Speaker #0Bonjour à tous, je tenais tout d'abord à vous remercier pour votre écoute. Merci malgré l'absence que j'ai eue et ça a continué à être écouté, donc un grand merci. Mes meilleurs voeux pour ce début d'année, pour vous tous, je vous souhaite réellement le meilleur à tous les niveaux et aussi d'acquérir la sérénité et la paix que chacun d'entre nous mérite à son niveau. Également, je tenais à remercier les personnes que j'accompagne et qui me font confiance. Comme vous le savez, nos échanges sont plus que précieux. Ils me nourrissent à tous les niveaux, donc ça merci beaucoup. Alors si vous aussi vous en sentez le besoin d'échanger car vous vous sentez comme un blocage, parfois juste un échange, le regard extérieur d'une situation vous permet d'avoir une vision soit globale ou un éclaircissement, alors n'hésitez pas à me contacter pour réserver votre séance confidence. pour vous accompagner vers votre reconstruction par mail ou directement via Instagram. A très bientôt ! Alors je vais juste mettre une préconisation par rapport à ce podcast. Pour les personnes qui sont en situation de deuil, qui sont endeuillées, vous êtes naturellement libre de l'écouter, seul ou accompagné. Comme je vais évoquer un sujet délicat, Je voulais mettre cette préconisation avant de commencer. Parce que ce que je vais vous raconter maintenant, c'est la pire épreuve de ma vie. Alors je ne suis pas dans la dramaturgie, pas du tout, c'est juste un fait. C'est un chapitre qui aura bouleversé ma vie sur les plus de dix ans qui allaient suivre. L'année 2014 aura été une année qui m'aura marqué au fer rouge. Cette année-là, la nuit du 8 mars, j'ai perdu ma mère. Elle souffrait d'un cancer des poumons fulgurant. Asthmatique. Elle avait été hospitalisée 15 jours auparavant. Pour vous resituer, prévue en catastrophe avec ma sœur le vendredi matin, l'infirmière de l'accueil nous refuse l'accès. Il faut l'accord de ma mère. Or, celle-ci est inconsciente, donc compliquée de savoir ce qu'elle souhaitait. Finalement, on ne sait pas si elle nous a pris en peine, mais après de longues minutes d'attente et ayant compris qu'on ne bougerait pas, elle nous a laissé passer. Ma mère est branchée partout. Elle a fait une grosse insuffisance respiratoire. Elle était en totale détresse. C'est pour cela qu'ils l'ont descendue au service des urgences. Seul service équipé pour ça. Elle est semi-consciente et surtout perdue. Mais elle nous voit. Et on sent que ça lui donne une sorte de regain d'énergie. Avec ma sœur, personne ne nous dit rien. Sauf qu'ils ont laissé son dossier médical. Naturellement, curiosité oblige. On tente de le lire, on n'y comprend rien. À l'intérieur de moi, c'est le stress, la panique, l'angoisse. Avec l'export en béquille. L'espoir chevillé au corps. Ça va aller. A midi, l'annonce de la pneumologue, comme quoi elle avait rarement vu cela. Le cancer de ma mère est foudroyant et qu'à cet instant précis, elle est là parmi nous, ces instants sont comptés. Les sports c'est frites, ça va pas aller en fait. Il y a des mots, des phrases qui restent, qui s'impriment dans votre âme. Avec ma soeur on accuse le coup. pas franchement. On est là, mais on ne réalise pas. Ces mots sont pourtant clairs, mais violents. On encaisse, sans comprendre, mais on encaisse. Nous sommes vendredi midi, elle a fini sa semaine de garde. Donc si on a besoin de quelque chose, on doit faire référence à sa collègue qui est permanence. Ça aussi ça reste. Il y a des détails si anodins dans cette... Telle circonstance, je ne sais pas pourquoi on s'y attarde. Dans ces moments-là, on s'accroche à l'absurde. Dans ce chaos, il a fallu prévenir ma grand-mère. Ça n'a pas été tout repos. Il fallait l'aménager, tout en lui partageant les infos que l'on avait. Mon petit frère, en pleine crise existentielle, était injoignable. Durant cette entrevue avec la pneumologue, ma mère est remontée dans sa chambre. Ça aussi, le détail. 763 ou 723 du service pulmonologie au dernier étage. Pour nous, la crise semblait être passée, mais l'attention du personnel soignant nous a fait sentir le contraire. Dans l'après-midi, une femme se présente comme psy et nous explique que les jours précédents, elle s'était entretenue avec ma mère. Hum ? Cela devenait sérieux. Mon cerveau commençait à presque comprendre la situation. C'est-à-dire que durant son hospitalisation, Ma mère avait fait une batterie d'examens, notamment un scanner, sur lequel ils avaient repéré des tâches. Et ils attendaient le résultat de la biopsie pour confirmer leur diagnostic. C'est le résultat qu'on nous avait annoncé et confirmé ce midi. En gros, au vu de la réaction de ma mère, au fur et