- Speaker #0
Bonjour de la deuxième partie de Sino-Sémion qui s'est déplacée à Rennes sur le plateau du SpasTV. J'ai le plaisir de recevoir Morgane. Bonjour, est-ce que tu peux te présenter, nous dire qui tu es et ce que tu fais ?
- Speaker #1
Oui bien sûr. Bonjour, Morgane Kermarek, directeur d'un établissement agricole en Vendée.
- Speaker #0
Tu peux le citer.
- Speaker #1
Les établières. Un peu de pub mais ça me profite donc c'est bon.
- Speaker #2
D'accord. Du coup, ça fait combien de temps que vous tenez ces missions ?
- Speaker #1
Alors, la direction des établières, je suis arrivé parce que les établières, c'est un groupe assez large qui intègre pour moitié, on va dire à peu près des activités de formation agricole. Je suis arrivé il y a 13 ans à la direction de l'ensemble des activités de formation et donc de les formations agricoles, notamment. Après, là, entre temps, je suis passé directeur général du groupe. Donc, je suis sur d'autres activités aussi. en marge de l'agriculture quoique.
- Speaker #0
Est-ce que vous aviez un parcours qui vous destinait au monde agricole ou à l'enseignement ? Quel était votre chemin par rapport à ça ?
- Speaker #1
Pas du tout le monde agricole, par contre là j'en suis épris maintenant sans problème. Non, je suis issu d'une école de commerce. Avant d'arriver en Vendée, j'habitais en Guyane, où j'avais créé la première école de commerce de Guyane. Donc la formation, effectivement, était beaucoup plus mon domaine. Et en fait, de fil en aiguille, entre gérer un établissement, qu'il soit commercial ou qu'il soit social ou qu'il soit agricole, ça reste de la gestion d'un établissement de formation. Donc tous les rouages, je les connaissais. Par contre, effectivement, ce que je ne maîtrisais pas, c'était vraiment tout l'aspect agricole, la production et tout ça. Et l'avantage de la Vendée, l'avantage des établières en Vendée, c'est que les établières sont connues comme le loup blanc dans le monde agricole en Vendée. On est invité un peu partout, on a notre réseau partout, ce qui fait qu'aujourd'hui, je pense être plutôt bien intégré dans le réseau.
- Speaker #2
Donc, effectivement, vous pouvez me répondre à ma question. Quelles sont les tendances en ce moment du monde agricole ?
- Speaker #1
Alors, on entend souvent que le monde agricole, la formation agricole n'attire plus. et qu'on va avoir un gros problème de recrutement. Alors oui, on va avoir un problème de transmission et donc pas assez de repreneurs derrière. Mais ce n'est pas lié au nombre, en tout cas pour ce qu'on constate, au nombre de jeunes qui rentrent en formation, parce que pour nous, en l'occurrence, il est en forte augmentation. Au niveau du réseau national des établissements agricoles privés, il est en augmentation aussi. Le problème, c'est le papy-boom en quelque sorte. C'est que le nombre de personnes qui partent à la retraite... et en l'occurrence très important pendant la période où on est en ce moment. Donc non, à mes yeux, le nombre de personnes, ça ne désemplit pas. Et oui, effectivement, je pense que tout ce qui est activité agricole, environnement, trouve un regain d'intérêt. Non seulement dans la formation par voie scolaire, donc pour les jeunes sortis de collège, où nous, nos effectifs augmentent, mais aussi dans la formation continue. Alors sous des méthodes de production qui sont peut-être atypiques à celles qu'on connaissait antérieurement. On va être sur la PERMA. permaculture, on va être sur d'autres, de l'agriculture de conservation des sols, des choses ou des élevages peut-être atypiques. C'est vrai qu'en Vendée, qui plus est, on est très élevage en vache à l'étante. Là, on va retrouver des personnes qui veulent faire des chèvres, des choses comme ça. Donc, d'autres types d'élevage, c'est atypique, mais par contre, l'agriculture, à mes yeux, en tout cas, en termes de nombre de personnes qui rentrent en activité, on ne désemplit pas. Le problème, c'est le nombre de personnes qui en sortent qui est beaucoup plus important.
- Speaker #0
Est-ce que pour vous, le fait d'avoir des agri-fluenceurs ou des agriculteurs qui exposent le quotidien sur les réseaux, est-ce que ça aide en tout cas à éveiller des passions ou un intérêt pour le monde agricole qui pourrait expliquer peut-être cette tendance-là ?
