Speaker #0Bonjour à toutes, bonjour à tous, et bienvenue dans le tout premier épisode d'En Mouvement. Je suis Richard Bionic, votre hôte pour cette aventure. Avant de partir à la rencontre de femmes et d'hommes au parcours très inspirant, j'avais aussi envie de vous expliquer pourquoi ce podcast existe. Et comme toute bonne histoire a un début, je vais aussi vous raconter un peu la mienne. Rassurez-vous, ça ne sera pas un monologue de trois heures. Je sais que les invités à venir auront des choses bien plus intéressantes à raconter que moi. Je vais commencer par vous parler un peu de mon enfance, parce que je pense que c'est important que vous sachiez qui j'étais avant que ma vie bascule. J'étais un enfant plutôt timide, plutôt réservé, assez discret. Franchement, je suis même étonné de pouvoir parler devant vous aujourd'hui. Il y a des choses dont je n'ai jamais parlé, comme la séparation de mes parents quand j'avais 12 ou 13-14 ans. Je ne sais plus exactement, mais en tout cas, je sais que ça m'a beaucoup marqué. Ça m'a perturbé, je ne comprenais pas pourquoi mes parents se séparaient. Très honnêtement, ça m'a mis un gros, gros, gros coup de mou au moral. Je pense que c'est une période qui m'a beaucoup construit, qui m'a fait grandir, même si au départ, je ne le savais pas. Aujourd'hui, avec le recul, je peux comprendre certaines choses différemment. Mais quand on est adolescent, on ne possède pas forcément toute cette maturité. On ressent les choses très fort. sans toujours savoir comment les gérer. Et quand j'y pense aujourd'hui, c'est assez dingue de voir le chemin parcouru. Parce qu'aujourd'hui, je suis capable de parler ouvertement de moi, de mon histoire, de mes émotions, et devant un micro, et potentiellement devant des milliers de personnes. A l'époque, je n'aurais probablement jamais imaginé pouvoir faire ça. Et comme beaucoup d'enfants, j'avais mes rêves, mes passions. Je rêvais de devenir footballeur. Mais il y avait une autre passion aussi, dont je ne pensais absolument pas qu'elle prendrait autant de place dans ma vie. La photographie. Depuis tout petit, j'adorais prendre des photos. Je prenais l'appareil photo de mon père et sa caméra, je filmais tout ce qui passait devant moi. J'adorais capturer les moments, garder des souvenirs, filmer des personnes autour de moi. A l'époque, pour moi, c'était simplement une passion. Je n'aurais jamais imaginé que ça deviendrait un jour mon métier. Et pourtant aujourd'hui, c'est exactement ce que je fais. Quand j'y repense, je trouve ça assez fou de voir que certaines choses qu'on fait dans la vie naturellement peuvent finalement nous accompagner toute notre vie. Je ne savais évidemment pas qu'un événement allait totalement bouleverser cette trajectoire. Parce qu'en 2011, alors que j'étais encore très jeune et que j'avais toute la vie devant moi, un accident allait totalement changer ma vie à jamais. J'ai eu un accident de la voie publique en 2011, j'étais en scooter, une voiture a malheureusement grillé un feu et a pris la fuite. Quand je suis tombé au sol, je me suis levé directement. Étonnamment, j'avais que le pouce qui était retourné. J'ai remis mon scooter sur sa béquille. Et c'est là où j'ai entendu un voisin qui a entendu le choc, qui est venu m'aider. Il m'a emmené directement à l'hôpital. Mais sur le chemin de l'hôpital, je ne sentais plus ma jambe. Franchement, la douleur a commencé à venir. Je me souviens avoir vu le panneau urgence. Et c'est là où je ne sentais plus ma jambe. Les médecins m'ont dit que l'adrénaline commençait à partir. C'est comme ça que la douleur... est arrivé. Le voisin qui a entendu le choc est parti chercher les infirmières aux urgences. Ils sont venus avec le brancard et on m'a demandé de sortir de la voiture. Impossible pour moi de sortir ma jambe gauche. J'ai commencé à faire mes derniers efforts, je me suis mis sur le brancard et là j'ai fermé les yeux et un trou noir. Je me suis réveillé deux, trois jours plus tard dans un autre hôpital parce qu'on m'avait plongé dans le coma et on m'a dit plein de choses au réveil. Déjà, j'avais complètement oublié que ma jambe, j'ai eu un problème à la jambe. C'était dingue de se réveiller et de vérifier le pouce que j'avais remis moi-même. Et quand l'infirmière a enlevé les draps, c'est là, franchement, un comeback, ça m'a totalement fait repenser à tout ce qui s'est passé pendant ma chute. Là, j'ai vu ma jambe suspendue sur une barre. Et c'est là où les médecins m'ont expliqué que mon artère s'était bouchée, que j'ai eu un syndrome des loges qui