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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Transcription
Bonjour et bienvenue dans Remember, le podcast des mémoires. Je suis Théodora et dans chaque épisode, je vous invite à revivre des moments intenses, à explorer des émotions profondes et à découvrir des histoires inspirantes qui ont marqué des vies. Bonne écoute ! Salut Greta ! Bonjour ! Je suis contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Greta, on s'est rencontré le 9 mars 2025 au travers d'une de tes toiles, les instantanées de velours. Je suis très contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Ma première question, c'est qu'est-ce que tu ressens alors qu'on s'apprête à débuter cet entretien ?
Je suis très contente d'être ici aujourd'hui avec toi. Je me sens énergétique, même s'il fait très chaud, même si on est en pleine canicule aujourd'hui. Parce que le thème que tu affrontes, c'est un thème qui est vraiment très intéressant et qui, pour les artistes comme moi, est quelque chose qui meuble notre imaginaire. Et donc, aller se poser un instant que sur ça, sans une phase créative ou « active » , je pense que c'est quelque chose qui est très inspirant. Et aussi, moi, je vais rentrer dans un terrain de l'inconnu. Parce que là, je suis face à toi, il y a nos voix, il y a l'air autour, mais il n'y a pas de création en cours, si ce n'est entre nous. Et donc, on est en train de faire, en fait, à mon sens, une forme d'art, mais différente. Et donc, ça... I feel excited. C'est ça. Voilà, je n'ai pas le mot en français, mais I'm excited. Bon, ben, c'est parfait. Greta, tu as dit que tu étais artiste. Est-ce que tu veux te présenter ? Oui, avec plaisir. Alors... Artiste, oui. Donc moi, je m'appelle Greta Margherita. Je suis une artiste, je dirais cosmopolite et en partie aussi franco-italienne, pour être plus précise. Je me définis comme une artiste polyvalente, c'est-à-dire que je suis peintre, je suis graveur, je suis sérigraphe, je suis sketch artist. Et artiste, ce n'est pas vraiment un travail, c'est qui on est. Voilà, artiste, c'est qui on est. Je pense que l'on est artiste, on ne le devient pas forcément, on est déjà comme ça. Et je dis ça parce qu'officiellement, face à la société, j'ai fait une reconversion depuis 2023. Et donc c'est un nouveau parcours que j'aborde depuis pas très longtemps au final, même s'il est là depuis toujours. Et donc j'ai un atelier dans le cinquième arrondissement à Césure. Et j'expose énormément. Et là, en ce moment, je travaille sur des sketchs de personnes, des musiciens, des artistes, des inconnus dans le métro. Et donc, je suis en train de déplacer mon attention de la toile peinte. Alors, puisque tu t'en as parlé au tout début, on va aborder le thème de la mémoire. Et donc, aujourd'hui, c'est quoi le souvenir, la mémoire que tu souhaites évoquer ? Disons, un souvenir qui émerge, et je pense que c'est à cause de la chaleur. Voilà, ce n'est pas un souvenir que je suis allée chercher, il est remonté tout seul. C'est un souvenir d'enfance. En ce moment, j'étais en train de lire un article qui disait que, en gros, là, ce qu'on affronte actuellement à Paris cet été, donc ces canicules qu'on enchaîne sans fin, en fait, ce n'était que le début. Et qu'en fait, cet été allait être en vérité un des étés les plus frais de ces 50 prochaines années. Quand j'ai lu ça, il y a un souvenir d'enfance qui a tout de suite ouvert la porte de ma mémoire. Et c'est quand j'étais petite, très petite, parce que moi je suis venue vivre à Paris. J'avais quoi ? J'avais 4 ans et demi, 5 ans. Et c'est un souvenir que j'ai de l'Italie. Et c'est un sol typique romain, parce que moi j'habitais à Rome et j'habitais dans la maison que mon grand-père avait construit après la guerre. Et donc dans... Toute la maison, il l'avait installée avec mon père, c'est des tomates en terre cuite. Est-ce que tu vois un peu les tomates en terre cuite que tu as un peu en Toscane et tout ? Et en fait, chez moi en Italie, tout est comme ça. Il y a plein de tomates en terre cuite. Et en fait, ces tomates-là, elles étaient un petit peu... Elles n'étaient pas mates. Elles étaient translucides parce qu'elles avaient été traitées. Et j'ai ce souvenir d'enfance où je me mettais en culotte. Juste en débardeur culotte. Et en fait, je m'assillais par terre, à l'ombre, sur les tomettes. Parce qu'en fait, il faisait frais sur les tomettes. Et donc, j'ai ce souvenir de moi. Comme je vois ma fille aujourd'hui, qui a 4 ans, tu vois. Des fois, quand elle a trop chaud, je lui mets des petites culottes. Le petit débardeur, tu sais, basique, quoi. Et là, paf, on se met, je ne sais pas, les pieds dans l'eau, dans la petite baignoire en plastoc, là, de chez nous. Et en fait, moi, je faisais ça avec les tomettes. Je me mettais culotte débardeur, les fesses contre les tomettes. Et je claquais bien tout le bas de ma jambe. Jusqu'à arriver bien au talon, bien, bien, bien sur la tomette. Et puis, tu sais, naturellement, la tomette, elle se réchauffe. Et donc là, tu te décales juste un tout petit peu. Et en fait, j'avais un carnet. Les rhodias, tu sais, que tu as encore qui tournent, les carnets orange, là. J'avais les rhodias que je piquais à mon frère, des crayons. Et en fait, je commençais l'après-midi de canicule dans un coin du salon. Et je me décalais. Au fur et à mesure, en fait, que je réchauffais les tomettes avec mon corps. Et en fait, je commençais, je sais pas, genre à 14h, j'étais genre, je sais pas, en face de la table. Et je finissais à 16h, je pouvais rester assise, enfin déjà, je restais assise 2h et je finissais genre à, je sais pas, à 2 mètres. Parce qu'en fait, j'avais réchauffé toute la ligne de tomate et je faisais ça sur toute la maison. De quoi ils étaient faits, les étés à Rome ? De solitude, bizarrement. C'est très bizarre parce que je viens d'un quartier très pauvre qui s'appelle Tursapians. Et ma rue, c'était une rue où il y avait plein de gamins qui jouaient, tu vois, dans la rue, au football, il y avait plein de gosses et tout. Et paradoxalement, autant on était tout le temps entourés par les voisins, autant je me sentais seule. Parce que mon père n'était jamais là, il partait, il était pilote militaire, donc s'il partait, tu ne savais pas quand et s'il revenait. Ma mère, je pense qu'elle avait un côté très dépressif. Et donc, elle avait du mal à gérer seule trois enfants. En sachant que quand même, elle était jeune. Parce que moi, quand je me reprojette maintenant dans la vie de ma mère, ma soeur, elle l'a eu à 20 ans. Moi, à 20 ans, je m'enquille pas un gosse. Donc, voilà. Je vais être sincère. Donc, en gros, tu vois le truc des fois. Oui, mais mes parents, ils étaient méchants. J'ai réévalué beaucoup de choses. Je pense que ma mère, elle avait... pas les moyens, elle n'avait pas les outils pour gérer trois gamins toute seule avec un mari qui se barrait à faire la guerre du golf et qui ne savait pas si le gars allait revenir. Donc, avec le recul, bon. Et du coup, tout ça me rendait très seule parce que je n'ai pas de souvenirs vraiment. J'en ai quelques-uns, j'ai des jolis souvenirs avec elle, mais j'ai surtout des souvenirs de solitude, c'est-à-dire comment je vais meubler mon temps. Et alors, qu'est-ce que tu as trouvé dans la solitude ? Dans la solitude, j'ai trouvé de l'ennui. Et l'ennui, c'est pas mal. Il t'aide à meubler. L'ennui fait que tu te retrouves à un moment donné à regarder le mur blanc assise sur tes tomettes, à te dire, j'en ai marre de dessiner, ça fait quand même deux heures que je fais des gribouillis, et à t'inventer du coup des mondes. La solitude m'a offert un monde alternatif, des amis imaginaires, des histoires, beaucoup d'histoires, des peuples aussi. Parce que c'est dans cette solitude-là aussi que j'ai trouvé, par exemple, je partageais la chambre avec mon frère et ma sœur. On avait une très grande chambre. Et en fait, mon père avait fait sur mesure une grande armoire. Grande armoire en bois. Ah là là, alors qu'est-ce que je m'imaginais dans cette grande armoire ? Des monstres qui sortaient. Et donc, je passais mon temps à m'imaginer des trucs.
Alors toi, si tu devais peindre cette mémoire-là, ces étés, ces tomates, en termes de couleurs, ça donnerait quoi ?
Ça donnerait une couleur rouille. Ça donnerait des oranges, des couleurs rouilles. Ça donnerait des ocres, des sables brûlés, des terres brûlées aussi, de la terre de Sienne. Et ça donnerait aussi des espèces de branches. Parce qu'au final, quand je regardais dehors, il y avait une grille. Donc cette maison faisait un peu aussi comme une espèce de prison. Mais derrière, il y avait des arbres, il y avait des branches, il y avait les arbres qu'avait planté mon grand-père. Mais je dirais que c'est vraiment dans tous les tons, ocre, sable, cuivre, terre. Tu vois les teintes des grottes de Lascaux ? Ouais, très bien. Ça. palette-là, qui est quelque chose de très lointain. Et est-ce que ça a une odeur particulière ? Oui. Ça sent quoi ? Ça sent plein de choses. Je dirais que ça sent le thym citronné, le basilic, ça sent la camomille. Ok. Ça sent les citrons. Ça sent les citrons âpres. Parce que c'était aussi, on avait un voisin qui avait un citronnier. Et en fait, j'allais de temps en temps piquer des citrons, je les coupais, puis je les mangeais. Et tu sais, t'as déjà mangé un citron ? Ouais. T'as vu ce que ça fait après, la sensation que t'as sur les dents ? Ouais. Comme si en plus, c'était tout anesthésié. C'est ça, le goût. Et aussi... Mais ça, c'est plus ma tristesse, ma solitude qui ferait dire ça. Ça sent un peu comme quand il pleut après très longtemps qu'il n'a pas pleut. Et donc, tu as cette espèce de vapeur, d'humidité qui remonte du sol. Et tu as l'odeur de la pluie qui monte. Et ça fait une odeur très particulière quand c'est des terres, quand c'est des tomates, quand c'est des bouts de jardin. Tu as ça aussi avec l'ardoise. Oui, exactement. Ça a une odeur que tu ne retrouves pas ailleurs. Du coup, c'est quoi ton ressenti corporel de cette mémoire-là ? Alors, c'est très bizarre parce que c'est une bonne question. Mais de toute façon, tu me poses toujours des bonnes questions. Mais en fait, c'est une question très intéressante. Et je pense que ce visage souriant que tu vois actuellement, c'est très récent. Et toute cette vision, toute cette appréhension par rapport à ce souvenir précis que je te partage, elle a changé. Quand je suis devenue maman. C'est-à-dire que si je t'avais rencontré en, par exemple, 2020, avant que je rencontre mon ex-conjoint, que je fasse un enfant, etc., je pense que ce même souvenir, je te l'aurais raconté de manière sombre.
Ok.
Et je n'aurais pas pu voir, comme si en fait tu rentrais dans une maison hantée et qu'il y avait de la poussière partout et que tu as des draps blancs, sales, qui recouvrent les tomates. Et Thomas, tu ne sais pas de quelle couleur elles sont parce qu'il y avait ça, il y avait un tas de poussière dessus. Et quelque part, je pense que la maternité a, comme le liquide amniotique que tu as dans le ventre, en fait, elle a rempli cette maison d'un liquide amniotique. et après quand le bébé est sorti, il est sorti, il a emmené avec lui tout ça, la poussière et tout. Et en fait, l'enfant m'a donné une vision de ses souvenirs de jeunesse. de manière complètement nouvelle. Et donc, c'est bizarre parce que j'en ai un souvenir triste. J'en ai un souvenir de solitude. Et pourtant, maintenant, à 40 ans, en étant maman, je me dis que ce souvenir n'est pas un mauvais souvenir. La solitude, ce n'est pas quelque chose de négatif. S'inventer un monde où se sentir extrêmement seule ou éprouver un ennui, Des fois, j'avais des phrases dans ma tête, je me disais, je m'ennuie tellement que je pourrais en mourir. Je me disais ça, tellement je m'ennuyais. Et en fait, maintenant avec la distance, quand je vois ma fille, je me dis que c'est pas grave si elle s'ennuie. L'ennui, en fait, ça demande au cerveau de se trouver des solutions. Et donc, tout ce que j'ai éprouvé, même un... Un souvenir si banal, entre guillemets, qui est être enfant et être assis par terre parce que t'as trop chaud, donc tu peux pas aller jouer dans le jardin dehors ou voilà, c'est la canicule. Même un souvenir comme ça, quelque part, a forgé, par exemple, mes capacités artistiques, ma mentalité, ma manière de me faire encore aujourd'hui des histoires et d'avoir un humour un peu à la Ally McBeal, où un mec ou une nana me dit quelque chose et moi je pars très, très, très, très loin. Alors que c'est genre, salut, ça va ? Et moi, alors oui, alors tout, Et je me dis que ça, quelque part, c'est forgé depuis mon enfance à cause de la solitude et de l'ennui.
Et donc, du coup, c'est quoi le regard de grande Greta sur petite Greta sur les tomates en terre cuite ?
C'est que, quelque part, cet ennui de grande Greta qui regarde ce souvenir-là, même s'il est triste, il me manque. La tomate me manque. Et comme cette maison, elle est encore là, c'est devenu la maison de mon frère, quand je rentre, Grande Gaëta rentre en Italie et voit ses tomates, ça me fait un truc. Et tu as réussi à le retrouver,
à retrouver cette sensation-là ? C'est-à-dire que si demain tu retournais dans cette maison et que tu te remettais avec ta fille sur ces tomates-là comme ça, assise par terre, est-ce que tu arriverais à grappiller un petit peu ce... C'est un peu comme une Madeleine de Proust. Tu essaies de retrouver la sensation, alors peut-être sans jamais l'atteindre, mais tu t'en approches.
J'aimerais bien le faire, je ne l'ai pas fait. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai été très longtemps un peu mangée par l'anxiété de devoir occuper ma fille. de devoir l'entretenir, de devoir lui faire faire des activités. Plein de choses, en fait, qui venaient d'une pression externe. Et donc, là, je sais que quand on va retourner en Italie, je pense que oui, là, le projet dans une semaine, c'est de me dire, bon, on va s'asseoir par terre.
Et on va s'ennuyer.
On va s'ennuyer. Et cette fois, la différence, c'est que moi, je m'ennuyais toute seule. Là, on s'ennuiera à deux. C'est si cool. Ah, c'est très cool.
Alors, c'est très particulier parce que c'était une version de toi enfant. Mais qu'est-ce que tu penses qui a changé entre la version de toi enfant petite et la version de toi adulte et ce qui n'a pas changé ? C'est quoi les points communs entre les deux Greta ?
Pas grand-chose a changé. Je pense que des souvenirs comme ça, simples et pourtant si forts, ils restent nucléairement intacts. Quelque part... la petite fille qui était assise par terre et qui s'ennuyait, elle existe encore. Et elle est là.
Et tu arrives à la recontacter, à la reconvoquer ?
Je pense que ce qui est très compliqué, justement, c'est que c'est tout ce qu'il y a... En fait, c'est les bagages que tu traînes autour, c'est les boulets, c'est les familles dysfonctionnelles, les couples qui ne marchent pas, les expériences de vie qui te blessent et qui créent en effet... en effet des espèces de murs de ronces entre toi, adulte, et ses souvenirs. C'est cette dysfonctionnalité avec ma famille, avec mes anciens conjoints, avec moi-même, parce qu'en fait, moi-même, je suis souvent dysfonctionnelle avec moi-même, de par mon éducation et de par des mauvais choix de compagnons que j'ai eus et qui vont... qui vont créer en effet des espèces de portes sealed, fermées. En fait, si je veux accéder à ces souvenirs simples, sans filtre, parce que c'est ça le truc, c'est ton souvenir, il est là. Tu l'as filtré, on le filtre, tout le monde filtre un souvenir. Et donc, c'est ça qui est vraiment dur. Tu ne changes pas vraiment. Je ne pense pas qu'on change vraiment sur ces choses-là. Je pense plutôt qu'on est entouré. de bruit, de nuisances qui ne nous appartiennent au fond pas vraiment, mais qui nous ont affectés. Et c'est ce travail-là de nettoyage qui est vraiment complexe et qui nous bloque. Et donc, pour répondre à ta question, je pense qu'il n'y a pas vraiment grand-chose qui a changé, si ce n'est la prise de conscience, que en fait, ce souvenir. Cette mémoire, elle est là, elle est toujours là. Et le travail en tant qu'adulte, c'est de me dire, je ne suis pas responsable de tout ce que j'ai vécu de ce moment-là quand j'étais enfant à aujourd'hui. Je ne peux pas être responsable de ce que les autres m'ont fait. Mais moi, je suis responsable de comment je réagis et où je vais dans mes souvenirs. C'est cette partie un peu adulte qui te dit, hé ho ! Ok, maintenant t'en es là. Regarde, il s'est passé ça, ça, ça. Qu'est-ce que tu en fais avec ? Un tableau ? Ok. Une poésie ? Ok. Un podcast ? Vas-y. Est-ce que tes tableaux sont des capsules temporelles de ta vie ? Oui. Chaque tableau correspond à une capsule ? Pas tous.
Ok.
Pas tous. Mais je dirais que la plupart des toiles que j'ai peintes sont le savoir. Donc je pense que c'est un process inconscient, complètement inconscient. Ce sont des capsules temporelles. d'une particulière situation de ma vie, d'un moment très précis ou d'une sensation très précise. Par exemple, tout ce qui est terre, terrestre, une tomette de terre cuite, une pierre. Là, par exemple, quand je me suis séparée, j'ai eu une phase que... J'avais jamais eu une phase aussi violente où, en fait, je me suis retrouvée dans mon atelier et pendant quasiment, je pense, bien... Ouais, quasiment... donc presque 48 heures, j'ai peint non-stop. Et j'ai peint des abstraits et j'ai peint des lieux. Il y en a un, justement, je le propose au Salon des artistes français. Je ne sais pas s'il sera pris, mais j'ai fini par l'appeler Divorce, le tableau. Parce que c'est deux toiles, en fait, qui sont comme deux fenêtres. Et donc, c'est deux toiles qui ne se retoucheront plus jamais. Mais en tout cas, pourquoi je te dis ça ? Parce que oui, c'est des capsules temporelles que je fais dans le présent. que je ne comprends pas sur le moment de la peinture. Enfin, quand je l'écris, je ne sais pas où je vais. Je sais les couleurs que je veux, je sais le thème que je vais aborder, mais je ne sais pas pourquoi je suis en train de le faire. Et pour te donner un exemple concret, qui ramène à la terre, à la tomette, au fait que je te parle des grottes de Lascaux, des pierres, des machins, des couleurs. Sur toute cette phase de 2026, mes dernières toiles, j'ai fait des falaises. J'ai fait des falaises sans savoir pourquoi je faisais des falaises. Et je me suis dit, tiens, je rêve de falaises. Donc, c'est peut-être parce que je rêve de falaises ou parce qu'il y a le Wanderlala, je ne me rappelle pas, ce tableau romantique de ce gars qui regarde... Au loin, il ne te sait pas s'il est sur une falaise, il regarde la mer ou les nuages. Enfin bref, the wanderer, voilà. Je pensais que c'était ça, en fait. Sièrement, je me disais, il y a une raison logique pour laquelle je suis en train de faire des falaises. Et en fait, je me suis rendue compte, avec le recul, après en avoir fait un bon paquet, après avoir eu, je ne sais pas, au moins déjà une quinzaine de toiles de falaises, qu'en fait, la falaise représentait exactement que j'en étais dans ma période de la vie, quoi. Parce que la Terre, la roche en général, la falaise, qu'est-ce qu'elle vit, la falaise ? Elle vit l'eau. L'eau qui est tout le temps active et qui est tout le temps agressive. Elle est tout le temps en mouvement et elle cogne. Non-stop contre les rochers. Et donc la falaise, pour moi, c'est un élément très féminin. Parce que c'est un élément naturel qui ne fait que varier suite aux agressions. Elle prend le coup de l'eau. erode, elle collapse et elle se reconstruit et elle se reforme. Et donc je me suis dit tiens c'est étonnant parce que l'an dernier quand je venais de me quitter et que ça avait été extrêmement compliqué avec mon ex-conjoint et ben dans un coup de tête, enfin sur un coup de tête je me suis dit vas-y je prends ma fille, je me casse, je vais en Bretagne, en Normandie, j'avais loué une voiture et tout. Et où est-ce qu'on s'est retrouvés ? Face à des falaises, elle et moi. Et je pense qu'en fait j'ai fait tout un process. où je pensais que c'était des rêves, mais en fait les rêves sont reliés à de la mémoire. Je me suis donné l'illusion que c'était mon inconscient qui me donnait des rêves, alors qu'en fait non, parce que j'y étais physiquement. Et surtout, par exemple, dans des lieux comme Étretat, j'y suis allée avec mon ex. Donc ça veut dire qu'en gros j'ai fait un travail d'épuration de ce que j'ai vécu avec mon ex-conjoint, de ce que je suis allée rechercher toute seule avec ma fille, et du symbole de la falaise, de la terre versus... Le ciel versus l'eau versus plein de choses et d'une terre, d'une masse qui se reforme non-stop face à une agression qui n'arrête jamais. Et donc c'est pour ça aussi que je me suis questionnée sur pourquoi est-ce que je les ai peintes d'un certain niveau. Parce que dans les falaises, je ne les peins pas depuis l'eau, je ne les peins pas depuis le haut. Je suis juste au milieu, comme dans ma vie, comme dans Dante, au milieu de ma vie, 40 ans. Et ça, je pense que c'est issu des souvenirs, de la mémoire. Et qu'après, oui, bien sûr, l'inconscient va retravailler derrière et qu'il va te reproposer des rêves, ok. Mais en tout cas, c'est parti du réel.
Ce que j'avais compris, c'est que les rêves, c'est un mélange de mémoire court terme et long terme. En fait, chaque nuit, tu vas revivre une composition un peu de ces souvenirs court terme, long terme. Et ça se réarrange d'une certaine façon. Mais ce qui est drôle au travers de tes peintures, c'est que du coup, la façon dont tu me le dis, c'est tu vis des choses, ton corps les intègre et quand c'est prêt, tu les ressors au travers d'une peinture.
Ouais, je pense qu'il y a un process comme ça, ouais.
Qu'est-ce qui a évolué dans ta pratique artistique jusqu'à tes 40 ans ?
Je dirais que ma pratique artistique est très liée à ma personnalité et à mon dysfonctionnement. Peut-être que plusieurs artistes vont se reconnaître dans... dans ces mots qu'on ne dit pas assez. Comme pour moi, être artiste, ce n'est pas un travail, mais c'est quitter la manière dont tu es artiste reflète ta personnalité, donc aussi tes failles, tes atouts, etc. Et ce qui a changé dans ma pratique artistique, c'est que jusqu'avant mes 40, au final, à part pour un seul tableau que j'ai peint, que je n'ai pas voulu vendre en 2014, et je l'ai peint en 40 minutes, vraiment dans un état où je n'étais pas en train de penser, le reste des tableaux, je les ai faits en pensant qu'ils devaient plaire. En bonne people pleaser que je suis, en bonne dépendante affective que je suis, en bonne femme avec une bonne et saine, balèze culture judéo-chrétienne qu'on m'a bien inculquée et qui est... Sacrifie-toi pour les autres parce que c'est ce que la femme fait. Mes tableaux, amenez avec eux. Ça. Le bleu était à la mode ? Eh ben j'allais mettre du bleu. J'aime le bleu. Mais est-ce que c'est moi qui l'aime ou est-ce que c'est la société qui l'aime ? À 25 ans, je n'aurais pas été capable de te le dire vraiment. Je t'aurais menti. Je t'aurais dit mais bien sûr j'adore le bleu. Mais je ne suis pas sûre que c'était vrai. Ce qui change, c'est que là par exemple, se cloîtrer et peindre 48 heures suite à une séparation qui est hyper violente, là je n'ai pas peint pour les autres. Là, j'ai peint pour moi. Et je n'ai même pas peint pour moi vraiment. Je n'ai pas un message. Et donc, c'est ça qui change dans ma pratique artistique. C'est qu'en gros, mémoire ou pas mémoire, souvenir ou pas souvenir, sensation ou pas sensation, réel ou pas, je sors ce que j'ai à sortir, ce qui est quand même très compliqué. Parce que c'est dur, encore une fois, même dans la pratique artistique, c'est dur de... de dire, attends, là, il y a des filtres qui ne sont pas les miens. C'est des filtres qu'on m'a donnés, je n'en veux pas. Ça ne m'appartient pas. Ça, en fait, je trouve que quand tu arrives à 40 ans, bizarrement, ces filtres-là, tu les vois. Mais donc, quand tu vois ces tableaux, quand tu vois ces toiles,
est-ce que tu vois, justement, la traduction en filtre derrière ?
Oui, je la vois. Et c'est pour ça que j'arrive à m'en détacher, tu vois. Et ce que je vois surtout, c'est que ça fait partie du process. C'est-à-dire que chaque toile créée était aussi en même temps un esclavage vis-à-vis de ça. Et en même temps, je vois que chaque toile qui est posée, c'est comme si je l'avais retirée la lentille. C'est comme si je l'avais enlevée, je l'avais posée dedans. Et du coup, je m'en étais libérée. Et donc, il y a des bouts d'âme dans chaque tableau. Chaque tableau. Ah, c'est un bout de mon âme. Et donc, il y a des bouts de mon âme que je suis prête à donner parce que peut-être des gens voient et vivent la même chose et donc ils le voient. Et il y a des bouts d'âme que je ne peux pas donner parce qu'ils sont trop grands, trop importants, parce qu'ils sont trop vivants encore. Et donc, je ne peux pas m'en séparer.
Il y a combien de tableaux dont tu ne te sépareras pas pour l'instant ou peut-être jamais ?
Pour l'instant, je n'en ai que deux. Il y en avait un. Ça a été très dur de m'en séparer, mais j'ai décidé de le faire parce que la personne qui l'a acheté, elle m'a dit des choses, elle m'a tellement touchée que je me suis dit en fait, elle va en prendre soin. S'il me manque, je pourrais aller le voir comme une personne et avec elle, il sera bien. Il sera bien là-haut, il sera à sa place. C'est comme si j'avais donné un bout de main en adoption à cette femme qui s'appelle Elisabeth. Tu peut-être écouteras ce podcast. C'est quoi la place du féminin dans tes œuvres, dans ton processus de création ? C'est très compliqué, la place du féminin. Pour moi, être une femme, c'est très dur. Mes œuvres, je dirais qu'elles sont quand même très asexuées. Quand je fais des expos, par exemple, ou quand j'expose dans des gros salons, on est des centaines d'artistes. Je ne sais pas comment t'expliquer, mais il y a des toiles. C'est hyper chelou, ce que je vais dire. Il y a des toiles. Je les regarde, je sais pertinemment que cette toile a été peinte par un esprit féminin. Alors, ça peut être une femme dans un corps d'homme, ça peut être ce que tu veux, mais il y a un esprit féminin qui a peint la toile. C'est comme les toiles de Berthe Morisot, tu vois, quand tu regardes les imprécis. Il n'y a qu'une femme qui peut t'emmener dans une douceur, dans un monde, en fait, qui, à l'époque, bon, maintenant, aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, mais à cette époque-là, Il n'y avait que le féminin qui pouvait t'emmener dans la douceur des peintures de Berthe Morisot. Et donc, par exemple, les toiles de Berthe Morisot ou de Suzanne Valadon, je ne sais pas, quand tu les regardes, tu le sais, tu le sais. Il y a une délicatesse, il y a un truc. C'est marqué. Et de la même manière, je n'arrive pas, cette délicatesse, moi, je n'arrive pas à la mettre dans mes peintures. Et je précise, je ne parle pas de sexe. Je ne parle pas genre de femme-homme ou les deux. Je parle vraiment d'esprit. C'est comment tu te sens toi à l'intérieur de toi-même. Peu importe ta forme, ton enveloppe physique. Et moi, j'ai une enveloppe physique où je suis dans un corps de femme. Mais intérieurement, des fois, en tout cas quand je suis en peinture, être femme n'a pas d'importance. Du coup, dans la scélégraphie par exemple, j'arrive à ramener ça. même de manière, si tu veux, sarcastique. J'ai fait des impressions avec des vulves, enfin des trucs, voilà. Mais en peinture,
Ma peinture n'a pas de sexe. C'est purement émotionnel. Moi, je pense que c'est la charge émotionnelle, c'est mon ressenti, mais je pense que c'est la charge émotionnelle de tes tableaux qui font que, soit on a une capacité de communiquer avec, ça apporte quelque chose ou ça renvoie quelque chose qui correspond à ce que la personne ressent à l'instant T. Je pense que c'est ça qui fait qu'il faut avoir la capacité de se connecter émotionnellement à tes tableaux. Parce que justement, ils ne sont pas neutres. Pour moi, il y avait une de mes questions, c'était que... J'ai l'impression que ce que tu peins, c'est toujours en lien avec des recherches littéraires que tu fais à côté. Comment tu te nourris intellectuellement ? Et donc typiquement, tu as toute une série qui est plutôt autour des œuvres de Dante.
