- Antoine
Et si le monde du bien-être pouvait se défaire des dons qui le déconnectent de la réalité ?
- Annabelle
Dans ce podcast, on vous propose d'explorer les parts d'ombre des thérapies complémentaires et de la spiritualité. Entre-soi, injonction du positif, consommation du bien-être, jargon parfois inaccessible, fausse authenticité.
- Antoine
Ce projet est né d'une envie de mettre un peu les pieds dans le plat, d'apporter de la transparence et de la simplicité à tout ça. L'intention de cette mini-série, c'est notamment de s'ouvrir à la possibilité d'approcher le monde du développement personnel et du bien-être d'une manière plus abordable, plus ancrée. Et moins dans l'injonction.
- Annabelle
Avant tout, c'est se dire que, moi en tout cas pour ma part, je suis pleine de convictions, mais elles changent tout le temps. Donc ce que je vais dire aujourd'hui, c'est à un instant T. Je ne sais pas où en sera ma réflexion d'ici un mois, deux semaines, un an. Et que je vais m'efforcer de le faire sans jugement, mais en vérité, je vais être dans le parti pris aujourd'hui. Je ne me dis pas que je ne vais pas juger. En vérité, je suis un être humain. Je vais me laisser porter par ce qu'on va se dire. Et toi ?
- Antoine
C'est marrant que tu parles de jugement parce que c'est vraiment la crainte que j'ai eue ce matin avant d'arriver et que j'ai eue depuis quelques jours en pensant à ce podcast. J'essaie d'être le plus vigilant possible à identifier quelle est la part de jugement versus la part de simplement essayer de comprendre. En tout cas, si j'ai une intention aujourd'hui, c'est de clarifier mon ressenti et en discutant comme ça, de peut-être essayer de lui donner encore plus de sens Mais vraiment dans un sens d'exploration. Évidemment, comme tu dis, le jugement, parfois, on est aussi conscient qu'on le peut, et qu'il peut se glisser parfois malgré nous.
- Annabelle
Oui, on a notre fonctionnement égotique, qui est là en permanence, on joue entre les deux. Donc, de toute façon, on a nos filtres.
- Antoine
Et c'est vrai qu'une des questions que je me suis posée, je ne sais pas si c'est pertinent ici, mais de me dire pourquoi ça m'affecte autant, qu'est-ce qui fait que ça m'affecte, et surtout, est-ce que moi je n'ai pas une part de ce que je vois dans ce monde de bien-être, est-ce que justement j'en suis pas, de tenir un examen assez sérieux, moi par rapport à ça, comment je me situe.
- Annabelle
Forcément, si ça nous touche. Si on a besoin d'en parler aujourd'hui, c'est que forcément il y a une partie de nous, on se reconnaît peut-être dedans. C'est possible. Ou on a été nous-mêmes acteurs de ces fonctionnements qu'on ne peut plus blairer maintenant. En tout cas, c'est ça. La question que je me suis posée, c'était une question de légitimité. Mais la question de ma vie, c'est est-ce que je suis légitime à parler d'un sujet ou pas ? Et... Et en fait je me dis, ça fait 8 ans que j'accompagne les praticiens du bien-être et des thérapies alternatives, complémentaires, la spiritualité, il y a plein de termes pour en parler. Et je suis moi-même dans le dev perso et la spiritualité depuis petite, depuis toute petite. Et en fait, Là, si je m'autorise à m'exprimer, c'est parce que j'ai vécu des expériences et que j'ai compris des choses. Et j'ai vu une palanquée de praticiens et je pense que j'ai pu analyser aussi, voir des similitudes dans les comportements, dans ce qui pouvait nous faire du bien et aussi ne pas nous faire du bien. Toi tu te sens légitime à en parler ce matin ?
