Description
Dans le programme approuvé par l’Assemblée nationale le 26 avril, le Premier ministre Sama Lukonde présente un programme ambitieux qui comprend des réformes de l'armée et de l'administration, la mise en place de soins de santé et d'un enseignement primaire gratuits, ainsi qu'un vaste projet d'infrastructures, le tout en deux ans et demi. Mais d'où viendra l'argent ?
Bonjour !
Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche basé à l'Université de New York. Vous écoutez le 12e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d'éclairer les questions d'actualité en RDC.
Nous sommes le vendredi 30 avril.
Dans son discours de présentation du programme, le nouveau premier ministre a indiqué que ce plan coûterait 36 milliards de dollars entre 2021 et 2023, soit 12 milliards de dollars de plus que le budget prévu pour cette période. En fait, même ce budget prévisionnel d'environ 7 milliards de dollars par an sera difficile à réunir pour le gouvernement. L’année dernière, le gouvernement n'avait pu lever que 3,7 milliards de dollars en 2020.
Néanmoins, il y a quelques lueurs d'espoir. Le gouvernement pourrait augmenter ses recettes en luttant contre la corruption et l'évasion fiscale. Il s'agit d'un processus à long terme. Cependant, il y a des secteurs où des fuites pourraient être colmatées relativement facilement. Le gouvernement perd énormément d'argent en exonérations fiscales ; en 2020, par exemple, il a accordé des exonérations fiscales d'une valeur de 818 millions de dollars, soit près d'un quart de toutes les recettes de cette année-là. Dans son programme, le Premier ministre Sama a mentionné ces exonérations, ainsi que l'importance d'une meilleure application de la taxe sur la valeur ajoutée, l'une des plus grandes sources de revenus du pays.
La deuxième augmentation potentielle des recettes pourrait provenir du secteur minier. Environ la moitié des revenus du gouvernement provient de ce secteur, et les tendances dans ce domaine semblent prometteuses. Le cuivre, de loin la matière première la plus importante, connaît une hausse spectaculaire de son prix mondial, qui a presque doublé l’année passée. Dans le même temps, bon nombre des plus grandes sociétés minières congolaises - Tenke Fungurume, Katanga Mining, MMG - ont remboursé leurs investissements en capital et paient désormais des impôts sur les bénéfices ou vont bientôt commencer à le faire.
Finalement, les bailleurs de fonds pourraient aider. La Banque mondiale, en particulier, nourrit de grands projets pour le Congo. Elle veut dépenser 800 millions de dollars pour soutenir l'éducation primaire gratuite, un autre demi-milliard pour soutenir les communautés vulnérables dans l'est du pays, et un demi-milliard pour les infrastructures et l’économie à Kinshasa. Mais une grande partie de ce financement est conditionnée à des réformes. La Banque a reporté sa première tranche d'argent pour l'éducation en raison d'allégations de corruption - c'est probablement l'une des raisons pour lesquelles l'ancien ministre de l'enseignement primaire et secondaire Willy Bakonga a été arrêté la semaine dernière. Entre-temps, le FMI demande un audit de la Banque centrale, la publication des contrats miniers, ainsi que d'autres réformes.
Le gouvernement chinois est un autre donateur important. De nombreux auditeurs se souviendront de l'accord d'infrastructure de 6 milliards de dollars signé entre le gouvernement de Kabila et la Chine en 2006. Cependant, une grande partie de cet argent n'est jamais arrivée - le gouvernement chinois était censé dépenser 3 milliards de dollars dans la construction d'infrastructures (en grande partie par le biais d'entreprises chinoises), mais jusqu'à deux tiers de ces fonds ne sont sans doute jamais arrivés en raison des préoccupations de corruption et de mauvaise gestion exprimées par la partie chinoise. Si le gouvernement de Sama peut répondre à ces préoccupations, il est possible que certaines des infrastructures proposées puissent être construites avec de l'argent chinois.
Les défis sont énormes mais ces pistes montrent que l’espoir est permis. On ne manquera pas de revenir bientôt sur ces questions.
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