Alors du coup, ça te vient d'où ? De nourrir tes peintures justement de ces courants littéraires-là ? Ça vient de mes études. Mes parents sont des personnes... Mon père était dans l'armée de l'air, il était militaire. Ma mère était une femme au foyer. Mes grands-parents, malgré nos bons noms nobles, c'était des gens vraiment très pauvres. Je ne viens pas d'une famille cultivée. On n'est pas des intellos et des littéraires. Quand j'ai affirmé, quand j'étais petite, à mes parents que j'allais devenir artiste et que j'allais faire des peintures, pour eux, ça a été un choc. Mais un choc, ils étaient trop morts. Il y a eu vraiment un terrorisme psychologique autour de l'art. Quand j'ai dit à ma mère à la fin de mes études de lycée, donc le lycée en Italie, tu le termines à 18 ans, 18-19 ans, je me dispute avec mon père, mon père claque la porte, il quitte l'appartement. Et moi, je dis à ma mère, je dis « Maman, je ne peux pas vivre une vie sans avoir la chance d'apprendre de l'art. » Mais histoire que mes parents ne m'ont même pas mis dans un centre Paris Animes pour faire, je ne sais pas, une heure de dessin par semaine. On en est là, hein. Voilà. Donc j'avais zéro formation de dessin. Et j'avais dit à ma mère, non maman, maintenant, maintenant, je veux essayer, je veux apprendre. Je veux faire les beaux-arts. Enfin, je vis pour ça. Et ma mère s'était pointée devant la porte en me disant, si tu sors de cette porte, moi je m'ouvre les veines. Elle avait un couteau. Et là, je me suis dit, putain, mais ça a marché sur moi. Moi, je dis, ok maman, ok, ok. C'est bon, je fais ce que tu veux. Et donc, j'ai commencé à faire des études. Je ne savais pas, en fait. Moi, je savais ce que je voulais faire, mais mes parents ne voulaient pas. Et je n'avais pas assez de réserve, moi. Je n'étais pas assez forte mentalement pour dire, tu sais quoi ? Rien à battre. Allez, fuck off les darons. Moi, je me casse. J'étais très, très, très attachée. Éventuellement, j'étais dépendante de mes parents. Et donc, ils avaient 100% d'emprise sur moi. Et donc... Donc, je me suis retrouvée à faire des études en littérature. Voilà. Et je me suis retrouvée à faire la fac en me disant qu'après la fac, peut-être que j'aurais pu faire de l'art. Et en fait, la fac, ça dure longtemps quand même. Et en fait, c'est là où j'ai commencé à développer des gros tocs. La tricotillomanie, par exemple. Parce qu'en fait, quand tu ne vis pas ce que tu es censé vivre, ton corps, ton cerveau, à un moment donné, tu encaisses, t'encaisses et puis tu pètes un câble. Et donc, ça a été l'époque de l'eczéma, ça a été l'époque de la trichotillomanie, ça a été l'époque de l'hyperactivité, de plein de choses, en fait. Et la seule chose qui me faisait du bien, c'était ces bouquins qu'on nous donnait à lire. Littérature française... Toute la littérature anglaise, romantique, Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley, toutes les questions bioéthiques qui sont vraiment hyper contemporaines. Et dans tout ça, il y avait Dante, Dante qui inspire Rodin, Dante qui inspire Dali, Dante qui inspire tout le monde en fait. Et du coup, Dante qui meuble. l'imaginaire des étudiants italiens, parce que là, moi, je pourrais te citer toute la... Je connais une bonne partie de la comédie de Dante par cœur. Et des passages de Dante, qui en fait, pour moi, étaient des passages de ma vie, notamment dans l'enfer, parce que la commedia, la divina, commedia divina, c'est Boccaccio, c'est Boccaccio qui a donné le nom de divine à la comédie de Dante, qui au début s'appelait juste la comédie, la commedia. La commedia, c'est... une critique sociale de tous les personnages qui entouraient Dante à l'époque. Et donc, si tu la lis avec des lunettes, avec une grille interprétative un peu contemporaine, tu peux remplacer des personnages qu'il critique. Avec nos politiciens, nos lobbyistes, nos banquiers, nos faits divers, ça marche. La comédie de Dante est incroyable parce qu'en fait, elle te remet encore dans des questions contemporaines qui sont... Enfin vraiment, on est d'actualité. Il faut juste que tu remplaces des noms. Et donc, moi, la comédie, ça a été quelque chose qui nourrit mon imaginaire. Parce qu'en fait, quelque part, de ne pas pouvoir faire ce que tu veux. Ne pas pouvoir vivre librement ta vie de par tes choix, parce que tu es bloqué, que ce soit par un parent, un conjoint, par quelqu'un que tu aimes, peu importe. Est-ce que l'incapacité de se libérer ne nous met pas dans un enfer ? Et ça m'a fait penser... J'écoute toujours beaucoup de musique et ça me fait penser à cette chanson que j'écoutais de Gilberto Gil qui avait repris des chansons de Bob Marley dans un album qui s'appelle Kayan Gandaria et qui chantait « Tu penses être au paradis mais en fait t'es en train de vivre en enfer » . Et en fait ça je me disais c'est exactement ça, c'est pour ça que j'ai peint un gros triptyque que j'ai appelé Styx. C'est ma vision de l'enfer de Dante et du paradis du purgatoire. Mais en même temps, c'est ma vision de nos villes, de nos vies, de cette société qui ne marche pas. Notre système ne marche pas. Les nouvelles générations ne savent pas quoi faire de leur vie. Elles ne marchent pas. Et on ne marche pas au détriment de notre planète. Si ça, ce n'est pas un enfer, alors je ne sais pas c'est quoi. Et donc ça, en peinture, après tu le ramènes. Tu peux ramener ça à tes propres souvenirs. Tu peux ramener ça à ta situation professionnelle. Tu peux ramener ça à la canicule quand on est en train de se taper. Tu peux ramener ça à tout. Et donc, la littérature alimente un imaginaire. Surtout quand tu prends la littérature, pas pour ce qu'elle te donne en termes d'informations, genre apprends à lire le livre et résume-le tel qu'on te le dit à la chatte GPT. C'est prendre le livre et te dire « Waouh ! » Putain, 600 ans sont passés et on en est encore au même endroit. On n'est pas sortis de l'auberge. Et en plus, on est vraiment en train de cuire comme si on était au cinquième niveau d'enfer, tu vois. Et là, on va faire que descendre.
Donc aujourd'hui, toi, les œuvres, elles te permettent de transmuter. Donc, ce n'est pas une lecture plate. Ça te renvoie à quelque chose. Et toi, ça te permet justement de transmuter au travers de tes tableaux. C'est comme un support à l'expression.
Oui. Une fois suffit d'une phrase ou d'une poésie, par exemple. On ne consomme plus assez de poésie. Il faudrait qu'on se remette à la poésie.
Tu parlais de poèmes, tu en as un en tête ?
Oui. Moi, mon poète préféré, il s'appelle Giuseppe Ungaretti. Je l'ai découvert à 21 ans. Je te donne juste un vers d'une toute petite poésie qu'il a écrite. « Di noi rimane quel nulla d'inesauribile segreto » "De nous il ne reste ce rien d'un inépuisable secret". Moi, quand je l'ai lu la première fois, je l'ai lu à la fac, c'était un module de fac, j'en ai pleuré. Parce qu'en fait, il va capter le moyeu de l'âme humaine. De ce fait, pour moi, Ungaretti, il n'est pas peignable. Parce qu'il est déjà peint. Tu ne peux pas peindre un truc comme ça. Et il joue beaucoup aussi avec les mots et tout. Et après l'avoir lu, j'ai commencé à écrire. Avant de peindre, vraiment sérieusement, j'ai écrit. Et en Italie, j'ai publié un livre de poésie qui est sorti. Il est paru en 2005, 2006, où j'ai écrit un livre, j'ai écrit un tome de poésie. Et j'ai écrit des poésies sur Rome. sur mes parcours de chez moi, de mon quartier pourri à la fac qui était au Vatican, de petites choses que je voyais, qui m'ont marquée, qui faisaient vraiment... c'était vraiment une analyse, parce que c'était les années 2000 en fait, et je me disais mais regarde, regarde Rome, quel chaos, on passe d'un millénaire à l'autre, de millénaire à autre, plus rien, dans une ville où tout est mélangé. où tous les gens se mélangent, les langues se mélangent, les architectures se mélangent, les buildings. T'as le colisée, tu fais trois pas, après t'as l'altare della patria. T'as des écarts en fait de millénaires. Et nous on marche comme ça sur nos propres morts, sur notre propre histoire. Un peu comme des fantômes quoi, tu vois, sans être vraiment conscient de ce qu'on est en train de faire. Et les millénaires s'écoulent et personne ne bouge vraiment. Et du coup je trouvais ça incroyable. Et j'arrivais pas à mettre ça en dessin, je pouvais pas le dessiner, j'allais pas aller... Tu vois, on m'avait pas... permis de me donner des outils de dessin. Je ne pouvais pas dessiner ça. Donc, c'était tellement frustrant que j'ai fini par l'écrire. Et quand je suis arrivée à Paris, les mots, ils se sont arrêtés et la peinture, elle est arrivée. Rome, écriture. Paris, peinture.
Quand tu retournes à Rome, tu ressens la même chose ? Tu arrives à peindre en Italie ?
Non, jamais. Je n'ai jamais fait une toile en Italie.
Parce que ça ne t'est pas venu à l'esprit ? Tu n'as pas eu de l'envie ou c'est que ce n'est pas possible ?
Ce n'est pas possible.
Il y a un shift identitaire entre toi l'italienne et toi la parisienne.
Oui, il y a une schizophrénie aiguë. En fait, avec Diane, avec ma fille, ça va beaucoup mieux. Ma fille crée un pont entre France et Italie avant d'être mère. J'arrivais en Italie, c'est comme si ma vie parisienne et Greta parisienne n'existaient pas. Et donc, en fait, la Greta parisienne n'existait pas. Et je redeviens, je redevenais Greta italienne. Avec ses potes en Italie qui parlent l'italien et qui a fait sa vie en Italie, sa fac en Italie, qui écrit, voilà. Et quand je reviens à Paris, la Greta l'italienne n'existe pas. Bah Greta, elle a grandi à Paris et... Vraiment, c'était un shift, mais... Je trouvais ça éprouvant. Et quand ma fille est arrivée, je l'ai en face de moi, je me dis, bah non, je dois bien exister. Enfin, à un moment donné, elle est bien... Voilà. Mais ça, c'est venu très tard. Et si ma fille n'est pas là en physique pour... me dire « Eh oh, t'es la même personne » et j'y vais en solo, meuf, c'est l'enfer. C'est l'enfer. Est-ce que quand tu relis tes poèmes que Greta italienne a pu écrire, est-ce que tu ressens la même chose que quand tu regardes tes peintures ? Non. Quand je relis mes poèmes, j'ai la sensation… Oh, c'était très fort. En fait, je lis mes poèmes et j'ai la sensation que quelque part, c'est pas moi qui les ai écrits. C'est comme si mes poèmes ont été écrits par quelqu'un qui a possédé mon corps et qui a écrit ces poèmes. Je reconnais après, mais il y a par exemple une poésie, j'avais gagné plein de prix avec. J'étais même arrivée à Turin dans un prix littéraire machin avec ça. Et je me rappelle de la critique hyper forte que j'avais eue, parce que le poème qui avait gagné, il s'appelait « Paroles d'une mère » , « Les mots d'une mère » . Et c'était pas les mots de ma mère, c'était... des mots que moi, en fait, jeune, je m'étais imaginé que j'aurais voulu qu'on me dise à moi. Et quelque part, il y avait aussi un peu ce que ma mère m'avait inculqué, parce qu'il y a des choses que je dis que ma mère m'avait inculqué. Et donc aujourd'hui, par exemple, ce poème, je le déteste un peu. Il y a des passages, en fait, enfin, il commence où je dis, par exemple, un sacrifice, ça je m'en rappelle très bien, un sacrifice n'est pas un refus. Et même si le soleil se lève, une seule fois par jour, tu auras mille et mille aurores à observer. Mais cette phrase, un sacrifice n'est pas un refus, c'est pas moi. Ça c'est ma mère qui me dit en gros tu fais le sacrifice de ne pas faire de l'art mais rappelle-toi que ce n'est pas un refus. En fait si, ça l'est. Parce que si moi je nais avec des capacités artistiques et je suis hyper créative et j'ai une neurodivergence et je ne suis pas câblée comme les autres enfants, tu ne peux pas t'attendre. à que je colle. Donc en fait, quelque part, si c'est un refus de ma personne. Et donc ces mêmes mots qui m'ont emmené loin dans les concours littéraires sont les mêmes mots qui m'ont moins incarcéré dans une prison. Et je me suis donné la sensation que c'est moi qui les écris, mais en fait, c'était pas vrai. C'était moi qui me... Voilà. Et ce truc aussi très beau, de me dire, de m'écrire que même si le soleil se lève une seule fois par jour, j'aurai, tu auras mille et mille. aurora observée, ce truc où tout le monde disait « Ah, c'est magnifique, c'est beau et tout » , je me disais « C'est quand même triste depuis une prison de te dire que même si le soleil, tu vas avoir des années et des années de lever de soleil que tu regarderas d'une prison. » Et donc, en fait, ces mots que je me suis écrits quand j'étais très très jeune, aujourd'hui, quand je les relis à 40 ans, ben, je suis bonne pour la thérapie, tu vois. C'est-à-dire que... Je reviens dessus et je me dis, quelque part, ce n'était pas vraiment moi. Tandis que les tableaux... C'est moi. C'est moi, people pleaser. C'est moi, dysfonctionnelle. Mais c'est moi. C'était mon geste. C'est mon mouvement. C'est mon choix sur la toile blanche. C'était moi.
Et est-ce que l'écriture est plus enfermante que la peinture ?
Je peux répondre médicalement à ça dans le sens que si je fais de la peinture, après je me sens bien. Quand je fais de l'écriture, par exemple, pendant que j'écris, je me tape la crise de tricotillomanie du début à la fin. Du coup, en fait, pour moi, l'écriture, c'est quand je vais vraiment très mal, quand il y a vraiment un truc que je n'arrive pas à exprimer. Et donc, l'écriture, pour moi, c'est un peu la dernière ressource possible, accessible, pour essayer de sortir un truc qui, normalement, aurait dû sortir il y a bien longtemps, en image probablement, mais qui n'est pas sorti. Qu'est-ce que tu gardes de Greta italienne ? Ou qu'est-ce que tu veux en garder ? Je pense que la seule chose que je vais vraiment garder... C'est le désir de subversion. Et donc, tu as cette espèce de désir de dire, non, en fait, je vais faire une révolution, je vais changer la mentalité de tout le monde, on va changer la politique, on va changer machin, on va changer... Mais en fait, non. Non, parce que c'est un système, c'est toujours la même chose. C'est un système qui ne marche pas, mais qui, en autarcie, qui continue à tourner comme un énorme pachyderme comme l'univers, qui en continue expansion, tu ne peux pas arrêter. Et donc, en fait, tu peux pas aller tout seul, toi, contre une bataille, tu vois, un truc gargantuesque. Et du coup, bah voilà, j'ai pris un ticket EasyJet pour faire un mois à Paris, et puis je suis plus jamais revenue. Et quand t'es arrivée à Paris, t'étais chez toi. Quand je suis arrivée à Paris, quelque part, oui, parce que j'arrive à Paris, mais je m'installe au tout début dans un tout petit trou dans le premier arrondissement, et je commence à aller dans les jazz clubs, je commence à écouter des jam sessions. avoir des musiciens qui ne savent pas où ils vont, mais ils jouent quand même. Et je me dis, putain, mais c'est trop comme ça. En fait, c'est comme ça que je me sens. C'est pour ça que j'adore le jazz. Parce que le jazz, des fois, tu ne sais pas ce que tu fais, mais tu le fais quand même. Et puis, tu sais que tu as d'autres gens qui font la même chose. Et en fait, personne ne sait ce qu'ils font, mais ça marche. C'est pour ça que je ne fréquente pas vraiment beaucoup d'Italiens ici à Paris, voire pas du tout. Parce que les Italiens, ils parlent de chez eux avec une grande nostalgie. Ah, les pâtes de ma grand-mère. Ah, l'Italie. Et moi, je suis là, je me dis, en fait, oui, OK, mes racines sont à Rome. Une partie de mon cœur est romain. Et je suis très orgueilleuse d'être romaine. Mais je ne suis pas que romaine. Je n'ai pas ce vide, je n'ai pas cette nostalgie. Je suis vraiment dédoublée. Alors, c'est quoi le bonheur pour toi ? Je pense que le bonheur, c'est comme un prisme. Où tu as de la lumière qui passe dedans. Comme The Dark Side, tu vois l'album Dark Side of the Moon ? Exactement ! Dark Side of the Moon, en gros, t'as ton prisme, ok ? Et donc t'as la lumière blanche pâve qui arrive, puis t'as le triangle, et après, tu sais, ça part en couleurs. Le bonheur, c'est pas un objectif. Tu peux pas avoir comme objectif d'être heureux. Pour moi, ça marche pas. Le bonheur, c'est souvent déjà là, parce que bonheur... ne peut pas rimer avec perfection. Bonheur, ça veut dire que t'as assez de pépettes pour avoir à manger, t'as assez conscience de ce que t'as vécu, même si tu traînes toutes tes « psychatrices » et encore tu souffres, mais tu le sais. Et malgré ça, tu te réveilles le matin et tu te dis « Aujourd'hui, ça va être génial ! » parce que je vais aller voir une expo, parce que je vais faire ça, parce qu'en fait je suis bien, parce que je suis en santé. Le bonheur c'est un état, c'est quelque chose qui peut t'habiter. Et je pense que le bonheur, on y a tous un peu accès quand on arrête de se prendre la tête.
Donc si je reformule, c'est la capacité à avoir tous les petits miracles dans la vie tous les jours. Merci. Qu'est-ce qui te procure de la joie au quotidien ? C'est quoi le premier truc là tout de suite ? Direct, sans penser. Et c'est quelque chose que j'ai découvert à la quarantaine. Ce qui me procure de la joie infinie, c'est d'être entourée par des amis. Les personnes. Les personnes sont ma source de joie. Les amis sont ma source de joie. Là, maintenant, on se parle. Tu me demandes si je suis heureuse. Oui, 100%, je suis heureuse. Pourquoi ? Parce qu'il y a un truc... que j'ai découvert avec cette séparation qui a été extrêmement dure et avec la maternité parce que la maternité isole. Le risque de la maternité, c'est de se retrouver vite isolé avec ton bébé. Et en fait, j'ai découvert plein de personnes. Et ces personnes-là, c'est exactement comme vraiment l'infiniment grand et l'infiniment petit de Pascal. Tu prends une planète, la caillasse dans l'univers. Tu la fous toute seule, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de machin. La caillasse, elle part en dérive dans un trou noir. Tu ne sais pas où ça part et tout. Mais si tu as un système, un système solaire, où la gravité se contrebalance, où en fait, t'as un soleil. Mon soleil, principalement, c'est mon art et ma fille. Voilà, ça c'est mon soleil. En gros, c'est ma source de vie. Art et ma fille. Et après, t'as une planète, Mercure. Oh tiens, Mercure, je vais mettre une copie. Oh tiens, Mars. Oh, Théodora. Oh tiens, Vénus. Oh, regarde, ça se contrebalance. Tiens, satellite. C'est quoi le satellite ? Oh bah tiens, c'est le job que j'ai découvert, que j'aime bien avec machin. Tiens, Jupiter, oh là là, mais regarde, mais c'est génial, il y a des petits satellites et tout. En fait, les personnes, elles sont apparues comme ça. Le dessin me les a envoyées et je les ai acceptées. Et du coup, en fait, actuellement, je suis dans un système solaire en équilibre avec ma gamine. Et c'est pour ça que j'ai complètement réévalué mon échelle de valeur. Avant, c'était... La couple, mon mec, mon mec, ma gamine, mon mec, mon mec, et que je te mets le mec tout en haut et que si le mec il dit, ah bah t'es comme ça, je lui croyais, ah bah machin. Non, maintenant, ma priorité, ce sont mes amis. Tu me demandes comment je vais mourir ? Ah bah je vais mourir dans un studio, à côté de dix autres studios, il y a mes potes dedans, au bord de mer. On fait quoi ce matin avec nos petits trucs à roulettes ? Ah bah tiens, on va aller faire le marché. Ah bah vas-y, on va faire le marché. Voilà. à 80 balais avec mes potes. Mais aujourd'hui, c'est quoi ton regard sur la famille ?
Sur ma famille ? Alors attends, sur la famille, comment moi je la perçois, par exemple, moi et ma fille ou ma famille d'origine ?
La famille, comment tu la perçois aujourd'hui ?
Ce n'est pas du tout le format judéo-chrétien qu'on m'avait inculqué. Pour moi, la famille, c'est quelque chose que tu construis et tu mets les personnes que tu veux dedans. Et donc, par exemple... Dans ma famille, il y a ma fille, il y a moi. Malgré tout, il y a des membres de ma famille, même s'ils ont beaucoup, beaucoup de défauts, même s'ils sont toxiques par moment. Mais la différence, c'est que c'est moi qui choisis. Comme en amitié, tu choisis les personnes avec qui tu vas t'entourer. Et je sais que c'est dur parce que je me suis éloignée de personnes que je connais depuis l'âge de 4 ans, mais c'était des personnes qui ne me faisaient pas du bien. Et donc, à un moment donné, quand tu deviens adulte et tu veux vraiment grandir et tu veux être heureux justement et trouver ton bonheur, en gros, c'est une maturité et une prise de conscience et aussi une sincérité. enfin à un moment donné il faut être sincère avec soi-même et les autres pour te dire bah voilà : Je veux, je te veux dans ma vie.
Qu'est-ce que tu te souhaites pour les prochaines années ?
Pour les prochaines années, moi, je me souhaite, comme je souhaiterais à mes amis en vrai, de continuer à s'entourer de personnes qui nous font du bien. D'avoir de l'argent, mais pas trop. Parce que sinon, après, tu sais, des fois, ça vient de... En fait, nécessaire pour être bien, pour partir en vacances, faire un beau voyage. Je me souhaite... de me libérer aussi physiquement, c'est-à-dire de rencontrer par exemple un homme, ou je ne sais pas, une femme, enfin je ne sais pas, mais rencontrer quelqu'un dont par exemple je pourrais potentiellement tomber amoureuse, mais cela ne veut pas dire que je vais emménager avec, que je vais me marier, que je vais forcément devoir faire des choses. En fait, je me souhaite de la liberté. Je me souhaite de la liberté de penser, de la liberté d'expression. de me libérer pour que ensuite, moi, je puisse montrer à ma fille que c'est possible.
Qu'est-ce que tu ressens alors qu'on est en train de terminer cet épisode ?
Tout ce que j'ai dit là, je ne l'avais pas pensé. C'était vraiment, je pense, la première fois dans ma vie où j'ai fait un flux de conscience. Le Virginia Woolf style ou le James Jole style. Du coup, je me sens très alignée. avec ce que je ressens et ce que j'ai dit. Rarement, ça m'arrive. Tu vois, des fois, j'ai toujours la frustration de me dire mais ce n'est pas vraiment ça que je voulais dire. Et je pense que le format que tu fais, peut-être que les questions que tu poses, là, justement, c'est toi en fait un... Tu as été un peu le Virgile qui a guidé Dante dans les enfers. La classe. Tu as été le Cicéron de ce podcast. Je pense que ça a fait que moi, je ne me suis pas frustrée. Je n'ai pas pensé à ce que je disais. J'ai juste bidé ce que j'avais dans la tête sans penser, sans filtrer. Et du coup, à mon grand étonnement, je me sens comme si j'avais terminé un tableau.
Alors ça, c'est un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire
En fait, on a fait un tableau ensemble.
Et il aurait quelle couleur ce tableau ?
Il est vert bleu, il est vert d'eau, il est un peu céladon. Et en fait, par contre, il y a comme des espèces de branches de fleurs qui montent. Et les fleurs sont très cuivrées. C'est comme s'il y avait des fleurs comme des soleils, une pluie mais comme une brume marine.
Et du coup, Greta, pour les personnes qui nous écouteront, où est-ce qu'on peut te retrouver ? Sur Internet ? Ou dans des expos ? Ou dans des restaurants ?
Oui, je suis un peu partout en ce moment. Alors, sur Internet, j'ai un site qui est tout le temps là et qui est simplement mon prénom et mon nom. Donc, Greta, G-R-E-T-A, Margherita, M-A-R-G-H-E-R-I-T-A.com. Autrement, sur Instagram, je suis très, très active parce que je partage mes œuvres en live. Et donc, c'est Greta, Margherita, toujours avec un G-H, .art. Et en exposition, bon, si vous partez au Japon, je suis à Tokyo la première quinzaine d'août 2026 au National Art Center. Donc, c'est un des plus gros musées d'art contemporain de Tokyo. Donc, je suis ravie. Mais bon, c'est un peu loin. Sinon, je suis au FIAP de Paris, rue Cabanis, dans le 14e, avec toutes mes toiles qui sont sorties jusqu'au 29 septembre 2026. Autrement, si vous aimez le café, j'expose justement mon grand triptyque dantesque de 3 mètres de long. chez Raf coffee, à Paris, qui est à Saint-Placide, en gros, sur la rue de Rennes. Et je suis également exposée au restaurant Saperavi, qui est un restaurant georgien, qui est rue du Fer à Moulins. Écoute, merci beaucoup, Greta. C'était très chouette. Merci à toi. C'était très cool. C'était trop chouette. J'ai trop adoré.
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si les histoires partagées aujourd'hui vous ont touché, ne gardez pas cette émotion pour vous. Abonnez-vous pour ne rien manquer des prochains épisodes, laissez un commentaire pour partager vos impressions, et surtout parlez-en autour de vous. A vos amis, vos collègues, vos voisins, votre famille, ensemble, faisons grandir cette communauté de personnes inspirées par les souvenirs et les expériences de vie. Votre soutien est précieux et nous permet de continuer à explorer ces moments uniques qui nous façonnent. A très bientôt !
