Speaker #0Bienvenue dans Retour Cassette, aujourd'hui pour ce premier épisode, nous allons parler d'un phénomène du rock de ces dernières décennies, Arctic Monkeys. Alors c'est parti, on insère la cassette. Tout commence en 2002 et comme beaucoup de groupes, les membres se rencontrent au lycée. Plus particulièrement dans le quartier de High Green, à Sheffield, dans le Yorkshire du Sud, une ville ouvrière du nord de l'Angleterre, connue pour son passé industriel. Tout commence lorsqu'un soir, Alex Turner et Jamie Cook, deux copains, assistent à un concert des Libertines. À la sortie, ils décident de se mettre eux aussi à la musique. Ils squattent donc le garage d'un des leurs et apprennent à jouer de leurs instruments, qu'ils ont reçus en cadeau à Noël. Leurs progrès sont très rapides, Alex Turner devient le chanteur, Jamie Cook le guitariste, et ne tarde pas à se mettre à la composition avec deux autres de leurs amis, dont Andy Nicholson, qui est aujourd'hui un ancien membre, mais à l'époque il prend la basse, on y reviendra un peu plus tard, et c'est Matt Helders, le batteur, qui propose comme nom Arctic Monkeys, les singes de l'Arctique, qui est le nom d'un ancien groupe dans lequel jouait son père, dans sa jeunesse, et même s'il est loin de faire l'unaminité, Il est quand même adopté pour son côté accrocheur. Le groupe travaille ensuite sur leur son, un rock garage et vintage aux couleurs parfois pop. Un article publié en mai 2006 dans le magazine Blender révèle qu'Alex Turner n'était pas le chanteur d'Artic Monkeys à leur début. Il y avait un autre membre, Glyn Jones, qui a par la suite confié au tabloïd The Sun qu'Artic Monkeys n'aurait probablement pas connu une telle ascension s'il était resté dans le groupe. Il a également souligné le chemin parcouru par le groupe depuis ses débuts, lorsqu'il n'était encore qu'une simple bande de potes jouant dans un garage. Leur premier concert a lieu dans un pub de Sheffield, où le groupe reprend des chansons mythiques et enchaîne par la suite les petits concerts dans des bars. Et les reprises sont remplacées peu à peu par des compositions originales du groupe, qui seront distribuées gratuitement par eux-mêmes, sous forme de CD dans une quantité très limitée de leurs concerts, parce qu'en fait le groupe les gravait eux-mêmes. Et ils pensaient d'ailleurs, à l'époque, que leur musique n'était pas assez bonne pour être vendue. Grâce à MySpace, réseau où ils diffusent leurs premières démos et leurs premiers morceaux, ils se font connaître et se créent une fanbase avant même d'avoir sorti un album. Les fans commencent à s'échanger des chansons du groupe en version numérique et suite à ça, le groupe publie leur premier projet, un EP de deux chansons, appelé Five Minutes with Arctic Monkeys, qui contient donc la musique Fake Tales of San Francisco, et From the Rates to the Rubble, limité à 500 exemplaires mais disponible en libre accès sur iTunes. Avant de connaître le succès, le groupe rencontre des difficultés à trouver un label qui accepte leurs compositions sans leur demander de les modifier. Ils doivent donc se faire connaître directement auprès du public lors de leurs concerts, afin d'attirer l'attention des maisons de disques. Cette stratégie, elle fonctionne notamment grâce aux bouche-à-oreille. Arctic Monkeys est invité à se produire de plus en plus souvent. Et leurs concerts finissent notamment par attirer l'attention d'une maison de disques. Le groupe est alors repéré par le label Domino Records. Un label indépendant, fondé en 1993 et basé à Londres, qui signe de jeunes groupes de rock. Ils signent en juin 2005 et très rapidement, le groupe se met à travailler sur la composition de leur premier album studio. L'enregistrement de ce premier album, Whatever People Say I Am, That's What I'm Not, se termine en septembre 2005, un mois avant la sortie de leur premier single. Bien que plusieurs anciennes versions des chansons de l'album soient déjà disponibles gratuitement en téléchargement sur internet, l'album est particulièrement attendu et fait l'objet de milliers de précommandes. Le 5 janvier 2006, le label Domino annonce d'ailleurs que sa sortie est avancée au 23 janvier, quelques jours plus tôt que prévu, en raison de la très forte demande. Le premier single du groupe, "A Bet you Look Good On The Dance Floor", sort le 17 octobre 2005 et atteint directement la première place des charts britanniques. Il connaît un succès considérable et permet à Arctic Monkeys de battre des records de vente dès leur début. Le 16 janvier 2006, le groupe publie leur deuxième single, When