous les étages. Et puis en plus, ça améliore les conditions de travail. Et ça permet aussi aux artisans de mieux attirer de la main-d'oeuvre. C'est compliqué.
- Speaker #0
Pourquoi ça améliore les conditions de travail ?
- Speaker #1
Parce que c'est plus facile de travailler dans un atelier à côté de chez soi, dans un endroit sec, abrité et chauffé, que d'aller se lever à 5h du mat' sur un chantier sous la pluie. C'est aussi des raisons pratiques comme ça qui font que c'est une vraie aide. et puis ça va aider aussi à On parlait de l'industrie européenne française. C'est une opportunité de réindustrialiser la France. Parce que c'est un marché local, ça ne va pas être facile à délocaliser. Il faut tout faire pour l'empêcher de se délocaliser. Donc il y a une opportunité pour refaire des usines, pour réenchanter le secteur, réattirer de la main d'oeuvre.
- Speaker #0
Création d'emplois.
- Speaker #1
Création d'emplois, résoudre l'équation impossible de la construction, éviter la bombe sociale du logement. Il y a quand même pas mal d'avantages. C'est un défi qui vaut le coup d'être relevé.
- Speaker #0
Je vais dire un autre truc,
- Speaker #1
parce que je pense que c'est très important de ne pas opposer l'industrialisation à l'artisanat. Je veux aussi dire qu'on est dans la construction et en fait il y a une quantité de travail infinie quasiment. Parce que moi je parlais juste du neuf, il faudrait qu'on fasse 500 000 logements neufs par an, on n'en fait que 200 000. Mais en fait, en plus il y a la rénovation, il y a 5 millions de passoires thermiques en France. Donc le travail...
- Speaker #0
D'ailleurs la règle a été revue récemment. Tu en penses quoi d'ailleurs ?
- Speaker #1
Je pense qu'il ne faut pas renoncer à nos ambitions. Après, on peut revoir les ajustements, il y a des règles qui n'ont parfois pas de sens, etc.
- Speaker #0
Je crois que ça a été revu justement avec un discours, il me semble, par rapport à l'enjeu du logement, etc.
- Speaker #1
Oui, je comprends qu'il faut être pragmatique, il ne faut pas complexifier la vie, on a effectivement beaucoup de difficultés à relever, donc il ne faut pas en ajouter des couches. En tout cas, il ne faut pas renoncer. Il y a des solutions pour réussir à faire toute cette rénovation, cette construction. Il y a des solutions de productivité, il y a des solutions de formation, il y a des solutions de réenchanter tous ces métiers. Et c'est pour ça que je trouve que ce qu'on fait dans le hors-site a du sens. Il ne faut pas renoncer, on va y arriver. Il faut juste se transformer.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Mais donc, du coup, cette révision du DPE, c'est ça. Notamment, on parle beaucoup de pouvoir louer des logements dont le DPE est égé. Donc justement pour favoriser le logement, est-ce qu'il y a un accès au logement plus facile ? Mais toi ce que tu dis, tu as sans doute raison, c'est qu'il ne faut pas trahir nos engagements environnementaux, etc. Oui,
- Speaker #1
c'est-à-dire qu'il ne faut pas renoncer à notre ambition de... de réduire les passoires thermiques, parce que c'est un sujet de confort pour tout le monde, c'est un sujet de précarité pour beaucoup de gens, et puis c'est un sujet de souveraineté économique aussi, c'est-à-dire qu'on a un gros problème d'énergie. La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne dépense pas. Après, la rénovation, ça sort un peu de mon domaine de compétences, mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a un travail illimité dans la construction, donc il ne faut pas opposer industrialisation et chantier, je pense que tout ça est complètement... compatibles et surtout nécessaires. Tout se sert l'un de l'autre. Après, la rénovation, le hors-site peut aussi servir à la rénovation. C'est plus challengeant. C'est-à-dire que c'est plus dur d'aller standardiser des éléments en usine pour venir rénover un bâtiment existant parce que les bâtiments existants sont le fruit de l'histoire, avec leurs imperfections, avec des choses imprévisibles sur le chantier. On découvre des choses en grattant un peu la surface de la façade. En fait, le métier d'artisan sur le chantier, il ne pourra jamais être remplacé. Et en particulier, la rénovation, c'est un domaine immense pour ça.