Description
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour et bienvenue dans Remember, le podcast des mémoires. Je suis Théodora et dans chaque épisode, je vous invite à revivre des moments intenses, à explorer des émotions profondes et à découvrir des histoires inspirantes qui ont marqué des vies. Bonne écoute ! Salut Greta ! Bonjour ! Je suis contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Greta, on s'est rencontré le 9 mars 2025 au travers d'une de tes toiles, les instantanées de velours. Je suis très contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Ma première question, c'est qu'est-ce que tu ressens alors qu'on s'apprête à débuter cet entretien ?
Je suis très contente d'être ici aujourd'hui avec toi. Je me sens énergétique, même s'il fait très chaud, même si on est en pleine canicule aujourd'hui. Parce que le thème que tu affrontes, c'est un thème qui est vraiment très intéressant et qui, pour les artistes comme moi, est quelque chose qui meuble notre imaginaire. Et donc, aller se poser un instant que sur ça, sans une phase créative ou « active » , je pense que c'est quelque chose qui est très inspirant. Et aussi, moi, je vais rentrer dans un terrain de l'inconnu. Parce que là, je suis face à toi, il y a nos voix, il y a l'air autour, mais il n'y a pas de création en cours, si ce n'est entre nous. Et donc, on est en train de faire, en fait, à mon sens, une forme d'art, mais différente. Et donc, ça... I feel excited. C'est ça. Voilà, je n'ai pas le mot en français, mais I'm excited. Bon, ben, c'est parfait. Greta, tu as dit que tu étais artiste. Est-ce que tu veux te présenter ? Oui, avec plaisir. Alors... Artiste, oui. Donc moi, je m'appelle Greta Margherita. Je suis une artiste, je dirais cosmopolite et en partie aussi franco-italienne, pour être plus précise. Je me définis comme une artiste polyvalente, c'est-à-dire que je suis peintre, je suis graveur, je suis sérigraphe, je suis sketch artist. Et artiste, ce n'est pas vraiment un travail, c'est qui on est. Voilà, artiste, c'est qui on est. Je pense que l'on est artiste, on ne le devient pas forcément, on est déjà comme ça. Et je dis ça parce qu'officiellement, face à la société, j'ai fait une reconversion depuis 2023. Et donc c'est un nouveau parcours que j'aborde depuis pas très longtemps au final, même s'il est là depuis toujours. Et donc j'ai un atelier dans le cinquième arrondissement à Césure. Et j'expose énormément. Et là, en ce moment, je travaille sur des sketchs de personnes, des musiciens, des artistes, des inconnus dans le métro. Et donc, je suis en train de déplacer mon attention de la toile peinte. Alors, puisque tu t'en as parlé au tout début, on va aborder le thème de la mémoire. Et donc, aujourd'hui, c'est quoi le souvenir, la mémoire que tu souhaites évoquer ? Disons, un souvenir qui émerge, et je pense que c'est à cause de la chaleur. Voilà, ce n'est pas un souvenir que je suis allée chercher, il est remonté tout seul. C'est un souvenir d'enfance. En ce moment, j'étais en train de lire un article qui disait que, en gros, là, ce qu'on affronte actuellement à Paris cet été, donc ces canicules qu'on enchaîne sans fin, en fait, ce n'était que le début. Et qu'en fait, cet été allait être en vérité un des étés les plus frais de ces 50 prochaines années. Quand j'ai lu ça, il y a un souvenir d'enfance qui a tout de suite ouvert la porte de ma mémoire. Et c'est quand j'étais petite, très petite, parce que moi je suis venue vivre à Paris. J'avais quoi ? J'avais 4 ans et demi, 5 ans. Et c'est un souvenir que j'ai de l'Italie. Et c'est un sol typique romain, parce que moi j'habitais à Rome et j'habitais dans la maison que mon grand-père avait construit après la guerre. Et donc dans... Toute la maison, il l'avait installée avec mon père, c'est des tomates en terre cuite. Est-ce que tu vois un peu les tomates en terre cuite que tu as un peu en Toscane et tout ? Et en fait, chez moi en Italie, tout est comme ça. Il y a plein de tomates en terre cuite. Et en fait, ces tomates-là, elles étaient un petit peu... Elles n'étaient pas mates. Elles étaient translucides parce qu'elles avaient été traitées. Et j'ai ce souvenir d'enfance où je me mettais en culotte. Juste en débardeur culotte. Et en fait, je m'assillais par terre, à l'ombre, sur les tomettes. Parce qu'en fait, il faisait frais sur les tomettes. Et donc, j'ai ce souvenir de moi. Comme je vois ma fille aujourd'hui, qui a 4 ans, tu vois. Des fois, quand elle a trop chaud, je lui mets des petites culottes. Le petit débardeur, tu sais, basique, quoi. Et là, paf, on se met, je ne sais pas, les pieds dans l'eau, dans la petite baignoire en plastoc, là, de chez nous. Et en fait, moi, je faisais ça avec les tomettes. Je me mettais culotte débardeur, les fesses contre les tomettes. Et je claquais bien tout le bas de ma jambe. Jusqu'à arriver bien au talon, bien, bien, bien sur la tomette. Et puis, tu sais, naturellement, la tomette, elle se réchauffe. Et donc là, tu te décales juste un tout petit peu. Et en fait, j'avais un carnet. Les rhodias, tu sais, que tu as encore qui tournent, les carnets orange, là. J'avais les rhodias que je piquais à mon frère, des crayons. Et en fait, je commençais l'après-midi de canicule dans un coin du salon. Et je me décalais. Au fur et à mesure, en fait, que je réchauffais les tomettes avec mon corps. Et en fait, je commençais, je sais pas, genre à 14h, j'étais genre, je sais pas, en face de la table. Et je finissais à 16h, je pouvais rester assise, enfin déjà, je restais assise 2h et je finissais genre à, je sais pas, à 2 mètres. Parce qu'en fait, j'avais réchauffé toute la ligne de tomate et je faisais ça sur toute la maison. De quoi ils étaient faits, les étés à Rome ? De solitude, bizarrement. C'est très bizarre parce que je viens d'un quartier très pauvre qui s'appelle Tursapians. Et ma rue, c'était une rue où il y avait plein de gamins qui jouaient, tu vois, dans la rue, au football, il y avait plein de gosses et tout. Et paradoxalement, autant on était tout le temps entourés par les voisins, autant je me sentais seule. Parce que mon père n'était jamais là, il partait, il était pilote militaire, donc s'il partait, tu ne savais pas quand et s'il revenait. Ma mère, je pense qu'elle avait un côté très dépressif. Et donc, elle avait du mal à gérer seule trois enfants. En sachant que quand même, elle était jeune. Parce que moi, quand je me reprojette maintenant dans la vie de ma mère, ma soeur, elle l'a eu à 20 ans. Moi, à 20 ans, je m'enquille pas un gosse. Donc, voilà. Je vais être sincère. Donc, en gros, tu vois le truc des fois. Oui, mais mes parents, ils étaient méchants. J'ai réévalué beaucoup de choses. Je pense que ma mère, elle avait... pas les moyens, elle n'avait pas les outils pour gérer trois gamins toute seule avec un mari qui se barrait à faire la guerre du golf et qui ne savait pas si le gars allait revenir. Donc, avec le recul, bon. Et du coup, tout ça me rendait très seule parce que je n'ai pas de souvenirs vraiment. J'en ai quelques-uns, j'ai des jolis souvenirs avec elle, mais j'ai surtout des souvenirs de solitude, c'est-à-dire comment je vais meubler mon temps. Et alors, qu'est-ce que tu as trouvé dans la solitude ? Dans la solitude, j'ai trouvé de l'ennui. Et l'ennui, c'est pas mal. Il t'aide à meubler. L'ennui fait que tu te retrouves à un moment donné à regarder le mur blanc assise sur tes tomettes, à te dire, j'en ai marre de dessiner, ça fait quand même deux heures que je fais des gribouillis, et à t'inventer du coup des mondes. La solitude m'a offert un monde alternatif, des amis imaginaires, des histoires, beaucoup d'histoires, des peuples aussi. Parce que c'est dans cette solitude-là aussi que j'ai trouvé, par exemple, je partageais la chambre avec mon frère et ma sœur. On avait une très grande chambre. Et en fait, mon père avait fait sur mesure une grande armoire. Grande armoire en bois. Ah là là, alors qu'est-ce que je m'imaginais dans cette grande armoire ? Des monstres qui sortaient. Et donc, je passais mon temps à m'imaginer des trucs.
Alors toi, si tu devais peindre cette mémoire-là, ces étés, ces tomates, en termes de couleurs, ça donnerait quoi ?
Ça donnerait une couleur rouille. Ça donnerait des oranges, des couleurs rouilles. Ça donnerait des ocres, des sables brûlés, des terres brûlées aussi, de la terre de Sienne. Et ça donnerait aussi des espèces de branches. Parce qu'au final, quand je regardais dehors, il y avait une grille. Donc cette maison faisait un peu aussi comme une espèce de prison. Mais derrière, il y avait des arbres, il y avait des branches, il y avait les arbres qu'avait planté mon grand-père. Mais je dirais que c'est vraiment dans tous les tons, ocre, sable, cuivre, terre. Tu vois les teintes des grottes de Lascaux ? Ouais, très bien. Ça. palette-là, qui est quelque chose de très lointain. Et est-ce que ça a une odeur particulière ? Oui. Ça sent quoi ? Ça sent plein de choses. Je dirais que ça sent le thym citronné, le basilic, ça sent la camomille. Ok. Ça sent les citrons. Ça sent les citrons âpres. Parce que c'était aussi, on avait un voisin qui avait un citronnier. Et en fait, j'allais de temps en temps piquer des citrons, je les coupais, puis je les mangeais. Et tu sais, t'as déjà mangé un citron ? Ouais. T'as vu ce que ça fait après, la sensation que t'as sur les dents ? Ouais. Comme si en plus, c'était tout anesthésié. C'est ça, le goût. Et aussi... Mais ça, c'est plus ma tristesse, ma solitude qui ferait dire ça. Ça sent un peu comme quand il pleut après très longtemps qu'il n'a pas pleut. Et donc, tu as cette espèce de vapeur, d'humidité qui remonte du sol. Et tu as l'odeur de la pluie qui monte. Et ça fait une odeur très particulière quand c'est des terres, quand c'est des tomates, quand c'est des bouts de jardin. Tu as ça aussi avec l'ardoise. Oui, exactement. Ça a une odeur que tu ne retrouves pas ailleurs. Du coup, c'est quoi ton ressenti corporel de cette mémoire-là ? Alors, c'est très bizarre parce que c'est une bonne question. Mais de toute façon, tu me poses toujours des bonnes questions. Mais en fait, c'est une question très intéressante. Et je pense que ce visage souriant que tu vois actuellement, c'est très récent. Et toute cette vision, toute cette appréhension par rapport à ce souvenir précis que je te partage, elle a changé. Quand je suis devenue maman. C'est-à-dire que si je t'avais rencontré en, par exemple, 2020, avant que je rencontre mon ex-conjoint, que je fasse un enfant, etc., je pense que ce même souvenir, je te l'aurais raconté de manière sombre.
Ok.
Et je n'aurais pas pu voir, comme si en fait tu rentrais dans une maison hantée et qu'il y avait de la poussière partout et que tu as des draps blancs, sales, qui recouvrent les tomates. Et Thomas, tu ne sais pas de quelle couleur elles sont parce qu'il y avait ça, il y avait un tas de poussière dessus. Et quelque part, je pense que la maternité a, comme le liquide amniotique que tu as dans le ventre, en fait, elle a rempli cette maison d'un liquide amniotique. et après quand le bébé est sorti, il est sorti, il a emmené avec lui tout ça, la poussière et tout. Et en fait, l'enfant m'a donné une vision de ses souvenirs de jeunesse. de manière complètement nouvelle. Et donc, c'est bizarre parce que j'en ai un souvenir triste. J'en ai un souvenir de solitude. Et pourtant, maintenant, à 40 ans, en étant maman, je me dis que ce souvenir n'est pas un mauvais souvenir. La solitude, ce n'est pas quelque chose de négatif. S'inventer un monde où se sentir extrêmement seule ou éprouver un ennui, Des fois, j'avais des phrases dans ma tête, je me disais, je m'ennuie tellement que je pourrais en mourir. Je me disais ça, tellement je m'ennuyais. Et en fait, maintenant avec la distance, quand je vois ma fille, je me dis que c'est pas grave si elle s'ennuie. L'ennui, en fait, ça demande au cerveau de se trouver des solutions. Et donc, tout ce que j'ai éprouvé, même un... Un souvenir si banal, entre guillemets, qui est être enfant et être assis par terre parce que t'as trop chaud, donc tu peux pas aller jouer dans le jardin dehors ou voilà, c'est la canicule. Même un souvenir comme ça, quelque part, a forgé, par exemple, mes capacités artistiques, ma mentalité, ma manière de me faire encore aujourd'hui des histoires et d'avoir un humour un peu à la Ally McBeal, où un mec ou une nana me dit quelque chose et moi je pars très, très, très, très loin. Alors que c'est genre, salut, ça va ? Et moi, alors oui, alors tout, Et je me dis que ça, quelque part, c'est forgé depuis mon enfance à cause de la solitude et de l'ennui.
Et donc, du coup, c'est quoi le regard de grande Greta sur petite Greta sur les tomates en terre cuite ?
C'est que, quelque part, cet ennui de grande Greta qui regarde ce souvenir-là, même s'il est triste, il me manque. La tomate me manque. Et comme cette maison, elle est encore là, c'est devenu la maison de mon frère, quand je rentre, Grande Gaëta rentre en Italie et voit ses tomates, ça me fait un truc. Et tu as réussi à le retrouver,
à retrouver cette sensation-là ? C'est-à-dire que si demain tu retournais dans cette maison et que tu te remettais avec ta fille sur ces tomates-là comme ça, assise par terre, est-ce que tu arriverais à grappiller un petit peu ce... C'est un peu comme une Madeleine de Proust. Tu essaies de retrouver la sensation, alors peut-être sans jamais l'atteindre, mais tu t'en approches.
J'aimerais bien le faire, je ne l'ai pas fait. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai été très longtemps un peu mangée par l'anxiété de devoir occuper ma fille. de devoir l'entretenir, de devoir lui faire faire des activités. Plein de choses, en fait, qui venaient d'une pression externe. Et donc, là, je sais que quand on va retourner en Italie, je pense que oui, là, le projet dans une semaine, c'est de me dire, bon, on va s'asseoir par terre.
Et on va s'ennuyer.
On va s'ennuyer. Et cette fois, la différence, c'est que moi, je m'ennuyais toute seule. Là, on s'ennuiera à deux. C'est si cool. Ah, c'est très cool.
Alors, c'est très particulier parce que c'était une version de toi enfant. Mais qu'est-ce que tu penses qui a changé entre la version de toi enfant petite et la version de toi adulte et ce qui n'a pas changé ? C'est quoi les points communs entre les deux Greta ?
Pas grand-chose a changé. Je pense que des souvenirs comme ça, simples et pourtant si forts, ils restent nucléairement intacts. Quelque part... la petite fille qui était assise par terre et qui s'ennuyait, elle existe encore. Et elle est là.
Et tu arrives à la recontacter, à la reconvoquer ?
Je pense que ce qui est très compliqué, justement, c'est que c'est tout ce qu'il y a... En fait, c'est les bagages que tu traînes autour, c'est les boulets, c'est les familles dysfonctionnelles, les couples qui ne marchent pas, les expériences de vie qui te blessent et qui créent en effet... en effet des espèces de murs de ronces entre toi, adulte, et ses souvenirs. C'est cette dysfonctionnalité avec ma famille, avec mes anciens conjoints, avec moi-même, parce qu'en fait, moi-même, je suis souvent dysfonctionnelle avec moi-même, de par mon éducation et de par des mauvais choix de compagnons que j'ai eus et qui vont... qui vont créer en effet des espèces de portes sealed, fermées. En fait, si je veux accéder à ces souvenirs simples, sans filtre, parce que c'est ça le truc, c'est ton souvenir, il est là. Tu l'as filtré, on le filtre, tout le monde filtre un souvenir. Et donc, c'est ça qui est vraiment dur. Tu ne changes pas vraiment. Je ne pense pas qu'on change vraiment sur ces choses-là. Je pense plutôt qu'on est entouré. de bruit, de nuisances qui ne nous appartiennent au fond pas vraiment, mais qui nous ont affectés. Et c'est ce travail-là de nettoyage qui est vraiment complexe et qui nous bloque. Et donc, pour répondre à ta question, je pense qu'il n'y a pas vraiment grand-chose qui a changé, si ce n'est la prise de conscience, que en fait, ce souvenir. Cette mémoire, elle est là, elle est toujours là. Et le travail en tant qu'adulte, c'est de me dire, je ne suis pas responsable de tout ce que j'ai vécu de ce moment-là quand j'étais enfant à aujourd'hui. Je ne peux pas être responsable de ce que les autres m'ont fait. Mais moi, je suis responsable de comment je réagis et où je vais dans mes souvenirs. C'est cette partie un peu adulte qui te dit, hé ho ! Ok, maintenant t'en es là. Regarde, il s'est passé ça, ça, ça. Qu'est-ce que tu en fais avec ? Un tableau ? Ok. Une poésie ? Ok. Un podcast ? Vas-y. Est-ce que tes tableaux sont des capsules temporelles de ta vie ? Oui. Chaque tableau correspond à une capsule ? Pas tous.
Ok.
Pas tous. Mais je dirais que la plupart des toiles que j'ai peintes sont le savoir. Donc je pense que c'est un process inconscient, complètement inconscient. Ce sont des capsules temporelles. d'une particulière situation de ma vie, d'un moment très précis ou d'une sensation très précise. Par exemple, tout ce qui est terre, terrestre, une tomette de terre cuite, une pierre. Là, par exemple, quand je me suis séparée, j'ai eu une phase que... J'avais jamais eu une phase aussi violente où, en fait, je me suis retrouvée dans mon atelier et pendant quasiment, je pense, bien... Ouais, quasiment... donc presque 48 heures, j'ai peint non-stop. Et j'ai peint des abstraits et j'ai peint des lieux. Il y en a un, justement, je le propose au Salon des artistes français. Je ne sais pas s'il sera pris, mais j'ai fini par l'appeler Divorce, le tableau. Parce que c'est deux toiles, en fait, qui sont comme deux fenêtres. Et donc, c'est deux toiles qui ne se retoucheront plus jamais. Mais en tout cas, pourquoi je te dis ça ? Parce que oui, c'est des capsules temporelles que je fais dans le présent. que je ne comprends pas sur le moment de la peinture. Enfin, quand je l'écris, je ne sais pas où je vais. Je sais les couleurs que je veux, je sais le thème que je vais aborder, mais je ne sais pas pourquoi je suis en train de le faire. Et pour te donner un exemple concret, qui ramène à la terre, à la tomette, au fait que je te parle des grottes de Lascaux, des pierres, des machins, des couleurs. Sur toute cette phase de 2026, mes dernières toiles, j'ai fait des falaises. J'ai fait des falaises sans savoir pourquoi je faisais des falaises. Et je me suis dit, tiens, je rêve de falaises. Donc, c'est peut-être parce que je rêve de falaises ou parce qu'il y a le Wanderlala, je ne me rappelle pas, ce tableau romantique de ce gars qui regarde... Au loin, il ne te sait pas s'il est sur une falaise, il regarde la mer ou les nuages. Enfin bref, the wanderer, voilà. Je pensais que c'était ça, en fait. Sièrement, je me disais, il y a une raison logique pour laquelle je suis en train de faire des falaises. Et en fait, je me suis rendue compte, avec le recul, après en avoir fait un bon paquet, après avoir eu, je ne sais pas, au moins déjà une quinzaine de toiles de falaises, qu'en fait, la falaise représentait exactement que j'en étais dans ma période de la vie, quoi. Parce que la Terre, la roche en général, la falaise, qu'est-ce qu'elle vit, la falaise ? Elle vit l'eau. L'eau qui est tout le temps active et qui est tout le temps agressive. Elle est tout le temps en mouvement et elle cogne. Non-stop contre les rochers. Et donc la falaise, pour moi, c'est un élément très féminin. Parce que c'est un élément naturel qui ne fait que varier suite aux agressions. Elle prend le coup de l'eau. erode, elle collapse et elle se reconstruit et elle se reforme. Et donc je me suis dit tiens c'est étonnant parce que l'an dernier quand je venais de me quitter et que ça avait été extrêmement compliqué avec mon ex-conjoint et ben dans un coup de tête, enfin sur un coup de tête je me suis dit vas-y je prends ma fille, je me casse, je vais en Bretagne, en Normandie, j'avais loué une voiture et tout. Et où est-ce qu'on s'est retrouvés ? Face à des falaises, elle et moi. Et je pense qu'en fait j'ai fait tout un process. où je pensais que c'était des rêves, mais en fait les rêves sont reliés à de la mémoire. Je me suis donné l'illusion que c'était mon inconscient qui me donnait des rêves, alors qu'en fait non, parce que j'y étais physiquement. Et surtout, par exemple, dans des lieux comme Étretat, j'y suis allée avec mon ex. Donc ça veut dire qu'en gros j'ai fait un travail d'épuration de ce que j'ai vécu avec mon ex-conjoint, de ce que je suis allée rechercher toute seule avec ma fille, et du symbole de la falaise, de la terre versus... Le ciel versus l'eau versus plein de choses et d'une terre, d'une masse qui se reforme non-stop face à une agression qui n'arrête jamais. Et donc c'est pour ça aussi que je me suis questionnée sur pourquoi est-ce que je les ai peintes d'un certain niveau. Parce que dans les falaises, je ne les peins pas depuis l'eau, je ne les peins pas depuis le haut. Je suis juste au milieu, comme dans ma vie, comme dans Dante, au milieu de ma vie, 40 ans. Et ça, je pense que c'est issu des souvenirs, de la mémoire. Et qu'après, oui, bien sûr, l'inconscient va retravailler derrière et qu'il va te reproposer des rêves, ok. Mais en tout cas, c'est parti du réel.
Ce que j'avais compris, c'est que les rêves, c'est un mélange de mémoire court terme et long terme. En fait, chaque nuit, tu vas revivre une composition un peu de ces souvenirs court terme, long terme. Et ça se réarrange d'une certaine façon. Mais ce qui est drôle au travers de tes peintures, c'est que du coup, la façon dont tu me le dis, c'est tu vis des choses, ton corps les intègre et quand c'est prêt, tu les ressors au travers d'une peinture.
Ouais, je pense qu'il y a un process comme ça, ouais.
Qu'est-ce qui a évolué dans ta pratique artistique jusqu'à tes 40 ans ?
Je dirais que ma pratique artistique est très liée à ma personnalité et à mon dysfonctionnement. Peut-être que plusieurs artistes vont se reconnaître dans... dans ces mots qu'on ne dit pas assez. Comme pour moi, être artiste, ce n'est pas un travail, mais c'est quitter la manière dont tu es artiste reflète ta personnalité, donc aussi tes failles, tes atouts, etc. Et ce qui a changé dans ma pratique artistique, c'est que jusqu'avant mes 40, au final, à part pour un seul tableau que j'ai peint, que je n'ai pas voulu vendre en 2014, et je l'ai peint en 40 minutes, vraiment dans un état où je n'étais pas en train de penser, le reste des tableaux, je les ai faits en pensant qu'ils devaient plaire. En bonne people pleaser que je suis, en bonne dépendante affective que je suis, en bonne femme avec une bonne et saine, balèze culture judéo-chrétienne qu'on m'a bien inculquée et qui est... Sacrifie-toi pour les autres parce que c'est ce que la femme fait. Mes tableaux, amenez avec eux. Ça. Le bleu était à la mode ? Eh ben j'allais mettre du bleu. J'aime le bleu. Mais est-ce que c'est moi qui l'aime ou est-ce que c'est la société qui l'aime ? À 25 ans, je n'aurais pas été capable de te le dire vraiment. Je t'aurais menti. Je t'aurais dit mais bien sûr j'adore le bleu. Mais je ne suis pas sûre que c'était vrai. Ce qui change, c'est que là par exemple, se cloîtrer et peindre 48 heures suite à une séparation qui est hyper violente, là je n'ai pas peint pour les autres. Là, j'ai peint pour moi. Et je n'ai même pas peint pour moi vraiment. Je n'ai pas un message. Et donc, c'est ça qui change dans ma pratique artistique. C'est qu'en gros, mémoire ou pas mémoire, souvenir ou pas souvenir, sensation ou pas sensation, réel ou pas, je sors ce que j'ai à sortir, ce qui est quand même très compliqué. Parce que c'est dur, encore une fois, même dans la pratique artistique, c'est dur de... de dire, attends, là, il y a des filtres qui ne sont pas les miens. C'est des filtres qu'on m'a donnés, je n'en veux pas. Ça ne m'appartient pas. Ça, en fait, je trouve que quand tu arrives à 40 ans, bizarrement, ces filtres-là, tu les vois. Mais donc, quand tu vois ces tableaux, quand tu vois ces toiles,
est-ce que tu vois, justement, la traduction en filtre derrière ?
Oui, je la vois. Et c'est pour ça que j'arrive à m'en détacher, tu vois. Et ce que je vois surtout, c'est que ça fait partie du process. C'est-à-dire que chaque toile créée était aussi en même temps un esclavage vis-à-vis de ça. Et en même temps, je vois que chaque toile qui est posée, c'est comme si je l'avais retirée la lentille. C'est comme si je l'avais enlevée, je l'avais posée dedans. Et du coup, je m'en étais libérée. Et donc, il y a des bouts d'âme dans chaque tableau. Chaque tableau. Ah, c'est un bout de mon âme. Et donc, il y a des bouts de mon âme que je suis prête à donner parce que peut-être des gens voient et vivent la même chose et donc ils le voient. Et il y a des bouts d'âme que je ne peux pas donner parce qu'ils sont trop grands, trop importants, parce qu'ils sont trop vivants encore. Et donc, je ne peux pas m'en séparer.
Il y a combien de tableaux dont tu ne te sépareras pas pour l'instant ou peut-être jamais ?
Pour l'instant, je n'en ai que deux. Il y en avait un. Ça a été très dur de m'en séparer, mais j'ai décidé de le faire parce que la personne qui l'a acheté, elle m'a dit des choses, elle m'a tellement touchée que je me suis dit en fait, elle va en prendre soin. S'il me manque, je pourrais aller le voir comme une personne et avec elle, il sera bien. Il sera bien là-haut, il sera à sa place. C'est comme si j'avais donné un bout de main en adoption à cette femme qui s'appelle Elisabeth. Tu peut-être écouteras ce podcast. C'est quoi la place du féminin dans tes œuvres, dans ton processus de création ? C'est très compliqué, la place du féminin. Pour moi, être une femme, c'est très dur. Mes œuvres, je dirais qu'elles sont quand même très asexuées. Quand je fais des expos, par exemple, ou quand j'expose dans des gros salons, on est des centaines d'artistes. Je ne sais pas comment t'expliquer, mais il y a des toiles. C'est hyper chelou, ce que je vais dire. Il y a des toiles. Je les regarde, je sais pertinemment que cette toile a été peinte par un esprit féminin. Alors, ça peut être une femme dans un corps d'homme, ça peut être ce que tu veux, mais il y a un esprit féminin qui a peint la toile. C'est comme les toiles de Berthe Morisot, tu vois, quand tu regardes les imprécis. Il n'y a qu'une femme qui peut t'emmener dans une douceur, dans un monde, en fait, qui, à l'époque, bon, maintenant, aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, mais à cette époque-là, Il n'y avait que le féminin qui pouvait t'emmener dans la douceur des peintures de Berthe Morisot. Et donc, par exemple, les toiles de Berthe Morisot ou de Suzanne Valadon, je ne sais pas, quand tu les regardes, tu le sais, tu le sais. Il y a une délicatesse, il y a un truc. C'est marqué. Et de la même manière, je n'arrive pas, cette délicatesse, moi, je n'arrive pas à la mettre dans mes peintures. Et je précise, je ne parle pas de sexe. Je ne parle pas genre de femme-homme ou les deux. Je parle vraiment d'esprit. C'est comment tu te sens toi à l'intérieur de toi-même. Peu importe ta forme, ton enveloppe physique. Et moi, j'ai une enveloppe physique où je suis dans un corps de femme. Mais intérieurement, des fois, en tout cas quand je suis en peinture, être femme n'a pas d'importance. Du coup, dans la scélégraphie par exemple, j'arrive à ramener ça. même de manière, si tu veux, sarcastique. J'ai fait des impressions avec des vulves, enfin des trucs, voilà. Mais en peinture,
Ma peinture n'a pas de sexe. C'est purement émotionnel. Moi, je pense que c'est la charge émotionnelle, c'est mon ressenti, mais je pense que c'est la charge émotionnelle de tes tableaux qui font que, soit on a une capacité de communiquer avec, ça apporte quelque chose ou ça renvoie quelque chose qui correspond à ce que la personne ressent à l'instant T. Je pense que c'est ça qui fait qu'il faut avoir la capacité de se connecter émotionnellement à tes tableaux. Parce que justement, ils ne sont pas neutres. Pour moi, il y avait une de mes questions, c'était que... J'ai l'impression que ce que tu peins, c'est toujours en lien avec des recherches littéraires que tu fais à côté. Comment tu te nourris intellectuellement ? Et donc typiquement, tu as toute une série qui est plutôt autour des œuvres de Dante.