- Antoine
En fait je ne me pose même pas la question de la légitimité
- Annabelle
Ah bah ouais, t'as pas de problème avec ça
- Antoine
Non mais là pourquoi je ne me la pose pas ? Parce que c'est un cri du cœur, c'est quelque chose que j'ai besoin de partager, J'ai besoin d'en parler ! C'est comme quand il y a un truc qui va mal. Et puis on se retrouve entre personnes qui potentiellement souhaitent la même chose. Et de se dire, moi je sens ça, ça me dérange... Toi tu n'as pas le même truc. Et puis qu'est-ce qu'on... Comment on regarde ça ? Est-ce qu'on peut en gros parler de ce problème ? Je n'ai pas envie que ça reste un truc encore, parce que je n'aime pas les trucs qui restent comme ça, où tu le sens, c'est sous-jacent, c'est un truc qui traîne dans le fond, et on sent que... Moi, à chaque fois que je me retrouve dans des groupes de praticiens, j'ai l'impression qu'il y a plein de choses qui se passent, parce que je... qui ne me plaisent pas, où je ne me retrouve pas du tout. Et puis du coup, je n'ai pas du tout envie d'appartenir à ce monde-là. Et pourtant, j'aimerais bien, dans le fond, j'aimerais bien trouver une forme, mais très légère d'appartenance, mais là, je ne la trouve pas.
- Annabelle
Oui, mais comme dans toute forme de groupe, il y a un entre-soi qui se crée. Et moi, pour être tombée dans cet entre-soi pendant des années, j'ai appris tellement de choses, j'ai tellement avancé sur moi, j'ai exploré tellement de pistes. C'était fabuleux et en même temps à un moment je me suis retrouvée dans cette situation où en fait j'avais perdu mon discernement, où j'avais pris pour argent comptant ce qu'on me disait en fait, je croyais tout ce qu'on me disait. Je ne faisais plus appel à mes connaissances. Je sentais qu'il y avait des trucs qui me dérangeaient quand on me parlait de certains courants de pensée, parce qu'il y en a plein dans ce monde-là. Et à un moment, je me suis dit, là, en fait, on tombait dans un syncrétisme qui ne me convenait pas en fait. Pour vulgariser à l'extrême le syncrétisme, c'est que tu prends dans chaque courant de pensée ce qui t'arrange. Tu fais ta bouillie avec ça, ta potion magique, et tu ne prends que ce qui t'arrange dans les différentes religions ou les différents courants de pensée. Alors sur le coup, c'est bien parce que c'est la route que tu as trouvée pour avancer vers toi-même, et en même temps, forcément, ton fonctionnement égotique rentre en jeu ici, et en fait, c'est pour moi une fabuleuse stratégie d'évitement pour ne pas aller, ne plus avoir de contraintes. Ça, c'est un truc que j'ai pu vachement remarquer dans ce milieu, c'est qu'on veut, on maximise l'absence de contraintes.
- Antoine
Oui, oui, oui.
- Annabelle
Tu écoutes tes besoins mais alors du coup, les besoins de l'autre passent aussi à la trappe. Il n'y a plus de... Enfin, tu vois, est-ce qu'il y a une place aussi quand même pour le compromis, pour l'altérité ? Tu vois, il y a un truc où, en fait, alors qu'on est dans l'amour inconditionnel, en fait, on s'individualise totalement. Tu vois ce que je dis ?
- Antoine
Oui, je vois. Chez moi, ça se représente... En fait, la manière dont je le perçois, ce qui fait que ça me touche, c'est l'impression qu'il y a une dissonance tout le temps. Une sorte de dissonance incroyable entre ce qui est dit et ce qui est manifesté. C'est-à-dire la qualité de la présence et les mots. Et donc, c'est une sorte de concours, un peu de joute. Je vais te lancer mes vérités. Ça va être une joute de vérité. Je crois que... Fondamentalement, j'ai l'impression comme s'il y avait une compétition qui n'était pas déclarée.
- Annabelle
Ah oui ! Un niveau de constance qui perd le recul.
- Antoine
Et la compétition, c'est "je suis plus sage que toi, je suis plus... Voilà, c'est ça. Donc c'est devenu en fait un nouveau délire, sauf qu'on a changé. C'est exactement la même chose. En fait, c'est les mêmes fonctionnements sociétaux, etc. Sauf que là… Il y a une course à l'élévation spirituelle et moi je suis au-dessus de... "Non, j'ai plus conscience que toi"". Et en fait, c'est pas dit.
- Annabelle
Il y a plus de love, mais en fait, la guerre des égaux est toujours présente.
