Les raisons de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est cover
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🎙Po na GEC

Les raisons de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est

Les raisons de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est

05min |22/04/2022
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Description

Le chef de l'État kĂ©nyan, Uhuru Kenyatta, prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est (EAC), a officialisĂ© l'adhĂ©sion de la RDC comme 7e membre, lors d'un sommet extraordinaire en ligne des dirigeants des États membres organisĂ© fin mars.

Alors, pourquoi la RDC a-t-elle souhaitĂ© rejoindre cette communautĂ© composĂ©e principalement des pays anglophones et plus industrialisĂ©s qu’elle ? Quelle est la vision stratĂ©gique de la RDC dans cette dĂ©marche ?


Bonjour et bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 22 avril et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons Ă  l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC.

DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 2019, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait indiquĂ© que l’un des objectifs de son mandat Ă  la tĂȘte de la RDC serait l’intĂ©gration Ă  ce bloc Ă©conomique et commercial est-africain. L’objectif Ă©tait de permettre Ă  la RDC de bĂ©nĂ©ficier des avantages qu’offre une telle intĂ©gration sous-rĂ©gionale, non seulement dans le cadre de la circulation des personnes et des Ă©changes de biens, mais Ă©galement dans les domaines sĂ©curitaire et politique.

La RDC, deuxiĂšme pays d’Afrique en termes de superficie, au cƓur du continent, est un territoire stratĂ©giquement positionnĂ© avec neuf pays voisins et dotĂ© d'importantes ressources minĂ©rales. Elle partage des frontiĂšres avec tous les États membres de l’EAC, Ă  l'exception du Kenya. Et elle reprĂ©sente une entrĂ©e de choix pour cette organisation, qui devrait dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier d’une façade maritime sur la cĂŽte ouest de l’Afrique, via la ville portuaire de Banana.

La RDC est dĂ©jĂ  membre de trois autres organisations commerciales rĂ©gionales : la Comesa (MarchĂ© commun de l'Afrique orientale et australe), la SADC (CommunautĂ© de dĂ©veloppement d'Afrique australe) et la CommunautĂ© Ă©conomique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Pourquoi a-t-elle choisi d’adhĂ©rer Ă  une autre organisation ? 

PremiĂšrement, du point de vue Ă©conomique et commercial, les provinces de l’est de la RDC sont plus souvent tournĂ©es vers les pays de l’Afrique de l’Est que sur le reste du pays. La plupart des biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont donc importĂ©s du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Il est dĂšs lors important de faciliter ces Ă©changes par la libre circulation des biens et des services qu’apporte cette adhĂ©sion.

DeuxiĂšmement, l’enjeu sĂ©curitaire dans l’est du Congo a certainement guidĂ© le prĂ©sident Tshisekedi Ă  solliciter cette adhĂ©sion. Cette partie de la RDC est en proie Ă  des violences depuis plus de trois dĂ©cennies sans qu’une solution viable n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le gouvernement congolais veut alors jouer le pari des affaires : attirer plus d’investisseurs des pays de l’Afrique de l’Est en RDC en espĂ©rant que leurs États s’investissent Ă©galement Ă  promouvoir la paix et la sĂ©curitĂ© dans cette partie de la RDC. 

L'accord signĂ© cette semaine avec les pays de l'EAC pourrait ĂȘtre un pas dans cette direction. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’une force rĂ©gionale de lutte contre les forces nĂ©gatives va ĂȘtre mise en place et sera immĂ©diatement opĂ©rationnelle sous la direction de la RDC. Par contre, il n'est pas clair sur la diffĂ©rence entre les nouvelles opĂ©rations annoncĂ©es et celles dĂ©jĂ  en cours avec l'armĂ©e ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, avec l'armĂ©e kenyanne au sein de la Monusco et l'armĂ©e burundaise qui est sur place au Sud-Kivu.

