- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast Call Me Badass. Ici, nous mettons en lumière des femmes extraordinaires qui aspirent à une vie meilleure. Elles sont de véritables modèles de réussite grâce à leur parcours de vie. Chaque épisode de Call Me Badass vous plongera dans l'histoire de femmes audacieuses qui ont surmonté des obstacles, transformé leur échec en opportunité et embrassé le processus d'apprentissage pour devenir les meilleures versions d'elles-mêmes. Des badass quoi ! A tout de suite ! Bienvenue sur Call me Badass, bonjour ma chatte,
- Speaker #1
salut,
- Speaker #0
bonjour Sabrina,
- Speaker #1
bonjour les filles,
- Speaker #2
salut Sabrina,
- Speaker #0
comment vas-tu aujourd'hui Sabrina ?
- Speaker #1
Très heureuse d'être parmi vous,
- Speaker #2
mais aussi, trop mignonne.
- Speaker #0
Sabrina, avant qu'on commence par te demander de te présenter, on commence toujours nos épisodes par demander à nos invités quels sont leurs rôles modèles féminins.
- Speaker #1
Donc là, si je devais réfléchir tout de suite, là j'irais Rosa Parks. Parce que grâce à elle, il y a beaucoup de choses qui ont changé.
- Speaker #0
Ok, ça en dit long sur la suite de l'interview. Qu'est-ce que tu évoques le mot badass ? On l'entend beaucoup là sur la toile. Qu'est-ce que ça t'évoque ?
- Speaker #1
Ça m'évoque la liberté de l'entrepreneuriat féminin et surtout l'émancipation de la femme. en règle générale.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #2
c'est génial. Sabrina, on va te laisser te présenter maintenant.
- Speaker #1
Donc moi, je suis Sabrina Diane Gamba, je suis créatrice de mode et j'ai également aussi une association depuis 16 ans maintenant. Mais sinon, j'ai une marque qui s'appelle Diane et qui est le projet de ma vie.
- Speaker #0
Carrément, le projet de ta vie ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et pourquoi tu dis que c'est le projet de ta vie ?
- Speaker #1
Alors pourquoi c'est le projet de ma vie ? Parce que j'ai toujours voulu créer une marque de vêtements. Ce n'est pas la première que je crée, j'ai déjà entrepris avant, j'ai fait beaucoup d'erreurs. Et je pense qu'aujourd'hui, toutes les erreurs que j'ai faites en tant qu'entrepreneur m'ont permis de pouvoir bâtir ce projet-là, qui j'espère est le dernier. Le dernier... Le dernier qui va grandir et s'épanouir, mais c'est vraiment la dernière marque que je crie.
- Speaker #0
Ok, très bien, très intéressant.
- Speaker #2
Sabrina, quand on a discuté un peu pour pouvoir préparer l'épisode, pour te recevoir, tu évoquais le fait que tu avais eu un accident et que c'est à partir de cet accident que... que tu es devenue la femme que tu es aujourd'hui, que tu t'es lancée dans la mode aussi. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?
- Speaker #1
Oui, du coup, trois jours avant mes 21 ans, je me suis fait renverser par une voiture. Et c'est vrai que c'est arrivé jeune, j'avais 20 ans, et donc d'un coup, on voit sa vie basculer et on se rend compte que la vie est très courte. Et donc à partir de ce moment-là... Je me suis dit qu'il était important de faire seulement ce que j'aime et de profiter à fond parce qu'on ne sait pas de quoi est fait demain. J'aurais pu ne pas survivre à cet accident-là. Donc, j'ai vraiment la chance. En plus, j'ai un handicap qui ne se voit pas. Donc, j'ai vraiment la chance aujourd'hui. J'ai saisi tout de suite la chance de me dire, bon, ben voilà, là, tu sais que la vie, elle est courte. Fais ce que tu as envie de faire. Donne-toi tous les moyens. Vis sans regret. C'est surtout ça. Vis sans avoir de regrets et sans t'imposer des choses que tu... qui vont te gâcher la vie. La vie est trop courte pour qu'on se parasite tout seul.
- Speaker #0
Qu'est-ce que l'entrepreneuriat t'a apporté ?
- Speaker #1
Déjà, je ne rentrais pas dans des cases depuis que je suis tout petit. Je ne me voyais pas salariée d'une boîte, même si j'ai l'occasion de travailler pour des grandes maisons de couture. Mais je ne me voyais pas, ça ne me ressemblait pas. Le cadre ne m'allait pas. Et donc, l'entrepreneuriat me permet d'être moi-même, de bâtir, s'il doit y avoir un cadre, de bâtir un cadre à mon image qui se déforme autant qu'on veut.
- Speaker #2
Ça fait combien de temps que tu es entrepreneuse ?
- Speaker #1
Depuis que je me suis fait renverser, en 2007, j'avais déjà créé une première marque en 2008, l'auto-entreprise en 2009, mon association en 2009 et après j'ai réussi plusieurs marques. Parce qu'au début, tu crées des marques, tu crées des vêtements, tu ventes, tu oublies qu'il faut réinvestir dans ton entreprise. Tu dépenses l'argent et après tu te dis « Ah mais merde, il fallait que… » Donc c'est avec toutes ces erreurs qu'après, là aujourd'hui, je suis revenu avec un projet plus solide.
- Speaker #0
Ok. Tu parlais tout à l'heure de ton handicap invisible. Donc j'imagine que depuis cet accident, tu as dû faire face à certaines séquelles dues à cet accident. ... Qu'est-ce que ça t'a appris sur tes limites ?
- Speaker #1
Alors déjà, j'ai appris que les limites, elles sont mentales.
- Speaker #2
C'est ce qu'on voulait entendre.
- Speaker #1
On peut discuter de ça. Elles sont vraiment mentales. Par exemple, cette nuit, j'ai eu une commande pour Karine pour le Do You Remember dimanche. Je suis partie de mon atelier, il était 4 heures du matin. Sachant qu'il fallait que je sois ici avec une tête. Un peu fraîche. Un peu fraîche. Voilà. Donc vraiment, c'est bon, il faut atteindre ses objectifs. La fatigue, c'est dans la tête. La douleur, c'est dans la tête parce que quoi qu'il arrive, t'as mal. Donc t'as mal, que tu fasses quelque chose ou que tu ne fasses rien, t'as mal. Donc fais, va jusqu'au bout de tes objectifs et comme ça, t'es fier de toi. Et tout ce que tu t'apportes toi-même, personne ne peut te l'enlever. Et à partir de là, tu t'apportes des choses, tu t'apportes des choses, tu t'apportes des choses. Tu testes un maximum. Il n'y a pas de limite même dans la créativité. et t'as envie de faire un truc, tu le fais. Ça marche tant mieux, ça marche pas, ben... Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Et qu'est-ce que je dois faire pour que ça marche ? Parce qu'en général, quand je fais quelque chose, quand j'ai une idée en tête, je ne lâche pas l'affaire tant que je n'ai pas réussi. Donc, il faut faire travailler son idée pour atteindre ses objectifs.
