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47 episodes


Passeurs et Rêveurs des mots, bonjour.Un après-midi d'août 1940, sur une route au-dessus de Menton.Un soldat italien, à moto, cherche son chemin.Une jeune femme descend la colline, des fleurs des champs à la main.Ils l'ignorent encore, leurs deux vies viennent de se croiser.C'est ainsi que s'ouvre D'un ciel à l'autre, de Valérie Pellegrini-Kaiser.L'histoire de Jeanne et Giovanni, les grands-parents de l'autrice : une Mentonnaise et un carabinier de l'armée qui occupe alors sa ville.La guerre les sépare, et le monde alentour les condamne au silence.Leur amour grandit à l'abri des regards,dans la pénombre d'une salle de cinéma, autour d'un café pris à l'écart.Puis vient l'arrachement.La captivité de Giovanni, arrêté en Albanie puis interné en Allemagne, dans un camp dont il ne sait s'il reviendra.Et l'attente de Jeanne. Une attente longue et muette, tenue par la seule prière.Menton et Manduria. La Riviera des citrons et le talon de l'Italie.Entre ces deux terres en guerre, Jeanne et Giovanni inventent une passerelle, faite de courriers et de cette petite croix en or que Jeanne serre au creux de la main aux heures de peur.L'écriture de Valérie Pellegrini-Kaiser avance à pas de lumière.Sa langue est ample et sensible, colorée par le soleil du Sud et par les silences de l'exil.Derrière le roman, on devine le travail patient d'une petite-fille : les archives fouillées, les traces familiales patiemment ramenées à la lumière.La grande Histoire traverse le livre : l'occupation de Menton, mais aussi le destin de ces soldats italiens déportés, longtemps effacés des mémoires.Et toujours, l'autrice revient à l'essentiel : deux êtres qui s'aiment et qui tiennent.Comment aimer, quand tout, autour de soi, ordonne de se méfier ?C'est la question qui traverse le livre.Il parle de ce qui résiste. De la fidélité quand tout vacille, du courage des gens ordinaires que l'Histoire emporte.D'un ciel à l'autre.D'une terre aimée à une mémoire qui la recueille et qui l'écrit.Une conviction têtue se glisse entre ces pages, comme une braise sous la cendre : la lumière finit toujours par revenir.D'un ciel à l'autre, de Valérie Pellegrini-Kaiser.Un livre qui rend leur clarté à ceux que le siècle avait laissés dans l'ombre. https://www.amazon.fr/Dun-ciel-lautre-Val%C3%A9rie-Pellegrini-kaiser/dp/B0GMG1PYQS Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 23, 2026


Un commissariat de Nice. Une femme entre, la voix tremblante, prête à tout dire. Elle vient avouer un accident, une vie qui a basculé le premier jour de l'été. C'est ainsi que s'ouvre Le Premier Pas, premier roman de Viviane Gardien, aux éditions Hello. Laure a bientôt trente ans. À dix-huit ans, elle avait rencontré Carlo, son premier amour. Un amour fusionnel, magnétique. Et déjà, sous le charme, la première fêlure. Dix ans plus tard, le destin les remet face à face, et l'histoire reprend là où elle s'était interrompue. Viviane Gardien sait rendre sensible ce que raconte son livre : l'emprise. Cette manière qu'a l'autre de vous couvrir de fleurs le matin et de vous éteindre le soir. L'isolement qui se resserre, la prison dorée où l'on choisit de rester. Elle en écrit le mécanisme avec justesse, sans jamais juger celle qui subit. Puis vient la fuite. Un sac trop lourd sur le dos, une flèche jaune au sol, et les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. À chaque étape, Laure allège son sac. Elle abandonne l'imperméable, les chaussures de rechange, puis presque tout. Et à mesure que le sac s'allège, c'est elle qui se délivre. La marche devient le vrai voyage, celui du dedans. Chaque kilomètre pèse. Les ampoules, la chaleur de l'été. Et pourtant, à chaque borne, une peur de moins. Sur le chemin, elle croise des pèlerins venus d'ailleurs, chacun chargé de sa propre histoire. Des visages lumineux sur une route de poussière. Et derrière elle, un voisin qui écoute, des amies qui veillent de loin. Ne vous fiez pas au calme des paysages. Sous le soleil de Galice, une femme apprend le plus difficile : ne plus se perdre pour être aimée. Le Premier Pas tend la main à celles que l'amour a fait vaciller. Il murmure que la peur peut devenir une alliée, et qu'un seul pas, même hésitant, suffit parfois à rouvrir l'horizon. Un premier roman sincère, moins sur la chute que sur la manière de se relever. Le Premier Pas, de Viviane Gardien. Le premier pas, justement, vers soi. https://www.amazon.fr/premier-pas-Viviane-Gardien/dp/2386273660/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 16, 2026


De Bondy au seizième arrondissement,il y a une quinzaine de kilomètres. Boris les franchit pour retrouver Hortense,une fille rencontrée au musée d'Orsay. Et à chaque trajet,il change de langue. Mes deux papas,premier roman d'Éric Mukendi,chez Gallimard,collection Continents Noirs. Boris a quatorze ans,il est arrivé du Congo à sept ans,et il passe sa vie à traduire. Ses parents pour ses copains. Le Congo pour la France. Et bientôt un homme pour un autre. Cet homme s'appelle Daniel. Il réapparaît après des années de silence,au terme d'un parcours qui l'a mené du Gabon à la Tunisieavant d'atteindre la France. Boris apprend alors que Fulgence,le mécanicien congolais qui l'a élevé à Bondy,celui qu'il appelle papa,est son oncle. Un autre roman aurait organisé le duel. Mukendi s'y refuse. Il a raconté avoir eu du mal à rendre Daniel aimable,et le personnage entre dans le livre avec cette résistance. Boris, lui,ne départage personne. Il a un père qui l'a élevéet un père qui revient,et il tient les deux mots dans la même phrase. Ce qui porte tout,c'est sa voix. Une langue qui bouge. Le français de l'école y croise les mots que la famille a rapportés du Congo,et le parler du collège vient s'y mêler. Elle indique à chaque répliqued'où chacun parle. Dans cette famille,les malentendus sont presque toujoursdes malentendus de vocabulaire. Fin juin, à La Canée,j'ai croisé Éric Mukendi au Festival du livre,quelques jours après ma propre rencontre au Grand Arsenal. Son roman venait de paraître en grec,aux éditions Thines. Son traducteur, Angelos Moutafidis,avait devant lui une langue sans équivalent évident :comment faire passer le parler des banlieues parisiennesdans un pays où les banlieues ne se ressemblent pas. Boris aura donc été traduitune fois de plus. Il a l'habitude. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 9, 2026