TroisiĂšmement, cette adhĂ©sion peut Ă©galement ĂȘtre justifiĂ©e par la lĂ©thargie de la CEPGL. Cette autre organisation sous-rĂ©gionale a perdu de sa superbe auprĂšs de l’opinion rĂ©gionale.  Et son efficacitĂ© pour assurer la mission d’intĂ©gration Ă©conomique a Ă©tĂ© impactĂ©e nĂ©gativement par la crise politique et sĂ©curitaire que traverse la rĂ©gion des Grands Lacs. Face Ă  cette lĂ©thargie, plusieurs observateurs avaient proposĂ© soit son Ă©largissement Ă  d’autres États, soit sa fusion avec l’EAC.

Ces raisons ne sont cependant pas suffisantes au regard de la fragilitĂ© de l’économie congolaise et du manque de vision stratĂ©gique du cĂŽtĂ© congolais. Kinshasa semble n’avoir en effet jouĂ© que le pari de la sĂ©curitĂ©. La RDC est un pays peu industrialisĂ©, peu bancarisĂ©, son Ă©conomie est trĂšs extravertie et souffre d'un dĂ©ficit d'infrastructures. Sans production interne rĂ©pondant aux besoins commerciaux en termes d’exportations, le pays, Ă  travers cette adhĂ©sion, s’offre comme un marchĂ© oĂč les autres États ayant des surplus de productions importants viendront Ă©couler leurs produits. Et cela risque d’ĂȘtre au grand  dĂ©savantage du fisc congolais. Car la libre circulation des biens et services appelle Ă  une rĂ©duction des frais, taxes et impĂŽts douaniers, pourtant une source importante des ressources financiĂšres du pays.

De mĂȘme, les rares entreprises congolaises qui ont rĂ©sistĂ© risquent d’ĂȘtre asphyxiĂ©es par cette libre concurrence avec les produits Ă©trangers. La Brasserie de limonades Ă  Bukavu connaĂźt d’ailleurs quelques difficultĂ©s ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite de l’affluence des produits concurrents venant des pays voisins, comme le Burundi avec ses biĂšres Amstel beer et Bock.

Si la RDC s’active fortement sur le volet sĂ©curitaire impliquant son adhĂ©sion Ă  l’EAC, l’on se pose des questions sur le volet Ă©conomique et commercial. Nous ne notons aucune prĂ©paration de la part des autoritĂ©s congolaises, aucune Ă©tude pour Ă©valuer l’impact de la suppression ou de la rĂ©duction des tarifs douaniers dans les postes frontaliers en ce qui concerne la mobilisation des recettes,  aucune anticipation sur la mise en place d’un fonds censĂ© soutenir les entrepreneurs locaux pour les aider Ă  faire face Ă  la future concurrence. 

Dans la perspective de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC, le Kenya par exemple a organisĂ© une mission commerciale afin d’étudier les opportunitĂ©s pour les investisseurs kenyans. L’Ouganda, quant Ă  elle, a lancĂ© la construction de 223 km de routes en RDC pour faciliter les Ă©changes. La RDC devra vite rĂ©flĂ©chir sur les moyens Ă  mettre en place pour profiter Ă©conomiquement et commercialement de cette adhĂ©sion.

En attendant, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

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Le chef de l'État kĂ©nyan, Uhuru Kenyatta, prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est (EAC), a officialisĂ© l'adhĂ©sion de la RDC comme 7e membre, lors d'un sommet extraordinaire en ligne des dirigeants des États membres organisĂ© fin mars.

Alors, pourquoi la RDC a-t-elle souhaitĂ© rejoindre cette communautĂ© composĂ©e principalement des pays anglophones et plus industrialisĂ©s qu’elle ? Quelle est la vision stratĂ©gique de la RDC dans cette dĂ©marche ?


Bonjour et bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 22 avril et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons Ă  l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC.

DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 2019, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait indiquĂ© que l’un des objectifs de son mandat Ă  la tĂȘte de la RDC serait l’intĂ©gration Ă  ce bloc Ă©conomique et commercial est-africain. L’objectif Ă©tait de permettre Ă  la RDC de bĂ©nĂ©ficier des avantages qu’offre une telle intĂ©gration sous-rĂ©gionale, non seulement dans le cadre de la circulation des personnes et des Ă©changes de biens, mais Ă©galement dans les domaines sĂ©curitaire et politique.