- Speaker #0
Donc, ça t'a renforcé ton mental ?
- Speaker #1
Ça m'a renforcé mon mental. Ça m'a montré vraiment le sens de la vie. Je ne perds pas de mon temps sur des fioritures ou sur des trucs...
- Speaker #0
Je trouve ça vachement intéressant parce que...
- Speaker #1
Est-ce que...
- Speaker #2
Comment tu vis finalement ton handicap au quotidien ? Tu nous parlais de douleur. Du coup, tu es reconnu ? Oui. Personne...
- Speaker #1
Je suis reconnu handicapé entre 50 et 79%. Waouh,
- Speaker #2
ok.
- Speaker #1
J'ai une reconnaissance travailleur handicapé. Alors moi, ce que je fais, c'est que j'écoute mon corps. Alors je le pousse à l'extrême, mais je l'écoute. Donc ça veut dire que quand il me dit, ah non, là, tu ne peux pas rester debout, tu ne peux pas rester debout. Donc si là aujourd'hui je suis allongé, qu'est-ce que je peux faire en étant allongé ? Comment je peux travailler ? Je ne peux pas faire de couture, mais je vais travailler sur la communication, je vais travailler sur...
- Speaker #2
C'est hyper courageux ce que tu es en train de nous raconter.
- Speaker #1
Après sinon on ne fait rien. Et en même temps, tu sais dans mon handicap j'ai beaucoup de chance parce que j'ai vu des gens qui se sont retrouvés paralysés parce qu'ils se sont fait bousculer par un vigile. Donc moi je me suis fait... percuté par deux voitures à 90 km heure, je suis debout. Et il y a des gens qui sont en fauteuil, tétraplégique, paraplegique, ils ont eu un accident beaucoup moindre que le mien. Ils n'ont pas la chance de jouir de leurs membres. Donc déjà, pour ces gens-là, je me dois de ne pas m'arrêter à la douleur. Et après, en plus, tu te surpasses. En plus, tu reprends possession de ton corps, même si ça prend des années. Bien sûr. Mais tu reprends possession de ton corps et aussi, c'est beaucoup dans la tête. Quand tu es bien connecté avec toi-même, quand tu ne te mens pas, c'est très important d'être aligné pour pouvoir faire les choses. Est-ce que tu as,
- Speaker #2
je ne sais pas, des mantras qui t'accompagnent ou des rituels pour t'aider à te dépasser, à te surpasser et à aller de l'avant ?
- Speaker #1
Alors, déjà, j'ai des objectifs que, dans ma tête, je ne dois pas déroger, peu importe la fatigue, tout ça. Même si, des fois, il y a des contretemps, mais il faut atteindre ses objectifs, ça, c'est la priorité. Et après, les mantras, en fait, je me dis, il y a des gens, on a tous dans notre entourage perdu des proches. Donc, il y a des gens qui n'ont plus la chance d'être là et qui n'ont pas eu... l'opportunité de vivre leur projet et tout ça. Donc moi, pour ceux que j'ai perdus et qui n'ont pas eu cette chance-là, je me dois moi d'aller jusqu'au bout de ce que... de ce que la vie va me prêter. En tout cas, je dois faire les choses jusqu'au bout.
- Speaker #0
De façon pour toi de leur rendre hommage.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #2
C'est hyper inspirant ce que tu dis. Merci Sabrina pour ce partage.
- Speaker #0
Tu es dans l'univers de la mode. On entend parler de surconsommation. Il y a plein de débats sur l'industrie de la mode qui est très controversée en ce moment. Comment tu penses qu'on peut inverser cette réalité ? aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, on peut dire beaucoup, beaucoup de choses à revoir. Parce que l'industrie de la mode déjà pollue. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
J'ai envie de dire arnaque. Parce que quand on... Que ce soit pour la fast fashion qui va vendre, même si c'est des produits à 2-3 euros, mais ce sont des vêtements jetables. Donc, ce sont des vêtements qui traversent le monde. pour être jeté au bout de trois semaines d'achat. Donc déjà, ce n'est pas rentable. Ça pollue notre planète et ça ne fait du bien à personne, mais à part à ceux qui s'enrichissent. Après, il y a les problèmes des grands groupes et surtout des grands groupes qui ont un passé douteux, en tout cas pour les gens de notre communauté. J'ai juste envie de dire LVMH, Louis Vuitton aujourd'hui, même si... C'est Pharell, le directeur artistique pour les hommes, et que voilà, aujourd'hui, on va dire, c'est un noir. Avant lui, il y avait Virgil Abloh. Il ne faut pas oublier que ces gens-là ont mis nos ancêtres dans des zoos et qu'il fallait payer Louis Vuitton pour aller voir des noirs dans des zoos. Aujourd'hui, en 2025, quand on a accès à tout ce savoir, on est obligé de consommer différemment. Parce qu'on peut... pas nous continuer d'alimenter ça, sachant que demain, il y a une guerre. C'est les premiers, c'est eux à qui on a donné de l'argent qui vont nous remettre dans cette situation-là où ils nous ont mis déjà avant. Donc, on a... J'ai pas encore d'enfants, mais pour mes futurs enfants, je me dis, on a... J'ai, moi, ma part de responsabilité et un changement à apporter dans ce milieu-là. Si Dieu me permet de faire ce pourquoi je suis là.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que la solution, en tout cas une des solutions, serait qu'il y ait plus d'indépendants dans l'industrie, comme toi ?
- Speaker #1
En fait, il y en a déjà. Il y a déjà beaucoup de créateurs africains issus de l'immigration, des créateurs artisanaux qui ont des valeurs qui diffusent. qui diffusent vraiment de très très très belles valeurs, c'est chez eux qu'il faut. Aujourd'hui, on doit consommer chez nous. On doit consommer pour nous, par nous, pour notre bien-être. Parce que si je sors de la mode et que je parle de nourriture, aujourd'hui, on est empoisonné à tous les niveaux. Et je suis sûre que si on va voir un commerciant bio issu de l'immigration, il va nous vendre des produits pour notre bien-être, des produits qui vont nous permettre justement à se débarrasser de toutes les toxines et de tous les empoisonnements que l'on nous balance partout, que ce soit dans l'alimentation, dans les cosmétiques. Donc en fait, c'est vraiment changer notre façon de consommer à tous les niveaux parce qu'en fait, il n'y a rien de bon pour nous. Donc une fois que tu as compris ça, C'est une bonne... Voilà.
- Speaker #0
Moi, j'ai une dernière question. C'est comment tu expliques le fait que nous, afrodescendants, on ait encore du mal à consommer noir ?
