- Speaker #0
Allô la planète, du retour du festival Rockcastel au Kélar, édition 2021, l'éloge du voyage lent. Alors nous sommes toujours sur le festival Rockcastel, week-end de projection de films dans le Larzac, et nous sommes toujours en direct du camping-car d'Allô la planète, où nous accueillons donc Sofiane, que je n'écorche pas ton nom, Boubalouli.
- Speaker #1
C'est parfait.
- Speaker #0
Parfait. Qui est venu présenter un diaporama, qu'il a commenté, un retour vers tes origines, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Je vais lire le titre, parce que je n'ai pas regardé le titre. Un pas vers nos origines, exactement. Tu as réalisé ce voyage à pied. En quelle année ?
- Speaker #1
Je l'ai fait entre 2017 et septembre. septembre 2017 et juillet
- Speaker #0
2018. D'accord.
- Speaker #2
Et les origines de ce voyage ?
- Speaker #1
Alors, en gros, pour résumer, l'origine de ce voyage, en fait, c'est... Mon père est né en Algérie, à Alger, pour être précis, et j'ai grandi à Boulay, comme son nom le dit, à côté de Metz, en Moselle, pour le situer. Et l'idée, c'était de retrouver l'origine de mon... mon père, donc faire le chemin inverse qu'il a fait, donc en immigrant vers la France, moi je faisais l'effet inverse, tout en découvrant mon pays qui est la France et en suivant les chemins de Compostelle, en tout cas jusqu'à Saint-Jacques. Alors pourquoi j'ai fait ce projet ? En gros, quand j'étais en Nouvelle-Zélande, parce qu'en fait avant ça, moi j'ai traversé aussi la Nouvelle-Zélande à pied et j'ai un Américain qui m'a hébergé pendant... pendant deux semaines, et il m'a montré un film qui était le film The Way, un film sur les chemins de Compostelle. Et à la fin, le héros, désolé de spoiler, mais il marche au Maroc. Et j'ai vu Saint-Jacques-de-Compostelle, j'ai vu le Maroc, et juste avant, j'avais fait une espèce de vision qu'on marche beaucoup, beaucoup, beaucoup, à un moment donné, on s'abandonne à nos pensées. Et là, je voyais serrer ma... tante dans les bras, une tante que je ne connais pas mais en tout cas j'imaginais que c'était en Algérie et du coup ça a fait Algérie, Saint-Jacques-de-Compostelle Maroc et en fait ça a été là le vrai début du projet mais j'étais toujours dans ma traversée de la Nouvelle-Zélande donc ça a eu le temps de mûrir jusque quand j'arrive à la fin de mon voyage en Nouvelle-Zélande
- Speaker #2
Cette recherche de racines, ce lien que tu avais avec ton père, il y a une histoire, il y a quelque chose qui te... qui t'a amené à faire ça ?
- Speaker #1
Ouais, ben on pense... Alors si ta question c'est est-ce que tu l'as fait à titre posthume ? Non. Non, non, non,
- Speaker #2
du tout. Non, non, non, du tout. Non, c'est peut-être ce rapport avec le père, ou cette recherche de ses origines. Ouais,
- Speaker #1
ben en fait je comprends. Non mais je vais plaisanter là-dessus, parce qu'on me posait souvent la question... Est-ce que tu le paies pour rendre hommage à ton père ? Et non. Et en fait, si tu préfères, c'est un sujet qui m'a toujours intéressé. Les origines d'où je viens. Parce que j'ai un prénom, un nom un petit peu différent que d'autres personnes. Et ça m'a toujours attiré, mais je n'y suis jamais allé. En fait, je sais d'où je viens. Moi, je viens de Boulay ou de Metz. On va dire que je viens de Moselle. Mais j'ai des origines autres. J'ai toujours été fasciné par ces origines-là. Je n'ai jamais eu l'opportunité d'y aller ou de rencontrer des membres de ma famille. Du coup, c'était un sujet qui me portait.
- Speaker #0
Et on t'en parlait dans la famille ?
