Speaker #0Bonjour à tous, je tenais à vous remercier pour votre écoute, vous êtes de plus en plus nombreux à écouter les podcasts, à me suivre via Instagram ou Facebook. Merci beaucoup, c'est hyper encourageant. Également et surtout aussi les personnes qui m'ont fait confiance, qui ont pris rendez-vous pour leur séquence Confidence. Ces essences sont très précieux pour moi. Ça fait partie aussi de ma thérapie, on ne va pas se mentir. Et j'accompagne, c'est top parce que, pour le coup, vous accompagnez vers votre propre reconstruction. C'est un réel plaisir d'échanger avec vous. Donc, n'hésitez pas, si vous en sentez le besoin, de prendre contact avec moi directement par mail ou via les réseaux sociaux. Je vous répondrai avec grand plaisir. À très bientôt. Au début de mon récit... J'ai expliqué que l'inceste avait été bien plus qu'une série d'agressions. Il avait profondément bouleversé toute ma famille. Ce que je vais raconter maintenant, c'est une des épreuves supplémentaires. Nous sommes fin novembre 2011. J'allais commencer ma saison comme lutin du Père Noël, comme j'aimais à le dire. A l'époque, je tenais un chalet dans un centre commercial pour les fêtes. Ce vendredi-là, ma sœur, ma mère et moi étions dans ma cuisine à Nîmes. Nous parlions des préparatifs de Noël justement, des décorations que je venais d'acheter. L'ambiance était légère, joyeuse. Puis le téléphone a sonné, celui de ma mère. Son visage a littéralement changé immédiatement. Sans entendre la conversation, ma sœur et moi nous avions compris que quelque chose de grave s'était produit. Quand nous l'avons interrogée, elle a hurlé. « Il est mort ! Il est mort ! » Un gendarme venait de lui annoncer le décès de mon frère aîné, retrouvé pendu chez lui. Le choc était immense. Nous ne comprenions pas tout, et surtout ma mère. Elle pleurait, elle criait. Elle qui lui parlait, plusieurs fois par semaine, persuadait qu'il allait un peu mieux. Car mon frère était dépressif, fragile. Elle apaisait souvent. Elle lui parlait avec douceur. Tendresse même. Des petits mots entre eux. Essayant d'atténuer ses angoisses. Il avait déjà eu plusieurs alertes sérieuses. Je me souviens notamment d'une fois où j'ai dû le calmer après un accident de voiture. Il n'avait pas eu de blessé. Mais il était choqué. Il n'était absolument pas dans son état normal. Perdu. Apeuré. Il ne savait pas quoi faire. Donc j'ai dû le guider à distance. C'est la seule fois où j'ai pu intervenir dans l'une de ces crises. Car on va pas se mentir, nos relations n'étaient pas au beau fixe, étaient de même distantes. Avec lui, je marchais constamment sur des oeufs, donc difficile d'établir de réels dialogues. Avec tout ce qui s'était produit dans notre enfance, les agressions, son placement chez ma grand-mère, puis le suicide de mon beau-père, mon frère avait passé sa vie à chercher sa place dans notre famille. Sa sensibilité était à fleur de peau, et sa construction d'homme avait été profondément altérée. Il avait été sali, isolé, blessé, et adolescent, il avait lui-même reproduit ses actes sur moi. Il ne s'est jamais pardonné. C'est cela, je pense, qui l'a détruit le plus de l'intérieur, même si nous n'en avions jamais parlé ouvertement. Je le sentais à son attitude. le poids de la culpabilité ne l'a jamais quitté il était un être tourmenté tentant malgré tout de construire sa propre vie son propre destin au travers de son travail ses amis ses relations tumultueuses amoureuses mais toujours sur des sables mouvants même s'il avait préparé son geste final il n'a laissé aucun mot pour l'expliquer ma mère et les personnes qui le côtoyaient sont restées dans le flou total Le paradoxe, en fait, car s'ils étaient à la fois perdus, ils n'ont pas franchement été surpris, du moins ceux qui le connaissaient véritablement. La seule chose que nous avions comprise, c'est qu'il n'avançait pas dans sa vie amoureuse, et qu'il désespérait. Ça lui était devenu insupportable pour lui, en plus du reste. Je parle d'eux, car pour ma part, je les sentis en paix. Il avait fait son choix. Il