- Speaker #1
Non, mais parce que nous, on s'est fait... On a été instruits ici. Donc, on a été instruits ici avec les mêmes mensonges historiques que... que des français de souche, on va dire ça comme ça, même si on sait que ça n'existe pas, ce mot-là, en vrai. Mais on eut aussi. Donc, ceux qui créent... Les mêmes mensonges qui ont créé, nous, des complexes et qui leur permettent à eux de se sentir, on va dire, supérieurs, ils existent toujours. On a grandi dedans. Nous, c'est aujourd'hui, je pense que c'est Internet, c'est cette ouverture d'esprit. Puis après, c'est des cycles. Donc, au bout d'un moment, quand les mensonges sont trop gros, tu peux Tu peux pas... Tu peux pas plus ne... pas les nier, tu vois, c'est ça qui fait qu'aujourd'hui, il y a des femmes comme vous qui ouvrent les yeux, qui grâce à des postcards justement donnent la parole, alors que dans les médias traditionnels, il n'y a pas ça. Les médias français, nationaux, il n'y a pas cette ouverture. On ne nous permet pas, en tout cas on ne veut pas qu'on ait cette ouverture d'esprit, cette prise de parole.
- Speaker #2
Oui totalement, il y a une invisibilité pour le coup de tout ce qu'ils appellent minorité, entre guillemets, je ne suis pas sûre qu'on s'appelait minoritaire.
- Speaker #1
On n'est pas minoritaire, il y a l'appropriation culturelle à tous les niveaux. Totalement. À tous les niveaux, mais il faut dire qu'on est une minorité, que notre influence, ils ont le droit de prendre, mais il ne faut pas dire d'où ça vient. Et ils font ça avec tout, avec tout. Tellement qu'ils osent dire que Sarkozy a dit que le noir n'a pas marqué l'histoire. Quand tu vois que la civilisation... qui vient de chez nous. Donc non, je ne peux pas dire ça. Même l'Europe n'existerait pas sans une Africaine. Donc le mensonge, il est trop, trop, trop... Il est inscrit partout, que ce soit dans notre carte, nos cartes du monde. Tout est faux, tout est faux. Monsieur
- Speaker #2
BH, je ne dirai pas son nom parce que je ne vais pas dire son nom, qui a une petite médaille. Petite médaille remise par le président, alors qu'il tue les gens chez nous. Clairement, je veux dire, la vie chère tue les gens.
- Speaker #1
La vie chère tue les gens, c'est quand même, par rapport à ces différentes boîtes, il y a du trafic de drogue, il y a beaucoup de choses qui se font autour de lui, mais quand c'est eux, de toute façon, c'est... C'est toléré, on va dire. Palmade, il a tué quelqu'un. Il était en boîte deux jours après.
- Speaker #2
Oui, j'avais entendu cette histoire.
- Speaker #1
Kobala Day, il fait six ans de prison. Oui, ça. De poids, de mesure. Marine Le Pen, elle est condamnée. Elle ne va jamais voir la couleur d'une cellule. Mais moi, demain, j'ai le malheur d'éternuer sur le président. Ils vont me mettre... C'est clair. Voilà. Mais bon,
- Speaker #2
allons. J'ai envie de te poser la question Sabrina, sur ton processus de création.
- Speaker #1
Alors moi je suis une artiste.
- Speaker #2
Ça veut dire quoi je suis une artiste ?
- Speaker #1
En fait je crois que je n'ai pas de processus de création. Ça vient, je laisse le tissu parler, je laisse mon esprit parler, ou des fois ils sont plusieurs dans ma tête, donc je les laisse parler. D'accord. Et je le fais. En fait moi je suis plutôt quelqu'un qui... Allez, je fais. Des fois, je ne sais pas ce que je vais faire, mais je fais.
- Speaker #2
Quand tu dis ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, par exemple, tu prends du tissu.
- Speaker #1
Je coupe.
- Speaker #2
D'accord, c'est parce que j'avais en tête.
- Speaker #1
Je le pose sur le mannequin. Je vois comment il tombe. Je me dis, ça, ça peut être pas moi. Et après, je travaille.
- Speaker #2
Je l'ai acquis, c'était le vrai. Tu sais ça ?
- Speaker #1
J'avais vraiment les matières parlées.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, quelles sont tes différentes activités aujourd'hui ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, principalement la création de vêtements. La création de collections, hommes et femmes pour ma marque, modèle unique et série limitée. D'accord. Je gère aussi une association parce que j'ai un côté social qui me tient à cœur. Parce que quand on est engagé, quand on est entier, on ne sait pas faire à demi-mesure et puis on a toujours envie d'apporter notre pierre à l'édifice. Voilà, donc c'est pour ça qu'après mon accident, j'ai créé l'association et mon entreprise en même temps. Pour pouvoir avoir... Cette marge de manœuvre, si j'ai envie de faire du social, je fais du social. Si je veux faire du business, je fais du business. Et mon association Agrigny, elle existe depuis 16 ans. Mon espace collaboratif, il existe depuis 8 ans. Là, je me bats pour le garder. Parce que mon positionnement ne plaît pas forcément aux politiques. Quand on est entier, ça ne plaît pas aussi. J'ai un franc-parler. Ça ne plaît pas non plus. Donc aujourd'hui, je me bats. Je ne suis pas soutenue politiquement, mais ce n'est pas grave. Ça me permet quand même de faire ce que je veux. Et tant que je peux me battre, je me bats. Donc voilà.
- Speaker #2
Tu nous disais, je crois que ton espace de collaboratif fait 300 mètres carrés. Oui. C'est ça ? Tu peux nous décrire, il y a quoi comme espace à l'intérieur ? Alors,
- Speaker #1
c'est un grand espace de coworking. Donc tout le lieu est un espace de coworking. On a un studio photo, deux bureaux pour des entrepreneurs. un atelier de couture. Là, on a une salle, une pièce, production de musique qui est en train de se mettre en place. Ah, sympa !
- Speaker #2
Et une bibliothèque. J'envoyais presque enregistrer une petite chanson.
- Speaker #0
Je suis prête.
- Speaker #1
Tu chantes ? Dans ma salle de bain. Ah, moi aussi, je suis une vraie chanteuse de salle de bain.
- Speaker #0
Du coup, on va parler de ce que tu crées. Est-ce que tu t'es déjà sentie ? illégitime de vendre tes pièces à 1300 euros ? Parce que tu nous as dit que tes pièces, tu pouvais les vendre jusqu'à... Alors, je ne sais pas si c'est minimum ou jusqu'à...
- Speaker #1
Enfin, des pièces uniques.
- Speaker #0
Des pièces uniques, oui.
