Description
Céline, une patiente que je vois régulièrement pour ses bas de contention et son psoriasis, est venue au cabinet ce jour-là, mais j’ai tout de suite senti qu’elle n’était pas comme d’habitude. Elle avait l’air pressée, préoccupée. En creusant un peu, elle m’a confié qu’elle venait de recevoir un appel du centre aéré où va sa petite fille de 5 ans.
Elle m’a expliqué, troublée, qu’un incident avait eu lieu aux toilettes. Un petit garçon aurait touché la vulve de sa fille. Céline était bouleversée, bien qu’elle s’efforce de rationaliser en disant que, dans son enfance, on appelait ça « jouer à touche-pipi ». Mais elle reconnaissait que les temps ont changé, et c’est tant mieux. Elle était rassurée de voir que le centre aéré avait pris l’affaire au sérieux et suivi un protocole en informant la mairie et en traçant l’événement.
Ce qui la dérangeait, c’était la solution envisagée : séparer filles et garçons aux toilettes. Je partageais son avis, même si je me suis tue : c’est traiter les symptômes, pas les causes. Céline l’a très bien exprimé elle-même, en disant que l’important, c’était d’apprendre aux enfants à respecter les limites, à comprendre leur corps et celui des autres. Elle m’a aussi parlé de sa grande fille de 9 ans, qui avait récemment demandé à porter des shorts sous ses jupes pour éviter d’être embêtée par des garçons.
Je lui ai dit qu’elle avait raison et que c’était grâce à l’éducation qu’elle donnait à ses filles que sa petite avait eu le courage d’alerter un adulte après l’incident. Ce n’est pas rien, à 5 ans, de reconnaître une situation inconfortable, de mettre des mots dessus et d’en parler à quelqu’un. Je lui ai partagé des ressources : des podcasts comme « Et si on se parlait » et des livres comme « Mimi Fleur de Cactus » ou « C’est mon corps ».
Quelques semaines plus tard, Céline est revenue pour un panaris, et elle m’a raconté que le centre aéré avait abandonné l’idée de séparer les filles et les garçons aux toilettes et avait mis en place des ateliers sur le consentement. Elle m’a dit que ses filles adorent les histoires sur le consentement autant que celles de pirates, et qu’elle partage désormais toutes ces ressources avec d’autres parents.
J’étais émue de voir à quel point Céline avait transformé cette expérience difficile en une opportunité de transmettre des valeurs fortes à ses filles et à son entourage. Céline est une maman courageuse, et cette histoire m’a rappelé combien il est précieux de faire du beau avec du moche.
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