Une voix s'adresse à un homme.Elle lui dit : tu. Tu deviens médecin,comme ton père.Tu épouses Mira. Tu ignores encore ce qui va faire dérailler ta vie. Qui parle ainsi,qui connaît Tarek mieux qu'il ne se connaît lui-même ? Il faudra trois parties pour savoir qui parle. Ce que je sais de toi,d'Éric Chacour,aux éditions Alto au Québec,chez Philippe Rey en France. Un premier roman,déjà couronné par le Prix des Libraires 2024, et finaliste du Dublin Literary Award 2026. Le Caire,des années soixante à l'aube des années deux mille. Tarek appartient à la bourgeoisie levantine,chrétienne,francophone,égyptienne depuis des générations. Sa vie semble écrite d'avance :le cabinet du père,le mariage,le rang à tenir. Sa mère appelle cela le mektoub,ce qui est écrit. Puis Tarek ouvre un dispensaire dans le Moqattam,le quartier pauvre où l'on trie et recycle les déchets du Caire. Là, il rencontre Ali.Plus jeune,pauvre,musulman,et libre comme Tarek n'a jamais osé l'être. Entre eux, un amour que tout interdit. Et bientôt l'exil,Montréal,le froid,une vie à recommencer loin des siens. Au cœur du livre, pourtant, il y a l'absence. Ce qu'un homme laisse derrière lui quand il part. La façon dont une famille se raconte des histoires pour survivre à un départ. Et le patient travail de recoudre les lambeaux d'une vie qu'on n'a pas vue. Et c'est là qu'intervient la trouvaille d'Éric Chacour. Trois parties,trois pronoms.Toi.Moi.Nous. D'abord ce tu,intime comme une confidence,précis comme une enquête. Puis une voix qui se dévoile,et dit je. Enfin un nous,quelques pages à peine,où deux existences entrent dans la même phrase. La grammaire accomplit ce que la vie avait rendu impossible. Derrière ce roman, il y a un homme qui écrit une Égypte qu'il n'a pas vécue. Éric Chacour est né à Montréal.Le Caire lui vient de ses parents,de leurs chansons,de leurs plats,de l'ail et de l'anis. Sa langue est ciselée,sensuelle,retenue. Elle dit la douleur sans jamais hausser le ton. Ce que je sais de toi,un roman où l'absence finit par apprendre à dire…nous. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 2, 2026


Marseille, octobre 1980. Près d'un petit cinéma de quartier, à la Belle de Mai, les affiches décollées,l'odeur des salles d'enfance. Paco Martinez est venu écrire sur le cinéma. Un peu plus loin, dans un bar,une camionnette s'arrête. Deux hommes cagoulés.Des coups de feu. Et le vieux flic, en lui, se réveille. Voilà l'ouverture de Couleurs de la vengeance,de Maurice Attia,aux éditions Jigal. On y retrouve Paco Martinez,enquêteur né à Alger,exilé à Marseille,comme son auteur. Paco a rendu sa plaque.Il tient désormais une rubrique de cinéma au Provençal. Mais devant les corps, l'instinct revient.Il relève un numéro,prévient les secours, et commence une enquête qu'il cache à Irène,sa femme,dans un couple déjà traversé de fatigue. Un second fil court en parallèle. François Nessim, grand reporter, ami de Paco, gagne la frontière afghane par le Pakistan,pour couvrir une guerre lointaine. Son carnet de voyage scande le roman. Attia construit comme on monte un film :chapitres courts,voix qui se relaient, deux continents qui se répondent. Le récit monte par paliers,patient,implacable. Au fil des interrogatoires, les morts se mettent à parler. Chacun portait une histoire venue d'ailleurs. Une femme se tient au cœur de l'affaire,fille d'une diaspora venue de l'Est. Marseille devient une ville de passages,où les exils se frôlent,se reconnaissent,parfois se blessent. L'Algérie perdue,les Balkans,les routes troubles d'une Europe encore coupée en deux. La vengeance, ici, a la couleur des frontières. Et derrière l'enquête, il y a le regard d'Attia. Né à Alger en 1949,parti pour Marseille en 1962,il a fait de l'exil sa matière. Psychanalyste avant d'être romancier,il écoute les silences,les gestes,les retours du passé. Paco lui ressemble :il enquête autant qu'il écoute, et porte en lui une rive disparue qui revient à la surface. Voilà ce que dit ce roman noir :l'exil demeure. Il se déplace,il se transmet,il se réinvente. De Marseille à Vienne,de l'Algérie à la Crète, où le livre circule désormais en grec, une même patrie de papier,dont la frontière recule à chaque traduction. Couleurs de la vengeance. Un polar de mémoire et d'exil,où chaque crime ouvre une époque. À lire,pour entendre ce que les cartes taisent. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 26, 2026


