Description
En février 1944, François Willig meurt d’une surdose de médicaments administrée par le personnel de l’hôpital psychiatrique de Hadamar, en Allemagne, transformé par les nazis en centre de mise à mort. Il y avait été transféré un mois plus tôt, dans un convoi parti d’Alsace. Cet épisode raconte son histoire et celle des 37 autres victimes alsaciennes de l’«euthanasie décentralisée» mise en œuvre par les nazis.
Né en 1888, à Soultz-sous-forêts, François Willig a été interné en 1941 à la clinique psychiatrique de l’hôpital civil de Strasbourg puis transféré à l’asile de Stephansfeld (Bas-Rhin). Dans son dossier médical, qui l’a suivi jusqu’à Hadamar, il est classé comme « invalide » du fait de sa malformation de la hanche. Les médecins y inscrivent qu’il fait des crises de « paranoïa » et qu’il représente un « danger pour son entourage ». Aucune photo de lui. Quelques lettres en allemand écrites de sa main mais elles sont indéchiffrables. Des propos, des délires, retranscrits par les médecins dans le dossier. Comme l’explique dans cet épisode l’historienne et médecin Léa Münch, ce sont toutefois ces mots, et silences, – ceux de François Willig comme ceux des médecins – qui permettent d’éclairer l’histoire des patients des hôpitaux psychiatriques alsaciens, passés sous administration nazie à la suite de l’annexion de fait, l’histoire de ceux qui représentaient aux yeux des nazis un fardeau pour la Volksgemeinschaft, la communauté du peuple.
Ce n’est qu’à partir des années 1990 que leur l’histoire commence à intéresser. Comment expliquer cet intérêt tardif ? Qui porte la mémoire de ces morts ? En l’absence d’association spécifique pour représenter ces victimes, le travail des archivistes, tel Jocelyn Perradin, est primordial pour éviter l’oubli et l’indifférence. Comme le souligne Léa Münch, les biographies des patients illustrent les conséquences d’une dictature fasciste sur les personnes considérées comme différentes et étrangères ; questions qui restent d’actualité.
Un épisode écrit et enregistré par Stéphanie Wenger, réalisé par Anna Buy. Avec les interventions de Dr. med. Dr. phil. Lea Münch, historienne à l’Université de Magdebourg, et Jocelyn Perradin, archiviste en charge de la collecte et du traitement des archives contemporaines aux Archives d'Alsace.
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