Le cardinal est mort, vive le cardinal cover
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🎙Po na GEC

Le cardinal est mort, vive le cardinal

Le cardinal est mort, vive le cardinal

03min |23/07/2021
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Description

C’est dĂ©sormais Ă  la cathĂ©drale Notre Dame du Congo, en plein centre-ville de Kinshasa que repose le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans son message de condolĂ©ance, le pape François le dĂ©crit comme un « exĂ©gĂšte, homme de science, un grand homme spirituel et un pasteur intensĂ©ment dĂ©vouĂ© au service de l’Église, partout oĂč il a Ă©tĂ© appelĂ© ». Quel hĂ©ritage le cardinal Monsengwo lĂšgue-t-il Ă  l’église et Ă  la rĂ©publique ?

Bonjour !

Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York.

Dans ce 23e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualitĂ© en RDC, je mĂ©dite sur l’hĂ©ritage de l’archevĂȘque Ă©mĂ©rite de Kinshasa, dĂ©cĂ©dĂ© ce 11 juillet 2021 en France.

Le cardinal Monsengwo aura vĂ©cu 81 ans, dont plus de la moitiĂ© comme Ă©vĂȘque, ensuite archevĂȘque respectivement de Inongo, Kisangani et Kinshasa. À l’annonce de sa mort, nombreux ont saluĂ© ses prouesses intellectuelles et son action en faveur des pauvres. D’autres ont rappelĂ© ses qualitĂ©s de polyglotte – il parlait 14 langues - ou encore son amour pour la musique. Car Tata cardinal, comme il se faisait affectueusement appeler, a eu plusieurs vies. Mais sa contribution dans la lutte pour la justice sociale et la dĂ©mocratie restera pour beaucoup, et au-delĂ  de sa chĂšre Ă©glise catholique, son grand hĂ©ritage.

Si pour le commun des Congolais, l’érudit exĂ©gĂšte catholique leur Ă©tait peu connu, le politique et le pasteur, lui, leur Ă©tait si proche. D'autant que durant les trente derniĂšres annĂ©es de sa vie, le cardinal a dominĂ© la vie politique de son pays par ses sorties mĂ©diatiques, ses homĂ©lies tranchantes et son leadership au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Monsengwo aura mĂȘme servi pendant quatre ans comme prĂ©sident du Haut-conseil de la RĂ©publique/Parlement de transition.

Et dans sa longue carriĂšre de prince de l’église, il n’a ratĂ© aucune occasion pour fournir de l’énergie aux diffĂ©rents courants contestataires. « Mon rĂŽle Ă©tait de tendre la corde sans qu’elle ne cĂšde », se confiait-il au magazine Jeune Afrique en 2015. Ainsi, en 1992, lorsque la confĂ©rence Nationale Souveraine dont il dirigeait les travaux est bloquĂ©e par le prĂ©sident Mobutu, il laissera faire les prĂȘtres contestataires et les laĂŻcs catholiques dans ce qui sera connu sous le nom de la marche des chrĂ©tiens. En 2011, il n'hĂ©site pas Ă  critiquer durement les rĂ©sultats des Ă©lections qui, selon lui, n’étaient « conformes ni Ă  la vĂ©ritĂ©, ni Ă  la justice ». En 2015, alors que les Ă©meutes Ă©clataient Ă  Kinshasa et dans d’autres villes du pays contre la modification de la loi Ă©lectorale, il prĂȘta de nouveau sa voix pour amplifier l’opposition Ă  Joseph Kabila. Il rĂ©cidivera en 2017 en relançant le ComitĂ© laĂŻc catholique. Et lorsque la premiĂšre marche des laĂŻcs catholiques fut violemment rĂ©primĂ©e Ă  Kinshasa, il n’hĂ©sitera pas Ă  assener sa plus grande critique au rĂ©gime de Joseph Kabila avec cette  phrase devenue culte : « Il est temps que la vĂ©ritĂ© l’emporte sur le mensonge systĂ©mique, que les mĂ©diocres dĂ©gagent et que rĂšgnent la paix, la justice en RDC ». Il n’hĂ©sitera pas non plus Ă  se montrer critique aprĂšs les Ă©lections controversĂ©es  de dĂ©cembre 2018.

