Nomination de Tommy Tambwe : pourquoi la décision est-elle si controversée ? cover
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🎙Po na GEC

Nomination de Tommy Tambwe : pourquoi la décision est-elle si controversée ?

Nomination de Tommy Tambwe : pourquoi la décision est-elle si controversée ?

03min |13/08/2021
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C'est peut-être la nomination la plus commentée du Président Tshisekedi : Le 9 août 2021, il a annoncé que Tommy Tambwe, un ancien rebelle de la province du Sud-Kivu, deviendrait le coordinateur du tout nouveau Programme de désarmement, démobilisation, relèvement, communautaire et stabilisation. En réponse, la société civile et les leaders de l'opposition ont immédiatement protesté, appelant le président à revenir sur sa décision. Pourquoi cette décision a-t-elle été si controversée ?

Bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 août. Vous écoutez le 26e numéro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du GEC.  

Cette décision a mis du temps à arriver : le dernier programme de démobilisation, l'UEPNDDR, qui a été lancé en 2015, n'a jamais vraiment décollé. Ses concepteurs avaient insisté pour que les combattants soient relogés dans des camps de démobilisation éloignés de leurs communautés. Mais les conditions dans ces camps étaient souvent désastreuses et des cas de famine et de maladie ont été signalés. En conséquence, et en raison d’un faible financement du gouvernement, les donateurs n'ont jamais fourni beaucoup de fonds et le programme a peu progressé.

Cela n'a pas immédiatement changé avec l'investiture de Tshisekedi en janvier 2019. Même si des milliers de combattants se sont présentés à la démobilisation, le programme national n'était pas vraiment opérationnel ; des centaines de combattants traînaient dans des camps de l'armée à travers le pays, beaucoup finissant par retourner en brousse.

Enfin, après des années de discussions avec les donateurs, le 5 juillet, le président Tshisekedi a signé une ordonnance portant création du nouveau programme de démobilisation, le fusionnant avec le programme national de stabilisation. Ce programme est censé adopter une nouvelle approche, axée sur les communautés dans lesquelles les ex-combattants sont réintégrés. C'est ce qui a posé problème dans le passé : sur les 130 000 combattants, par exemple, qui ont été démobilisés lors de la première vague de démobilisation après l'accord de paix de Sun City, beaucoup n'ont jamais trouvé d'autres moyens de subsistance et ne se sont pas réconciliés avec leur communautés d'origine.

À la tête de cette commission se trouve Tommy Tambwe Rudima, un choix surprenant, qui plonge cette commission déjà dans des polémiques. Tambwe était membre du RCD et aurait été proche du Rwanda. En 2002, il devient vice-gouverneur du Sud-Kivu aux côtés du gouverneur controversé Xavier Chiribanya, au moment où une nouvelle rébellion se met en place, en coordination avec le gouvernement rwandais. Il aurait été affilié à cette rébellion du CNDP, ainsi qu'à son successeur, le M23. Puis, depuis l'année dernière, Tambwe est apparu comme un acteur des processus de paix locaux en tant que conseiller du président de la République, notamment lors des récents pourparlers au Sud-Kivu,

Sa nomination a été sévèrement critiquée. Le Dr Denis Mukwege, Georges Kapiamba, Emmanuel Kabengele, Jean-Bosco Bahala... tous des membres éminents de la société civile, ont critiqué la décision, tout comme les membres de l'opposition politique. Pour Mukwege, "Il faudrait rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice."

Nous devrons attendre de voir l'impact de cette nomination en termes de financement des donateurs et de la volonté des combattants à se démobiliser. Compte tenu de l'importance de la confiance des combattants envers le gouvernement dans la réussite de sa mission, les défis qui l'attendent sont considérables. 


En attendant la suite, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant " GEC ", au +243 894 110 542. A très vite !

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C'est peut-être la nomination la plus commentée du Président Tshisekedi : Le 9 août 2021, il a annoncé que Tommy Tambwe, un ancien rebelle de la province du Sud-Kivu, deviendrait le coordinateur du tout nouveau Programme de désarmement, démobilisation, relèvement, communautaire et stabilisation. En réponse, la société civile et les leaders de l'opposition ont immédiatement protesté, appelant le président à revenir sur sa décision. Pourquoi cette décision a-t-elle été si controversée ?

Bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 août. Vous écoutez le 26e numéro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du GEC.  

