- Speaker #0
Bienvenue dans Raconte-moi, le podcast qui donne la parole à celles et ceux dont on parle trop peu. Je suis Cindy et dans chaque épisode, nous explorons des récits personnels autour de sujets sensibles, souvent tûts, parfois tabous. Aujourd'hui, nous allons aborder une réalité qui touche des milliers de jeunes, le harcèlement scolaire. Comment nait-il ? Quels sont ses mécanismes ? Et surtout, quelles sont les conséquences sur celles et ceux qui le subissent ? À travers un témoignage authentique, ce podcast cherche à comprendre, à sensibiliser et à ouvrir le dialogue. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il est essentiel de poser une définition claire. Selon le site de l'Éducation nationale, le harcèlement entre élèves est une forme de violence souvent invisible qui peut se manifester par des agressions physiques répétées, mais aussi par des atteintes verbales et psychologiques. Insultes, moqueries, humiliations. Ce phénomène peut également se prolonger en ligne. On parle alors de cyberharcèlement. En novembre 2023, une enquête nationale inédite a été menée auprès de près de 7,5 millions d'élèves du CE2 à la terminale. Anonyme et facultative, elle a permis à chacun d'exprimer son vécu, que ce soit au sein de l'établissement ou sur les réseaux sociaux. Les résultats dévoilés en février 2024 sont préoccupants. 5% des écoliers du CE2 au CM2, 6% des collégiens, 4% des lycéens sont victimes de harcèlement. En moyenne, cela représente plus d'un élève par classe. Et aujourd'hui, pour échanger sur ce sujet, j'ai le plaisir d'accueillir Ophélie, qui va partager avec nous son expérience personnelle. Bonjour Ophélie.
- Speaker #1
Bonjour Cindy.
- Speaker #0
Ophélie, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Alors moi, je m'appelle Ophélie, j'ai 27 ans, j'habite actuellement dans le Nord, mais je travaille sur Paris et je suis l'aînée de ma famille. Je viens parler aujourd'hui de la thématique du harcèlement scolaire.
- Speaker #0
Tu as donc subi du harcèlement scolaire, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Oui, en effet.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? À quelle période c'était ? Comment tu as su que c'était du harcèlement aussi ? Est-ce qu'il y avait des premiers signes qui montraient que c'était du harcèlement ?
- Speaker #1
Alors moi, il faut savoir que ça a été crescendo. J'ai eu ce qui s'est apparent en fait à du harcèlement scolaire quand j'étais à l'école primaire. Mais pour moi, je n'avais pas encore les mots dessus. Mais le réel harcèlement que j'ai vécu a été lors de mon année de cinquième au collège. Il faut savoir que je suis tombée en fait dans ce qui s'appelle une classe sport-études à l'époque. Et en fait, on était censé me mettre dans une classe bilingue. C'était au moment où c'était en pleine création, en tout cas. et j'avais fait ce souhait particulier. Néanmoins, en fait, n'ayant pas cette place, on a décidé de me mettre dans une autre classe. Au lieu de me mettre en classe dite plus classique, en fait, ils m'ont mis par erreur dans une classe sport-études en sachant que moi-même je ne faisais pas en fait ce type d'études. Et je me suis retrouvée en fait avec 30 personnes qui, eux, le pratiquaient, sauf moi. À l'époque, j'étais très différente de celle que je suis aujourd'hui. Il faut savoir que j'étais l'archétype un peu de la première de classe, donc Les lunettes, celle qui était timide dans son coin avec un bouquin, première de classe vraiment. Et j'avais du mal à m'intégrer parce que j'avais perdu ma meilleure amie en 6ème pour une histoire d'amoureux à l'époque. On a tous les premiers amours et du coup j'avais perdu la seule amie que je connaissais à l'époque. Et c'est vrai qu'en fait ça a été petit à petit, ça a commencé par juste des petits surnoms, des petits regards, des petits rires. Par la suite, c'est monté crescendo, donc ça a été des petites bousculades, des croche-pieds, ce genre de choses. Mais étant donné qu'on m'a toujours dit de répondre par le silence à ce genre de choses, je ne l'ai pas relevé, je continuais ma vie. Sauf qu'au contraire, ça a envenimé les choses. Il faut savoir que ça a fini par... on me crachait dessus, on m'a coupé les cheveux, on m'a... On a poussé, on a jeté du matériel scolaire puisqu'on avait un jardin entre la rue et le jardin. Et le bâtiment, on avait une sorte de jardin qu'on n'avait pas accès. Et du coup, par la fenêtre, ils s'amusaient à jeter mes affaires. Et quand on avait des cours de sport, à tour de rôle, ils venaient me frapper par-ci, par-là, puisqu'on avait un bosquet. Il faut savoir que moi, j'étais très timide et en fait, j'étais très complexée parce que quand j'étais petite, on a eu... Moi, je suis fort brune, ce qui fait que j'ai une pilosité plus prononcée que par exemple une femme qui serait blonde. Et de ce fait, en fait, on m'a souvent traité de singe quand j'étais petite, ce qui fait que j'étais très marquée par ça. Parce que quand vous êtes enfant, vous avez une certaine sensibilité et c'est là où va en fait... Vous êtes en phase de construction de vous-même aussi. Donc en termes de confiance, moi j'ai eu tendance à m'habiller avec des choses très longues. Donc j'ai eu des pulls, avec des manches. Ce qui fait qu'en fait le harcèlement ne s'est pas vu tout de suite, en tout cas du côté de mes parents.