- Antoine
Ben oui, en fait, elle est super présente. Et alors, est-ce qu'on fait semblant que ça n'est pas là ? Et puis on se dit, ben en fait, non, non, c'est là. Parce que moi aussi, je l'ai ressenti et moi aussi, je l'ai ressenti chez moi. Il faut être honnête aussi, c'est-à-dire que par certains moments, évidemment, dans un certain contexte, ben t'as l'impression que oui, en fait, c'est une compétition de qui... est le plus conscient de la salle. Et c'est insupportable parce qu'on n'est pas détendu. Tu ne peux pas le détendre.
- Annabelle
Oui, parce qu'en plus, il y a forcément des attentes. Il y a des... Ben, parlons des injonctions du bien-être, tu vois, c'est le "ne pas juger". Tu vois, là, quand on a dit on va essayer de faire sans jugement, en vrai, c'est impossible. On ne peut pas ne pas juger, en fait. Parce que si on arrête de juger, ça veut dire qu'on n'affirme plus notre pensée, tu vois, et le ressenti aussi, peut-être.
- Antoine
C'est surtout qu'on met le couvercle sur le fait qu'on ait potentiellement des jugements.
- Annabelle
C'est sûr que c'est ça.
- Antoine
À partir de ce moment-là, on est à risque, justement, de les laisser mouronner et puis qu'elles sortent au bout du monde.
- Annabelle
"On aime tout le monde, on se respecte à fond". Ce que je vois quand je suis en séance avec les praticiens, c'est qu'il y a énormément de concurrence. Tout le monde dit "non mais il n'y a pas de concurrence, on est complémentaires" Et ça, moi je le revendique, je pense sainement de dire ouais, on a tous une zone de génie particulière et sur, par exemple, parlons des pratiques où il y a le plus de professionnels, la sophrologie, le yoga, chacun va pratiquer différemment. Donc il n'y a pas de concurrence. Mais quand je suis en séance avec les praticiens, oui, eux, ils parlent de concurrence clairement et ils sont dans la peur. Et donc c'est à la fois l'injonction du bien-être : "Il ne faut pas être dans la peur mais dans l'amour". En vrai, c'est très beau quand on est dans cet entre-soi, entre tous les pros du bien-être, mais en vrai, bien sûr que tout le monde est dans cette peur.
- Antoine
Oui, non, et puis en plus, non, non, mais alors typiquement, tu vois, cette phrase-là, pour moi, c'est un scandale complet, parce que, non, mais c'est vrai, parce qu'en fait, la peur, il y a plein de choses dans la peur, en fait, si on ne traverse pas la peur, on loupe tout.
- Annabelle
Mais merci !
- Antoine
En fait, en gros, tu sais, j'en parlais dans mon poste récemment où je disais que, en gros, se couper du négatif, c'est comme si on disait "tout va bien aujourd'hui, tout va bien maintenant". Ah bah ! Alors, "all is well". J'entends cette phrase parce que en fait, all is well, ça veut dire bah oui, on traverse des épreuves, il y a des hauts, des bas et en fait, tout ça, ça fait partie d'un chemin, etc. J'entends ça, mais voilà, c'est utilisé comme une manière d'invalider ce qui se passe vraiment.
- Annabelle
Et puis de nier la réalité. Moi, en tout cas, j'ai été là-dedans. Ceux qui écouteront ce podcast et qui me connaissent savent que voilà, on m'appelait le rayon de soleil. Ah bah, Annabelle, elle est toujours joyeuse, elle est toujours... Je vivais une vie de merde, il n'y avait pas d'autre mot, c'était la cata ! J'étais endettée, je vivais des violences conjugales, avec une épée de Damoclès, du suicide de mon ex-compagnon, qui est passé à l'acte, ça ne l'a pas empêchée de passer à l'acte. Et moi j'étais comme ça, "mais non, tout va bien, j'attends le signe", tu vois, j'attendais le signe. Et c'est plus possible. D'ailleurs, tu vois, là, le prochain coaching collectif, je l'ai appelé le bureau des pleurs. Je me dis là, voilà, viens, on s'autorise à se plaindre, en fait. Parce qu'il y a vraiment ce truc aussi, en fait, de "tout va bien", non, non, mais on vise la lumière, on vise la lumière, et puis on ne fait pas du tout, on ne reconnaît pas du tout nos parts d'ombre, et que la peur, elle est nécessaire. Elle fait partie du fonctionnement égotique. Je rappelle le fonctionnement égotique, c'est une personnalité qui se crée en réponse à... C'est une adaptation nécessaire aux événements extérieurs. Et donc la peur, elle est là pour nous protéger. C'est un message.