Le 24 juin, au Grand Arsenal de La Canée, je devais présenter mon roman un peu plus tard dans la soirée. Mais avant de parler, j’ai regardé. Sur un grand écran, des images bleues se succédaient. Un bleu que je ne connaissais pas. Dense. Sourd. Comme si chaque photographie avait été trempée dans une encre unique. L’homme qui les montrait s’appelle Nyima Marin. Photographe et poète, il présentait son livre, L’Adieu du Minotaure. Et une phrase m’a saisi : il est né sur cette île, en 1987, et il n’en garde aucun souvenir. Enfant, il a quitté la Crète trop tôt pour la retenir. Quand il y revient, des années plus tard, il aborde une terre dont il ne sait rien par lui-même. Une origine portée par les papiers et les récits des autres. Alors il la photographie. Pour s’en donner, enfin, une image. Ce bleu porte un nom : le cyanotype. L’un des plus anciens procédés de la photographie. On enduit un papier de sels de fer, on l’expose au soleil, puis on le rince à l’eau claire. Là où la lumière a frappé, le bleu se forme et se fixe. Marin venait de la physique. Le voici revenu à cette chimie première, presque nue : un papier où la lumière de Crète devient bleue. Et soudain, le procédé rejoint sa quête. Ce bleu naît de l’opération elle-même. Le fer réagit à la lumière, puis l’eau révèle le bleu. Chaque image porte ainsi, dans sa couleur, la trace de sa propre fabrication. Comme un souvenir. Car la mémoire, elle aussi, recompose ses images à mesure que nous changeons. Marin pousse ce geste à son extrême : donner à son passé sa première image. Les premiers temps de l’enfance nous reviennent par les récits et les photographies prises par d’autres. Toute enfance est peut-être une île engloutie. Pour donner corps à la sienne, Marin emprunte ses souvenirs à la pierre crétoise : le labyrinthe, le Minotaure au centre du dédale. Dans son poème, les pierres solitaires murmurent, « vibrant au rythme de souvenirs engloutis ». Le souvenir qu’il ne possède pas, il le fait dire par l’île. Et l’île le lui rend en bleu. Ce bleu ouvre alors une dernière question : si l’origine ne nous revient que reconstruite, qu’appelons-nous, au juste, nous souvenir ? Devant les images de Nyima Marin, il n’y a sans doute pas une seule réponse. Chacun repartira avec son propre bleu. Acheter en 1-Click (https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=10216&menu=0) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 19, 2026


À La Canée, au bord du port vénitien, Caryl Férey est venu parler d’un monde qui s’abîme. Le titre de sa rencontre disait déjà tout : « La beauté du monde menacée ». Depuis trente ans, cet écrivain voyageur installe ses romans dans les zones de fracture de la planète. L’Afrique du Sud de Zulu. L’Argentine de Mapuche… Et, ces dernières années, deux livres qui se répondent : Okavango, puis Grindadráp. Tout commence en Afrique australe. Okavango, du nom d’un fleuve qui se perd dans les sables du Kalahari. Dans une réserve, un corps. La ranger Solanah Betwase enquête. Autour d’elle, le braconnage à grande échelle et un rhinocéros mythique, traqué pour sa corne. Sous le polar, Férey ouvre une plaie plus large : le trafic qui nourrit les réseaux armés et, en toile de fond, l’héritage colonial et la guerre civile angolaise. Puis la colère change de rivage. Grindadráp la prolonge. Et la durcit. Cap au nord, vers les îles Féroé. Là, une tradition ancienne : rabattre les globicéphales vers les criques et les mettre à mort au couteau. Une tempête y jette deux militants de Sea Shepherd. Au milieu des bêtes massacrées, le chef de la chasse est retrouvé mort, d’étranges plaies sur le corps. L’île se referme comme un piège. Et là, Férey retrouve l’une de ses plus grandes forces : l’atmosphère. La mer démontée. Le vent qui semble juger les hommes. L’enquête, parfois, s’efface. Car ce qu’il vise est plus vaste. À sa table ronde, à La Canée, je l’ai entendu élargir le propos bien au-delà des animaux. Il a dit ceci : « Philosophiquement, ça me renvoie un peu avec ce qui arrive en ce moment en Europe autour de l’immigration. C’est qu’on ne tolère plus l’étranger, on ne tolère plus l’autre. Et le fait de ne pas tolérer les animaux, c’est symbolique de la même manière. » Voilà peut-être le cœur de ces deux romans. Notre rapport aux animaux dit aussi quelque chose de notre rapport à l’autre. À celui qui est différent. À celui qui vient d’ailleurs. À celui qui ne nous ressemble pas. D’un désert africain aux eaux froides de l’Atlantique Nord, Caryl Férey nous laisse finalement avec la même question : Saurons-nous encore faire une place à ce qui n’est pas nous ? Acheter en 1-Click (https://www.amazon.fr/Okavango-Caryl-F%C3%A9rey/dp/2073088066) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 12, 2026


Six voix francophones. Six livres. Une île au carrefour des mondes. À La Canée, en Crète, le Festival du Livre rassemble chaque année écrivains, artistes et lecteurs venus de nombreux horizons. Pour sa cinquième édition, organisée autour du thème « Mondes en conflit », la littérature s’est installée sur le vieux port vénitien, face à la mer Égée. Parmi plus de deux cents invités venus de dix-huit pays, six auteurs francophones étaient présents avec le soutien de l’Institut français de Grèce : Caryl Férey, Maurice Attia, Éric Chacour, Éric Mukendi, Nyima Marin, ainsi que l’auteur d’Alex, Je suis en train de te laisser me quitter. De cette rencontre est né ce podcast. De La Canée à vos oreilles part à la rencontre de ces écrivains, de leurs livres et des territoires qu’ils explorent. Roman noir, famille, migration, identité, mémoire, écologie, photographie et poésie : à chaque épisode, une voix, une œuvre, une conversation. Au fil des épisodes, nous parlerons de Grindadráp et Okavango avec Caryl Férey, de Couleurs de la vengeance avec Maurice Attia, de Ce que je sais de toi avec Éric Chacour, de Mes deux papas avec Éric Mukendi et de L’Adieu du Minotaure avec Nyima Marin. Et nous reviendrons aussi sur cette expérience singulière : entendre son propre roman passer d’une langue à une autre et découvrir ce que la traduction révèle, déplace et réinvente. Six voix francophones, une île au carrefour des mondes et une même conviction : face aux conflits et aux fractures de notre époque, la littérature reste une manière de se rencontrer — et de se tendre la main. De La Canée à vos oreilles, un podcast de rencontres littéraires, entre la Crète et le monde francophone. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 5, 2026