- Speaker #0
En fait, c'est même pas que moral, ça a été physique à un moment donné. Oui.
- Speaker #1
Tout à fait. En fait, ça a commencé en termes oraux par des surnoms un peu Mr. Bean. Ça a été des noms avec notre famille, par exemple, où on faisait des signes en mode un peu Chin-Chang-Chong. Parce qu'il faut savoir que j'ai des gènes qui font que je suis métissée. Et du coup, sur certains aspects, en fait, ils aimaient bien reprendre certains aspects un peu caricatures de ce qu'on peut voir. Et innocemment pour certains, mais pour d'autres non. Et c'est vrai qu'on s'est fichu de moi assez régulièrement, il faut le dire. Et ça a duré un bon huit mois sur la durée, en fait.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as fait à la suite de ça ? Est-ce que tu en as parlé à tes parents, à tes sœurs ? Parce que tu dis que tu couvrais tes bras pour éviter que tes parents le remarquent. Mais au bout d'un moment, tu en as parlé à tes proches.
- Speaker #1
Alors, il faut savoir qu'à l'époque, en fait, il n'y avait pas tout ce qu'il y a aujourd'hui. Donc, on n'était pas en fait... Moi, je ne savais pas ce qu'était le harcèlement scolaire. J'étais qu'une enfant de 5e, donc j'avais 12 ans. Et concrètement, je n'avais pas été sensibilisée sur le sujet non plus. Donc, ce qui s'apparentait à du harcèlement, pour certains, c'était juste des chamailleries entre enfants pour les parents. Et c'est vrai que moi, c'est un jour, tout bonnement, quand je suis rentrée chez moi, ma mère est rentrée dans la salle de bain et a vu que j'avais des bleus. Et de là, elle a décidé elle-même de prendre rendez-vous avec mon professeur principal pour en échanger. Et du coup, ils ont eu une réunion entre eux qui n'a pas vraiment véritablement abouti.
- Speaker #0
Et tu as des petites sœurs, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, j'ai deux petites sœurs, mais à l'époque, je n'avais qu'une sœur à ce moment-là. Il faut savoir qu'on a quatre ans d'écart. Et quand moi, j'ai été harcelée, elle était encore à l'école primaire. Et c'est vrai que vis-à-vis d'elle, j'ai eu beaucoup de mal, en fait, puisqu'on a toujours partagé la même chambre, en fait. Et du coup, j'avais tendance à me recroqueviller ou à rester un peu plus rôle de grande sœur, un peu, et d'oublier, en fait, ce qui se passait au niveau de l'école. En fait, je ne ramenais pas ce qui se passait à la maison, en fait, dans le quotidien, en dehors de là, parce que pour moi, ce n'était pas normal, je le savais, mais j'avais du mal à mettre des mots sur ce que c'était réellement.
- Speaker #0
Et on revient là à l'établissement, à l'école. Donc tu as dit que ta mère avait pris rendez-vous avec le professeur, le directeur, c'est ça ?
- Speaker #1
Mon professeur principal dans un premier temps.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que l'établissement a agi ? Est-ce qu'ils ont mis en place des actions ?