- Antoine
Justement, tu vois, il y a...
- Annabelle
C'est là pour être dépassé.
- Antoine
Une vidéo que j'aime tellement, que j'aimerais qu'elle soit diffusée partout, et notamment dans les collèges lycées, c'est "Vivre avec nos pères" de Thomas Dansembourg, où il fait d'ailleurs un speech incroyable, parce que c'est quasiment un avocat, mais on a l'impression que c'est un acteur de théâtre, tellement tout est fluide, tout est juste, en tout cas tout semble juste à l'oreille, etc. Il dit avec beaucoup d'humilité... Mais ils parlent justement du fait que, bah oui, les peurs, c'est nos chiens de garde, c'est ce qui nous aide, ça nous protège évidemment déjà d'avoir des accidents, etc. Mais c'est surtout aussi ce qui nous permet d'avancer et puis d'essayer de comprendre, bah en fait, par exemple, typiquement, en communication non-violente, la peur de blesser les autres, il y a plein de gens qui n'arrivent pas à avoir des conversations parce qu'ils ont peur de blesser les autres. Bah si on ne va pas explorer cette peur de blesser les autres, et bah évidemment, soit en fait, on se retrouve dans deux situations pourries : C'est soit on dit rien et on garde ça pour nous et puis on rend du ressentiment, soit on dit quelque chose et on blesse l'autre parce que clairement on n'a pas écouté cette peur de blesser l'autre et qu'on dit ça en disant "oui mais c'est quand même juste ce que je dis", ce que je pense quoi À ce moment-là, il se passe un truc, on est coincé dans un... Soit c'est nul d'un côté, soit c'est nul de l'autre. Et en fait, entre deux, pour arriver à ce chemin-là où il y a potentiellement une réponse, il faut traverser cette peur. Et donc, la peur, elle a tellement une mauvaise réputation, c'est sordide parce qu'en fait, c'est pareil, la jalousie, tout ça, c'est des émotions qui sont complètement laissées de côté. Et le fait de les laisser de côté, elles mouronnent et elles ressortent au pire des moments.
- Annabelle
Oui, au pire moment.
- Antoine
Et bien ça, cette fameuse injonction de sois positif parce que si tu vas attirer du positif et bien en fait c'est comme si on se découpait, on se séparait d'une partie de nous-mêmes qui a des choses à nous apporter, tout l'inconfort en fait, on n'aime pas l'inconfort, ben oui c'est désagréable, c'est désagréable de dire qu'on a des jugements, etc. Mais aussi ça nous enlève de notre piédestal, et ça aussi. Qu'est-ce que ça fait si on se dit "Non, moi, je n'ai pas de jugement", "je ne suis pas jaloux". En fait, qu'est-ce qu'on fait ? On se met sur un petit piédestal et on perd total contact avec son humilité.
- Annabelle
Ah mais complètement ! Et puis avec ce qui est en vrai au fond de nous, c'est qu'on nie notre part animale aussi. Tu vois, ça c'est un truc que je pouvais dire souvent, c'est que nous ne sommes que des humains. Tu vois, à force de vouloir toucher, atteindre ou être que notre part profonde et divine, on en oublie complètement notre fonctionnement égotique qui est là pour nous servir. C'est que, tu vois, on ne veut aller que vers la lumière, sans vouloir toucher nos ombres et les accepter, alors qu'elles font totalement partie de nous.
- Antoine
Et puis on a besoin de les intégrer pour avancer.
- Annabelle
Ah bah complètement ! Et puis si on les nie, on nie une partie de nous-mêmes, on se scinde, comme tu dis. C'est totalement contre-productif.
