- Speaker #0
Bienvenue dans Quand la vie nous déplace. On parle souvent des événements qui jalonnent nos vies, mais beaucoup moins de ce qu'ils déplacent en nous. Dans ce podcast, je donne la parole à celles et ceux qui reviennent sur ces moments qui ont compté. Pas pour raconter leur histoire à tout prix, mais pour regarder ce que ces passages ont changé en eux. Ce qu'ils ont fait bouger dans leurs choix, leurs envies. leur manière de vivre et peut-être ce que ça vient questionner chez nous. Et aujourd'hui, je vous présente Agnès. Agnès, elle fait partie des premières femmes à entrer à Saint-Cyr. Elle a vécu dans plusieurs pays, occupée de hautes responsabilités dans l'armée et a traversé un cancer du pancréas . Sur le papier, il y avait déjà énormément à raconter. Mais ce n'était pas vraiment ça qui m'intéressait. J'avais envie de rencontrer la femme derrière tout ça. Et donc au milieu de toutes ces expériences de vie, j'ai découvert Agnès. Et je vous laisse maintenant entrer dans notre conversation. Agnès, merci d'être présente aujourd'hui pour ces premiers enregistrements de mon podcast. Notre rencontre est assez improbable. Je prenais un café à Montrouge. Je commence à parler avec un homme. Je lui parle de mon projet de podcast. Il me parle de toi, de cette femme militaire qui vient de sortir un livre. Et quand il m'a parlé de toi, je me suis dit « Waouh ! » Moi, je la veux dans mon podcast. Et pour tout te dire, c'est vrai qu'avant notre rencontre, je me suis fait un petit peu un film par rapport à toi en me demandant si ça allait vraiment coller. Moi avec mes tatouages, ma passage, j'étais directrice juridique, j'ai tout quitté. Et toi, cette femme militaire, droite, très dans la foi catholique, je me dis qu'est-ce qui va se passer ? Allons-y ! Il faut aussi constater que la femme que j'ai rencontrée pendant deux heures n'avait pas grand-chose du film que je m'étais fait dans la tête. Donc j'ai vraiment envie qu'on fasse la même chose aujourd'hui avec le podcast, pour que les personnes qui vont nous écouter découvrent la vraie Agnès, on va dire. Donc, quand on découvre ton parcours, On voit d'abord la militaire, la Saint-Syrienne, avec de grandes responsabilités. Mais toi, qu'est-ce que tu aimerais qu'on découvre en premier sur toi ? Je t'ai dit,
- Speaker #1
ça sera très introspectif. On commence déjà par une question difficile. J'ai envie de dire, le désir profond de chercher en permanence ce qu'il y a à chaque fois de sous-jacent. derrière un événement, mais aussi derrière chaque personne, derrière chacun son histoire. Et on se rend compte, quand on prend le temps de rencontrer, d'échanger, qu'il y a toujours quelque chose d'improbable. Et ça, peut-être que oui, finalement, ce désir-là, ce goût-là, c'est peut-être... Si je devais répondre à la question, j'espère du mieux possible, c'est un peu ça. Oui, un désir profond de savoir ce qu'il y a derrière. Je pense que ça pourrait peut-être... On va définir finalement à la fois professionnellement et personnellement.
- Speaker #0
Tu es au bon endroit.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Effectivement, ce qui me frappe, c'est qu'une fois cette première image passée de la femme militaire qui a des responsabilités, on découvre une femme qu'on a du mal à faire rentrer dans les cases. C'est parfait, moi je n'aime pas les cases. Et en lisant ton livre, Ni la lune durant la nuit, j'ai constaté que tu as assumé beaucoup de tes choix. Mais on sent aussi une vraie attention au regard des autres. Est-ce que tu as toujours réussi à être pleinement toi, même quand ça pouvait te déranger ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire, dans les grandes lignes, je pense que oui. Alors après, effectivement, dans le monde militaire, mais aussi de toute façon dans toute profession, quand on débute, parce que même si là, je finis mes 33 ans de carrière, mais à un moment, j'ai bien débuté. Évidemment, on doit rester un peu dans ce qui est attendu de soi, parce qu'on débute, qu'on a des chefs, qu'on est en début de carrière. qu'on a ses preuves à faire. Évidemment, je pense que dans ces moments-là, on exprime peut-être un peu moins ce qu'on a au fond de soi. Mais en revanche, je ne me suis jamais reniée. C'est-à-dire que dès le début, et même jeune, quand j'estimais que, par exemple, ça pouvait aller trop loin ou que j'avais quand même là mon mot à dire, pour le coup, je n'ai jamais hésité. Je n'ai pas attendu, heureusement, ma fin de carrière. Ou le grade de lieutenant-colonel, pour commencer à dire ce que je pensais. Je l'ai fait même élève officier d'actif et même sous-lieutenant, lieutenant. Quand j'avais des choses à dire, ce qui évidemment ne m'a pas toujours facilité la tâche. Tout le monde n'appréciait pas. J'essayais de le dire le plus correctement possible, mais je ne me suis jamais reniée.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà eu peur d'être trop ou de dire trop ?