- Speaker #1
Alors pas du tout. Il faut savoir que j'étais dans une école privée en fait, avec une certaine réputation. Et ils ont essayé en fait concrètement d'étouffer l'affaire. Pour cela en fait, ils ont... Le jour de la réunion avec mon professeur principal, à part me dire concrètement pourquoi tu n'es pas venu me voir, tu aurais dû parler, à la limite c'était un peu de ma faute parce que j'aurais dû faire le premier pas. Et dans la manière dont mon professeur a amené la chose, il n'y avait aucune sensibilité, aucune empathie, ce qui fait que ça m'a encore plus refroidie et brusquée. Et vis-à-vis de ma mère, à part de dire on va surveiller, on va essayer de voir ce qu'il en est, il n'y a pas eu d'action concrète. Et en fait, suite à ça, il faut savoir qu'on avait une particularité, c'est que j'étais dans une école catholique. Donc en fait, c'était un ancien couvent également. Et les classes étaient ouvertes sur le couloir, avec des grandes fenêtres, ce qui se rapproche au baie vitrée. Et en fait, le jour où j'ai eu une réunion avec mon professeur et ma mère, j'ai un de mes harceleurs qui nous a vu parler. en fait avec le professeur et qui m'a fait tout bonnement le signe un peu de tu es morte sous le coup qu'on connaît un peu tous en termes de menaces. Et c'est vrai qu'en fait pendant un temps du coup il ne s'est rien passé. Et en fait j'ai l'expression du le vent récolte la tempête ou ce genre de choses en fait n'a jamais été plus vrai parce que pendant une semaine il ne s'est rien passé. Alors moi j'ai fait continuer ma vie bien entendu. Et en fait, un jour, ils ont tout bonnement décidé de me passer à tabac. Donc en fait, à tour de rôle, ils m'ont fait un croche-pied. Habituellement, je sautais au-dessus. Il y en a un qui m'a attrapé la tête, qui m'a fait tomber sur le bitume. Et en fait, à tour de rôle, ils m'insultaient, certains me bousculaient. Et en fait, vu qu'on avait un bosquet au niveau de la salle, vu qu'on avait un ancien couvent, la salle de sport, en fait, vous aviez été... complètement hermétique en fait de l'extérieur vous pouvez rien voir ni entendre et tout bonnement en fait un des élèves au moment où on a fait l'appel a dit que j'étais parti à l'infirmerie avec quelqu'un d'autre et en fait pendant une heure ben il se moquait de moi il m'a bousculé sans que le professeur ne daigne en fait j'ai plus et en fait quand je suis rentré chez moi ma mère avait repris rendez vous et en fait la direction a dit qu'ils allaient en mettre certains en ce ce qu'on appelait en conseil de discipline. des mots pour les parents dans les carnets mais concrètement il n'y a rien eu de fait.
- Speaker #0
Il n'y a pas eu d'action ? Ils ont essayé d'étouffer l'affaire c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement, c'est à dire qu'en fait à part me proposer de changer d'établissement à moi en fait et pas à mes tortionnaires parce qu'il faut le dire c'en était il faut savoir que c'était filles garçons c'était vraiment pour le coup c'était pas que les garçons. Non, en fait, c'est à la victime qu'on demande de partir. Alors que moi, j'avais toute ma vie. Mon école était dans mon quartier, concrètement. Et c'était à moi qu'on me demandait de tout quitter. Alors que pour moi, c'était l'erreur. Ce n'était pas à moi de partir. C'était à eux de faire quelque chose, de faire en sorte que ces élèves-là soit partent ou soient suivis. Parce qu'en fait, il n'y a eu aucun suivi dans leur dossier. pour le coup il y avait c'était la vie Moi, je me suis sentie en tout cas non écoutée, à la limite balayée d'une main, mon histoire.
- Speaker #0
Mais c'est vraiment assez fréquent,
- Speaker #1
ce genre de...