The Sun Goes Down. Celui-ci atteint à son tour la première place au Royaume-Uni avec près de 40 000 exemplaires vendus. Quelques mois plus tard, le groupe fait la couverture du magazine musical NME et parvient à gagner en notoriété sans avoir recours à une campagne publicitaire traditionnelle. Son ascension, qui est en partie portée par le bouche-à-oreille ainsi que par la diffusion de ses morceaux sur Internet, pousse alors les maisons de disques à s'interroger sur les nouvelles façons dont les artistes peuvent se faire connaître et réussir à percer dans l'industrie musicale. Internet apparaît à l'époque comme un nouvel outil permettant aux artistes de toucher un public plus large et de développer leur notoriété. Le 23 janvier 2006 paraît finalement leur premier album « Whatever People Say I Am, That's What I'm Not » . Le succès est immédiat. L'album s'écoule à plus de 360 000 exemplaires au cours de sa première semaine, établissant à l'époque le record de vente le plus rapide pour un premier album au Royaume-Uni. Arctic Monkeys bat ainsi le précédent record détenu par le groupe Hearsay. Dès le premier jour, plus de 118 000 exemplaires sont vendus, soit plus que les ventes cumulées des autres artistes du top 20 britanniques. Ce succès spectaculaire fait les gros titres de la presse britannique. Le Times, dans son édition du 30 janvier 2006, affiche notamment le titre « Bigger than Beatles » au-dessus de la photo d'Arctic Monkeys en couverture, soulignant l'ampleur du phénomène autour du groupe. Un mois plus tard, l'album paraît aux Etats-Unis et se vend à environ 34 000 exemplaires lors de sa première semaine. Arctic Monkeys ne tarde pas à retourner en studio pour enregistrer de nouveaux morceaux. Le 24 avril 2006, il publie ainsi un EP de 5 titres intitulé « Who the fuck are Arctic Monkeys ? » . La même année, leur succès se confirme lors des NME Awards 2006, en remportant 3 récompenses « Meilleur nouveau groupe » , « Meilleur groupe britannique » et « Meilleure chanson » . Arctic Monkeys égale le nombre de prix remportés par Oasis et The Strokes lors de cette édition. C'est après une tournée aux Etats-Unis en 2006 où le bassiste Andy Nicholson fut absent. Il quittera définitivement le groupe à leur retour en Angleterre et sera remplacé par Nick O'Malley. Il est notamment parti à cause de la pression envers les nouveaux groupes par la presse et se concentre ainsi sur ses projets persos. Nick O'Malley avait d'ailleurs remplacé Andy Nicholson lors de la tournée américaine. Le 14 août 2006 sort le premier enregistrement d'Arctic Monkeys sans Andy Nicholson, un EP intitulé "Leave Before The Lights Come On". Pour la première fois, le groupe ne parvient pas à atteindre la tête des hit parades, mais se classe tout de même à la quatrième place. Quelques semaines plus tard, en septembre 2006, l'album Whatever People Say I Am, That's What I'm Not remporte le Mercury Music Prize. Au cours des sept années suivantes, Le groupe n'enregistre pas moins de 5 albums, caractérisés notamment par un rock nerveux et fortement influencé par des groupes tels que The Strokes et The Libertines, mais qui doit toutefois continuer à évoluer et se renouveler. Malgré cela, Arctic Monkeys déclare ne pas aimer la presse. D'ailleurs, l'une de leurs devises est « Don't believe the hype » . Ils ont toujours voulu que leur musique et leur nom de groupe soient reconnus, mais pas eux en tant que personnes individuelles. La fraîcheur de leurs sons attire beaucoup de monde, on peut retrouver les influences de The Jam pour le côté mode et de The Clash pour leur énergie. Le groupe associe également des paroles d'un réalisme brut mais vif rappelant The Kinks. Leur style musical s'apparente d'ailleurs à ce moment-là à du post-punk ou dance-punk. Le batteur Matt Helders avoue être fan de rap et donne à sa rythmique un côté haché. Il dit aussi s'influencer du batteur des Deftones. pour son jeu perfectionné. Avec la sortie de leur deuxième album, Favorite Worst Nightmare, Arctic Monkeys cite des groupes plus anciens comme Shocking Blue, révélant que le psychédélisme fait partie intégrante de leur création. C'est justement sur Favorite Worst Nightmare que le groupe s'est lancé dans l'expérimentation de nombreux effets sonores, cuts, bandes inversées, déstructurés, et Alex Turner mentionne souvent l'influence du cinéma sur l'œuvre du groupe. Dans ce second album, Favorite Worst Nightmare, sorti en 2007 et qui est d'ailleurs mon préféré, Arctic Monkeys vont parler de leur célébrité soudaine et des inconvénients que ça peut engendrer. L'album parle aussi de