- Speaker #1
Oui, indéniablement. Indéniablement. Alors de là à dire que les collégiens, par exemple, regardent des web TV avec Agri-Tuitos ou des choses comme ça, pas nécessairement. Mais le fait déjà de... Les posts qui sont mis sur Internet, ou alors même des jeux, comment ça s'appelle, Farming Simulator, qui est mondialement connu, des choses comme ça, des vidéos sur le tracteur en train d'expliquer son métier par des jeunes agriculteurs, oui, ça peut donner de l'intérêt à l'agriculture, complètement.
- Speaker #2
Je pense qu'effectivement, la formation et les technologies ont bouleversé un peu les choses en ce moment. Du coup, je voulais savoir comment vous abordez justement ces tendances en ce moment. Mais la question du jour, le changement climatique, comment vous l'abordez sur vos formations ? Comment vous appréhendez ce sujet ?
- Speaker #1
Il y a deux aspects. Il y a d'abord tout ce qui est réglementaire, les diplômes en eux-mêmes qui évoluent par eux-mêmes. Donc là, c'est le ministère qui fait évoluer ces référentiels en intégrant cet aspect, notamment par rapport à l'environnement ou par rapport à d'autres techniques, de nouvelles techniques qui sont intégrées. Et après, il y a donc cela. Là, on est soumis aux référentiels et on s'y plie. Le problème, c'est qu'un référentiel évolue parfois de façon beaucoup trop lente par rapport à l'évolution des pratiques. par rapport aux problématiques sociétales, environnementales. Et donc à partir de là, il est du devoir de l'établissement de faire évoluer celle-ci. Et donc là, nous, on a choisi en l'occurrence aux établières de prendre un axe numérique, en l'occurrence, pour faire évoluer non seulement la pratique par rapport au bien-être de l'exploitant lui-même, mais aussi pour faire évoluer la pratique vis-à-vis de l'environnement. On fait partie, on est le seul lycée de France me semble-t-il à faire partie de la ferme digitale donc un réseau de start-up dans le domaine de l'agriculture qui utilise notamment pour la plupart d'entre elles le numérique. On travaille avec certaines d'entre elles, ça va être pourquoi ? ça va être pour si je cite le nom ne revient pas, Winat, voilà si je suis Winat par exemple ça va être pour limiter la consommation d'eau. par une analyse des sols, par des stations météo qui vont nous permettre de limiter la consommation d'eau, des choses comme ça. Donc tout ce qui est irrigation, voilà. Donc nous, ça va être via le numérique qu'on essaie de sensibiliser énormément les jeunes, tout en appliquant les référentiels qui eux-mêmes évoluent aussi énormément.
- Speaker #0
Alors pour connaître un petit peu l'histoire au sein des établières, c'est un lycée agricole qui effectivement s'est orienté sur le digital depuis quelques années. Vous êtes à ma connaissance peut-être l'un des seuls lycées agricoles à équiper tous vos élèves d'iPad. Comment ça a révolutionné aussi la notion de formation avec cet aspect digital ? Parce que je vous imaginais pour avoir passé dans les couloirs et dans les classes des établières, des fils ou des gens qui sont issus du monde agricole qui viennent dans un lycée et au lieu de prendre un papier et crayon, de se retrouver avec une tablette. Enfin voilà, je pense que les premières années, la mise en place, elle a dû être... Elle a dû changer le quotidien des élèves mais aussi des enseignants.
