Speaker #0J'ai toujours été passionnée par la science depuis toute petite. Donc, naturellement, j'ai souhaité me diriger vers des études supérieures en sciences. Et l'université la plus proche de chez moi était Aix-Marseille Université. J'ai décidé dans un premier temps de faire des études en médecine. Malheureusement, du fait de mon handicap, ce n'était pas forcément la meilleure des options, car je suis malentendante de naissance. J'étais à l'époque appareillée et j'ai besoin de lecture labiale pour communiquer avec les personnes. À l'université, le défi était qu'on était dans des très grands amphithéâtres. Je n'arrivais pas très bien à comprendre forcément les intervenants qui venaient nous faire cours. Et donc à ce moment-là, il aurait été souhaitable d'avoir des personnes qui me donnaient les cours pour que je puisse mieux suivre. Mais on était en médecine et en médecine, c'est un concours. Donc la solidarité n'est pas... Pas aussi présente que dans les autres filières certainement. Et je me suis rendu compte que médecine, c'était peut-être un petit peu trop ambitieux avec mon handicap. Et j'ai donc décidé de me réorienter en chimie. Puisque lors des cours de médecine, les matières qui me passionnaient le plus, c'était les matières qui étaient liées à la pharmacie, donc la chimie. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée à l'université de Saint-Jérôme. En deuxième année de chimie, car grâce aux notes de mes signes, j'avais réussi à intégrer directement la deuxième année de chimie. Donc, c'était jusqu'à là très bien et j'étais très très contente de ma, on va dire, reconversion étudiante. Sauf que, le 1er novembre, en une après-midi, j'ai perdu la totalité du peu d'auditions que j'avais. Donc à partir de ce moment-là, ça a été un petit peu le bras en bas du combat pour comprendre qu'est-ce qui s'était passé. Et en fait, on a appris que c'était lié à ma suavité, qui est un syndrome de peindreide qui donne une suavité évolutive. On le savait, mais on ne savait pas qu'elle pouvait causer aussi des pertes de suavité brusques, comme il m'est arrivé cet après-midi-là. Et à partir de là, j'ai compris que ça allait être un très très long combat, car pour récupérer l'audition, il fallait que j'aille à l'hôpital dans les 24 heures de la perte de solidité, pour recevoir de la corticothérapie à très forte dose en étant hospitalisée pendant une semaine, suivie derrière de 1 à 2 mois de questions hyperbares. Donc le question hyperbare, en fait, c'est comme... Un petit sous-marin présent dans une salle à l'hôpital et qui stimule la descente en profondeur, puis la remontée. Et ce changement de pression induit un apport en oxygène au niveau des tissus abîmés. Et ce qui était le cas du coup pour mon cas, c'est qu'en fait il fallait réoxygéner la cochlée, qui est le dernier petit élément de l'oreille interne qui permet de faire le lien avec le nerf auditif. Au niveau des études, ça allait être bien plus compliqué puisque j'étais très régulièrement absente de cours. Et c'est là que j'ai commencé à avoir une grande relation avec la mission handicap étudiante de Ex-Marseille Université, qui, eux et les responsables de formation, ont su réagir très rapidement à ma problématique. avec notamment des aides apportées et surtout aussi, par exemple, de la part de ma responsable de formation, une réorientation dans un autre parcours qui était plus de la biologie, qui était donc plus en adéquation avec mes connaissances ayant fait en amont de la médecine. Pour garder un petit peu ma partie chimie, j'ai fait de la biologie, mais avec une spécialité chimie du vivant. La mission handicap de l'université m'a amené à ce moment-là beaucoup de supports, comme par exemple une bonification d'étudiants qui me prenaient le cours, donc j'avais le cours même si j'étais absente, comme par exemple aussi l'aide avec un micro directionnel qui me permettait d'avoir le son directement dans la protège auditive, et des aménagements d'emplois du temps, car malheureusement ces épisodes de surdité brusque se sont reproduits plusieurs fois. Avec à la finalité une implantation cochléaire, donc c'est comme une orientale artificielle, mais c'est une opération qui est très lourde, qui est très longue, très contraignante, notamment car ça efface toute la mémoire auditive et il faut réapprendre avec une orthophoniste tout, les bruits de la vie courante, les bruits que font les voyelles et les