leur vie passée, de la nostalgie de l'anonymat, du syndrome de l'imposteur et de cette sorte de prison dorée qu'est la célébrité et qui prend tout son sens avec le nom de l'album, mon pire cauchemar préféré. Ils enchaîneront ensuite sur deux autres albums, Humbug en 2009, plus complexe, plus sombre, plus lent. qui va à l'encontre des deux derniers, et Suck It And See, en 2011, un album qui parle notamment d'amour, de relations nouvelles, et de la découverte de l'autre. Puis vient A.M., l'album le plus populaire du groupe, qui marque un vrai tournant dans l'industrie du rock et qui contribue à redonner un intérêt du public mondial pour ce genre musical. Sorti en août 2013, il permet à Arctic Monkeys de s'imposer comme de véritables icônes du rock. Le premier single, Do I Wanna Know, aborde les thèmes de l'amour et de la luxure. Le groupe enchaîne ensuite avec des titres tels qu'Arabella, inspiré de la petite amie d'Alex Turner de l'époque, pour laquelle il retombe amoureux. Le morceau fait notamment référence à Ariel Vandenberg, ainsi qu'à l'un des films préférés du chanteur, Barbarella. L'album aborde également d'autres thématiques, notamment l'influence que la musique peut avoir sur quelqu'un, avec le titre Mad Sounds. I.M. rencontre un immense succès commercial, avec plus de 4 millions d'exemplaires vendus, et sera certifié quadruple disque de platine. Le groupe remporte également pour la troisième fois le prix du meilleur album de l'année au Brit Awards. Et après une tournée mondiale, Arctic Monkeys décide finalement de faire une pause. C'est donc au sommet de leur carrière que le groupe disparaît de la scène. Mais c'est en 2018 qu'Arctic Monkeys fait son retour avec l'album Tranquility Base Hotel & Casino. Ce qui s'est passé, c'est que le groupe a eu la sensation de s'être perdu depuis le deuxième album en n'arrivant plus à créer de cohésion avec les différentes musiques qu'il sortait. Mais avec ce nouveau projet, il voulait créer une histoire à part entière qui commence dès l'intro avec Star Treatment, où Alex Turner fait le point sur sa carrière. L'album tourne autour d'un hôtel-casino fictif qu'aurait ouvert le groupe, et la musique One Point Perspective parle notamment d'une discussion qu'aurait eue un client alcoolique de l'hôtel avec un membre du groupe, ou encore la prise de conscience du monde actuel qui ne semblent pas atteindre les clients de l'hôtel. On y retrouve également plein de références de pop culture, comme dans Star Treatment, avec la phrase « So who you gonna call ? » qui fait référence à Ghostbuster, ou encore dans She Looks Like Fun, avec "Wayne Manor, What a memorable NYE » , faisant référence à Batman, sans oublier les plans de coupe de l'hôtel dans le clip « Four Out of five » qui font référence à Shining. Mais l'album qui avait tout d'un grand album, va décevoir pour son style qui ne ressemble pas aux albums précédents avec un Alex Turner qui quitte sa guitare pour le piano. Mais le groupe décide de suivre leur nouvelle DA avec leur dernier album en date, The Car, sorti en 2022, et de ne pas satisfaire ce que le public attend d'eux en poursuivant leur voie avec un nouvel album qui se place dans la suite de Tranquility Base Hotel & Casino avec une volonté de s'émanciper du système de l'industrie musicale. Fini les hits. Chaque album sera désormais un concept. Le groupe parvient à créer des ambiances singulières, toutes en détail, et sublimées d'harmonies différentes les unes des autres. Ils sont d'ailleurs revenus cette année, en 2026, avec un single, Opening Night, qui figure sur un album en collaboration avec d'autres artistes comme Oasis, Dépêche Mode, Fontaine's DC, Arlo Parks ou encore Olivia Rodrigo, pour un projet rassemblant des artistes internationaux avec la production de compilations caritatives afin de récolter des fonds pour une action menée par War childe Records auprès des enfants victimes de la guerre. A l'heure actuelle, on ne connaît pas vraiment la suite pour Arctic Monkeys. On peut peut-être espérer un nouvel album d'ici 2028, mais comme beaucoup de monde, je suis curieuse de savoir ce qu'ils vont nous proposer à l'avenir. Soit un album dans la continuité des deux autres, soit un retour aux sources avec un style qui ressemble au premier, c'est en tout cas ce que j'espère, j'avoue, ou soit un style encore différent. Mais ça, c'est l'avenir qui nous le dira. Voilà, je m'arrête ici pour l'histoire d'Arctic Monkeys. En attendant, j'espère que ce premier épisode vous a plu et on se retrouve le 27 du mois prochain pour un nouvel épisode de mon podcast Retour Cassette.