La corde, il l’aura souvent tendue jusqu’au bout, elle aura parfois cĂ©dĂ©. Mais la tension que cela a Ă  chaque fois crĂ©Ă© Ă  contribuer Ă  faire avancer la dĂ©mocratie et les libertĂ©s en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

À deux ans des nouvelles Ă©lections et alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'Église catholique et ses millions de laĂŻc auront besoin d’un berger fort et d’une voix forte. Le cardinal Fridolin Ambongo saura-t-il assumer ce rĂŽle? Il est clair qu’il en a les atouts quoique son style, sa personnalitĂ© et sa trajectoire politique le distinguent de son auguste prĂ©dĂ©cesseur. Au discret et souvent diplomate Monsengwo succĂšde le fougueux et fonceur Ambongo. On l’a dĂ©couvert d’ailleurs lors du dialogue de la Cenco.  Lorsque le prĂ©sident de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, jouait aux diplomates, Ambongo a choisi d’ĂȘtre le porte voix de la ligne dure, ce qui lui attira alors  la sympathie de la sociĂ©tĂ© civile congolaise. DĂ©sormais seul maĂźtre de l'archevĂȘchĂ© de Kinshasa, le cardinal Ambongo a le champ libre pour imprimer son style et rattraper le charisme du cardinal Monsengwo, qui est de 21 ans son aĂźnĂ©.

Le cardinal est mort, vive le cardinal.

N’hĂ©sitez pas Ă  rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone.

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C’est dĂ©sormais Ă  la cathĂ©drale Notre Dame du Congo, en plein centre-ville de Kinshasa que repose le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans son message de condolĂ©ance, le pape François le dĂ©crit comme un « exĂ©gĂšte, homme de science, un grand homme spirituel et un pasteur intensĂ©ment dĂ©vouĂ© au service de l’Église, partout oĂč il a Ă©tĂ© appelĂ© ». Quel hĂ©ritage le cardinal Monsengwo lĂšgue-t-il Ă  l’église et Ă  la rĂ©publique ?

Bonjour !

Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York.

Dans ce 23e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualitĂ© en RDC, je mĂ©dite sur l’hĂ©ritage de l’archevĂȘque Ă©mĂ©rite de Kinshasa, dĂ©cĂ©dĂ© ce 11 juillet 2021 en France.

Le cardinal Monsengwo aura vĂ©cu 81 ans, dont plus de la moitiĂ© comme Ă©vĂȘque, ensuite archevĂȘque respectivement de Inongo, Kisangani et Kinshasa. À l’annonce de sa mort, nombreux ont saluĂ© ses prouesses intellectuelles et son action en faveur des pauvres. D’autres ont rappelĂ© ses qualitĂ©s de polyglotte – il parlait 14 langues - ou encore son amour pour la musique. Car Tata cardinal, comme il se faisait affectueusement appeler, a eu plusieurs vies. Mais sa contribution dans la lutte pour la justice sociale et la dĂ©mocratie restera pour beaucoup, et au-delĂ  de sa chĂšre Ă©glise catholique, son grand hĂ©ritage.

Si pour le commun des Congolais, l’érudit exĂ©gĂšte catholique leur Ă©tait peu connu, le politique et le pasteur, lui, leur Ă©tait si proche. D'autant que durant les trente derniĂšres annĂ©es de sa vie, le cardinal a dominĂ© la vie politique de son pays par ses sorties mĂ©diatiques, ses homĂ©lies tranchantes et son leadership au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Monsengwo aura mĂȘme servi pendant quatre ans comme prĂ©sident du Haut-conseil de la RĂ©publique/Parlement de transition.

Et dans sa longue carriĂšre de prince de l’église, il n’a ratĂ© aucune occasion pour fournir de l’énergie aux diffĂ©rents courants contestataires. « Mon rĂŽle Ă©tait de tendre la corde sans qu’elle ne cĂšde », se confiait-il au magazine Jeune Afrique en 2015. Ainsi, en 1992, lorsque la confĂ©rence Nationale Souveraine dont il dirigeait les travaux est bloquĂ©e par le prĂ©sident Mobutu, il laissera faire les prĂȘtres contestataires et les laĂŻcs catholiques dans ce qui sera connu sous le nom de la marche des chrĂ©tiens. En 2011, il n'hĂ©site pas Ă  critiquer durement les rĂ©sultats des Ă©lections qui, selon lui, n’étaient « conformes ni Ă  la vĂ©ritĂ©, ni Ă  la justice ». En 2015, alors que les Ă©meutes Ă©clataient Ă  Kinshasa et dans d’autres villes du pays contre la modification de la loi Ă©lectorale, il prĂȘta de nouveau sa voix pour amplifier l’opposition Ă  Joseph Kabila. Il rĂ©cidivera en 2017 en relançant le ComitĂ© laĂŻc catholique. Et lorsque la premiĂšre marche des laĂŻcs catholiques fut violemment rĂ©primĂ©e Ă  Kinshasa, il n’hĂ©sitera pas Ă  assener sa plus grande critique au rĂ©gime de Joseph Kabila avec cette  phrase devenue culte : « Il est temps que la vĂ©ritĂ© l’emporte sur le mensonge systĂ©mique, que les mĂ©diocres dĂ©gagent et que rĂšgnent la paix, la justice en RDC ». Il n’hĂ©sitera pas non plus Ă  se montrer critique aprĂšs les Ă©lections controversĂ©es  de dĂ©cembre 2018.