- Speaker #1
Il n'y a que mon père qui est venu ici. Mon père est musicien. Il est venu ici dans les années 80. Donc lui, vous savez, ça n'a jamais été trop un sujet qui l'intéressait. D'accord. Vous savez, ma soeur a quitté aussi la France pour aller en Australie. Mais pour elle, elle a quitté la France. La France était son pays. Mais maintenant, aujourd'hui, elle habite en Australie. Et c'est l'Australie son pays. Mais moi, j'ai un journaliste qui m'avait interviewé, qui me disait que dans les familles qui ont toujours, peu importe d'où viennent leurs... parents, mais ils ont toujours, quand il y a une immigration, que ce soit même citadine ou inversement, vers la ville, il y a toujours quelqu'un qui veut revenir d'où viennent ses parents, qui ont une recherche existentielle. Dans une famille de 10 personnes, ou dans une fratrie de 3-4 personnes, il y en a toujours un. Je pense que cette personne-là, c'était moi.
- Speaker #0
Et tu marchais avant, avant de partir comme ça pour plusieurs kilomètres ?
- Speaker #1
Non. En fait, moi, j'ai quitté la France en 2015, en janvier 2015. Je suis parti en Australie. La seule chose que je faisais, c'est que je venais juste de terminer un marathon. Donc un marathon, c'est 40, 42, 43 kilomètres. de course à pied que j'avais fait sans entraînement. Je me suis dit, je pense que j'ai un petit quelque chose, soit dans la course, soit dans la marche. Mais quand je suis arrivé en Australie, non, je n'avais aucune compétence dans la marche. Mais quand je suis arrivé en janvier 2015, au bout de six mois en Australie, j'ai fait quelques petites randos et je voyais en fait, dans le désert, ça ne me posait aucune difficulté de rester deux jours. Je traversais une île déserte. Sur une semaine, je n'avais aucune compétence à monter sa tente et je voyais que j'arrivais à trouver mon chemin sans GPS, sans rien. Surtout que je ne mourrais pas de soif, il ne faut que je ne me perdais pas. Et voilà, j'ai découvert la marche par accident.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et après deux ans en Australie, j'avais un 4x4, j'ai fait le tour plutôt de l'Océanie. Et je m'arrêtais parce que c'est tellement grand que je ne pouvais pas tout traverser à pied. Mais je m'arrêtais, je faisais une semaine de marche ou trois jours de marche. Et après ça, il me fallait quelque chose de plus grand. Donc, je me suis lancé dans la traversée de la Nouvelle-Zélande, qui était 3 200 kilomètres, mais en autonomie, qui était un petit peu plus compliqué. C'est comme le GR20, si on peut le dire. C'est le GR20 sur... GR20, je crois, c'est quoi ? C'est 500 bornes ? Non,
- Speaker #2
je ne sais plus.
- Speaker #0
Je ne sais plus exactement.
- Speaker #1
Je peux te dire. En gros, c'est dans 14 jours, tu le fais. Là, c'était sur 6 mois. Ils appellent aux États-Unis les through hiking. D'accord. comme le PCT, Pacific Australia par exemple, le film Wild si vous l'avez vu, c'est à peu près la même chose en Nouvelle-Zélande
- Speaker #2
Alors tu pars,
- Speaker #1
comment se passe ce voyage c'est les premiers kilomètres en France Alors en France j'ai eu un petit peu de chance, c'est que ça a été médiatisé Donc du coup, j'avais organisé de manière symbolique la première journée. J'ai marché deux boulets jusqu'à Metz. Donc j'ai pu marcher avec mon père, avec des copains, avec d'autres personnes qui ont suivi le mouvement. Donc on est à peu près une centaine. Et ça m'a donné beaucoup, beaucoup, beaucoup de force pour le reste du voyage. Parce qu'en fait, c'était un voyage pour moi qui était très fort au niveau de la symbolique. Et surtout, c'était le voyage, un voyage spirituel, ce qu'on appelle un pèlerinage. Donc moi, mon lieu sain, c'était Alger. Donc du coup, au départ, ça a été très, très, très bien accueilli par beaucoup de personnes parce que c'est un sujet qui touche à peu près tout le monde. Quand on vient de Pologne, d'Italie ou de la campagne ou quoi, on a toujours des origines et ça a touché. Et donc au départ, ça a été très, très, très bien, surtout le premier jour. Et puis le deuxième, c'était très simple parce que moi, je venais de l'exploration. Et en gros, quand vous marchez en France, déjà de un, on n'a pas besoin d'avoir trois semaines de nourriture dans le sac. De deux, on a des villages à peu près tous les dix kilomètres. Donc, c'était super simple et c'est plat. En tout cas, dans l'Est de la France, quand j'ai commencé, c'était très plat. Donc moi, c'était, je ne vais pas dire une partie plaisir.
