Comprendre la visite des forces spéciales américaines en RDC cover
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🎙Po na GEC

Comprendre la visite des forces spéciales américaines en RDC

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03min |19/08/2021
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Description

Le week-end dernier, une équipe des forces spéciales américaines a atterri à Kinshasa. Elle vient « appuyer la détermination expresse du président Tshisekedi à restaurer la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC et à lutter contre DAECH-RDC », pouvait-on lire dans le communiqué de presse de l’ambassade américaine. Pour la présidence, il s’agit d' une concrétisation de la détermination sans faille du Président Tshisekedi pour restaurer la Paix et la Sécurité à l'Est du pays »[sic]..

Je m’appelle Fred Bauma, je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche basé à l’Université de New York. Dans ce 27e numéro de Po Na GEC, je me questionne sur l’objet de cette visite, la communication autour d’elle et les discussions qu’elle a engendrées.

Officiellement, la mission de cette unité est de « réaliser une évaluation de la future équipe congolaise de lutte contre le terrorisme » et de faire des recommandations aux responsables congolais. Ces militaires devront également évaluer les capacités des gardes des parcs nationaux de Garamba et de Virunga, dans le Nord-est et l’Est de la RDC. Dans ces régions sévissent des groupes armés dont deux préocupent particulièrement les Etats-Unis d’Amérique : la LRA et surtout les ADF, dont le dernier rapport du groupe d'experts des Nations-Unies conteste qu’il soit sous le commandement direct de l'Etat islamique. Il s’agit donc d’une mission d'évaluation qui, selon plusieurs experts des questions sécuritaires, a pour l’instant peu de chances d’aboutir à des opérations américaines dans la région ni à un soutien militaire américain plus important.

En effet, la reprise de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC annoncée solennellement en octobre 2020 peine encore à se matérialiser en un soutien logistique de taille comme le voudrait le gouvernement congolais. La présence d’officiers sanctionnés, la corruption au sein des FARDC ainsi que les abus des droits humains empêchent officiellement tout soutien substantiel. Selon des sources diplomatiques, la coopération militaire entre les USA et la RDC est pour l’instant limitée à la formation en droits humains , en anglais ou à quelques bourses pour des programmes académiques aux Etats-Unis.

Pourtant, dans leur communication, la présidence de la République aussi bien que l’ambassade américaine, semblent vouloir amplifier la substance de cette mission. Ainsi, le 15 août 2021, deux jours après leur arrivée à Kinshasa, les forces spéciales américaines ont été reçues par le chef de l’État congolais. Sur une photo publiée sur le compte Twitter de l’ambassadeur américain, on voit cette dizaine de soldats en treillis, entouré par l’ambassadeur, le président et huit généraux de l’armée congolaise. Comment expliquer ce besoin d’amplification ? Dans un récent billet de blog, mon collègue Joshua Walker rappelait qu’ « En RDC comme ailleurs, le pouvoir politique des dirigeants réside, en partie, dans la gestion des perceptions du public ». Au moment où les critiques se lèvent pour dénoncer les faibles résultats de l’État de siège instauré depuis plus de trois mois à l’Est de la RDC, projeter l’image d’un renfort américain à des opérations imminentes pourrait avoir un effet psychologique réel sur la population en attente d’un sauveur. On se rappellera par exemple du déploiement des militaires américains au Gabon au lendemain des élections de décembre 2018 en RDC, ou même de la menace des sanctions, qui est souvent aussi efficace – si pas plus – que les sanctions elles-mêmes.

Aussi, si la nature de l’Équipe congolaise de lutte contre le terrorisme reste encore une grande inconnue, l’ordre des événements invite à des interrogations. L’unité dont il est question n’aurait-elle pas pu être créée avant la proclamation de l’état de siège dont le but est principalement de mettre fin à l'activisme du groupe que cette unité est censée combattre ?

Enfin, cette démarche semble s'inscrire dans la nouvelle narration née de la désignation, par le gouvernement américain le 10 mars 2021, de l'ADF comme État islamique en RDC. Cette description risque de ne favoriser que les réponses militaires, de minimiser la complexité des groupes armés dans l’est de la RDC.  Et surtout, il y a un risque de se distancier de la nécessité de résoudre les problèmes structurels internes à l’armée et de tenir redevable l'État congolais et ses services de sécurité.