La RDC, deuxiĂšme pays d’Afrique en termes de superficie, au cƓur du continent, est un territoire stratĂ©giquement positionnĂ© avec neuf pays voisins et dotĂ© d'importantes ressources minĂ©rales. Elle partage des frontiĂšres avec tous les États membres de l’EAC, Ă  l'exception du Kenya. Et elle reprĂ©sente une entrĂ©e de choix pour cette organisation, qui devrait dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier d’une façade maritime sur la cĂŽte ouest de l’Afrique, via la ville portuaire de Banana.

La RDC est dĂ©jĂ  membre de trois autres organisations commerciales rĂ©gionales : la Comesa (MarchĂ© commun de l'Afrique orientale et australe), la SADC (CommunautĂ© de dĂ©veloppement d'Afrique australe) et la CommunautĂ© Ă©conomique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Pourquoi a-t-elle choisi d’adhĂ©rer Ă  une autre organisation ? 

PremiĂšrement, du point de vue Ă©conomique et commercial, les provinces de l’est de la RDC sont plus souvent tournĂ©es vers les pays de l’Afrique de l’Est que sur le reste du pays. La plupart des biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont donc importĂ©s du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Il est dĂšs lors important de faciliter ces Ă©changes par la libre circulation des biens et des services qu’apporte cette adhĂ©sion.

DeuxiĂšmement, l’enjeu sĂ©curitaire dans l’est du Congo a certainement guidĂ© le prĂ©sident Tshisekedi Ă  solliciter cette adhĂ©sion. Cette partie de la RDC est en proie Ă  des violences depuis plus de trois dĂ©cennies sans qu’une solution viable n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le gouvernement congolais veut alors jouer le pari des affaires : attirer plus d’investisseurs des pays de l’Afrique de l’Est en RDC en espĂ©rant que leurs États s’investissent Ă©galement Ă  promouvoir la paix et la sĂ©curitĂ© dans cette partie de la RDC. 

L'accord signĂ© cette semaine avec les pays de l'EAC pourrait ĂȘtre un pas dans cette direction. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’une force rĂ©gionale de lutte contre les forces nĂ©gatives va ĂȘtre mise en place et sera immĂ©diatement opĂ©rationnelle sous la direction de la RDC. Par contre, il n'est pas clair sur la diffĂ©rence entre les nouvelles opĂ©rations annoncĂ©es et celles dĂ©jĂ  en cours avec l'armĂ©e ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, avec l'armĂ©e kenyanne au sein de la Monusco et l'armĂ©e burundaise qui est sur place au Sud-Kivu.

TroisiĂšmement, cette adhĂ©sion peut Ă©galement ĂȘtre justifiĂ©e par la lĂ©thargie de la CEPGL. Cette autre organisation sous-rĂ©gionale a perdu de sa superbe auprĂšs de l’opinion rĂ©gionale.  Et son efficacitĂ© pour assurer la mission d’intĂ©gration Ă©conomique a Ă©tĂ© impactĂ©e nĂ©gativement par la crise politique et sĂ©curitaire que traverse la rĂ©gion des Grands Lacs. Face Ă  cette lĂ©thargie, plusieurs observateurs avaient proposĂ© soit son Ă©largissement Ă  d’autres États, soit sa fusion avec l’EAC.