- Speaker #0
Mais assez simple après les Nouvelles-Études.
- Speaker #1
Physiquement, c'était très, très, très simple. C'est très très simple et après ce qui était intéressant c'est que je revivais tout mon passé, parce que voilà j'ai grandi dans différentes villes dans l'Est, j'ai revu mon passé en marchant et c'est complètement différent que de le passer en voiture. Donc c'est comme si je refaisais ma vie, que je la survolais mais en marchant. Je suis revenu au plus profond de mon passé en marchant. Une introspection qui était là pour le coup physique. Et après, en marchant, j'ai me suis rappelé tout ce que ça ravive de souvenirs.
- Speaker #2
On rentre dans un état méditatif aussi. On a le temps de réfléchir, de se retrouver.
- Speaker #1
Ah oui, on a le temps de se retrouver quand vous marchez 50 bornes par jour. Oui,
- Speaker #0
c'est sportif quand même.
- Speaker #1
Je vous disais, pour moi en tout cas, pour moi personnellement, à cette période-là, qui sortait de la Nouvelle-Zélande, j'étais plus qu'entraîné, j'étais invité. Et puis j'avais besoin d'eux. Quand vous faites ce type de chemin, sur les chemins de compostage, c'est complètement différent que de se retrouver en pleine nature. Parce que là, comme je vous disais, je revoyais ma vie, je revoyais mon passé. Donc ça vous ramène à beaucoup de choses. Et en même temps, il y a quand même quelque chose, parce que même si à l'époque, je n'étais pas forcément croyant, en tout cas, je n'avais aucun dogme. Là, sur un chemin de compostelle, il y a plein d'églises en France. Tous les petits villages ont des églises quand elles sont ouvertes, évidemment. Mais d'y rentrer, on a aussi une autre dimension. Et puis peut-être qu'à force d'être seul, on devient un petit peu... Et du coup, on a une autre pensée. Comme on est vraiment seul, surtout au début, dans l'Est de la France, jusqu'en Haute-Saône, il n'y avait rien. C'est que des petits villages. Et dans les petits villages, sur 50 maisons, il y a peut-être 10 maisons habitées. Et du coup, il n'y a vraiment personne. Donc on ne rencontre personne peut-être au supermarché ou quoi, mais il n'y avait rien. Donc j'ai eu le temps de réfléchir.
- Speaker #0
et toute la partie du coup jusqu'à Alger est-ce que tu as senti je sais pas au niveau émotionnel quelque chose de particulier oui
- Speaker #1
J'ai traversé déjà, j'ai découvert mon propre pays, qui était la France, que je ne connaissais pas plus que ça en fait. Donc déjà ça, ça a été, comme on dit, si tu veux savoir où tu vas, déjà découvre d'où tu viens. Et découvrir son propre pays, ça a été pour moi extraordinaire, de découvrir cette culture, de découvrir des choses que je n'imaginais même pas, de découvrir que les gens sont très sympas, très ouverts d'esprit, très accueillants. dans mon propre pays alors que je pensais que c'était le contraire, de découvrir aussi un chemin de compostelle, le Camino Frances, qui m'a le plus surpris, qui est en Espagne. Pourquoi ? Parce qu'en fait, moi je n'ai pas l'habitude de suivre des chemins tout tracés ou de suivre des chemins avec des milliers de personnes qui passaient par là. En gros, on pourrait se dire, moi au début, j'étais plutôt, ça m'embête de marcher avec tous ces pèlerins qui... qui ne marchent pas vite. Moi, ça ne m'intéressait pas plus que ça. Mais après que mon égo soit redescendu, je me suis dit, écoute, c'est surtout ce que je disais hier, c'est quand je suis arrivé à Compostelle, j'ai rencontré des mecs avec qui on avait passé une superbe soirée 15 jours auparavant, qui eux marchaient 25, traditionnellement, ce qui est déjà pas mal. Moi, je marchais le double, mais je les ai retrouvés à Saint-Jacques-de-Compostelle. Bon, ok, j'avais peut-être fait un petit peu plus de kilomètres, mais je les ai retrouvés. à Saint-Jacques. Et cette image-là, ça m'a vraiment marqué. Je me suis dit, mais en fin de compte, on va tous dans la même direction. Chacun son rythme. Pour moi, l'image que je me faisais, c'est qu'on va tous vers la mort. Chacun son rythme et chacun son chemin de vie. Mais on va tous vers la même direction. Par contre, comment tu vis ton chemin ? Et c'était ça qui m'avait surpris. autre que le côté spirituel qu'on pourrait s'imaginer. Moi, le côté spirituel sur le Camino français, je ne l'ai pas du tout rencontré parce que les églises étaient fermées, il y avait tellement de monde que c'était plutôt pour moi comme si c'était une ville géante et qu'on rencontrait plein de gens.