La corde, il l’aura souvent tendue jusqu’au bout, elle aura parfois cĂ©dĂ©. Mais la tension que cela a Ă  chaque fois crĂ©Ă© Ă  contribuer Ă  faire avancer la dĂ©mocratie et les libertĂ©s en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

À deux ans des nouvelles Ă©lections et alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'Église catholique et ses millions de laĂŻc auront besoin d’un berger fort et d’une voix forte. Le cardinal Fridolin Ambongo saura-t-il assumer ce rĂŽle? Il est clair qu’il en a les atouts quoique son style, sa personnalitĂ© et sa trajectoire politique le distinguent de son auguste prĂ©dĂ©cesseur. Au discret et souvent diplomate Monsengwo succĂšde le fougueux et fonceur Ambongo. On l’a dĂ©couvert d’ailleurs lors du dialogue de la Cenco.  Lorsque le prĂ©sident de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, jouait aux diplomates, Ambongo a choisi d’ĂȘtre le porte voix de la ligne dure, ce qui lui attira alors  la sympathie de la sociĂ©tĂ© civile congolaise. DĂ©sormais seul maĂźtre de l'archevĂȘchĂ© de Kinshasa, le cardinal Ambongo a le champ libre pour imprimer son style et rattraper le charisme du cardinal Monsengwo, qui est de 21 ans son aĂźnĂ©.

Le cardinal est mort, vive le cardinal.

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C’est dĂ©sormais Ă  la cathĂ©drale Notre Dame du Congo, en plein centre-ville de Kinshasa que repose le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans son message de condolĂ©ance, le pape François le dĂ©crit comme un « exĂ©gĂšte, homme de science, un grand homme spirituel et un pasteur intensĂ©ment dĂ©vouĂ© au service de l’Église, partout oĂč il a Ă©tĂ© appelĂ© ». Quel hĂ©ritage le cardinal Monsengwo lĂšgue-t-il Ă  l’église et Ă  la rĂ©publique ?

Bonjour !

Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York.

Dans ce 23e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualitĂ© en RDC, je mĂ©dite sur l’hĂ©ritage de l’archevĂȘque Ă©mĂ©rite de Kinshasa, dĂ©cĂ©dĂ© ce 11 juillet 2021 en France.

Le cardinal Monsengwo aura vĂ©cu 81 ans, dont plus de la moitiĂ© comme Ă©vĂȘque, ensuite archevĂȘque respectivement de Inongo, Kisangani et Kinshasa. À l’annonce de sa mort, nombreux ont saluĂ© ses prouesses intellectuelles et son action en faveur des pauvres. D’autres ont rappelĂ© ses qualitĂ©s de polyglotte – il parlait 14 langues - ou encore son amour pour la musique. Car Tata cardinal, comme il se faisait affectueusement appeler, a eu plusieurs vies. Mais sa contribution dans la lutte pour la justice sociale et la dĂ©mocratie restera pour beaucoup, et au-delĂ  de sa chĂšre Ă©glise catholique, son grand hĂ©ritage.

Si pour le commun des Congolais, l’érudit exĂ©gĂšte catholique leur Ă©tait peu connu, le politique et le pasteur, lui, leur Ă©tait si proche. D'autant que durant les trente derniĂšres annĂ©es de sa vie, le cardinal a dominĂ© la vie politique de son pays par ses sorties mĂ©diatiques, ses homĂ©lies tranchantes et son leadership au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Monsengwo aura mĂȘme servi pendant quatre ans comme prĂ©sident du Haut-conseil de la RĂ©publique/Parlement de transition.

