- Speaker #0
Bienvenue dans Science NUM, le podcast de Télécom Sud Paris. La Grande École d'ingénieurs du numérique fait partie de l'Institut Polytechnique de Paris. Je suis Annick Dechenet. Dans ce podcast, je reçois des chercheurs et des chercheuses pour qu'ils nous exposent leurs travaux et si possible leurs découvertes. L'idée est de partager avec vous les savoirs qui sont produits dans les laboratoires de recherche. Aujourd'hui, je suis entourée de deux enseignants-chercheurs et on va parler d'un sujet passionnant qui est le métavers des musées avec Titus Zaharia et Marius Preda. Bonjour Titus.
- Speaker #1
Bonjour Annick.
- Speaker #0
Bonjour Marius.
- Speaker #2
Bonjour Annick.
- Speaker #0
Pour commencer, quelques mots sur vos domaines d'expertise à chacun.
- Speaker #1
Oui, donc Titus Zaharia, je suis professeur à Télécom Sud Paris. Ma spécialité concerne tout ce qui est contenu visuel. donc représentation, modélisation de contenu visuel de divers types, images, multimédia, donc vidéo et
- Speaker #2
3D. Et de mon côté, donc, Marius Preda, maître de conférence à l'Institut Mines Télécom au centre de Télécom Sud Paris. Et je travaille depuis de nombreuses années sur des technologies 3D immersives, la modélisation, la compression d'objets et des environnements 3D avec des applications en réalité virtuelle et augmentée.
- Speaker #0
Alors vous travaillez sur le métavers des musées, en quoi ça consiste ?
- Speaker #1
Tout à fait, c'est un projet qui vient de finir en fait, en cette fin d'année, un projet qui a duré deux ans, qui a été supporté par l'initiative gouvernementale qu'on appelle plan d'investissement d'avenir, et dans le cadre duquel on a proposé en fait des technologies de numérisation. Donc l'objectif plus large du projet, c'est de... proposer au public un métavers de musée, donc un espace virtuel où les utilisateurs peuvent se rendre et visiter des œuvres numériques en 3D avec les explications nécessaires.
- Speaker #0
Marius ?
- Speaker #2
Dans le projet, mon rôle est vraiment de penser la plateforme. Comment faire de sorte que le métavers de musée soit un outil simple, accessible et plus coûteux ? L'idée n'est pas de construire un méga métavers réservé. seulement à des grandes structures, mais une plateforme réutilisable sur laquelle même les petits musées de Provence, comme les grands musées d'ailleurs aussi, peuvent venir déposer leurs œuvres numériques, créer leur parcours, donc leur scénarisation, organiser des visites, sans avoir besoin d'une grosse équipe technique derrière. Et donc, notre travail, c'est un travail sur l'ergonomie, sur l'automatisation des tâches complexes et sur la compatibilité de cette chaîne avec les outils qui existent déjà.
- Speaker #0
Concrètement, avec quel musée travaillez-vous ?
- Speaker #1
Il y a deux musées qui font partie intégrante du consortium Métamère des musées, qui sont le MISIX, le musée de l'école polytechnique, et puis le Forum des images. Mais en plus de ça, il y a eu ce qu'on a appelé un comité de pilotage, dans lequel on a voulu être le plus inclusif possible, et auquel ont participé de nombreux musées. Le château de Versailles, le musée du Quai Brandy. le musée des armées, la bibliothèque nationale de France, la cité des sciences et de l'église, ou encore le palais des beaux-arts de Lille et le château de Chambord.
- Speaker #0
Wow ! Pourquoi autant de collaborations alors ?
- Speaker #2
Parce que comme toute chose dans la ville, par ailleurs, même le numérique des musées est extrêmement hétérogène. Certains sont déjà très avancés, avec des équipes et des projets numériques depuis quelques années, mais d'autres commencent tout juste à se poser ce type de questions. Ils n'ont pas les mêmes moyens, ils n'ont pas les mêmes priorités et même ils n'ont pas le même public. Donc si on veut construire une plateforme qui marche pour tout le monde, on est obligé de se confronter à cette diversité, à des petites musées, à des musées scientifiques, à des musées de l'art, à des institutions en rénovation. Donc on voit cette hétérogénéité dès le début. Et c'est en travaillant avec tous qu'on peut découvrir ce qui est commun et ce qui est différent pour mettre en place une plateforme qui peut convenir à tous. plus de monde.
- Speaker #1
Je peux compléter peut-être vraiment l'idée de musée virtuel qui est accessible à distance, qui est mis en avant. Ça peut être utile pour un musée qui fonctionne, quelconque, qui ouvre les ports au public en physique, mais qui peut avoir également des espaces numériques. Mais c'est d'autant plus le cas pour des musées, par exemple, qui ferment tempéreurement. C'est le cas du Musix, c'est le cas aussi du Centre Pompidou et qui souhaitent pouvoir faire vivre leur collection et valoriser leur patrimoine. même pendant ces périodes de fermeture.