- Speaker #2
Et puis tout le monde n'y va pas pour... La foi, la religion, beaucoup ils vont pour le défi, pour se prouver quelque chose, simplement pour aller à Compostelle et se retrouver sur un chemin balisé, sur lequel ils peuvent circuler sans problème et trouver des endroits. ou être hébergé ?
- Speaker #1
Exactement. En fait, Saint-Jacques-de-Compostelle, c'est ça qui est intéressant, c'est que c'est un chemin qui brasse énormément de personnes, de nationalités, mais surtout de buts. comme c'est un chemin très simple ce plat, comme c'est un chemin quand même qui a une histoire bon après elle a été modifiée plusieurs fois mais elle a quand même une histoire européenne et c'est surtout facile d'accès, tout le monde peut le faire il y a des papys de 80 ans qui le font des enfants de 10 ans, c'est accessible à tous, c'est super safe il y a des hôtels partout, tous les 10 kilomètres bon maintenant avec le Covid je ne sais pas comment c'est mais en tout cas en 2017 c'est tout vraiment facile et il y a quand même ce petit quelque chose qu'on soit croyant ou pas croyant quand vous faites des chemins qui ont été brassés par des milliers de personnes il y a toujours l'âme de chacune des personnes qui marchent qui est toujours présentée et j'ai trouvé ça vraiment très intéressant que je ne retrouvais pas en Nouvelle-Zélande je retrouvais autre chose parce que là j'étais en autonomie en exploration entre guillemets complètement différent et là j'ai expérimenté la chose
- Speaker #2
Après Compostelle, tu es après quelle direction ?
- Speaker #1
Après Compostelle, j'ai toujours suivi les chemins de Compostelle, mais à l'envers. Parce qu'en fait, il y a le Camino Portuguesse, que tu descends vers Lisbonne. Je ne peux plus te dire si c'est bleu ou jaune, mais en gros, la flèche froide pour monter, c'est bleu, et la flèche pour descendre, pour faire le chemin inverse, c'est jaune. Parce que c'est souvent que des pèlerins arrivent à... à Saint-Jacques-de-Compostelle où des marcheurs arrivent à Saint-Jacques-de-Compostelle et ils se disent j'ai envie de continuer et donc souvent ils descendent vers Lisbonne jusqu'à Lisbonne j'ai suivi le Camino portugais et après j'ai créé mon propre itinéraire et là je me retrouvais aussi ça m'a fait du bien de suivre quelque chose de tout tracer et là en gros je prenais mon GPS et je regardais au jour le jour j'improvisais c'est simple, on a un GPS... En Europe, il n'y a pas forcément d'alligator, il n'y a pas de... C'est plutôt simple. Je regarde mon GPS, je me dis, allez, j'ai 50 bornes à faire. Je me dis, j'ai envie d'arriver là ce soir. Et puis, je tracais le chemin que je voulais, soit en pleine nature, soit le long des routes, mais c'était plutôt en pleine nature. Et là, j'ai descendu la côte jusqu'à Sagres. Il y a un chemin qui s'appelle la Rota Vicentina, qui est un GR. Moi, je crois que c'est un chemin de grande randonnée, mais au Portugal. Extraordinaire. Pendant une semaine, c'est le long des côtes portugaises. jusqu'à Sagres, le point le plus au sud incroyable moi j'ai adoré j'ai remonté l'Algarve par les petites montagnes et puis juste l'accueil au Portugal c'était aussi bien qu'en France ? complètement oui,
- Speaker #2
oui, oui,
- Speaker #1