Alors du coup, ça te vient d'où ? De nourrir tes peintures justement de ces courants littéraires-là ? Ça vient de mes études. Mes parents sont des personnes... Mon père était dans l'armée de l'air, il était militaire. Ma mère était une femme au foyer. Mes grands-parents, malgré nos bons noms nobles, c'était des gens vraiment très pauvres. Je ne viens pas d'une famille cultivée. On n'est pas des intellos et des littéraires. Quand j'ai affirmé, quand j'étais petite, à mes parents que j'allais devenir artiste et que j'allais faire des peintures, pour eux, ça a été un choc. Mais un choc, ils étaient trop morts. Il y a eu vraiment un terrorisme psychologique autour de l'art. Quand j'ai dit à ma mère à la fin de mes études de lycée, donc le lycée en Italie, tu le termines à 18 ans, 18-19 ans, je me dispute avec mon père, mon père claque la porte, il quitte l'appartement. Et moi, je dis à ma mère, je dis « Maman, je ne peux pas vivre une vie sans avoir la chance d'apprendre de l'art. » Mais histoire que mes parents ne m'ont même pas mis dans un centre Paris Animes pour faire, je ne sais pas, une heure de dessin par semaine. On en est là, hein. Voilà. Donc j'avais zéro formation de dessin. Et j'avais dit à ma mère, non maman, maintenant, maintenant, je veux essayer, je veux apprendre. Je veux faire les beaux-arts. Enfin, je vis pour ça. Et ma mère s'était pointée devant la porte en me disant, si tu sors de cette porte, moi je m'ouvre les veines. Elle avait un couteau. Et là, je me suis dit, putain, mais ça a marché sur moi. Moi, je dis, ok maman, ok, ok. C'est bon, je fais ce que tu veux. Et donc, j'ai commencé à faire des études. Je ne savais pas, en fait. Moi, je savais ce que je voulais faire, mais mes parents ne voulaient pas. Et je n'avais pas assez de réserve, moi. Je n'étais pas assez forte mentalement pour dire, tu sais quoi ? Rien à battre. Allez, fuck off les darons. Moi, je me casse. J'étais très, très, très attachée. Éventuellement, j'étais dépendante de mes parents. Et donc, ils avaient 100% d'emprise sur moi. Et donc... Donc, je me suis retrouvée à faire des études en littérature. Voilà. Et je me suis retrouvée à faire la fac en me disant qu'après la fac, peut-être que j'aurais pu faire de l'art. Et en fait, la fac, ça dure longtemps quand même. Et en fait, c'est là où j'ai commencé à développer des gros tocs. La tricotillomanie, par exemple. Parce qu'en fait, quand tu ne vis pas ce que tu es censé vivre, ton corps, ton cerveau, à un moment donné, tu encaisses, t'encaisses et puis tu pètes un câble. Et donc, ça a été l'époque de l'eczéma, ça a été l'époque de la trichotillomanie, ça a été l'époque de l'hyperactivité, de plein de choses, en fait. Et la seule chose qui me faisait du bien, c'était ces bouquins qu'on nous donnait à lire. Littérature française... Toute la littérature anglaise, romantique, Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley, toutes les questions bioéthiques qui sont vraiment hyper contemporaines. Et dans tout ça, il y avait Dante, Dante qui inspire Rodin, Dante qui inspire Dali, Dante qui inspire tout le monde en fait. Et du coup, Dante qui meuble. l'imaginaire des étudiants italiens, parce que là, moi, je pourrais te citer toute la... Je connais une bonne partie de la comédie de Dante par cœur. Et des passages de Dante, qui en fait, pour moi, étaient des passages de ma vie, notamment dans l'enfer, parce que la commedia, la divina, commedia divina, c'est Boccaccio, c'est Boccaccio qui a donné le nom de divine à la comédie de Dante, qui au début s'appelait juste la comédie, la commedia. La commedia, c'est... une critique sociale de tous les personnages qui entouraient Dante à l'époque. Et donc, si tu la lis avec des lunettes, avec une grille interprétative un peu contemporaine, tu peux remplacer des personnages qu'il critique. Avec nos politiciens, nos lobbyistes, nos banquiers, nos faits divers, ça marche. La comédie de Dante est incroyable parce qu'en fait, elle te remet encore dans des questions contemporaines qui sont... Enfin vraiment, on est d'actualité. Il faut juste que tu remplaces des noms. Et donc, moi, la comédie, ça a été quelque chose qui nourrit mon imaginaire. Parce qu'en fait, quelque part, de ne pas pouvoir faire ce que tu veux. Ne pas pouvoir vivre librement ta vie de par tes choix, parce que tu es bloqué, que ce soit par un parent, un conjoint, par quelqu'un que tu aimes, peu importe. Est-ce que l'incapacité de se libérer ne nous met pas dans un enfer ? Et ça m'a fait penser... J'écoute toujours beaucoup de musique et ça me fait penser à cette chanson que j'écoutais de Gilberto Gil qui avait repris des chansons de Bob Marley dans un album qui s'appelle Kayan Gandaria et qui chantait « Tu penses être au paradis mais en fait t'es en train de vivre en enfer » . Et en fait ça je me disais c'est exactement ça, c'est pour ça que j'ai peint un gros triptyque que j'ai appelé Styx. C'est ma vision de l'enfer de Dante et du paradis du purgatoire. Mais en même temps, c'est ma vision de nos villes, de nos vies, de cette société qui ne marche pas. Notre système ne marche pas. Les nouvelles générations ne savent pas quoi faire de leur vie. Elles ne marchent pas. Et on ne marche pas au détriment de notre planète. Si ça, ce n'est pas un enfer, alors je ne sais pas c'est quoi. Et donc ça, en peinture, après tu le ramènes. Tu peux ramener ça à tes propres souvenirs. Tu peux ramener ça à ta situation professionnelle. Tu peux ramener ça à la canicule quand on est en train de se taper. Tu peux ramener ça à tout. Et donc, la littérature alimente un imaginaire. Surtout quand tu prends la littérature, pas pour ce qu'elle te donne en termes d'informations, genre apprends à lire le livre et résume-le tel qu'on te le dit à la chatte GPT. C'est prendre le livre et te dire « Waouh ! » Putain, 600 ans sont passés et on en est encore au même endroit. On n'est pas sortis de l'auberge. Et en plus, on est vraiment en train de cuire comme si on était au cinquième niveau d'enfer, tu vois. Et là, on va faire que descendre.
Donc aujourd'hui, toi, les œuvres, elles te permettent de transmuter. Donc, ce n'est pas une lecture plate. Ça te renvoie à quelque chose. Et toi, ça te permet justement de transmuter au travers de tes tableaux. C'est comme un support à l'expression.
Oui. Une fois suffit d'une phrase ou d'une poésie, par exemple. On ne consomme plus assez de poésie. Il faudrait qu'on se remette à la poésie.
Tu parlais de poèmes, tu en as un en tête ?
Oui. Moi, mon poète préféré, il s'appelle Giuseppe Ungaretti. Je l'ai découvert à 21 ans. Je te donne juste un vers d'une toute petite poésie qu'il a écrite. « Di noi rimane quel nulla d'inesauribile segreto » "De nous il ne reste ce rien d'un inépuisable secret". Moi, quand je l'ai lu la première fois, je l'ai lu à la fac, c'était un module de fac, j'en ai pleuré. Parce qu'en fait, il va capter le moyeu de l'âme humaine. De ce fait, pour moi, Ungaretti, il n'est pas peignable. Parce qu'il est déjà peint. Tu ne peux pas peindre un truc comme ça. Et il joue beaucoup aussi avec les mots et tout. Et après l'avoir lu, j'ai commencé à écrire. Avant de peindre, vraiment sérieusement, j'ai écrit. Et en Italie, j'ai publié un livre de poésie qui est sorti. Il est paru en 2005, 2006, où j'ai écrit un livre, j'ai écrit un tome de poésie. Et j'ai écrit des poésies sur Rome. sur mes parcours de chez moi, de mon quartier pourri à la fac qui était au Vatican, de petites choses que je voyais, qui m'ont marquée, qui faisaient vraiment... c'était vraiment une analyse, parce que c'était les années 2000 en fait, et je me disais mais regarde, regarde Rome, quel chaos, on passe d'un millénaire à l'autre, de millénaire à autre, plus rien, dans une ville où tout est mélangé. où tous les gens se mélangent, les langues se mélangent, les architectures se mélangent, les buildings. T'as le colisée, tu fais trois pas, après t'as l'altare della patria. T'as des écarts en fait de millénaires. Et nous on marche comme ça sur nos propres morts, sur notre propre histoire. Un peu comme des fantômes quoi, tu vois, sans être vraiment conscient de ce qu'on est en train de faire. Et les millénaires s'écoulent et personne ne bouge vraiment. Et du coup je trouvais ça incroyable. Et j'arrivais pas à mettre ça en dessin, je pouvais pas le dessiner, j'allais pas aller... Tu vois, on m'avait pas... permis de me donner des outils de dessin. Je ne pouvais pas dessiner ça. Donc, c'était tellement frustrant que j'ai fini par l'écrire. Et quand je suis arrivée à Paris, les mots, ils se sont arrêtés et la peinture, elle est arrivée. Rome, écriture. Paris, peinture.
Quand tu retournes à Rome, tu ressens la même chose ? Tu arrives à peindre en Italie ?
Non, jamais. Je n'ai jamais fait une toile en Italie.
Parce que ça ne t'est pas venu à l'esprit ? Tu n'as pas eu de l'envie ou c'est que ce n'est pas possible ?
Ce n'est pas possible.
Il y a un shift identitaire entre toi l'italienne et toi la parisienne.
Oui, il y a une schizophrénie aiguë. En fait, avec Diane, avec ma fille, ça va beaucoup mieux. Ma fille crée un pont entre France et Italie avant d'être mère. J'arrivais en Italie, c'est comme si ma vie parisienne et Greta parisienne n'existaient pas. Et donc, en fait, la Greta parisienne n'existait pas. Et je redeviens, je redevenais Greta italienne. Avec ses potes en Italie qui parlent l'italien et qui a fait sa vie en Italie, sa fac en Italie, qui écrit, voilà. Et quand je reviens à Paris, la Greta l'italienne n'existe pas. Bah Greta, elle a grandi à Paris et... Vraiment, c'était un shift, mais... Je trouvais ça éprouvant. Et quand ma fille est arrivée, je l'ai en face de moi, je me dis, bah non, je dois bien exister. Enfin, à un moment donné, elle est bien... Voilà. Mais ça, c'est venu très tard. Et si ma fille n'est pas là en physique pour... me dire « Eh oh, t'es la même personne » et j'y vais en solo, meuf, c'est l'enfer. C'est l'enfer. Est-ce que quand tu relis tes poèmes que Greta italienne a pu écrire, est-ce que tu ressens la même chose que quand tu regardes tes peintures ? Non. Quand je relis mes poèmes, j'ai la sensation… Oh, c'était très fort. En fait, je lis mes poèmes et j'ai la sensation que quelque part, c'est pas moi qui les ai écrits. C'est comme si mes poèmes ont été écrits par quelqu'un qui a possédé mon corps et qui a écrit ces poèmes. Je reconnais après, mais il y a par exemple une poésie, j'avais gagné plein de prix avec. J'étais même arrivée à Turin dans un prix littéraire machin avec ça. Et je me rappelle de la critique hyper forte que j'avais eue, parce que le poème qui avait gagné, il s'appelait « Paroles d'une mère » , « Les mots d'une mère » . Et c'était pas les mots de ma mère, c'était... des mots que moi, en fait, jeune, je m'étais imaginé que j'aurais voulu qu'on me dise à moi. Et quelque part, il y avait aussi un peu ce que ma mère m'avait inculqué, parce qu'il y a des choses que je dis que ma mère m'avait inculqué. Et donc aujourd'hui, par exemple, ce poème, je le déteste un peu. Il y a des passages, en fait, enfin, il commence où je dis, par exemple, un sacrifice, ça je m'en rappelle très bien, un sacrifice n'est pas un refus. Et même si le soleil se lève, une seule fois par jour, tu auras mille et mille aurores à observer. Mais cette phrase, un sacrifice n'est pas un refus, c'est pas moi. Ça c'est ma mère qui me dit en gros tu fais le sacrifice de ne pas faire de l'art mais rappelle-toi que ce n'est pas un refus. En fait si, ça l'est. Parce que si moi je nais avec des capacités artistiques et je suis hyper créative et j'ai une neurodivergence et je ne suis pas câblée comme les autres enfants, tu ne peux pas t'attendre. à que je colle. Donc en fait, quelque part, si c'est un refus de ma personne. Et donc ces mêmes mots qui m'ont emmené loin dans les concours littéraires sont les mêmes mots qui m'ont moins incarcéré dans une prison. Et je me suis donné la sensation que c'est moi qui les écris, mais en fait, c'était pas vrai. C'était moi qui me... Voilà. Et ce truc aussi très beau, de me dire, de m'écrire que même si le soleil se lève une seule fois par jour, j'aurai, tu auras mille et mille. aurora observée, ce truc où tout le monde disait « Ah, c'est magnifique, c'est beau et tout » , je me disais « C'est quand même triste depuis une prison de te dire que même si le soleil, tu vas avoir des années et des années de lever de soleil que tu regarderas d'une prison. » Et donc, en fait, ces mots que je me suis écrits quand j'étais très très jeune, aujourd'hui, quand je les relis à 40 ans, ben, je suis bonne pour la thérapie, tu vois. C'est-à-dire que... Je reviens dessus et je me dis, quelque part, ce n'était pas vraiment moi. Tandis que les tableaux... C'est moi. C'est moi, people pleaser. C'est moi, dysfonctionnelle. Mais c'est moi. C'était mon geste. C'est mon mouvement. C'est mon choix sur la toile blanche. C'était moi.
Et est-ce que l'écriture est plus enfermante que la peinture ?
Je peux répondre médicalement à ça dans le sens que si je fais de la peinture, après je me sens bien. Quand je fais de l'écriture, par exemple, pendant que j'écris, je me tape la crise de tricotillomanie du début à la fin. Du coup, en fait, pour moi, l'écriture, c'est quand je vais vraiment très mal, quand il y a vraiment un truc que je n'arrive pas à exprimer. Et donc, l'écriture, pour moi, c'est un peu la dernière ressource possible, accessible, pour essayer de sortir un truc qui, normalement, aurait dû sortir il y a bien longtemps, en image probablement, mais qui n'est pas sorti. Qu'est-ce que tu gardes de Greta italienne ? Ou qu'est-ce que tu veux en garder ? Je pense que la seule chose que je vais vraiment garder... C'est le désir de subversion. Et donc, tu as cette espèce de désir de dire, non, en fait, je vais faire une révolution, je vais changer la mentalité de tout le monde, on va changer la politique, on va changer machin, on va changer... Mais en fait, non. Non, parce que c'est un système, c'est toujours la même chose. C'est un système qui ne marche pas, mais qui, en autarcie, qui continue à tourner comme un énorme pachyderme comme l'univers, qui en continue expansion, tu ne peux pas arrêter. Et donc, en fait, tu peux pas aller tout seul, toi, contre une bataille, tu vois, un truc gargantuesque. Et du coup, bah voilà, j'ai pris un ticket EasyJet pour faire un mois à Paris, et puis je suis plus jamais revenue. Et quand t'es arrivée à Paris, t'étais chez toi. Quand je suis arrivée à Paris, quelque part, oui, parce que j'arrive à Paris, mais je m'installe au tout début dans un tout petit trou dans le premier arrondissement, et je commence à aller dans les jazz clubs, je commence à écouter des jam sessions. avoir des musiciens qui ne savent pas où ils vont, mais ils jouent quand même. Et je me dis, putain, mais c'est trop comme ça. En fait, c'est comme ça que je me sens. C'est pour ça que j'adore le jazz. Parce que le jazz, des fois, tu ne sais pas ce que tu fais, mais tu le fais quand même. Et puis, tu sais que tu as d'autres gens qui font la même chose. Et en fait, personne ne sait ce qu'ils font, mais ça marche. C'est pour ça que je ne fréquente pas vraiment beaucoup d'Italiens ici à Paris, voire pas du tout. Parce que les Italiens, ils parlent de chez eux avec une grande nostalgie. Ah, les pâtes de ma grand-mère. Ah, l'Italie. Et moi, je suis là, je me dis, en fait, oui, OK, mes racines sont à Rome. Une partie de mon cœur est romain. Et je suis très orgueilleuse d'être romaine. Mais je ne suis pas que romaine. Je n'ai pas ce vide, je n'ai pas cette nostalgie. Je suis vraiment dédoublée. Alors, c'est quoi le bonheur pour toi ? Je pense que le bonheur, c'est comme un prisme. Où tu as de la lumière qui passe dedans. Comme The Dark Side, tu vois l'album Dark Side of the Moon ? Exactement ! Dark Side of the Moon, en gros, t'as ton prisme, ok ? Et donc t'as la lumière blanche pâve qui arrive, puis t'as le triangle, et après, tu sais, ça part en couleurs. Le bonheur, c'est pas un objectif. Tu peux pas avoir comme objectif d'être heureux. Pour moi, ça marche pas. Le bonheur, c'est souvent déjà là, parce que bonheur... ne peut pas rimer avec perfection. Bonheur, ça veut dire que t'as assez de pépettes pour avoir à manger, t'as assez conscience de ce que t'as vécu, même si tu traînes toutes tes « psychatrices » et encore tu souffres, mais tu le sais. Et malgré ça, tu te réveilles le matin et tu te dis « Aujourd'hui, ça va être génial ! » parce que je vais aller voir une expo, parce que je vais faire ça, parce qu'en fait je suis bien, parce que je suis en santé. Le bonheur c'est un état, c'est quelque chose qui peut t'habiter. Et je pense que le bonheur, on y a tous un peu accès quand on arrête de se prendre la tête.
Donc si je reformule, c'est la capacité à avoir tous les petits miracles dans la vie tous les jours. Merci. Qu'est-ce qui te procure de la joie au quotidien ? C'est quoi le premier truc là tout de suite ? Direct, sans penser. Et c'est quelque chose que j'ai découvert à la quarantaine. Ce qui me procure de la joie infinie, c'est d'être entourée par des amis. Les personnes. Les personnes sont ma source de joie. Les amis sont ma source de joie. Là, maintenant, on se parle. Tu me demandes si je suis heureuse. Oui, 100%, je suis heureuse. Pourquoi ? Parce qu'il y a un truc... que j'ai découvert avec cette séparation qui a été extrêmement dure et avec la maternité parce que la maternité isole. Le risque de la maternité, c'est de se retrouver vite isolé avec ton bébé. Et en fait, j'ai découvert plein de personnes. Et ces personnes-là, c'est exactement comme vraiment l'infiniment grand et l'infiniment petit de Pascal. Tu prends une planète, la caillasse dans l'univers. Tu la fous toute seule, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de machin. La caillasse, elle part en dérive dans un trou noir. Tu ne sais pas où ça part et tout. Mais si tu as un système, un système solaire, où la gravité se contrebalance, où en fait, t'as un soleil. Mon soleil, principalement, c'est mon art et ma fille. Voilà, ça c'est mon soleil. En gros, c'est ma source de vie. Art et ma fille. Et après, t'as une planète, Mercure. Oh tiens, Mercure, je vais mettre une copie. Oh tiens, Mars. Oh, Théodora. Oh tiens, Vénus. Oh, regarde, ça se contrebalance. Tiens, satellite. C'est quoi le satellite ? Oh bah tiens, c'est le job que j'ai découvert, que j'aime bien avec machin. Tiens, Jupiter, oh là là, mais regarde, mais c'est génial, il y a des petits satellites et tout. En fait, les personnes, elles sont apparues comme ça. Le dessin me les a envoyées et je les ai acceptées. Et du coup, en fait, actuellement, je suis dans un système solaire en équilibre avec ma gamine. Et c'est pour ça que j'ai complètement réévalué mon échelle de valeur. Avant, c'était... La couple, mon mec, mon mec, ma gamine, mon mec, mon mec, et que je te mets le mec tout en haut et que si le mec il dit, ah bah t'es comme ça, je lui croyais, ah bah machin. Non, maintenant, ma priorité, ce sont mes amis. Tu me demandes comment je vais mourir ? Ah bah je vais mourir dans un studio, à côté de dix autres studios, il y a mes potes dedans, au bord de mer. On fait quoi ce matin avec nos petits trucs à roulettes ? Ah bah tiens, on va aller faire le marché. Ah bah vas-y, on va faire le marché. Voilà. à 80 balais avec mes potes. Mais aujourd'hui, c'est quoi ton regard sur la famille ?
Sur ma famille ? Alors attends, sur la famille, comment moi je la perçois, par exemple, moi et ma fille ou ma famille d'origine ?
La famille, comment tu la perçois aujourd'hui ?
Ce n'est pas du tout le format judéo-chrétien qu'on m'avait inculqué. Pour moi, la famille, c'est quelque chose que tu construis et tu mets les personnes que tu veux dedans. Et donc, par exemple... Dans ma famille, il y a ma fille, il y a moi. Malgré tout, il y a des membres de ma famille, même s'ils ont beaucoup, beaucoup de défauts, même s'ils sont toxiques par moment. Mais la différence, c'est que c'est moi qui choisis. Comme en amitié, tu choisis les personnes avec qui tu vas t'entourer. Et je sais que c'est dur parce que je me suis éloignée de personnes que je connais depuis l'âge de 4 ans, mais c'était des personnes qui ne me faisaient pas du bien. Et donc, à un moment donné, quand tu deviens adulte et tu veux vraiment grandir et tu veux être heureux justement et trouver ton bonheur, en gros, c'est une maturité et une prise de conscience et aussi une sincérité. enfin à un moment donné il faut être sincère avec soi-même et les autres pour te dire bah voilà : Je veux, je te veux dans ma vie.
Qu'est-ce que tu te souhaites pour les prochaines années ?
Pour les prochaines années, moi, je me souhaite, comme je souhaiterais à mes amis en vrai, de continuer à s'entourer de personnes qui nous font du bien. D'avoir de l'argent, mais pas trop. Parce que sinon, après, tu sais, des fois, ça vient de... En fait, nécessaire pour être bien, pour partir en vacances, faire un beau voyage. Je me souhaite... de me libérer aussi physiquement, c'est-à-dire de rencontrer par exemple un homme, ou je ne sais pas, une femme, enfin je ne sais pas, mais rencontrer quelqu'un dont par exemple je pourrais potentiellement tomber amoureuse, mais cela ne veut pas dire que je vais emménager avec, que je vais me marier, que je vais forcément devoir faire des choses. En fait, je me souhaite de la liberté. Je me souhaite de la liberté de penser, de la liberté d'expression. de me libérer pour que ensuite, moi, je puisse montrer à ma fille que c'est possible.
Qu'est-ce que tu ressens alors qu'on est en train de terminer cet épisode ?
Tout ce que j'ai dit là, je ne l'avais pas pensé. C'était vraiment, je pense, la première fois dans ma vie où j'ai fait un flux de conscience. Le Virginia Woolf style ou le James Jole style. Du coup, je me sens très alignée. avec ce que je ressens et ce que j'ai dit. Rarement, ça m'arrive. Tu vois, des fois, j'ai toujours la frustration de me dire mais ce n'est pas vraiment ça que je voulais dire. Et je pense que le format que tu fais, peut-être que les questions que tu poses, là, justement, c'est toi en fait un... Tu as été un peu le Virgile qui a guidé Dante dans les enfers. La classe. Tu as été le Cicéron de ce podcast. Je pense que ça a fait que moi, je ne me suis pas frustrée. Je n'ai pas pensé à ce que je disais. J'ai juste bidé ce que j'avais dans la tête sans penser, sans filtrer. Et du coup, à mon grand étonnement, je me sens comme si j'avais terminé un tableau.
Alors ça, c'est un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire
En fait, on a fait un tableau ensemble.
Et il aurait quelle couleur ce tableau ?
Il est vert bleu, il est vert d'eau, il est un peu céladon. Et en fait, par contre, il y a comme des espèces de branches de fleurs qui montent. Et les fleurs sont très cuivrées. C'est comme s'il y avait des fleurs comme des soleils, une pluie mais comme une brume marine.
Et du coup, Greta, pour les personnes qui nous écouteront, où est-ce qu'on peut te retrouver ? Sur Internet ? Ou dans des expos ? Ou dans des restaurants ?
Oui, je suis un peu partout en ce moment. Alors, sur Internet, j'ai un site qui est tout le temps là et qui est simplement mon prénom et mon nom. Donc, Greta, G-R-E-T-A, Margherita, M-A-R-G-H-E-R-I-T-A.com. Autrement, sur Instagram, je suis très, très active parce que je partage mes œuvres en live. Et donc, c'est Greta, Margherita, toujours avec un G-H, .art. Et en exposition, bon, si vous partez au Japon, je suis à Tokyo la première quinzaine d'août 2026 au National Art Center. Donc, c'est un des plus gros musées d'art contemporain de Tokyo. Donc, je suis ravie. Mais bon, c'est un peu loin. Sinon, je suis au FIAP de Paris, rue Cabanis, dans le 14e, avec toutes mes toiles qui sont sorties jusqu'au 29 septembre 2026. Autrement, si vous aimez le café, j'expose justement mon grand triptyque dantesque de 3 mètres de long. chez Raf coffee, à Paris, qui est à Saint-Placide, en gros, sur la rue de Rennes. Et je suis également exposée au restaurant Saperavi, qui est un restaurant georgien, qui est rue du Fer à Moulins. Écoute, merci beaucoup, Greta. C'était très chouette. Merci à toi. C'était très cool. C'était trop chouette. J'ai trop adoré.
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si les histoires partagées aujourd'hui vous ont touché, ne gardez pas cette émotion pour vous. Abonnez-vous pour ne rien manquer des prochains épisodes, laissez un commentaire pour partager vos impressions, et surtout parlez-en autour de vous. A vos amis, vos collègues, vos voisins, votre famille, ensemble, faisons grandir cette communauté de personnes inspirées par les souvenirs et les expériences de vie. Votre soutien est précieux et nous permet de continuer à explorer ces moments uniques qui nous façonnent. A très bientôt !