Ces raisons ne sont cependant pas suffisantes au regard de la fragilitĂ© de l’économie congolaise et du manque de vision stratĂ©gique du cĂŽtĂ© congolais. Kinshasa semble n’avoir en effet jouĂ© que le pari de la sĂ©curitĂ©. La RDC est un pays peu industrialisĂ©, peu bancarisĂ©, son Ă©conomie est trĂšs extravertie et souffre d'un dĂ©ficit d'infrastructures. Sans production interne rĂ©pondant aux besoins commerciaux en termes d’exportations, le pays, Ă  travers cette adhĂ©sion, s’offre comme un marchĂ© oĂč les autres États ayant des surplus de productions importants viendront Ă©couler leurs produits. Et cela risque d’ĂȘtre au grand  dĂ©savantage du fisc congolais. Car la libre circulation des biens et services appelle Ă  une rĂ©duction des frais, taxes et impĂŽts douaniers, pourtant une source importante des ressources financiĂšres du pays.

De mĂȘme, les rares entreprises congolaises qui ont rĂ©sistĂ© risquent d’ĂȘtre asphyxiĂ©es par cette libre concurrence avec les produits Ă©trangers. La Brasserie de limonades Ă  Bukavu connaĂźt d’ailleurs quelques difficultĂ©s ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite de l’affluence des produits concurrents venant des pays voisins, comme le Burundi avec ses biĂšres Amstel beer et Bock.

Si la RDC s’active fortement sur le volet sĂ©curitaire impliquant son adhĂ©sion Ă  l’EAC, l’on se pose des questions sur le volet Ă©conomique et commercial. Nous ne notons aucune prĂ©paration de la part des autoritĂ©s congolaises, aucune Ă©tude pour Ă©valuer l’impact de la suppression ou de la rĂ©duction des tarifs douaniers dans les postes frontaliers en ce qui concerne la mobilisation des recettes,  aucune anticipation sur la mise en place d’un fonds censĂ© soutenir les entrepreneurs locaux pour les aider Ă  faire face Ă  la future concurrence. 

Dans la perspective de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC, le Kenya par exemple a organisĂ© une mission commerciale afin d’étudier les opportunitĂ©s pour les investisseurs kenyans. L’Ouganda, quant Ă  elle, a lancĂ© la construction de 223 km de routes en RDC pour faciliter les Ă©changes. La RDC devra vite rĂ©flĂ©chir sur les moyens Ă  mettre en place pour profiter Ă©conomiquement et commercialement de cette adhĂ©sion.

En attendant, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

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Le chef de l'État kĂ©nyan, Uhuru Kenyatta, prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est (EAC), a officialisĂ© l'adhĂ©sion de la RDC comme 7e membre, lors d'un sommet extraordinaire en ligne des dirigeants des États membres organisĂ© fin mars.

Alors, pourquoi la RDC a-t-elle souhaitĂ© rejoindre cette communautĂ© composĂ©e principalement des pays anglophones et plus industrialisĂ©s qu’elle ? Quelle est la vision stratĂ©gique de la RDC dans cette dĂ©marche ?


Bonjour et bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 22 avril et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons Ă  l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC.

DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 2019, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait indiquĂ© que l’un des objectifs de son mandat Ă  la tĂȘte de la RDC serait l’intĂ©gration Ă  ce bloc Ă©conomique et commercial est-africain. L’objectif Ă©tait de permettre Ă  la RDC de bĂ©nĂ©ficier des avantages qu’offre une telle intĂ©gration sous-rĂ©gionale, non seulement dans le cadre de la circulation des personnes et des Ă©changes de biens, mais Ă©galement dans les domaines sĂ©curitaire et politique.

La RDC, deuxiĂšme pays d’Afrique en termes de superficie, au cƓur du continent, est un territoire stratĂ©giquement positionnĂ© avec neuf pays voisins et dotĂ© d'importantes ressources minĂ©rales. Elle partage des frontiĂšres avec tous les États membres de l’EAC, Ă  l'exception du Kenya. Et elle reprĂ©sente une entrĂ©e de choix pour cette organisation, qui devrait dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier d’une façade maritime sur la cĂŽte ouest de l’Afrique, via la ville portuaire de Banana.

La RDC est dĂ©jĂ  membre de trois autres organisations commerciales rĂ©gionales : la Comesa (MarchĂ© commun de l'Afrique orientale et australe), la SADC (CommunautĂ© de dĂ©veloppement d'Afrique australe) et la CommunautĂ© Ă©conomique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Pourquoi a-t-elle choisi d’adhĂ©rer Ă  une autre organisation ? 