- Speaker #0
Malheureusement, on a des histoires où on demande à la victime de partir, de changer d'établissement, et les harceleurs, eux, ils restent dans le lycée, dans le collège, et ils sont complètement impunis. Il n'y a aucune sanction, il n'y a rien du tout. Et quand on est parent, qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Speaker #1
Alors c'est très compliqué. À l'heure actuelle, c'est vrai que par rapport à moi ou quand ça m'est arrivé, déjà il y a une sensibilisation des publics qui a été faite quand même, en tout cas en France, sur comment évaluer le harcèlement, les signes de harcèlement par les professeurs, ce genre de choses. Les parents sont beaucoup plus à même aussi. Mais je trouve qu'en fait, ce n'est pas assez poussé. C'est vrai qu'il faut savoir que le harcèlement commence très tôt. dès l'école maternelle en fait par moment et beaucoup de parents en fait à 6100 encore à des jeux en fait entre enfants alors que je pense que les enfants devaient être sensibilisés dès en fait l'école maternelle c'est à dire par les parents mais aussi par l'école par le corps professoral en mettant en place des ateliers de sensibilisation avec bien sûr leur langage et d'adapter avec des ateliers des choses comme ça Comme quand on parle du consentement, en fait. Le consentement, on a été sensibilisés, on explique ce qu'est le consentement. Je pense que c'est le même terrain. Sauf que c'est vrai qu'avec l'actualité ces derniers temps, ça a été mis de côté, il faut le dire. Et malheureusement, il y en a de plus en plus parce qu'il y a une continuité maintenant sur les réseaux sociaux que moi, je n'ai pas eue en fait à ce moment-là. Et je trouve qu'il faut aussi que les parents suivent un petit peu, en tout cas, pas concrètement qu'ils soient... tout le temps sur leur enfant, mais qu'ils apprennent, qu'ils sensibilisent et qu'ils apprennent un peu les dangers d'Internet avant de donner, par exemple, un portable à leur enfant avec un accès Internet sans code parental, en sachant que les enfants d'aujourd'hui, en fait, c'est très facile de décrypter le code de manière légale ou non, parce que vous avez des applications qui permettent aussi de faire les pare-feux. et c'est vrai que il y a une continuité sur internet qui est encore plus à même en fait de rendre malade la personne parce que Avant, on pouvait dire que l'harcèlement se finissait aux portes des écoles, sauf que maintenant, ça continue même dans la vie sociale, parce que vous pouvez vous faire harceler par téléphone, par message, sur les réseaux sociaux, et même, contre votre avis, vous vous retrouvez sur des sites ou sur des forums. en fait. Et c'est vrai que pour ça, je pense qu'il manque un réel besoin, en tout cas de formation, même du corps professoral et du rectorat. Et même de, en tout cas pour moi, c'est important de ce côté-là. les lois aussi changent.
- Speaker #0
Mais c'est très intéressant ce que tu dis, parce que là, j'ai une étude qui dit que 9 enfants sur 10, donc moins de 13 ans, possèdent un smartphone aujourd'hui. C'est énorme. Et 75% des jeunes utilisent au moins un réseau social.
- Speaker #1
Oui, complètement. Là, il faut savoir que pour moi, le réseau social le plus important de la nouvelle génération, pour moi, ce serait TikTok. À savoir que TikTok, c'est utilisé par les Chinois, en fait, de base. Et en Europe, du coup, il y a toute la loi autour de l'appropriation intellectuelle et autres. Et en fait, ce qui est mis en votre for you, ce qu'on appelle un peu vos pages à vous, en fonction de ce que vous allez regarder ou écouter, vont être changées d'une personne à l'autre. Et en fait, ce qu'on voit souvent, c'est que les jeunes de maintenant veulent une certaine facilité. Il se base sur ce qu'il voit aussi à l'étranger. Donc, généralement, c'est une codification très sexualisée de la femme. Ou sinon, le paraître ou mettre en avant des idéologies politiques assez strictes, on va dire, sur certains thèmes. La misogynie, ça peut être sur des thèmes assez controversés, en fait. Ce qui veut dire que certains ne savent même pas de quoi ils parlent. C'est juste qu'ils savent que ça va faire parler d'eux. Et c'est vrai qu'en fait, en contrepartie, automatiquement, quand vous regardez les commentaires de ces personnes, il y a énormément de haine sur ces personnes. Et en fait, cette haine qu'on retrouve sur Internet se retrouve aussi maintenant dans les rues. Et le problème, c'est qu'au jour d'aujourd'hui, en tant que parents, on a encore plus de mal à protéger nos enfants parce qu'on n'a pas ce recul nécessaire sur tout ça. Parce qu'on va dire que certaines générations ont connu les sortes d'Internet. apprennent à vivre avec mais les anciennes générations par exemple nos parents les miens par exemple ils connaissent un petit peu les réseaux sociaux parce que moi même je leur en parle de ce genre de choses ma mère par exemple à snapchat ou facebook parce que c'est un peu la base mais en dehors de ça l'utilisation d'instagram dans les dangers de tik tok ou ça tout ça ils connaissent pas dire que moi j'ai une de mes dernières soeurs justement qui a eu l'erreur un jour mais complètement innocemment de partager son emploi du temps en public en story et en fait il a fallu que moi j'en parle à mon père qui comprenait pas en fait ce que c'était donc avec des mots et en lui montrant en fait en lui expliquant les risques et dangers parce qu'en fait concrètement elle donnait sa position exacte avec les horaires où elle était et surtout le nombre d'établissements donc en fait étant donné que c'était une mineure et que c'était la première fois qu'elle avait en fait instagram parce que moi j'ai eu J'ai eu le droit d'être sur les réseaux à partir de mes 18 ans. Donc c'est une chose qui est assez rare, parce que mes copines, elles avaient tous une page internet, elles avaient Snapchat et tout à l'époque, chose que je n'avais pas. Et c'est vrai que pour autant, je m'en suis bien sortie et je pense que ça m'a bien servi aussi, parce que du coup, j'ai un recul qui fait que je peux vivre sans les réseaux. Moi, ils me servent plus en termes d'information que de réels réseaux sociaux pour dire, de partager des choses. Voilà. Et je pense que... Le fait qu'aujourd'hui on donne de plus en plus tôt un téléphone aux enfants, en soi il faut savoir vivre en fait avec sa génération. Donc c'est vrai qu'on ne peut pas interdire à un jeune d'aujourd'hui d'avoir un téléphone, mais on n'est pas dans l'obligation de lui donner un téléphone avec un accès illimité à tout.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et je pense qu'il faut un suivi derrière.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Je suis d'accord avec toi. D'ailleurs, j'avais lu un commentaire passé sur LinkedIn qui disait que les dirigeants des réseaux sociaux interdisent eux-mêmes l'accès aux réseaux sociaux à leurs propres enfants. C'est-à-dire ?
