- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, vous êtes bien sur Savoir Ivre, le podcast qui vous propose les meilleurs accords musique et vin. Et il souffle comme un air de vacances dans le studio, et oui, la dernière ligne droite avant les vacances. Enfin, dans votre cas peut-être. Dans mon cas, c'est l'inverse. Dernière ligne droite avant la reprise. Et oui, chers auditeurs, après environ 8 mois à jouer les saltimbanques, le bon père de famille, le créateur de podcasts et autres joyeuseries, il est temps de... pour moi de reprendre un vrai boulot. Alors attention, de mon point de vue, et de certains autres peut-être, la vie d'artiste, c'est pas vraiment les vacances. C'est d'ailleurs sacrément paradoxal, la plupart du temps passé à bosser n'est pas payé. D'ailleurs, on bosse plus ou moins 24h sur 24, puisque même quand on ne fait rien, ça turbine là-haut. Ceux qui sont atteints comme moi par cette maladie le savent, ça ne s'arrête jamais. On a un home studio dans la tête. D'ailleurs, le paradoxe ultime, c'est que parfois, on attend la journée entière pour pouvoir s'enfermer devant devant ses instruments, sa table de mixage, et là, plus rien. La page blanche, la tuile, ces choses-là ne se contrôlent pas. Alors que le vrai travail, celui des grands, c'est facile. On se lève le matin, on s'habille, on va au boulot, terminé. À partir d'août, je retrouve mes estimés confrères et amis de chez Nathalie et Associés, afin d'accomplir... Compagnie et nos chers vignerons dans cette période charnière, quelle est vendange ! D'ailleurs, ça me permettra de rappeler ce qu'est le travail d'un oenologue, puisque certains, encore, me confondent avec un simple sommelier. Mais enfin, c'est les vacances, profitons un peu, on va introduire l'émission avec un immense classique. Aucun groupe, ni aucun album. On incarne davantage le Londres de la fin des années 90. J'ai nommé bien sûr Massive Attack et nous allons écouter Mezzanine, issu de l'album du même nom bien entendu. Et puisqu'on est en Angleterre, je vous propose un accord bière et musique, une fois n'est pas coutume. J'ai eu le plaisir, il y a une dizaine d'années, de visiter la brasserie Sheffield Neame dans le Kent, à une petite heure de Londres, où est brassée la Spitfire. Et je suis certain que le groove trip-hop de Massive Attack s'accordera à merveille.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça Générique C'est la fin du monde, tu ne le sais pas. Je vais faire ce que je peux, mais je ne sais pas où je vais. C'est la fin du monde. Générique
- Speaker #0
Pour faire suite à Massive Attack, The Soft Moon, groupe maudit et regretté dont nous avions déjà parlé avec le morceau Wasting, peru sur l'album Deeper, un des plus sombres et introspectifs. Les vendanges vont commencer et avec elles se mettent en branle un grand nombre d'acteurs, négociants, vignerons, ouvriers agricoles, techniciens en tout genre et les onologues. Alors il fait quoi l'onologue ? Bon déjà, une bonne fois pour toutes, ce n'est pas un semelier. Le semelier, il met un costard, il va prendre un temps pompeux et essayer de vendre n'importe quel vin trop cher à des gens qui n'y connaissent rien. Gros gros second degré, j'espère que vous l'avez compris, j'embrasse tous les sommeliers qui nous écoutent, vous faites un travail formidable. Mais j'ai pas envie d'être confondu avec les sommeliers parce que je me suis tapé des trucs vraiment pas marrants. Licence de chimie, cours de thermodynamique, mécanique... des fluides chimie organique, biologie, toxicologie, agronomie. J'ai appris à dessiner des molécules et à les reconnaître. Bref, la dégustation était très secondaire. Sauf bien sûr quand il s'agissait de déguster des vins trafiqués du type « lequel de ces vins contient le plus de vinaigre ? » Tout ça pour faire de nous des experts qui vont être là pour... Optimiser des processus, anticiper les problèmes et les résoudre si besoin, sublimer le travail du vigneron... Je vous parlais justement des potards dans le dernier épisode, et bien imaginez le vigneron comme un musicien, et l'œnologue son ingé son. Le sommelier dans ce cas-là, c'est le gugus de chez Warner. Concrètement, sur l'aspect conseil, je vais aller faire un petit tour sur les vignobles pour essayer de déterminer la meilleure date