Speaker #1Et voilà, on arrive à la fin de cette première saison de notre podcast consacré aux doux petits, ces enfants de moins de 3 ans. Au fil des épisodes, on a parlé de ces fameux écrans. Nous avons vu que le temps passé devant les écrans est du temps volé à des moments précieux d'interaction, de jeu ou d'exploration. Tous ces petits moments du quotidien qui sont en effet si précieux,pour le développement de nos enfants.
Dans cet épisode, on va faire le point. On va faire le point sur ce que disent vraiment les études. Pourquoi tout n'est pas une question de temps d'écran ? Et surtout, pourquoi vous êtes la meilleure ressource pour votre enfant ? Mais on va parler aussi d'un sujet souvent oublié, l'impact des écrans sur les parents eux-mêmes.
Alors installez-vous confortablement. On est ensemble pour un petit moment, bienveillant, sans pression, sans leçon, juste de quoi souffler, penser et peut-être voir les choses autrement.
Bonjour, je m'appelle François-Marie Caron, je suis pédiatre. J'ai été le président de l'Association française de pédiatrie ambulatoire et je fais partie des nombreux experts de notre site de conseil aux parents, mpedia.fr.
De nombreuses études ont établi des corrélations, des corrélations et pas des causalités, entre un usage excessif des écrans et le neurodéveloppement de l'enfant. On entend trop souvent dire que les écrans peuvent freiner l'apprentissage du langage, ce qui semble à première vue assez logique, mais en fait, la réalité, elle est bien plus nuancée.
Parce que tout dépend du contexte, le contenu, la manière dont les écrans sont utilisés, la présence ou non d'un adulte, tout ça compte. Énormément ! Par exemple, un programme de qualité, regardé avec un parent qui commande, qui interagit, peut atténuer, voire même compenser complètement les effets négatifs. Les grandes enquêtes, comme celle de la Cohorte ELFE, qui suit près de 20 000 enfants depuis leur naissance en 2011, nous montrent à quel point le cadre de vie global est important. L'histoire familiale, l'histoire migratoire éventuellement, le niveau de stress, la situation économique, le niveau d'étude des parents, l'accès aux ressources éducatives. Autant de facteurs qui pèsent bien plus lourd que le simple temps d'écran.
En fait, accuser uniquement les écrans, c'est passer à côté de la vraie question, les inégalités. Ce sont elles, plus que les tablettes ou la télé, qui expliquent les écarts de développement chez les enfants avant même l'entrée à l'école. Certains enfants exposés quotidiennement aux écrans grandissent dans un environnement très stimulant, avec des moments partagés, des jeux, des échanges, tout va bien. Dans d'autres familles plus en difficulté, parfois même des enfants qui ne regardent jamais les écrans, les enfants peuvent manquer d'occasion de découvrir, de jouer ou d'échanger avec un adulte disponible. Et dans ces familles, les écrans sont en fait souvent très présents.
Ce n'est pas par négligence, c'est parfois une bouée de secours, dans un quotidien épuisant, une façon de gérer, de souffler un peu. Et ça aussi, ça mérite d'être entendu, sans jugement.
Et puis, il y a un autre point qu'on oublie parfois. Il n'y a pas que les enfants qui sont collés aux écrans. Ce sont nous aussi, les adultes, les parents. Un message à lire, un mail à répondre, un scroll rapide sur un réseau social et hop, l'attention est ailleurs. Pas dramatique une fois de temps en temps, bien sûr, mais quand ça devient fréquent, ça peut troubler le lien qu'on construit avec notre tout petit et notamment ce sentiment de sécurité affective dont il a tellement besoin pour bien grandir.
C'est ce que l'on appelle l'attachement. Le lien d'attachement se construit à travers une présence attentive, des interactions affectueuses, une réponse régulière et rapide si possible aux besoins émotionnels du tout petit.
Mais aujourd'hui, un nouvel élément vient s'immiscer dans cette relation parent-enfant, les outils numériques. Avec eux d'ailleurs émerge une nouvelle facette de la parentalité, la parentalité numérique.