- Speaker #1
Exactement, même Apple lui-même a interdit à ses enfants d'utiliser lui-même ce qu'ils fabriquaient pour vous dire. Donc je pense qu'à partir du moment où eux-mêmes le font, c'est qu'il y a une codification derrière, ils le savent qu'il y a des dangers en fait.
- Speaker #0
C'est ça. Pour revenir, Ophélie, à ton histoire et à ton expérience, est-ce que le harcèlement a impacté ta scolarité ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Complètement. Il faut savoir que moi, j'étais première de classe et en fait, durant mon harcèlement, au départ, il n'y avait pas vraiment d'empiètement. Mais ça a fini en fait par faire dégringoler ma moyenne générale parce que psychiquement, vous n'y êtes plus. Et ensuite, physiquement aussi, parce que vous êtes fatigué, vous êtes toujours sur le qui-vive en fait, un peu comme une proie qui serait entourée de prédateurs. Donc en fait, vous êtes dans un instant de stress en fait constant. Et vous avez beau savoir, vous en avez parlé aux adultes, il suffit qu'il y a une personne qui retourne le dos, et en fin de compte, pour que ça redémarre. Et c'est vrai que moi, en tout cas, certaines de mes moyennes ont chuté, mais j'ai eu la chance de rencontrer une personne qui m'a beaucoup apporté. Et ce qui est très paradoxal, c'est que c'était quelqu'un qui était extérieur de mon école. C'était un professeur en plaçant en français, donc il était tout jeune, il était en stage en soi. Et moi, il faut savoir que je suis un véritable rat de bibliothèque. J'adore la lecture. Et en fait, c'est le pourquoi encore je suis là actuellement. Je pense que c'est en grande partie aussi, en plus de ma famille, grâce à lui. Je ne pourrais pas vous dire son nom parce que je ne peux pas. Mais en tout cas, il a eu un grand impact sur moi parce qu'il m'a apporté une écoute active. Il m'a apporté des livres. On a eu des critiques. de bouquins, j'ai fait des copies doubles entières de textes, où ils nous demandaient de faire des rédactions sur des sujets, et ils me rendaient quatre copies doubles de commentaires, etc. Donc on a eu un réel échange, et cette personne a été là pour me motiver même dans mes autres matières, c'est-à-dire que quand j'avais un moment de retombée, on va dire émotionnelle, en fait cette personne était là pour me rebooster, pour m'aider à réviser mes cours, à fermer... Edouard, même à l'étude, alors que cette personne n'était pas censée rester à l'établissement, parce qu'elle avait aussi sa vie à côté. Mais je pense que... Et cette personne, surtout, m'a apporté beaucoup, parce que je n'avais pas d'échappatoire, dans le sens que j'avais du mal à m'exprimer, je n'avais pas d'activité extrascolaire à part la lecture, en fait. Et quand il est rentré dans ma vie, il m'a apporté juste un calepin, un stylo, et il m'a dit tout ce que tu ne peux pas dire à l'oral, tu l'écris. Et en fait, l'écriture, c'est ce que je fais encore actuellement. Et en fait, c'est très thérapeutique. J'ai mis toutes mes idées noires, toutes mes pensées dessus. Et j'ai eu aussi la foi. Parce que voilà, ça c'est tout à chacun, bien entendu. Mais on va dire que moi, de mon côté, je suis pratiquante. Et le fait de croire en quelqu'un, en Dieu, en fait, vous apporte beaucoup de choses. Parce qu'en fait, vous savez que du coup... Les épreuves que vous avez aujourd'hui, en fait, c'est des épreuves que la personne sait que vous serez surmontée. Et en fait, j'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à l'accepter dans un premier temps. Et entre ça, l'écriture et le support, bien entendu, de ma famille, c'est ce qui m'a permis aujourd'hui d'être parmi vous. Parce que, comme toute personne harcelée, avec un certain quotient émotionnel, parce que moi, je suis une hypersensible. Donc on veillait les émotions beaucoup plus fortes que la moyenne des gens, autant positivement que négativement. Et c'est vrai que moi un jour, les idées noires, j'ai pensé aussi malheureusement à mes jours, un peu malheureusement comme la plupart des enfants à l'heure actuelle. Et c'est vrai que la seule chose qui m'a retenue, ça a été une phrase que j'avais écrite dans un de mes calepins, et où je disais en fait, je ne comprends pas pourquoi moi, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter tout ça ? Et je pense que si je dérange autant, en fait, autant que je disparaisse. Et les derniers mots, c'est « je ne peux pas le faire parce que j'ai des gens derrière moi » . Et en fait, c'est vraiment ces derniers