- Speaker #0
Justement, on parle beaucoup de l'IA, on peut penser à ça. Et l'IA progresse et va progresser, menace certains emplois, ou nécessite à ce que certains se forment au niveau de l'IA. Il y a une chose qui est sûre pour le bâtiment, c'est qu'il y a beaucoup de métiers qui ne seront pas remplacés par l'IA.
- Speaker #1
C'est clair.
- Speaker #0
Donc, c'est la bonne nouvelle.
- Speaker #1
C'est la bonne nouvelle, il y a un côté ultra tangible à ce métier, c'est ça aussi qui en fait la noblesse. Mais je veux quand même aussi dire qu'on a besoin d'injecter un peu de technologie dans le bâtiment.
- Speaker #0
C'est pas incompatible.
- Speaker #1
C'est pas incompatible. Et puis c'est aussi ça qui va attirer les jeunes. Les jeunes qui veulent aller bosser dans la tech... C'est parce que c'est passionnant, parce qu'il y a des choses à faire. Résoudre l'équation dont je parlais, coût, délai, qualité, environnement, ça passera par de la technologie. On ne pourra pas remplacer le geste, mais on pourra dans la conception faire pas mal de choses. Les temps de conception, c'est aujourd'hui une part du coût de construction qui est énorme. Donc améliorer, optimiser la conception pour permettre derrière de pouvoir faire de la productivité en atelier. C'est une transformation, et en fait la construction... C'est un secteur qui reste, mine de rien, à révolutionner pour qu'on y arrive.
- Speaker #0
Alors on a tous nos ambitions. Nous, chez Parle de Bâtisseurs, on en a une. C'est de faire en sorte à ce que les jeunes qui nous écoutent, on passe beaucoup sur les réseaux sociaux, viennent s'investir justement dans le secteur du bâtiment, de la construction. Toi, tu lances un appel aux jeunes diplômés finalement, où tu vas leur dire... Venez dans la construction, vous allez vous éclater. J'aimerais que tu poursuives cet appel, parce qu'on n'a pas beaucoup de profils, ou pas assez en tout cas, d'écoles de commerce comme toi. Est-ce que toi, tu vas aller prêcher la bonne parole auprès des écoles de commerce, etc. ?
- Speaker #1
Oui, moi je les encourage, les étudiants en école de commerce comme moi. Mon expérience, c'est que j'ai trouvé du sens dans la construction. Vraiment, j'ai trouvé qu'elle avait besoin de nous. De ce regard, cette approche différente qu'on amène, avec une vision business, une vision pragmatique. La construction a vraiment besoin de nous. Et en plus, les jeunes, la construction, c'est un des derniers métiers à transformer. Donc, on a besoin de vous. On a besoin quand même de la tech et de l'industrialisation dans la construction. Et ça, c'est de nature, je pense. à attirer les jeunes. La plupart des industries ont fait leur révolution. Je pense que pour la construction, elle est devant nous. Donc venez y participer, venez y contribuer, on a besoin de vous.
- Speaker #0
L'appel est lancé. On va le répéter, mais c'est très bien. Toi, tu te déplaces dans des écoles de commerce ? Ou pas plus que ça ?
- Speaker #1
Je pense que j'y arriverai un jour.
- Speaker #0
C'est une ambition en tout cas ?
- Speaker #1
Peut-être que ma démarche aujourd'hui est... Une première étape dans ce sens-là, avec ce podcast.
- Speaker #0
C'est un premier pavé.
- Speaker #1
Je pense que c'est quelque chose qui est assez nécessaire de venir réenchanter la construction, réenchanter l'industrie.
- Speaker #0
Ça va avec.
- Speaker #1
Ça va avec, ça va avec la réindustrialisation de la France dont on a besoin, donc ça a du sens.
- Speaker #0
Toi, dans Adrien, dans 20 ans, tu te vois comment ?
- Speaker #1
Ouh bah écoute... Je me vois avec une business unite hors site, si possible, qui sera devenue une activité pérenne et significative au sein de Saint-Gobain.
- Speaker #0
Déjà, bravo, parce qu'elle augmente de 30% de croissance.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. En plus, la construction, c'est un marché qui est en forte chute actuellement.
- Speaker #0
Ça va à contresens de l'électro-tête.
