Speaker #0La sexualité peut être une arme, un refuge, un jeu ou un champ de bataille. Pour moi, ça aura été tout ça à la fois. Ces années de BTS ont vraiment été un point de bascule dans ma vie. Je me suis créé un cercle d'amis solides, tout en me découvrant intimement. Et surtout, une première forme de liberté. Et cette liberté-là, je n'étais pas prête à la lâcher. Je savais que j'étais capable intellectuellement, mais mon sexe à pile, je ne l'avais jamais envisagé comme un pouvoir à moi. Oui, bien sûr, le sexe faisait partie de cette période, mais c'était pas que ça. C'était une période de test, d'expérience, de réappropriation de ma valeur par les regards extérieurs, mais aussi parce que je ressentais dans mon corps à ce moment-là. Ma première année de BTS ayant été validée, Une fois le téléphone reçu fini, je me suis attelée à chercher un job d'été. Je me suis lancée un challenge, être serveuse. Je parle de challenge, car pas d'expérience, et le trac de se dire, est-ce que je vais tenir la distance au niveau physique ? Et aussi, je devais me confronter à la relation client. J'avais besoin de me tester face à ces certaines réalités. J'ai donc trouvé un job de serveuse durant l'été sur la côte. Je tenais... tellement à ce job que j'en ai même menti sur mon lieu de résidence car trop éloigné au bout de mes patrons. Quoi qu'il en soit, je me suis lancé et je me suis prouvé que j'en étais capable. Il n'y a pas de petites victoires qui ne comptent pas. Elles ont toutes leur importance au moment où on les vit. A la fin de la première année du BTS, un site de rencontres faisait fureur et naturellement je me suis laissé tenter, je me suis inscrite. Internet en 2006, au risque de passer pour une has-been, c'était nouveau et on découvrait naïvement ses avantages. L'intérêt du site de rencontre, en plus de sa mission première, c'est aussi et surtout de pouvoir rencontrer des personnes hors cercle de connaissances intimes. Et pour quelqu'un qui aime compartimenter sa vie, c'est l'idéal. Je me souviens qu'on avait créé mon profil avec une camarade de classe. J'ai suivi ses conseils. J'étais chez elle quand je l'ai créée et de retour chez moi, j'ai été surprise de voir que j'avais reçu pas mal de messages et de compliments. Ces compliments m'ont fait un bien fou niveau confiance en soi et valorisation de l'image que je pouvais avoir de moi. Ce qui m'avait surtout marqué, c'était la remarque d'étonnement de ma camarade, qui semblait encore plus surprise que moi. Mon ego a rigolé, mais une part de moi a pris ça comme une révélation. Merde ! Peut-être que j'étais désirable, peut-être que j'avais un pouvoir sur mon image. Et pour une fille qui avait grandi avec l'idée qu'elle était grosse, que son corps avait été sali, c'était le début d'un reversement. Total. Je ne comprenais pas cet intérêt, mais c'était top. Ce que je cherchais à cette époque ? A m'amuser. Je venais de trouver ma réelle indépendance et j'étais pas prête à la lâcher. Arrive donc le premier date. coquin, comme on dirait aujourd'hui. On avait discuté, on avait un très bon feeling, et nous étions raccords sur ce que nous souhaitions. Ça a été une super soirée. Un bon moment de partage. Premier rapport consenti. Alors pourquoi ce bad, le lendemain, et les jours qui ont suivi ? Personne n'en a jamais rien su. D'ailleurs, comment l'expliquer ? Pourquoi je me suis sentie si sale ? Pas à cause de lui, à cause de ce que mon corps ressentait. Sans que je comprenne. Un malaise diffus, profond. Comme si une mémoire traumatique se réveillait sans mon accord. Mal alors que j'avais un retour positif de cet homme. Qui était trop... qui était top. Tout s'était bien passé pour lui. En plus, il souhaitait qu'on se revoie. Le décalage complet entre le bon moment, le moment de la séduction, avec nos échanges, avoir le même feeling, les mêmes envies, que tout se passe à merveille. Et pourtant, cette sensation de saleté qui me collait à la peau. Je savais pertinemment que ce mal-être était en moi. Il venait de moi, comme un réveil inconscient du trauma de la part du corps. Et pourtant, j'y suis retournée, le voir une dernière fois. Est-ce que mon corps vivait le trauma de l'acte, alors que ma tête voulait découvrir et ressentir le plaisir ? Est-ce que je cherchais le plaisir, ou est-ce que je cherchais à reprendre le contrôle, sur une scène que je n'avais jamais choisie la première fois ? Ensuite j'ai eu ce besoin d'avoir d'autres relations. J'avais à la fois le besoin de me salir et à en prendre plaisir, jusqu'à un moment pour qu'il ne reste que le plaisir, juste du sexe. Un deal simple, une fois, pas chez moi, sauf exception, c'était ma règle, mon contrat, mon territoire. Est-ce que je pouvais ressentir du plaisir sans que la honte prenne la place ? Le jeu de la séduction, la découverte de l'autre, l'excitation du moment, c'est addictif. L'aspect éphémère permet aussi de voir une facette plus trop proche de ce que pourrait être la personne. Et ça m'a allé pleinement. Alors je sais que venant d'une fille, d'une femme qui assume ce genre de relation, je vais passer pour une salope. 