- Speaker #1
Oui, je pense que j'ai parfois eu... Ce n'est pas que j'ai eu peur, je ne suis jamais dans la crainte, mais je me suis rendu compte parfois, après coup, que j'avais pu y aller fort. Souvent, les personnes qui prennent beaucoup sur elles, quand elles disent ce qu'elles pensent au bout d'un moment et qu'elles ont beaucoup encaissé, ça ne sort parfois pas toujours de manière canalisée, mais en fait parce qu'elles ont beaucoup supporté. Et je pense que ça a été mon cas. J'ai beaucoup supporté dans beaucoup de plans. Et c'est vrai que parfois, quand ça sortait, ça ne sort pas toujours à propos ou correctement. Et là, effectivement, j'ai pu parfois me dire que je n'aurais pas dû le dire comme ça ou que j'aurais dû le dire avant pour éviter le trop-plein. Mais sinon, je n'ai jamais craint de le dire. Et au fond, quand bien même je n'ai pu le dire pas toujours de la meilleure manière. Il y avait toujours une vertu et ça apportait toujours quelque chose de positif. On peut aussi toujours s'excuser. Des fois, je venais en disant, je n'aurais pas dû te le dire comme ça, mais néanmoins, voilà ce que je pense, je vais te le dire mieux. Et ça, ça a pu m'arriver avec plus de maturité, de savoir aussi dire et revenir en disant, excuse-moi, j'étais fatiguée. Voilà en fait ce qui s'est passé. J'ai beaucoup supporté. Voilà ma réaction. Pourquoi j'ai réagi comme ça ?
- Speaker #0
J'ai envie de revenir au début de ta carrière et ton entrée à Saint-Cyr, alors que les femmes commencent à peine à y avoir leur place. Donc, tu arrives dans un univers qui n'a pas été construit autour des femmes. Et est-ce que tu avais conscience à l'époque d'être une pionnière ou est-ce que tu étais tellement concentrée sur ta réussite que « Ok, je suis une femme et je vais y arriver ? »
- Speaker #1
Un peu les deux. C'est-à-dire que conscience d'être une pionnière, Saint-Cyr s'était ouvert uniquement dix ans avant, en fait, pour les femmes. Qu'il n'y avait qu'une petite dizaine de Saint-Cyréennes qui étaient sorties. Néanmoins, il y en avait déjà qui étaient sorties. Mais d'une promotion sur l'autre, les difficultés pouvaient être tout à fait différentes. Et de manière assez étonnante, j'ai eu l'occasion de rencontrer une femme sincère et remarquable, qui est générale et qui est toujours d'active, et qui m'a dit qu'elle a eu des difficultés, mais pas forcément du même ordre, alors qu'elle était plus ancienne à F1. Donc après, ça dépend de la promotion, ça dépend de l'ambiance, ça dépend des chefs beaucoup, comme je l'ai dit aussi dans le livre. Néanmoins, oui, pionnière, j'en étais quand même consciente. parmi les pionnières, c'est évident. Et me dire que je voulais m'en sortir, oui, la volonté elle était là. Après, ça ne résout pas la difficulté parce qu'on a beau avoir conscience de tout ça, la souffrance, la difficulté est là et à un moment, on peut être touché par le doute, entre guillemets, et par se dire, est-ce que vraiment ça vaut le coup ?
- Speaker #0
Est-ce que le coup de que-coute est-ce que j'y vais ?
- Speaker #1
Voilà, le coup de que-coute a aussi ses limites. Est-ce que je vais supporter ? Est-ce que je ne suis pas en train de m'abîmer ? Est-ce que je ne pourrais pas ? Ça, c'est des questions qu'on se pose quand même. Mine de rien, je pense, je peux le dire, une vocation. Depuis très jeune, 7-8 ans, je voulais être militaire, même si je n'étais pas d'une famille de militaires. Et que ça, c'est quelque chose qui vous porte aussi, de se dire, même moi, je ne comprends pas tout, même moi, c'est difficile, mais j'en ai envie, vraiment, au fond de moi. C'est quelque chose qui m'anime.
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette période, Saint-Cyrian, a construit chez toi ?
- Speaker #1
Ça a construit, je pense, ça a renforcé, je pense, la vertu de persévérance. C'est évident parce qu'il a fallu persévérer parce que trois ans, c'est long. Donc, du coup, on rentre en est jeune, on a 20 ans et ça, c'est long. Donc, la persévérance, également l'aspect physique, ça m'a apporté aussi l'endurance physique. Je suis rentrée, je n'étais vraiment pas du tout entraînée. C'était pour moi tout à fait nouveau. Donc, le goût de l'effort physique que j'ai réellement... comment dire, appris et aussi consolidé là-bas et qui m'a aidé toute ma vie, y compris après dans la période plus personnelle de la maladie. Donc, cette souffrance physique que je n'avais jamais vraiment éprouvée, même si je faisais du sport, mais beaucoup plus doux, ça n'a rien à voir avec une marche commando. Voilà, donc ça, ça m'a appris ça. Ça a maintenu et renforcé de manière peut-être contradictoire le goût de l'esprit d'équipe et de groupe. J'étais rentrée pour ça. Pour la camaraderie, je l'ai malheureusement très peu vécu, pour dire pas vécu sur place. Mais j'étais plutôt en manque, mais ça ne m'a pas dégoûté. C'est quelque chose que j'ai désiré, c'est un désir profond que j'ai maintenu. Et tout le reste de ma carrière, ce goût de l'esprit d'équipe, de groupe, c'est quelque chose qui a été toujours une priorité. Et quand j'étais chef, j'ai toujours choisi, dans mes équipes, des personnes qui, du moins le plus possible, avaient l'esprit d'équipe. Et je préférais prendre quelqu'un qui avait peut-être... moins de compétences, mais qui avait un esprit d'équipe que quelqu'un qui avait sur le CV tout ce qui fallait, mais qui était plus personnel.