à mesure des examens, ils ont fait appel à sa psy pour lui faire admettre la réalité et surtout son issue. Pour être clair... Ma mère était en plein déni, puisqu'elle ne nous a jamais parlé de cancer. Elle a évoqué certes une tâche, mais rien d'alarmant selon elle. Donc nous aussi ? Pourquoi on se serait inquiétés ? Parce que de base, elle était rentrée pour une grosse crise d'asthme, ok. Deux mois auparavant, elle avait été hospitalisée pour une ablation de la vésicule, là encore une fois, ok. Donc c'était des examens, pas plus. L'entretien avec cette fille ? qui a scellé pour moi le destin de ma mère. Dans mon cerveau, l'issue était fatale pour ma mère. Mais c'était flou. J'ai alors, dirons-nous, réalisé un petit peu la gravité. Je me souviens que lors de cet échange avec cette dame, elle avait tenté de me faire accepter l'état de ma mère et je lui avais évoqué l'après. Étant perdue, c'est pourtant... pragmatisme dans ces situations qui me surprendra toujours. Après coup, la seule question c'était quel était le souhait sur le lieu de son repos ? Où est-ce qu'elle souhaitait être enterrée ? Nous n'en avions jamais parlé. La seule réponse, puisque contrainte au secret professionnel, aura été de me dire avec mon frère. Tout en restant vague, étrange, cette personne qui semble venir vous soutenir Mais au final, on ne dit pas tout. On reste dans le flou. Durant l'après-midi, ma mère était la plupart du temps dans les vapes. C'est vers la fin de l'après-midi qu'elle a repris conscience. Quelques minutes. Je me souviens, avec ma soeur, nous sommes rués vers elle. C'était comme une éclaircie dans cette journée brumeuse. Elle nous a demandé de sortir un peu. Mais au vu des machines auxquelles elle était branchée, ce n'était pas possible. On la sentait épuisée. Avec tout de même une certaine lucidité. Et là, la question fatidique. Maman ? Après ? Où veux-tu être enterrée ? À côté de... S ? Alors elle m'a regardée. Et elle me dit, si tu poses la question, c'est que ça sent vraiment pas bon. C'est comme si elle prenait conscience de la situation. Je m'en suis voulu d'avoir été aussi brusque pour ses paroles. Son regain surtout n'a pas duré longtemps, et pour ceux qui l'ont vécu, ça ne dure jamais assez longtemps. L'envie de tout lui dire l'amour, même maladroitement, mais la pudeur, le temps, tout nous échappe. Ensuite elle est restée là, fatiguée, mais toujours en vie. On ne l'a quitté que pour de courtes durées. Arrivé tard dans la soirée, le personnel soignant avait compris, on ne partirait pas. Donc ils nous ont installé un lit d'appoint dans la chambre. On a veillé. Tout ce qu'on a pu. Et vers 4h du matin, au moment où nous avions baissé la garde, ou le sommeil, nous l'avons entendu partir. Le dernier souffle. Nous lui avons pris la main, nous l'avons appelée, nous l'avons secouée. Rien n'y a fait. Au bord de la panique, en larmes. C'était donc vrai. Elle allait nous quitter. Fini espoir, fini le monde d'avant. On nous a fait sortir de la chambre. À cet instant ? Les jours qui allaient suivre, j'étais à la fois lucide et totalement déconnectée. Littéralement stone, non pas par les médicaments, mais par le vide, l'absence. Et pourtant, il y a tellement de choses durant les heures, les jours qui suivent un essai. Le 8 mars 2014 était une journée froide, mais belle, ensoleillée. Juste après qu'elle soit partie et préparée par l'équipe soignante... Avec ma soeur, nous ne l'avons pas quitté. C'était comme s'il était encore avec nous. Je me souviens de lui avoir parlé. Je ne me souviens plus des mots, sans doute qu'elle pouvait y aller, que tout allait bien se passer. Ces mots, je ne sais pas si c'était réellement pour elle ou j'entendais de m'en convaincre. Il me semble que j'ai ouvert un peu la fenêtre, symboliquement pour la laisser partir. Nous sommes restés dans cette bulle irréelle, durant des heures, jusqu'à l'arrivée de ma grand-mère, avec ma tante et mon oncle. On les avait prévenus de son départ, quelques minutes après celui-ci. À partir de ce moment-là... Elle ne nous appartenait plus. On a laissé la place. L'étrange mélange de sentiments, de leur laisser, tout en voulant la garder encore un peu pour nous. Sortir de cette chambre à ce moment-là, c'était acter son départ. On a appelé les personnes qui comptaient. Ça aussi, ça oblige à rendre... ça nous oblige à rendre tout ceci réel. Je me souviens qu'on nous a tous réunis dans une salle Avec le responsable du service des personnes décédées. Je ne me souviens plus du nom du service. Il est venu tout nous expliquer. Il était grand, il parlait fort, avec des mots clairs. On peut dire qu'il avait le physique de l'emploi, comme on