nous revenait, certes dans la douleur, de le respecter. Au-delà des agressions sexuelles, l'inceste l'aura gravé, l'aura ravagé toute sa vie. Alors pour ceux qui pensent que le temps répare tout, ça serait bien pratique. Oui, mais c'est totalement faux. Nous sommes tous différents, avec des sensibilités, des parcours et des fonctionnements qui nous sont propres. Il n'y a pas de petite agression et il n'existe aucun délai prédéfini pour la guérison. pour ce qui y parvient un jour. Soyons un peu indulgents envers nous-mêmes, on en a assez de notre quotidien. On nous a pris une partie de nous-mêmes, inutile d'en rajouter encore de la pression. Laissons-nous la liberté d'avancer à notre rythme pour nous reconstruire. Dans une fratrie, chacun grandit à une place déterminée, souvent liée à l'ordre de naissance. Pour lui, tout a été bouleversé. Il a été le souffre-douleur de mon père, puis la victime de notre beau-père, le placement chez notre grand-mère, et en pleine adolescence, il a accentué son mal-être. Bien que fût, ce n'était pas du tout l'intention de ma mère. Concernant ce qu'il m'a fait, alors je ne peux pas l'effacer. Cela fait naturellement, ça a créé de la distance, bien sûr, entre nous. Mais étrangement, je lui ai pardonné assez vite. sans pour autant oublier. Le pardon est une notion complexe, propre à chacun, personne nous y oblige. Mais peut-être que ma posture de sauveur m'a permis de lui accorder ce pardon et de me libérer moi-même d'un poids. Voyant combien lui-même était fragile et perdu, je savais que cela avait la hane entière, qu'il souffrait depuis son départ définitif en plus de la maison. Après cela, il était difficile de créer une véritable... relation fraternelle solide. Nous tentions de vivre avec l'ombre de quelqu'un qui restait loin et ma mère a réellement renoué avec lui après la révélation de l'inceste. A la suite de son décès, ma mère et ma grand-mère l'ont veillé durant une semaine, le temps que les démarches administratives et obsèques soient organisées. Son décès les a littéralement dévastés. Le jour de la crémation a été une douleur immense pour toutes les deux. Ma grand-mère le considérait presque comme un fils. Elle s'est même jetée sur son cercueil au moment où il partait. On l'a retenue. Avec elle, je suis partie marcher un moment, à l'écart. Mon ressenti est difficile à expliquer. Au milieu de toute cette souffrance, je sentais, je pressentais mon frère enfin en paix. Il avait combattu tout. toute sa vie. Et ma grand-mère, une fois calmée, a reconnu elle aussi cette évidence. Ce geste, venant d'une femme très pieuse, a été un choc supplémentaire. Et tant il allait, ça allait tellement à l'encontre de ses croyances. Pour elle, tout se bousculait. Le suicide, la crémation, et surtout le fait de perdre un petit-fils de 35 ans. Ce qui n'était franchement pas dans l'ordre naturel des choses. le concernant il se pensait fragile alors que c'est lui qui a dénoncé les actes c'est lui qui en a ragé de l'intérieur rien que pour cela merci d'avoir agi là où j'en étais incapable il se pensait faible de ne pas l'avoir confronté de l'avoir copié dans ses actes mais c'est le poids de la culpabilité qui l'a rongé tout le reste de sa vie c'est pour cela que j'ai pardonné il ne se pensait pas à sa place Alors que son départ aura anéanti ma mère, il aura tué à petit feu le syndrome du cœur brisé, nous l'avons vécu avec elle. Lui et moi étions le ying et le yang, nous avions la même lave incondescente. En nous, en moi, elle sommeillait, chez lui, elle était explosive et destructrice. Je tenais à rendre hommage à mon grand frère. Même si après tout, je fais un peu ce que je veux, puisque ce sont mes podcasts. Mais il était important de signaler, de mentionner que l'inceste, ce n'est pas juste l'instant T, une agression. Ça a détruit sa vie, ça a bouleversé ma famille. Et malgré tout, malgré ce qu'il pensait, il était bien plus fort, bien plus costaud de ce qu'il le pensait. En tout cas, merci pour votre écoute. Prenez soin de vous et à très bientôt. Au revoir.