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Description
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
Bonjour et bienvenue dans Remember, le podcast des mémoires. Je suis Théodora et dans chaque épisode, je vous invite à revivre des moments intenses, à explorer des émotions profondes et à découvrir des histoires inspirantes qui ont marqué des vies. Bonne écoute ! Salut Greta ! Bonjour ! Je suis contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Greta, on s'est rencontré le 9 mars 2025 au travers d'une de tes toiles, les instantanées de velours. Je suis très contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Ma première question, c'est qu'est-ce que tu ressens alors qu'on s'apprête à débuter cet entretien ?
Je suis très contente d'être ici aujourd'hui avec toi. Je me sens énergétique, même s'il fait très chaud, même si on est en pleine canicule aujourd'hui. Parce que le thème que tu affrontes, c'est un thème qui est vraiment très intéressant et qui, pour les artistes comme moi, est quelque chose qui meuble notre imaginaire. Et donc, aller se poser un instant que sur ça, sans une phase créative ou « active » , je pense que c'est quelque chose qui est très inspirant. Et aussi, moi, je vais rentrer dans un terrain de l'inconnu. Parce que là, je suis face à toi, il y a nos voix, il y a l'air autour, mais il n'y a pas de création en cours, si ce n'est entre nous. Et donc, on est en train de faire, en fait, à mon sens, une forme d'art, mais différente. Et donc, ça... I feel excited. C'est ça. Voilà, je n'ai pas le mot en français, mais I'm excited. Bon, ben, c'est parfait. Greta, tu as dit que tu étais artiste. Est-ce que tu veux te présenter ? Oui, avec plaisir. Alors... Artiste, oui. Donc moi, je m'appelle Greta Margherita. Je suis une artiste, je dirais cosmopolite et en partie aussi franco-italienne, pour être plus précise. Je me définis comme une artiste polyvalente, c'est-à-dire que je suis peintre, je suis graveur, je suis sérigraphe, je suis sketch artist. Et artiste, ce n'est pas vraiment un travail, c'est qui on est. Voilà, artiste, c'est qui on est. Je pense que l'on est artiste, on ne le devient pas forcément, on est déjà comme ça. Et je dis ça parce qu'officiellement, face à la société, j'ai fait une reconversion depuis 2023. Et donc c'est un nouveau parcours que j'aborde depuis pas très longtemps au final, même s'il est là depuis toujours. Et donc j'ai un atelier dans le cinquième arrondissement à Césure. Et j'expose énormément. Et là, en ce moment, je travaille sur des sketchs de personnes, des musiciens, des artistes, des inconnus dans le métro. Et donc, je suis en train de déplacer mon attention de la toile peinte. Alors, puisque tu t'en as parlé au tout début, on va aborder le thème de la mémoire. Et donc, aujourd'hui, c'est quoi le souvenir, la mémoire que tu souhaites évoquer ? Disons, un souvenir qui émerge, et je pense que c'est à cause de la chaleur. Voilà, ce n'est pas un souvenir que je suis allée chercher, il est remonté tout seul. C'est un souvenir d'enfance. En ce moment, j'étais en train de lire un article qui disait que, en gros, là, ce qu'on affronte actuellement à Paris cet été, donc ces canicules qu'on enchaîne sans fin, en fait, ce n'était que le début. Et qu'en fait, cet été allait être en vérité un des étés les plus frais de ces 50 prochaines années. Quand j'ai lu ça, il y a un souvenir d'enfance qui a tout de suite ouvert la porte de ma mémoire. Et c'est quand j'étais petite, très petite, parce que moi je suis venue vivre à Paris. J'avais quoi ? J'avais 4 ans et demi, 5 ans. Et c'est un souvenir que j'ai de l'Italie. Et c'est un sol typique romain, parce que moi j'habitais à Rome et j'habitais dans la maison que mon grand-père avait construit après la guerre. Et donc dans... Toute la maison, il l'avait installée avec mon père, c'est des tomates en terre cuite. Est-ce que tu vois un peu les tomates en terre cuite que tu as un peu en Toscane et tout ? Et en fait, chez moi en Italie, tout est comme ça. Il y a plein de tomates en terre cuite. Et en fait, ces tomates-là, elles étaient un petit peu... Elles n'étaient pas mates. Elles étaient translucides parce qu'elles avaient été traitées. Et j'ai ce souvenir d'enfance où je me mettais en culotte. Juste en débardeur culotte. Et en fait, je m'assillais par terre, à l'ombre, sur les tomettes. Parce qu'en fait, il faisait frais sur les tomettes. Et donc, j'ai ce souvenir de moi. Comme je vois ma fille aujourd'hui, qui a 4 ans, tu vois. Des fois, quand elle a trop chaud, je lui mets des petites culottes. Le petit débardeur, tu sais, basique, quoi. Et là, paf, on se met, je ne sais pas, les pieds dans l'eau, dans la petite baignoire en plastoc, là, de chez nous. Et en fait, moi, je faisais ça avec les tomettes. Je me mettais culotte débardeur, les fesses contre les tomettes. Et je claquais bien tout le bas de ma jambe. Jusqu'à arriver bien au talon, bien, bien, bien sur la tomette. Et puis, tu sais, naturellement, la tomette, elle se réchauffe. Et donc là, tu te décales juste un tout petit peu. Et en fait, j'avais un carnet. Les rhodias, tu sais, que tu as encore qui tournent, les carnets orange, là. J'avais les rhodias que je piquais à mon frère, des crayons. Et en fait, je commençais l'après-midi de canicule dans un coin du salon. Et je me décalais. Au fur et à mesure, en fait, que je réchauffais les tomettes avec mon corps. Et en fait, je commençais, je sais pas, genre à 14h, j'étais genre, je sais pas, en face de la table. Et je finissais à 16h, je pouvais rester assise, enfin déjà, je restais assise 2h et je finissais genre à, je sais pas, à 2 mètres. Parce qu'en fait, j'avais réchauffé toute la ligne de tomate et je faisais ça sur toute la maison. De quoi ils étaient faits, les étés à Rome ? De solitude, bizarrement. C'est très bizarre parce que je viens d'un quartier très pauvre qui s'appelle Tursapians. Et ma rue, c'était une rue où il y avait plein de gamins qui jouaient, tu vois, dans la rue, au football, il y avait plein de gosses et tout. Et paradoxalement, autant on était tout le temps entourés par les voisins, autant je me sentais seule. Parce que mon père n'était jamais là, il partait, il était pilote militaire, donc s'il partait, tu ne savais pas quand et s'il revenait. Ma mère, je pense qu'elle avait un côté très dépressif. Et donc, elle avait du mal à gérer seule trois enfants. En sachant que quand même, elle était jeune. Parce que moi, quand je me reprojette maintenant dans la vie de ma mère, ma soeur, elle l'a eu à 20 ans. Moi, à 20 ans, je m'enquille pas un gosse. Donc, voilà. Je vais être sincère. Donc, en gros, tu vois le truc des fois. Oui, mais mes parents, ils étaient méchants. J'ai réévalué beaucoup de choses. Je pense que ma mère, elle avait... pas les moyens, elle n'avait pas les outils pour gérer trois gamins toute seule avec un mari qui se barrait à faire la guerre du golf et qui ne savait pas si le gars allait revenir. Donc, avec le recul, bon. Et du coup, tout ça me rendait très seule parce que je n'ai pas de souvenirs vraiment. J'en ai quelques-uns, j'ai des jolis souvenirs avec elle, mais j'ai surtout des souvenirs de solitude, c'est-à-dire comment je vais meubler mon temps. Et alors, qu'est-ce que tu as trouvé dans la solitude ? Dans la solitude, j'ai trouvé de l'ennui. Et l'ennui, c'est pas mal. Il t'aide à meubler. L'ennui fait que tu te retrouves à un moment donné à regarder le mur blanc assise sur tes tomettes, à te dire, j'en ai marre de dessiner, ça fait quand même deux heures que je fais des gribouillis, et à t'inventer du coup des mondes. La solitude m'a offert un monde alternatif, des amis imaginaires, des histoires, beaucoup d'histoires, des peuples aussi. Parce que c'est dans cette solitude-là aussi que j'ai trouvé, par exemple, je partageais la chambre avec mon frère et ma sœur. On avait une très grande chambre. Et en fait, mon père avait fait sur mesure une grande armoire. Grande armoire en bois. Ah là là, alors qu'est-ce que je m'imaginais dans cette grande armoire ? Des monstres qui sortaient. Et donc, je passais mon temps à m'imaginer des trucs.
Alors toi, si tu devais peindre cette mémoire-là, ces étés, ces tomates, en termes de couleurs, ça donnerait quoi ?
Ça donnerait une couleur rouille. Ça donnerait des oranges, des couleurs rouilles. Ça donnerait des ocres, des sables brûlés, des terres brûlées aussi, de la terre de Sienne. Et ça donnerait aussi des espèces de branches. Parce qu'au final, quand je regardais dehors, il y avait une grille. Donc cette maison faisait un peu aussi comme une espèce de prison. Mais derrière, il y avait des arbres, il y avait des branches, il y avait les arbres qu'avait planté mon grand-père. Mais je dirais que c'est vraiment dans tous les tons, ocre, sable, cuivre, terre. Tu vois les teintes des grottes de Lascaux ? Ouais, très bien. Ça. palette-là, qui est quelque chose de très lointain. Et est-ce que ça a une odeur particulière ? Oui. Ça sent quoi ? Ça sent plein de choses. Je dirais que ça sent le thym citronné, le basilic, ça sent la camomille. Ok. Ça sent les citrons. Ça sent les citrons âpres. Parce que c'était aussi, on avait un voisin qui avait un citronnier. Et en fait, j'allais de temps en temps piquer des citrons, je les coupais, puis je les mangeais. Et tu sais, t'as déjà mangé un citron ? Ouais. T'as vu ce que ça fait après, la sensation que t'as sur les dents ? Ouais. Comme si en plus, c'était tout anesthésié. C'est ça, le goût. Et aussi... Mais ça, c'est plus ma tristesse, ma solitude qui ferait dire ça. Ça sent un peu comme quand il pleut après très longtemps qu'il n'a pas pleut. Et donc, tu as cette espèce de vapeur, d'humidité qui remonte du sol. Et tu as l'odeur de la pluie qui monte. Et ça fait une odeur très particulière quand c'est des terres, quand c'est des tomates, quand c'est des bouts de jardin. Tu as ça aussi avec l'ardoise. Oui, exactement. Ça a une odeur que tu ne retrouves pas ailleurs. Du coup, c'est quoi ton ressenti corporel de cette mémoire-là ? Alors, c'est très bizarre parce que c'est une bonne question. Mais de toute façon, tu me poses toujours des bonnes questions. Mais en fait, c'est une question très intéressante. Et je pense que ce visage souriant que tu vois actuellement, c'est très récent. Et toute cette vision, toute cette appréhension par rapport à ce souvenir précis que je te partage, elle a changé. Quand je suis devenue maman. C'est-à-dire que si je t'avais rencontré en, par exemple, 2020, avant que je rencontre mon ex-conjoint, que je fasse un enfant, etc., je pense que ce même souvenir, je te l'aurais raconté de manière sombre.
Ok.
Et je n'aurais pas pu voir, comme si en fait tu rentrais dans une maison hantée et qu'il y avait de la poussière partout et que tu as des draps blancs, sales, qui recouvrent les tomates. Et Thomas, tu ne sais pas de quelle couleur elles sont parce qu'il y avait ça, il y avait un tas de poussière dessus. Et quelque part, je pense que la maternité a, comme le liquide amniotique que tu as dans le ventre, en fait, elle a rempli cette maison d'un liquide amniotique. et après quand le bébé est sorti, il est sorti, il a emmené avec lui tout ça, la poussière et tout. Et en fait, l'enfant m'a donné une vision de ses souvenirs de jeunesse. de manière complètement nouvelle. Et donc, c'est bizarre parce que j'en ai un souvenir triste. J'en ai un souvenir de solitude. Et pourtant, maintenant, à 40 ans, en étant maman, je me dis que ce souvenir n'est pas un mauvais souvenir. La solitude, ce n'est pas quelque chose de négatif. S'inventer un monde où se sentir extrêmement seule ou éprouver un ennui, Des fois, j'avais des phrases dans ma tête, je me disais, je m'ennuie tellement que je pourrais en mourir. Je me disais ça, tellement je m'ennuyais. Et en fait, maintenant avec la distance, quand je vois ma fille, je me dis que c'est pas grave si elle s'ennuie. L'ennui, en fait, ça demande au cerveau de se trouver des solutions. Et donc, tout ce que j'ai éprouvé, même un... Un souvenir si banal, entre guillemets, qui est être enfant et être assis par terre parce que t'as trop chaud, donc tu peux pas aller jouer dans le jardin dehors ou voilà, c'est la canicule. Même un souvenir comme ça, quelque part, a forgé, par exemple, mes capacités artistiques, ma mentalité, ma manière de me faire encore aujourd'hui des histoires et d'avoir un humour un peu à la Ally McBeal, où un mec ou une nana me dit quelque chose et moi je pars très, très, très, très loin. Alors que c'est genre, salut, ça va ? Et moi, alors oui, alors tout, Et je me dis que ça, quelque part, c'est forgé depuis mon enfance à cause de la solitude et de l'ennui.
Et donc, du coup, c'est quoi le regard de grande Greta sur petite Greta sur les tomates en terre cuite ?
C'est que, quelque part, cet ennui de grande Greta qui regarde ce souvenir-là, même s'il est triste, il me manque. La tomate me manque. Et comme cette maison, elle est encore là, c'est devenu la maison de mon frère, quand je rentre, Grande Gaëta rentre en Italie et voit ses tomates, ça me fait un truc. Et tu as réussi à le retrouver,
à retrouver cette sensation-là ? C'est-à-dire que si demain tu retournais dans cette maison et que tu te remettais avec ta fille sur ces tomates-là comme ça, assise par terre, est-ce que tu arriverais à grappiller un petit peu ce... C'est un peu comme une Madeleine de Proust. Tu essaies de retrouver la sensation, alors peut-être sans jamais l'atteindre, mais tu t'en approches.
J'aimerais bien le faire, je ne l'ai pas fait. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai été très longtemps un peu mangée par l'anxiété de devoir occuper ma fille. de devoir l'entretenir, de devoir lui faire faire des activités. Plein de choses, en fait, qui venaient d'une pression externe. Et donc, là, je sais que quand on va retourner en Italie, je pense que oui, là, le projet dans une semaine, c'est de me dire, bon, on va s'asseoir par terre.
Et on va s'ennuyer.
On va s'ennuyer. Et cette fois, la différence, c'est que moi, je m'ennuyais toute seule. Là, on s'ennuiera à deux. C'est si cool. Ah, c'est très cool.
Alors, c'est très particulier parce que c'était une version de toi enfant. Mais qu'est-ce que tu penses qui a changé entre la version de toi enfant petite et la version de toi adulte et ce qui n'a pas changé ? C'est quoi les points communs entre les deux Greta ?
Pas grand-chose a changé. Je pense que des souvenirs comme ça, simples et pourtant si forts, ils restent nucléairement intacts. Quelque part... la petite fille qui était assise par terre et qui s'ennuyait, elle existe encore. Et elle est là.
Et tu arrives à la recontacter, à la reconvoquer ?
Je pense que ce qui est très compliqué, justement, c'est que c'est tout ce qu'il y a... En fait, c'est les bagages que tu traînes autour, c'est les boulets, c'est les familles dysfonctionnelles, les couples qui ne marchent pas, les expériences de vie qui te blessent et qui créent en effet... en effet des espèces de murs de ronces entre toi, adulte, et ses souvenirs. C'est cette dysfonctionnalité avec ma famille, avec mes anciens conjoints, avec moi-même, parce qu'en fait, moi-même, je suis souvent dysfonctionnelle avec moi-même, de par mon éducation et de par des mauvais choix de compagnons que j'ai eus et qui vont... qui vont créer en effet des espèces de portes sealed, fermées. En fait, si je veux accéder à ces souvenirs simples, sans filtre, parce que c'est ça le truc, c'est ton souvenir, il est là. Tu l'as filtré, on le filtre, tout le monde filtre un souvenir. Et donc, c'est ça qui est vraiment dur. Tu ne changes pas vraiment. Je ne pense pas qu'on change vraiment sur ces choses-là. Je pense plutôt qu'on est entouré. de bruit, de nuisances qui ne nous appartiennent au fond pas vraiment, mais qui nous ont affectés. Et c'est ce travail-là de nettoyage qui est vraiment complexe et qui nous bloque. Et donc, pour répondre à ta question, je pense qu'il n'y a pas vraiment grand-chose qui a changé, si ce n'est la prise de conscience, que en fait, ce souvenir. Cette mémoire, elle est là, elle est toujours là. Et le travail en tant qu'adulte, c'est de me dire, je ne suis pas responsable de tout ce que j'ai vécu de ce moment-là quand j'étais enfant à aujourd'hui. Je ne peux pas être responsable de ce que les autres m'ont fait. Mais moi, je suis responsable de comment je réagis et où je vais dans mes souvenirs. C'est cette partie un peu adulte qui te dit, hé ho ! Ok, maintenant t'en es là. Regarde, il s'est passé ça, ça, ça. Qu'est-ce que tu en fais avec ? Un tableau ? Ok. Une poésie ? Ok. Un podcast ? Vas-y. Est-ce que tes tableaux sont des capsules temporelles de ta vie ? Oui. Chaque tableau correspond à une capsule ? Pas tous.
Ok.
Pas tous. Mais je dirais que la plupart des toiles que j'ai peintes sont le savoir. Donc je pense que c'est un process inconscient, complètement inconscient. Ce sont des capsules temporelles. d'une particulière situation de ma vie, d'un moment très précis ou d'une sensation très précise. Par exemple, tout ce qui est terre, terrestre, une tomette de terre cuite, une pierre. Là, par exemple, quand je me suis séparée, j'ai eu une phase que... J'avais jamais eu une phase aussi violente où, en fait, je me suis retrouvée dans mon atelier et pendant quasiment, je pense, bien... Ouais, quasiment... donc presque 48 heures, j'ai peint non-stop. Et j'ai peint des abstraits et j'ai peint des lieux. Il y en a un, justement, je le propose au Salon des artistes français. Je ne sais pas s'il sera pris, mais j'ai fini par l'appeler Divorce, le tableau. Parce que c'est deux toiles, en fait, qui sont comme deux fenêtres. Et donc, c'est deux toiles qui ne se retoucheront plus jamais. Mais en tout cas, pourquoi je te dis ça ? Parce que oui, c'est des capsules temporelles que je fais dans le présent. que je ne comprends pas sur le moment de la peinture. Enfin, quand je l'écris, je ne sais pas où je vais. Je sais les couleurs que je veux, je sais le thème que je vais aborder, mais je ne sais pas pourquoi je suis en train de le faire. Et pour te donner un exemple concret, qui ramène à la terre, à la tomette, au fait que je te parle des grottes de Lascaux, des pierres, des machins, des couleurs. Sur toute cette phase de 2026, mes dernières toiles, j'ai fait des falaises. J'ai fait des falaises sans savoir pourquoi je faisais des falaises. Et je me suis dit, tiens, je rêve de falaises. Donc, c'est peut-être parce que je rêve de falaises ou parce qu'il y a le Wanderlala, je ne me rappelle pas, ce tableau romantique de ce gars qui regarde... Au loin, il ne te sait pas s'il est sur une falaise, il regarde la mer ou les nuages. Enfin bref, the wanderer, voilà. Je pensais que c'était ça, en fait. Sièrement, je me disais, il y a une raison logique pour laquelle je suis en train de faire des falaises. Et en fait, je me suis rendue compte, avec le recul, après en avoir fait un bon paquet, après avoir eu, je ne sais pas, au moins déjà une quinzaine de toiles de falaises, qu'en fait, la falaise représentait exactement que j'en étais dans ma période de la vie, quoi. Parce que la Terre, la roche en général, la falaise, qu'est-ce qu'elle vit, la falaise ? Elle vit l'eau. L'eau qui est tout le temps active et qui est tout le temps agressive. Elle est tout le temps en mouvement et elle cogne. Non-stop contre les rochers. Et donc la falaise, pour moi, c'est un élément très féminin. Parce que c'est un élément naturel qui ne fait que varier suite aux agressions. Elle prend le coup de l'eau. erode, elle collapse et elle se reconstruit et elle se reforme. Et donc je me suis dit tiens c'est étonnant parce que l'an dernier quand je venais de me quitter et que ça avait été extrêmement compliqué avec mon ex-conjoint et ben dans un coup de tête, enfin sur un coup de tête je me suis dit vas-y je prends ma fille, je me casse, je vais en Bretagne, en Normandie, j'avais loué une voiture et tout. Et où est-ce qu'on s'est retrouvés ? Face à des falaises, elle et moi. Et je pense qu'en fait j'ai fait tout un process. où je pensais que c'était des rêves, mais en fait les rêves sont reliés à de la mémoire. Je me suis donné l'illusion que c'était mon inconscient qui me donnait des rêves, alors qu'en fait non, parce que j'y étais physiquement. Et surtout, par exemple, dans des lieux comme Étretat, j'y suis allée avec mon ex. Donc ça veut dire qu'en gros j'ai fait un travail d'épuration de ce que j'ai vécu avec mon ex-conjoint, de ce que je suis allée rechercher toute seule avec ma fille, et du symbole de la falaise, de la terre versus... Le ciel versus l'eau versus plein de choses et d'une terre, d'une masse qui se reforme non-stop face à une agression qui n'arrête jamais. Et donc c'est pour ça aussi que je me suis questionnée sur pourquoi est-ce que je les ai peintes d'un certain niveau. Parce que dans les falaises, je ne les peins pas depuis l'eau, je ne les peins pas depuis le haut. Je suis juste au milieu, comme dans ma vie, comme dans Dante, au milieu de ma vie, 40 ans. Et ça, je pense que c'est issu des souvenirs, de la mémoire. Et qu'après, oui, bien sûr, l'inconscient va retravailler derrière et qu'il va te reproposer des rêves, ok. Mais en tout cas, c'est parti du réel.
Ce que j'avais compris, c'est que les rêves, c'est un mélange de mémoire court terme et long terme. En fait, chaque nuit, tu vas revivre une composition un peu de ces souvenirs court terme, long terme. Et ça se réarrange d'une certaine façon. Mais ce qui est drôle au travers de tes peintures, c'est que du coup, la façon dont tu me le dis, c'est tu vis des choses, ton corps les intègre et quand c'est prêt, tu les ressors au travers d'une peinture.
Ouais, je pense qu'il y a un process comme ça, ouais.
Qu'est-ce qui a évolué dans ta pratique artistique jusqu'à tes 40 ans ?
Je dirais que ma pratique artistique est très liée à ma personnalité et à mon dysfonctionnement. Peut-être que plusieurs artistes vont se reconnaître dans... dans ces mots qu'on ne dit pas assez. Comme pour moi, être artiste, ce n'est pas un travail, mais c'est quitter la manière dont tu es artiste reflète ta personnalité, donc aussi tes failles, tes atouts, etc. Et ce qui a changé dans ma pratique artistique, c'est que jusqu'avant mes 40, au final, à part pour un seul tableau que j'ai peint, que je n'ai pas voulu vendre en 2014, et je l'ai peint en 40 minutes, vraiment dans un état où je n'étais pas en train de penser, le reste des tableaux, je les ai faits en pensant qu'ils devaient plaire. En bonne people pleaser que je suis, en bonne dépendante affective que je suis, en bonne femme avec une bonne et saine, balèze culture judéo-chrétienne qu'on m'a bien inculquée et qui est... Sacrifie-toi pour les autres parce que c'est ce que la femme fait. Mes tableaux, amenez avec eux. Ça. Le bleu était à la mode ? Eh ben j'allais mettre du bleu. J'aime le bleu. Mais est-ce que c'est moi qui l'aime ou est-ce que c'est la société qui l'aime ? À 25 ans, je n'aurais pas été capable de te le dire vraiment. Je t'aurais menti. Je t'aurais dit mais bien sûr j'adore le bleu. Mais je ne suis pas sûre que c'était vrai. Ce qui change, c'est que là par exemple, se cloîtrer et peindre 48 heures suite à une séparation qui est hyper violente, là je n'ai pas peint pour les autres. Là, j'ai peint pour moi. Et je n'ai même pas peint pour moi vraiment. Je n'ai pas un message. Et donc, c'est ça qui change dans ma pratique artistique. C'est qu'en gros, mémoire ou pas mémoire, souvenir ou pas souvenir, sensation ou pas sensation, réel ou pas, je sors ce que j'ai à sortir, ce qui est quand même très compliqué. Parce que c'est dur, encore une fois, même dans la pratique artistique, c'est dur de... de dire, attends, là, il y a des filtres qui ne sont pas les miens. C'est des filtres qu'on m'a donnés, je n'en veux pas. Ça ne m'appartient pas. Ça, en fait, je trouve que quand tu arrives à 40 ans, bizarrement, ces filtres-là, tu les vois. Mais donc, quand tu vois ces tableaux, quand tu vois ces toiles,
est-ce que tu vois, justement, la traduction en filtre derrière ?
Oui, je la vois. Et c'est pour ça que j'arrive à m'en détacher, tu vois. Et ce que je vois surtout, c'est que ça fait partie du process. C'est-à-dire que chaque toile créée était aussi en même temps un esclavage vis-à-vis de ça. Et en même temps, je vois que chaque toile qui est posée, c'est comme si je l'avais retirée la lentille. C'est comme si je l'avais enlevée, je l'avais posée dedans. Et du coup, je m'en étais libérée. Et donc, il y a des bouts d'âme dans chaque tableau. Chaque tableau. Ah, c'est un bout de mon âme. Et donc, il y a des bouts de mon âme que je suis prête à donner parce que peut-être des gens voient et vivent la même chose et donc ils le voient. Et il y a des bouts d'âme que je ne peux pas donner parce qu'ils sont trop grands, trop importants, parce qu'ils sont trop vivants encore. Et donc, je ne peux pas m'en séparer.
Il y a combien de tableaux dont tu ne te sépareras pas pour l'instant ou peut-être jamais ?
Pour l'instant, je n'en ai que deux. Il y en avait un. Ça a été très dur de m'en séparer, mais j'ai décidé de le faire parce que la personne qui l'a acheté, elle m'a dit des choses, elle m'a tellement touchée que je me suis dit en fait, elle va en prendre soin. S'il me manque, je pourrais aller le voir comme une personne et avec elle, il sera bien. Il sera bien là-haut, il sera à sa place. C'est comme si j'avais donné un bout de main en adoption à cette femme qui s'appelle Elisabeth. Tu peut-être écouteras ce podcast. C'est quoi la place du féminin dans tes œuvres, dans ton processus de création ? C'est très compliqué, la place du féminin. Pour moi, être une femme, c'est très dur. Mes œuvres, je dirais qu'elles sont quand même très asexuées. Quand je fais des expos, par exemple, ou quand j'expose dans des gros salons, on est des centaines d'artistes. Je ne sais pas comment t'expliquer, mais il y a des toiles. C'est hyper chelou, ce que je vais dire. Il y a des toiles. Je les regarde, je sais pertinemment que cette toile a été peinte par un esprit féminin. Alors, ça peut être une femme dans un corps d'homme, ça peut être ce que tu veux, mais il y a un esprit féminin qui a peint la toile. C'est comme les toiles de Berthe Morisot, tu vois, quand tu regardes les imprécis. Il n'y a qu'une femme qui peut t'emmener dans une douceur, dans un monde, en fait, qui, à l'époque, bon, maintenant, aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, mais à cette époque-là, Il n'y avait que le féminin qui pouvait t'emmener dans la douceur des peintures de Berthe Morisot. Et donc, par exemple, les toiles de Berthe Morisot ou de Suzanne Valadon, je ne sais pas, quand tu les regardes, tu le sais, tu le sais. Il y a une délicatesse, il y a un truc. C'est marqué. Et de la même manière, je n'arrive pas, cette délicatesse, moi, je n'arrive pas à la mettre dans mes peintures. Et je précise, je ne parle pas de sexe. Je ne parle pas genre de femme-homme ou les deux. Je parle vraiment d'esprit. C'est comment tu te sens toi à l'intérieur de toi-même. Peu importe ta forme, ton enveloppe physique. Et moi, j'ai une enveloppe physique où je suis dans un corps de femme. Mais intérieurement, des fois, en tout cas quand je suis en peinture, être femme n'a pas d'importance. Du coup, dans la scélégraphie par exemple, j'arrive à ramener ça. même de manière, si tu veux, sarcastique. J'ai fait des impressions avec des vulves, enfin des trucs, voilà. Mais en peinture,
Ma peinture n'a pas de sexe. C'est purement émotionnel. Moi, je pense que c'est la charge émotionnelle, c'est mon ressenti, mais je pense que c'est la charge émotionnelle de tes tableaux qui font que, soit on a une capacité de communiquer avec, ça apporte quelque chose ou ça renvoie quelque chose qui correspond à ce que la personne ressent à l'instant T. Je pense que c'est ça qui fait qu'il faut avoir la capacité de se connecter émotionnellement à tes tableaux. Parce que justement, ils ne sont pas neutres. Pour moi, il y avait une de mes questions, c'était que... J'ai l'impression que ce que tu peins, c'est toujours en lien avec des recherches littéraires que tu fais à côté. Comment tu te nourris intellectuellement ? Et donc typiquement, tu as toute une série qui est plutôt autour des œuvres de Dante.