- Speaker #1
Alors, je ne me sens pas illégitime. Pourquoi ? Parce que j'ai des pièces, ça fait trois ans que je travaille dessus. J'ai fait une veste puzzle. Il n'y a plus de 500 heures de travail dessus, de casse-tête technique. que ça m'a pris parce que en fait d'abord moi c'est toujours le côté artistique puis après il y a la technique qui rentre en jeu et là quand je commence par la technique et qu'après le côté artistique ça va et quand je commence par l'art et qu'après je me dis comment ça va se tenir maintenant comment ça va monter et tout voilà il y a beaucoup de réflexions il y a des trucs j'ai une cliente que j'apprécie et qui m'a donné une vraie chance elle m'a donné une valise de vêtements à transformer upcycler ok issues de la fast fashion. Donc au début, il y a des pièces, j'étais super enjaillée dessus. Donc j'ai transformé tout de suite. Et là, il y a des pièces. Ça fait au moins trois mois que je me suis dit, qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Et je suis là tous les jours, jusqu'au jour où je mets un coup de ciseau. Et pourquoi je ne l'ai pas fait avant ?
- Speaker #2
C'est une vidéo.
- Speaker #1
Et voilà, c'est ça.
- Speaker #0
En fait, je te posais cette question parce que beaucoup de femmes entrepreneurs ont du mal à... poser un prix, surtout quand elle crée comme toi. Et je trouve ça intéressant, ta réponse, parce que tu n'as pas sourcillé. Tout de suite, tu as dit, oui, ça les vaut, parce que je passe beaucoup de temps dessus. Parce qu'on oublie, en fait, le temps de réflexion, la charge mentale que ça crée, en fait, de devoir penser, imaginer. Et puis, une fois après, de coucher ça sur le papier, tu dois faire un patron et ensuite, tu dois réaliser la partie technique. Et c'est vrai qu'on oublie que c'est énormément de boulot.
- Speaker #1
C'est beaucoup de boulot. La couture, c'est un métier ingrat où les gens,
- Speaker #0
ils ne voient que le produit final.
- Speaker #1
Voilà, ils ne voient pas du tout le travail investi. Et donc, comme je dis, j'ai créé plusieurs marques. Donc, j'ai fait plein d'erreurs. Donc, au début, j'ai cousu au pop-up cher. Après, j'ai fait la création sur mesure pour les gens. Les gens sont tellement chiants. Et tellement, après, les gens étaient chiants. J'ai dit, bon, moi, je ne touche pas à ma machine pour moins de 150 euros. Peu importe si tu me demandes de faire un sac, un carré, c'est minimum 150 euros. un mourlet voilà c'est minimum 150 euros mais ça change tout ah oui mais totalement parce qu'après les gens ils reconnaissent ton travail ouais ils disent bon ben non ben finalement je veux que ce soit toi qui me le fais on est prêt à payer et quand les gens ils sont prêts à payer je n'y pote plus et là tu commences à être à l'aise dans ton travail à pouvoir proposer aussi ce qu'ils veulent leur faire des choses aussi en fonction de leur budget il y en a ils veulent des choses mais ils n'ont pas forcément le budget et mais ils vont te respecter et là tu vas plus Tu vas te dire, bon, quand même, cette personne, elle fait l'effort. Elle a envie, elle connaît ton travail, donc toi aussi, fais un effort. Même si ce n'est pas ce que tu voulais, mais fais un effort, montre-lui que ce respect, il vaut quelque chose. Et après, au fur et à mesure, tu arrives à bâtir. Je suis d'accord, je suis d'accord.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est important de valoriser son travail, de faire valoriser son travail. J'ai une question, du coup, comment ça se passe ? Est-ce que tu co-crées avec tes clients ou est-ce que c'est toi qui as carte blanche ? Par exemple, moi, là. J'ai envie d'une robe, je rêve d'une robe en jean, un peu originale, tu vois. Du coup, si je devais passer par toi, je te dirais, voilà, Sabrina, je veux une robe jean originale, et toi, tu crées ?
- Speaker #1
Je crée, mais je fais toujours en fonction de mes clients. Parce qu'on est tous différents, on a tous des besoins différents, et on est tous à l'aise dans des choses différentes. Donc moi, je vais avoir une idée de base. Je vais te la proposer, soit tu vas me dire ça me convient, mais vas-y j'aimerais ça, un peu de ça, un peu de ça, un peu de ça, ok vas-y on travaille. Oui, moi tu me dis, imagine, moi je veux une robe, mais je veux avoir des aérations parce que je transpire, ou j'ai du mal à bouger le côté droit, donc j'aimerais que ça soit facile à mettre, voilà, et on fait vraiment en fonction de toi. D'accord. Quand je fais des pièces uniques, l'idée que la pièce soit unique, donc elle ne te correspond pas. parfaitement pour toi, en fonction de tes besoins, que tu te sentes bien, beau dedans. C'est vraiment ça mon objectif.
- Speaker #2
Je ne fais que des pièces uniques ?
- Speaker #1
Non, je fais des séries limitées aussi. J'aime les deux, j'aime faire les deux.
- Speaker #2
Tes gammes de prix, elles vont de combien à combien à peu près ?
- Speaker #1
Sur les séries limitées, on peut trouver des choses, on va dire le plus petit accessoire, ça va partir. La plus petite pièce, elle va partir de 120 euros. Et après, tout dépend de ce que c'est, mais ça peut grimper. Pour les vestes en modèle unique, tout dépend de ce que je fais dessus, tout dépend du travail. Donc, ça varie entre 500 et 1300, 1800, ça peut aller beaucoup plus cher aussi. Mais ça dépend du travail. Je peux te faire une pièce unique, mais que d'autres peuvent refaire. Parce qu'en fait, plus c'est simple, plus il y a le risque qu'on te copie ta pièce unique. Plus c'est travaillé, plus c'est difficile.
- Speaker #0
J'ai vu lors de ton défilé la veste blanche. qui était portée par un mannequin homme, une veste en jean, je crois, blanche, avec des petits trucs.
- Speaker #1
Je l'ai trouvée incroyable. Merci.
- Speaker #0
Je ne sais pas, mais elle m'a évoqué tellement d'émotions, cette veste. Pourtant, j'ai vu plein de trucs sympas. Mais il y a quelque chose de particulier avec cette veste ?
- Speaker #1
Alors déjà, cette veste, c'est marrant parce que cette veste, c'est une veste avec un imprimé que j'ai fait faire Diane. Moi-même, je me suis cassée à faire la tête. Faire les monogrammes, l'infographie, c'était un casse-tête de fou. Mais après, quand j'ai fait imprimer le tissu et que j'ai reçu le tissu, j'ai eu la sensation de voir ton tissu que tu as créé. Je pense qu'en fait, cette veste, elle s'est créée toute seule par rapport à toute cette énergie-là. Et c'est peut-être ça que tu as ressenti aussi. Parce que c'est vraiment un modèle qui m'a inspirée tout de suite. Et en plus, mon défilé, c'est marrant parce qu'à la base, je partais sur une... collection femme avec 2-3 modèles hommes ça ressemblait plus à une collection homme oui c'est vrai parce que j'ai plein de modèles femmes que finalement j'ai pas fait défiler pourquoi tu les as pas fait défiler ?