oui parce que autant en Espagne, dans la partie Camino Frances je pense que les gens en ont tellement vu des pèlerins ils en ont tellement bar les riverains, de voir tout le temps des gens qui marchent que j'ai dû parler une fois avec un espagnol le... local. Autant en Portugal, c'était incroyable parce que même les papis-mamies parlaient plusieurs langues. Vous imaginez, vous, en France, vous rencontrez une papi-mamie qui parle en anglais. C'est plutôt rare. Donc là, ce qui était intéressant, c'est qu'ils parlaient plusieurs langues. Ils étaient très ouverts, très curieux. C'était vraiment... Ouais, non, les Portugais, ils étaient vraiment sur ça. Plein d'interactions. Ce que j'ai vu beaucoup, c'est d'anciens Portugais issus de la seconde génération qui vivaient en France et après 40 ans, ils disaient j'en ai marre, tu stresses, je repars au Portugal travailler où je gagne deux fois moins, mais par contre je suis deux fois plus tranquille. Ça m'avait vraiment surpris. Beaucoup, j'ai dû en rencontrer 5-6, ce qui était quand même bon. Pour moi, quand vous marchez et que vous êtes seul, c'est incroyable. Les Portugais étaient très très très avenants, très sympas, très simples, c'est pas bruyant. C'est pas un peuple latin comme nous on peut être en France, un petit peu pourriant. C'est très différent d'Espagne. C'est très différent d'Espagne, oui.
- Speaker #0
Espagne à fond, et c'est vrai que c'est très surprenant quand on arrive au Portugal.
- Speaker #1
Moi, au Portugal, quand je suis arrivé, ça ne m'a pas plus surpris, parce que j'étais sur les chemins de Compostelle, donc comme je disais, j'ai pas vu trop. Tu as eu la transition. Voilà, j'ai eu la transition. Par contre, après, quand je suis arrivé à Alcoutim, et qu'on traverse une rivière, et qu'on est de l'autre côté, on arrive en... La région espagnole au sud. L'Andalousie ? Oui, l'Andalousie. Là, c'est incroyable. Là, ça m'a surpris. Les voitures roulent vite et vous rentrez dans les bars. Et moi, ça m'a fait du bien parce que... En plus, l'Algarve, c'est très peu habité. Et dans les villages, c'est vraiment les villages comme... Même moi, je n'en ai jamais connu comme ça en France. C'est fermé à 19h, il n'y a plus d'âme. C'est plutôt mort. Et là, vous arrivez en Andalousie. C'est la fiesta dans les bars le matin. En fait, à 6h ou 7h du mat, c'est rempli. Tout le monde t'invite, on te paye. Et l'Andalousie, c'est quand même différent aussi, même du nord. C'est du père méditerranéen. J'ai adoré et ça m'a fait... Vraiment, c'est comme si je revenais d'un désert et que j'arrivais. C'était incroyable. J'ai trouvé ça vraiment fou. L'Andalousie passée, je prends le bateau à Tarifa. Tarifa, j'arrive à Tangier. Et là, le dépaysement aussi arrive. Là, je me suis... Ouais, c'était surprenant au départ. Ça m'a mis au moins deux heures pour me dire, mais merde, où est-ce que je suis ? Parce que c'est Tangier. En fait, quand vous préparez vos voyages, c'est simple. Parce qu'en fait, on se dit, on sait où est-ce qu'on va aller, on sait un petit peu comment... Mais moi, je n'avais pas du tout préparé ça. Je n'avais pas du tout préparé mon entrée au... au Maroc et je ne m'attendais pas que ce soit comme ça. Je ne m'attendais pas qu'il y ait plein de personnes qui viennent me parler tu veux ci, tu veux ça. Et ça m'a pris au moins trois heures pour m'habituer, pour m'acclimater. Et puis après trois heures,
- Speaker #0
tout se monte d'un coup.