mots qui m'ont retenue et qui ont fait que j'ai changé. C'est-à-dire que oui, pendant longtemps, niveau scolairement, on va dire qu'en cinquième, ma dernière année a été un peu compliquée. Mais sur le long terme, pas tant que ça, parce qu'en fait, j'ai pris du poil de la bête, j'ai changé au niveau un peu caractère, j'ai gardé tout ce qui était sensible à l'intérieur. Et au contraire, je suis devenue quelqu'un de très solaire, très social, extraverti, quelqu'un qui allait vers les autres, des choses que je ne faisais pas avant. Voilà, exactement. Et c'est vrai que quand je dis à mes proches ou même à mes collaborateurs qu'avant, j'étais loin d'être une pipelette et que j'étais quelqu'un qui rougissait même devant son professeur en prenant la parole, Paradoxalement, ils ont beaucoup de mal à faire le lien, à y paraitre. Et c'est vrai que ma meilleure amie, elle, a connu les deux.
- Speaker #0
Elle est lui.
- Speaker #1
Donc voilà.
- Speaker #0
Et donc aujourd'hui, tu as 27 ans. Est-ce que le harcèlement a laissé des séquelles ? Si oui, comment ça s'illustre ?
- Speaker #1
Alors, si pas des séquelles physiques, je dirais que c'est plus des séquelles psychologiques. Parce qu'en fait, l'âge où j'étais justement, c'est l'âge où vous construisez vous-même. Donc, ce que vous voulez... transmettre aux autres, votre confiance en vous, beaucoup de choses comme ça. Et moi en fait ça m'a complètement détruite d'un point de vue de confiance en moi parce que tout ce que je pensais en fait de base a été détruit en une année et j'ai dû tout reconstruire donc j'ai dû réapprendre en fait à faire confiance, j'ai dû réapprendre à me faire confiance, à croire en fait en mes compétences, en ma personne. de ne plus me dévaloriser, que ce soit les traits physiques sur ma pilosité, sur le fait que je sois grande en taille, sur plein de critères sur lesquels on avait appuyé pendant longtemps pour me faire mal, et de me dire que la différence, c'est une valeur, c'est ce qui nous rend unique dans la société actuelle. Je pense qu'on devrait apprendre à s'aimer soi, avant de critiquer les autres et déjà avant de vouloir ressembler à d'autres. Parce que c'est vrai qu'au jour d'aujourd'hui, on essaye de faire un peu une société où tout le monde ressemble à tout le monde, où l'individualisation est mise dans un second plan. Un peu comme au Japon, en fait, on vous demande d'être un peu homogène à tout le monde et après, dans votre cercle privé, vous faites ce que vous voulez. Mais en tout cas, en société, vous devez répondre à une certaine codification. Et je pense que la France est en train de devenir un peu dans ce même sens. où on vous dit voilà vous êtes né dans telle catégorie, vous faites telles études, vous êtes comme ça, vous habillez comme ça, vous êtes telle personne. Et c'est vrai que je trouve que c'est très rébarbatif et en fait à long terme ça a tendance à enfermer les gens et surtout les enfants justement en devenir qui sont en train de se faire et au lieu de leur laisser se forger leur propre personnalité, de vouloir en fait les modeler. Et je pense que moi, j'ai eu la chance d'avoir une famille très ouverte d'esprit, que ce soit niveau religion, niveau culturellement. Donc, j'ai eu la chance de pouvoir évoluer à mon rythme, toujours encadrée, bien entendu, par ma mère surtout. Et je la remercie parce que si je suis devenue une femme beaucoup plus expressive et beaucoup plus forte, c'est en grande partie grâce à elle, parce qu'elle ne m'a jamais laissée tomber. Et elle a toujours motivé mes choix, parce qu'il faut savoir que moi j'ai fait le choix de partir en professionnel au lieu d'un bac général. Et à l'époque c'était très peu commun, surtout quand vous aviez un certain niveau, et surtout il y avait beaucoup d'a priori sur ces études. Et c'est vrai qu'en fait, même vos professeurs vous disent, mais si vous partez là-dedans, en fait vous vous fermez des portes. Avec votre niveau c'est pas normal, non moi je vous le laisserai pas faire. Et quand vous vous dites, mais ces personnes n'ont rien à voir directement avec vous. mais se permettre de choisir un peu votre destin. C'est vrai que même vous, en termes de caractère, ça vous change. Donc je pense qu'à long terme, oui, il a fallu une adaptabilité beaucoup plus importante, je pense, émotionnellement pour moi, parce que déjà, pour éviter de me faire blesser de nouveau. Et je pense que je fais confiance facilement, mais par contre, que je ne redonne pas ma confiance ensuite.