Alors du coup, ça te vient d'où ? De nourrir tes peintures justement de ces courants littéraires-là ? Ça vient de mes études. Mes parents sont des personnes... Mon père était dans l'armée de l'air, il était militaire. Ma mère était une femme au foyer. Mes grands-parents, malgré nos bons noms nobles, c'était des gens vraiment très pauvres. Je ne viens pas d'une famille cultivée. On n'est pas des intellos et des littéraires. Quand j'ai affirmé, quand j'étais petite, à mes parents que j'allais devenir artiste et que j'allais faire des peintures, pour eux, ça a été un choc. Mais un choc, ils étaient trop morts. Il y a eu vraiment un terrorisme psychologique autour de l'art. Quand j'ai dit à ma mère à la fin de mes études de lycée, donc le lycée en Italie, tu le termines à 18 ans, 18-19 ans, je me dispute avec mon père, mon père claque la porte, il quitte l'appartement. Et moi, je dis à ma mère, je dis « Maman, je ne peux pas vivre une vie sans avoir la chance d'apprendre de l'art. » Mais histoire que mes parents ne m'ont même pas mis dans un centre Paris Animes pour faire, je ne sais pas, une heure de dessin par semaine. On en est là, hein. Voilà. Donc j'avais zéro formation de dessin. Et j'avais dit à ma mère, non maman, maintenant, maintenant, je veux essayer, je veux apprendre. Je veux faire les beaux-arts. Enfin, je vis pour ça. Et ma mère s'était pointée devant la porte en me disant, si tu sors de cette porte, moi je m'ouvre les veines. Elle avait un couteau. Et là, je me suis dit, putain, mais ça a marché sur moi. Moi, je dis, ok maman, ok, ok. C'est bon, je fais ce que tu veux. Et donc, j'ai commencé à faire des études. Je ne savais pas, en fait. Moi, je savais ce que je voulais faire, mais mes parents ne voulaient pas. Et je n'avais pas assez de réserve, moi. Je n'étais pas assez forte mentalement pour dire, tu sais quoi ? Rien à battre. Allez, fuck off les darons. Moi, je me casse. J'étais très, très, très attachée. Éventuellement, j'étais dépendante de mes parents. Et donc, ils avaient 100% d'emprise sur moi. Et donc... Donc, je me suis retrouvée à faire des études en littérature. Voilà. Et je me suis retrouvée à faire la fac en me disant qu'après la fac, peut-être que j'aurais pu faire de l'art. Et en fait, la fac, ça dure longtemps quand même. Et en fait, c'est là où j'ai commencé à développer des gros tocs. La tricotillomanie, par exemple. Parce qu'en fait, quand tu ne vis pas ce que tu es censé vivre, ton corps, ton cerveau, à un moment donné, tu encaisses, t'encaisses et puis tu pètes un câble. Et donc, ça a été l'époque de l'eczéma, ça a été l'époque de la trichotillomanie, ça a été l'époque de l'hyperactivité, de plein de choses, en fait. Et la seule chose qui me faisait du bien, c'était ces bouquins qu'on nous donnait à lire. Littérature française... Toute la littérature anglaise, romantique, Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley, toutes les questions bioéthiques qui sont vraiment hyper contemporaines. Et dans tout ça, il y avait Dante, Dante qui inspire Rodin, Dante qui inspire Dali, Dante qui inspire tout le monde en fait. Et du coup, Dante qui meuble. l'imaginaire des étudiants italiens, parce que là, moi, je pourrais te citer toute la... Je connais une bonne partie de la comédie de Dante par cœur. Et des passages de Dante, qui en fait, pour moi, étaient des passages de ma vie, notamment dans l'enfer, parce que la commedia, la divina, commedia divina, c'est Boccaccio, c'est Boccaccio qui a donné le nom de divine à la comédie de Dante, qui au début s'appelait juste la comédie, la commedia. La commedia, c'est... une critique sociale de tous les personnages qui entouraient Dante à l'époque. Et donc, si tu la lis avec des lunettes, avec une grille interprétative un peu contemporaine, tu peux remplacer des personnages qu'il critique. Avec nos politiciens, nos lobbyistes, nos banquiers, nos faits divers, ça marche. La comédie de Dante est incroyable parce qu'en fait, elle te remet encore dans des questions contemporaines qui sont... Enfin vraiment, on est d'actualité. Il faut juste que tu remplaces des noms. Et donc, moi, la comédie, ça a été quelque chose qui nourrit mon imaginaire. Parce qu'en fait, quelque part, de ne pas pouvoir faire ce que tu veux. Ne pas pouvoir vivre librement ta vie de par tes choix, parce que tu es bloqué, que ce soit par un parent, un conjoint, par quelqu'un que tu aimes, peu importe. Est-ce que l'incapacité de se libérer ne nous met pas dans un enfer ? Et ça m'a fait penser... J'écoute toujours beaucoup de musique et ça me fait penser à cette chanson que j'écoutais de Gilberto Gil qui avait repris des chansons de Bob Marley dans un album qui s'appelle Kayan Gandaria et qui chantait « Tu penses être au paradis mais en fait t'es en train de vivre en enfer » . Et en fait ça je me disais c'est exactement ça, c'est pour ça que j'ai peint un gros triptyque que j'ai appelé Styx. C'est ma vision de l'enfer de Dante et du paradis du purgatoire. Mais en même temps, c'est ma vision de nos villes, de nos vies, de cette société qui ne marche pas. Notre système ne marche pas. Les nouvelles générations ne savent pas quoi faire de leur vie. Elles ne marchent pas. Et on ne marche pas au détriment de notre planète. Si ça, ce n'est pas un enfer, alors je ne sais pas c'est quoi. Et donc ça, en peinture, après tu le ramènes. Tu peux ramener ça à tes propres souvenirs. Tu peux ramener ça à ta situation professionnelle. Tu peux ramener ça à la canicule quand on est en train de se taper. Tu peux ramener ça à tout. Et donc, la littérature alimente un imaginaire. Surtout quand tu prends la littérature, pas pour ce qu'elle te donne en termes d'informations, genre apprends à lire le livre et résume-le tel qu'on te le dit à la chatte GPT. C'est prendre le livre et te dire « Waouh ! » Putain, 600 ans sont passés et on en est encore au même endroit. On n'est pas sortis de l'auberge. Et en plus, on est vraiment en train de cuire comme si on était au cinquième niveau d'enfer, tu vois. Et là, on va faire que descendre.
Donc aujourd'hui, toi, les œuvres, elles te permettent de transmuter. Donc, ce n'est pas une lecture plate. Ça te renvoie à quelque chose. Et toi, ça te permet justement de transmuter au travers de tes tableaux. C'est comme un support à l'expression.
Oui. Une fois suffit d'une phrase ou d'une poésie, par exemple. On ne consomme plus assez de poésie. Il faudrait qu'on se remette à la poésie.
Tu parlais de poèmes, tu en as un en tête ?
Oui. Moi, mon poète préféré, il s'appelle Giuseppe Ungaretti. Je l'ai découvert à 21 ans. Je te donne juste un vers d'une toute petite poésie qu'il a écrite. « Di noi rimane quel nulla d'inesauribile segreto » "De nous il ne reste ce rien d'un inépuisable secret". Moi, quand je l'ai lu la première fois, je l'ai lu à la fac, c'était un module de fac, j'en ai pleuré. Parce qu'en fait, il va capter le moyeu de l'âme humaine. De ce fait, pour moi, Ungaretti, il n'est pas peignable. Parce qu'il est déjà peint. Tu ne peux pas peindre un truc comme ça. Et il joue beaucoup aussi avec les mots et tout. Et après l'avoir lu, j'ai commencé à écrire. Avant de peindre, vraiment sérieusement, j'ai écrit. Et en Italie, j'ai publié un livre de poésie qui est sorti. Il est paru en 2005, 2006, où j'ai écrit un livre, j'ai écrit un tome de poésie. Et j'ai écrit des poésies sur Rome. sur mes parcours de chez moi, de mon quartier pourri à la fac qui était au Vatican, de petites choses que je voyais, qui m'ont marquée, qui faisaient vraiment... c'était vraiment une analyse, parce que c'était les années 2000 en fait, et je me disais mais regarde, regarde Rome, quel chaos, on passe d'un millénaire à l'autre, de millénaire à autre, plus rien, dans une ville où tout est mélangé. où tous les gens se mélangent, les langues se mélangent, les architectures se mélangent, les buildings. T'as le colisée, tu fais trois pas, après t'as l'altare della patria. T'as des écarts en fait de millénaires. Et nous on marche comme ça sur nos propres morts, sur notre propre histoire. Un peu comme des fantômes quoi, tu vois, sans être vraiment conscient de ce qu'on est en train de faire. Et les millénaires s'écoulent et personne ne bouge vraiment. Et du coup je trouvais ça incroyable. Et j'arrivais pas à mettre ça en dessin, je pouvais pas le dessiner, j'allais pas aller... Tu vois, on m'avait pas... permis de me donner des outils de dessin. Je ne pouvais pas dessiner ça. Donc, c'était tellement frustrant que j'ai fini par l'écrire. Et quand je suis arrivée à Paris, les mots, ils se sont arrêtés et la peinture, elle est arrivée. Rome, écriture. Paris, peinture.
Quand tu retournes à Rome, tu ressens la même chose ? Tu arrives à peindre en Italie ?
Non, jamais. Je n'ai jamais fait une toile en Italie.
Parce que ça ne t'est pas venu à l'esprit ? Tu n'as pas eu de l'envie ou c'est que ce n'est pas possible ?
Ce n'est pas possible.
Il y a un shift identitaire entre toi l'italienne et toi la parisienne.
Oui, il y a une schizophrénie aiguë. En fait, avec Diane, avec ma fille, ça va beaucoup mieux. Ma fille crée un pont entre France et Italie avant d'être mère. J'arrivais en Italie, c'est comme si ma vie parisienne et Greta parisienne n'existaient pas. Et donc, en fait, la Greta parisienne n'existait pas. Et je redeviens, je redevenais Greta italienne. Avec ses potes en Italie qui parlent l'italien et qui a fait sa vie en Italie, sa fac en Italie, qui écrit, voilà. Et quand je reviens à Paris, la Greta l'italienne n'existe pas. Bah Greta, elle a grandi à Paris et... Vraiment, c'était un shift, mais... Je trouvais ça éprouvant. Et quand ma fille est arrivée, je l'ai en face de moi, je me dis, bah non, je dois bien exister. Enfin, à un moment donné, elle est bien... Voilà. Mais ça, c'est venu très tard. Et si ma fille n'est pas là en physique pour... me dire « Eh oh, t'es la même personne » et j'y vais en solo, meuf, c'est l'enfer. C'est l'enfer. Est-ce que quand tu relis tes poèmes que Greta italienne a pu écrire, est-ce que tu ressens la même chose que quand tu regardes tes peintures ? Non. Quand je relis mes poèmes, j'ai la sensation… Oh, c'était très fort. En fait, je lis mes poèmes et j'ai la sensation que quelque part, c'est pas moi qui les ai écrits. C'est comme si mes poèmes ont été écrits par quelqu'un qui a possédé mon corps et qui a écrit ces poèmes. Je reconnais après, mais il y a par exemple une poésie, j'avais gagné plein de prix avec. J'étais même arrivée à Turin dans un prix littéraire machin avec ça. Et je me rappelle de la critique hyper forte que j'avais eue, parce que le poème qui avait gagné, il s'appelait « Paroles d'une mère » , « Les mots d'une mère » . Et c'était pas les mots de ma mère, c'était... des mots que moi, en fait, jeune, je m'étais imaginé que j'aurais voulu qu'on me dise à moi. Et quelque part, il y avait aussi un peu ce que ma mère m'avait inculqué, parce qu'il y a des choses que je dis que ma mère m'avait inculqué. Et donc aujourd'hui, par exemple, ce poème, je le déteste un peu. Il y a des passages, en fait, enfin, il commence où je dis, par exemple, un sacrifice, ça je m'en rappelle très bien, un sacrifice n'est pas un refus. Et même si le soleil se lève, une seule fois par jour, tu auras mille et mille aurores à observer. Mais cette phrase, un sacrifice n'est pas un refus, c'est pas moi. Ça c'est ma mère qui me dit en gros tu fais le sacrifice de ne pas faire de l'art mais rappelle-toi que ce n'est pas un refus. En fait si, ça l'est. Parce que si moi je nais avec des capacités artistiques et je suis hyper créative et j'ai une neurodivergence et je ne suis pas câblée comme les autres enfants, tu ne peux pas t'attendre. à que je colle. Donc en fait, quelque part, si c'est un refus de ma personne. Et donc ces mêmes mots qui m'ont emmené loin dans les concours littéraires sont les mêmes mots qui m'ont moins incarcéré dans une prison. Et je me suis donné la sensation que c'est moi qui les écris, mais en fait, c'était pas vrai. C'était moi qui me... Voilà. Et ce truc aussi très beau, de me dire, de m'écrire que même si le soleil se lève une seule fois par jour, j'aurai, tu auras mille et mille. aurora observée, ce truc où tout le monde disait « Ah, c'est magnifique, c'est beau et tout » , je me disais « C'est quand même triste depuis une prison de te dire que même si le soleil, tu vas avoir des années et des années de lever de soleil que tu regarderas d'une prison. » Et donc, en fait, ces mots que je me suis écrits quand j'étais très très jeune, aujourd'hui, quand je les relis à 40 ans, ben, je suis bonne pour la thérapie, tu vois. C'est-à-dire que... Je reviens dessus et je me dis, quelque part, ce n'était pas vraiment moi. Tandis que les tableaux... C'est moi. C'est moi, people pleaser. C'est moi, dysfonctionnelle. Mais c'est moi. C'était mon geste. C'est mon mouvement. C'est mon choix sur la toile blanche. C'était moi.
Et est-ce que l'écriture est plus enfermante que la peinture ?
Je peux répondre médicalement à ça dans le sens que si je fais de la peinture, après je me sens bien. Quand je fais de l'écriture, par exemple, pendant que j'écris, je me tape la crise de tricotillomanie du début à la fin. Du coup, en fait, pour moi, l'écriture, c'est quand je vais vraiment très mal, quand il y a vraiment un truc que je n'arrive pas à exprimer. Et donc, l'écriture, pour moi, c'est un peu la dernière ressource possible, accessible, pour essayer de sortir un truc qui, normalement, aurait dû sortir il y a bien longtemps, en image probablement, mais qui n'est pas sorti. Qu'est-ce que tu gardes de Greta italienne ? Ou qu'est-ce que tu veux en garder ? Je pense que la seule chose que je vais vraiment garder... C'est le désir de subversion. Et donc, tu as cette espèce de désir de dire, non, en fait, je vais faire une révolution, je vais changer la mentalité de tout le monde, on va changer la politique, on va changer machin, on va changer... Mais en fait, non. Non, parce que c'est un système, c'est toujours la même chose. C'est un système qui ne marche pas, mais qui, en autarcie, qui continue à tourner comme un énorme pachyderme comme l'univers, qui en continue expansion, tu ne peux pas arrêter. Et donc, en fait, tu peux pas aller tout seul, toi, contre une bataille, tu vois, un truc gargantuesque. Et du coup, bah voilà, j'ai pris un ticket EasyJet pour faire un mois à Paris, et puis je suis plus jamais revenue. Et quand t'es arrivée à Paris, t'étais chez toi. Quand je suis arrivée à Paris, quelque part, oui, parce que j'arrive à Paris, mais je m'installe au tout début dans un tout petit trou dans le premier arrondissement, et je commence à aller dans les jazz clubs, je commence à écouter des jam sessions. avoir des musiciens qui ne savent pas où ils vont, mais ils jouent quand même. Et je me dis, putain, mais c'est trop comme ça. En fait, c'est comme ça que je me sens. C'est pour ça que j'adore le jazz. Parce que le jazz, des fois, tu ne sais pas ce que tu fais, mais tu le fais quand même. Et puis, tu sais que tu as d'autres gens qui font la même chose. Et en fait, personne ne sait ce qu'ils font, mais ça marche. C'est pour ça que je ne fréquente pas vraiment beaucoup d'Italiens ici à Paris, voire pas du tout. Parce que les Italiens, ils parlent de chez eux avec une grande nostalgie. Ah, les pâtes de ma grand-mère. Ah, l'Italie. Et moi, je suis là, je me dis, en fait, oui, OK, mes racines sont à Rome. Une partie de mon cœur est romain. Et je suis très orgueilleuse d'être romaine. Mais je ne suis pas que romaine. Je n'ai pas ce vide, je n'ai pas cette nostalgie. Je suis vraiment dédoublée. Alors, c'est quoi le bonheur pour toi ? Je pense que le bonheur, c'est comme un prisme. Où tu as de la lumière qui passe dedans. Comme The Dark Side, tu vois l'album Dark Side of the Moon ? Exactement ! Dark Side of the Moon, en gros, t'as ton prisme, ok ? Et donc t'as la lumière blanche pâve qui arrive, puis t'as le triangle, et après, tu sais, ça part en couleurs. Le bonheur, c'est pas un objectif. Tu peux pas avoir comme objectif d'être heureux. Pour moi, ça marche pas. Le bonheur, c'est souvent déjà là, parce que bonheur... ne peut pas rimer avec perfection. Bonheur, ça veut dire que t'as assez de pépettes pour avoir à manger, t'as assez conscience de ce que t'as vécu, même si tu traînes toutes tes « psychatrices » et encore tu souffres, mais tu le sais. Et malgré ça, tu te réveilles le matin et tu te dis « Aujourd'hui, ça va être génial ! » parce que je vais aller voir une expo, parce que je vais faire ça, parce qu'en fait je suis bien, parce que je suis en santé. Le bonheur c'est un état, c'est quelque chose qui peut t'habiter. Et je pense que le bonheur, on y a tous un peu accès quand on arrête de se prendre la tête.
Donc si je reformule, c'est la capacité à avoir tous les petits miracles dans la vie tous les jours. Merci. Qu'est-ce qui te procure de la joie au quotidien ? C'est quoi le premier truc là tout de suite ? Direct, sans penser. Et c'est quelque chose que j'ai découvert à la quarantaine. Ce qui me procure de la joie infinie, c'est d'être entourée par des amis. Les personnes. Les personnes sont ma source de joie. Les amis sont ma source de joie. Là, maintenant, on se parle. Tu me demandes si je suis heureuse. Oui, 100%, je suis heureuse. Pourquoi ? Parce qu'il y a un truc... que j'ai découvert avec cette séparation qui a été extrêmement dure et avec la maternité parce que la maternité isole. Le risque de la maternité, c'est de se retrouver vite isolé avec ton bébé. Et en fait, j'ai découvert plein de personnes. Et ces personnes-là, c'est exactement comme vraiment l'infiniment grand et l'infiniment petit de Pascal. Tu prends une planète, la caillasse dans l'univers. Tu la fous toute seule, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de machin. La caillasse, elle part en dérive dans un trou noir. Tu ne sais pas où ça part et tout. Mais si tu as un système, un système solaire, où la gravité se contrebalance, où en fait, t'as un soleil. Mon soleil, principalement, c'est mon art et ma fille. Voilà, ça c'est mon soleil. En gros, c'est ma source de vie. Art et ma fille. Et après, t'as une planète, Mercure. Oh tiens, Mercure, je vais mettre une copie. Oh tiens, Mars. Oh, Théodora. Oh tiens, Vénus. Oh, regarde, ça se contrebalance. Tiens, satellite. C'est quoi le satellite ? Oh bah tiens, c'est le job que j'ai découvert, que j'aime bien avec machin. Tiens, Jupiter, oh là là, mais regarde, mais c'est génial, il y a des petits satellites et tout. En fait, les personnes, elles sont apparues comme ça. Le dessin me les a envoyées et je les ai acceptées. Et du coup, en fait, actuellement, je suis dans un système solaire en équilibre avec ma gamine. Et c'est pour ça que j'ai complètement réévalué mon échelle de valeur. Avant, c'était... La couple, mon mec, mon mec, ma gamine, mon mec, mon mec, et que je te mets le mec tout en haut et que si le mec il dit, ah bah t'es comme ça, je lui croyais, ah bah machin. Non, maintenant, ma priorité, ce sont mes amis. Tu me demandes comment je vais mourir ? Ah bah je vais mourir dans un studio, à côté de dix autres studios, il y a mes potes dedans, au bord de mer. On fait quoi ce matin avec nos petits trucs à roulettes ? Ah bah tiens, on va aller faire le marché. Ah bah vas-y, on va faire le marché. Voilà. à 80 balais avec mes potes. Mais aujourd'hui, c'est quoi ton regard sur la famille ?
Sur ma famille ? Alors attends, sur la famille, comment moi je la perçois, par exemple, moi et ma fille ou ma famille d'origine ?
La famille, comment tu la perçois aujourd'hui ?
Ce n'est pas du tout le format judéo-chrétien qu'on m'avait inculqué. Pour moi, la famille, c'est quelque chose que tu construis et tu mets les personnes que tu veux dedans. Et donc, par exemple... Dans ma famille, il y a ma fille, il y a moi. Malgré tout, il y a des membres de ma famille, même s'ils ont beaucoup, beaucoup de défauts, même s'ils sont toxiques par moment. Mais la différence, c'est que c'est moi qui choisis. Comme en amitié, tu choisis les personnes avec qui tu vas t'entourer. Et je sais que c'est dur parce que je me suis éloignée de personnes que je connais depuis l'âge de 4 ans, mais c'était des personnes qui ne me faisaient pas du bien. Et donc, à un moment donné, quand tu deviens adulte et tu veux vraiment grandir et tu veux être heureux justement et trouver ton bonheur, en gros, c'est une maturité et une prise de conscience et aussi une sincérité. enfin à un moment donné il faut être sincère avec soi-même et les autres pour te dire bah voilà : Je veux, je te veux dans ma vie.
Qu'est-ce que tu te souhaites pour les prochaines années ?
Pour les prochaines années, moi, je me souhaite, comme je souhaiterais à mes amis en vrai, de continuer à s'entourer de personnes qui nous font du bien. D'avoir de l'argent, mais pas trop. Parce que sinon, après, tu sais, des fois, ça vient de... En fait, nécessaire pour être bien, pour partir en vacances, faire un beau voyage. Je me souhaite... de me libérer aussi physiquement, c'est-à-dire de rencontrer par exemple un homme, ou je ne sais pas, une femme, enfin je ne sais pas, mais rencontrer quelqu'un dont par exemple je pourrais potentiellement tomber amoureuse, mais cela ne veut pas dire que je vais emménager avec, que je vais me marier, que je vais forcément devoir faire des choses. En fait, je me souhaite de la liberté. Je me souhaite de la liberté de penser, de la liberté d'expression. de me libérer pour que ensuite, moi, je puisse montrer à ma fille que c'est possible.
Qu'est-ce que tu ressens alors qu'on est en train de terminer cet épisode ?
Tout ce que j'ai dit là, je ne l'avais pas pensé. C'était vraiment, je pense, la première fois dans ma vie où j'ai fait un flux de conscience. Le Virginia Woolf style ou le James Jole style. Du coup, je me sens très alignée. avec ce que je ressens et ce que j'ai dit. Rarement, ça m'arrive. Tu vois, des fois, j'ai toujours la frustration de me dire mais ce n'est pas vraiment ça que je voulais dire. Et je pense que le format que tu fais, peut-être que les questions que tu poses, là, justement, c'est toi en fait un... Tu as été un peu le Virgile qui a guidé Dante dans les enfers. La classe. Tu as été le Cicéron de ce podcast. Je pense que ça a fait que moi, je ne me suis pas frustrée. Je n'ai pas pensé à ce que je disais. J'ai juste bidé ce que j'avais dans la tête sans penser, sans filtrer. Et du coup, à mon grand étonnement, je me sens comme si j'avais terminé un tableau.
Alors ça, c'est un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire
En fait, on a fait un tableau ensemble.
Et il aurait quelle couleur ce tableau ?
Il est vert bleu, il est vert d'eau, il est un peu céladon. Et en fait, par contre, il y a comme des espèces de branches de fleurs qui montent. Et les fleurs sont très cuivrées. C'est comme s'il y avait des fleurs comme des soleils, une pluie mais comme une brume marine.
Et du coup, Greta, pour les personnes qui nous écouteront, où est-ce qu'on peut te retrouver ? Sur Internet ? Ou dans des expos ? Ou dans des restaurants ?
Oui, je suis un peu partout en ce moment. Alors, sur Internet, j'ai un site qui est tout le temps là et qui est simplement mon prénom et mon nom. Donc, Greta, G-R-E-T-A, Margherita, M-A-R-G-H-E-R-I-T-A.com. Autrement, sur Instagram, je suis très, très active parce que je partage mes œuvres en live. Et donc, c'est Greta, Margherita, toujours avec un G-H, .art. Et en exposition, bon, si vous partez au Japon, je suis à Tokyo la première quinzaine d'août 2026 au National Art Center. Donc, c'est un des plus gros musées d'art contemporain de Tokyo. Donc, je suis ravie. Mais bon, c'est un peu loin. Sinon, je suis au FIAP de Paris, rue Cabanis, dans le 14e, avec toutes mes toiles qui sont sorties jusqu'au 29 septembre 2026. Autrement, si vous aimez le café, j'expose justement mon grand triptyque dantesque de 3 mètres de long. chez Raf coffee, à Paris, qui est à Saint-Placide, en gros, sur la rue de Rennes. Et je suis également exposée au restaurant Saperavi, qui est un restaurant georgien, qui est rue du Fer à Moulins. Écoute, merci beaucoup, Greta. C'était très chouette. Merci à toi. C'était très cool. C'était trop chouette. J'ai trop adoré.
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si les histoires partagées aujourd'hui vous ont touché, ne gardez pas cette émotion pour vous. Abonnez-vous pour ne rien manquer des prochains épisodes, laissez un commentaire pour partager vos impressions, et surtout parlez-en autour de vous. A vos amis, vos collègues, vos voisins, votre famille, ensemble, faisons grandir cette communauté de personnes inspirées par les souvenirs et les expériences de vie. Votre soutien est précieux et nous permet de continuer à explorer ces moments uniques qui nous façonnent. A très bientôt !