Dans tous les cas, la population attend une solution qui lui permettra de vivre enfin en paix.

N’hésitez pas à rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre téléphone.

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Le week-end dernier, une équipe des forces spéciales américaines a atterri à Kinshasa. Elle vient « appuyer la détermination expresse du président Tshisekedi à restaurer la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC et à lutter contre DAECH-RDC », pouvait-on lire dans le communiqué de presse de l’ambassade américaine. Pour la présidence, il s’agit d' une concrétisation de la détermination sans faille du Président Tshisekedi pour restaurer la Paix et la Sécurité à l'Est du pays »[sic]..

Je m’appelle Fred Bauma, je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche basé à l’Université de New York. Dans ce 27e numéro de Po Na GEC, je me questionne sur l’objet de cette visite, la communication autour d’elle et les discussions qu’elle a engendrées.

Officiellement, la mission de cette unité est de « réaliser une évaluation de la future équipe congolaise de lutte contre le terrorisme » et de faire des recommandations aux responsables congolais. Ces militaires devront également évaluer les capacités des gardes des parcs nationaux de Garamba et de Virunga, dans le Nord-est et l’Est de la RDC. Dans ces régions sévissent des groupes armés dont deux préocupent particulièrement les Etats-Unis d’Amérique : la LRA et surtout les ADF, dont le dernier rapport du groupe d'experts des Nations-Unies conteste qu’il soit sous le commandement direct de l'Etat islamique. Il s’agit donc d’une mission d'évaluation qui, selon plusieurs experts des questions sécuritaires, a pour l’instant peu de chances d’aboutir à des opérations américaines dans la région ni à un soutien militaire américain plus important.

En effet, la reprise de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC annoncée solennellement en octobre 2020 peine encore à se matérialiser en un soutien logistique de taille comme le voudrait le gouvernement congolais. La présence d’officiers sanctionnés, la corruption au sein des FARDC ainsi que les abus des droits humains empêchent officiellement tout soutien substantiel. Selon des sources diplomatiques, la coopération militaire entre les USA et la RDC est pour l’instant limitée à la formation en droits humains , en anglais ou à quelques bourses pour des programmes académiques aux Etats-Unis.

Pourtant, dans leur communication, la présidence de la République aussi bien que l’ambassade américaine, semblent vouloir amplifier la substance de cette mission. Ainsi, le 15 août 2021, deux jours après leur arrivée à Kinshasa, les forces spéciales américaines ont été reçues par le chef de l’État congolais. Sur une photo publiée sur le compte Twitter de l’ambassadeur américain, on voit cette dizaine de soldats en treillis, entouré par l’ambassadeur, le président et huit généraux de l’armée congolaise. Comment expliquer ce besoin d’amplification ? Dans un récent billet de blog, mon collègue Joshua Walker rappelait qu’ « En RDC comme ailleurs, le pouvoir politique des dirigeants réside, en partie, dans la gestion des perceptions du public ». Au moment où les critiques se lèvent pour dénoncer les faibles résultats de l’État de siège instauré depuis plus de trois mois à l’Est de la RDC, projeter l’image d’un renfort américain à des opérations imminentes pourrait avoir un effet psychologique réel sur la population en attente d’un sauveur. On se rappellera par exemple du déploiement des militaires américains au Gabon au lendemain des élections de décembre 2018 en RDC, ou même de la menace des sanctions, qui est souvent aussi efficace – si pas plus – que les sanctions elles-mêmes.

Aussi, si la nature de l’Équipe congolaise de lutte contre le terrorisme reste encore une grande inconnue, l’ordre des événements invite à des interrogations. L’unité dont il est question n’aurait-elle pas pu être créée avant la proclamation de l’état de siège dont le but est principalement de mettre fin à l'activisme du groupe que cette unité est censée combattre ?