Les Amants mystérieux de Venise de NathyEllis Un miroir. Vieux de plusieurs siècles. Trouvé dans une ruelle vénitienne, entre une porte basse et une lampe à huile. Léa s'y penche, par curiosité, par fatigue, par envie d'autre chose. Et le miroir, lui, répond. Voilà le point de départ des Amants mystérieux de Venise, le roman de NathyEllis, paru cette année en autoédition. Une romance traversée de fantastique, où Venise devient bien plus qu'un décor : un seuil. Léa est écrivaine, parisienne, fraîchement abîmée par une rupture. Elle vient à Venise pour souffler, pour écrire, pour se retrouver. Elle y trouve une lettre, signée Giacomo C., datée du milieu du XVIIIᵉ siècle. Et derrière la lettre, ce miroir qui n'en est plus tout à fait un. Un passage, plutôt. Un appel. NathyEllis construit son roman comme une ville construit ses ponts : par petites enjambées, d'une rive à l'autre du temps. Le siècle de Léa et celui de Casanova se touchent, se cherchent, se frôlent. Et autour de ce contact impossible, l'autrice tisse une mythologie : les Passantes, l'Ospite, le prix à payer pour traverser. Venise devient une ville aux deux époques, aux deux lumières, aux deux désirs. Ce qu'on retient, page après page, c'est l'envoûtement. L'eau, la brume, les chandelles, les masques, les parfums anciens. NathyEllis a le sens de l'atmosphère, et son roman s'écoute presque autant qu'il se lit. On y respire l'odeur des canaux à l'aube, on y entend les pas étouffés sous les portiques. Mais le vrai cœur du livre est ailleurs. Il est dans la façon dont Léa, peu à peu, comprend ce qu'elle cherche vraiment. Aimer un homme d'un autre siècle, c'est aussi aimer une idée, un fantôme, une promesse. Et l'autrice a le courage de mener son héroïne jusqu'au bout de cette question. Sans facilité. Sans complaisance. Les Amants mystérieux de Venise est un roman pour celles et ceux qui aiment se laisser porter par une ville, une légende, une voix. Un livre qui se lit comme on flâne, sans pressentir où l'on va. Une lecture vénitienne. À savourer, le soir, près d'une fenêtre ouverte. Acheter en 1-Click (https://www.fnac.com/a21808601/Valerie-Morales-Les-couleurs-de-Valentine) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on July 29, 2026


Mauricie, Québec. Une forêt qui s'étend à perte de vue. Une auberge perdue au bout d'un chemin de terre. Et puis un soir, tout déboule en même temps. Trois petites frappes mal dégrossies. Deux familles mafieuses sicilo-québécoises. Un passeur de drogue trop innocent pour son métier. Un policier fétichiste de petites culottes. Une prostituée en fuite. Une ourse facétieuse qui pousse les voitures embourbées. Et au milieu, une vieille dame en tablier, qui taille tranquillement ses rosiers. Voilà le décor de Culotte et Cocaïne, le premier roman publié de Pierre Guilbert, paru aux Éditions Academia. Cent trente-trois chapitres. Certains tiennent en deux lignes. D'autres en quatre pages. La caméra saute d'un personnage à l'autre, et la mécanique fonctionne comme un mécanisme d'horloge déréglé. On bascule, on revient, on s'égare, et l'imbroglio se resserre. Ce qui frappe d'abord, c'est la langue. Guilbert a passé du temps avec un complice québécois, et ça s'entend. Les répliques claquent, les jurons fusent en tabarnak, le sicilien des parrains se mêle au parler de la Mauricie. On entend les voix. On les distingue. Chaque personnage a son grain, sa musique, ses chicots qui s'agitent ou son cool Man qui revient comme un tic. Et puis il y a le sens de la scène. Un commissariat où une grande petite culotte devient pièce à conviction. Une cour où s'alignent quinze fusils en cric crac. Un duel entre deux vieux padrini qui s'écharpent depuis cinquante ans sur une erreur de table de multiplication. On rit franchement. Le burlesque tient, la mécanique respire, l'absurde devient une forme de lucidité. Sous la farce, une vraie réflexion affleure. Sur le pouvoir. Sur la mémoire. Sur l'art du mensonge. La vieille dame en tablier, Rachel, se révèle peu à peu la véritable maîtresse de cérémonie. Elle reprend la main, et tout le monde s'incline. Le livre est long. Parfois la machine s'essouffle un peu. Mais Guilbert sait conduire vingt personnages sans lâcher le fil, et c'est un savoir-faire rare. Voilà un auteur qui le confesse lui-même : il avait une dizaine de romans qui dormaient dans son cloud, sans lecteur. Aujourd'hui, enfin, il sort de l'ombre. Et il sort avec panache. Culotte et Cocaïne. Pierre Guilbert. Éditions Academia. Une comédie chorale enlevée, drôle, généreuse. Un premier livre qui en annonce, on l'espère, beaucoup d'autres. Acheter en 1-Click (https://www.fnac.com/a21360241/Pierre-Guilbert-Culotte-et-cocaine) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
3min | Published on July 22, 2026
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47 episodes