- Speaker #1
On arrive à la contresens. Forcément, on est encore très minoritaire dans la construction. Le hors-site en France, comme je disais, c'est beaucoup moins mature que dans d'autres pays. Donc on part de plus bas. Et puis surtout, j'ai la chance chez Saint-Gobain, avec ma business unit hors-site, de proposer une offre transversale. Ma BU s'inscrit dans une entité de Saint-Gobain qui s'appelle Saint-Gobain Solutions France, qui est complètement transversale au groupe. Et donc je peux m'appuyer sur toutes les solutions du groupe à valeur ajoutée pour servir ce marché. Donc j'ai un éventail. entre nos industriels et nos négoces de services, qui me fait que j'ai un panier unique en France. Et il n'y a que Saint-Gobain qui peut amener cette offre-là. Donc, j'augmente le panier.
- Speaker #0
Et du coup, tu as une vision très transversale, par définition.
- Speaker #1
Très transversale. Heureusement, moi, je suis loin d'être omniscient. Donc, je m'appuie sur toutes les expertises. Notre BU Orsit, elle a une jambe commerciale. On est une petite équipe commerciale.
- Speaker #0
Vous êtes combien en tout ?
- Speaker #1
On n'est pas très nombreux. On est trois côtes. côté commerce et on est 5 côté innovation et développement, donc on est une petite équipe de 8 pour l'instant on s'adresse à des grands comptes donc c'est pas la peine de démultiplier non plus le commerce aujourd'hui, on est surtout dans le co-développement, on est dans la compréhension des pain points de nos clients comme au Savoie, comment réussir à industrialiser telle et telle tâche par exemple la finition intérieure bon bah la... La peinture et l'enduit, ça craque au transport. Donc, il faut trouver d'autres techniques de jointoiement ou d'autres techniques de peinture qui donnent un aspect esthétique satisfaisant. Donc, on a l'écoute de ces pain points de l'industrie. On développe avec notre R&D des solutions. On les partage avec nos clients. On organise aussi des take-day, qui sont des événements où on rassemble nos clients pour qu'il y ait des retours d'expérience à la fois de nos équipes R&D et nos clients entre eux sur des chantiers. Il y a besoin d'accélérer la courbe d'apprentissage. dans l'industrialisation de la construction. Donc nos tech days sont un événement qui permet. Et c'est pour ça qu'on fait de la croissance dans ce domaine. Et vous recrutez ?
- Speaker #0
Vous recrutez un peu, non ?
- Speaker #1
On sera amené à recruter.
- Speaker #0
Quel type de profil ?
- Speaker #1
Des profils technico-commerciaux pour la partie commerce, il faut avoir quand même une certaine appétence pour la technique, pour rentrer dans les sujets avec nos clients. Et puis des profils dans l'équipe plutôt bureau d'études et innovation qui sont acousticiens, thermiciens, qui sont experts en certification. et puis ça peut... Après, on est ouvert aussi à la surprise, à différents profils.
- Speaker #0
En tout cas, on te souhaite une progression. Là, tu es à 30%. On te souhaite une progression qui va dans le bon sens. Je voulais te demander, c'est une question un petit peu rituelle chez Parole de Bâtisseur, si tu pouvais transmettre un seul message à ceux qui nous écoutent et plus particulièrement à des patrons de... Dans le secteur de la construction, à des jeunes, aux décideurs publics, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Patrons et décideurs publics, j'ai envie de dire ne renoncez pas. C'est ce que j'ai déjà dit plus tôt. Ne renoncez pas à nos ambitions de transformation, à nos ambitions environnementales. C'est ça qui va faire notre force, notre singularité. On va y arriver à se transformer. Donc il faut maintenir le cap. Il ne faut pas renoncer à l'aéro 2020, il ne faut pas renoncer au C2E, il ne faut pas renoncer à ces différentes politiques publiques qui... nous tirent vers le haut et pour lesquels ils donnent des défis qu'il faut soutenir. Le deuxième conseil, c'est encourager l'innovation française, européenne, sur le territoire, ce qui permet cette réindustrialisation. On a besoin de financement, on a besoin de commandes publiques, on a besoin de tout ça pour y arriver et il y a plein de défis à relever.
- Speaker #0
Merci beaucoup Adrien d'être venu que... dans Parole de Bâtisseur. C'était un plaisir. On te retrouvera sans doute une prochaine fois. Merci beaucoup. Le message, ne renoncez pas. On ne va pas renoncer chez Parole de Bâtisseur. On va continuer à recevoir des invités de talent. On vous remercie. Vous êtes nombreux à nous suivre. Vous êtes 3 millions à avoir vu nos épisodes. Continuez à vous abonner et on vous donne rendez-vous une prochaine fois. Merci.