Description
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Transcription
Bonjour et bienvenue dans Remember, le podcast des mémoires. Je suis Théodora et dans chaque épisode, je vous invite à revivre des moments intenses, à explorer des émotions profondes et à découvrir des histoires inspirantes qui ont marqué des vies. Bonne écoute ! Salut Greta ! Bonjour ! Je suis contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Greta, on s'est rencontré le 9 mars 2025 au travers d'une de tes toiles, les instantanées de velours. Je suis très contente de t'avoir avec moi aujourd'hui. Ma première question, c'est qu'est-ce que tu ressens alors qu'on s'apprête à débuter cet entretien ?
Je suis très contente d'être ici aujourd'hui avec toi. Je me sens énergétique, même s'il fait très chaud, même si on est en pleine canicule aujourd'hui. Parce que le thème que tu affrontes, c'est un thème qui est vraiment très intéressant et qui, pour les artistes comme moi, est quelque chose qui meuble notre imaginaire. Et donc, aller se poser un instant que sur ça, sans une phase créative ou « active » , je pense que c'est quelque chose qui est très inspirant. Et aussi, moi, je vais rentrer dans un terrain de l'inconnu. Parce que là, je suis face à toi, il y a nos voix, il y a l'air autour, mais il n'y a pas de création en cours, si ce n'est entre nous. Et donc, on est en train de faire, en fait, à mon sens, une forme d'art, mais différente. Et donc, ça... I feel excited. C'est ça. Voilà, je n'ai pas le mot en français, mais I'm excited. Bon, ben, c'est parfait. Greta, tu as dit que tu étais artiste. Est-ce que tu veux te présenter ? Oui, avec plaisir. Alors... Artiste, oui. Donc moi, je m'appelle Greta Margherita. Je suis une artiste, je dirais cosmopolite et en partie aussi franco-italienne, pour être plus précise. Je me définis comme une artiste polyvalente, c'est-à-dire que je suis peintre, je suis graveur, je suis sérigraphe, je suis sketch artist. Et artiste, ce n'est pas vraiment un travail, c'est qui on est. Voilà, artiste, c'est qui on est. Je pense que l'on est artiste, on ne le devient pas forcément, on est déjà comme ça. Et je dis ça parce qu'officiellement, face à la société, j'ai fait une reconversion depuis 2023. Et donc c'est un nouveau parcours que j'aborde depuis pas très longtemps au final, même s'il est là depuis toujours. Et donc j'ai un atelier dans le cinquième arrondissement à Césure. Et j'expose énormément. Et là, en ce moment, je travaille sur des sketchs de personnes, des musiciens, des artistes, des inconnus dans le métro. Et donc, je suis en train de déplacer mon attention de la toile peinte. Alors, puisque tu t'en as parlé au tout début, on va aborder le thème de la mémoire. Et donc, aujourd'hui, c'est quoi le souvenir, la mémoire que tu souhaites évoquer ? Disons, un souvenir qui émerge, et je pense que c'est à cause de la chaleur. Voilà, ce n'est pas un souvenir que je suis allée chercher, il est remonté tout seul. C'est un souvenir d'enfance. En ce moment, j'étais en train de lire un article qui disait que, en gros, là, ce qu'on affronte actuellement à Paris cet été, donc ces canicules qu'on enchaîne sans fin, en fait, ce n'était que le début. Et qu'en fait, cet été allait être en vérité un des étés les plus frais de ces 50 prochaines années. Quand j'ai lu ça, il y a un souvenir d'enfance qui a tout de suite ouvert la porte de ma mémoire. Et c'est quand j'étais petite, très petite, parce que moi je suis venue vivre à Paris. J'avais quoi ? J'avais 4 ans et demi, 5 ans. Et c'est un souvenir que j'ai de l'Italie. Et c'est un sol typique romain, parce que moi j'habitais à Rome et j'habitais dans la maison que mon grand-père avait construit après la guerre. Et donc dans... Toute la maison, il l'avait installée avec mon père, c'est des tomates en terre cuite. Est-ce que tu vois un peu les tomates en terre cuite que tu as un peu en Toscane et tout ? Et en fait, chez moi en Italie, tout est comme ça. Il y a plein de tomates en terre cuite. Et en fait, ces tomates-là, elles étaient un petit peu... Elles n'étaient pas mates. Elles étaient translucides parce qu'elles avaient été traitées. Et j'ai ce souvenir d'enfance où je me mettais en culotte. Juste en débardeur culotte. Et en fait, je m'assillais par terre, à l'ombre, sur les tomettes. Parce qu'en fait, il faisait frais sur les tomettes. Et donc, j'ai ce souvenir de moi. Comme je vois ma fille aujourd'hui, qui a 4 ans, tu vois. Des fois, quand elle a trop chaud, je lui mets des petites culottes. Le petit débardeur, tu sais, basique, quoi. Et là, paf, on se met, je ne sais pas, les pieds dans l'eau, dans la petite baignoire en plastoc, là, de chez nous. Et en fait, moi, je faisais ça avec les tomettes. Je me mettais culotte débardeur, les fesses contre les tomettes. Et je claquais bien tout le bas de ma jambe. Jusqu'à arriver bien au talon, bien, bien, bien sur la tomette. Et puis, tu sais, naturellement, la tomette, elle se réchauffe. Et donc là, tu te décales juste un tout petit peu. Et en fait, j'avais un carnet. Les rhodias, tu sais, que tu as encore qui tournent, les carnets orange, là. J'avais les rhodias que je piquais à mon frère, des crayons. Et en fait, je commençais l'après-midi de canicule dans un coin du salon. Et je me décalais. Au fur et à mesure, en fait, que je réchauffais les tomettes avec mon corps. Et en fait, je commençais, je sais pas, genre à 14h, j'étais genre, je sais pas, en face de la table. Et je finissais à 16h, je pouvais rester assise, enfin déjà, je restais assise 2h et je finissais genre à, je sais pas, à 2 mètres. Parce qu'en fait, j'avais réchauffé toute la ligne de tomate et je faisais ça sur toute la maison. De quoi ils étaient faits, les étés à Rome ? De solitude, bizarrement. C'est très bizarre parce que je viens d'un quartier très pauvre qui s'appelle Tursapians. Et ma rue, c'était une rue où il y avait plein de gamins qui jouaient, tu vois, dans la rue, au football, il y avait plein de gosses et tout. Et paradoxalement, autant on était tout le temps entourés par les voisins, autant je me sentais seule. Parce que mon père n'était jamais là, il partait, il était pilote militaire, donc s'il partait, tu ne savais pas quand et s'il revenait. Ma mère, je pense qu'elle avait un côté très dépressif. Et donc, elle avait du mal à gérer seule trois enfants. En sachant que quand même, elle était jeune. Parce que moi, quand je me reprojette maintenant dans la vie de ma mère, ma soeur, elle l'a eu à 20 ans. Moi, à 20 ans, je m'enquille pas un gosse. Donc, voilà. Je vais être sincère. Donc, en gros, tu vois le truc des fois. Oui, mais mes parents, ils étaient méchants. J'ai réévalué beaucoup de choses. Je pense que ma mère, elle avait... pas les moyens, elle n'avait pas les outils pour gérer trois gamins toute seule avec un mari qui se barrait à faire la guerre du golf et qui ne savait pas si le gars allait revenir. Donc, avec le recul, bon. Et du coup, tout ça me rendait très seule parce que je n'ai pas de souvenirs vraiment. J'en ai quelques-uns, j'ai des jolis souvenirs avec elle, mais j'ai surtout des souvenirs de solitude, c'est-à-dire comment je vais meubler mon temps. Et alors, qu'est-ce que tu as trouvé dans la solitude ? Dans la solitude, j'ai trouvé de l'ennui. Et l'ennui, c'est pas mal. Il t'aide à meubler. L'ennui fait que tu te retrouves à un moment donné à regarder le mur blanc assise sur tes tomettes, à te dire, j'en ai marre de dessiner, ça fait quand même deux heures que je fais des gribouillis, et à t'inventer du coup des mondes. La solitude m'a offert un monde alternatif, des amis imaginaires, des histoires, beaucoup d'histoires, des peuples aussi. Parce que c'est dans cette solitude-là aussi que j'ai trouvé, par exemple, je partageais la chambre avec mon frère et ma sœur. On avait une très grande chambre. Et en fait, mon père avait fait sur mesure une grande armoire. Grande armoire en bois. Ah là là, alors qu'est-ce que je m'imaginais dans cette grande armoire ? Des monstres qui sortaient. Et donc, je passais mon temps à m'imaginer des trucs.
Alors toi, si tu devais peindre cette mémoire-là, ces étés, ces tomates, en termes de couleurs, ça donnerait quoi ?
Ça donnerait une couleur rouille. Ça donnerait des oranges, des couleurs rouilles. Ça donnerait des ocres, des sables brûlés, des terres brûlées aussi, de la terre de Sienne. Et ça donnerait aussi des espèces de branches. Parce qu'au final, quand je regardais dehors, il y avait une grille. Donc cette maison faisait un peu aussi comme une espèce de prison. Mais derrière, il y avait des arbres, il y avait des branches, il y avait les arbres qu'avait planté mon grand-père. Mais je dirais que c'est vraiment dans tous les tons, ocre, sable, cuivre, terre. Tu vois les teintes des grottes de Lascaux ? Ouais, très bien. Ça. palette-là, qui est quelque chose de très lointain. Et est-ce que ça a une odeur particulière ? Oui. Ça sent quoi ? Ça sent plein de choses. Je dirais que ça sent le thym citronné, le basilic, ça sent la camomille. Ok. Ça sent les citrons. Ça sent les citrons âpres. Parce que c'était aussi, on avait un voisin qui avait un citronnier. Et en fait, j'allais de temps en temps piquer des citrons, je les coupais, puis je les mangeais. Et tu sais, t'as déjà mangé un citron ? Ouais. T'as vu ce que ça fait après, la sensation que t'as sur les dents ? Ouais. Comme si en plus, c'était tout anesthésié. C'est ça, le goût. Et aussi... Mais ça, c'est plus ma tristesse, ma solitude qui ferait dire ça. Ça sent un peu comme quand il pleut après très longtemps qu'il n'a pas pleut. Et donc, tu as cette espèce de vapeur, d'humidité qui remonte du sol. Et tu as l'odeur de la pluie qui monte. Et ça fait une odeur très particulière quand c'est des terres, quand c'est des tomates, quand c'est des bouts de jardin. Tu as ça aussi avec l'ardoise. Oui, exactement. Ça a une odeur que tu ne retrouves pas ailleurs. Du coup, c'est quoi ton ressenti corporel de cette mémoire-là ? Alors, c'est très bizarre parce que c'est une bonne question. Mais de toute façon, tu me poses toujours des bonnes questions. Mais en fait, c'est une question très intéressante. Et je pense que ce visage souriant que tu vois actuellement, c'est très récent. Et toute cette vision, toute cette appréhension par rapport à ce souvenir précis que je te partage, elle a changé. Quand je suis devenue maman. C'est-à-dire que si je t'avais rencontré en, par exemple, 2020, avant que je rencontre mon ex-conjoint, que je fasse un enfant, etc., je pense que ce même souvenir, je te l'aurais raconté de manière sombre.
Ok.
Et je n'aurais pas pu voir, comme si en fait tu rentrais dans une maison hantée et qu'il y avait de la poussière partout et que tu as des draps blancs, sales, qui recouvrent les tomates. Et Thomas, tu ne sais pas de quelle couleur elles sont parce qu'il y avait ça, il y avait un tas de poussière dessus. Et quelque part, je pense que la maternité a, comme le liquide amniotique que tu as dans le ventre, en fait, elle a rempli cette maison d'un liquide amniotique. et après quand le bébé est sorti, il est sorti, il a emmené avec lui tout ça, la poussière et tout. Et en fait, l'enfant m'a donné une vision de ses souvenirs de jeunesse. de manière complètement nouvelle. Et donc, c'est bizarre parce que j'en ai un souvenir triste. J'en ai un souvenir de solitude. Et pourtant, maintenant, à 40 ans, en étant maman, je me dis que ce souvenir n'est pas un mauvais souvenir. La solitude, ce n'est pas quelque chose de négatif. S'inventer un monde où se sentir extrêmement seule ou éprouver un ennui, Des fois, j'avais des phrases dans ma tête, je me disais, je m'ennuie tellement que je pourrais en mourir. Je me disais ça, tellement je m'ennuyais. Et en fait, maintenant avec la distance, quand je vois ma fille, je me dis que c'est pas grave si elle s'ennuie. L'ennui, en fait, ça demande au cerveau de se trouver des solutions. Et donc, tout ce que j'ai éprouvé, même un... Un souvenir si banal, entre guillemets, qui est être enfant et être assis par terre parce que t'as trop chaud, donc tu peux pas aller jouer dans le jardin dehors ou voilà, c'est la canicule. Même un souvenir comme ça, quelque part, a forgé, par exemple, mes capacités artistiques, ma mentalité, ma manière de me faire encore aujourd'hui des histoires et d'avoir un humour un peu à la Ally McBeal, où un mec ou une nana me dit quelque chose et moi je pars très, très, très, très loin. Alors que c'est genre, salut, ça va ? Et moi, alors oui, alors tout, Et je me dis que ça, quelque part, c'est forgé depuis mon enfance à cause de la solitude et de l'ennui.
Et donc, du coup, c'est quoi le regard de grande Greta sur petite Greta sur les tomates en terre cuite ?
C'est que, quelque part, cet ennui de grande Greta qui regarde ce souvenir-là, même s'il est triste, il me manque. La tomate me manque. Et comme cette maison, elle est encore là, c'est devenu la maison de mon frère, quand je rentre, Grande Gaëta rentre en Italie et voit ses tomates, ça me fait un truc. Et tu as réussi à le retrouver,
à retrouver cette sensation-là ? C'est-à-dire que si demain tu retournais dans cette maison et que tu te remettais avec ta fille sur ces tomates-là comme ça, assise par terre, est-ce que tu arriverais à grappiller un petit peu ce... C'est un peu comme une Madeleine de Proust. Tu essaies de retrouver la sensation, alors peut-être sans jamais l'atteindre, mais tu t'en approches.
J'aimerais bien le faire, je ne l'ai pas fait. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai été très longtemps un peu mangée par l'anxiété de devoir occuper ma fille. de devoir l'entretenir, de devoir lui faire faire des activités. Plein de choses, en fait, qui venaient d'une pression externe. Et donc, là, je sais que quand on va retourner en Italie, je pense que oui, là, le projet dans une semaine, c'est de me dire, bon, on va s'asseoir par terre.
Et on va s'ennuyer.
On va s'ennuyer. Et cette fois, la différence, c'est que moi, je m'ennuyais toute seule. Là, on s'ennuiera à deux. C'est si cool. Ah, c'est très cool.
Alors, c'est très particulier parce que c'était une version de toi enfant. Mais qu'est-ce que tu penses qui a changé entre la version de toi enfant petite et la version de toi adulte et ce qui n'a pas changé ? C'est quoi les points communs entre les deux Greta ?
Pas grand-chose a changé. Je pense que des souvenirs comme ça, simples et pourtant si forts, ils restent nucléairement intacts. Quelque part... la petite fille qui était assise par terre et qui s'ennuyait, elle existe encore. Et elle est là.
Et tu arrives à la recontacter, à la reconvoquer ?
Je pense que ce qui est très compliqué, justement, c'est que c'est tout ce qu'il y a... En fait, c'est les bagages que tu traînes autour, c'est les boulets, c'est les familles dysfonctionnelles, les couples qui ne marchent pas, les expériences de vie qui te blessent et qui créent en effet... en effet des espèces de murs de ronces entre toi, adulte, et ses souvenirs. C'est cette dysfonctionnalité avec ma famille, avec mes anciens conjoints, avec moi-même, parce qu'en fait, moi-même, je suis souvent dysfonctionnelle avec moi-même, de par mon éducation et de par des mauvais choix de compagnons que j'ai eus et qui vont... qui vont créer en effet des espèces de portes sealed, fermées. En fait, si je veux accéder à ces souvenirs simples, sans filtre, parce que c'est ça le truc, c'est ton souvenir, il est là. Tu l'as filtré, on le filtre, tout le monde filtre un souvenir. Et donc, c'est ça qui est vraiment dur. Tu ne changes pas vraiment. Je ne pense pas qu'on change vraiment sur ces choses-là. Je pense plutôt qu'on est entouré. de bruit, de nuisances qui ne nous appartiennent au fond pas vraiment, mais qui nous ont affectés. Et c'est ce travail-là de nettoyage qui est vraiment complexe et qui nous bloque. Et donc, pour répondre à ta question, je pense qu'il n'y a pas vraiment grand-chose qui a changé, si ce n'est la prise de conscience, que en fait, ce souvenir. Cette mémoire, elle est là, elle est toujours là. Et le travail en tant qu'adulte, c'est de me dire, je ne suis pas responsable de tout ce que j'ai vécu de ce moment-là quand j'étais enfant à aujourd'hui. Je ne peux pas être responsable de ce que les autres m'ont fait. Mais moi, je suis responsable de comment je réagis et où je vais dans mes souvenirs. C'est cette partie un peu adulte qui te dit, hé ho ! Ok, maintenant t'en es là. Regarde, il s'est passé ça, ça, ça. Qu'est-ce que tu en fais avec ? Un tableau ? Ok. Une poésie ? Ok. Un podcast ? Vas-y. Est-ce que tes tableaux sont des capsules temporelles de ta vie ? Oui. Chaque tableau correspond à une capsule ? Pas tous.
Ok.
Pas tous. Mais je dirais que la plupart des toiles que j'ai peintes sont le savoir. Donc je pense que c'est un process inconscient, complètement inconscient. Ce sont des capsules temporelles. d'une particulière situation de ma vie, d'un moment très précis ou d'une sensation très précise. Par exemple, tout ce qui est terre, terrestre, une tomette de terre cuite, une pierre. Là, par exemple, quand je me suis séparée, j'ai eu une phase que... J'avais jamais eu une phase aussi violente où, en fait, je me suis retrouvée dans mon atelier et pendant quasiment, je pense, bien... Ouais, quasiment... donc presque 48 heures, j'ai peint non-stop. Et j'ai peint des abstraits et j'ai peint des lieux. Il y en a un, justement, je le propose au Salon des artistes français. Je ne sais pas s'il sera pris, mais j'ai fini par l'appeler Divorce, le tableau. Parce que c'est deux toiles, en fait, qui sont comme deux fenêtres. Et donc, c'est deux toiles qui ne se retoucheront plus jamais. Mais en tout cas, pourquoi je te dis ça ? Parce que oui, c'est des capsules temporelles que je fais dans le présent. que je ne comprends pas sur le moment de la peinture. Enfin, quand je l'écris, je ne sais pas où je vais. Je sais les couleurs que je veux, je sais le thème que je vais aborder, mais je ne sais pas pourquoi je suis en train de le faire. Et pour te donner un exemple concret, qui ramène à la terre, à la tomette, au fait que je te parle des grottes de Lascaux, des pierres, des machins, des couleurs. Sur toute cette phase de 2026, mes dernières toiles, j'ai fait des falaises. J'ai fait des falaises sans savoir pourquoi je faisais des falaises. Et je me suis dit, tiens, je rêve de falaises. Donc, c'est peut-être parce que je rêve de falaises ou parce qu'il y a le Wanderlala, je ne me rappelle pas, ce tableau romantique de ce gars qui regarde... Au loin, il ne te sait pas s'il est sur une falaise, il regarde la mer ou les nuages. Enfin bref, the wanderer, voilà. Je pensais que c'était ça, en fait. Sièrement, je me disais, il y a une raison logique pour laquelle je suis en train de faire des falaises. Et en fait, je me suis rendue compte, avec le recul, après en avoir fait un bon paquet, après avoir eu, je ne sais pas, au moins déjà une quinzaine de toiles de falaises, qu'en fait, la falaise représentait exactement que j'en étais dans ma période de la vie, quoi. Parce que la Terre, la roche en général, la falaise, qu'est-ce qu'elle vit, la falaise ? Elle vit l'eau. L'eau qui est tout le temps active et qui est tout le temps agressive. Elle est tout le temps en mouvement et elle cogne. Non-stop contre les rochers. Et donc la falaise, pour moi, c'est un élément très féminin. Parce que c'est un élément naturel qui ne fait que varier suite aux agressions. Elle prend le coup de l'eau. erode, elle collapse et elle se reconstruit et elle se reforme. Et donc je me suis dit tiens c'est étonnant parce que l'an dernier quand je venais de me quitter et que ça avait été extrêmement compliqué avec mon ex-conjoint et ben dans un coup de tête, enfin sur un coup de tête je me suis dit vas-y je prends ma fille, je me casse, je vais en Bretagne, en Normandie, j'avais loué une voiture et tout. Et où est-ce qu'on s'est retrouvés ? Face à des falaises, elle et moi. Et je pense qu'en fait j'ai fait tout un process. où je pensais que c'était des rêves, mais en fait les rêves sont reliés à de la mémoire. Je me suis donné l'illusion que c'était mon inconscient qui me donnait des rêves, alors qu'en fait non, parce que j'y étais physiquement. Et surtout, par exemple, dans des lieux comme Étretat, j'y suis allée avec mon ex. Donc ça veut dire qu'en gros j'ai fait un travail d'épuration de ce que j'ai vécu avec mon ex-conjoint, de ce que je suis allée rechercher toute seule avec ma fille, et du symbole de la falaise, de la terre versus... Le ciel versus l'eau versus plein de choses et d'une terre, d'une masse qui se reforme non-stop face à une agression qui n'arrête jamais. Et donc c'est pour ça aussi que je me suis questionnée sur pourquoi est-ce que je les ai peintes d'un certain niveau. Parce que dans les falaises, je ne les peins pas depuis l'eau, je ne les peins pas depuis le haut. Je suis juste au milieu, comme dans ma vie, comme dans Dante, au milieu de ma vie, 40 ans. Et ça, je pense que c'est issu des souvenirs, de la mémoire. Et qu'après, oui, bien sûr, l'inconscient va retravailler derrière et qu'il va te reproposer des rêves, ok. Mais en tout cas, c'est parti du réel.
Ce que j'avais compris, c'est que les rêves, c'est un mélange de mémoire court terme et long terme. En fait, chaque nuit, tu vas revivre une composition un peu de ces souvenirs court terme, long terme. Et ça se réarrange d'une certaine façon. Mais ce qui est drôle au travers de tes peintures, c'est que du coup, la façon dont tu me le dis, c'est tu vis des choses, ton corps les intègre et quand c'est prêt, tu les ressors au travers d'une peinture.
Ouais, je pense qu'il y a un process comme ça, ouais.
Qu'est-ce qui a évolué dans ta pratique artistique jusqu'à tes 40 ans ?
Je dirais que ma pratique artistique est très liée à ma personnalité et à mon dysfonctionnement. Peut-être que plusieurs artistes vont se reconnaître dans... dans ces mots qu'on ne dit pas assez. Comme pour moi, être artiste, ce n'est pas un travail, mais c'est quitter la manière dont tu es artiste reflète ta personnalité, donc aussi tes failles, tes atouts, etc. Et ce qui a changé dans ma pratique artistique, c'est que jusqu'avant mes 40, au final, à part pour un seul tableau que j'ai peint, que je n'ai pas voulu vendre en 2014, et je l'ai peint en 40 minutes, vraiment dans un état où je n'étais pas en train de penser, le reste des tableaux, je les ai faits en pensant qu'ils devaient plaire. En bonne people pleaser que je suis, en bonne dépendante affective que je suis, en bonne femme avec une bonne et saine, balèze culture judéo-chrétienne qu'on m'a bien inculquée et qui est... Sacrifie-toi pour les autres parce que c'est ce que la femme fait. Mes tableaux, amenez avec eux. Ça. Le bleu était à la mode ? Eh ben j'allais mettre du bleu. J'aime le bleu. Mais est-ce que c'est moi qui l'aime ou est-ce que c'est la société qui l'aime ? À 25 ans, je n'aurais pas été capable de te le dire vraiment. Je t'aurais menti. Je t'aurais dit mais bien sûr j'adore le bleu. Mais je ne suis pas sûre que c'était vrai. Ce qui change, c'est que là par exemple, se cloîtrer et peindre 48 heures suite à une séparation qui est hyper violente, là je n'ai pas peint pour les autres. Là, j'ai peint pour moi. Et je n'ai même pas peint pour moi vraiment. Je n'ai pas un message. Et donc, c'est ça qui change dans ma pratique artistique. C'est qu'en gros, mémoire ou pas mémoire, souvenir ou pas souvenir, sensation ou pas sensation, réel ou pas, je sors ce que j'ai à sortir, ce qui est quand même très compliqué. Parce que c'est dur, encore une fois, même dans la pratique artistique, c'est dur de... de dire, attends, là, il y a des filtres qui ne sont pas les miens. C'est des filtres qu'on m'a donnés, je n'en veux pas. Ça ne m'appartient pas. Ça, en fait, je trouve que quand tu arrives à 40 ans, bizarrement, ces filtres-là, tu les vois. Mais donc, quand tu vois ces tableaux, quand tu vois ces toiles,
est-ce que tu vois, justement, la traduction en filtre derrière ?
Oui, je la vois. Et c'est pour ça que j'arrive à m'en détacher, tu vois. Et ce que je vois surtout, c'est que ça fait partie du process. C'est-à-dire que chaque toile créée était aussi en même temps un esclavage vis-à-vis de ça. Et en même temps, je vois que chaque toile qui est posée, c'est comme si je l'avais retirée la lentille. C'est comme si je l'avais enlevée, je l'avais posée dedans. Et du coup, je m'en étais libérée. Et donc, il y a des bouts d'âme dans chaque tableau. Chaque tableau. Ah, c'est un bout de mon âme. Et donc, il y a des bouts de mon âme que je suis prête à donner parce que peut-être des gens voient et vivent la même chose et donc ils le voient. Et il y a des bouts d'âme que je ne peux pas donner parce qu'ils sont trop grands, trop importants, parce qu'ils sont trop vivants encore. Et donc, je ne peux pas m'en séparer.
Il y a combien de tableaux dont tu ne te sépareras pas pour l'instant ou peut-être jamais ?
Pour l'instant, je n'en ai que deux. Il y en avait un. Ça a été très dur de m'en séparer, mais j'ai décidé de le faire parce que la personne qui l'a acheté, elle m'a dit des choses, elle m'a tellement touchée que je me suis dit en fait, elle va en prendre soin. S'il me manque, je pourrais aller le voir comme une personne et avec elle, il sera bien. Il sera bien là-haut, il sera à sa place. C'est comme si j'avais donné un bout de main en adoption à cette femme qui s'appelle Elisabeth. Tu peut-être écouteras ce podcast. C'est quoi la place du féminin dans tes œuvres, dans ton processus de création ? C'est très compliqué, la place du féminin. Pour moi, être une femme, c'est très dur. Mes œuvres, je dirais qu'elles sont quand même très asexuées. Quand je fais des expos, par exemple, ou quand j'expose dans des gros salons, on est des centaines d'artistes. Je ne sais pas comment t'expliquer, mais il y a des toiles. C'est hyper chelou, ce que je vais dire. Il y a des toiles. Je les regarde, je sais pertinemment que cette toile a été peinte par un esprit féminin. Alors, ça peut être une femme dans un corps d'homme, ça peut être ce que tu veux, mais il y a un esprit féminin qui a peint la toile. C'est comme les toiles de Berthe Morisot, tu vois, quand tu regardes les imprécis. Il n'y a qu'une femme qui peut t'emmener dans une douceur, dans un monde, en fait, qui, à l'époque, bon, maintenant, aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, mais à cette époque-là, Il n'y avait que le féminin qui pouvait t'emmener dans la douceur des peintures de Berthe Morisot. Et donc, par exemple, les toiles de Berthe Morisot ou de Suzanne Valadon, je ne sais pas, quand tu les regardes, tu le sais, tu le sais. Il y a une délicatesse, il y a un truc. C'est marqué. Et de la même manière, je n'arrive pas, cette délicatesse, moi, je n'arrive pas à la mettre dans mes peintures. Et je précise, je ne parle pas de sexe. Je ne parle pas genre de femme-homme ou les deux. Je parle vraiment d'esprit. C'est comment tu te sens toi à l'intérieur de toi-même. Peu importe ta forme, ton enveloppe physique. Et moi, j'ai une enveloppe physique où je suis dans un corps de femme. Mais intérieurement, des fois, en tout cas quand je suis en peinture, être femme n'a pas d'importance. Du coup, dans la scélégraphie par exemple, j'arrive à ramener ça. même de manière, si tu veux, sarcastique. J'ai fait des impressions avec des vulves, enfin des trucs, voilà. Mais en peinture,
Ma peinture n'a pas de sexe. C'est purement émotionnel. Moi, je pense que c'est la charge émotionnelle, c'est mon ressenti, mais je pense que c'est la charge émotionnelle de tes tableaux qui font que, soit on a une capacité de communiquer avec, ça apporte quelque chose ou ça renvoie quelque chose qui correspond à ce que la personne ressent à l'instant T. Je pense que c'est ça qui fait qu'il faut avoir la capacité de se connecter émotionnellement à tes tableaux. Parce que justement, ils ne sont pas neutres. Pour moi, il y avait une de mes questions, c'était que... J'ai l'impression que ce que tu peins, c'est toujours en lien avec des recherches littéraires que tu fais à côté. Comment tu te nourris intellectuellement ? Et donc typiquement, tu as toute une série qui est plutôt autour des œuvres de Dante.