- Speaker #2
il te manquait des modèles ?
- Speaker #1
il me manquait des modèles tu nous appelles bébé nous on vient défiler j'ai laissé les modèles choisir les tenues qu'ils voulaient porter pourquoi t'as fait ça ? parce que c'est important que les gens se sentent bien dans ce qu'ils portent ok OK. Et la plupart des modèles ont choisi des vêtements que j'avais faits pour moi. Ils n'ont pas choisi des vêtements qui étaient forcément pour la collection. Ils ont choisi mes vêtements à moi. Donc, j'ai dit, ça veut dire ce que ça veut dire. C'est peut-être par là que je dois commencer. Si c'est ça qui plaît, c'est ça que je vais présenter. Ok.
- Speaker #0
Alors, tout à l'heure, tu as parlé de ton processus de création.
- Speaker #2
Non, justement, il n'y en a pas.
- Speaker #0
c'est ton processus à toi c'est à dire que tu te laisses guider tout qui m'inspire donc moi je prends ça comme un processus de création qu'est-ce qui est unique dans ce que tu crées et dans ta façon de créer qu'on ne peut pas retrouver ailleurs chez un autre créateur est-ce que tu t'es déjà posé cette question ou est-ce qu'on t'a déjà fait un retour alors il y a des choses
- Speaker #1
Là, je fais des robes en papier. Je fais des robes en papier, en journaux, en...
- Speaker #0
Comment c'est possible ?
- Speaker #2
Ça tient ? Qu'on peut porter ?
- Speaker #1
Ça tient, qu'on peut porter. Moi, je n'en ai pas porté seulement. J'ai fait une robe en 2012 pour le plus grand défilé du monde. En plus, je me suis incrustée d'une force.
- Speaker #0
Attends, attends.
- Speaker #2
Vas-y, raconte-nous ça.
- Speaker #0
Elle raconte ça comme si elle avait fait une robe pour Nelly. Non, alors, tu as fait une robe pour le plus grand défilé du monde.
- Speaker #2
Et tu t'es incrustée. Raconte-nous.
- Speaker #0
Vas-y, raconte-nous.
- Speaker #1
C'est Galerie Lafayette qui faisait sa troisième édition du plus grand défilé du monde. D'accord. Il y avait un casting qui était fait depuis des mois, des mois, des mois. Sauf que moi, je n'étais pas forcément au courant. Donc, j'arrive le dernier jour du casting. Et donc, j'arrive avec un billet normal, juste avec mes photos des robes en papier que j'avais déjà fait. Et je leur fais croire que je suis envoyée par le siège.
- Speaker #0
Trop bien !
- Speaker #1
Et que du coup... C'est totalement audacieux ! Du coup, je suis là, je suis passée par casting parce qu'en fait, il fallait que je voie le jury. Bien sûr ! Et en gros, ben voilà, là, je vous propose de faire une robe en papier. J'ai besoin de la laisser passer au Galerie Lafayette pour récupérer tous les robes, les papiers, en fait, les sacs de papier. Shopping, parce qu'en fait, je me suis dit, il me faut la matière.
- Speaker #0
La matière,
- Speaker #1
je n'avais pas. Donc, ils m'ont fait un laissé-passer. Je suis allée, j'ai fait la razzia, j'ai dévalisé Haussmann. J'ai pris tous les sacs en papier qu'ils avaient,
- Speaker #0
ils ont prouvé. C'est quoi ce que tu racontes ?
- Speaker #1
Et j'aurais fait une robe en papier qui a défilé, j'ai défilé avec, et j'ai du coup placé trois vêtements dans le défilé aussi.
- Speaker #2
C'est extraordinaire, c'était en quelle année ça ?
- Speaker #1
En 2012.
- Speaker #0
Mais j'ai trop envie de voir les photos, tu me montreras tout à l'heure ?
- Speaker #1
Je vais vous les envoyer.
- Speaker #0
Mais du coup, après, ils ne t'ont pas cramé ? Non, non,
- Speaker #1
pour eux, après, je faisais partie du... Jusqu'à aujourd'hui. Tu étais déjà là. Là, c'est maintenant qu'ils découvrent que c'est un goût de bluff. Parce qu'en fait, pour eux, vraiment, j'étais envoyé par le siège.
- Speaker #0
Mais c'est énorme ce que tu racontes,
- Speaker #1
j'adore.
- Speaker #0
Et donc, du coup, la question sur... Qu'est-ce que tu fais d'unique que personne ne fait ? Désolée ? Non,
- Speaker #1
c'est vrai. J'ai envie de dire des robes en papier, mais surtout, j'ai une formation. Alors, sur ça, je ne vais jamais cracher sur ma formation. J'ai une formation de couture artisanale.
- Speaker #0
Dis ça à la différence.
- Speaker #1
Voilà, et qui n'existe plus aujourd'hui, ma formation. Ça veut dire, moi, j'ai une formation, je suis styliste, modéliste de formation. On m'a appris les métiers du modélisme artisanal, les métiers du stylisme artisanal. Et aujourd'hui, cette formation n'existe plus. Donc moi, sans outils numériques, je peux créer. À partir du moment où j'ai compris ça, je me suis dit, je suis très bien formée, tout ça. Aujourd'hui, en plus, on ne crée pas, on ne crée plus, sauf les maisons de couture dites de ce nom, les vraies maisons de couture vont créer de façon traditionnelle en suivant ce processus-là, mais les autres ne le font pas. Donc moi, je me suis dit, je vais faire de l'art. Je sais monter et je fais. C'est avant tout de l'art porté que je fais.
- Speaker #2
Du coup pour toutes tes pièces là même, pour les séries limitées, tu travailles comme ça ? Ouais.
- Speaker #1
Wow, ok. Et c'est que de l'artisanat, pour l'instant on fait tout nous-mêmes. Vous avez vu, il y a Didier aussi qui s'est mis à la couture il y a trois mois. Du coup, il m'aide maintenant, il monte tout ce qui est minutieux parce qu'il est beaucoup plus patient que moi. Moi c'est la créativité, moi j'ai besoin de voir tout de suite ce que j'ai dans ma tête. Donc je monte en gros, après tous les petits détails, vas-y, fais la c**. poche s'il te plaît et les petits tricks et voilà mais c'est plus ça, je me vois plus comme une artiste que comme une je suis une créatrice de mode mais je suis d'abord avant tout une artiste
- Speaker #2
Sabrina si tu devais donner des conseils, des tips à des femmes qui ont vécu ce que toi tu as vécu l'accident il y a 20 ans comment on fait pour passer à l'action ? quand il y a des douleurs, quand on a peur, quand on ne connaît personne dans le milieu de la mode ? Comment on fait ?