Passeurs et Rêveurs des mots, bonjour.Un après-midi d'août 1940, sur une route au-dessus de Menton.Un soldat italien, à moto, cherche son chemin.Une jeune femme descend la colline, des fleurs des champs à la main.Ils l'ignorent encore, leurs deux vies viennent de se croiser.C'est ainsi que s'ouvre D'un ciel à l'autre, de Valérie Pellegrini-Kaiser.L'histoire de Jeanne et Giovanni, les grands-parents de l'autrice : une Mentonnaise et un carabinier de l'armée qui occupe alors sa ville.La guerre les sépare, et le monde alentour les condamne au silence.Leur amour grandit à l'abri des regards,dans la pénombre d'une salle de cinéma, autour d'un café pris à l'écart.Puis vient l'arrachement.La captivité de Giovanni, arrêté en Albanie puis interné en Allemagne, dans un camp dont il ne sait s'il reviendra.Et l'attente de Jeanne. Une attente longue et muette, tenue par la seule prière.Menton et Manduria. La Riviera des citrons et le talon de l'Italie.Entre ces deux terres en guerre, Jeanne et Giovanni inventent une passerelle, faite de courriers et de cette petite croix en or que Jeanne serre au creux de la main aux heures de peur.L'écriture de Valérie Pellegrini-Kaiser avance à pas de lumière.Sa langue est ample et sensible, colorée par le soleil du Sud et par les silences de l'exil.Derrière le roman, on devine le travail patient d'une petite-fille : les archives fouillées, les traces familiales patiemment ramenées à la lumière.La grande Histoire traverse le livre : l'occupation de Menton, mais aussi le destin de ces soldats italiens déportés, longtemps effacés des mémoires.Et toujours, l'autrice revient à l'essentiel : deux êtres qui s'aiment et qui tiennent.Comment aimer, quand tout, autour de soi, ordonne de se méfier ?C'est la question qui traverse le livre.Il parle de ce qui résiste. De la fidélité quand tout vacille, du courage des gens ordinaires que l'Histoire emporte.D'un ciel à l'autre.D'une terre aimée à une mémoire qui la recueille et qui l'écrit.Une conviction têtue se glisse entre ces pages, comme une braise sous la cendre : la lumière finit toujours par revenir.D'un ciel à l'autre, de Valérie Pellegrini-Kaiser.Un livre qui rend leur clarté à ceux que le siècle avait laissés dans l'ombre. https://www.amazon.fr/Dun-ciel-lautre-Val%C3%A9rie-Pellegrini-kaiser/dp/B0GMG1PYQS Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 23, 2026


Un commissariat de Nice. Une femme entre, la voix tremblante, prête à tout dire. Elle vient avouer un accident, une vie qui a basculé le premier jour de l'été. C'est ainsi que s'ouvre Le Premier Pas, premier roman de Viviane Gardien, aux éditions Hello. Laure a bientôt trente ans. À dix-huit ans, elle avait rencontré Carlo, son premier amour. Un amour fusionnel, magnétique. Et déjà, sous le charme, la première fêlure. Dix ans plus tard, le destin les remet face à face, et l'histoire reprend là où elle s'était interrompue. Viviane Gardien sait rendre sensible ce que raconte son livre : l'emprise. Cette manière qu'a l'autre de vous couvrir de fleurs le matin et de vous éteindre le soir. L'isolement qui se resserre, la prison dorée où l'on choisit de rester. Elle en écrit le mécanisme avec justesse, sans jamais juger celle qui subit. Puis vient la fuite. Un sac trop lourd sur le dos, une flèche jaune au sol, et les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. À chaque étape, Laure allège son sac. Elle abandonne l'imperméable, les chaussures de rechange, puis presque tout. Et à mesure que le sac s'allège, c'est elle qui se délivre. La marche devient le vrai voyage, celui du dedans. Chaque kilomètre pèse. Les ampoules, la chaleur de l'été. Et pourtant, à chaque borne, une peur de moins. Sur le chemin, elle croise des pèlerins venus d'ailleurs, chacun chargé de sa propre histoire. Des visages lumineux sur une route de poussière. Et derrière elle, un voisin qui écoute, des amies qui veillent de loin. Ne vous fiez pas au calme des paysages. Sous le soleil de Galice, une femme apprend le plus difficile : ne plus se perdre pour être aimée. Le Premier Pas tend la main à celles que l'amour a fait vaciller. Il murmure que la peur peut devenir une alliée, et qu'un seul pas, même hésitant, suffit parfois à rouvrir l'horizon. Un premier roman sincère, moins sur la chute que sur la manière de se relever. Le Premier Pas, de Viviane Gardien. Le premier pas, justement, vers soi. https://www.amazon.fr/premier-pas-Viviane-Gardien/dp/2386273660/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 16, 2026


De Bondy au seizième arrondissement,il y a une quinzaine de kilomètres. Boris les franchit pour retrouver Hortense,une fille rencontrée au musée d'Orsay. Et à chaque trajet,il change de langue. Mes deux papas,premier roman d'Éric Mukendi,chez Gallimard,collection Continents Noirs. Boris a quatorze ans,il est arrivé du Congo à sept ans,et il passe sa vie à traduire. Ses parents pour ses copains. Le Congo pour la France. Et bientôt un homme pour un autre. Cet homme s'appelle Daniel. Il réapparaît après des années de silence,au terme d'un parcours qui l'a mené du Gabon à la Tunisieavant d'atteindre la France. Boris apprend alors que Fulgence,le mécanicien congolais qui l'a élevé à Bondy,celui qu'il appelle papa,est son oncle. Un autre roman aurait organisé le duel. Mukendi s'y refuse. Il a raconté avoir eu du mal à rendre Daniel aimable,et le personnage entre dans le livre avec cette résistance. Boris, lui,ne départage personne. Il a un père qui l'a élevéet un père qui revient,et il tient les deux mots dans la même phrase. Ce qui porte tout,c'est sa voix. Une langue qui bouge. Le français de l'école y croise les mots que la famille a rapportés du Congo,et le parler du collège vient s'y mêler. Elle indique à chaque répliqued'où chacun parle. Dans cette famille,les malentendus sont presque toujoursdes malentendus de vocabulaire. Fin juin, à La Canée,j'ai croisé Éric Mukendi au Festival du livre,quelques jours après ma propre rencontre au Grand Arsenal. Son roman venait de paraître en grec,aux éditions Thines. Son traducteur, Angelos Moutafidis,avait devant lui une langue sans équivalent évident :comment faire passer le parler des banlieues parisiennesdans un pays où les banlieues ne se ressemblent pas. Boris aura donc été traduitune fois de plus. Il a l'habitude. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 9, 2026


