- Hélène Dumont
Bonjour, je m'appelle Hélène Dumont et vous écoutez Sex'Oh !, le podcast de amille Chrétienne qui vous ouvre les portes de mon cabinet de sexothérapeute pour une sexualité de couple épanouie, réconciliée et apaisée.
- Marie
Bonjour Hélène.
- Hélène Dumont
Bonjour Marie.
- Marie
Alors dans cet épisode, on va parler de cette plainte que vous m'avez dit recevoir en entretien de la part d'hommes : « Ma femme me limite dans ma sexualité » . Ce ne sont que des hommes qui se plaignent de ça ?
- Hélène Dumont
Le plus souvent. Je reconnais que je vais essayer d'être délicate avec les hommes. Mais c'est une plainte qui, huit fois sur dix, en tout cas, moi, en entretien, dans mon cabinet, vient et est déposée de la part des hommes.
- Marie
C'est comme ça. De quoi se plaignent précisément ces hommes ? Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
- Hélène Dumont
C'est la première question que je leur pose. Ils viennent comme ça,
- Marie
ils disent « ma femme me limite » .
- Hélène Dumont
Ils viennent en couple. En fait, ils viennent en couple et c'est cette plainte. C'est vraiment une question que je leur pose. Mais finalement, cette limite, c'est quoi ? C'est un problème de fréquence ? C'est un problème de complicité ? C'est quoi cette limite ? Où est-ce qu'elle se trouve ? Et ça, je crois que c'est une bonne façon de rentrer en matière parce que ça permet au couple d'aller un peu plus loin dans leurs demandes. Et bien souvent, et ça c'est intéressant, bien souvent, ce n'est pas une question de fréquence.
- Marie
Ah oui ? C'est quoi alors ?
- Hélène Dumont
C'est plus une question de complicité.
- Marie
Les hommes vous disent, on n'est pas assez complices avec ma femme ?
- Hélène Dumont
En fait, ce qu'ils disent, finalement, ce n'est pas tant j'ai envie de faire l'amour deux, trois fois par semaine, je dis n'importe quoi, ou tous les jours. Ce n'est pas tant ça, ça peut l'être. Mais ce n'est pas tant ça. Elle me limite dans ce que je voudrais vivre avec elle. Ça va être des histoires de position, ça va être des histoires de baiser, ça va être des histoires de lieu, ça va être des histoires de complicité. Je voudrais faire ça, elle n'est pas d'accord. Elle est trop passive, elle n'est pas assez active.
- Marie
Quand vous dites complicité, c'est une histoire d'accord sur ce qu'on va faire.
- Hélène Dumont
Ce qu'on va vivre, ce qu'on va faire. Et donc, ce sont des hommes souvent qui expriment le besoin d'être désirés quand même.
- Marie
Ah oui, d'accord.
- Hélène Dumont
C'est-à-dire qu'ils ne se sentent pas suffisamment désirés et ils ont besoin de vivre ça dans la sexualité. Et ce qui est quand même beau, c'est que pour eux, ils disent, mais en fait, quand je suis nourrie par une relation sexuelle où j'ai senti qu'elle était impliquée, qu'elle me désirait, j'ai mon réservoir qui est rempli à bloc.
- Marie
Ah, d'accord.
- Hélène Dumont
On voit bien que ce n'est pas une question de... Fréquence, du coup.
- Marie
Alors, avant d'en venir à la légitimité, entre guillemets, de ces demandes, parce qu'on se demande aussi ce que dit la femme, vous allez nous dire derrière, et de comment y répondre. Moi, j'avais déjà une question sur cette histoire de limite dans la sexualité. Parce que souvent, on se dit que c'est un domaine où ça peut être un peu no-limite, c'est un domaine de la fantaisie, où l'imagination peut se laisser un peu débridée. Est-ce que c'est bon d'avoir des limites dans ce domaine ?
- Hélène Dumont
Mais évidemment ! Mais enfin ! Mais évidemment, en fait, Marie, quand on regarde les groupes fonctionner, les communautés, les sociétés fonctionner, les groupes d'enfants, il y a toujours des règles.
- Marie
Ça doit être mon côté anarchiste.