- Speaker #1
On ne compte d'abord que sur soi-même, parce que c'est important de prendre conscience des capacités, des dons que Dieu nous a donnés. En vrai, que Dieu, que nos parents, nos ancêtres nous ont transmis. Et il faut y aller. La peur, elle est là, quoi qu'il arrive. Que tu fasses ou pas, la peur est là, la douleur est là, que tu fasses ou pas. Donc, il faut commencer. Et en commençant, tu vas te rendre compte que j'ai mal, mais j'ai fait. Tu vois ?
- Speaker #2
C'est ça ?
- Speaker #0
Non, mais ça me fait rire ce que tu dis, parce que je n'avais jamais ressenti ça aussi intensément. En fait, ce que tu dis, c'est qu'il faut dissocier. Parce qu'en fait, je pense que les gens assimilent la peur à eux. Et toi, tu dissocies la peur ou la fatigue ou la douleur. À ce que tu as envie de faire.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est ce qui nous anime. En fait, j'ai vu beaucoup de gens qui sont frustrés de ne pas faire ce qu'ils ont envie de faire, qui dépriment, qui sont aigris, jaloux après, parce qu'en fait, ils ont envie de ce qu'eux, ils n'arrivent pas à faire. Mais juste faites, parce que ça ne va être que du plus pour vous-même. Et vraiment, comme je dis, tout ce qu'on s'apporte par soi-même, personne ne peut nous l'enlever. Totalement. Et quand j'ai compris ça, ça a vraiment tout changé dans ma vie.
- Speaker #0
Oui, non, mais tu as raison.
- Speaker #2
Sabrina, qui rêves-tu d'habiller ?
- Speaker #1
Alors, je rêvais d'habiller Clarine. Ok. Et j'y suis déjà.
- Speaker #2
Ah, wow ! Félicitations, bravo.
- Speaker #1
Merci. Donc là, je me dis, bon, maintenant, il faut que je visualise, il faut que je me dise, il faut que ce soit Rihanna qui veut être habillée par moi. Je ne sais plus qui c'est que j'ai envie d'habiller, parce que je pense que mon rêve de petite-fille, je l'ai fait. Et donc maintenant, je me dis que j'ai envie que ce soit les artistes qui ressentent ce que je transmets dans ma créativité, mes valeurs, et qui se disent que c'est elles que j'ai envie de soutenir, c'est elles que j'ai envie qu'ils m'habillent, parce qu'en portant ces vêtements, il y a un message que je transmets, il y a des projets derrière, il y a vraiment des valeurs, et c'est pour nous, parce qu'en fait, il faut qu'on se crée des microcosmes comme tous ils font en fait. Mais il ne faut pas qu'on ait peur de le dire.
- Speaker #2
Complètement. La communauté chinoise travaille comme ça depuis des centaines d'années.
- Speaker #1
Les Portugais sont très bons et regardent ceux qui bâtissent toutes les maisons. Nous aussi, on doit faire pareil. Nous, on a des ressources naturelles, on a une histoire qui est ancrée dans nos gènes. On a tout ça. C'est vraiment à nous de se donner la force. Ces derniers temps, ce que j'ai vu qui était beau, c'est qu'en faisant mon défilé, j'ai rencontré énormément de gens. que je ne connaissais pas, qui sont venus apporter cette force à mon projet, qui aujourd'hui on a créé des liens, mais ce sont des gens... C'est une aventure magnifique parce qu'il y a beaucoup de la communauté. Des gens qui sont venus donner la force et qui ont vu ce qui se passait, l'énergie. En fait, on fait grossir un peu cette énergie-là. Et là, on est là, on se donne la force, on se soutient. Et c'est ça qui est beau. Je me rends compte vraiment que c'est là qu'il y a la richesse. Alors bien sûr, il faut du financier. Mais il y a une richesse aussi au niveau énergétique et communautaire. qui est tout aussi puissante que la matérialisation de l'oseille.
- Speaker #0
Tu disais que tu voulais que des personnes connues, reconnues, viennent à toi, vers ta marque. Quel est ton plan d'action pour que ta marque puisse devenir incontournable ?
- Speaker #1
Quel est mon plan d'action pour que ma marque vienne ? Déjà, moi, je dois donner... Je dois être à 500, 700, 800, déjà moi, je dois tout donner en termes de travail, de créativité, et après je pense qu'il y a tout qui suit. Il y a l'énergie, les rencontres, moi je n'aurais jamais pensé quand j'ai créé ma société, elle a un an de même ma société. Déjà quand j'ai créé ma société, je pensais que je n'allais pas gagner d'argent avant un an. Sauf que les choses ont fait que j'ai rencontré Nani Ali.
- Speaker #2
Qu'on a eu sur le podcast Cani Badass.
- Speaker #1
Big up Nani ! Voilà, Big up Nani, qui m'a interviewée, qui après j'ai commencé à parhabiller, qui m'a fait une publicité énorme.
- Speaker #0
Sur notre plateau aussi.
- Speaker #1
Je ne m'y attendais pas du tout. Elle m'a apporté ma première cliente, qui est arrivée aussi avec une valise de vêtements, et qui m'a donné les premiers gros billets sans chipoter. Et en fait, de tout ça, Tout s'est enchaîné. Et j'ai vu aussi que ce milieu-là, il y a, dans notre milieu, il y a une pleine force là. Là, j'étais, on va dire, personne. On m'a introduit, on a cru en moi et tout s'est découlé là d'un coup. Donc je peux dire déjà, merci Nani, merci Vivi, merci Lord Killer, parce que Lord Killer, c'est la première personne avec qui j'ai travaillé quand je suis arrivée en région parisienne. Et ce lien-là qu'on a jusqu'à aujourd'hui, je ne peux que le remercier. Merci Killer. Merci Compassion Vibe. C'est aussi important que je le dise parce que c'est pas rien. Des fois, il y a des gens qui vous tendent la main. Une fois, ils vous donnent votre chance. Et 20 ans après, ce sont les mêmes personnes qui vont aussi dire « Je t'ai jamais oublié, viens, t'as ça à faire. » Non, c'est magique. C'est clair. C'est magique. Et je suis marseillaise. Je viens du fin fond du sud de la France. Je suis accueillie en région parisienne, en banlieue. C'est vraiment magique. Le parcours, malgré mon accident, malgré tout ce que j'ai pu traverser, on va dire, de douloureux ces dernières années, il y a eu beaucoup, beaucoup aussi de magie. Et là, en un an, j'hallucine. En même temps, ça veut dire Dieu fait grâce. Donc, je pense que mon deuxième prénom, Diane, m'a apporté bonheur.
