Tshisekedi et les FARDC : des accusations, mais peu de réformes cover
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🎙Po na GEC

Tshisekedi et les FARDC : des accusations, mais peu de réformes

Tshisekedi et les FARDC : des accusations, mais peu de réformes

03min |20/05/2022
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Description

« On ne peut pas continuer Ă  compter les morts comme si nous Ă©tions incapables de dĂ©fendre nos compatriotes qui sont lĂąchement assassinĂ©s (
) Soit notre armĂ©e est incapable. Soit ces Codeco, conglomĂ©rat de malfaiteurs, bĂ©nĂ©ficient de complicitĂ©s de nos officiers. C’est inacceptable ».


L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un militant antimilitariste. C’est le chef des armĂ©s lui-mĂȘme, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, qui a prononcĂ© ces mots devant le groupement des Ă©coles militaires, Ă  Kinshasa, le 12 mai. Depuis plusieurs mois, et encore plus ces derniers jours, le chef de l’État congolais multiplie les saillies visant ses propres soldats. Pourquoi ?

Bonjour et bienvenue dans ce 12e  Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 20 mai et cette semaine, Ă  l’occasion de la journĂ©e de la rĂ©volution des FARDC, nous nous intĂ©ressons aux relations entre le prĂ©sident Tshisekedi et son armĂ©e.

Lorsqu’il a accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, en janvier 2019, il n’était pas forcĂ©ment Ă  l’aise en tant que chef des armĂ©es. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, il n’a pas d’expĂ©rience militaire. Et tous les officiers Ă©taient redevable Ă  l’ancien chef de l’Etat pour leur nomination, ce qui exerçait une certaine pression sur lui.

Tshisekedi a d’abord tentĂ© d’amadouer la troupe avec des mesures sociales. Et puis, il s’est fortement appuyĂ© sur les FARDC dans sa politique contre l’insĂ©curitĂ© Ă  l’Est. OpĂ©ration de grande envergure contre les ADFs, Zaruba ya Ituri contre les Codeco, Ă©tat de siĂšge
 À chacune de ces annonces, de l’argent a Ă©tĂ© dĂ©caissĂ© ; des postes, distribuĂ©s. 


Mais le ton a changĂ© en juin 2021. En visite en Ituri, le prĂ©sident dĂ©nonce alors la « mafia » au sein de l’armĂ©e. Cette rhĂ©torique, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniers jours, d’abord devant la communautĂ© congolaise d’Abidjan – Tshisekedi a dĂ©noncĂ© la « complicité » de la police et de l’armĂ©e, et puis, le 12 mai dernier, comme nous l’avons vu en prĂ©ambule. 

Le constat est plutĂŽt vrai. De nombreux rapports ont, par le passĂ©, pointĂ© les alliances de FARDC avec des groupes armĂ©s, voire mĂȘme, parfois, leur participation Ă  des massacres.

Mais on peut s’interroger sur le changement de discours du prĂ©sident Ă  cet Ă©gard. Pourquoi les accuser maintenant et surtout pourquoi le faire publiquement ? 

Il y a sans doute, la volontĂ© de rejeter sur autrui la responsabilitĂ© des Ă©checs. Ce procĂ©dĂ©, Tshisekedi l’a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© employĂ© Ă  plusieurs reprises, y compris contre son propre gouvernement, comme lors du discours sur l’état de la nation, en dĂ©cembre 2021. Or, sur le terrain sĂ©curitaire, l’échec est particuliĂšrement patent : la violence n’a cessĂ© d’augmenter depuis son arrivĂ©e au pouvoir, dĂ©passant mĂȘme les niveaux enregistrĂ©s Ă  la fin de l’ùre Kabila.