Et dans sa longue carriĂšre de prince de l’église, il n’a ratĂ© aucune occasion pour fournir de l’énergie aux diffĂ©rents courants contestataires. « Mon rĂŽle Ă©tait de tendre la corde sans qu’elle ne cĂšde », se confiait-il au magazine Jeune Afrique en 2015. Ainsi, en 1992, lorsque la confĂ©rence Nationale Souveraine dont il dirigeait les travaux est bloquĂ©e par le prĂ©sident Mobutu, il laissera faire les prĂȘtres contestataires et les laĂŻcs catholiques dans ce qui sera connu sous le nom de la marche des chrĂ©tiens. En 2011, il n'hĂ©site pas Ă  critiquer durement les rĂ©sultats des Ă©lections qui, selon lui, n’étaient « conformes ni Ă  la vĂ©ritĂ©, ni Ă  la justice ». En 2015, alors que les Ă©meutes Ă©clataient Ă  Kinshasa et dans d’autres villes du pays contre la modification de la loi Ă©lectorale, il prĂȘta de nouveau sa voix pour amplifier l’opposition Ă  Joseph Kabila. Il rĂ©cidivera en 2017 en relançant le ComitĂ© laĂŻc catholique. Et lorsque la premiĂšre marche des laĂŻcs catholiques fut violemment rĂ©primĂ©e Ă  Kinshasa, il n’hĂ©sitera pas Ă  assener sa plus grande critique au rĂ©gime de Joseph Kabila avec cette  phrase devenue culte : « Il est temps que la vĂ©ritĂ© l’emporte sur le mensonge systĂ©mique, que les mĂ©diocres dĂ©gagent et que rĂšgnent la paix, la justice en RDC ». Il n’hĂ©sitera pas non plus Ă  se montrer critique aprĂšs les Ă©lections controversĂ©es  de dĂ©cembre 2018.

La corde, il l’aura souvent tendue jusqu’au bout, elle aura parfois cĂ©dĂ©. Mais la tension que cela a Ă  chaque fois crĂ©Ă© Ă  contribuer Ă  faire avancer la dĂ©mocratie et les libertĂ©s en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

À deux ans des nouvelles Ă©lections et alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'Église catholique et ses millions de laĂŻc auront besoin d’un berger fort et d’une voix forte. Le cardinal Fridolin Ambongo saura-t-il assumer ce rĂŽle? Il est clair qu’il en a les atouts quoique son style, sa personnalitĂ© et sa trajectoire politique le distinguent de son auguste prĂ©dĂ©cesseur. Au discret et souvent diplomate Monsengwo succĂšde le fougueux et fonceur Ambongo. On l’a dĂ©couvert d’ailleurs lors du dialogue de la Cenco.  Lorsque le prĂ©sident de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, jouait aux diplomates, Ambongo a choisi d’ĂȘtre le porte voix de la ligne dure, ce qui lui attira alors  la sympathie de la sociĂ©tĂ© civile congolaise. DĂ©sormais seul maĂźtre de l'archevĂȘchĂ© de Kinshasa, le cardinal Ambongo a le champ libre pour imprimer son style et rattraper le charisme du cardinal Monsengwo, qui est de 21 ans son aĂźnĂ©.

Le cardinal est mort, vive le cardinal.

N’hĂ©sitez pas Ă  rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone.

Description

C’est dĂ©sormais Ă  la cathĂ©drale Notre Dame du Congo, en plein centre-ville de Kinshasa que repose le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans son message de condolĂ©ance, le pape François le dĂ©crit comme un « exĂ©gĂšte, homme de science, un grand homme spirituel et un pasteur intensĂ©ment dĂ©vouĂ© au service de l’Église, partout oĂč il a Ă©tĂ© appelĂ© ». Quel hĂ©ritage le cardinal Monsengwo lĂšgue-t-il Ă  l’église et Ă  la rĂ©publique ?

Bonjour !

Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York.

Dans ce 23e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualitĂ© en RDC, je mĂ©dite sur l’hĂ©ritage de l’archevĂȘque Ă©mĂ©rite de Kinshasa, dĂ©cĂ©dĂ© ce 11 juillet 2021 en France.