Enfin, cette démarche semble s'inscrire dans la nouvelle narration née de la désignation, par le gouvernement américain le 10 mars 2021, de l'ADF comme État islamique en RDC. Cette description risque de ne favoriser que les réponses militaires, de minimiser la complexité des groupes armés dans l’est de la RDC.  Et surtout, il y a un risque de se distancier de la nécessité de résoudre les problèmes structurels internes à l’armée et de tenir redevable l'État congolais et ses services de sécurité.

Dans tous les cas, la population attend une solution qui lui permettra de vivre enfin en paix.

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Je m’appelle Fred Bauma, je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche basé à l’Université de New York. Dans ce 27e numéro de Po Na GEC, je me questionne sur l’objet de cette visite, la communication autour d’elle et les discussions qu’elle a engendrées.

Officiellement, la mission de cette unité est de « réaliser une évaluation de la future équipe congolaise de lutte contre le terrorisme » et de faire des recommandations aux responsables congolais. Ces militaires devront également évaluer les capacités des gardes des parcs nationaux de Garamba et de Virunga, dans le Nord-est et l’Est de la RDC. Dans ces régions sévissent des groupes armés dont deux préocupent particulièrement les Etats-Unis d’Amérique : la LRA et surtout les ADF, dont le dernier rapport du groupe d'experts des Nations-Unies conteste qu’il soit sous le commandement direct de l'Etat islamique. Il s’agit donc d’une mission d'évaluation qui, selon plusieurs experts des questions sécuritaires, a pour l’instant peu de chances d’aboutir à des opérations américaines dans la région ni à un soutien militaire américain plus important.

En effet, la reprise de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC annoncée solennellement en octobre 2020 peine encore à se matérialiser en un soutien logistique de taille comme le voudrait le gouvernement congolais. La présence d’officiers sanctionnés, la corruption au sein des FARDC ainsi que les abus des droits humains empêchent officiellement tout soutien substantiel. Selon des sources diplomatiques, la coopération militaire entre les USA et la RDC est pour l’instant limitée à la formation en droits humains , en anglais ou à quelques bourses pour des programmes académiques aux Etats-Unis.

Pourtant, dans leur communication, la présidence de la République aussi bien que l’ambassade américaine, semblent vouloir amplifier la substance de cette mission. Ainsi, le 15 août 2021, deux jours après leur arrivée à Kinshasa, les forces spéciales américaines ont été reçues par le chef de l’État congolais. Sur une photo publiée sur le compte Twitter de l’ambassadeur américain, on voit cette dizaine de soldats en treillis, entouré par l’ambassadeur, le président et huit généraux de l’armée congolaise. Comment expliquer ce besoin d’amplification ? Dans un récent billet de blog, mon collègue Joshua Walker rappelait qu’ « En RDC comme ailleurs, le pouvoir politique des dirigeants réside, en partie, dans la gestion des perceptions du public ». Au moment où les critiques se lèvent pour dénoncer les faibles résultats de l’État de siège instauré depuis plus de trois mois à l’Est de la RDC, projeter l’image d’un renfort américain à des opérations imminentes pourrait avoir un effet psychologique réel sur la population en attente d’un sauveur. On se rappellera par exemple du déploiement des militaires américains au Gabon au lendemain des élections de décembre 2018 en RDC, ou même de la menace des sanctions, qui est souvent aussi efficace – si pas plus – que les sanctions elles-mêmes.

Aussi, si la nature de l’Équipe congolaise de lutte contre le terrorisme reste encore une grande inconnue, l’ordre des événements invite à des interrogations. L’unité dont il est question n’aurait-elle pas pu être créée avant la proclamation de l’état de siège dont le but est principalement de mettre fin à l'activisme du groupe que cette unité est censée combattre ?

Enfin, cette démarche semble s'inscrire dans la nouvelle narration née de la désignation, par le gouvernement américain le 10 mars 2021, de l'ADF comme État islamique en RDC. Cette description risque de ne favoriser que les réponses militaires, de minimiser la complexité des groupes armés dans l’est de la RDC.  Et surtout, il y a un risque de se distancier de la nécessité de résoudre les problèmes structurels internes à l’armée et de tenir redevable l'État congolais et ses services de sécurité.

Dans tous les cas, la population attend une solution qui lui permettra de vivre enfin en paix.