Mais ces discours peinent Ă  occulter les responsabilitĂ©s du prĂ©sident dans la situation actuelle. Il a certes procĂ©dĂ© Ă  des nominations, en juillet 2020, mais celles-ci n’ont pas changĂ© fondamentalement le fonctionnement de l’armĂ©e. Cela fait plus d’un an qu’il dispose de son propre gouvernement, ce qui lui donne, au moins sur le plan lĂ©gal, le pouvoir de remplacer des personnes au plus haut niveau de l’appareil militaire pour impulser le changement. Or plusieurs figures du “kabilisme” demeurent Ă  ce jour en poste. C’est aussi le prĂ©sident Tshisekedi qui a dĂ©cidĂ© de l’état de siĂšge, et il dispose du pouvoir de le lever Ă  tout moment, ce qu’il n’a pas fait Ă  ce jour, malgrĂ© les faiblesses identifiĂ©es de longue date.

Peut-ĂȘtre le prĂ©sident compte-t-il renouveler les effectifs au moyen de formations militaires dispensĂ©es notamment par des pays Ă©trangers, comme la Belgique et la France avec qui de nouveaux accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, pour renouveler les effectifs. Mais ce type de formation a dĂ©jĂ  eu lieu par le passĂ©, sans rĂ©soudre les problĂšmes structurels des FARDC. L’implĂ©mentation d’une stratĂ©gie de rĂ©forme profonde de l’armĂ©e congolaise reste plus que jamais nĂ©cessaire pour amĂ©liorer durablement la situation sĂ©curitaire du pays. 

Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. A bientÎt !

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« On ne peut pas continuer Ă  compter les morts comme si nous Ă©tions incapables de dĂ©fendre nos compatriotes qui sont lĂąchement assassinĂ©s (
) Soit notre armĂ©e est incapable. Soit ces Codeco, conglomĂ©rat de malfaiteurs, bĂ©nĂ©ficient de complicitĂ©s de nos officiers. C’est inacceptable ».


L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un militant antimilitariste. C’est le chef des armĂ©s lui-mĂȘme, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, qui a prononcĂ© ces mots devant le groupement des Ă©coles militaires, Ă  Kinshasa, le 12 mai. Depuis plusieurs mois, et encore plus ces derniers jours, le chef de l’État congolais multiplie les saillies visant ses propres soldats. Pourquoi ?

Bonjour et bienvenue dans ce 12e  Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 20 mai et cette semaine, Ă  l’occasion de la journĂ©e de la rĂ©volution des FARDC, nous nous intĂ©ressons aux relations entre le prĂ©sident Tshisekedi et son armĂ©e.

Lorsqu’il a accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, en janvier 2019, il n’était pas forcĂ©ment Ă  l’aise en tant que chef des armĂ©es. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, il n’a pas d’expĂ©rience militaire. Et tous les officiers Ă©taient redevable Ă  l’ancien chef de l’Etat pour leur nomination, ce qui exerçait une certaine pression sur lui.

Tshisekedi a d’abord tentĂ© d’amadouer la troupe avec des mesures sociales. Et puis, il s’est fortement appuyĂ© sur les FARDC dans sa politique contre l’insĂ©curitĂ© Ă  l’Est. OpĂ©ration de grande envergure contre les ADFs, Zaruba ya Ituri contre les Codeco, Ă©tat de siĂšge
 À chacune de ces annonces, de l’argent a Ă©tĂ© dĂ©caissĂ© ; des postes, distribuĂ©s. 


Mais le ton a changĂ© en juin 2021. En visite en Ituri, le prĂ©sident dĂ©nonce alors la « mafia » au sein de l’armĂ©e. Cette rhĂ©torique, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniers jours, d’abord devant la communautĂ© congolaise d’Abidjan – Tshisekedi a dĂ©noncĂ© la « complicité » de la police et de l’armĂ©e, et puis, le 12 mai dernier, comme nous l’avons vu en prĂ©ambule. 

Le constat est plutĂŽt vrai. De nombreux rapports ont, par le passĂ©, pointĂ© les alliances de FARDC avec des groupes armĂ©s, voire mĂȘme, parfois, leur participation Ă  des massacres.