consonnes, réapprendre les mots, car au tout début, lorsqu'on branche cet appareil, Tous les sons sont identiques, que ce soit une porte qui claque, ou de l'eau qui coule, ou quelqu'un qui parle. C'était très très long, fastidieux, et je tenais absolument à poursuivre mes études, mais il fallait trouver un aménagement qui puisse me le permettre. Pour ce cas-là, par exemple, j'ai eu aussi un très très gros soutien de la responsable de la licence 3, qui était madame Nathalie Pietri. qui, en accord avec la mission handicap, m'a proposé de faire ma licence 3 sur 2 ans, de façon à pouvoir scinder les matières et me permettre d'avoir beaucoup plus de temps disponible pour les suivis médicaux qui étaient assez lourds et pour pouvoir notamment, par exemple, la rééducation orthophonique qui me prenait énormément de temps et qui était très fatigante. Grâce à tous les aménagements qui m'ont été apportés, que ce soit par la mission handicap étudiante, par les responsables de formation, les enseignants ou bien les autres élèves, j'ai réussi à aller jusqu'au bout de mes études, c'est-à-dire master de chimie, avec une petite revanche sur mes difficultés des années précédentes, puisque j'ai fini majeure de promotion. Et à partir de là, en master, j'ai réfléchi un petit peu à ce que je voulais pour la suite. et je me suis vraiment pris de passion pour la recherche, pour la science et je souhaitais en faire un métier et donc le défi était de pouvoir faire une thèse et que c'est comme ça derrière qu'on arrive à des postes d'enseignant-chercheur ou d'ingénieur de recherche et je me suis de nouveau tournée vers la mission handicap qui m'a expliqué qu'il existait des contrats doctoraux handicap C'était une candidature à faire au niveau de l'université, puis ensuite qui remontait au niveau du ministère de la Recherche, donc c'était au niveau national ensuite. Et il faut savoir qu'Aix-Marseille-Université était l'une des, encore aujourd'hui, mais à l'époque, puisque maintenant ça fait 7 ans, était l'une des universités qui était déjà très engagée dans le handicap et les personnes en situation de handicap, et qui était très engagée pour justement favoriser. La poursuite des études pour ces personnes en situation de handicap, qui donc par exemple mettaient en face tout ce que chaque fois que le ministère octroyait des contrats doctoraux à Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université s'engageait en face à mettre autant de contrats doctoraux, ce qui permettait d'avoir quand même un assez grand nombre de contrats, et j'ai pu bénéficier justement d'un de ces contrats pour pouvoir réaliser ma thèse. Et à ce moment-là, je me suis retrouvée cette fois-ci face à la cellule handicap des personnels AMU, qui a été donc la continuité de la mission handicap, où j'ai pu rencontrer par exemple M. Cariot et M. Bensoussan. M. Bensoussan qui est le vice-président handicap de l'Aix-Marseille Université et qui ont été dans le suivi de toute l'aide dont j'avais besoin. Et encore plus puisque malheureusement pour moi, j'ai démarré ma thèse et quelques mois après, il y a eu le Covid. Le souci, c'est que déjà il y a eu le confinement, donc beaucoup d'échanges ne pouvaient se faire plus qu'en vidéo. Ou alors lors de la reprise de l'activité, il fallait porter le masque. Et évidemment, moi qui fais de la lecture labiale, tout ça a été très compliqué pour moi. Les masques, c'est une évidence, mais aussi le visio, parce qu'en fait, ce n'est pas à travers un écran, c'est en 2D, ce n'est pas en 3D comme dans la réalité. C'était beaucoup plus difficile pour moi d'arriver à lire sur les lèvres, voire quasi impossible. Et à ce moment-là, la cellule handicap à mieux a été très réactive également en essayant de trouver des solutions, comme par exemple des masques. qu'avec une fenêtre transparente qui m'avait été fournie pour que je puisse la distribuer à mes collègues de laboratoire pour pouvoir continuer à discuter et échanger. Et pour les visios, la mise en place d'une plateforme qui s'appelle Tadeo où des personnes qui retranscrivaient en direct tout ce qui se disait dans la réunion à l'écrit pour que je puisse pouvoir suivre les réunions en visio. Donc dans toutes les étapes, finalement, euh... de mes études, j'ai pu compter sur ce qui était la mission handicap étudiante, puis la cellule handicap personnel, et bien sûr aussi tous les enseignants-fraîcheurs qui étaient mes enseignants, et notamment par