- Speaker #0
J'aimerais évoquer deux décisions de vie très différentes qui m'ont marquée dans ton livre, qui selon moi racontent quelque chose de toi. Tu parles de ta ténacité. Tu pars aux Etats-Unis effectivement avec ton fils alors qu'il n'a que quelques mois et ton mari reste en France. Et quelques années plus tard, alors que tu es face à une situation professionnelle assez compliquée, tu es prête à quitter l'institution, quitte à faire des ménages. Moi, c'est quelque chose qui m'a marquée. Et quand je mets ces deux moments de côté, je me demande si tu n'as pas toujours été quelqu'un qui préfère affronter les conséquences d'un choix plutôt que de rester dans une situation qui ne te convient plus.
- Speaker #1
Oui, oui, ça c'est vrai. C'est vrai, autant je suis prête, je me donne corps et âme pour atteindre un objectif, autant effectivement, si une situation pour moi n'est pas acceptable et hors sol et va à l'encontre des valeurs et que je ne trouve pas d'autres solutions, que j'ai essayé de le régler. oui, je préfère faire autre chose et voir les choses autrement. Et puis je me dis, c'est la confiance profonde. que j'ai envie de dire ce que je vois aussi, tout est grâce. C'est-à-dire qu'à un moment, quand vraiment on sent qu'il n'y a plus d'issue, c'est peut-être qu'un autre chemin. À un moment, je fais tout pour régler le problème, je fais tout pour avancer, je fais tout, je dialogue, mais si vraiment ce n'est pas possible et si la chose qu'on me demande va à l'encontre de ce en quoi je crois et ce pourquoi j'ai fait tout ça, je me dis que c'est peut-être qu'un autre chemin ou que chose m'attend. Effectivement, je vois dans le livre, quand c'était une situation professionnelle qui allait à l'encontre totalement professionnellement et personnellement de ce en quoi je... ce pourquoi je viens au travail le matin. Ben oui, et j'ai dit, on m'a dit ta carrière va être foutue, tu peux renier. Je dis c'est pas grave, si il m'a casse, c'est pas grave, je ferai des ménages. Parce que de toute façon, d'abord, un, je le fais bien le ménage. Et c'est pas facile de trouver une bonne femme de ménage. Et puis une femme de ménage qui était ancien officier de carrière, je pense que j'aurais eu des clients.
- Speaker #0
Mais c'est fou,
- Speaker #1
j'avais un beau CV.
- Speaker #0
On parle souvent de courage. Quand j'ai quitté mon travail, un beau poste, beau salaire, quel courage ! En fait, ça fait écho à ce que tu dis, ce n'est pas une question de courage, c'est que ça ne correspond plus à mes valeurs et à qui je suis. Donc pourquoi rester dans une situation qui m'englue ? Et puis, il y a eu le Maroc.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé là-bas pour que tu t'y sentes chez toi ?
- Speaker #1
Le Maroc, ce qui s'est passé, c'est un pays méditerranéen. Je pense que c'est quelque chose qui est quand même… Je suis née à Marseille, j'étais de la Marseille. Je suis, je pense, je peux dire, je peux me définir. Quand on débute la première question, comment je peux me définir ? J'aurais pu aussi dire qu'un seul mot et dire je suis méditerranéenne. Avec. Et ça résume tout. C'est aussi l'échange, le goût de l'autre, quand même une ouverture, la mer. Les gens sont profonds, il faut apprendre à les connaître. Et quand on apprend à les connaître, voilà, c'est des très belles rencontres. Prends le temps de prendre le temps, ce qui était pour le coup nouveau.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu t'attendais à ressentir en arrivant au Maroc ?