Mais on peut s’interroger sur le changement de discours du prĂ©sident Ă  cet Ă©gard. Pourquoi les accuser maintenant et surtout pourquoi le faire publiquement ? 

Il y a sans doute, la volontĂ© de rejeter sur autrui la responsabilitĂ© des Ă©checs. Ce procĂ©dĂ©, Tshisekedi l’a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© employĂ© Ă  plusieurs reprises, y compris contre son propre gouvernement, comme lors du discours sur l’état de la nation, en dĂ©cembre 2021. Or, sur le terrain sĂ©curitaire, l’échec est particuliĂšrement patent : la violence n’a cessĂ© d’augmenter depuis son arrivĂ©e au pouvoir, dĂ©passant mĂȘme les niveaux enregistrĂ©s Ă  la fin de l’ùre Kabila.

Mais ces discours peinent Ă  occulter les responsabilitĂ©s du prĂ©sident dans la situation actuelle. Il a certes procĂ©dĂ© Ă  des nominations, en juillet 2020, mais celles-ci n’ont pas changĂ© fondamentalement le fonctionnement de l’armĂ©e. Cela fait plus d’un an qu’il dispose de son propre gouvernement, ce qui lui donne, au moins sur le plan lĂ©gal, le pouvoir de remplacer des personnes au plus haut niveau de l’appareil militaire pour impulser le changement. Or plusieurs figures du “kabilisme” demeurent Ă  ce jour en poste. C’est aussi le prĂ©sident Tshisekedi qui a dĂ©cidĂ© de l’état de siĂšge, et il dispose du pouvoir de le lever Ă  tout moment, ce qu’il n’a pas fait Ă  ce jour, malgrĂ© les faiblesses identifiĂ©es de longue date.

Peut-ĂȘtre le prĂ©sident compte-t-il renouveler les effectifs au moyen de formations militaires dispensĂ©es notamment par des pays Ă©trangers, comme la Belgique et la France avec qui de nouveaux accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, pour renouveler les effectifs. Mais ce type de formation a dĂ©jĂ  eu lieu par le passĂ©, sans rĂ©soudre les problĂšmes structurels des FARDC. L’implĂ©mentation d’une stratĂ©gie de rĂ©forme profonde de l’armĂ©e congolaise reste plus que jamais nĂ©cessaire pour amĂ©liorer durablement la situation sĂ©curitaire du pays. 

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L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un militant antimilitariste. C’est le chef des armĂ©s lui-mĂȘme, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, qui a prononcĂ© ces mots devant le groupement des Ă©coles militaires, Ă  Kinshasa, le 12 mai. Depuis plusieurs mois, et encore plus ces derniers jours, le chef de l’État congolais multiplie les saillies visant ses propres soldats. Pourquoi ?

Bonjour et bienvenue dans ce 12e  Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 20 mai et cette semaine, Ă  l’occasion de la journĂ©e de la rĂ©volution des FARDC, nous nous intĂ©ressons aux relations entre le prĂ©sident Tshisekedi et son armĂ©e.

Lorsqu’il a accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, en janvier 2019, il n’était pas forcĂ©ment Ă  l’aise en tant que chef des armĂ©es. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, il n’a pas d’expĂ©rience militaire. Et tous les officiers Ă©taient redevable Ă  l’ancien chef de l’Etat pour leur nomination, ce qui exerçait une certaine pression sur lui.

Tshisekedi a d’abord tentĂ© d’amadouer la troupe avec des mesures sociales. Et puis, il s’est fortement appuyĂ© sur les FARDC dans sa politique contre l’insĂ©curitĂ© Ă  l’Est. OpĂ©ration de grande envergure contre les ADFs, Zaruba ya Ituri contre les Codeco, Ă©tat de siĂšge
 À chacune de ces annonces, de l’argent a Ă©tĂ© dĂ©caissĂ© ; des postes, distribuĂ©s. 