- Antoine
Et donc, tu vois, en termes de ressenti, dans le monde du bien-être, moi je me retrouve souvent face à des comportements où je me dis, c'est bloqué. J'ai l'impression qu'en fait, la personne dans sa manifestation, dans sa manière d'être physiquement, c'est tout coincé.
- Annabelle
Oui, c'est enkysté.
- Antoine
Tu sais, comme si c'était contracté. C'est vraiment une contraction. Et donc, oui, parce qu'en fait, il y a toute une partie qu'on s'interdit d'être. Et donc, dans cet endroit-là, on se sent à l'étroit. Et comme on se sent à l'étroit, on n'est pas bien. Et puis, encore une fois, on est à la fois dans une sorte de dissonance, à la fois une malaise, parce que clairement, on ne peut pas s'autoriser à être authentique.
- Annabelle
Oui, on est persuadé qu'on est authentique. À ce moment-là.
- Antoine
Oui, oui.
- Annabelle
Moi, pour l'avoir vécu, j'étais persuadée que je vibrais l'authenticité. Alors que je niais totalement la réalité. Et j'étais pour le coup dans une fuite spirituelle. Comme, je pense, beaucoup de personnes qui vont être dans ces pratiques du bien-être et de la spiritualité. C'est chercher un échappatoire à cette réalité qui est... horrible et qu'on ne sait pas comment gérer.
- Antoine
Alors après, tu vois, si on cherche à mettre... Moi, quand même, au final, je me dis, peut-être que cette étape, elle est nécessaire et ça met un peu de douceur dessus. C'est de se dire, tu sais, il y a un truc qui est connu quand on apprend une nouvelle langue. C'est que tu prends un mot, par exemple, tu apprends un nouveau mot et tu le mets dans toutes les phrases. - Ah oui, j'ai compris.- Et donc, c'est insupportable parce qu'en anglais, je me rappelle de "eventually" par exemple, je sais que l'on utilisait c'est chiant c'est insupportable pour celui qui écoute. Mais en fait, c'est une manière d'assimiler le truc. Et je me demande s'il n'y a pas quelque chose de cet ordre aussi dans le monde du bien-être, c'est-à-dire qu'il y a une... À un moment, on se répète tous ces motos, toutes ces phrases, etc. pour essayer de les assimiler. Et que du coup, ça crée quelque chose d'un peu tordu et pas juste, pas fluide, mais que c'est un passage. Et je me dis, c'est possible que ce soit ça.
- Annabelle
Oui, ça peut être ça aussi. C'est marrant, tu as dit qu'"est pas juste". C'est clair qu'il y a un jargon. Tu vois, le jargon, moi il y a un moment, je n'en pouvais plus, de ce jargon de tout est juste. Non, mais tout est juste ? Vraiment pas ! Va expliquer aux petits gamins qui se font bombarder la tronche avec les actes, c'est juste. Il y a eu un moment, je m'en suis persuadée. C'est dingue, en fait, comment dans cet état de fragilité dans lequel j'étais il y a quatre ans, où je m'étais persuadée de... de la justesse du monde. Et en même temps, tu vois, ça me trottait dans la tête. Je me disais : "mais attends, tout est juste, tout est juste... Nous, on est des petits Français, on peut se doucher tous les jours, on peut manger quand même tous les jours. Est-ce que je me vois dire à un SDF, à quelqu'un qui est en phase terminale de cancer, à un Gazaoui qui se prend des bombes sur la tronche ou en Ukraine, que tout est juste avec le sourire ?" Tu vois. "C'est toi qui as choisi dans cet incarnation de te prendre une bombe sur la tronche et de te faire violer". Tu vois ? Et à un moment, je me suis dit, ben non, en fait, c'est pas juste. Dans la réalité, c'est pas juste. Tu vois ?
- Antoine
Et puis, il y a surtout, en fait, typiquement, il y a un truc qui se passe, c'est que, en fait, quand ça c'est dit... En gros, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est que la personne a fait comme elle fait avec elle-même. Parce qu'en fait, ce cliché-là, de ce genre de réaction par rapport à une souffrance particulière, c'est en fait une invalidation de la souffrance. C'est-à-dire, c'est un refus d'aller voir la souffrance, d'aller la vivre, en fait. Et en fait, je pense que ce qu'on appelle la compassion, d'ailleurs, ça veut dire "souffrir avec" compassion, plus ou moins. Mais en fait, si on ne s'autorise pas à souffrir avec nous-mêmes, à traverser nos propres souffrances, on est incapable de faire preuve de compassion face à quelqu'un. Donc on est incapable de prendre une part de sa souffrance. Et je pense que si on se dit dans le bien-être et thérapeute, je pense que c'est impossible d'être un bon thérapeute si on ne se laisse pas traverser par la souffrance de ceux qui nous rendent...