- Speaker #0
C'est vrai qu'aujourd'hui, on entend vraiment beaucoup d'histoires de jeunes qui subissent du harcèlement tous les jours. On voit ça sur les réseaux sociaux, à la télé, tout le temps. Et en plus, de plus en plus jeunes. Ça touche vraiment dès la primaire, ça arrive. En tant que parent, on peut très vite se sentir impuissant. On en a parlé tout à l'heure, ce qui existait. Mais comment peuvent-ils soutenir leurs enfants victimes de harcèlement ? Toi, tu as des conseils à leur donner ?
- Speaker #1
Alors moi, je dirais dans un premier temps, il faut que vous vous mettiez en position d'écoute active. C'est-à-dire ne pas juger votre enfant, de lui faire comprendre que vous serez toujours là de son côté et toujours là pour lui. Dans un premier temps, laissez-le venir à lui, à vous surtout, excusez-moi. Ne forcez pas la discussion parce que ça peut vite braquer certains caractères ou certaines personnes et se renfermer au contraire. Laissez-le venir à eux, soyez toujours vigilants parce que malgré ce qu'on dit, il y a toujours des signes avant-coureurs. Aujourd'hui, ça peut être par exemple le portable qui vibre souvent. La personne qui est peut-être d'un caractère jovial commence à se renfermer sur elle-même, commence à s'enfermer. Ce n'est pas une crise d'adolescente. Par moments, c'est dû au harcèlement. Vous avez aussi des sauts d'humeur, parce que la personne va dormir moins, va être beaucoup plus anxiogène, donc va avoir tendance à être beaucoup plus héritable avec son entourage aussi. et je dirais qu'en fait Il faut vraiment que votre enfant se sente dans un environnement de confiance et qu'il se sente soutenu dans un premier temps. Après, il est important aussi de vous, de votre côté, en tant que parent, moi-même je ne suis pas maman, mais j'ai eu affaire à des personnes qui ont subi ça et qui m'ont demandé également, parce que je faisais partie du groupe de parole là-dessus, de prendre le lien avec l'école. Alors oui, bien entendu, le professeur principal, si c'est en primaire. ou autre, mais également d'en parler à la direction. Parce que par moment, juste en parler au professeur, ce n'est pas suffisant malheureusement. Et dans un premier cas, on va arrondir les angles en disant non, mais c'est rien. Par moment, ça arrive aussi que votre enfant peut être harcelé par ses amis. Parce qu'il faut savoir que ce n'est pas que des inconnus ou des camarades. Ça peut être aussi vos amis qui peuvent vous harceler. Et c'est vrai que dans ces cas-là, c'est un peu plus conflictuel parce que généralement, les parents se connaissent. et en termes de relation, on a peur de froisser les parents. Donc apporter le dialogue peut-être à l'extérieur, n'hésitez pas à éviter d'en parler en présence des enfants déjà dans un premier cas, mais d'en échanger si vous êtes proche de l'autre parent, en disant j'ai vu certains signes avant-coureurs par rapport à mon enfant, est-ce que tu as vu quelque chose de ton côté ? Ne forcez pas la discussion en disant tout de suite « oui, ton enfant harcèle le mien » parce que ça ne permettra pas de continuer la conversation malheureusement parce que ça risque de brusquer l'autre personne. Et ensuite, en parler surtout aux référents, donc à tout ce qui est académie, de trouver des soutiens, essayer de trouver des ateliers extérieurs pour que l'enfant puisse quand même en dehors de son école s'exprimer. développer sa confiance en soi, ses relations, donc ça peut être dans le sport, ça peut être dans l'artistique, même avec sa propre famille, mais de trouver un terrain neutre pour votre enfant qui se sentira bien en dehors de l'école ou de chez vous pour qu'en fait il ne s'abandonne pas en se disant en fait à part ma famille ou chez moi je n'ai aucun lieu dans lequel je me sens moi ou bien et c'est vrai que je trouve en tout cas moi ça a été l'écriture en l'occurrence Pour d'autres, ça peut être le sport. J'ai une amie, elle, qui a connu le harcèlement et c'est l'athlétisme qui l'a sauvé concrètement. Le