Mais le ton a changĂ© en juin 2021. En visite en Ituri, le prĂ©sident dĂ©nonce alors la « mafia » au sein de l’armĂ©e. Cette rhĂ©torique, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniers jours, d’abord devant la communautĂ© congolaise d’Abidjan – Tshisekedi a dĂ©noncĂ© la « complicité » de la police et de l’armĂ©e, et puis, le 12 mai dernier, comme nous l’avons vu en prĂ©ambule. 

Le constat est plutĂŽt vrai. De nombreux rapports ont, par le passĂ©, pointĂ© les alliances de FARDC avec des groupes armĂ©s, voire mĂȘme, parfois, leur participation Ă  des massacres.

Mais on peut s’interroger sur le changement de discours du prĂ©sident Ă  cet Ă©gard. Pourquoi les accuser maintenant et surtout pourquoi le faire publiquement ? 

Il y a sans doute, la volontĂ© de rejeter sur autrui la responsabilitĂ© des Ă©checs. Ce procĂ©dĂ©, Tshisekedi l’a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© employĂ© Ă  plusieurs reprises, y compris contre son propre gouvernement, comme lors du discours sur l’état de la nation, en dĂ©cembre 2021. Or, sur le terrain sĂ©curitaire, l’échec est particuliĂšrement patent : la violence n’a cessĂ© d’augmenter depuis son arrivĂ©e au pouvoir, dĂ©passant mĂȘme les niveaux enregistrĂ©s Ă  la fin de l’ùre Kabila.

Mais ces discours peinent Ă  occulter les responsabilitĂ©s du prĂ©sident dans la situation actuelle. Il a certes procĂ©dĂ© Ă  des nominations, en juillet 2020, mais celles-ci n’ont pas changĂ© fondamentalement le fonctionnement de l’armĂ©e. Cela fait plus d’un an qu’il dispose de son propre gouvernement, ce qui lui donne, au moins sur le plan lĂ©gal, le pouvoir de remplacer des personnes au plus haut niveau de l’appareil militaire pour impulser le changement. Or plusieurs figures du “kabilisme” demeurent Ă  ce jour en poste. C’est aussi le prĂ©sident Tshisekedi qui a dĂ©cidĂ© de l’état de siĂšge, et il dispose du pouvoir de le lever Ă  tout moment, ce qu’il n’a pas fait Ă  ce jour, malgrĂ© les faiblesses identifiĂ©es de longue date.

Peut-ĂȘtre le prĂ©sident compte-t-il renouveler les effectifs au moyen de formations militaires dispensĂ©es notamment par des pays Ă©trangers, comme la Belgique et la France avec qui de nouveaux accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, pour renouveler les effectifs. Mais ce type de formation a dĂ©jĂ  eu lieu par le passĂ©, sans rĂ©soudre les problĂšmes structurels des FARDC. L’implĂ©mentation d’une stratĂ©gie de rĂ©forme profonde de l’armĂ©e congolaise reste plus que jamais nĂ©cessaire pour amĂ©liorer durablement la situation sĂ©curitaire du pays. 

Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. A bientÎt !

Description

« On ne peut pas continuer Ă  compter les morts comme si nous Ă©tions incapables de dĂ©fendre nos compatriotes qui sont lĂąchement assassinĂ©s (
) Soit notre armĂ©e est incapable. Soit ces Codeco, conglomĂ©rat de malfaiteurs, bĂ©nĂ©ficient de complicitĂ©s de nos officiers. C’est inacceptable ».


L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un militant antimilitariste. C’est le chef des armĂ©s lui-mĂȘme, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, qui a prononcĂ© ces mots devant le groupement des Ă©coles militaires, Ă  Kinshasa, le 12 mai. Depuis plusieurs mois, et encore plus ces derniers jours, le chef de l’État congolais multiplie les saillies visant ses propres soldats. Pourquoi ?

Bonjour et bienvenue dans ce 12e  Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 20 mai et cette semaine, Ă  l’occasion de la journĂ©e de la rĂ©volution des FARDC, nous nous intĂ©ressons aux relations entre le prĂ©sident Tshisekedi et son armĂ©e.