- Annabelle
Oui, qu'on n'accepte pas l'épreuve.
- Antoine
Mais en fait, voilà, c'est ça. Alors, une fois, j'ai entendu quelque chose qui m'a aussi marqué, c'est de dire, en fait, oui, mais si tu dis que la souffrance est nécessaire, tu vas en avoir plus. Mais en fait, c'est avec l'histoire de la loi de l'attraction.
- Annabelle
Ah oui, de l'abondance.
- Antoine
Oui, oui, oui. Mais alors, pareil, j'ai l'impression que c'est encore une forme de déni. C'est encore un truc du genre, "ah ben non, je ne veux pas regarder la souffrance". Et j'ai l'impression, moi, pour le coup, que le chemin de croix, on a chacun le sien, mais il est… incontournable.
- Annabelle
Ah mais carrément. Moi, tu vois, ça me fait penser à quelque chose. Pour autant, tu vois, même si j'en suis revenue de tout ce qui est thérapie complémentaire et spiritualité, j'ai encore une foi profonde. Je vis ma spiritualité de façon plus intime maintenant. Mais il y a quatre ans, quand justement j'étais dans cette fuite spirituelle, où je vivais vraiment une vie de merde, il n'y avait pas d'autre mot, je me souviens d'un jour où je regardais le ciel, enfin plutôt le plafond parce que j'étais dans mon appart, et j'ai dit "Mon Dieu, je suis prête à être heureuse, vas-y, balance la purée !" Et trois semaines après, mon compagnon se pen****, se suic****. Alors, sur le coup, je me suis dit, Purée, la loi de l'attraction, elle est quand même assez… Elle est coquine, la loi de l'attraction, il faut faire attention ! Et en même temps, mais quel cadeau ! Parce que là, je n'ai pas eu le choix. Moi qui refusais de traverser la souffrance en étant dans un optimisme exagéré, exacerbé, là, je n'avais pas le choix. Si je voulais vraiment aller mieux, je me devais de traverser la souffrance en totalité.
- Antoine
Tu vois, c'est intéressant ça parce que… Il y a eu un truc bien trash, tu vois. Mais en fait, c'est intéressant parce que si ça se trouve, tu vois, là on pourrait dire, justement, peut-être dans ce contexte-là, tout va bien en fait parce que finalement, c'est le chemin, c'est-à-dire que pendant un temps, tu es dans une forme de déni, jusqu'à temps que la vie te mette un truc, la vie te mette… Et la vie elle est quand même bien faite pour ça... c'est qu'à un moment elle te coince quand même si t'es en déni, elle va te coincer à moins que t'aies une vie vraiment destinée à être complètement.. donc t'évites, peut-être t'arrives à éviter en permanence mais quand même au final tu te fais coincer et c'est peut-être ça ... c'est peut-être ça la finalité c'est que à un moment de toute façon ce déni il va être il va être confronté à une épreuve et ça n'empêche pas pour moi de dire en fait c'est pas très agréable...
- Annabelle
Ahahah ! bah non ! Ouais je suis d'accord avec toi là ! Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. On espère que ça vous a plu. Bien entendu, on serait ravis d'avoir vos retours et témoignages en commentaire. N'hésitez pas à partager d'ailleurs cet épisode autour de vous. Et puis, on a mis dans le descriptif de la chaîne un lien d'abonnement à la liste de diffusion si vous voulez être informé des prochains épisodes. Dans le prochain épisode... on poursuit notre exploration sortir de l'attente et de la non-action acceptation de l'épreuve relation entre l'être et le faire responsabilité ou bien encore pouvoir de la décision donc un grand merci pour votre soutien dans cette aventure n'oubliez pas de partager le podcast à très bientôt