Une voix s'adresse à un homme.Elle lui dit : tu. Tu deviens médecin,comme ton père.Tu épouses Mira. Tu ignores encore ce qui va faire dérailler ta vie. Qui parle ainsi,qui connaît Tarek mieux qu'il ne se connaît lui-même ? Il faudra trois parties pour savoir qui parle. Ce que je sais de toi,d'Éric Chacour,aux éditions Alto au Québec,chez Philippe Rey en France. Un premier roman,déjà couronné par le Prix des Libraires 2024, et finaliste du Dublin Literary Award 2026. Le Caire,des années soixante à l'aube des années deux mille. Tarek appartient à la bourgeoisie levantine,chrétienne,francophone,égyptienne depuis des générations. Sa vie semble écrite d'avance :le cabinet du père,le mariage,le rang à tenir. Sa mère appelle cela le mektoub,ce qui est écrit. Puis Tarek ouvre un dispensaire dans le Moqattam,le quartier pauvre où l'on trie et recycle les déchets du Caire. Là, il rencontre Ali.Plus jeune,pauvre,musulman,et libre comme Tarek n'a jamais osé l'être. Entre eux, un amour que tout interdit. Et bientôt l'exil,Montréal,le froid,une vie à recommencer loin des siens. Au cœur du livre, pourtant, il y a l'absence. Ce qu'un homme laisse derrière lui quand il part. La façon dont une famille se raconte des histoires pour survivre à un départ. Et le patient travail de recoudre les lambeaux d'une vie qu'on n'a pas vue. Et c'est là qu'intervient la trouvaille d'Éric Chacour. Trois parties,trois pronoms.Toi.Moi.Nous. D'abord ce tu,intime comme une confidence,précis comme une enquête. Puis une voix qui se dévoile,et dit je. Enfin un nous,quelques pages à peine,où deux existences entrent dans la même phrase. La grammaire accomplit ce que la vie avait rendu impossible. Derrière ce roman, il y a un homme qui écrit une Égypte qu'il n'a pas vécue. Éric Chacour est né à Montréal.Le Caire lui vient de ses parents,de leurs chansons,de leurs plats,de l'ail et de l'anis. Sa langue est ciselée,sensuelle,retenue. Elle dit la douleur sans jamais hausser le ton. Ce que je sais de toi,un roman où l'absence finit par apprendre à dire…nous. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on September 2, 2026


Marseille, octobre 1980. Près d'un petit cinéma de quartier, à la Belle de Mai, les affiches décollées,l'odeur des salles d'enfance. Paco Martinez est venu écrire sur le cinéma. Un peu plus loin, dans un bar,une camionnette s'arrête. Deux hommes cagoulés.Des coups de feu. Et le vieux flic, en lui, se réveille. Voilà l'ouverture de Couleurs de la vengeance,de Maurice Attia,aux éditions Jigal. On y retrouve Paco Martinez,enquêteur né à Alger,exilé à Marseille,comme son auteur. Paco a rendu sa plaque.Il tient désormais une rubrique de cinéma au Provençal. Mais devant les corps, l'instinct revient.Il relève un numéro,prévient les secours, et commence une enquête qu'il cache à Irène,sa femme,dans un couple déjà traversé de fatigue. Un second fil court en parallèle. François Nessim, grand reporter, ami de Paco, gagne la frontière afghane par le Pakistan,pour couvrir une guerre lointaine. Son carnet de voyage scande le roman. Attia construit comme on monte un film :chapitres courts,voix qui se relaient, deux continents qui se répondent. Le récit monte par paliers,patient,implacable. Au fil des interrogatoires, les morts se mettent à parler. Chacun portait une histoire venue d'ailleurs. Une femme se tient au cœur de l'affaire,fille d'une diaspora venue de l'Est. Marseille devient une ville de passages,où les exils se frôlent,se reconnaissent,parfois se blessent. L'Algérie perdue,les Balkans,les routes troubles d'une Europe encore coupée en deux. La vengeance, ici, a la couleur des frontières. Et derrière l'enquête, il y a le regard d'Attia. Né à Alger en 1949,parti pour Marseille en 1962,il a fait de l'exil sa matière. Psychanalyste avant d'être romancier,il écoute les silences,les gestes,les retours du passé. Paco lui ressemble :il enquête autant qu'il écoute, et porte en lui une rive disparue qui revient à la surface. Voilà ce que dit ce roman noir :l'exil demeure. Il se déplace,il se transmet,il se réinvente. De Marseille à Vienne,de l'Algérie à la Crète, où le livre circule désormais en grec, une même patrie de papier,dont la frontière recule à chaque traduction. Couleurs de la vengeance. Un polar de mémoire et d'exil,où chaque crime ouvre une époque. À lire,pour entendre ce que les cartes taisent. Acheter en 1-Click Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 26, 2026