PremiĂšrement, du point de vue Ă©conomique et commercial, les provinces de l’est de la RDC sont plus souvent tournĂ©es vers les pays de l’Afrique de l’Est que sur le reste du pays. La plupart des biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont donc importĂ©s du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Il est dĂšs lors important de faciliter ces Ă©changes par la libre circulation des biens et des services qu’apporte cette adhĂ©sion.

DeuxiĂšmement, l’enjeu sĂ©curitaire dans l’est du Congo a certainement guidĂ© le prĂ©sident Tshisekedi Ă  solliciter cette adhĂ©sion. Cette partie de la RDC est en proie Ă  des violences depuis plus de trois dĂ©cennies sans qu’une solution viable n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le gouvernement congolais veut alors jouer le pari des affaires : attirer plus d’investisseurs des pays de l’Afrique de l’Est en RDC en espĂ©rant que leurs États s’investissent Ă©galement Ă  promouvoir la paix et la sĂ©curitĂ© dans cette partie de la RDC. 

L'accord signĂ© cette semaine avec les pays de l'EAC pourrait ĂȘtre un pas dans cette direction. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’une force rĂ©gionale de lutte contre les forces nĂ©gatives va ĂȘtre mise en place et sera immĂ©diatement opĂ©rationnelle sous la direction de la RDC. Par contre, il n'est pas clair sur la diffĂ©rence entre les nouvelles opĂ©rations annoncĂ©es et celles dĂ©jĂ  en cours avec l'armĂ©e ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, avec l'armĂ©e kenyanne au sein de la Monusco et l'armĂ©e burundaise qui est sur place au Sud-Kivu.

TroisiĂšmement, cette adhĂ©sion peut Ă©galement ĂȘtre justifiĂ©e par la lĂ©thargie de la CEPGL. Cette autre organisation sous-rĂ©gionale a perdu de sa superbe auprĂšs de l’opinion rĂ©gionale.  Et son efficacitĂ© pour assurer la mission d’intĂ©gration Ă©conomique a Ă©tĂ© impactĂ©e nĂ©gativement par la crise politique et sĂ©curitaire que traverse la rĂ©gion des Grands Lacs. Face Ă  cette lĂ©thargie, plusieurs observateurs avaient proposĂ© soit son Ă©largissement Ă  d’autres États, soit sa fusion avec l’EAC.

Ces raisons ne sont cependant pas suffisantes au regard de la fragilitĂ© de l’économie congolaise et du manque de vision stratĂ©gique du cĂŽtĂ© congolais. Kinshasa semble n’avoir en effet jouĂ© que le pari de la sĂ©curitĂ©. La RDC est un pays peu industrialisĂ©, peu bancarisĂ©, son Ă©conomie est trĂšs extravertie et souffre d'un dĂ©ficit d'infrastructures. Sans production interne rĂ©pondant aux besoins commerciaux en termes d’exportations, le pays, Ă  travers cette adhĂ©sion, s’offre comme un marchĂ© oĂč les autres États ayant des surplus de productions importants viendront Ă©couler leurs produits. Et cela risque d’ĂȘtre au grand  dĂ©savantage du fisc congolais. Car la libre circulation des biens et services appelle Ă  une rĂ©duction des frais, taxes et impĂŽts douaniers, pourtant une source importante des ressources financiĂšres du pays.

De mĂȘme, les rares entreprises congolaises qui ont rĂ©sistĂ© risquent d’ĂȘtre asphyxiĂ©es par cette libre concurrence avec les produits Ă©trangers. La Brasserie de limonades Ă  Bukavu connaĂźt d’ailleurs quelques difficultĂ©s ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite de l’affluence des produits concurrents venant des pays voisins, comme le Burundi avec ses biĂšres Amstel beer et Bock.