- Speaker #1
Et après, j'ai continué mon chemin au Maroc où là plutôt je suivais les routes. Les routes, parce qu'on m'avait vraiment déconseillé parce que pas très loin de Tangier, il y a le Riff. Et le Riff, c'est des montagnes, il y a beaucoup de trafic de drogue. Parce qu'ils fabriquent de la résine là-bas et il y a beaucoup de mules et je n'ai pas envie de me faire passer pour une mule ou me faire embêter. Donc du coup, les policiers me demandaient de marcher le long des routes.
- Speaker #2
Pas très sympa, le long des routes.
- Speaker #1
C'est une autre manière de voir. Après, tu allais le long des routes. Mais au Maroc, en tout cas dans cette région-là, il n'y a pas de voiture.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #1
Aux alentours de Tangier, oui, sur peut-être 10 km, il y avait des voitures. Mais après, il n'y a plus rien. En fait, il n'y a plus de voiture, vraiment. Je marchais même de nuit. C'était le ramadan, donc je marchais beaucoup de nuit. Ça me permettait d'arriver à 10h du soir ou 11h, il y avait plein de monde dehors. C'est vrai que des fois c'est chiant sur les routes parce que ça fait mal aux pieds. Et avec le soleil, ça se reflète sur toi. Donc c'est dur. Ouais. Non, si c'est dur, si c'était dur.
- Speaker #2
Et l'Algérie ?
- Speaker #1
La bonne blague du voyage, c'est que moi je suis arrivé jusqu'à Merzouga. Merzouga, c'est au sud du Maroc. C'est à peu près une trentaine de kilomètres de l'Algérie. Et donc il y a une frontière. Et pour rentrer en Algérie, il faut un visa. Sauf que moi, j'ai fait ma demande de visa. Et ma demande de visa avait été rejetée. plusieurs fois. Et j'avais quand même fait une demande. On devait m'aider, mais ce qui s'est dit, c'est qu'ils pensaient que j'étais journaliste.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #1
Parce que j'étais plutôt suivi et plutôt médiatisé. Et du coup, j'ai pas pu aller en Algérie. J'ai fait 8 mois de marche, 6000 kilomètres, 5800, et je ne suis pas arrivé en Algérie. Donc là, je suis en pleine tempête de sable dans le Sahara, à 5 kilomètres de l'Algérie. Je vois l'Algérie, je vois les dunes. Et je me dis, ah bah c'est très bien. J'ai fait tout ça, je suis là, mais je ne peux pas y aller. Donc c'était la fin de mon voyage. Mais ça m'a permis de comprendre quelque chose. C'est une phrase basique, mais que mes origines étaient très simples. C'était peut-être pas la... c'était peut-être pas la France, c'était simplement mon père et ma mère. Donc tout bêtement, mon père, ma mère, mes origines. Et voilà, donc après, je ne vais pas rentrer tout de suite, mais ça m'a permis de comprendre ça, et puis de me dire que ce sera peut-être pour la prochaine fois.
- Speaker #2
ça va peut-être pour la prochaine fois ça m'inspire une citation qu'on m'avait dite il y a quelques temps si tu veux faire rire Dieu parle lui de tes projets c'est ça je pense qu'il a du bien rire mais
- Speaker #1
je pense que c'est ça la beauté de la chose c'est que j'étais très frustré pendant un moment Mais que si je n'y suis pas allé, ce n'était vraiment pas pour rien. Et là, je le dis vraiment. J'ai du recul sur le coup. Pendant deux, trois mois, je ne disais pas ça du tout. Mais si ça ne s'est pas fait, c'est que ça ne devait pas se faire. Même quand je devais y aller, je devais faire une exposition à Oran, dans le musée d'art moderne d'Oran. Je devais faire une conférence dans la bibliothèque de l'université d'Oran. Et il y a eu le Covid. Donc, en gros, je me dis bon. Allez.
- Speaker #2
C'est pas le moment.
- Speaker #1
Peut-être une prochaine fois. À suivre. À faire à suivre.