fait de courir jusqu'à l'épuisement a fait que ça a permis de vider toutes les émotions négatives. Mais je pense qu'il faut une sensibilisation aussi par plein d'autres procédés. Vous avez des ateliers, des mises de sensibilisation, des témoignages. Vous pouvez faire des forums. Et peut-être créer aussi, peut-être... J'ai vu ça dans certains établissements que j'ai pu voir et que je trouve pas mal. C'est en fait une sorte de boîte à idées, un peu à l'ancienne. Et en fait, vous mettez une boîte à idées, c'est un peu une boîte où les enfants, de base, devaient mettre juste leur message. Et en fait, là, l'idée, c'est de mettre une boîte... C'est pas une boîte harcèlement, mais c'est une boîte si quelqu'un t'embête ou si, quand c'est dans le délicé, une boîte anonyme, bien entendu, ce qui fait que... Même si vous-même, vous ne le subissez pas, mais que vous avez vu une personne le subir, en fait, ça vous permet de mettre un mot et d'en informer le rectorat, sans pour autant vous désigner directement, parce qu'il y a des personnes qui le voient, mais qui n'osent pas en parler. Et je trouve que c'était pas mal, ce genre d'invention. Une ligne téléphonique à disposition des élèves, s'ils se sentent en danger ou s'ils ont des questions aussi, d'avoir un interlocuteur qui puisse les guider et surtout après un suivi. Je pense que ce qui a été mis un peu de côté, c'est l'aspect psychologique. L'aspect physique, on en parle souvent quand il y a des bagarres, des choses comme ça, on va au médecin et tout, mais je pense que les séquelles psychologiques ne sont pas assez traitées. Je pense qu'au jour d'aujourd'hui, il est important que la personne soit suivie de manière psychologique aussi, parce que vous avez des séquelles, bien entendu, émotionnelles aussi. Et en conclusion, pour moi, je pense qu'en compitant toutes ces stratégies, il est possible de créer une culture de sensibilisation et surtout de prévention qui réduira l'incidence du harcèlement scolaire et surtout le soutien aux victimes de manière plus efficace.
- Speaker #0
Merci pour tous ces précieux conseils. c'est noté.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
J'espère que ça va faire bouger les choses. J'espère que ta voix sera entendue auprès des plus jeunes et des moins jeunes, des parents, des jeunes qui ont peur, qui n'arrivent pas à s'exprimer. Il faut vraiment en parler autour et essayer de sortir de ça.
- Speaker #1
Exactement. Si je peux me permettre un dernier mot pour la fin, dites-vous que vous ne serez jamais en tort. Vous êtes la victime. Vous n'êtes pas... vous n'êtes pas en droit de vous dire vous avez cherché la chose c'est à dire c'est tombé sur vous malheureusement vous êtes en droit d'être une victime vous avez le droit de ressentir ça vous avez le droit de vous exprimer et surtout n'hésitez pas à en parler c'est pas obligatoirement à un parent ou à un professeur mais d'en parler même à une personne extérieure qui sera le plus à même d'en parler avec vos parents en fait en votre présence mais surtout la parole est importante au jour d'aujourd'hui on peut plus se permettre en fait de fermer les yeux et de nous-mêmes en fait ne se dire qu'on le mérite ou que c'est notre faute.
- Speaker #0
Oui, il faut en parler à un adulte, absolument.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Merci beaucoup Ophélie de nous avoir partagé ton histoire et ton expérience.
- Speaker #1
Merci Cindy de m'avoir reçue.
- Speaker #0
Ce que vous venez d'entendre n'est pas un cas isolé. Le harcèlement scolaire touche des milliers d'élèves chaque année, dans le silence des couloirs, derrière des écrans. et parfois sous le regard indifférent des adultes. Mais en donnant la parole, en écoutant, en partageant, nous pouvons briser le silence. Si cet épisode vous a interpellé, parlez-en autour de vous, partagez-le, discutez-en et surtout, soyez attentifs aux signes, aux mots, au silence. Merci d'avoir écouté Raconte-moi, on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.