m'ont pris une veine dans ma jambe droite qui allait bien pour la mettre dans la jambe gauche pour refaire circuler le sang, que l'opération avait fonctionné tout simplement et que c'était une bonne chose. Mais il fallait attendre quelques jours parce qu'on ne savait pas si le sang allait recirculer jusqu'aux orteils et même jusqu'aux pieds. J'ai eu cette chance que ça recircule jusqu'aux pieds, mais malheureusement... Quelques mois plus tard, j'ai vu mes orteils se nécroser. Donc là, on savait qu'il n'y avait plus de solution. Donc j'ai subi une première amputation. Deux, trois mois plus tard après mon accident, c'était assez douloureux pour moi. Pas douloureux physiquement, mais mentalement. Ce n'était pas facile à accepter. Mais les médecins m'ont dit que le plus important pour moi, c'était mon genou, ma jambe. Parce que l'amputation des orteils, ce n'était pas forcément quelque chose qui allait, on va dire, m'empêcher de marcher, m'empêcher de vivre. Il fallait rester focus sur ma jambe. Donc c'est ce que j'ai fait, j'ai repris du poil de la bête on va dire. J'ai subi une trentaine d'opérations pour libérer le genou, parce que mon genou était totalement bloqué à 30 degrés, je ne pouvais plus plier la jambe. On a essayé toutes les opérations possibles, ça a duré 6 ans. De 2011 jusqu'en 2017, on a tout essayé. Et c'est là où les médecins m'ont dit qu'il y a peut-être une solution, c'est de mettre une prothèse de genoux. Donc on est parti voir plusieurs médecins, on a même fait des examens complémentaires pour savoir si c'était possible de mettre une prothèse de genoux. Mais on s'est rendu compte que là où l'artère s'était bouchée, où on m'avait fait le pontage, c'était exactement là où il fallait mettre la prothèse de genoux. Donc c'était impossible pour les médecins de faire défectueux cette opération. Sur la vingtaine de médecins qui ont vu mon dossier... Un seul a dit oui, mais quand on fait le pourcentage, on savait que ce n'était pas forcément une bonne idée d'accepter l'opération. Parce que si elle échouait, je risquais de perdre la jambe parce que l'artère allait boucher. Ça allait faire, j'allais me réveiller tout simplement avec une jambe en moins. Donc j'ai pris la décision avec les médecins de faire la deuxième solution qu'il m'a proposée auparavant, c'est-à-dire l'amputation de la jambe gauche. Ce n'était pas facile. Pas facile à entendre parce que c'était l'une des premières fois où on avait proposé cette opération. On ne m'a jamais proposé en six ans de me faire amputer de la jambe gauche. Jamais, on ne m'a jamais parlé de ça. Mon chirurgien ne m'a jamais parlé car lui aussi, il avait cet espoir-là. Moi aussi, je l'avais et je n'y avais jamais envisagé. Et quand ça vous tombe dessus, j'ai le souvenir de sortir du rendez-vous, d'aller au tramway, de rentrer chez moi et de... de me poser sur le banc et d'avoir un trou noir, pas un trou noir où vraiment j'oublie tout mais où je suis bloqué, j'arrive pas à prendre le hap, j'arrive pas à rentrer chez moi. Je suis sur le banc, immobile, je crois que j'ai laissé passer au moins 7 trames en allant devant moi avant de... de reprendre conscience, on va dire, de réaliser, de me motiver pour la suite. Parce que j'avais une décision à prendre, ce n'était pas forcément de l'amputation, c'était à moi de prendre cette décision. Soit je restais la jambe tendue toute ma vie, ou soit j'acceptais cette amputation de la jambe gauche au niveau fémoral pour aller mieux, comme il m'a dit. Moi, je n'y croyais pas, donc je suis quand même parti voir des spécialistes dans ce domaine-là, parce que je n'y connaissais rien. Je suis parti voir des orthoprothésistes, des médecins spécialisés dans ce domaine-là, pour savoir vraiment à quoi consistait une amputation, et la vie d'après surtout, une prothèse, parce que je n'avais pas d'infos, à part celle de mon chirurgien. Et après avoir fait les pours, les contres, je me suis lancé. Ils m'avaient proposé cette amputation en décembre 2016, mais en mars 2017, j'étais déjà sur le blog parce que j'avais accepté... l'amputation et je pensais pas que ça allait être aussi dur pour moi car au réveil le plus compliqué c'était d'accepter de ne plus voir ma jambe pour moi c'était pas facile d'accepter cette amputation même si j'étais préparé mentalement physiquement mais je m'attendais pas au après on va dire parce que le regard des gens je l'avais sur le handicap sur ma jambe et mon boitement au niveau de mes béquilles, de mes cannes, etc. On me regardait dans la rue. Mais de ne plus avoir de