Si la RDC s’active fortement sur le volet sĂ©curitaire impliquant son adhĂ©sion Ă  l’EAC, l’on se pose des questions sur le volet Ă©conomique et commercial. Nous ne notons aucune prĂ©paration de la part des autoritĂ©s congolaises, aucune Ă©tude pour Ă©valuer l’impact de la suppression ou de la rĂ©duction des tarifs douaniers dans les postes frontaliers en ce qui concerne la mobilisation des recettes,  aucune anticipation sur la mise en place d’un fonds censĂ© soutenir les entrepreneurs locaux pour les aider Ă  faire face Ă  la future concurrence. 

Dans la perspective de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC, le Kenya par exemple a organisĂ© une mission commerciale afin d’étudier les opportunitĂ©s pour les investisseurs kenyans. L’Ouganda, quant Ă  elle, a lancĂ© la construction de 223 km de routes en RDC pour faciliter les Ă©changes. La RDC devra vite rĂ©flĂ©chir sur les moyens Ă  mettre en place pour profiter Ă©conomiquement et commercialement de cette adhĂ©sion.

En attendant, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

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Le chef de l'État kĂ©nyan, Uhuru Kenyatta, prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est (EAC), a officialisĂ© l'adhĂ©sion de la RDC comme 7e membre, lors d'un sommet extraordinaire en ligne des dirigeants des États membres organisĂ© fin mars.

Alors, pourquoi la RDC a-t-elle souhaitĂ© rejoindre cette communautĂ© composĂ©e principalement des pays anglophones et plus industrialisĂ©s qu’elle ? Quelle est la vision stratĂ©gique de la RDC dans cette dĂ©marche ?


Bonjour et bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 22 avril et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons Ă  l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC.

DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 2019, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait indiquĂ© que l’un des objectifs de son mandat Ă  la tĂȘte de la RDC serait l’intĂ©gration Ă  ce bloc Ă©conomique et commercial est-africain. L’objectif Ă©tait de permettre Ă  la RDC de bĂ©nĂ©ficier des avantages qu’offre une telle intĂ©gration sous-rĂ©gionale, non seulement dans le cadre de la circulation des personnes et des Ă©changes de biens, mais Ă©galement dans les domaines sĂ©curitaire et politique.

La RDC, deuxiĂšme pays d’Afrique en termes de superficie, au cƓur du continent, est un territoire stratĂ©giquement positionnĂ© avec neuf pays voisins et dotĂ© d'importantes ressources minĂ©rales. Elle partage des frontiĂšres avec tous les États membres de l’EAC, Ă  l'exception du Kenya. Et elle reprĂ©sente une entrĂ©e de choix pour cette organisation, qui devrait dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier d’une façade maritime sur la cĂŽte ouest de l’Afrique, via la ville portuaire de Banana.

La RDC est dĂ©jĂ  membre de trois autres organisations commerciales rĂ©gionales : la Comesa (MarchĂ© commun de l'Afrique orientale et australe), la SADC (CommunautĂ© de dĂ©veloppement d'Afrique australe) et la CommunautĂ© Ă©conomique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Pourquoi a-t-elle choisi d’adhĂ©rer Ă  une autre organisation ? 

PremiĂšrement, du point de vue Ă©conomique et commercial, les provinces de l’est de la RDC sont plus souvent tournĂ©es vers les pays de l’Afrique de l’Est que sur le reste du pays. La plupart des biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont donc importĂ©s du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Il est dĂšs lors important de faciliter ces Ă©changes par la libre circulation des biens et des services qu’apporte cette adhĂ©sion.

DeuxiĂšmement, l’enjeu sĂ©curitaire dans l’est du Congo a certainement guidĂ© le prĂ©sident Tshisekedi Ă  solliciter cette adhĂ©sion. Cette partie de la RDC est en proie Ă  des violences depuis plus de trois dĂ©cennies sans qu’une solution viable n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le gouvernement congolais veut alors jouer le pari des affaires : attirer plus d’investisseurs des pays de l’Afrique de l’Est en RDC en espĂ©rant que leurs États s’investissent Ă©galement Ă  promouvoir la paix et la sĂ©curitĂ© dans cette partie de la RDC. 