la suite dans mon laboratoire, au niveau du laboratoire PIM, par exemple mon directeur de thèse. Toutes ces personnes ont toujours tout fait pour que mon handicap ne soit pas un frein à mes études en amont, et puis ensuite à ma recherche, et que je puisse... totalement m'épanouir dans ce que je faisais au quotidien sans avoir l'empreinte handicap en permanente présente. Et donc, je suis aujourd'hui docteur en chimie. Et après le doctoral, l'une des étapes clés aussi, c'est de faire un post-doc. Ex-Marseille Université avec la Fondation Amdec est la première université en France à avoir mis en place des post-docs handicap qui étaient donc sur concours. ouvert à l'international et j'ai eu la chance de faire partie de la première promotion de ce post-doc handicap Amidex. Ce post-doc-là m'a permis un petit peu de mieux réfléchir à mon avenir, à mon projet professionnel, de mieux anticiper quelles allaient être les différentes contraintes et à ce qui était le plus adapté par rapport à ma situation. Et par exemple, j'ai pu me rendre compte que le problème du poste d'enseignant-chercheur était l'enseignement. Le fait de lire sur les lèvres me fatigue énormément. Notamment, je ne comprends pas forcément toute la phrase en entier, donc je fais beaucoup de ce qu'on appelle de suppléance mentale. Donc la suppléance mentale, plus la lecture labiale face à de nombreux étudiants, c'était peut-être un petit peu trop ambitieux par rapport à mon handicap. Et de ce fait, je me suis plus tournée vers l'idée d'avoir un poste d'ingénieur de recherche. qui me permettait de pouvoir, si je voulais, continuer à faire de l'enseignement, mais plutôt bénévolement et non pas comme un métier à temps plein. Mon laboratoire m'a énormément soutenue dans ce projet-là et j'ai pu bénéficier de l'aide notamment du CNRS qui a mis en place un poste d'ingénieur de recherche BOE, c'est les bénéficiaires offre d'emploi, sur lequel j'ai candidaté et j'ai obtenu ce poste. ce qui fait que depuis le 1er mars, je suis ingénieur de recherche au CNRS. Ma recherche, c'est quelque chose qui est passionnant, puisqu'en fait l'objectif de mon équipe, l'équipe Astro au sein du laboratoire PIM, est d'essayer de comprendre l'origine de la vie sur Terre. Pour comprendre l'origine de la vie sur Terre, il faut s'intéresser à l'histoire de notre système solaire. du tout début de la formation du système solaire jusqu'à aujourd'hui. Et pour cela, l'un des éléments les plus parlants sont ce qu'on appelle les dastéroïdes et les comètes. Ces gros cailloux, si on peut dire, sont en fait des vestiges de la formation du système solaire. On va dire qu'ils se sont un petit peu figés dans le temps, donc ils renferment toute la matière qui était au départ présente sur la Terre également avant la naissance de la vie. Les météorites sont en fait des petits morceaux de ces astéroïdes et comètes qui se sont décrochés et qui ont atterri sur les planètes, notamment sur la Terre. Et donc, en les analysant, on arrive un petit peu à retracer quelle était la matière qui a permis ensuite la vie, qui était présente sur Terre initialement. Alors forcément, c'est une très grande question, qui est très ambitiante aussi, mais par des petits éléments, on arrivera à affiner Peut-être la réponse jusqu'à avoir un jour la vérité. Mon objectif va vraiment être de mettre en place ce qu'on appelle des protocoles d'analyse. et de pousser un petit peu dans les retranchements les machines pour aller toujours plus loin dans ce qu'on peut obtenir de ces machines-là pour arriver à identifier les molécules présentes dans les échantillons divers et variés qu'on a lorsque l'on fait des collaborations avec d'autres chercheurs. Il y a un an et demi, j'ai candidaté un petit peu sans y croire au prix lauréat d'UNESCO pour les femmes de la science, jeunes talents. J'ai préparé le dossier et j'ai été appelée pour m'annoncer que je faisais partie des lauréates. Recevoir ce prix a été une très très belle récompense de mon parcours, des difficultés que j'avais dû surmonter. Et c'était aussi une reconnaissance de mes travaux de recherche. Et ça, je crois que dans la vie d'un chercheur, c'est quelque chose qui est très, très important. Ce prix m'a permis de pouvoir porter le message qui me tenait à cœur, qui est un petit peu de quand on veut, on peut. Il faut bien sûr se battre. Parfois, selon les difficultés, ça sera peut-être plus dur. Mais au final, on peut y arriver.