Le cardinal Monsengwo aura vĂ©cu 81 ans, dont plus de la moitiĂ© comme Ă©vĂȘque, ensuite archevĂȘque respectivement de Inongo, Kisangani et Kinshasa. À l’annonce de sa mort, nombreux ont saluĂ© ses prouesses intellectuelles et son action en faveur des pauvres. D’autres ont rappelĂ© ses qualitĂ©s de polyglotte – il parlait 14 langues - ou encore son amour pour la musique. Car Tata cardinal, comme il se faisait affectueusement appeler, a eu plusieurs vies. Mais sa contribution dans la lutte pour la justice sociale et la dĂ©mocratie restera pour beaucoup, et au-delĂ  de sa chĂšre Ă©glise catholique, son grand hĂ©ritage.

Si pour le commun des Congolais, l’érudit exĂ©gĂšte catholique leur Ă©tait peu connu, le politique et le pasteur, lui, leur Ă©tait si proche. D'autant que durant les trente derniĂšres annĂ©es de sa vie, le cardinal a dominĂ© la vie politique de son pays par ses sorties mĂ©diatiques, ses homĂ©lies tranchantes et son leadership au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Monsengwo aura mĂȘme servi pendant quatre ans comme prĂ©sident du Haut-conseil de la RĂ©publique/Parlement de transition.

Et dans sa longue carriĂšre de prince de l’église, il n’a ratĂ© aucune occasion pour fournir de l’énergie aux diffĂ©rents courants contestataires. « Mon rĂŽle Ă©tait de tendre la corde sans qu’elle ne cĂšde », se confiait-il au magazine Jeune Afrique en 2015. Ainsi, en 1992, lorsque la confĂ©rence Nationale Souveraine dont il dirigeait les travaux est bloquĂ©e par le prĂ©sident Mobutu, il laissera faire les prĂȘtres contestataires et les laĂŻcs catholiques dans ce qui sera connu sous le nom de la marche des chrĂ©tiens. En 2011, il n'hĂ©site pas Ă  critiquer durement les rĂ©sultats des Ă©lections qui, selon lui, n’étaient « conformes ni Ă  la vĂ©ritĂ©, ni Ă  la justice ». En 2015, alors que les Ă©meutes Ă©clataient Ă  Kinshasa et dans d’autres villes du pays contre la modification de la loi Ă©lectorale, il prĂȘta de nouveau sa voix pour amplifier l’opposition Ă  Joseph Kabila. Il rĂ©cidivera en 2017 en relançant le ComitĂ© laĂŻc catholique. Et lorsque la premiĂšre marche des laĂŻcs catholiques fut violemment rĂ©primĂ©e Ă  Kinshasa, il n’hĂ©sitera pas Ă  assener sa plus grande critique au rĂ©gime de Joseph Kabila avec cette  phrase devenue culte : « Il est temps que la vĂ©ritĂ© l’emporte sur le mensonge systĂ©mique, que les mĂ©diocres dĂ©gagent et que rĂšgnent la paix, la justice en RDC ». Il n’hĂ©sitera pas non plus Ă  se montrer critique aprĂšs les Ă©lections controversĂ©es  de dĂ©cembre 2018.

La corde, il l’aura souvent tendue jusqu’au bout, elle aura parfois cĂ©dĂ©. Mais la tension que cela a Ă  chaque fois crĂ©Ă© Ă  contribuer Ă  faire avancer la dĂ©mocratie et les libertĂ©s en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

À deux ans des nouvelles Ă©lections et alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'Église catholique et ses millions de laĂŻc auront besoin d’un berger fort et d’une voix forte. Le cardinal Fridolin Ambongo saura-t-il assumer ce rĂŽle? Il est clair qu’il en a les atouts quoique son style, sa personnalitĂ© et sa trajectoire politique le distinguent de son auguste prĂ©dĂ©cesseur. Au discret et souvent diplomate Monsengwo succĂšde le fougueux et fonceur Ambongo. On l’a dĂ©couvert d’ailleurs lors du dialogue de la Cenco.  Lorsque le prĂ©sident de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, jouait aux diplomates, Ambongo a choisi d’ĂȘtre le porte voix de la ligne dure, ce qui lui attira alors  la sympathie de la sociĂ©tĂ© civile congolaise. DĂ©sormais seul maĂźtre de l'archevĂȘchĂ© de Kinshasa, le cardinal Ambongo a le champ libre pour imprimer son style et rattraper le charisme du cardinal Monsengwo, qui est de 21 ans son aĂźnĂ©.

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