- Speaker #2
Malgré tout, comment on revient de ce voyage ? D'un voyage comme ça, de plusieurs mois, à pied.
- Speaker #1
On revient, c'est vrai que c'est particulier parce que ce voyage-là, c'était la conclusion de 4 ans autour du monde, de 10 000 km à pied. Donc ça fait pas mal. Le retour est un petit peu rude au départ parce qu'on évolue, on change. Et puis, même avant ça, ne serait-ce que de revenir dans un monde sédentaire, c'est déjà particulier, de rentrer dans les supermarchés, de réavoir des problématiques qui nous paraissaient tellement loin, de rentrer dans un supermarché, de ne pas savoir quoi acheter. En fait, la vie quotidienne, pour moi, c'était vraiment très dur. Tout, pour moi, était dur, d'aller au supermarché. Pour moi, ça me choquait. Je restais bloqué devant tous les rayons. Et puis, ça m'a pris au moins trois mois pour réatterrir. Puis déjà aussi physiquement, j'étais vraiment fatigué parce que je n'ai pas eu le temps de me reposer. Même au retour de Nouvelle-Zélande, j'ai tout le temps été embrayé sur l'autre. Ça m'a mis du temps. Après, il fallait aussi accepter le fait que je ne suis pas arrivé en Algérie, parce que ça représentait aussi beaucoup de choses quand même néanmoins. C'était compliqué pendant trois mois. Et puis après, j'ai repris un travail. J'ai commencé à me lancer dans les conférences, j'ai commencé à me lancer dans les expos, j'ai commencé à me lancer dans l'associatif, plus mon métier, j'ai fait aussi d'autres pèlerinages après ça. Donc c'était assez chargé. J'ai mis du temps, j'ai eu un petit down pendant un petit moment. Et puis après, j'ai tout de suite rebondi en continuant à travailler. En fait, travailler, ce n'était pas quelque chose d'une partie de plaisir, mais ça m'a permis de remettre un pied aussi dans la société, de remettre un pied aussi dans ce monde, de ne pas être trop largué et d'utiliser mes compétences que j'ai pu acquérir durant ces quatre ans autour du monde dans le milieu de l'entreprise et d'utiliser ce que j'attends. ce que j'ai pu acquérir dans le milieu de l'entreprise, dans mes activités autres. Donc j'étais vraiment très équilibré. Et puis après, on a eu le Covid. Et puis le Covid, ça a détruit tout ce que je faisais à côté. La chance, c'est que j'ai encore un boulot. Mais ça a été très dur. Mais je pense que comme tout le monde, comme tous les copains artistes, comme tous les copains voyageurs, comme tous les copains qui vivaient de ça, et là, ça a été... Bon maintenant ça reprend, je pense, plus doucement. Mais c'est vrai que ça a été... Donc le Covid n'a pas arrangé les choses. Tout se passait bien. Quand je t'ai rencontré, ça se passait plutôt pas mal. Et puis bon, on est toujours là. Donc on fait encore des voyages. Mais non, mais tout va bien. Je rencontre plein de personnes sympathiques. Et puis voilà, après, il faut vivre avec son temps. Il faut vivre avec les problématiques. Il faut s'adapter.
- Speaker #0
Il faut s'adapter,
- Speaker #1
c'est ça. Avec tous ces voyages-là, on n'arrive pas à comprendre qu'il faut s'adapter. de faire tout ça
- Speaker #2
Est-ce qu'on te revoit sur d'autres festivals dans les prochaines semaines ?
- Speaker #1
Non franchement depuis la dernière conférence que j'avais faite c'était au mois d'octobre à Strasbourg non j'ai pas prévu mais après si on veut m'inviter je dis pas Festival d'Aleu la planète week-end
- Speaker #0
de l'ascension 25 au 29 mai
- Speaker #1
2022.
- Speaker #0
Ok, ça sera où ? À Joyeuse en Ardèche.
- Speaker #1
Eh bien écoutez, envoyez-moi l'invitation et je la prendrai avec grand plaisir.
- Speaker #2
Ça marche.
- Speaker #0
Merci à toi Sofiane.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #2
Bonne continuation.
- Speaker #1
Merci, au revoir.