dit. Et pourtant je ne comprenais rien. Rien de ce qu'il disait. Je lui ai fait répéter quasiment toutes les phrases. Toutes les démarches. J'étais là, mais je n'étais pas vraiment là. A la sortie j'ai juste compris qu'on avait 4 jours pour tout organiser. et que c'était ma grand-mère qui était décisionnaire de tout. C'est parce que la loi l'imposait. Dans ce méandre, je suis soulagée. Je regagnais ma place d'enfant. Il n'y avait pas de débat, pas de conflit sur l'avenir de ma mère puisque tout était dans les mains de ma grand-mère. Une fois les démarches administratives faites, les obsèques ont eu lieu quatre jours plus tard, elle sera aux côtés de son fils et de son père. L'année là, j'ai perdu pied. Déboussolé, désorienté. La douleur était intense, celle qui prend aux tripes. Personnellement la première année, chaque jour, je me rappelais du moment partagé l'année précédente. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, c'était inconscient. Comme un compte à rebours qu'il a gardé encore un peu en vie. Le 8 mars 2015, soit la date anniversaire, je déteste ce mot pour cette situation là, de sa mort, j'ai dû prendre un congé. Je savais que mon corneille n'avancerait plus ce jour-là. Bizarrement, c'était revivre chaque instant de cette dernière journée avec elle. Et c'est là que mon esprit a commencé à accepter cette perte. Ce qui m'a tenu jusque-là, c'était mon quotidien bien rodé, avec mon travail, mon planning. Aussi le fait de déménager et de me rapprocher de mon travail. Se dire qu'elle ne viendra jamais dans ces lieux. Certains, leur plan « je salue » sont leurs enfants. Pour d'autres, c'est le travail. Moi, c'était la seconde option. Je crois que le quotidien m'a sauvée. Et en réalité, il m'a anesthésié. Cette routine m'a obligé à sortir de chez moi, à avoir des contacts sociaux, alors même que mon esprit était loin, désorienté. Ma routine m'a sauvé des abysses dans lesquels la douleur vous plonge, la foi en la vie et mes visites régulières chez ma grand-mère, que parfois j'appelais maman. J'avais perdu ma mère, elle avait perdu sa fille. Dans un sens, c'était la seule à comprendre ma douleur. Le manque que cela fait au cœur et à l'âme. Comme pour trouver un sens à tout ça, un jour elle m'a sorti le bon Dieu, que le bon Dieu avait besoin d'elle. Là-haut, c'était pour cela qu'il l'avait rappelé. Certains appellent ça le destin. En fait, on s'en fout, peu importe le nom qu'on lui donne, tant que cela nous fait du bien à ceux qui restent. On dit que le temps soigne toutes les blessures. Jusqu'à peu, je vous aurais dit non. car une part de moi était souvent nostalgique. L'évocation d'un film, d'une chanson, d'un souvenir me perçait encore le cœur, il y a si peu de temps. Aujourd'hui j'honore le fait que les gens viennent me parler d'elle, avec tendresse et souvent avec le sourire. Parler d'elle c'est sans souvenir, et les grecs disaient que tant qu'on parle d'une personne elle vit toujours, alors c'est devenu mon credo. Beaucoup moins de nostalgie, plus d'évocation. certes est un passage obligé de la vie il est douloureux, il est je pense à la hauteur de l'amour qu'on en a porté à la personne partie alors je peux vous le dire, qu'est-ce que je l'ai aimé et je l'aime encore on ne se l'est peut-être pas assez dit mais mes actes ont parlé pour elle, pour moi pardon chaque deuil est différent on n'aime jamais de la même manière jamais de la même intensité l'impact du deuil c'est pareil Accordez-vous du temps pour pleurer, pour vous souvenir, pour rire. ou autre chose. Juste un conseil pratique, ne prenez pas de décisions importantes juste après un décès qui vous impacte. Certaines personnes pourraient se jouer de vous et ce à tous les niveaux. Je vous remercie. Ce podcast n'a pas été facile à écrire mais était nécessaire car ce point de bascule de ma vie a fait ce que je suis devenu. Donc je sais que commencer l'année avec ce podcast n'est pas évident. Mais ça fait partie ainsi de la vie, ça fait partie de la reconstruction. Pour ceux qui sont dans une telle situation, prenez le temps, vraiment, faites ce que vous avez envie de faire. Ne cherchez pas à ce que, peu importe le jugement autour de vous, vous allez vous retrouver dans des situations stupides pour les autres, on s'en fout. Prenez du temps pour vous, honorez la personne que vous avez aimée, dites-lui... Ou écrivez-lui ce que vous en pensez, ce que vous avez besoin de dire à la personne. Qu'elle soit ici, qu'elle soit partie, quoi qu'il en soit, les mots seront reçus, je vous l'assure. Prenez soin de vous, je vous dis à très bientôt. Et s'il y a quoi que ce soit, n'hésitez pas. À très bientôt, prenez soin de vous.