Speaker #0Bienvenue dans Contes d'entreprise, ici chaque histoire commence par une bonne idée et finit par une question. Installez-vous, ouvrez grand les oreilles, les affaires parfois se racontent comme des contes. Tout a commencé par un grenier, celui de Mamijo à Carpentras. Une pièce basse, chaude l'été, plein de mâles qui sentent la lavande et la poussière. À mercredi. Inès, 16 ans, lycéenne, monte chercher un vieux sac. Elle redescend avec trois robes à fleurs, un blouson en cuir et une idée. « Mamie, je peux les vendre en ligne ? » « Mais vends, ma chérie, moi je ne rentre plus dedans depuis des lustres ! » Les photos sont prises sur le lit, à la lumière de la fenêtre. Le compte s'appelle « Le grenier de Mamie Jo » . En une semaine, tout est parti. Alors Inès continue. Grenier vide, qu'importe. Chaque samedi, chaque dimanche, elle écume les vides greniers de la région. Elle achète des lots entiers, des cartons pleins de chemises, de foulards, de vestes oubliées. Elle trie, elle lave, elle repasse, elle photographie. Puis elle revend tout sur la plateforme. Un week-end, deux week-ends, six mois plus tard, elle n'a pas manqué un seul marché. Et puis, un soir, une vidéo. 30 secondes. Inès qui ouvre un carton au hasard, Mamie Jo qui essaie un chapeau immense en prenant la pause. Le lendemain, le téléphone ne s'arrête plus de vibrer. Des milliers de vues, puis des centaines de milliers. En un mois, les ventes sont multipliées par dix. Au dîner, avec ses parents, Inès pose sa fourchette. Papa, maman, je veux faire les choses en règle. Je voudrais que vous demandiez au juge... de mamie que je sois traité comme une adulte. Avant mes 18 ans. Il paraît que c'est possible. Son père manque de s'étouffer. Sa mère sourit à moitié jaune. On en reparle demain. Mais mamie Jo, elle, n'attend personne. 79 ans, l'œil qui pétille, elle débarque avec un carnet. Non mais j'ai une idée, une marque, à mon nom, Jo. Des étiquettes brodées, tout le tralin, et j'ai trouvé un stand au marché. « Carpentras, je signe le contrat jeudi. » « Toute seule ? » demande Inès. « Évidemment, toute seule. Je suis grande. » Petit détail, depuis quelques mois, un juge a décidé que Mamie Jo serait accompagnée par son fils pour les décisions importantes. Mamie Jo trouve ce détail très secondaire. Pendant ce temps, la boutique s'agrandit. Karim, le cousin d'Inès, Petit fils de mamie Jo est menuisier. Dans son atelier, il redonne vie à de vieilles commodes. Des chaises bancales, des buffets fatigués. Ponsage, cire, poignées neuves, il les met en vente sur le même compte. Ça part aussi vite que les robes. Gaston, le voisin, s'en mêle. Il a des ruches au fond de son jardin. Et mon miel ? Il ne mérite pas sa place, mon miel ? Les peaux de Gaston rejoignent les foulards et les buffets. Même compte, même boutique. Il y a aussi Lucas, 21 ans, le meilleur ami d'Inès. Lucas connaît du monde, des brocanteurs, des gérants de friperies, une décoration d'Avignon. Chaque fois qu'un de ses professionnels achète grâce à lui, Lucas touche un petit pourcentage. « Je suis ton réseau » , dit-il, et le réseau s'aspecte. Enfin, il y a Emma, graphiste, à son compte. C'est elle qui a dessiné le logo. Une petite malle ouverte d'où s'échappe une abeille. Un matin... Sa facture arrive. Inès la lit deux fois. Elle est adressée au grenier de Mamijo. Mais qui est-ce au juste le grenier de Mamijo ? Les semaines passent. Les cartons s'empilent dans le salon. Le miel colle aux étiquettes. Les buffets bloquent le couloir. Et puis, à mardi matin, la boîte aux lettres. Une enveloppe blanche. Un en-tête officiel. Le nom d'Inès bien écrit. Elle l'ouvre sur le trottoir. L'administration fiscale. La plateforme a transmis le détail de ses ventes. Chaque robe. Chaque carton. Chaque mois. Inès relève la tête. Mamie Jo, derrière la fenêtre, a juste son grand chapeau. « Alors, ma chérie, bonne nouvelle ? » Inès ne répond pas. Elle regarde la lettre. Puis le salon plein de cartons. Puis la lettre encore. Moralité, quand tout le monde vend sous le même toit, qui au juste ? Tiens la boutique. Ici s'arrête le compte, mais pas l'histoire. Chacun a vendu, signé ou promis quelque chose. A vous de découvrir qui devra en répondre. C'était Compte d'entreprise.