- Speaker #1
Je m'attendais... Alors moi, je ne connaissais pas en fait. Moi, j'ai découvert en plus le Maroc en étant infectée là-bas. Et je m'attendais, alors j'allais évidemment pour des raisons professionnelles, donc il y a toute cette découverte d'un métier qu'on vit sur place, découverte aussi de la vie en ambassade, de ce type de rencontres-là qui ont aussi beaucoup d'intérêts, services culturels. Moi, je venais tout juste de divorcer. Et en fait, quand je suis arrivée au Maroc, le divorce venait vraiment tout juste d'être prononcé. Je suis partie avec mes enfants qui étaient, mon grand rentrait en sixième et ma fille rentrait en CE2. Et je m'attendais, en tout cas je désirais profondément un nouveau départ. Et j'avais besoin de tourner la page. En fait, tourner la page dans une vie quand on a eu une cassure, parce qu'un divorce, alors un divorce c'est plus ou moins difficile, mais je pense que de toute façon ça reste toujours une cassure, en l'occurrence c'était vraiment très très dur. Et du coup, partir. C'est pas fuir, c'est partir. Découvrir quelque chose de nouveau. pour s'aider à avancer dans sa vie, ça a été une grande chance. Moi, d'ailleurs, j'ai présenté à mes chefs comme ça, parce que j'étais chef de cabinet à l'époque. Le directeur général m'appréciait, c'était réciproque, il voulait que je rationalise plus. Et je lui ai dit, non, j'ai vraiment besoin. Alors, j'avais fait le tour aussi professionnellement. C'était quand même très dense. Mais j'ai dit, non, mais j'ai besoin. J'ai besoin, à titre personnel aussi, d'avancer. Ou à titre professionnel, d'exercer mon métier, comme j'avais appris, mais aussi, je pense, il y avait... Et donc, le Maroc, c'était ça. c'était euh commencer un nouveau chapitre de ma vie. Et j'ai eu beaucoup de chance, parce que c'est vraiment comme ça que ça s'est passé. Mais je pense que quand on souffre, il faut se décentrer. Enfin, il faut se soigner, donc à un moment, il faut se centrer un minimum, mais à un moment, il faut aussi se décentrer. Il faut sortir de soi, de son nombril, et en fait, s'expatrier, c'est un décentrage forcé et qui est excessivement bénéfique. Alors on peut le faire autrement, il peut y avoir des voyages, il peut y avoir autre chose, mais c'est vrai qu'une expatriation, on vit vraiment chez l'autre. Pendant plusieurs années, ce n'est pas qu'un voyage, ce n'est pas que touristique, on n'est pas de passage. Et les personnes qui vous reçoivent quand ils savent que vous vivez dans leur pays... Ce n'est pas du tout la même chose que si vous dites, je voyage, je suis un touriste. Là, ils savent que vous n'êtes pas touriste. Ils le sentent et du coup, l'approche elle-même est différente et l'osmose et l'intérêt réciproque est totalement différent.
- Speaker #0
Et puis, il y a ce passage que personne ne choisit. En l'occurrence, tu as vécu un cancer du pancréas déclaré il y a dix ans, dont tu es en rémission. Jusqu'à cette date, tu as appris à avancer, à décider et à agir. Mais la maladie, elle, elle est arrivée avec quelque chose que tu ne peux pas. pas contrôlés. Qu'est-ce que ça a bousculé chez toi ?
- Speaker #1
Ça a bousculé déjà mon rythme de vie, puisque effectivement, je travaillais beaucoup, j'étais beaucoup dans l'action. Et là, on se retrouve du jour au lendemain arrêté, évidemment, d'arrêt maladie, avec deux opérations très violentes, très douloureuses. Six mois de chimiothérapie, 18 mois d'arrêt maladie. Donc là, déjà, effectivement, le rythme de vie. Où on passe de... on est, on a un poste, on travaille, tout le monde vous appelle, vous êtes chez vous, et vous attendez le rendez-vous d'après. Donc, il y a le côté changement de rythme. Il y a le côté aussi, on arrête de faire, quand on travaille, on prévoit les réunions, un mois, deux mois, les déplacements, trois mois à l'avance. Et là, en fait, c'est d'une semaine sur l'autre. Vous avez le rendez-vous chimio, l'opération, et c'est une semaine sur l'autre. Et puis, on vous dit, si ça ne va pas, en fonction de la prise de sang, on vous fera la chimio. ou pas. Donc, on est un jour sur l'autre.
- Speaker #0
Carpe diem.
- Speaker #1
Donc, c'est carpe diem. Et ça, pour moi, ça, ça a été un énorme changement, parce que justement, on ne maîtrise pas tout, et du coup, on apprend à dire, on verra, chaque jour suffit sa peine. Qui est d'ailleurs une phrase de l'émergie, mais c'est vrai, chaque jour suffit sa peine, on vit ça aujourd'hui, et on verra demain. Et ça, c'est quelque chose qui s'apprend aussi, en tout cas, par la force des choses, avec la maladie, mais qui est quand même bénéfique. Parce qu'on est trop dans la maîtrise. Et moi, c'était en plus mon tempérament. Et puis, les postes que j'ai eus étaient plutôt dans l'organisation et la maîtrise. Et là, on est dans la démaitrise, le dessaisissement total. Et une forme d'abandon, y compris psychologique, spirituel et même corporel.
- Speaker #0
Physique, oui.
- Speaker #1
Physique, d'apprendre, je suis fatiguée, je vais m'allonger. Ce n'est pas, je suis fatiguée, je prends un café. Non, je suis fatiguée, je vais m'allonger.
- Speaker #0
J'allais te demander si tu as continué à le cultiver après la maladie. Ou est-ce que le quotidien revient vite au galop ?
- Speaker #1
Alors, bon, chasser le naturel, il revient au galop. Je ne vais pas dire... Donc non, évidemment, la nature étant mieux aussi reprend ses droits. On a un tempérament, on ne se refait pas non plus complètement. Néanmoins, j'ai quand même ça maintenant dans ma tête. Avant, je ne disais jamais non. Mais là, maintenant, quand je sens que c'est trop, je sais dire non, ce n'est pas une bonne idée. Là, ça va être trop, je suis fatiguée, je décale. Je décale un train, je vais prendre le train mercredi. Ben non, je vais être trop pressée, je le prends jeudi. Et ça, j'essaye de garder, c'est un peu un exercice, le bénéfice que j'ai eu pendant la maladie, de ne pas perdre. Et ça, c'est un peu une discipline de dire, reste un peu dans cet état d'esprit.