L'accord signĂ© cette semaine avec les pays de l'EAC pourrait ĂȘtre un pas dans cette direction. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’une force rĂ©gionale de lutte contre les forces nĂ©gatives va ĂȘtre mise en place et sera immĂ©diatement opĂ©rationnelle sous la direction de la RDC. Par contre, il n'est pas clair sur la diffĂ©rence entre les nouvelles opĂ©rations annoncĂ©es et celles dĂ©jĂ  en cours avec l'armĂ©e ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, avec l'armĂ©e kenyanne au sein de la Monusco et l'armĂ©e burundaise qui est sur place au Sud-Kivu.

TroisiĂšmement, cette adhĂ©sion peut Ă©galement ĂȘtre justifiĂ©e par la lĂ©thargie de la CEPGL. Cette autre organisation sous-rĂ©gionale a perdu de sa superbe auprĂšs de l’opinion rĂ©gionale.  Et son efficacitĂ© pour assurer la mission d’intĂ©gration Ă©conomique a Ă©tĂ© impactĂ©e nĂ©gativement par la crise politique et sĂ©curitaire que traverse la rĂ©gion des Grands Lacs. Face Ă  cette lĂ©thargie, plusieurs observateurs avaient proposĂ© soit son Ă©largissement Ă  d’autres États, soit sa fusion avec l’EAC.

Ces raisons ne sont cependant pas suffisantes au regard de la fragilitĂ© de l’économie congolaise et du manque de vision stratĂ©gique du cĂŽtĂ© congolais. Kinshasa semble n’avoir en effet jouĂ© que le pari de la sĂ©curitĂ©. La RDC est un pays peu industrialisĂ©, peu bancarisĂ©, son Ă©conomie est trĂšs extravertie et souffre d'un dĂ©ficit d'infrastructures. Sans production interne rĂ©pondant aux besoins commerciaux en termes d’exportations, le pays, Ă  travers cette adhĂ©sion, s’offre comme un marchĂ© oĂč les autres États ayant des surplus de productions importants viendront Ă©couler leurs produits. Et cela risque d’ĂȘtre au grand  dĂ©savantage du fisc congolais. Car la libre circulation des biens et services appelle Ă  une rĂ©duction des frais, taxes et impĂŽts douaniers, pourtant une source importante des ressources financiĂšres du pays.

De mĂȘme, les rares entreprises congolaises qui ont rĂ©sistĂ© risquent d’ĂȘtre asphyxiĂ©es par cette libre concurrence avec les produits Ă©trangers. La Brasserie de limonades Ă  Bukavu connaĂźt d’ailleurs quelques difficultĂ©s ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite de l’affluence des produits concurrents venant des pays voisins, comme le Burundi avec ses biĂšres Amstel beer et Bock.

Si la RDC s’active fortement sur le volet sĂ©curitaire impliquant son adhĂ©sion Ă  l’EAC, l’on se pose des questions sur le volet Ă©conomique et commercial. Nous ne notons aucune prĂ©paration de la part des autoritĂ©s congolaises, aucune Ă©tude pour Ă©valuer l’impact de la suppression ou de la rĂ©duction des tarifs douaniers dans les postes frontaliers en ce qui concerne la mobilisation des recettes,  aucune anticipation sur la mise en place d’un fonds censĂ© soutenir les entrepreneurs locaux pour les aider Ă  faire face Ă  la future concurrence. 

Dans la perspective de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC, le Kenya par exemple a organisĂ© une mission commerciale afin d’étudier les opportunitĂ©s pour les investisseurs kenyans. L’Ouganda, quant Ă  elle, a lancĂ© la construction de 223 km de routes en RDC pour faciliter les Ă©changes. La RDC devra vite rĂ©flĂ©chir sur les moyens Ă  mettre en place pour profiter Ă©conomiquement et commercialement de cette adhĂ©sion.

En attendant, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

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