- Speaker #2
On va te poser des questions, Sabrina, en mode rafale. T'es prête ?
- Speaker #1
Tu veux boire un coup ?
- Speaker #2
Allez,
- Speaker #1
vas-y !
- Speaker #2
C'est parti ? Let's go ! Est-ce que tu t'es déjà sentie censurée dans ta manière de t'habiller, pour être prise au sérieux ?
- Speaker #1
Alors oui, quand je suis arrivée en région parisienne, moi je venais de Marseille, il fait chaud à Marseille. Tu peux t'habiller comme tu veux, de façon décomplexée, j'avais jamais senti un regard bizarre. Quand je suis arrivé en région parisienne, déjà dans l'école de mode, tous les matins, je me prenais des réflexions horribles. À l'école de mode ?
- Speaker #2
Pourtant c'est bien l'endroit où les gens avaient complètement ouvert les fêtes.
- Speaker #1
Déjà on m'a dit, avant tout, vaut mieux être gay que noir, hétéro et qui vient de banlieue. On n'est pas obligé de supporter ta... tête du réveil, tu dois te réveiller deux heures à l'avance pour qu'on puisse supporter ta tête.
- Speaker #0
C'est des collègues de formation, des profs qui te disent ça ?
- Speaker #1
C'est des dirigeants de l'école.
- Speaker #2
Ah,
- Speaker #1
waouh ! Il y a 20 ans, on n'était pas à la mode. Ah bah oui,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
Et donc déjà ça, tous les matins, tu vois, après quand je me suis fait renverser, j'ai travaillé dans une association qui qui... qui travaillait avec un hôpital psychiatrique. Donc je côtoyais des psychologues et mon look. Un peu trop R&B Carrie. Faisait trop de tâches dans l'univers de la psychiatrie. En fait, je complexais les gens, mais ça, je ne le comprenais pas. Mais je complexais les gens.
- Speaker #2
Parce que tu étais trop libre, tu étais trop audacieuse, tu étais trop toi, en fait. Et les gens...
- Speaker #1
Donc après, j'ai arrêté. Je faisais plus attention à comment je m'habille. Quand je voyais que... Je m'adaptais aux gens. Jusqu'il n'y a pas longtemps, en plus je travaille avec une coiffeuse depuis une quinzaine d'années, j'ai une artiste aussi avec qui j'habite depuis longtemps, on a eu ce discours-là, on a dit mais en fait, il faut arrêter de se rabaisser pour les gens, il faut s'assumer, il faut être qui on est, et tant pis en fait, si on brille trop. Et qu'ils ont mal aux yeux, qu'ils mettent des lunettes de soleil.
- Speaker #2
Oui, ma bête ! J'adore ! Nous avons notre chance.
- Speaker #1
Parce que on ne peut pas faire tout en fonction des autres. On est juste nous-mêmes. On essaie de donner le meilleur de nous-mêmes. On n'a aucun... Il n'y a aucun point mauvais dans ce qu'on est. Donc, on ne va pas se rabaisser. Non,
- Speaker #0
mais c'est tout à fait clair. Tu es artiste de mode. Quel est l'accessoire que tu trouves hyper ringard avec lequel tu ne sortiras jamais de chez toi ?
- Speaker #1
L'accessoire hyper ringard ? Il y en a plein. Il y a tout ce qui est collier de chien. Il y en a plein.
- Speaker #0
Donc, les colliers de chien. C'est quoi un collier de chien ? Heureusement que t'as pas mis le tien Nelly hein, t'as dit ! Lâche-toi, t'es sur page badass !
- Speaker #1
Je m'excuse pour tous ceux qui sont adeptes des looks gothiques ou un peu de ce style-là qui n'est pas le mien. Mais déjà, par rapport à ma couleur de peau, je ne peux pas mettre un collier qui ressemble à un collier de chien ou un collier... d'esclaves ou de je ne sais pas quoi. Louis Vuitton, avant de connaître l'histoire, on va dire que tu m'aurais peut-être offert un sac et que je l'aurais peut-être porté. Aujourd'hui, malheureusement, même si tu m'offres une malle Louis Vuitton à un million d'euros, je ne la porterai pas.
- Speaker #0
On en parle de Louis Vuitton avec l'arnaque des prix des sacs alors que ce n'est même pas en cuir. Je ne comprends même pas les gens qui vont s'acheter. Non, mais moi, ça m'a toujours fait rigoler parce que je me dis, mais tu mets... autant de fric dans du plastique ?
- Speaker #1
Oui. Mais parce qu'en fait, ce sont des gens qui n'ont pas de personnalité. Ils vont acheter parce que les autres achètent. Donc déjà, tout ce mouvement-là, qui est dérangé, c'est le mouvement de la mode, des tendances et tout, voilà. Moi, je ne suis pas la tendance. Je suis créatrice de mode, donc mon but, c'est de créer des tendances. Voilà. Et en plus, quand ce sont des tendances qui n'ont pas de valeur, et qui ont des valeurs qui vont contre ce que je suis, Loin de moi, il fallait que les autres font ce qu'ils veulent, les Balenciaga, tout ça, mais que leur défilé bizarre, ils peuvent. Allez-y, allez-y, il faut de tout pour faire un monde,
- Speaker #2
moi j'ai pas de soucis.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
il y a des pièces, c'est vrai, Balenciaga, il y a des trucs que je trouve intéressantes, mais...
- Speaker #1
Il faut de tout pour faire un monde, c'est ça.
- Speaker #2
Sabrina, t'es plutôt introvertie ou extravertie ?
- Speaker #1
Alors, je pense que je suis extravertie, mais je peux être introvertie. Quand j'arrive dans un milieu qui n'est pas le mien, où je ne me sens pas bien. Ok. Là, je vais rester en mode observation et surtout sur la défensive. Je suis désolée de tout ramener à notre couleur, parce qu'en fait, je parle pour vous, les Blancs, les Français. Vas-y, vas-y. Vous n'êtes pas contre l'autoracisme. Moi, je suis né à Marseille, j'ai grandi dans les quartiers sud. Toute ma scolarité, je me suis bâti tous les jours parce que j'étais la seule noire. Tous les jours. On me disait, rentre dans ton pays, sale noire. J'étais confrontée à la violence, même monter dans le bus pour aller à l'école, c'était compliqué, tu vas à la piscine municipale, tu te bats. Non, vraiment, j'ai pas eu le choix. Et mon enfance a été violente parce que les gens étaient extrêmement violents avec moi. J'étais la seule noire, on me voyait à 10 kilomètres. C'est normal, je suis noire, les autres étaient blancs, on me voyait. Donc, il y en a un con, il y a toujours... un con. C'est rare que sur le centre de personnes, il n'y a pas de cons. Et à chaque fois, c'était pour moi. Donc, j'ai été confrontée à ça. Et aujourd'hui, je suis obligée d'adapter ma vie par rapport à mon vécu parce qu'il y en a, ils minimisent. Ils n'ont jamais ressenti le racisme. Ils ne se sont jamais retrouvés dans des situations où nous, on a pu... En fait, tout est un combat. Tout est un combat. Chaque démarche est un combat. Démarche administrative, tu veux t'instruire, c'est un combat. Vraiment, nous, notre vie est un combat et pour de vrai. Donc, une fois que t'as compris ça et que tous les jours, tu vas au combat, t'es un soldat, ben voilà.