1. Je n'ai pas à me justifier auprès de vous. 2. Auprès de personne d'ailleurs. J'arrive pleinement à me regarder dans le miroir. J'ai dû oui en passer par là pour regagner ma sexualité. Et en même temps... C'était une forme d'acceptation de mon corps. D'autant que l'ambiguïté étant, ou l'hypocrisie de notre société, car mes rondeurs ont été pour certains un vrai fantasme. On nous fait croire que les femmes rondes doivent se cacher. Mais dans l'intimité, certaines de mes courbes étaient un fantasme absolu. Et j'ai réalisé que mon corps pouvait être désiré, pas seulement toléré. D'ailleurs, à travers différents échanges que j'ai pu avoir, J'ai pu me rendre compte que pas mal de personnes ayant subi soit des humiliations, soit des agressions sexuelles, passent par cette phase qui font de nous des croqueuses d'hommes, celles où on prend les hommes comme ils nous ont pris. Alors attention, pas pour se venger, mais pour reprendre un pouvoir symboliquement. Et j'en ai profité. Ma période que j'appelle gourmandise a duré un certain temps. Lors de cette période, j'ai dérogé à la règle, dans un sens, où certains, je les ai côtoyés plus d'une fois, ayant pleinement conscience qu'il n'y aurait rien de plus. Puisque même si j'appréciais leur compagnie, ou le moment partagé, j'étais dans l'incapacité de leur donner plus. Je ne suis jamais imposé cette pression que la société inculque, même passé les 25 ans. Les hommes étaient devenus mes objets sexuels. Cela peut paraître malsain. J'avais été l'objet des saloperies de mon beau-père. ils allaient devenir le mien, à mon bon plaisir. Puis moi qui donnait le ton, dans le sens où je prenais et ensuite je les jetais. À la grande différence que, attention, nous étions que des adultes consentants, où chacun savait ce que l'autre attendait sans fausse promesse. Moi je savais ce que je voulais, eux aussi, c'était un contrat, pas une manipulation. Est-ce que j'en avais pleinement conscience à l'époque ? Pas du tout, j'étais en roue libre. Et cette liberté m'a permis de me reconnecter à mon corps, mon désir et mes limites. Je me suis rendu compte que, oui, j'étais cabossée, mais beaucoup des gars que j'ai fréquentés l'étaient aussi. Est-ce que j'ai eu certains coups de cœur ? Moyens, peut-être. Est-ce que j'ai eu « on m'a proposé de me caser avec eux » ? Oui. Est-ce que je l'ai fait ? Non. Pour certains, j'ai ressenti une complicité ou de la tendresse. Je ne maîtrise pas les hommes. Certains m'ont offert des moments tendres, drôles, respectueux. Ce que je voulais, c'était me réparer en dehors de la dépendance affective. Ce n'est pas eux que je fuais. C'était l'illusion d'un lien qui m'enfermait encore. Pour certains des hommes, de ces hommes, j'ai ressenti de la tendresse, parfois même une forme de complicité sincère. Mais je ne pouvais pas aller plus. Pas parce que je ne voulais pas, mais tout simplement parce que j'en étais. incapable. Ma peur du lien veillait encore sur le seuil. Elle disait « Reste à distance, ne t'attache pas, c'est plus sûr, t'es pas là pour ça. » Ce que je défends ici, ce n'est pas la promiscuité pour la promiscuité. Ce que je dis, c'est que le nombre n'est pas une souillure, et que reprendre la main sur son corps, même en passant par le sexe, ce n'est pas son manquer de respect. Mon corps avait été volé, sali, nié. Il fallait que je le ressente vivant, désirant, libre. Il fallait que je le choisisse, même plusieurs fois, même dans différents contextes, même si c'était éphémère. Et je le dis ici et clairement, avoir plusieurs partenaires n'a jamais fait de moi une fille facile. Même, je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas une guérison, ça n'a pas été une libération complète. Ça a été une étape, une phase, une tentative. Cette période m'a permis de reprendre pied dans mon corps et de reconnaître que j'étais désirable, d'apprivoiser le plaisir. sans l'effondrement. Mais cela ne voulait pas dire que j'étais réparée. La confiance était partielle. Le plaisir était là, mais fragile. L'alignement, lui, entre mes émotions, les séquelles et mon corps, reste à construire. Ce chapitre de ma vie n'était ni honteux, ni glorieux, mais nécessaire. Pour l'aspect corporel, sans savoir que le prochain allait être encore plus douloureux à affronter. Il en est ainsi la reconstruction, morceau par morceau, et ça en valait la peine, même si à l'instant T, on ne s'en rend pas compte. Je vous remercie de votre écoute, je vous dis à très bientôt, et merci pour votre fidélité. Prenez soin de vous, au revoir.