- Speaker #0
Il y a dans ton livre une place particulière qui est donnée à la douceur, alors que ton parcours est quand même marqué par l'exigence et le dépassement. Donc, on t'a aussi parlé du lien entre le pancréas et la douceur. De mon côté, j'ai fait mes petites recherches dans mon petit livre des malaises et des maladies. Et il est dit, lorsqu'on a une pancréatite, on vit beaucoup de rage face à la vie parce qu'elle n'offre plus de douceur. Et quand tu entends ça, est-ce que c'est quelque chose qui résonne à toi ?
- Speaker #1
Ah oui, oui, je pense que clairement, j'ai eu une vie, je pense, avant la maladie, que ce soit... Saint-Cyr et même, malgré tout, la vie en régiment, même si ça s'est bien passé, quand vous êtes une femme officielle, vous commandez 30, puis 120 personnes, et que c'est essentiellement des hommes. Vous êtes regardée en permanence, vous êtes potentiellement remise en cause pour des bonnes ou des mauvaises raisons, mais il y a toujours ce regard-là. Et puis partout, il y a la notion de challenge. Donc il y a eu un peu cette rage, entre guillemets. et j'ai envie de dire, c'est pas étonnant que j'ai, enfin entre guillemets que cet organe-là, on va dire, et puis c'est le symbole de la douceur parce que j'avais une vie anti-douceur. Anti-douceur, y compris le divorce qui n'a pas été facile. Donc, c'était aussi anti-douceur. Donc, tout ça, oui, pour dire que ça allait à l'encontre et que justement, ce qui s'est ouvert après, m'a permis de faire peut-être entrer davantage dans ma vie.
- Speaker #0
C'est fou parce que quand on te voit, on voit quelqu'un de calme, quelqu'un de doux, même par ta voix. Donc, on se dit, mais comment elle a pu être dure et acharnée ?
- Speaker #1
C'est quelque chose au fond, en fait, qu'on porte, je pense, en soi, qui fait que vous continuez. Par exemple, même dans l'effort physique, quand je parlais du cross, je courais beaucoup. Je raconte quand j'étais championne de cross des forces françaises stationnées en Allemagne. J'allais au bout. Et quand je courais et je courais, j'arrivais à l'arrivée, j'avais le goût de sang au fond de la gorge. Mais donc, c'est ça. C'est du coup une énergie et une tension. En gros, je me fixe la barre, j'ai envie de dire comme un saut à la perche. La barre, je dois la passer. Et ce n'est pas pour Pierre-Paul-Jacques. Non, la barre, elle est là et je dois la passer.
- Speaker #0
Je n'ai pas plus de la détermination.
- Speaker #1
Oui, voilà, je pense que c'est la détermination.
- Speaker #0
Ce que j'aime aussi dans ton parcours, c'est qu'il n'y a pas que des grands moments de bascule, mais aussi des espaces de curiosité, de plaisir et de découverte. Madrid, ta dernière expatriation, c'est un bel exemple. Qu'est-ce que tu as aimé trouver ou retrouver là-bas, donc après la maladie ?
- Speaker #1
Alors, j'ai aimé retrouver là-bas, j'ai envie de dire, le sens de la fête. Parce que quand je disais méditerranéen, alors ça reste l'Espagne. C'est quand même un pays. On est quand même dans le sud. Et le sens de la fête de la joie. C'est-à-dire que les Espagnols, vraiment j'aime beaucoup les Espagnols parce qu'ils sont joyeux. Ils sont dans la vie. On sent rien et vraiment, ils ne s'attardent pas non plus sur les... À la fois, c'est un peuple excessivement profond. parce qu'on parle de spiritualité, des grands saints mais qui sont parmi les parmi les plus grands saints de l'Église. Beaucoup, c'est quand même France, Italie et Espagne. Mais donc, une immense profondeur et en même temps, énormément de joie, le goût de vivre, le goût de la fête, le goût de la famille, de l'autre, des amis. Alors, on sort. Et ça, ça m'a beaucoup marqué, beaucoup touché et ça m'a fait très plaisir. Sur place, j'ai eu aussi d'autres petits soucis sensés qui ne sont pas au Aussi conséquente que j'ai eu au pancréas, mais j'ai eu des inquiétudes médicales qui m'ont amené quand même à attendre aussi le résultat de biopsie pendant 10-15 jours. Et ils ont été très chaleureux et très attentifs. Et ça, pour le coup, très humain. Ça, c'est quelque chose qui m'a beaucoup plu.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a permis d'adoucir un petit peu le passage de la fin de maladie ?