- Hélène Dumont
Regarder un terrain de foot, si on ne délimite pas, ne serait-ce que l'espace, on ne peut pas jouer au foot. C'est vrai. Parce qu'on ne sait pas où mettre les buts, on ne sait pas où courir. Donc... que ce soit dans le jeu, dans l'organisation des sociétés, au Monopoly. En fait, on a toujours des règles pour jouer. Toujours, toujours, toujours. Ou pour vivre ensemble. Quand on n'a pas de règles, on est perdu. Et quand on triche, c'est vraiment pas drôle. D'accord ? Donc, dans la sexualité, il y a des règles. La règle numéro un, c'est dans une sexualité, il y a toujours des règles. Qui va penser ce cadre ? Le couple. Et d'un couple à l'autre, les règles vont changer. D'accord. Après, il y a notre corps aussi qui nous limite. Voilà, notre corps ne peut pas tout faire. Et déjà parce qu'on ne fait pas l'amour de la même façon à 20 ans qu'à 70 ans. Parce que je suis un homme, je suis une femme. Parce qu'il y a plein de choses. Parce que je suis enceinte, parce que je suis malade. Tout ce que vous voulez, le corps limite. Et puis le cycle menstruel de la femme. Quand la femme, en tout cas, décide d'observer son cycle et de ne pas prendre la pilule, un stérilet, ou l'homme de ne pas mettre de préservatifs, et que le couple ne veut pas d'enfant, il y a des règles, on ne peut pas faire l'amour n'importe quand.
- Marie
Oui, donc ça serait se leurrer que d'imaginer qu'il n'y a pas de limite. Il y a cet engagement du mariage, souvent.
- Hélène Dumont
C'est l'une des limites dans le mariage chrétien. dans le mariage chrétien il y a cette notion de fidélité qui est hyper importante, moi, que je trouve bonne. C'est-à-dire qu'en tout cas, c'est la possibilité de poser un cadre de confiance. C'est-à-dire quand je rentre du travail, je sais que mon mari ou que ma femme est là et qu'il n'y aura personne d'autre dans son lit. Donc, ce sera plus facile pour vivre cette intimité des corps. D'accord ? Et puis, il y a l'amour, évidemment, l'engagement affectif qui est là. C'est pour ça que l'infidélité est si douloureuse. Voilà.
- Marie
Donc, il y a ces limites qui protègent l'amour du couple, cette intimité. Alors, si la limite est naturelle, est-ce que c'est quelque chose que les hommes ont du mal à entendre en particulier ?
- Hélène Dumont
Mais je pense que les hommes ont un côté peut-être, je dis bien peut-être, plus joueur.
- Marie
Eux,
- Hélène Dumont
ils veulent s'amuser. Est-ce que c'est une question de personnalité ? Est-ce que c'est une question de tension masculine ? Je ne sais pas très bien. Il y a des femmes qui aiment bien jouer, rentrer dans un rôle sensuel qu'elles vont pouvoir vivre dans la sexualité et pas dans le domaine public. Oui, il y a des femmes qui sont comme ça, mais les hommes amènent ce désir de jouer. Peut-être qu'il y a ce besoin de confronter les cordes. de vivre la sensualité qui est davantage exprimée chez les hommes. Peut-être que les femmes en ont tout autant envie, mais qu'elles l'expriment moins.
- Marie
Pour en revenir à cette plainte, je pense qu'il faut tout de suite dire qu'un homme ne peut pas forcer sa femme à faire quoi que ce soit. Qu'est-ce qu'elles disent ces femmes, justement, en en parlant ?
- Hélène Dumont
C'est vrai que la notion de consentement, que ce soit dans le mariage d'ailleurs, roues. en dehors du mariage, que ce soit pour la sexualité ou même tout à fait autre chose, la question du consentement est indispensable, essentielle, et on ne saurait le dire suffisamment. La question, la sexualité commence par une parole, c'est « est-ce que tu veux ? » « Est-ce que tu veux faire l'amour avec moi ? » Et ça, c'est indispensable. On ne peut pas forcer l'autre, son mari ou sa femme, à faire l'amour. Et là, je dis bien les deux côtés, parce qu'il y a des hommes, de plus en plus, en entretien, qui osent déposer une blessure qui est celle d'avoir vécu une relation sexuelle alors qu'ils n'en avaient pas envie. Ou de se réveiller avec une femme qui les caressait ou qui faisait une fellation et ils se sentent très blessés. Eux aussi ont besoin de poser le consentement. Et des femmes, c'est pareil. C'est-à-dire qu'elles ont été réveillées dans leur sommeil alors qu'elles n'avaient pas envie de faire l'amour. Ou ce sont des femmes qui se sont forcées à faire des choses. En fait, elle me disait, est-ce que je n'osais pas dire non ? Parce qu'après, j'achète la paix conjugale en faisant l'amour, en faisant certaines pratiques. Mais là, on n'est pas dans un oui libre. La question du consentement n'est pas là. Tout est bafoué et ça crée beaucoup de rancœur au fur et à mesure, beaucoup de blessures au sein du couple.