Le 24 juin, au Grand Arsenal de La Canée, je devais présenter mon roman un peu plus tard dans la soirée. Mais avant de parler, j’ai regardé. Sur un grand écran, des images bleues se succédaient. Un bleu que je ne connaissais pas. Dense. Sourd. Comme si chaque photographie avait été trempée dans une encre unique. L’homme qui les montrait s’appelle Nyima Marin. Photographe et poète, il présentait son livre, L’Adieu du Minotaure. Et une phrase m’a saisi : il est né sur cette île, en 1987, et il n’en garde aucun souvenir. Enfant, il a quitté la Crète trop tôt pour la retenir. Quand il y revient, des années plus tard, il aborde une terre dont il ne sait rien par lui-même. Une origine portée par les papiers et les récits des autres. Alors il la photographie. Pour s’en donner, enfin, une image. Ce bleu porte un nom : le cyanotype. L’un des plus anciens procédés de la photographie. On enduit un papier de sels de fer, on l’expose au soleil, puis on le rince à l’eau claire. Là où la lumière a frappé, le bleu se forme et se fixe. Marin venait de la physique. Le voici revenu à cette chimie première, presque nue : un papier où la lumière de Crète devient bleue. Et soudain, le procédé rejoint sa quête. Ce bleu naît de l’opération elle-même. Le fer réagit à la lumière, puis l’eau révèle le bleu. Chaque image porte ainsi, dans sa couleur, la trace de sa propre fabrication. Comme un souvenir. Car la mémoire, elle aussi, recompose ses images à mesure que nous changeons. Marin pousse ce geste à son extrême : donner à son passé sa première image. Les premiers temps de l’enfance nous reviennent par les récits et les photographies prises par d’autres. Toute enfance est peut-être une île engloutie. Pour donner corps à la sienne, Marin emprunte ses souvenirs à la pierre crétoise : le labyrinthe, le Minotaure au centre du dédale. Dans son poème, les pierres solitaires murmurent, « vibrant au rythme de souvenirs engloutis ». Le souvenir qu’il ne possède pas, il le fait dire par l’île. Et l’île le lui rend en bleu. Ce bleu ouvre alors une dernière question : si l’origine ne nous revient que reconstruite, qu’appelons-nous, au juste, nous souvenir ? Devant les images de Nyima Marin, il n’y a sans doute pas une seule réponse. Chacun repartira avec son propre bleu. Acheter en 1-Click (https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=10216&menu=0) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 19, 2026


À La Canée, au bord du port vénitien, Caryl Férey est venu parler d’un monde qui s’abîme. Le titre de sa rencontre disait déjà tout : « La beauté du monde menacée ». Depuis trente ans, cet écrivain voyageur installe ses romans dans les zones de fracture de la planète. L’Afrique du Sud de Zulu. L’Argentine de Mapuche… Et, ces dernières années, deux livres qui se répondent : Okavango, puis Grindadráp. Tout commence en Afrique australe. Okavango, du nom d’un fleuve qui se perd dans les sables du Kalahari. Dans une réserve, un corps. La ranger Solanah Betwase enquête. Autour d’elle, le braconnage à grande échelle et un rhinocéros mythique, traqué pour sa corne. Sous le polar, Férey ouvre une plaie plus large : le trafic qui nourrit les réseaux armés et, en toile de fond, l’héritage colonial et la guerre civile angolaise. Puis la colère change de rivage. Grindadráp la prolonge. Et la durcit. Cap au nord, vers les îles Féroé. Là, une tradition ancienne : rabattre les globicéphales vers les criques et les mettre à mort au couteau. Une tempête y jette deux militants de Sea Shepherd. Au milieu des bêtes massacrées, le chef de la chasse est retrouvé mort, d’étranges plaies sur le corps. L’île se referme comme un piège. Et là, Férey retrouve l’une de ses plus grandes forces : l’atmosphère. La mer démontée. Le vent qui semble juger les hommes. L’enquête, parfois, s’efface. Car ce qu’il vise est plus vaste. À sa table ronde, à La Canée, je l’ai entendu élargir le propos bien au-delà des animaux. Il a dit ceci : « Philosophiquement, ça me renvoie un peu avec ce qui arrive en ce moment en Europe autour de l’immigration. C’est qu’on ne tolère plus l’étranger, on ne tolère plus l’autre. Et le fait de ne pas tolérer les animaux, c’est symbolique de la même manière. » Voilà peut-être le cœur de ces deux romans. Notre rapport aux animaux dit aussi quelque chose de notre rapport à l’autre. À celui qui est différent. À celui qui vient d’ailleurs. À celui qui ne nous ressemble pas. D’un désert africain aux eaux froides de l’Atlantique Nord, Caryl Férey nous laisse finalement avec la même question : Saurons-nous encore faire une place à ce qui n’est pas nous ? Acheter en 1-Click (https://www.amazon.fr/Okavango-Caryl-F%C3%A9rey/dp/2073088066) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 12, 2026


Six voix francophones. Six livres. Une île au carrefour des mondes. À La Canée, en Crète, le Festival du Livre rassemble chaque année écrivains, artistes et lecteurs venus de nombreux horizons. Pour sa cinquième édition, organisée autour du thème « Mondes en conflit », la littérature s’est installée sur le vieux port vénitien, face à la mer Égée. Parmi plus de deux cents invités venus de dix-huit pays, six auteurs francophones étaient présents avec le soutien de l’Institut français de Grèce : Caryl Férey, Maurice Attia, Éric Chacour, Éric Mukendi, Nyima Marin, ainsi que l’auteur d’Alex, Je suis en train de te laisser me quitter. De cette rencontre est né ce podcast. De La Canée à vos oreilles part à la rencontre de ces écrivains, de leurs livres et des territoires qu’ils explorent. Roman noir, famille, migration, identité, mémoire, écologie, photographie et poésie : à chaque épisode, une voix, une œuvre, une conversation. Au fil des épisodes, nous parlerons de Grindadráp et Okavango avec Caryl Férey, de Couleurs de la vengeance avec Maurice Attia, de Ce que je sais de toi avec Éric Chacour, de Mes deux papas avec Éric Mukendi et de L’Adieu du Minotaure avec Nyima Marin. Et nous reviendrons aussi sur cette expérience singulière : entendre son propre roman passer d’une langue à une autre et découvrir ce que la traduction révèle, déplace et réinvente. Six voix francophones, une île au carrefour des mondes et une même conviction : face aux conflits et aux fractures de notre époque, la littérature reste une manière de se rencontrer — et de se tendre la main. De La Canée à vos oreilles, un podcast de rencontres littéraires, entre la Crète et le monde francophone. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on August 5, 2026