Lorsqu’il a accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, en janvier 2019, il n’était pas forcĂ©ment Ă  l’aise en tant que chef des armĂ©es. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, il n’a pas d’expĂ©rience militaire. Et tous les officiers Ă©taient redevable Ă  l’ancien chef de l’Etat pour leur nomination, ce qui exerçait une certaine pression sur lui.

Tshisekedi a d’abord tentĂ© d’amadouer la troupe avec des mesures sociales. Et puis, il s’est fortement appuyĂ© sur les FARDC dans sa politique contre l’insĂ©curitĂ© Ă  l’Est. OpĂ©ration de grande envergure contre les ADFs, Zaruba ya Ituri contre les Codeco, Ă©tat de siĂšge
 À chacune de ces annonces, de l’argent a Ă©tĂ© dĂ©caissĂ© ; des postes, distribuĂ©s. 


Mais le ton a changĂ© en juin 2021. En visite en Ituri, le prĂ©sident dĂ©nonce alors la « mafia » au sein de l’armĂ©e. Cette rhĂ©torique, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniers jours, d’abord devant la communautĂ© congolaise d’Abidjan – Tshisekedi a dĂ©noncĂ© la « complicité » de la police et de l’armĂ©e, et puis, le 12 mai dernier, comme nous l’avons vu en prĂ©ambule. 

Le constat est plutĂŽt vrai. De nombreux rapports ont, par le passĂ©, pointĂ© les alliances de FARDC avec des groupes armĂ©s, voire mĂȘme, parfois, leur participation Ă  des massacres.

Mais on peut s’interroger sur le changement de discours du prĂ©sident Ă  cet Ă©gard. Pourquoi les accuser maintenant et surtout pourquoi le faire publiquement ? 

Il y a sans doute, la volontĂ© de rejeter sur autrui la responsabilitĂ© des Ă©checs. Ce procĂ©dĂ©, Tshisekedi l’a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© employĂ© Ă  plusieurs reprises, y compris contre son propre gouvernement, comme lors du discours sur l’état de la nation, en dĂ©cembre 2021. Or, sur le terrain sĂ©curitaire, l’échec est particuliĂšrement patent : la violence n’a cessĂ© d’augmenter depuis son arrivĂ©e au pouvoir, dĂ©passant mĂȘme les niveaux enregistrĂ©s Ă  la fin de l’ùre Kabila.

Mais ces discours peinent Ă  occulter les responsabilitĂ©s du prĂ©sident dans la situation actuelle. Il a certes procĂ©dĂ© Ă  des nominations, en juillet 2020, mais celles-ci n’ont pas changĂ© fondamentalement le fonctionnement de l’armĂ©e. Cela fait plus d’un an qu’il dispose de son propre gouvernement, ce qui lui donne, au moins sur le plan lĂ©gal, le pouvoir de remplacer des personnes au plus haut niveau de l’appareil militaire pour impulser le changement. Or plusieurs figures du “kabilisme” demeurent Ă  ce jour en poste. C’est aussi le prĂ©sident Tshisekedi qui a dĂ©cidĂ© de l’état de siĂšge, et il dispose du pouvoir de le lever Ă  tout moment, ce qu’il n’a pas fait Ă  ce jour, malgrĂ© les faiblesses identifiĂ©es de longue date.

Peut-ĂȘtre le prĂ©sident compte-t-il renouveler les effectifs au moyen de formations militaires dispensĂ©es notamment par des pays Ă©trangers, comme la Belgique et la France avec qui de nouveaux accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, pour renouveler les effectifs. Mais ce type de formation a dĂ©jĂ  eu lieu par le passĂ©, sans rĂ©soudre les problĂšmes structurels des FARDC. L’implĂ©mentation d’une stratĂ©gie de rĂ©forme profonde de l’armĂ©e congolaise reste plus que jamais nĂ©cessaire pour amĂ©liorer durablement la situation sĂ©curitaire du pays. 

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