- Marie
Qu'est-ce que vous leur dites dans ces cas-là, pour faire comprendre que derrière cette plainte, il peut y avoir aussi comme ça un jeu de pouvoir un peu subtil ? Comment vous faites ?
- Hélène Dumont
Déjà, je pense que de rappeler juste que ce n'est pas parce qu'on est en couple, marié ou pas marié, mais ce n'est pas parce qu'on est en couple ou ce n'est pas parce qu'on est marié que la sexualité est un dû. La sexualité reste un don. Je veux ou je ne veux pas faire l'amour avec toi. Est-ce que tu veux ou est-ce que tu ne veux pas faire l'amour avec moi ? Et puis, comment on définit tout ça ? C'est ce que je disais tout à l'heure. Comment on pense notre sexualité ? Qu'est-ce qu'on y met ? Après, c'est vrai que... Parfois, c'est question de « elle doit faire l'amour quand j'ai envie » ou « il doit faire l'amour quand j'ai envie » . Et parfois, ça révèle quand même des enjeux de pouvoir au sein du couple.
- Marie
C'est ce que je pensais. Derrière ça, il peut y avoir quelque chose de malsain.
- Hélène Dumont
Quelque chose de malsain, des blessures narcissiques aussi. C'est « ma femme doit faire l'amour pour me prouver que je suis quelqu'un de bien, quelqu'un de beau, quelqu'un de bon » . Et si elle ne me fait pas l'amour, ça veut dire qu'elle ne me désire pas. Donc, je me sens rejetée, je me sens abandonnée, etc. Mais là, le problème, ce n'est pas tant le désir sexuel au sein du couple, c'est juste un révélateur. Le problème, c'est l'histoire de cet homme ou de cette femme, parce qu'on peut l'entendre aussi du côté de la femme. Même si on peut comprendre que d'avoir, comme disent les couples, des vents en permanence, ça interroge, ça blesse, etc. Alors, on peut se poser la question aussi du côté de celui ou de celle qui envoie des ventes, c'est-à-dire qui dit non. Qu'est-ce qui fait que vous dites non ? Pourquoi ce non systématique ? Donc là, il faut revenir en arrière dans l'histoire de la personne, dans l'histoire du couple. Est-ce qu'il y a des blessures ? Est-ce qu'il y a des enjeux de pouvoir ? En fait, Hélène, je dis non parce qu'il y a plein d'autres fois où je dis oui sur d'autres domaines et ça me saoule. Donc là, je dis non. Voilà. Donc voilà, essayez de revoir l'histoire personnelle. de chacun, essayer de voir s'il y a des blessures qui font que ça coince au niveau de la sexualité du couple et en fait c'est juste un révélateur et essayer de revoir l'histoire du couple comment la sexualité du couple s'est construite et est-ce qu'il y a eu plein de oui posés et aujourd'hui du coup qui n'étaient pas des oui en réalité et aujourd'hui c'est un énorme nom massif qui arrive, radical hyper douloureux parce que Merci. Elle ou lui ne comprend pas. En tout cas, c'est ce qu'on essaye de comprendre.
- Marie
Comment un couple peut se mettre d'accord sur ses limites à poser ? Quand il y en a un qui désire vraiment quelque chose que l'autre non, comment ils peuvent se mettre d'accord ?