- Speaker #1
Oui, complètement. C'est un grand projet qui dépasse l'agriculture, qui est beaucoup plus large. C'est vraiment sur les approches pédagogiques. Il faut diversifier les approches pédagogiques. Et l'IA va faire l'avènement de tout ça nécessairement, où le rôle de l'enseignant n'est plus le même qu'auparavant. Il faut savoir animer une classe, limite beaucoup plus que de transmettre le savoir, le savoir étant disponible. Pour nous, l'iPad... Je suis désolé, je cite une marque, mais effectivement c'est en l'occurrence des iPads. L'iPad pour nous a révolutionné la chose, parce que ça permet de la pédagogie différenciée, parce que j'ai des exercices, un certain nombre d'exercices qui sont prévus et chacun par groupe va les faire. Ça permet des groupes projets, ça permet d'aller sur le terrain, par exemple sur une exploitation, avec mon iPad je vais prendre la photo, je vais aller rechercher quelle espèce c'est par exemple. Quel graminé c'est, par exemple, etc. Je vais aller. Donc, j'ai accès à l'information de façon mobile tout le temps. Je peux jouer en rôle, etc. Alors, comment ça a été mis en place ? Ça a été mis en place, pas de façon brutale. On a d'abord équipé l'ensemble des enseignants d'iPad pour ensuite les former. Et après seulement, on a équipé les apprenants. De sorte à ce que les enseignants, parce que ça nécessite de revoir... complètement sa méthode pédagogique et complètement ses cours. Donc un enseignant qui a été enseignant depuis 30 ans en zootechnique par exemple, il a tous ses cours qui sont tout faits, chapitre 1, chapitre 2, petit a, grand a, enfin vous connaissez la règle. Eh bien, il va devoir revoir l'ensemble de tout ce qu'il a fait pour pouvoir l'adapter à l'usage de l'iPad et rendre son cours ainsi plus dynamique. Et donc, il y a un travail à faire en amont avant de mettre entre les mains des élèves l'iPad. Mais aujourd'hui, ça s'est complètement généralisé. Et c'est surtout l'aspect mobile de l'iPad qui est fabuleux. L'aspect mobile d'aller sur le terrain avec l'iPad, d'aller faire son cours ailleurs, dans une autre classe. Et j'ai toujours mes cours avec moi. C'est un cartable numérique, en fait, en quelque sorte.
- Speaker #2
Je pense qu'il y a une grosse marge d'accessibilité à l'information, d'agilité aussi dans vos formations, d'adaptabilité. Ma question, est-ce que c'est plus classique ? Vous avez plus de femmes apprenties que d'hommes ou le contraire ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
C'est marrant parce que l'établissement est à 50-50.
- Speaker #2
C'est parfait.
- Speaker #0
Pour avoir été dans les couloirs il y a 25 ans, ce n'était pas le cas.
- Speaker #1
Non, je confirme.
- Speaker #2
Je pense que le changement est en train de s'acter là.
- Speaker #1
Certains me disent, parce qu'aux établissements, on ne propose pas que des formations agri. Certains me disent que c'est à cause du cheval ou parce qu'on a des formations dans le domaine écaisse ou à cause du canin. Oui, effectivement, ça a féminisé le public qu'on accueille, mais pas que. On regarde dans les formations agricoles, notamment la BTSPA, par exemple, où le nombre de femmes est aussi très important, a augmenté énormément. Donc effectivement, ça a changé.
- Speaker #0
J'ai une dernière question pour clôturer cette deuxième partie. Les élèves ont accès à l'information. Ça, je l'ai saisi. Est-ce que dans la formation ou dans les formations que vous proposez, est-ce que vous apprenez aux jeunes aussi à communiquer sur leur métier ? On avait l'exemple tout à l'heure de Jérôme. Il ne l'a pas évoqué, mais qui est présent sur les réseaux. Il n'est pas le seul. Il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui sont présents. au salon qui présente leur quotidien. Est-ce que c'est quelque chose qui fait partie ou auquel vous songez dans l'aspect formation ?
- Speaker #1
Oui, on a équipé ça il n'y a pas longtemps. On y va crescendo, à chaque fois on essaie d'améliorer nos outils. En l'occurrence, on s'est équipé dans le lycée, ils ont appelé ça comment ? Une sorte de plateau télé en quelque sorte, sur lequel, alors ça ne vaut pas ce que nous propose l'Espace, mais on s'est équipé d'un plateau sur lequel ils peuvent faire les enregistrements, ils apprennent. avec les documentalistes, donc les personnes qui sont au CDI, à travailler des vidéos sur des logiciels et tout ça. Donc oui, ça fait partie du lot. En fait, le rôle du documentaliste, lorsque j'ai pris mes fonctions il y a 13 ans, auparavant on disait le documentaliste c'est la personne du CDI. Et j'ai eu des échanges avec eux en leur disant que entre la communication qui est très importante, notamment dans le milieu agricole, entre l'IA qui se développe, le rôle de l'enseignant et de la gestion de l'information devient prépondérant. Se former, c'est bien, mais un établissement de formation n'a pas vocation à former pour obtenir un diplôme. Il a vocation à permettre aux jeunes de se former tout au long de sa vie. Et donc, de savoir comment on maîtrise Google, comment on maîtrise ChatGPT, comment on fait un enregistrement vidéo et comment on peut communiquer, etc. C'est très, très, très, très, très important. Et donc, effectivement, c'est ce qu'on a voulu mettre en place.
- Speaker #0
Visiblement, le trousseau de clé est dans de bonnes mains. Merci à toi.
- Speaker #1
Merci. Merci à vous.