Cette décision a mis du temps à arriver : le dernier programme de démobilisation, l'UEPNDDR, qui a été lancé en 2015, n'a jamais vraiment décollé. Ses concepteurs avaient insisté pour que les combattants soient relogés dans des camps de démobilisation éloignés de leurs communautés. Mais les conditions dans ces camps étaient souvent désastreuses et des cas de famine et de maladie ont été signalés. En conséquence, et en raison d’un faible financement du gouvernement, les donateurs n'ont jamais fourni beaucoup de fonds et le programme a peu progressé.

Cela n'a pas immédiatement changé avec l'investiture de Tshisekedi en janvier 2019. Même si des milliers de combattants se sont présentés à la démobilisation, le programme national n'était pas vraiment opérationnel ; des centaines de combattants traînaient dans des camps de l'armée à travers le pays, beaucoup finissant par retourner en brousse.

Enfin, après des années de discussions avec les donateurs, le 5 juillet, le président Tshisekedi a signé une ordonnance portant création du nouveau programme de démobilisation, le fusionnant avec le programme national de stabilisation. Ce programme est censé adopter une nouvelle approche, axée sur les communautés dans lesquelles les ex-combattants sont réintégrés. C'est ce qui a posé problème dans le passé : sur les 130 000 combattants, par exemple, qui ont été démobilisés lors de la première vague de démobilisation après l'accord de paix de Sun City, beaucoup n'ont jamais trouvé d'autres moyens de subsistance et ne se sont pas réconciliés avec leur communautés d'origine.

À la tête de cette commission se trouve Tommy Tambwe Rudima, un choix surprenant, qui plonge cette commission déjà dans des polémiques. Tambwe était membre du RCD et aurait été proche du Rwanda. En 2002, il devient vice-gouverneur du Sud-Kivu aux côtés du gouverneur controversé Xavier Chiribanya, au moment où une nouvelle rébellion se met en place, en coordination avec le gouvernement rwandais. Il aurait été affilié à cette rébellion du CNDP, ainsi qu'à son successeur, le M23. Puis, depuis l'année dernière, Tambwe est apparu comme un acteur des processus de paix locaux en tant que conseiller du président de la République, notamment lors des récents pourparlers au Sud-Kivu,

Sa nomination a été sévèrement critiquée. Le Dr Denis Mukwege, Georges Kapiamba, Emmanuel Kabengele, Jean-Bosco Bahala... tous des membres éminents de la société civile, ont critiqué la décision, tout comme les membres de l'opposition politique. Pour Mukwege, "Il faudrait rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice."

Nous devrons attendre de voir l'impact de cette nomination en termes de financement des donateurs et de la volonté des combattants à se démobiliser. Compte tenu de l'importance de la confiance des combattants envers le gouvernement dans la réussite de sa mission, les défis qui l'attendent sont considérables. 


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Bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 août. Vous écoutez le 26e numéro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du GEC.  

Cette décision a mis du temps à arriver : le dernier programme de démobilisation, l'UEPNDDR, qui a été lancé en 2015, n'a jamais vraiment décollé. Ses concepteurs avaient insisté pour que les combattants soient relogés dans des camps de démobilisation éloignés de leurs communautés. Mais les conditions dans ces camps étaient souvent désastreuses et des cas de famine et de maladie ont été signalés. En conséquence, et en raison d’un faible financement du gouvernement, les donateurs n'ont jamais fourni beaucoup de fonds et le programme a peu progressé.

Cela n'a pas immédiatement changé avec l'investiture de Tshisekedi en janvier 2019. Même si des milliers de combattants se sont présentés à la démobilisation, le programme national n'était pas vraiment opérationnel ; des centaines de combattants traînaient dans des camps de l'armée à travers le pays, beaucoup finissant par retourner en brousse.

Enfin, après des années de discussions avec les donateurs, le 5 juillet, le président Tshisekedi a signé une ordonnance portant création du nouveau programme de démobilisation, le fusionnant avec le programme national de stabilisation. Ce programme est censé adopter une nouvelle approche, axée sur les communautés dans lesquelles les ex-combattants sont réintégrés. C'est ce qui a posé problème dans le passé : sur les 130 000 combattants, par exemple, qui ont été démobilisés lors de la première vague de démobilisation après l'accord de paix de Sun City, beaucoup n'ont jamais trouvé d'autres moyens de subsistance et ne se sont pas réconciliés avec leur communautés d'origine.