- Speaker #1
Tout à fait. Parce qu'en fait, c'était... C'est pour ça que je suis très contente d'être allée jusqu'au bout de cette carrière professionnelle avec cette expatriation, entre guillemets, pour finir. Parce que ça me permettait, après la maladie, après la convalescence et puis mon tout, voilà, et les années, on va dire, de reprise, de voir que je pouvais remettre un peu le pied à l'étrier et en même temps d'avoir gardé ce goût et cette énergie à nouveau d'une expatriation, même si c'est l'Europe. C'est une expatriation. Ce n'est pas sa langue. Je me suis remise à l'espagnol. Donc, ce n'est pas évident non plus. Parce que, voilà, on se remet à une langue. Même si ce n'est pas la plus difficile, mais quand même. Ce n'est pas du tout ma langue. En plus, j'avais pris en deuxième langue au collège, au lycée. Donc, ce n'était pas non plus. Donc, je me suis remise. J'ai relu en espagnol. Beaucoup d'efforts. Et en fait, je me suis rendu compte que ça m'a plu. Ça redonne un peu un petit coup de fouet. Une petite jeunesse de se remettre. Et bon, c'est un pays aussi, une mentalité... complètement différent de la nôtre. Ça m'a permis d'être à nouveau dans les découvertes, dans la vie, dans une forme de challenge quand même. Puisqu'en plus, professionnellement, ce n'était quand même pas non plus anecdotique, c'était quand même une vraie mission. Et donc du coup, c'était... Oui,
- Speaker #0
ce n'était pas des vacances, tu ne partais pas pour manger des tapas et manger et boire de la sangria.
- Speaker #1
Pas que pour les tapas. Ouais, voilà.
- Speaker #0
C'est, oh, allez, vas-y, je vais terminer ma carrière à Madrid. C'était l'objectif.
- Speaker #1
Du coup, c'était intéressant parce qu'en l'occurrence, cette mission était passionnante. Quelque part, j'ai ressenti que la maladie avait été vraiment dépassée en repartant à l'étranger, en disant, j'en ai encore envie.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es dit, je suis guérie de quelque chose ?
- Speaker #1
Oui, je suis guérie de l'inquiétude. Je suis guérie, oui, je pense.
- Speaker #0
L'inquiétude ?
- Speaker #1
Oui, je suis guérie d'inquiétude.
- Speaker #0
On dirait, c'est la première fois que tu dis ce mot. Oui,
- Speaker #1
c'est la première fois, en plus je crois que c'est même pas utilisé dans le livre. Et c'est la première fois que je dis, mais je pense que, c'est intéressant ta question, parce que c'est vrai que, là oui, je pense, c'est sorti comme ça, effectivement je n'avais jamais appelé ce mot, mais oui, guéri de l'inquiétude, en me disant de toute façon, si ça ne se passe pas comme je l'ai organisé, ou comme c'est prévu, bon, ça sera sûrement très bien, et on verra. Et ça, c'est la maladie, ma guérie de la maîtrise à tout prix. euh... À tout prix.
- Speaker #0
Elle n'a pas eu que du mauvais, cette maladie ?
- Speaker #1
Oui, elle n'a pas eu que du mauvais. Elle a eu finalement, avec du recul, beaucoup de bon. Et même avec du recul, si on me disait, on te donne le choix d'être malade ou pas, je dirais non, je ne voudrais pas éliminer ce que j'ai vécu.
- Speaker #0
C'est fort ce que tu dis. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. Très, très fort.
- Speaker #0
Aujourd'hui, il y a ce passage particulier, celui où ton histoire devient un livre. qu'on parlait de transmission tout à l'heure. À quel moment tu t'es dit, cette histoire, j'ai envie de la raconter ?
- Speaker #1
Ça m'est venu parce que ça m'a été demandé. Ça m'a été demandé dès le début par ma grand-mère, quand elle était encore en vie, quand j'étais à Saint-Cyr, en me disant, tu dois raconter, c'est intéressant. Mais comme tu dis, je ne voulais pas. D'abord, je n'étais pas en mesure de le faire pour beaucoup de raisons. Je pense que c'était trop douloureux, trop pénible, je n'avais pas le temps. Et ça m'a été demandé après, plus récemment, dans les dernières années, par des religieux ou des religieuses, par rapport à la maladie. Comme tu dis, finalement, Après des dizaines d'années de vie et tout ce qu'on vient d'évoquer, ça commence à avoir du sens. Ce n'est pas juste l'armée, ce n'est pas juste Saint-Cyr, ce n'est pas juste la maladie. C'est tout un ensemble, c'est une vie complète. Comme on peut tout savoir, c'est pour ça que je voulais le dire. Parce que je parle de moi, mais je parle de moi, mais pour chacun. Parce qu'en fait, tout le monde traverse d'une façon ou d'une autre ces passages-là. Et j'ai essayé de le faire en disant, voilà, maintenant, avec du recul, avec tout ça, je pense que j'ai une vie qui peut parler un peu à chacun. Chacun à un moment ou à un autre. à ce genre de difficultés. Et je souhaitais le raconter parce que, pour encourager les personnes qui vivraient ou qui vivent ce genre de difficultés, en disant on peut avancer, on n'est jamais seul, il y a toujours quelqu'un qui vous tend la main. C'est pas toujours la personne qu'on croit, d'ailleurs, soit dit en passant. C'est la vie. La vie réserve beaucoup de surprises et tant mieux. Au moins, on s'embête pas. Et je souhaitais témoigner de ça, encourager et aussi en même temps rendre grâce. Et ni la lune, le titre du livre, ni la lune durant la nuit, c'est le titre, enfin c'est un verset du psaume 120, et qui dit ce merveilleux psaume qui dit qu'en fait on n'est jamais seul. Alors que Dieu, mais après chacun, vous me dites ça, il y a toujours, on est toujours protégé, on est toujours accompagné, et qu'on n'est jamais seul. Même durant la nuit. Et même durant la nuit, c'est ça. Le soleil durant le jour ne pourra te frapper, ni la lune durant la nuit, voilà. Donc, j'allais dire jour et nuit, il y a une protection, il y a toujours quelqu'un. Mimous ! Même très fin, même subrepticement, même un tout petit quelque chose.