- Speaker #2
Moi, j'ai connu une autre forme de racisme parce que j'ai la peau claire. Mais en fait, chez les Noirs, ben t'es pas assez Noir pour être Noir. Et chez les Blancs, ben t'es Noir. Tu vois, donc moi, j'ai eu une espèce de racisme un peu d'un côté,
- Speaker #1
un peu de l'autre.
- Speaker #2
Et finalement, tu ne sais pas sur quel pied danser. Tu vois, bon, alors moi, j'ai choisi quoi ? Ce n'est pas que j'ai choisi,
- Speaker #1
je suis noire.
- Speaker #2
Peu importe ce que les gens peuvent en dire. Mais j'ai eu une enfance, une adolescence hyper compliquée. Et puis, sinon, on me prenait pour une arabe. Sauf que je ne suis pas une rebeu, tu vois. Je n'ai pas cette culture-là. Finalement, tu es rejetée aussi parce que tu n'es pas... Donc, je suis d'accord avec toi. La vie, c'est une forme de combat. Et il faut savoir aussi avec quelle arme tu joues et avec quelle danse tu joues.
- Speaker #0
C'est clair. Quelle est la chose la plus chère que tu aimerais t'offrir ? Matérielle.
- Speaker #1
Quelle est la chose la plus chère ? La plus chère.
- Speaker #0
Tu n'as pas de limite.
- Speaker #1
Demain, tu me donnes des moyens. Je crée une communauté. J'achète, si je peux acheter... une ville, un village, un pays. En vrai, je crée une communauté à mon image. En vrai, je te jure.
- Speaker #0
Donc, tu crées un quartier, une ville,
- Speaker #1
un pays.
- Speaker #2
On n'a jamais eu cette réponse-là.
- Speaker #1
Ça, c'est hyper badass. En vrai, parce qu'il faut qu'on crée un pays pour les gens comme nous, qui ne rentrent pas dans des cases, qui n'ont pas envie de rentrer dans leur système. Tu vas travailler ton argent, tu ne peux même pas le récupérer parce qu'il est dans une banque qui te dit non mais ce n'est pas ton argent, on te fait croire que c'est ton argent. Je te jure,
- Speaker #2
c'est incroyable. Sabrina, on est en 2030. Tu as tout gagné. Tu as une marque de ouf. Elle ressemble à quoi ?
- Speaker #1
On est en
- Speaker #0
2030. Ta vie ressemble à quoi ?
- Speaker #1
Déjà, j'ai une marque de ouf. Diane est reconnue internationalement dans le monde. Je fais beaucoup de choses. En vrai, je crée beaucoup de choses. Je suis dans le social. Donc, je crée énormément de choses. Je crée des résidences pour les sans-abri. Je crée de l'emploi. Je crée des chantiers d'insertion. Je forme des gens. J'investis dans la recherche. Demain, j'ai des moyens. Je fais des choses, une fois que moi je suis accomplie, je fais des choses pour les autres, pour ce qu'on va laisser après. Vraiment, et surtout, je crois que j'ai investi énormément pour qu'on rétablit cette histoire.
- Speaker #0
Je te prends au mot, Sabrina. 2030, ta boîte, elle a cartonné. Je viendrai te voir, je te dirai, Sabrina, alors on y va là ?
- Speaker #1
Ne t'inquiète même pas, c'est moi qui vais venir vous chercher les fiches. Je vais dire, pas de problème, il y a des sous, il y a des trucs à faire, tout seul, je ne vais jamais y arriver.
- Speaker #0
On est là !
- Speaker #1
Pour de vrai, pour de vrai, pour de vrai.
- Speaker #2
J'adore. Super,
- Speaker #0
c'est vraiment super ce que tu viens de dire. Avec tout ce qu'on a entendu là, Sabrina, est-ce qu'on peut dire que tu es sacrément badass ? Oui,
- Speaker #1
je pense. Je pense que oui. Je pense que Dieu... Il a fait en sorte que j'ai cet accident déjà pour me calmer parce que j'avais beaucoup plus d'ambition avant. Oui. Quand je suis arrivée sur Paris, parce que moi, un Marseillais, comme on dit chez nous, on craint des gars. Je croyais que je connaissais le monde. Et en fait, Paris, c'est une ville où je n'étais pas prête. Parce qu'en fait, on dit Marseillais du vice. Il n'y a pas de vice à Marseille. Le vice, il est à Paris. Le vice, il y a vraiment le truc. Allez Marseille. Il y a la mafia, tout ça. Mais ce n'est pas les Marseillais. C'était déjà fait. C'était les Italiens avant. Mais à Paris, les gens, ils ont une autre mentalité. Ils savent manger les petits. Et moi, je n'étais pas prête à tout ça. Et heureusement que j'ai eu cet accident. Parce que du coup, il m'a fait redescendre. Il m'a fait redescendre, il m'a dit « Ouais, ok, c'est bien, t' Mais déjà, observe. Je vais te calmer. Observe, voir le monde, comment il se passe, tout ça, voir comment tu peux mettre ta pierre à l'édifice, parce que là où tu vas aller, tu vas peut-être monter très vite, mais tu vas retomber aussi vite, parce que je n'étais pas préparé. Je croyais vraiment qu'on a de la vie, mais je ne connaissais rien. Génial. Merci beaucoup,
- Speaker #2
Sabrina. Merci à vous. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. Merci à vous deux. qu'on vient de passer ensemble. On te donne rendez-vous sur ton Instagram.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #2
Et nous, on se donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode. En attendant, rendez-vous sur Instagram. Des bisous ! Eh bien les filles, un grand merci d'avoir écouté Call Me Badass. Si vous aussi, vous avez l'âme d'une badass, laissez-nous 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute afin que notre vision du monde soit plus largement répandue. Rejoignez-nous chaque semaine pour être inspirés, motivés, encouragés par ces histoires authentiques de courage et de résilience. Que vous cherchiez à atteindre vos propres objectifs, à surmonter des difficultés ou plus largement à vous épanouir dans tous les sphères de votre vie, Call Me Badass est tout simplement là pour vous rappeler que vous aussi, vous êtes badass !