- Hélène Dumont
Franchement, il n'y a que le dialogue pour moi. Il n'y a que le dialogue. C'est qu'est-ce que j'ai envie de vivre ? Qu'est-ce que je suis capable de vivre ? Et je trouve que l'exercice qu'on avait dû voir d'ailleurs dans un autre podcast, je ne sais plus lequel, mais bon, autour des cinq verbes. Demander, recevoir, donner, prendre, refuser. Cet exercice est vraiment très intéressant. C'est-à-dire que pour chacun de ces verbes, qu'est-ce qui m'est facile de, qu'est-ce qui m'est difficile de. Qu'est-ce qui m'est facile de demander, qu'est-ce qui m'est difficile de demander, par exemple. Et puis, je le décline avec chacun des verbes. de faire un pas justement de côté par rapport à toutes ces questions de comment faire l'amour, quand est-ce qu'il faut faire l'amour, le nombre de fois, est-ce que je suis aimée, pas aimée, etc. Donc on sort un peu de tout ce magma désagréable, négatif, et on reconstruit un dialogue de couple, et souvent ces verbes nous emmènent très loin sur ce que je suis capable de te donner, de recevoir, de te demander, etc. Le dialogue, c'est ce qu'il y a de mieux. C'est la clé.
- Marie
On vous mettra dans la description de l'épisode, l'épisode qui vous donne ces verbes et la façon de les interroger en couple. Est-ce que vous avez comme ça un exemple de belle évolution d'un couple qui est passé d'un rapport un peu de force, un rapport plus ajusté à une connexion sans ressentiment ?
- Hélène Dumont
Oui, là j'ai en tête un couple où elle, longtemps, elle a dit oui. à son mari parce qu'elle pensait qu'il en avait besoin, parce qu'il était stressé. Donc, elle était concentrée sur ses propres besoins à lui. Et puis, quand elle disait non, il allait mal, il était tendu. En fait, il faisait un peu son caprice. Ce sont des mots qui sont posés en entretien, etc. Et puis, un jour, elle en a eu tellement marre qu'il y a eu un non massif. C'est en fait, je ne veux plus faire l'amour. Parce qu'elle était arrivée à un trop-plein. Elle était au-delà de ses limites. Et lui n'a pas compris. Mais en même temps, on comprend qu'il n'ait pas compris. Parce qu'en fait, elle ne lui avait jamais dit qu'elle n'avait pas envie de faire l'amour. Donc, il tombait de haut. Ça a été hyper douloureux de son côté. Donc, il y a eu une relecture de leur vie de couple assez approfondie. C'est un couple qui est déjà grand-parent. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans leur vie. Mais ce que je trouve de beau, c'est qu'il y a eu toutes ces fois où elle disait oui alors qu'elle pensait non. Après, il y a eu le non-massif de rébellion, de repositionnement. qui est quand même intéressant pour elle. Mais après, il faut en sortir de cette crise. Et finalement, quand je dis non à l'autre, est-ce que je ne me dis pas non à moi-même, au bout d'un moment ? Donc, on a revisité tout ça. Et l'idée, c'est que lui et elle puissent se réaccorder autour des oui et des non. Et ce qui est intéressant, c'est que lui, aujourd'hui, essaye de repenser sa sexualité telle qu'il l'a vécue autrefois pour mieux la vivre aujourd'hui. Et il est capable de reconnaître que bien souvent, c'est le stress et la tension qui l'ont amené à demander d'avoir des relations sexuelles, plus que le désir de reconnexion, même si ça en faisait partie. Donc aujourd'hui, le couple travaille à se reconnecter dans une sexualité ultra progressive. Pour l'instant, on est juste dans le corps. Je ne sais pas trop dans quelle direction elle va aller, cette sexualité, cette reconnexion des corps. Moi, je parle de sexualité, même si pour l'instant, il n'y a pas de pénétration. Mais il y a quelque chose qui se passe. Je pense que c'est assez consolateur. Je pense que c'est thérapeutique. Parce que je me dis, au moins, ce couple aura une sexualité de senior, on peut dire. Plutôt positive, là où ça est plutôt mal démarré. Et chacun s'est repositionné dans son propre désir. Aussi bien lui que elle.
- Marie
C'est hyper encourageant. Merci Hélène pour cette belle conclusion.
- Hélène Dumont
Merci Marie. Merci pour votre écoute. Et merci d'être toujours plus nombreux à écouter Sex'Oh!, à vous abonner, à partager cet épisode sur les réseaux sociaux et à mettre 5 étoiles et des commentaires sur Apple Podcasts et Spotify. C'est vraiment crucial pour que le podcast se fasse connaître et soit écouté. Et n'hésitez pas à découvrir les autres podcasts de Famille Chrétienne, Un Beau Jour, Tous Saints, Maman Prie, Prières Catholiques et d'autres encore. Encore merci et au prochain deuxième jeudi du mois pour un nouvel épisode.