- Speaker #0
C'est ce que j'aime avec toi, Agnès, c'est que tu vois dans les moindres petits détails, tu parles beaucoup de la gratitude, même durant le Maroc, de prendre un thé, de prendre un livre. Et je trouve ça extraordinaire aussi de se raccrocher à ces petits moments. Est-ce qu'avec ce livre, est-ce que c'est une autre manière de servir ?
- Speaker #1
Oui, je pense. Moi, c'est comme ça que je veux le voir. Et c'est aussi pour ça que je me suis lancée un peu dans cette aventure et ce défi encore, parce que mine de rien, c'était un défi. C'était malgré tout du travail et aussi un effort sur soi. Parce que c'est pas facile de se raconter ou de faire une relecture de son passé. A la fois, c'est pas toujours agréable, ça peut être un peu douloureux et en même temps, ça guérit. Mais c'était un travail. mais c'est vrai que je l'ai fait franchement parce que pour moi, c'était une forme de devoir. C'est comme ça que je me suis mis. Et une autre manière, effectivement, de servir. En me disant, j'ai beaucoup pensé aux jeunes aussi. Alors, j'ai de retour beaucoup de jeunes qui lisent en disant, voilà, c'est important, quand on démarre dans la vie, d'avoir un peu des guides. Moi, typiquement, si j'avais pu lire un livre comme ça, d'ailleurs, c'est ma maman qui m'a dit ça. Elle m'a dit, si t'avais lu un livre comme ça, quand toi, t'es rentrée à Saint-Cyr, ça t'aurait aidé. J'ai dit, oui, c'est vrai. Parce qu'en fait, ça m'aurait donné un exemple et le goût. Et voilà, ça m'aurait peut-être... mis du baume au cœur en tout cas. Et hier, j'étais invitée à un barbecue chez des amis et j'ai une bonne amie qui a lu le livre et qui m'a dit un autre mot qui a résumé. Et j'avoue, tout à l'heure on a dit inquiétude, c'est la première fois que je le dis. Là, c'est la première fois que j'ai entendu ce mot qui pourrait résumer. Elle m'a dit en fait, toi ta vie c'est croire. Elle m'a dit si on résume toi, c'est croire. Et j'ai dit ben c'est vrai, j'ai pas pensé à ça, j'aurais pas résumé comme ça, mais je pense que t'as raison. Et en fait, ce que je voulais dire... par ce témoignage, parce que c'est un livre, c'est un témoignage, c'est en fait, il faut croire. En l'amitié, en l'amour, en la vie, en la possibilité de se relever, croire que ça peut s'arranger, croire qu'on n'est pas seul.
- Speaker #0
J'y vois un lien avec la foi.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Tu croyais déjà à une autorité supérieure.
- Speaker #1
Exactement. C'est bien dit. Bien dit. Oui, tout à fait. Mais c'est ça, croire qu'il y a quelque chose qui nous dépasse. Une autorité supérieure. Effectivement, c'est bien résumé.
- Speaker #0
Quand je t'écoute, je me dis que ton parcours et effet de passage sont qui t'ont déplacée, bien sûr, parfois par choix, parfois malgré toi, avec le recul, quel a été le passage qui t'a permis de te sentir la plus vivante ?
- Speaker #1
Ça, c'est...
- Speaker #0
J'ai bossé mes questions. Oui,
- Speaker #1
c'est intéressant. Moi, j'aurais envie de dire, c'est ce qu'on a déjà beaucoup dit, mais le passage la plus vivante, c'est en fait les rencontres et les découvertes. Et en l'occurrence, l'étranger, c'est quelque chose...
- Speaker #0
qui moi me sent vivante parce qu'en fait, la découverte de quelque chose qu'on ne comprend pas, le mystère, en fait, la notion de mystère. Parce que quand vous êtes étranger, au Maroc, j'avais appris l'arabe, mais c'est pour le coup une langue difficile. Et j'ai appris, pendant trois ans, à être dans un environnement où j'acceptais de ne pas comprendre ce qu'ils disaient autour de soi. Et en fait, après, on l'intègre. Donc, il y a une forme de mystère. Et en fait, du coup, je vais vivre autrement. Parce que c'est des façons de faire qu'on ne comprend pas, que c'est une langue qu'on ne comprend pas, qu'on ne maîtrise pas totalement. Finalement, on se rabat. Je suis vivante, je suis là et je me sens en vie.
- Speaker #1
Avant de terminer, j'ai envie de te proposer un petit rituel qui fait partie de mon univers. C'est de tirer une carte dans cet oracle de messages-lumières qui me parlent beaucoup et qui fait écho avec ta foi. Je t'invite à tirer une carte avec la main gauche, s'il te plaît.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Celle que tu souhaites.