de vendange, en goûtant les baies tout simplement, et en regardant la tronche des vignes. Puis goûter les premiers jus, les analyser, donner une première indication sur le profil futur. du vin, concentré, un peu frais, un peu trop mûr ou pas assez, et puis surveiller tout au long de la fermentation que tout aille bien, via des paramètres assez précis, outre mon palais. Qui n'est pas à sous-estimer, bien au contraire, il m'est arrivé de déguster un vin qu'on On n'avait pas prévu d'analyser et de déceler un petit quelque chose de suspect, de le faire analyser et talam ! Une contamination microbio, comme je l'avais présumé. Comme quoi, c'est un taf assez complet. Une fois les vendanges finies et les fermentations terminées, on déguste l'intégralité du millésime et on fait un petit commentaire détaillé. Des dernières recommandations. Ce qui constitue ce qu'on appelle chez Nathalie la photo de famille. Cette photo de famille, c'est un outil qui nous aidera pour la session d'assemblage qui va suivre. Voilà, pour ma première casquette. La deuxième, c'est de faire de la prestation et de l'accompagnement concret sur le terrain. Je vais directement sur place pour montrer comment effectuer les bons gestes. Bien régler le matériel, faire un bon pressurage, une bonne clarification. Ça m'est même arrivé de remplacer carrément le vigneron. Eh oui, parfois il y a un domaine, il y a du raisin, mais il n'y a pas de vigneron. Voilà, c'est à peu près tout, mais je pensais que c'était utile de vous rappeler ce qu'était finalement le rôle d'un oenologue, et à quoi allait ressembler ma reprise d'activité. Mais c'est encore les vacances, et on est là pour se faire plaisir. On va écouter un gros plaisir non coupable, l'essai. Heaven knows I'm miserable En parlant de plaisir non coupable je viens d'ouvrir une fois n'est pas coutume un sans serre blanc la cuvée Flores de Vincent Pinard c'est un vin extrêmement élégant loin des clichés du petit sous-vide vignons fruités de Touraine. C'est un vin complexe, évoquant davantage le miel de fleurs que les fruits exotiques, avec une délicate touche grillée et un équilibre idéal entre fraîcheur et gourmandise que seul peut garantir un terroir exceptionnel et un travail d'orfèvre. Bravo monsieur ! Fleshwater, avec un extrait de leur dernier album, 2000 in search of the endless sky, le morceau Green Street. J'adore la dichotomie entre les parties énervées, hurlées d'une part, et la voix angélique de la chanteuse. Ça me rappelle un peu, pardonnez-moi ce parallèle hasardeux, Evanescence, groupe de ma jeunesse. Ce n'est pas la dernière fois qu'on parle des années 90 dans ce podcast. On a parlé pas mal de vin. Les vendanges se précisent, personnellement j'ai bu pas mal de vin, j'ai bu très bon vin ces dernières semaines, en même temps c'était mon anniversaire. Parlons musique un peu, je me permets un retour rapide sur le Saminaire. Cette année, un Saminaire caniculaire qui s'est... s'est arrêté un peu plus tôt que d'habitude, autour de 8h du matin tout de même. Grosse grosse claque, notamment le Château Costco, excellent concert de Noise, Skullstorm, les inimitables tontons du hardcore montpellierain, Adolphe Ibbou, que du très bon. Sacré rigolade, ambiance de malade, et entre deux pogo. Je regardais autour de moi et je voyais toutes ces bouilles, tous ces fadas de musique montpellierain. Des visages que je croise régulièrement, avec toujours le même plaisir, des camarades, des collègues, des copains, allons-y carrément. Alors je leur adresse ici mes plus sincères remerciements. Merci de faire partie de cet univers. Même si vous n'en avez peut-être pas conscience, vous faites partie de ce cosmos musical. Que dis-je de ce rock montpellierain ? Et puisqu'on parle de rock montpellier, comment passer à côté de cet immense album ? Abyssal Womb de Verdun. On avait eu la chance de découvrir les deux premiers singles il y a quelques mois déjà. Voici l'album complet, une claque entre sludge et black metal à écouter et réécouter. Mon titre préféré de l'album c'est le suivant. les noces du néant. Musique de générique
- Speaker #1
C'est tout en ligne pour me voir de bonne manière. On sera de nouveau amis, et chaque soir, quand je pense à toi, je pense à toi. Ça me dérange. Générique
- Speaker #0