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Le week-end dernier, une équipe des forces spéciales américaines a atterri à Kinshasa. Elle vient « appuyer la détermination expresse du président Tshisekedi à restaurer la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC et à lutter contre DAECH-RDC », pouvait-on lire dans le communiqué de presse de l’ambassade américaine. Pour la présidence, il s’agit d' une concrétisation de la détermination sans faille du Président Tshisekedi pour restaurer la Paix et la Sécurité à l'Est du pays »[sic]..

Je m’appelle Fred Bauma, je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche basé à l’Université de New York. Dans ce 27e numéro de Po Na GEC, je me questionne sur l’objet de cette visite, la communication autour d’elle et les discussions qu’elle a engendrées.

Officiellement, la mission de cette unité est de « réaliser une évaluation de la future équipe congolaise de lutte contre le terrorisme » et de faire des recommandations aux responsables congolais. Ces militaires devront également évaluer les capacités des gardes des parcs nationaux de Garamba et de Virunga, dans le Nord-est et l’Est de la RDC. Dans ces régions sévissent des groupes armés dont deux préocupent particulièrement les Etats-Unis d’Amérique : la LRA et surtout les ADF, dont le dernier rapport du groupe d'experts des Nations-Unies conteste qu’il soit sous le commandement direct de l'Etat islamique. Il s’agit donc d’une mission d'évaluation qui, selon plusieurs experts des questions sécuritaires, a pour l’instant peu de chances d’aboutir à des opérations américaines dans la région ni à un soutien militaire américain plus important.

En effet, la reprise de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC annoncée solennellement en octobre 2020 peine encore à se matérialiser en un soutien logistique de taille comme le voudrait le gouvernement congolais. La présence d’officiers sanctionnés, la corruption au sein des FARDC ainsi que les abus des droits humains empêchent officiellement tout soutien substantiel. Selon des sources diplomatiques, la coopération militaire entre les USA et la RDC est pour l’instant limitée à la formation en droits humains , en anglais ou à quelques bourses pour des programmes académiques aux Etats-Unis.

Pourtant, dans leur communication, la présidence de la République aussi bien que l’ambassade américaine, semblent vouloir amplifier la substance de cette mission. Ainsi, le 15 août 2021, deux jours après leur arrivée à Kinshasa, les forces spéciales américaines ont été reçues par le chef de l’État congolais. Sur une photo publiée sur le compte Twitter de l’ambassadeur américain, on voit cette dizaine de soldats en treillis, entouré par l’ambassadeur, le président et huit généraux de l’armée congolaise. Comment expliquer ce besoin d’amplification ? Dans un récent billet de blog, mon collègue Joshua Walker rappelait qu’ « En RDC comme ailleurs, le pouvoir politique des dirigeants réside, en partie, dans la gestion des perceptions du public ». Au moment où les critiques se lèvent pour dénoncer les faibles résultats de l’État de siège instauré depuis plus de trois mois à l’Est de la RDC, projeter l’image d’un renfort américain à des opérations imminentes pourrait avoir un effet psychologique réel sur la population en attente d’un sauveur. On se rappellera par exemple du déploiement des militaires américains au Gabon au lendemain des élections de décembre 2018 en RDC, ou même de la menace des sanctions, qui est souvent aussi efficace – si pas plus – que les sanctions elles-mêmes.

Aussi, si la nature de l’Équipe congolaise de lutte contre le terrorisme reste encore une grande inconnue, l’ordre des événements invite à des interrogations. L’unité dont il est question n’aurait-elle pas pu être créée avant la proclamation de l’état de siège dont le but est principalement de mettre fin à l'activisme du groupe que cette unité est censée combattre ?

Enfin, cette démarche semble s'inscrire dans la nouvelle narration née de la désignation, par le gouvernement américain le 10 mars 2021, de l'ADF comme État islamique en RDC. Cette description risque de ne favoriser que les réponses militaires, de minimiser la complexité des groupes armés dans l’est de la RDC.  Et surtout, il y a un risque de se distancier de la nécessité de résoudre les problèmes structurels internes à l’armée et de tenir redevable l'État congolais et ses services de sécurité.

Dans tous les cas, la population attend une solution qui lui permettra de vivre enfin en paix.

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