- Speaker #0
D'accord. Et pouvez-vous nous parler d'un cas concret de métavers des musées qui fonctionne déjà ?
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Il y a déjà un prototype qui est fonctionnel, qui est opérationnel, qui a été... qui est développé par la société Manzalab qui pilote le projet et où il y a de différents espaces qui ont été créés par les musées. Il y a des espaces pour le Musix, pour le Forum des images, pour le musée des armées, pour le musée des beaux-arts de Lille. Donc voilà, il y a un premier prototype qui aujourd'hui est opérationnel et puis qu'on espère pouvoir dans l'avenir l'enrichir avec des nouveaux espaces muséo et puis surtout des nouvelles œuvres à découvrir.
- Speaker #2
Oui, en complétant ce que Titus vient de dire, comme ma contribution se situe en amont à la préparation des œuvres pour la numérisation, nous avons travaillé avec tous ces musées dont Titus a parlé, qui ont sur la plateforme de numérisation leur propre espace, où tout musée peut apporter leurs vidéos, leurs images, et grâce à la reconstruction 3D, ils peuvent obtenir un échange des représentations 3D qu'ils peuvent ensuite en gérer dans le médavers.
- Speaker #0
Alors, pour qu'on comprenne bien, quel est le bénéfice, bien qu'on comprenne déjà un peu, mais quel est le bénéfice d'un musée virtuel ?
- Speaker #1
C'est surtout la démocratisation de l'accès à la culture et au patrimoine. Quand on habite à Paris, effectivement, on a la chance d'avoir un bon nombre de musées à portée de mains ou à portée de pas. Quand on est un peu plus éloigné, ça devient un peu plus compliqué. Et donc, voilà, ça peut créer une ouverture qui est vraiment phénoménale, qu'on espère pouvoir mettre en avant.
- Speaker #2
En plus de ça, il faut savoir que même les musées n'exposent presque jamais l'intégralité de leur collection. La majorité de la collection est en réserve pour des raisons de place, de conservation, de scénographie. Et donc le métavers permet justement de rendre accessibles des pièces ou des collections entières qui ne sont pas exposées. En plus de ça, on peut augmenter aussi l'expérience dans le sens qu'on peut consulter une pièce de très près et faire un zoom, tourner autour. des fonctionnalités qui sont rendues possibles grâce au métavers.
- Speaker #0
Mais est-ce que la visite virtuelle vient en compétition avec la visite réelle, Marius ?
- Speaker #2
Pour moi, il faut le voir plutôt comme quelque chose qui complète la visite réelle. On peut déjà, avant de se rendre au musée, découvrir les collections, découvrir les œuvres qu'un musée peut avoir. Donc on parle de consulter le métavers avant la visite. Pendant la visite, on peut avoir accès à du contenu numérique. supplémentaires qui peuvent être connectés à une pièce que je suis en train de voir dans le musée et après la visite je peux revenir sur des pièces de la collection parce que j'ai encore des questions que j'ai pas pu voir pendant la visite réelle donc je dirais que c'est plutôt compléter une visite réelle que être à la place d'une visite réelle.
- Speaker #0
Quelle est la nouveauté de ce projet sachant que la numérisation des œuvres d'art a commencé depuis plusieurs années maintenant ?
- Speaker #1
C'est vrai, il y a eu énormément de travaux, mais il y a plusieurs aspects. Je dirais que l'aspect 3D, il est très important, puisque ce n'est pas à portée de tout le monde. Faire des images, faire des vidéos, c'est beaucoup plus simple. Avoir vraiment du contenu 3D autour duquel on peut naviguer, qu'on peut explorer sous toutes ses formes, c'est quelque chose de plus compliqué. Mais même au-delà de ça, il y a effectivement beaucoup de boîtes dans le monde qui proposent des numérisations. La question qu'il faut se poser, c'est aussi à quel prix est-ce que les musées... peuvent se permettre de payer ce prix-là qui, souvent, il est assez exorbitant. Et donc, il y a une volonté française, heureusement, d'avoir une solution française. On parle beaucoup aujourd'hui de ce qu'on appelle souveraineté numérique. Et puis, on parle aussi d'une volonté de pouvoir mettre en œuvre une solution que les musées eux-mêmes peuvent s'approprier, une solution bas coût, pour qu'à terme, ils puissent numériser tel qu'ils veulent, avec des dispositifs. qui sont pas chères, leurs œuvres, et leur exposer à leur guise.