jambes, le regard était totalement différent. Là, on me fixait et ça m'a totalement fait du mal. Honnêtement, c'est là où j'ai compris le mot dépression. De ne plus sortir de chez moi, de ne plus accepter mon handicap, de me couper un peu de tout le monde et de tout ce qui m'entoure. Et je peux dire que dans ces moments-là, on a les parents. Même si je vous parlais de mon enfance tout à l'heure, les parents, même séparés, se sont unis. Ils n'ont fait plus qu'un pour me redonner le moral et m'encourager à aller de l'avant. Parce qu'on ne se rend pas compte, mais d'avoir un entourage qui vous motive, qui vous soutient. du début jusqu'à la fin, parce que de 2011 à 2017, je n'ai jamais rien lâché. J'ai toujours, toujours accepté les opérations. J'étais toujours en kiné. Je voulais réussir et je voulais me battre pour mes parents, pour ma famille, pour mes frères et sœurs, et surtout pour les amis, toutes les personnes qui m'ont soutenu sur tout le long, en fait, tout simplement. Quand on a cet encouragement des parents qui réalisent que vous êtes en dépression, ils ne connaissent pas ce mot tout simplement. Ils ne l'ont jamais vécu, ils ne l'ont jamais vu dans notre famille. Et c'est la première fois qu'on se rend compte que Richard n'est pas bien. Richard ne sourit plus, Richard ne profite plus de la vie. Richard se cache chez lui et ne veut plus voir personne. Et de voir mes parents réunis et me soutenir, ça m'a donné un élan de motivation pour aller mieux, pour profiter de la vie. Et surtout pour me remettre sur la selle, tout simplement. Pour me mettre debout, de me remarcher, de me motiver, de vaincre cette peur du regard des gens. Mais pour accepter ce regard des gens, cette dépression, et vaincre tout ça, je me suis servi un peu des réseaux pour accepter mon handicap. J'ai commencé à poster une vidéo, deux vidéos, pour avoir vraiment l'avis des personnes que je ne connaissais pas. Parce que l'avis des amis, de la famille, c'est toujours encourageant. Mais je voulais un avis extérieur à ce moment-là. Donc ça m'a beaucoup aidé, ça m'a beaucoup encouragé. Et je peux vous dire qu'on dit souvent que les réseaux sociaux sont quelque chose de négatif. Mais ça a été pour moi quelque chose de très positif. Mais si je vous dis tout ça, c'est vraiment pour vous encourager à aller de l'avant. Surtout ne jamais abandonner, parce qu'à l'heure actuelle, je peux vous dire une chose est sûre, c'est que je suis l'homme le plus... plus heureux du monde. J'ai eu la chance de croiser pendant ma convalescence beaucoup de personnes, des médecins, des athlètes paralympiques, des patients et ce qui m'a marqué chez eux c'est leur humilité. La plupart vous diront « je fais ce que j'ai à faire » alors qu'en réalité ils accomplissent des choses remarquables. Ce sont ces rencontres qui ont changé mon regard. Lorsque j'ai imaginé ce podcast, je voulais un titre qui part à tout le monde. Pas seulement aux personnes en situation de handicap, pas aux sportifs, pas aux personnes qui sont fans d'innovation. Et puis une évidence est imposée, en mouvement, parce que nous sommes tous en mouvement. Pour beaucoup, certaines réapprennent à marcher, d'autres changent de voie professionnelle, vous surmontez une épreuve, ou même vous poursuivez des grands rêves. Le mouvement n'est pas une question de déplacement, c'est une évolution, une adaptation, une décision d'avancer malgré les obstacles. Dans ce podcast, nous parlerons technologie, d'innovation, de santé. et d'inclusion. Mais surtout nous parlerons d'humains. Parce qu'avant chaque innovation il y a une histoire. Avant chaque réussite il y a souvent des doutes et derrière chaque parcours inspirant il y a une personne qui a simplement continué à avancer. Mon rôle sera pas de donner mon avis, il sera d'écouter, de comprendre et de partager ces histoires avec vous. Et avec un peu d'humour, parce que la vie est souvent plus légère lorsqu'on apprend à s'ouvrir de ses propres difficultés. Merci d'avoir passé ces premières minutes avec moi. J'espère que cet épisode vous aura permis de comprendre l'esprit d'En Mouvement. Dans les prochains épisodes, nous irons à la rencontre de personnes qui repoussent les limites, innovent, créent, accompagnent et inspirent. Des personnes qui nous rappellent que l'on peut avancer de mille façons différentes et que chaque parcours mérite d'être raconté. A bientôt dans un nouvel épisode d'En Mouvement. Je suis Richard Bionic et vous écoutez En Mouvement, le podcast qui raconte les parcours, les idées, les rencontres qui nous font avancer.