Et c'est là qu'intervient la technoférence. Ce mot un peu étrange désigne l'interférence des technologies dans les interactions entre parents et enfants, la technoférence. Consulter ses messages, comme je l'ai déjà dit, répondre à un mail, faire défiler son fil d'actualité, ses gestes parfois anodins, peuvent interrompre les échanges avec son enfant. Même de courte durée, ces interruptions mobilisent l'attention du parent. Celui-ci est alors moins disponible, plus distrait, et parfois même plus irrité si l'enfant réagit mal à cette perte d'attention. Et cela peut troubler son sentiment de sécurité, si important dans la construction de l'attachement.
C'est pourquoi il est essentiel pour les jeunes parents de prendre conscience de leur propre usage des écrans. Certaines situations vont rendre les parents encore plus vulnérables à ce qu'on appelle la technoférence. L'ennui ou le besoin de lien social quand on est seul avec un bébé, ce qui n'est pas facile pour tout le monde. Le stress. l'anxiété, la fatigue, la dépression ou même simplement des émotions difficiles à vivre en ce moment.
Et il faut savoir que le comportement de l'enfant va jouer aussi un rôle. Les enfants qui manifestent des comportements qu'on va dire nous « externalisés » , c'est-à-dire la colère, l'agressivité, l'impulsivité, peuvent augmenter le stress parental qui, à son tour, entraîne plus de moments de technophérence. Et ce phénomène crée alors un cercle vicieux. Plus de technoférence, plus de comportement difficile ou jugé difficile de l'enfant, plus de comportement difficile, plus de technoférence, et ainsi de suite.
Enfin, il est important de rappeler que les messages de prévention, s'ils sont mal amenés, peuvent être mal reçus. Perçus comme des injonctions morales, ils risquent de faire culpabiliser les parents, de diminuer leurs sentiments de compétence, et paradoxalement, d'encourager encore davantage le recours au numérique pour souffler ou pour s'apaiser. Bref, la parentalité numérique, c'est un vrai défi.
Alors non, on ne va pas culpabiliser, mais juste se poser la question: Comment je peux être un peu plus présent, un peu plus conscient de ma propre relation aux écrans ? Ce n'est pas simple, surtout quand on est fatigué, isolé, stressé. Parfois, on décroche un peu pour tenir le coup et c'est OK. Mais en prendre conscience, c'est déjà un premier pas. Parce que l'objectif, ce n'est pas d'être un parent parfait. C'est juste d'être un parent présent.
Allez, encore quelques conseils avant de se quitter. Les livres, je sais, les livres, on n'en a pas parlé. Pourtant, ils sont essentiels. Lire une histoire à son enfant, tout petit, mais même aussi quand il sait déjà lire tout seul, plus tard, c'est un moment de lien très fort. Du coup, on y reviendra dans un épisode spécial sur la lecture pour tous les âges.
Avant de dormir... Mieux vaut éviter les écrans, ils perturbent le sommeil, même chez les adultes. On peut imaginer un couvre-feu numérique en famille, une heure avant le coucher, et les portables dorment dans la cuisine.
À table, idem. La télé ou les vidéos pendant le repas, c'est non. Les études sont claires. Ça nuit au développement, et ce, quel que soit le contexte familial.
En revanche, la visio avec les grands-parents, c'est top. C'est une belle façon d'utiliser les écrans pour créer du lien, surtout à distance.
Enfin, Laissez son enfant parfois s'ennuyer, c'est précieux. On pense parfois lui faire plaisir en lui tendant un portable pour l'occuper, mais l'ennui, c'est le terreau de l'imagination. C'est là que naissent les idées, les jeux, les envies. Et ce réflexe de combler le moindre vide avec un écran, on le traîne encore à l'âge adulte et c'est un sacré problème.
Voilà, j'espère que cette saison vous a apporté quelques repères, quelques clés. Sans pression, sans injonctions, juste de quoi réfléchir, ajuster, s'écouter et accompagner son enfant avec confiance. Et si je devais résumer... Résumez tout ça en une seule phrase, vous la connaissez, la meilleure application pour votre enfant, c'est vous.
Dans le prochain épisode, qui sera le premier épisode de la saison suivante, on s'attaquera à une question que vous êtes nombreux à vous poser. Mais alors, combien de temps d'écran pour mon enfant selon son âge ? Spoiler, la réponse est plus simple qu'on le croit, mais elle mérite d'être expliquée.
A très bientôt. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à le liker. N'hésitez pas à vous abonner si ce n'est déjà fait. N'hésitez pas à le partager à vos amis. Et à très bientôt pour la suite de cette aventure.