- Speaker #2
Oui, je veux insister sur cette idée de rendre disponibles les outils, et c'est pour ça que le mot plateforme revient à chaque fois. L'idée, c'est de mettre à disposition des outils techniques et technologiques, mais qui sont utilisés par les scénographes, par les gens qui travaillent dans le musée, et faciliter leurs usages, dans le sens où on ne propose pas. une manière de faire une collection virtuelle, une manière de faire le métavers de musée, mais plutôt une plateforme qui permettra à inventer de nouvelles manières de consulter le musée numérique. D'où l'idée de créer une plateforme pour pouvoir créer des containers.
- Speaker #0
Et quelle évolution vous voyez pour le projet ?
- Speaker #2
On a la chance d'avoir une continuité de projet. Le nouveau projet s'appelle Icon, dans lequel on veut aller sur deux axes, améliorer la qualité de représentation, traiter des cas qui n'ont pas été possibles à traiter dans Metaverse, comme les matériaux réfléchissants, les matériaux métalliques, pour lesquels la technologie de base utilisée en Metaverse de musée n'était pas pertinente, la photogrammétrie. Donc là, sur la partie création de contenu 3D, on... On cherche des nouvelles représentations 3D.
- Speaker #1
Je rebondis tout d'abord sur ce que tu disais, Marius, par rapport à certaines difficultés, par rapport au type de matériaux. On ne peut pas parler vraiment de continuité sans apprendre un peu les leçons du passé. Et puis ce projet Metaverse du musée, ça nous a beaucoup appris, notamment les cas où ça ne fonctionne pas très bien, il y a de la transparence, il y a des matériaux réfléchissants. Donc il faut changer de paradigme. Donc là où on se liante vers quelque chose qu'on appelle aujourd'hui gauchien splatting, dans un nom savant. qui révolutionne complètement la façon de représenter ces contenus 3D avec des qualités de rendu qui sont le plus souvent exceptionnelles et qui dépassent ce qu'on avait vu avant. Et puis, il ne faut pas s'imaginer qu'un metaverse de musée, il suffit d'avoir un espace virtuel, il suffit de mettre quelques œuvres 3D. Non, il faut aller vraiment plus. pour créer une expérience muséale qui est convaincante et qui est enrichissante et qui peut attirer les utilisateurs. Donc, raison pour laquelle on mise sur les nouvelles technologies de l'intelligence artificielle, dont on parle énormément aussi, pour créer, par exemple, des agents conversationnels qui peuvent simuler, finalement, des guides touristiques et qui peuvent donner des explications sur les œuvres, qui peuvent les faire vivre et qui peuvent créer une vraie expérience. autour de ces numérisations.
- Speaker #0
Je reviens juste sur cette expression « gaussian splatting » ou, en français, « éclaboussure gaussienne » . Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Speaker #2
Le gaussian splatting, c'est une nouvelle manière de représenter les contenus 3D. En deux mots, il s'agit d'une texture spatialisée, probablement encore mieux dite une multitexture spatialisée, qui consiste à définir des points dans l'espace 3D. Ces points, en général, ont une couleur, mais ont aussi une influence dans leur voisinage. Et comme on a plusieurs points de ce type, lors d'une opération qu'on appelle l'opération de rendu, on va, dans chaque point de l'espace, calculer l'influence de tous les points qui sont autour. Et ça, ça nous donne la couleur qu'on doit afficher.
- Speaker #0
Merci pour ces éclaircissements. On comprend mieux la raison d'être de sciences humaines, qui est aussi de vous aider à comprendre des concepts assez pointus. Et pour finir, qu'est-ce que ça vous apporte de travailler avec des musées ?
- Speaker #1
C'est une expérience qui est très enrichissante. Déjà, sur le principe, on sort de notre labo, des techniques qu'on valide expérimentalement, on met sur des corpus qui restent limités pour aller vraiment dans le monde réel et voir comment ces techniques peuvent être utiles et utilisées. Pour un chercheur, c'est vraiment le graal.
- Speaker #2
Je pense qu'on peut aussi dire que c'est une des spécificités de notre labo, dans le sens qu'on veut essayer de résoudre les problèmes réels. On essaie d'éviter d'inventer nous-mêmes les problèmes pour inventer les solutions, mais chercher vraiment dans la réalité quels sont les vrais problèmes. Et on le fait avec les musées dans ce projet, on le fait avec d'autres acteurs industriels dans d'autres projets, mais c'est dans notre ADN d'essayer de résoudre les problèmes qui existent dans la réalité.
- Speaker #0
Merci Titus Zaria et merci Marius Preda d'avoir accepté de partager vos recherches et de nous permettre de rentrer dans cet univers du métavers des musées. Je vous rappelle que Science Nume est un podcast soutenu par le Carnot Télécom et Société Numérique. Si vous êtes intéressé par la recherche dans le domaine du numérique, vous pouvez retrouver tous les épisodes précédents sur vos plateformes d'écoute préférées. N'hésitez pas à liker et à partager. A bientôt !