Speaker #1Et j'ai eu une haute éducation. Bon, ma mère tenait à ce que je sois magnifiquement éduquée. J'ai été vraiment éduquée quasiment comme une princesse. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire que je ne savais pas faire mon ménage, je ne savais pas faire faire mon linge. J'avais quelqu'un à demeure tout le temps qui faisait tout pour moi. Vous vous rendez compte un peu le bonheur et la merde que c'est. C'est-à-dire qu'en fait, je n'ai jamais été autonomisée. Et quand mon frère est venu au monde, j'avais à ce moment-là 12 ans. J'étais fier comme artaban d'avoir un petit frère. Je n'ai jamais pu le toucher. Parce qu'il y avait une nurse qui est venue pour s'occuper. Maman ne s'est jamais occupée. enfants. Il y avait une nurse, il y avait la femme de ménage et à deux meurtres, et il y avait une nurse qui s'occupait de mon petit frère. Et j'ai jamais pu longer mon frère, m'en occuper, j'étais pourtant tellement... heureuse et bien la petite fille elle avait tout le temps des problèmes de d'angines et de gorges c'est bizarre ça quand même surtout que maman s'était remarié avec un monsieur mon père est un zombie c'est ça on le met à part j'ai quasiment pas de souvenirs de mon père tis n'est Pas beau du tout. Donc en tant que petite fille, j'ai tout de suite compris qu'il fallait que je le mette à l'index. Mais ma mère vivait avec un monsieur qu'elle aimait beaucoup. Et lui était très nerveux parce que lui, sa famille, il avait trois enfants, qui était resté avec son autre femme. Et donc, il était malheureux. Et donc, c'était moi qui trinquais, évidemment. Donc, quand il était malheureux, quelle est celle qui prenait la claque ? C'était moi. Lorsque maman a divorcé de mon père, les frères et moi, on a été séparés. Donc, mes deux frères sont restés chez papa et moi, je suis allé chez maman. Donc, en fait, j'ai été quand même... pas mal battu. Et alors à chaque fois, maman pleurait devant nos engueulades, parce que c'était de ma faute, bien sûr, ça ne peut pas être autrement. Et elle pleurait, il fallait que je m'excuse. Voilà. Ça, je crois que c'est le pire de tout. C'est qu'il fallait que je m'excuse à chaque fois. Vous vous rendez compte ? Alors déjà, j'avais dans ma tête que ce n'était pas juste tout ça. que c'était pas bien. Et je montais les escaliers en râlant, en disant, t'as de la chance d'être la marie de ma mère, t'as de la chance d'être la marie de ma mère, sinon je te préviens, je t'aurai cassé la vie dure ! C'était la loi du pot de fer contre le pot de terre, j'avais aucun moyen, aucun pouvoir, rien ! Ma mère et lui ne faisaient qu'un, donc moi, j'avais qu'à la faire. Bon, alors, évidemment, après, je me suis très vite rendu compte que mes deux sœurs étaient magnifiquement belles. Moi, j'avais un surpoids. Ma mère était désolée. Et quand elle me voyait, elle pleurait en disant, mon Dieu, ma pauvre chérie, comme t'es grosse. Mon Dieu, ma pauvre chérie. Mais à un moment donné, j'en ai eu marre. Et donc, je suis rentré dans une église et j'ai dit que j'en avais marre d'être amoureuse comme ça de tous les gens qui aimaient mes sœurs. Mon vœu a été exaucé et je n'ai plus aimé. Du tout, du tout, du tout. Alors bon emballant, je me suis dit que je ne voulais pas non plus coiffer la sainte Catherine. Je voulais partir de ma famille puisque je continuais toujours à être battu. Donc il fallait peut-être que... Je sais, c'est un peu, quand même. Et donc la seule solution, c'était de me marier. Mais avec qui ? Et puis un jour, il y a un monsieur qui est arrivé, enfin monsieur, un jeune gars, je travaillais à ce moment-là au syndicat d'initiative, il est arrivé parce qu'il prenait le train et j'étais juste à côté du train, voilà. Et on s'est rencontrés donc il m'a dit tiens quand je reviendrai ça serait bien qu'on sorte ensemble. Et puis après ils m'ont demandé en mariage une fois où j'étais parti au sport d'hiver et là mon beau-père a été encore plus dur avec moi. C'est à dire que mon frère s'est cassé la jambe en ski et c'était de ma faute. Il ne voulait plus me voir en peinture. Et j'avais pas le même le droit de rentrer dans l'appartement. Donc là, je me suis dit, Taillot, Taillot, il est temps que je me barre ! Et comme François m'avait plus loin demandé la main, j'ai dit oui. Et donc, après j'ai eu mon premier enfant, j'ai eu mon deuxième enfant, mais entre-temps, n'oubliez pas que c'était mai 68. C'était fini, les... La fidélité, c'était fini, les couples, il fallait ouvrir. Donc j'ai essayé, j'ai essayé d'ouvrir, j'ai essayé de comprendre. Il y a eu plein plein de monde qui sont passés ici, mon Dieu. Mais pour moi, ce n'était pas possible. Bon, et puis j'ai vu que mon époux, pour lui, c'était plus facile. Oui, il a commencé à vouloir, disons, se rassurer, parce que c'était un manque total de confiance en lui. Et donc, une, et puis d'autres, et puis trois, et puis après, voilà, Alors moi j'étais meurtrie complètement, j'ai eu deux ans de dépression quand même. Et je n'ai pas pris un seul médicament, je me suis fait face tous les jours, dans une glace, les yeux dans les yeux, en me disant, pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Qu'est-ce qui a fait que ? Et puis un jour, une femme est arrivée ici et a vécu ici dix ans. Et donc cette femme était la maîtresse de mon époux. Et ça, et bien écoutez, ça a été dur au début bien évidemment, mais ô combien curateur et... Parce qu'en fait je me suis rendu compte que la... Le problème ne venait pas de moi. Donc j'ai poursuivi mon chemin. Mon époux aussi a poursuivi son chemin par-dessus et par-là. Et puis donc, il y avait toujours cette dame qui était ici, qui était venue ordinairement pour aider les enfants. Et je continuais mon bonhomme de chemin. Et à ce moment-là, il est arrivé ce monsieur. Quand il s'est asseyé à côté de moi, il me réchauffait. C'est tout. C'est tout. Quand tout à coup, il était à côté de moi, je sentais comme une chaleur. Et je l'ai regardé, il était beaucoup plus jeune que moi. Qu'est-ce que c'était que ce gars de l'euro ? Attendez, je ne pouvais quand même pas penser un seul instant qu'un jeune pouvait m'apporter quoi que ce soit. Prétentieuse comme j'étais ! Et tout à coup, j'ai senti un sentiment monter pour lui et un sentiment d'amour comme je n'avais jamais connu. Et vous vous rendez compte, j'avais fait deux enfants. J'étais presque... j'étais une femme mûre, quoi. Donc je suis restée comme deux ronds de flanc, quoi. Je croyais que ma vie était finie. Je croyais que c'était foutu, quoi. Et voilà que tout à coup, je réapprenais à aimer. Alors lui, c'était un oiseau sur la branche, il n'avait rien, il n'avait pas de situation, il n'avait pas d'argent, il n'avait rien ! Donc c'était vraiment pas pour son argent que je l'ai aimé ! Mais je l'ai aimé, voilà. Et puis un jour... il est parti pour monter quelque chose et il m'a dit si tu veux il y a une galerie en bas parce que moi je suis peintre donc j'ai quitté tout ici pour aller vivre la bohème avec mes tableaux, mes pinceaux mes cadres etc et je me suis installé dans la galerie pour essayer de vivre de mes tableaux En fait, je ne suis même pas parti pour lui. Je suis parti pour me réaliser. Vous voyez ce que je veux dire ? Me réaliser avec... Je ne voulais pas que ce soit pour lui. Surtout pas pour lui. Mais il était là. Ça a été mon point de chute quand même. Et donc, on a vécu 30 ans d'amour indéfectible. Mais c'était un très bel homme. Mon Dieu, mon Dieu, que j'ai eu la chance de l'avoir rencontré. Il était libre. Vous voyez ce que je veux dire ? Libre, Max. Et ça c'est rare quand même quelqu'un de libre. Bon voilà, puis malheureusement il est mort dans d'atroces souffrances, puisqu'il a eu un cancer des pancréases, que je ne souhaite à personne. Et voilà, donc j'ai ramassé mes outils, mes os, ma chair, ma tête. Et j'ai essayé de survivre. J'ai eu mis dix ans à m'en remettre. Et je survis. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors lui, quand il est parti, il m'a dit qu'est-ce que tu vas faire sans moi ? Oui, c'est vrai, qu'est-ce que je vais foutre sans toi ? C'est vrai, c'est vrai ! Et ben voilà, maintenant je fous sans lui. Je suis revenu ici. Heureusement d'ailleurs, parce que je pense que je serai morte si j'étais resté en Mayenne. Je suis revenu ici pour mes enfants, pour mes petits enfants, et bien m'en a pris puisque vous voyez, je suis toujours là. Donc en fait, on peut survivre à tout. Le tout, c'est comment on voit les choses. En fait, il faut estimer pour aimer. C'est fou ! Est-ce que c'est de l'orgueil ? Est-ce que c'est... Je ne sais pas. Il faut estimer. Mon époux, je l'estime énormément. Je le trouve absolument génial en beaucoup de points, mais il n'est pas fidèle. Alors maintenant, j'apprends le partage, c'est-à-dire qu'en fait, je comprends que j'aurais dû le vivre différemment, mon époux. J'aurais dû accepter qu'il ne soit pas fidèle. Et bien, c'est-à-dire un détachement, une liberté de l'autre. Et une liberté de moi. C'est une ouverture. C'est ça que je comprends maintenant, c'est ça mon chemin maintenant. C'est très drôle, c'est le contraire de ce que j'étais quand j'étais jeune. C'est mon orgueil, c'est mon orgueil qui faisait que je n'acceptais pas. de le partager. Et donc cet orgueil, c'est pour moi là, le maître mot de la vie. C'est-à-dire, si on ne connaît pas son orgueil, si on ne sait pas quel est notre orgueil en nous, et qu'on ne tire pas tous les jours le petit bout de la queue de l'orgueil, qui malheureusement est toujours en vie, c'est... Et bien on se fait avoir comme au coin d'un bois. Voilà. Et cet orgueil, il faut le prendre avec amour, avec humour, et avec... C'est pas plus grave que si vous aviez des petits blondes ou brunes. C'est pas plus grave. L'orgueil c'est inhérent chacun. C'est... On est égoïste et orgueilleux, mais oui, mais oui, mais oui, mais avouons-le. Je dis souvent, rien n'est important si ce n'est l'amour et la mort, et encore. Parce que l'amour, on peut le diffuser presque universellement, et carrément universellement d'ailleurs, et la mort, tant qu'on aime, il n'y a pas mort. Tout ça pour vous dire qu'on se fait plein d'illusions quand on est jeune, et quand on arrive à mon âge certain, on se rend compte qu'on s'est bien trompé. Ça fait deux ans que je connais quelqu'un qui m'a redonné goût. Je l'ai connu à travers un site de rencontre. Alors moi j'aime beaucoup écrire et lui aussi. On s'est écrit au moins six mois, oh oui. Et lui partait quinze jours, un mois, et puis il revenait. Ah ben voilà. Et puis un jour j'ai souhaité. L'avoir dans ma vie. Et je lui ai dit, je lui ai dit que j'avais souhaité, pour Noël, qu'il rentre dans ma vie. Et il m'avait dit, ah mais attends, moi je ne suis pas un amoureux, je ne suis pas quelqu'un qui aime, je ne suis pas quelqu'un qui... Moi dès que je suis quelqu'un, j'oublie, et puis c'est tout, et puis après j'en apprends une autre, et puis après j'oublie, et puis encore une autre, et puis j'oublie. Et puis en fait, on s'est vu. Et c'était comme si j'avais toujours connu. C'est très drôle. Je ne me reconnais pas du tout, du tout, du tout. Et puis, on est toujours ensemble. Et lui a quelqu'un d'autre. Mais au lieu d'en avoir 8 ou 5 ou 6, il n'en a plus que 2, une et moi. J'aime à 80 balais, c'est magnifique. Mais c'est magnifique et je suis aimé. Qui plus est, il a encore des progrès à faire, parce que je ne suis pas encore tout à fait convaincu. Parce que je le décoiffe, lui le bien coiffé. Et donc, voilà. Et c'est vrai que ce n'est pas toujours évident d'être décoiffé. Je comprends. Mais je ne le décoiffe pas dans le mauvais sens. Je le décoiffe dans le bon sens. C'est-à-dire, je le décoiffe pour qu'il prenne conscience. qu'il réfléchisse et qu'il prenne conscience de sa propre vérité. En fait, ce n'est pas le bonheur qui vous apporte. Le bonheur, il est à vivre. Il est à jouir. Vous voyez ce que je veux dire ? On le prend, mais c'est tout le reste, c'est toutes les difficultés qui vous apprennent. L'homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. C'est tout ! C'est tout ! Et après, quand vous êtes dans votre bonheur, C'est comme un transat, vous voyez ce que je veux dire ? Voilà, il ne faut pas prendre tout ça mal. Tout dépend du regard que vous avez. Voilà, je trouve. Vous prendrez ce que vous voulez dans ce que je vous ai dit, parce que c'est aussi une très belle phrase de fin. Tout dépend du regard que vous avez sur le monde, sur les difficultés, sur... Tout est une expérience à vivre, quelle qu'elle soit. Vous les méritez dans votre grandeur. Plus elle est difficile, plus vous devez vous agrandir. C'est tout.