- Speaker #0
Je ne prends pas ce qui est devant moi. Je ne prends jamais ce qui est devant moi.
- Speaker #1
Prends à l'opposé.
- Speaker #0
Je vais toujours chercher les trucs compliqués. Allez, je ne vais pas faire à l'opposé non plus. Ça sera un petit peu à l'encontre de tout ce que je viens de dire. Je prends au milieu.
- Speaker #1
Je te laisse la lire.
- Speaker #0
Il n'y a pas d'équilibré. Au milieu.
- Speaker #1
Je te laisse la lire.
- Speaker #0
Je mets mes lunettes.
- Speaker #1
Il n'y a pas dix lignes. Il n'y a pas dix lignes. Non, non, non. Et si tu veux me dire ce qu'elle t'inspire.
- Speaker #0
Moi. Je travaille pour l'élévation de mon moi. Je n'ai point besoin de l'approbation de quiconque et ne me préoccupe point de la pensée des gens. Je ne prends pas sur mon dos les problèmes d'autrui. Je vis en raison de mes réels besoins et de ma réalisation personnelle. Ah, c'est très intéressant. C'est très intéressant parce qu'il y a des choses qui me correspondent et d'autres... où j'ai plus de mal. C'est très drôle parce que je n'ai besoin d'approbation de quiconque et de me préoccuper point de la pensée des gens. C'est globalement vrai, même si j'aime beaucoup, je demande conseil. Et ça me rassure et je trouve ça, les gens qui ne demandent jamais conseil, je trouve ça un peu aberrant. Je pense que la vie, j'ai à gagner à voir la vie d'autres personnes, notamment des proches. Je ne prends pas sur mon dos les problèmes d'autrui. Alors ça, c'est un effort. Parce que j'ai tendance, et notamment dans le métier, dans les dernières fonctions que j'ai pu avoir, à prendre sur moi et à vouloir régler. Et des fois, j'allais trop loin et prendre sur moi le problème d'autrui, au point que ça pouvait beaucoup m'atteindre. Et ça, c'est un effort. Et puis, c'est un exercice pas toujours évident. Je viens en raison de mes réels besoins et de ma réalisation personnelle. J'avoue que je me sens moins là-dedans. Et j'essaye de le faire plus parce que... Des phrases comme ça, souvent, je trouvais que ça pouvait faire égoïste. Ça pouvait faire égoïste de dire « je vis selon moi, je m'écoute » . Mais enfin, quand même, comme je disais, il faut savoir s'écouter.
- Speaker #1
Ce n'est pas de l'égoïsme.
- Speaker #0
Et en fait, je me suis rendu compte que ce n'était pas de l'égoïsme. Exactement. Maintenant, il faut aussi faire attention à soi, parce que faire attention à soi et se préserver ou se ménager, c'est aussi souvent pour être plus à l'autre quand l'autre a besoin et mieux à l'autre quand l'autre en a besoin. C'est intéressant, ces petites cartes.
- Speaker #1
Et pour terminer, vraiment, j'ai une dernière question qui va devenir la tradition de ce podcast, parce qu'aujourd'hui, face à toi, tu as Delphine, mais aussi la passage que je fais émerger. Et pour toi, qu'est-ce que ça signifie être une femme passage ?
- Speaker #0
J'ai envie de dire que c'est mon côté, je pense, quand même plutôt profondément libre. C'est un peu ce que tu disais à un moment, si je dois tout arrêter, faire des ménages, j'arrête tout, je fais des ménages, dans le sens rien. ne me tiendra. Et la seule chose qui m'anime et que j'essaie de quêter, c'est ce que tu disais, un peu cette autorité supérieure. La seule chose où je voudrais rester sage, c'est être dans la seule obéissance qui compte finalement pour moi, c'est l'obéissance à cette autorité supérieure qui est mon Seigneur et mon Dieu. Je suis chrétienne et c'est celle-là que j'espère ne pas décevoir. Et sinon, tout le reste, je suis et... capable de faire des choses de moto déroutées, de moto surprendre.
- Speaker #1
J'adore, j'adore. En tout cas, tu l'incarnes très bien, de par tes choix. Merci beaucoup Agnès, pour ce beau témoignage. Force de ténacité, drôle, curieuse, et j'ai beaucoup appris de toi. Et c'est les différences entre nous qui peuvent créer de belles conversations et c'est ce que je cherche avec ce podcast. Donc, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Delphine, pour ta confiance et puis pour cette belle aventure qui s'ouvre à toi.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Je suis sûre que ça va marcher.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
J'ai fort.
- Speaker #1
Merci. C'est la fin de cet épisode de Quand la vie nous déplace. Merci de l'avoir écouté. Et peut-être que cette conversation aura déplacé quelque chose pour vous aussi. Si c'est le cas, abonnez-vous au podcast, laissez-moi un avis et partagez l'épisode autour de vous. Et si vous avez envie de me raconter votre propre passage ou celui de quelqu'un que vous aimeriez entendre ici, écrivez-moi sur Instagram. C'est sur la passage que je déploie mes propres passages et que j'accompagne celles qui ont envie de faire un pas pour être déplacées.