Les Amants mystérieux de Venise de NathyEllis Un miroir. Vieux de plusieurs siècles. Trouvé dans une ruelle vénitienne, entre une porte basse et une lampe à huile. Léa s'y penche, par curiosité, par fatigue, par envie d'autre chose. Et le miroir, lui, répond. Voilà le point de départ des Amants mystérieux de Venise, le roman de NathyEllis, paru cette année en autoédition. Une romance traversée de fantastique, où Venise devient bien plus qu'un décor : un seuil. Léa est écrivaine, parisienne, fraîchement abîmée par une rupture. Elle vient à Venise pour souffler, pour écrire, pour se retrouver. Elle y trouve une lettre, signée Giacomo C., datée du milieu du XVIIIᵉ siècle. Et derrière la lettre, ce miroir qui n'en est plus tout à fait un. Un passage, plutôt. Un appel. NathyEllis construit son roman comme une ville construit ses ponts : par petites enjambées, d'une rive à l'autre du temps. Le siècle de Léa et celui de Casanova se touchent, se cherchent, se frôlent. Et autour de ce contact impossible, l'autrice tisse une mythologie : les Passantes, l'Ospite, le prix à payer pour traverser. Venise devient une ville aux deux époques, aux deux lumières, aux deux désirs. Ce qu'on retient, page après page, c'est l'envoûtement. L'eau, la brume, les chandelles, les masques, les parfums anciens. NathyEllis a le sens de l'atmosphère, et son roman s'écoute presque autant qu'il se lit. On y respire l'odeur des canaux à l'aube, on y entend les pas étouffés sous les portiques. Mais le vrai cœur du livre est ailleurs. Il est dans la façon dont Léa, peu à peu, comprend ce qu'elle cherche vraiment. Aimer un homme d'un autre siècle, c'est aussi aimer une idée, un fantôme, une promesse. Et l'autrice a le courage de mener son héroïne jusqu'au bout de cette question. Sans facilité. Sans complaisance. Les Amants mystérieux de Venise est un roman pour celles et ceux qui aiment se laisser porter par une ville, une légende, une voix. Un livre qui se lit comme on flâne, sans pressentir où l'on va. Une lecture vénitienne. À savourer, le soir, près d'une fenêtre ouverte. Acheter en 1-Click (https://www.fnac.com/a21808601/Valerie-Morales-Les-couleurs-de-Valentine) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
2min | Published on July 29, 2026


Mauricie, Québec. Une forêt qui s'étend à perte de vue. Une auberge perdue au bout d'un chemin de terre. Et puis un soir, tout déboule en même temps. Trois petites frappes mal dégrossies. Deux familles mafieuses sicilo-québécoises. Un passeur de drogue trop innocent pour son métier. Un policier fétichiste de petites culottes. Une prostituée en fuite. Une ourse facétieuse qui pousse les voitures embourbées. Et au milieu, une vieille dame en tablier, qui taille tranquillement ses rosiers. Voilà le décor de Culotte et Cocaïne, le premier roman publié de Pierre Guilbert, paru aux Éditions Academia. Cent trente-trois chapitres. Certains tiennent en deux lignes. D'autres en quatre pages. La caméra saute d'un personnage à l'autre, et la mécanique fonctionne comme un mécanisme d'horloge déréglé. On bascule, on revient, on s'égare, et l'imbroglio se resserre. Ce qui frappe d'abord, c'est la langue. Guilbert a passé du temps avec un complice québécois, et ça s'entend. Les répliques claquent, les jurons fusent en tabarnak, le sicilien des parrains se mêle au parler de la Mauricie. On entend les voix. On les distingue. Chaque personnage a son grain, sa musique, ses chicots qui s'agitent ou son cool Man qui revient comme un tic. Et puis il y a le sens de la scène. Un commissariat où une grande petite culotte devient pièce à conviction. Une cour où s'alignent quinze fusils en cric crac. Un duel entre deux vieux padrini qui s'écharpent depuis cinquante ans sur une erreur de table de multiplication. On rit franchement. Le burlesque tient, la mécanique respire, l'absurde devient une forme de lucidité. Sous la farce, une vraie réflexion affleure. Sur le pouvoir. Sur la mémoire. Sur l'art du mensonge. La vieille dame en tablier, Rachel, se révèle peu à peu la véritable maîtresse de cérémonie. Elle reprend la main, et tout le monde s'incline. Le livre est long. Parfois la machine s'essouffle un peu. Mais Guilbert sait conduire vingt personnages sans lâcher le fil, et c'est un savoir-faire rare. Voilà un auteur qui le confesse lui-même : il avait une dizaine de romans qui dormaient dans son cloud, sans lecteur. Aujourd'hui, enfin, il sort de l'ombre. Et il sort avec panache. Culotte et Cocaïne. Pierre Guilbert. Éditions Academia. Une comédie chorale enlevée, drôle, généreuse. Un premier livre qui en annonce, on l'espère, beaucoup d'autres. Acheter en 1-Click (https://www.fnac.com/a21360241/Pierre-Guilbert-Culotte-et-cocaine) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
3min | Published on July 22, 2026