Faire suite au monstre, Verdun, un titre beaucoup plus estival et guilleret. Alien Boy, The Way I Feel, extrait du premier album Don't Know What I Am. Et en effet, I don't know what you are, un étrange mélange entre pop teenage avec une prod complètement garage, des sonorités shoegaze, dream pop, new wave. Quelque chose qui évoque la nostalgie d'une époque qu'on n'aurait pas connue. La banlieue vaste d'une ville de l'Ohio dans les années 90 par exemple. Les années 90 nous y revoilà. Pourquoi sommes-nous aussi attachés à cette période ? j'ai parfois l'impression que c'était le dernier sursaut créatif authentique il y a une sorte de tendresse générale à l'égard de cette période après les déjà ringardes années 80 les années 90 fascinent inspirent de la musique au cinéma en passant par la mode c'est comme si les années 90 c'était la synthèse de tout ce qu'on aime bien cette décennie porte un capital culturel fort et représente également la dernière ère pré-numérique Merci. C'est le monde tel qu'il aurait pu être, s'il n'avait pas été abîmé par les connards de la Silicon Valley. Oui, il y avait Internet, mais sa cadence avait quelque chose d'organique. Les réseaux sociaux n'existaient pas. Le support physique faisait encore foi. Qui n'a pas téléchargé de la musique en ligne pour ensuite la regraver sur un CD ? Ça peut paraître complètement stupide à certains, mais d'une certaine manière, la place que prend le support dans l'espace lui donne une certaine valeur. Il fait corps avec l'œuvre qu'il contient. C'était l'époque où on devait faire confiance à d'autres pour faire des découvertes pour nous. Mis à part au travers de la presse dédiée, des émissions consacrées, on ne découvrait pas de nouveaux groupes par hasard ou grâce à un algorithme. Je me souviens d'après-midi entier sur MTV, une cassette d'un magnétoscope, aux aguets, pour enregistrer mes clips préférés. MTV. Et pourtant, je vous rappelle que les années 90, c'était aussi la guerre de le Golfe, l'avènement du néofascisme en Europe, oui, ils étaient déjà là, le génocide au Rwanda, le siège de Sarajevo. La décennie n'était pas innocente, elle ne l'a jamais été. Ce qu'on idéalise, c'est notre expérience subjective de cette époque. Depuis le bon côté de l'écran, de la bonne géographie, avec la bonne couleur de passeport, la nostalgie est toujours un luxe de perspective. Alors peut-être que ce qu'on aime vraiment dans les années 90, ce n'est pas... ce qu'elles étaient, c'est ce qu'elles promettaient d'être. Et cette promesse-là, on a bien le droit de la regretter. FRIENDS C'EST LA LESION Dans l'or, le très 90's coffee and TV de Blur, qui incarne tout à fait l'énergie de nos discussions plus tôt. Puis rien à voir, les démoniaques endent avec le morceau Chewing Glass, issu de leur premier EP de 2017. Virtuose, viscérale, puissant, impressionnant groupe dont le dernier album The Sin of Human Frailty ne démérite pas. Le temps passe vite, il est déjà temps de nous quitter. Petit agenda culturel, ce soir les mythiques Blood Incantation jouent à Aix-en-Provence au Seasmic. Le 14 juillet dans une semaine, Nick Cave and the Bad Seeds aux arènes de Nîmes. Plus confidentiel, plus montpellierain, jeudi 9 juillet, See You in the Pit à la Secret Place avec une prog Grindcore. Et depuis le 5 et jusqu'au dimanche, c'est le festival Radio France qui se manifeste sous le nom de Tohu Bohu au Domen Do à Montpellier, pour des soirées musique électronique et bière artisanale. Le Domen Do accueillera également le 13 juillet Snarky Puppy, le groupe de jazz new-yorkais aux 5 Grammy Awards. On va se quitter non pas avec du jazz, mais avec Blood Incantation, que je vais d'ailleurs voir ce soir. Très hâte, cela fait depuis leur album de 2019 que je les poursuis, sans jamais avoir eu l'occasion d'assister à un de leurs shows. J'ouvre donc un vin de patience. Canon Cop, domaine d'Afrique du Sud fabuleux dans lequel j'ai eu la chance de travailler en 2019 justement. QV Paul Sauer, assemblage Cabernet Sauvignon Merlot, intégralement élevé en chaîne pendant plus d'un an. Prenez bien soin de vous en ces temps troubles et brûlants. Espérons qu'un jour, dans 30 ans peut-être, des jeunes rockers et rockeuses, ma fille entre autres, auront eux aussi la nostalgie des années 2020. Bonne semaine, bon concert et surtout, chin chin !