Alors du coup, ça te vient d'où ? De nourrir tes peintures justement de ces courants littéraires-là ? Ça vient de mes études. Mes parents sont des personnes... Mon père était dans l'armée de l'air, il était militaire. Ma mère était une femme au foyer. Mes grands-parents, malgré nos bons noms nobles, c'était des gens vraiment très pauvres. Je ne viens pas d'une famille cultivée. On n'est pas des intellos et des littéraires. Quand j'ai affirmé, quand j'étais petite, à mes parents que j'allais devenir artiste et que j'allais faire des peintures, pour eux, ça a été un choc. Mais un choc, ils étaient trop morts. Il y a eu vraiment un terrorisme psychologique autour de l'art. Quand j'ai dit à ma mère à la fin de mes études de lycée, donc le lycée en Italie, tu le termines à 18 ans, 18-19 ans, je me dispute avec mon père, mon père claque la porte, il quitte l'appartement. Et moi, je dis à ma mère, je dis « Maman, je ne peux pas vivre une vie sans avoir la chance d'apprendre de l'art. » Mais histoire que mes parents ne m'ont même pas mis dans un centre Paris Animes pour faire, je ne sais pas, une heure de dessin par semaine. On en est là, hein. Voilà. Donc j'avais zéro formation de dessin. Et j'avais dit à ma mère, non maman, maintenant, maintenant, je veux essayer, je veux apprendre. Je veux faire les beaux-arts. Enfin, je vis pour ça. Et ma mère s'était pointée devant la porte en me disant, si tu sors de cette porte, moi je m'ouvre les veines. Elle avait un couteau. Et là, je me suis dit, putain, mais ça a marché sur moi. Moi, je dis, ok maman, ok, ok. C'est bon, je fais ce que tu veux. Et donc, j'ai commencé à faire des études. Je ne savais pas, en fait. Moi, je savais ce que je voulais faire, mais mes parents ne voulaient pas. Et je n'avais pas assez de réserve, moi. Je n'étais pas assez forte mentalement pour dire, tu sais quoi ? Rien à battre. Allez, fuck off les darons. Moi, je me casse. J'étais très, très, très attachée. Éventuellement, j'étais dépendante de mes parents. Et donc, ils avaient 100% d'emprise sur moi. Et donc... Donc, je me suis retrouvée à faire des études en littérature. Voilà. Et je me suis retrouvée à faire la fac en me disant qu'après la fac, peut-être que j'aurais pu faire de l'art. Et en fait, la fac, ça dure longtemps quand même. Et en fait, c'est là où j'ai commencé à développer des gros tocs. La tricotillomanie, par exemple. Parce qu'en fait, quand tu ne vis pas ce que tu es censé vivre, ton corps, ton cerveau, à un moment donné, tu encaisses, t'encaisses et puis tu pètes un câble. Et donc, ça a été l'époque de l'eczéma, ça a été l'époque de la trichotillomanie, ça a été l'époque de l'hyperactivité, de plein de choses, en fait. Et la seule chose qui me faisait du bien, c'était ces bouquins qu'on nous donnait à lire. Littérature française... Toute la littérature anglaise, romantique, Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley, toutes les questions bioéthiques qui sont vraiment hyper contemporaines. Et dans tout ça, il y avait Dante, Dante qui inspire Rodin, Dante qui inspire Dali, Dante qui inspire tout le monde en fait. Et du coup, Dante qui meuble. l'imaginaire des étudiants italiens, parce que là, moi, je pourrais te citer toute la... Je connais une bonne partie de la comédie de Dante par cœur. Et des passages de Dante, qui en fait, pour moi, étaient des passages de ma vie, notamment dans l'enfer, parce que la commedia, la divina, commedia divina, c'est Boccaccio, c'est Boccaccio qui a donné le nom de divine à la comédie de Dante, qui au début s'appelait juste la comédie, la commedia. La commedia, c'est... une critique sociale de tous les personnages qui entouraient Dante à l'époque. Et donc, si tu la lis avec des lunettes, avec une grille interprétative un peu contemporaine, tu peux remplacer des personnages qu'il critique. Avec nos politiciens, nos lobbyistes, nos banquiers, nos faits divers, ça marche. La comédie de Dante est incroyable parce qu'en fait, elle te remet encore dans des questions contemporaines qui sont... Enfin vraiment, on est d'actualité. Il faut juste que tu remplaces des noms. Et donc, moi, la comédie, ça a été quelque chose qui nourrit mon imaginaire. Parce qu'en fait, quelque part, de ne pas pouvoir faire ce que tu veux. Ne pas pouvoir vivre librement ta vie de par tes choix, parce que tu es bloqué, que ce soit par un parent, un conjoint, par quelqu'un que tu aimes, peu importe. Est-ce que l'incapacité de se libérer ne nous met pas dans un enfer ? Et ça m'a fait penser... J'écoute toujours beaucoup de musique et ça me fait penser à cette chanson que j'écoutais de Gilberto Gil qui avait repris des chansons de Bob Marley dans un album qui s'appelle Kayan Gandaria et qui chantait « Tu penses être au paradis mais en fait t'es en train de vivre en enfer » . Et en fait ça je me disais c'est exactement ça, c'est pour ça que j'ai peint un gros triptyque que j'ai appelé Styx. C'est ma vision de l'enfer de Dante et du paradis du purgatoire. Mais en même temps, c'est ma vision de nos villes, de nos vies, de cette société qui ne marche pas. Notre système ne marche pas. Les nouvelles générations ne savent pas quoi faire de leur vie. Elles ne marchent pas. Et on ne marche pas au détriment de notre planète. Si ça, ce n'est pas un enfer, alors je ne sais pas c'est quoi. Et donc ça, en peinture, après tu le ramènes. Tu peux ramener ça à tes propres souvenirs. Tu peux ramener ça à ta situation professionnelle. Tu peux ramener ça à la canicule quand on est en train de se taper. Tu peux ramener ça à tout. Et donc, la littérature alimente un imaginaire. Surtout quand tu prends la littérature, pas pour ce qu'elle te donne en termes d'informations, genre apprends à lire le livre et résume-le tel qu'on te le dit à la chatte GPT. C'est prendre le livre et te dire « Waouh ! » Putain, 600 ans sont passés et on en est encore au même endroit. On n'est pas sortis de l'auberge. Et en plus, on est vraiment en train de cuire comme si on était au cinquième niveau d'enfer, tu vois. Et là, on va faire que descendre.
Donc aujourd'hui, toi, les œuvres, elles te permettent de transmuter. Donc, ce n'est pas une lecture plate. Ça te renvoie à quelque chose. Et toi, ça te permet justement de transmuter au travers de tes tableaux. C'est comme un support à l'expression.
Oui. Une fois suffit d'une phrase ou d'une poésie, par exemple. On ne consomme plus assez de poésie. Il faudrait qu'on se remette à la poésie.
Tu parlais de poèmes, tu en as un en tête ?
Oui. Moi, mon poète préféré, il s'appelle Giuseppe Ungaretti. Je l'ai découvert à 21 ans. Je te donne juste un vers d'une toute petite poésie qu'il a écrite. « Di noi rimane quel nulla d'inesauribile segreto » "De nous il ne reste ce rien d'un inépuisable secret". Moi, quand je l'ai lu la première fois, je l'ai lu à la fac, c'était un module de fac, j'en ai pleuré. Parce qu'en fait, il va capter le moyeu de l'âme humaine. De ce fait, pour moi, Ungaretti, il n'est pas peignable. Parce qu'il est déjà peint. Tu ne peux pas peindre un truc comme ça. Et il joue beaucoup aussi avec les mots et tout. Et après l'avoir lu, j'ai commencé à écrire. Avant de peindre, vraiment sérieusement, j'ai écrit. Et en Italie, j'ai publié un livre de poésie qui est sorti. Il est paru en 2005, 2006, où j'ai écrit un livre, j'ai écrit un tome de poésie. Et j'ai écrit des poésies sur Rome. sur mes parcours de chez moi, de mon quartier pourri à la fac qui était au Vatican, de petites choses que je voyais, qui m'ont marquée, qui faisaient vraiment... c'était vraiment une analyse, parce que c'était les années 2000 en fait, et je me disais mais regarde, regarde Rome, quel chaos, on passe d'un millénaire à l'autre, de millénaire à autre, plus rien, dans une ville où tout est mélangé. où tous les gens se mélangent, les langues se mélangent, les architectures se mélangent, les buildings. T'as le colisée, tu fais trois pas, après t'as l'altare della patria. T'as des écarts en fait de millénaires. Et nous on marche comme ça sur nos propres morts, sur notre propre histoire. Un peu comme des fantômes quoi, tu vois, sans être vraiment conscient de ce qu'on est en train de faire. Et les millénaires s'écoulent et personne ne bouge vraiment. Et du coup je trouvais ça incroyable. Et j'arrivais pas à mettre ça en dessin, je pouvais pas le dessiner, j'allais pas aller... Tu vois, on m'avait pas... permis de me donner des outils de dessin. Je ne pouvais pas dessiner ça. Donc, c'était tellement frustrant que j'ai fini par l'écrire. Et quand je suis arrivée à Paris, les mots, ils se sont arrêtés et la peinture, elle est arrivée. Rome, écriture. Paris, peinture.
Quand tu retournes à Rome, tu ressens la même chose ? Tu arrives à peindre en Italie ?
Non, jamais. Je n'ai jamais fait une toile en Italie.
Parce que ça ne t'est pas venu à l'esprit ? Tu n'as pas eu de l'envie ou c'est que ce n'est pas possible ?
Ce n'est pas possible.
Il y a un shift identitaire entre toi l'italienne et toi la parisienne.
Oui, il y a une schizophrénie aiguë. En fait, avec Diane, avec ma fille, ça va beaucoup mieux. Ma fille crée un pont entre France et Italie avant d'être mère. J'arrivais en Italie, c'est comme si ma vie parisienne et Greta parisienne n'existaient pas. Et donc, en fait, la Greta parisienne n'existait pas. Et je redeviens, je redevenais Greta italienne. Avec ses potes en Italie qui parlent l'italien et qui a fait sa vie en Italie, sa fac en Italie, qui écrit, voilà. Et quand je reviens à Paris, la Greta l'italienne n'existe pas. Bah Greta, elle a grandi à Paris et... Vraiment, c'était un shift, mais... Je trouvais ça éprouvant. Et quand ma fille est arrivée, je l'ai en face de moi, je me dis, bah non, je dois bien exister. Enfin, à un moment donné, elle est bien... Voilà. Mais ça, c'est venu très tard. Et si ma fille n'est pas là en physique pour... me dire « Eh oh, t'es la même personne » et j'y vais en solo, meuf, c'est l'enfer. C'est l'enfer. Est-ce que quand tu relis tes poèmes que Greta italienne a pu écrire, est-ce que tu ressens la même chose que quand tu regardes tes peintures ? Non. Quand je relis mes poèmes, j'ai la sensation… Oh, c'était très fort. En fait, je lis mes poèmes et j'ai la sensation que quelque part, c'est pas moi qui les ai écrits. C'est comme si mes poèmes ont été écrits par quelqu'un qui a possédé mon corps et qui a écrit ces poèmes. Je reconnais après, mais il y a par exemple une poésie, j'avais gagné plein de prix avec. J'étais même arrivée à Turin dans un prix littéraire machin avec ça. Et je me rappelle de la critique hyper forte que j'avais eue, parce que le poème qui avait gagné, il s'appelait « Paroles d'une mère » , « Les mots d'une mère » . Et c'était pas les mots de ma mère, c'était... des mots que moi, en fait, jeune, je m'étais imaginé que j'aurais voulu qu'on me dise à moi. Et quelque part, il y avait aussi un peu ce que ma mère m'avait inculqué, parce qu'il y a des choses que je dis que ma mère m'avait inculqué. Et donc aujourd'hui, par exemple, ce poème, je le déteste un peu. Il y a des passages, en fait, enfin, il commence où je dis, par exemple, un sacrifice, ça je m'en rappelle très bien, un sacrifice n'est pas un refus. Et même si le soleil se lève, une seule fois par jour, tu auras mille et mille aurores à observer. Mais cette phrase, un sacrifice n'est pas un refus, c'est pas moi. Ça c'est ma mère qui me dit en gros tu fais le sacrifice de ne pas faire de l'art mais rappelle-toi que ce n'est pas un refus. En fait si, ça l'est. Parce que si moi je nais avec des capacités artistiques et je suis hyper créative et j'ai une neurodivergence et je ne suis pas câblée comme les autres enfants, tu ne peux pas t'attendre. à que je colle. Donc en fait, quelque part, si c'est un refus de ma personne. Et donc ces mêmes mots qui m'ont emmené loin dans les concours littéraires sont les mêmes mots qui m'ont moins incarcéré dans une prison. Et je me suis donné la sensation que c'est moi qui les écris, mais en fait, c'était pas vrai. C'était moi qui me... Voilà. Et ce truc aussi très beau, de me dire, de m'écrire que même si le soleil se lève une seule fois par jour, j'aurai, tu auras mille et mille. aurora observée, ce truc où tout le monde disait « Ah, c'est magnifique, c'est beau et tout » , je me disais « C'est quand même triste depuis une prison de te dire que même si le soleil, tu vas avoir des années et des années de lever de soleil que tu regarderas d'une prison. » Et donc, en fait, ces mots que je me suis écrits quand j'étais très très jeune, aujourd'hui, quand je les relis à 40 ans, ben, je suis bonne pour la thérapie, tu vois. C'est-à-dire que... Je reviens dessus et je me dis, quelque part, ce n'était pas vraiment moi. Tandis que les tableaux... C'est moi. C'est moi, people pleaser. C'est moi, dysfonctionnelle. Mais c'est moi. C'était mon geste. C'est mon mouvement. C'est mon choix sur la toile blanche. C'était moi.
Et est-ce que l'écriture est plus enfermante que la peinture ?
Je peux répondre médicalement à ça dans le sens que si je fais de la peinture, après je me sens bien. Quand je fais de l'écriture, par exemple, pendant que j'écris, je me tape la crise de tricotillomanie du début à la fin. Du coup, en fait, pour moi, l'écriture, c'est quand je vais vraiment très mal, quand il y a vraiment un truc que je n'arrive pas à exprimer. Et donc, l'écriture, pour moi, c'est un peu la dernière ressource possible, accessible, pour essayer de sortir un truc qui, normalement, aurait dû sortir il y a bien longtemps, en image probablement, mais qui n'est pas sorti. Qu'est-ce que tu gardes de Greta italienne ? Ou qu'est-ce que tu veux en garder ? Je pense que la seule chose que je vais vraiment garder... C'est le désir de subversion. Et donc, tu as cette espèce de désir de dire, non, en fait, je vais faire une révolution, je vais changer la mentalité de tout le monde, on va changer la politique, on va changer machin, on va changer... Mais en fait, non. Non, parce que c'est un système, c'est toujours la même chose. C'est un système qui ne marche pas, mais qui, en autarcie, qui continue à tourner comme un énorme pachyderme comme l'univers, qui en continue expansion, tu ne peux pas arrêter. Et donc, en fait, tu peux pas aller tout seul, toi, contre une bataille, tu vois, un truc gargantuesque. Et du coup, bah voilà, j'ai pris un ticket EasyJet pour faire un mois à Paris, et puis je suis plus jamais revenue. Et quand t'es arrivée à Paris, t'étais chez toi. Quand je suis arrivée à Paris, quelque part, oui, parce que j'arrive à Paris, mais je m'installe au tout début dans un tout petit trou dans le premier arrondissement, et je commence à aller dans les jazz clubs, je commence à écouter des jam sessions. avoir des musiciens qui ne savent pas où ils vont, mais ils jouent quand même. Et je me dis, putain, mais c'est trop comme ça. En fait, c'est comme ça que je me sens. C'est pour ça que j'adore le jazz. Parce que le jazz, des fois, tu ne sais pas ce que tu fais, mais tu le fais quand même. Et puis, tu sais que tu as d'autres gens qui font la même chose. Et en fait, personne ne sait ce qu'ils font, mais ça marche. C'est pour ça que je ne fréquente pas vraiment beaucoup d'Italiens ici à Paris, voire pas du tout. Parce que les Italiens, ils parlent de chez eux avec une grande nostalgie. Ah, les pâtes de ma grand-mère. Ah, l'Italie. Et moi, je suis là, je me dis, en fait, oui, OK, mes racines sont à Rome. Une partie de mon cœur est romain. Et je suis très orgueilleuse d'être romaine. Mais je ne suis pas que romaine. Je n'ai pas ce vide, je n'ai pas cette nostalgie. Je suis vraiment dédoublée. Alors, c'est quoi le bonheur pour toi ? Je pense que le bonheur, c'est comme un prisme. Où tu as de la lumière qui passe dedans. Comme The Dark Side, tu vois l'album Dark Side of the Moon ? Exactement ! Dark Side of the Moon, en gros, t'as ton prisme, ok ? Et donc t'as la lumière blanche pâve qui arrive, puis t'as le triangle, et après, tu sais, ça part en couleurs. Le bonheur, c'est pas un objectif. Tu peux pas avoir comme objectif d'être heureux. Pour moi, ça marche pas. Le bonheur, c'est souvent déjà là, parce que bonheur... ne peut pas rimer avec perfection. Bonheur, ça veut dire que t'as assez de pépettes pour avoir à manger, t'as assez conscience de ce que t'as vécu, même si tu traînes toutes tes « psychatrices » et encore tu souffres, mais tu le sais. Et malgré ça, tu te réveilles le matin et tu te dis « Aujourd'hui, ça va être génial ! » parce que je vais aller voir une expo, parce que je vais faire ça, parce qu'en fait je suis bien, parce que je suis en santé. Le bonheur c'est un état, c'est quelque chose qui peut t'habiter. Et je pense que le bonheur, on y a tous un peu accès quand on arrête de se prendre la tête.
Donc si je reformule, c'est la capacité à avoir tous les petits miracles dans la vie tous les jours. Merci. Qu'est-ce qui te procure de la joie au quotidien ? C'est quoi le premier truc là tout de suite ? Direct, sans penser. Et c'est quelque chose que j'ai découvert à la quarantaine. Ce qui me procure de la joie infinie, c'est d'être entourée par des amis. Les personnes. Les personnes sont ma source de joie. Les amis sont ma source de joie. Là, maintenant, on se parle. Tu me demandes si je suis heureuse. Oui, 100%, je suis heureuse. Pourquoi ? Parce qu'il y a un truc... que j'ai découvert avec cette séparation qui a été extrêmement dure et avec la maternité parce que la maternité isole. Le risque de la maternité, c'est de se retrouver vite isolé avec ton bébé. Et en fait, j'ai découvert plein de personnes. Et ces personnes-là, c'est exactement comme vraiment l'infiniment grand et l'infiniment petit de Pascal. Tu prends une planète, la caillasse dans l'univers. Tu la fous toute seule, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de machin. La caillasse, elle part en dérive dans un trou noir. Tu ne sais pas où ça part et tout. Mais si tu as un système, un système solaire, où la gravité se contrebalance, où en fait, t'as un soleil. Mon soleil, principalement, c'est mon art et ma fille. Voilà, ça c'est mon soleil. En gros, c'est ma source de vie. Art et ma fille. Et après, t'as une planète, Mercure. Oh tiens, Mercure, je vais mettre une copie. Oh tiens, Mars. Oh, Théodora. Oh tiens, Vénus. Oh, regarde, ça se contrebalance. Tiens, satellite. C'est quoi le satellite ? Oh bah tiens, c'est le job que j'ai découvert, que j'aime bien avec machin. Tiens, Jupiter, oh là là, mais regarde, mais c'est génial, il y a des petits satellites et tout. En fait, les personnes, elles sont apparues comme ça. Le dessin me les a envoyées et je les ai acceptées. Et du coup, en fait, actuellement, je suis dans un système solaire en équilibre avec ma gamine. Et c'est pour ça que j'ai complètement réévalué mon échelle de valeur. Avant, c'était... La couple, mon mec, mon mec, ma gamine, mon mec, mon mec, et que je te mets le mec tout en haut et que si le mec il dit, ah bah t'es comme ça, je lui croyais, ah bah machin. Non, maintenant, ma priorité, ce sont mes amis. Tu me demandes comment je vais mourir ? Ah bah je vais mourir dans un studio, à côté de dix autres studios, il y a mes potes dedans, au bord de mer. On fait quoi ce matin avec nos petits trucs à roulettes ? Ah bah tiens, on va aller faire le marché. Ah bah vas-y, on va faire le marché. Voilà. à 80 balais avec mes potes. Mais aujourd'hui, c'est quoi ton regard sur la famille ?
Sur ma famille ? Alors attends, sur la famille, comment moi je la perçois, par exemple, moi et ma fille ou ma famille d'origine ?
La famille, comment tu la perçois aujourd'hui ?
Ce n'est pas du tout le format judéo-chrétien qu'on m'avait inculqué. Pour moi, la famille, c'est quelque chose que tu construis et tu mets les personnes que tu veux dedans. Et donc, par exemple... Dans ma famille, il y a ma fille, il y a moi. Malgré tout, il y a des membres de ma famille, même s'ils ont beaucoup, beaucoup de défauts, même s'ils sont toxiques par moment. Mais la différence, c'est que c'est moi qui choisis. Comme en amitié, tu choisis les personnes avec qui tu vas t'entourer. Et je sais que c'est dur parce que je me suis éloignée de personnes que je connais depuis l'âge de 4 ans, mais c'était des personnes qui ne me faisaient pas du bien. Et donc, à un moment donné, quand tu deviens adulte et tu veux vraiment grandir et tu veux être heureux justement et trouver ton bonheur, en gros, c'est une maturité et une prise de conscience et aussi une sincérité. enfin à un moment donné il faut être sincère avec soi-même et les autres pour te dire bah voilà : Je veux, je te veux dans ma vie.
Qu'est-ce que tu te souhaites pour les prochaines années ?
Pour les prochaines années, moi, je me souhaite, comme je souhaiterais à mes amis en vrai, de continuer à s'entourer de personnes qui nous font du bien. D'avoir de l'argent, mais pas trop. Parce que sinon, après, tu sais, des fois, ça vient de... En fait, nécessaire pour être bien, pour partir en vacances, faire un beau voyage. Je me souhaite... de me libérer aussi physiquement, c'est-à-dire de rencontrer par exemple un homme, ou je ne sais pas, une femme, enfin je ne sais pas, mais rencontrer quelqu'un dont par exemple je pourrais potentiellement tomber amoureuse, mais cela ne veut pas dire que je vais emménager avec, que je vais me marier, que je vais forcément devoir faire des choses. En fait, je me souhaite de la liberté. Je me souhaite de la liberté de penser, de la liberté d'expression. de me libérer pour que ensuite, moi, je puisse montrer à ma fille que c'est possible.
Qu'est-ce que tu ressens alors qu'on est en train de terminer cet épisode ?
Tout ce que j'ai dit là, je ne l'avais pas pensé. C'était vraiment, je pense, la première fois dans ma vie où j'ai fait un flux de conscience. Le Virginia Woolf style ou le James Jole style. Du coup, je me sens très alignée. avec ce que je ressens et ce que j'ai dit. Rarement, ça m'arrive. Tu vois, des fois, j'ai toujours la frustration de me dire mais ce n'est pas vraiment ça que je voulais dire. Et je pense que le format que tu fais, peut-être que les questions que tu poses, là, justement, c'est toi en fait un... Tu as été un peu le Virgile qui a guidé Dante dans les enfers. La classe. Tu as été le Cicéron de ce podcast. Je pense que ça a fait que moi, je ne me suis pas frustrée. Je n'ai pas pensé à ce que je disais. J'ai juste bidé ce que j'avais dans la tête sans penser, sans filtrer. Et du coup, à mon grand étonnement, je me sens comme si j'avais terminé un tableau.
Alors ça, c'est un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire
En fait, on a fait un tableau ensemble.
Et il aurait quelle couleur ce tableau ?
Il est vert bleu, il est vert d'eau, il est un peu céladon. Et en fait, par contre, il y a comme des espèces de branches de fleurs qui montent. Et les fleurs sont très cuivrées. C'est comme s'il y avait des fleurs comme des soleils, une pluie mais comme une brume marine.
Et du coup, Greta, pour les personnes qui nous écouteront, où est-ce qu'on peut te retrouver ? Sur Internet ? Ou dans des expos ? Ou dans des restaurants ?
Oui, je suis un peu partout en ce moment. Alors, sur Internet, j'ai un site qui est tout le temps là et qui est simplement mon prénom et mon nom. Donc, Greta, G-R-E-T-A, Margherita, M-A-R-G-H-E-R-I-T-A.com. Autrement, sur Instagram, je suis très, très active parce que je partage mes œuvres en live. Et donc, c'est Greta, Margherita, toujours avec un G-H, .art. Et en exposition, bon, si vous partez au Japon, je suis à Tokyo la première quinzaine d'août 2026 au National Art Center. Donc, c'est un des plus gros musées d'art contemporain de Tokyo. Donc, je suis ravie. Mais bon, c'est un peu loin. Sinon, je suis au FIAP de Paris, rue Cabanis, dans le 14e, avec toutes mes toiles qui sont sorties jusqu'au 29 septembre 2026. Autrement, si vous aimez le café, j'expose justement mon grand triptyque dantesque de 3 mètres de long. chez Raf coffee, à Paris, qui est à Saint-Placide, en gros, sur la rue de Rennes. Et je suis également exposée au restaurant Saperavi, qui est un restaurant georgien, qui est rue du Fer à Moulins. Écoute, merci beaucoup, Greta. C'était très chouette. Merci à toi. C'était très cool. C'était trop chouette. J'ai trop adoré.
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si les histoires partagées aujourd'hui vous ont touché, ne gardez pas cette émotion pour vous. Abonnez-vous pour ne rien manquer des prochains épisodes, laissez un commentaire pour partager vos impressions, et surtout parlez-en autour de vous. A vos amis, vos collègues, vos voisins, votre famille, ensemble, faisons grandir cette communauté de personnes inspirées par les souvenirs et les expériences de vie. Votre soutien est précieux et nous permet de continuer à explorer ces moments uniques qui nous façonnent. A très bientôt !
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