À la tête de cette commission se trouve Tommy Tambwe Rudima, un choix surprenant, qui plonge cette commission déjà dans des polémiques. Tambwe était membre du RCD et aurait été proche du Rwanda. En 2002, il devient vice-gouverneur du Sud-Kivu aux côtés du gouverneur controversé Xavier Chiribanya, au moment où une nouvelle rébellion se met en place, en coordination avec le gouvernement rwandais. Il aurait été affilié à cette rébellion du CNDP, ainsi qu'à son successeur, le M23. Puis, depuis l'année dernière, Tambwe est apparu comme un acteur des processus de paix locaux en tant que conseiller du président de la République, notamment lors des récents pourparlers au Sud-Kivu,

Sa nomination a été sévèrement critiquée. Le Dr Denis Mukwege, Georges Kapiamba, Emmanuel Kabengele, Jean-Bosco Bahala... tous des membres éminents de la société civile, ont critiqué la décision, tout comme les membres de l'opposition politique. Pour Mukwege, "Il faudrait rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice."

Nous devrons attendre de voir l'impact de cette nomination en termes de financement des donateurs et de la volonté des combattants à se démobiliser. Compte tenu de l'importance de la confiance des combattants envers le gouvernement dans la réussite de sa mission, les défis qui l'attendent sont considérables. 


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Bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 août. Vous écoutez le 26e numéro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du GEC.  

Cette décision a mis du temps à arriver : le dernier programme de démobilisation, l'UEPNDDR, qui a été lancé en 2015, n'a jamais vraiment décollé. Ses concepteurs avaient insisté pour que les combattants soient relogés dans des camps de démobilisation éloignés de leurs communautés. Mais les conditions dans ces camps étaient souvent désastreuses et des cas de famine et de maladie ont été signalés. En conséquence, et en raison d’un faible financement du gouvernement, les donateurs n'ont jamais fourni beaucoup de fonds et le programme a peu progressé.

Cela n'a pas immédiatement changé avec l'investiture de Tshisekedi en janvier 2019. Même si des milliers de combattants se sont présentés à la démobilisation, le programme national n'était pas vraiment opérationnel ; des centaines de combattants traînaient dans des camps de l'armée à travers le pays, beaucoup finissant par retourner en brousse.

Enfin, après des années de discussions avec les donateurs, le 5 juillet, le président Tshisekedi a signé une ordonnance portant création du nouveau programme de démobilisation, le fusionnant avec le programme national de stabilisation. Ce programme est censé adopter une nouvelle approche, axée sur les communautés dans lesquelles les ex-combattants sont réintégrés. C'est ce qui a posé problème dans le passé : sur les 130 000 combattants, par exemple, qui ont été démobilisés lors de la première vague de démobilisation après l'accord de paix de Sun City, beaucoup n'ont jamais trouvé d'autres moyens de subsistance et ne se sont pas réconciliés avec leur communautés d'origine.

À la tête de cette commission se trouve Tommy Tambwe Rudima, un choix surprenant, qui plonge cette commission déjà dans des polémiques. Tambwe était membre du RCD et aurait été proche du Rwanda. En 2002, il devient vice-gouverneur du Sud-Kivu aux côtés du gouverneur controversé Xavier Chiribanya, au moment où une nouvelle rébellion se met en place, en coordination avec le gouvernement rwandais. Il aurait été affilié à cette rébellion du CNDP, ainsi qu'à son successeur, le M23. Puis, depuis l'année dernière, Tambwe est apparu comme un acteur des processus de paix locaux en tant que conseiller du président de la République, notamment lors des récents pourparlers au Sud-Kivu,

Sa nomination a été sévèrement critiquée. Le Dr Denis Mukwege, Georges Kapiamba, Emmanuel Kabengele, Jean-Bosco Bahala... tous des membres éminents de la société civile, ont critiqué la décision, tout comme les membres de l'opposition politique. Pour Mukwege, "Il faudrait rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice."

Nous devrons attendre de voir l'impact de cette nomination en termes de financement des donateurs et de la volonté des combattants à se démobiliser. Compte tenu de l'importance de la confiance des combattants envers le gouvernement dans la réussite de sa mission, les défis qui l'attendent sont considérables. 


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