- Speaker #0
Bienvenue dans la troisième partie de Sinus et Mion qui s'est délocalisée à Rennes à l'occasion du SPAS. On est en direct sur le plateau TV du SPAS où je reçois Anne. Bonsoir Anne, enfin bonjour Anne, pardon, on est là pour évoquer effectivement la place de la femme dans le monde agricole. Est-ce que tu peux déjà commencer par te présenter, nous dire qui tu es ?
- Speaker #1
Alors je suis Anne Dumonet-Lecas, je suis fondatrice et présidente d'une association qui s'appelle Vox Zemeter. Vox c'est la voix, Déméter c'est la déesse grecque des laboureurs qui protégeaient les laboureurs et de la terre. Et c'est aussi pour moi, c'est pour ça que j'ai choisi ça, parce que j'aimais beaucoup la mythologie, mais aussi parce que c'est une femme déterminée qui a fait entendre sa voix auprès des dieux qui n'étaient pas très gentils avec elle. Voilà, donc je pourrais en parler très longtemps, mais c'était pour dire que Vox et Déméter, c'est vraiment une relation. de la voix, autour de la voix, et faire entendre la voix des femmes du monde agricole, c'est notre raison d'être.
- Speaker #2
Est-ce que vous pouvez justement nous parler plus par rapport à vos missions avec Vox Demeter ?
- Speaker #1
Alors, on a plusieurs missions. Celle de promouvoir les femmes du monde agricole. Et quand je dis du monde agricole, c'est tous les mondes agricoles. Il n'y en a pas un mieux qu'un autre. C'est toutes les productions. C'est tous les territoires aussi, c'est très important. Et puis les femmes aussi, pas que les agricultrices, parce qu'il y a des métiers bien sûr de production, on en reparlera sans doute tout à l'heure, c'est très important effectivement l'agriculture, mais l'agriculture c'est aussi plein de métiers féminins où on peut faire carrière. Donc promouvoir ces métiers, ça passe par faire parler des femmes et faire parler des femmes de leur parcours. La deuxième mission, c'est de faire bouger les lignes de la mixité dans le monde agricole. Et là, quand je parle de mixité, c'est de faire en sorte qu'il y ait plus de femmes dans le monde agricole, pas que des personnes qui s'installent, mais d'abord qui s'installent, mais qu'on puisse aussi les aider, les accompagner, pour qu'elles puissent prendre part aux décisions dans les structures décisionnelles agricoles. Que ce soit les syndicats... beaucoup de coopératives, et bien c'est encore un monde de références masculines avec peu de femmes, pour plein de raisons, pas encore assez et nous pensons qu'il faut se mettre ensemble, en tout cas il faut qu'on en parle pour faire bouger les lignes. Et la troisième mission de Vox Demeter c'est de faire du lien avec des réseaux féminins, de faire du lien avec d'autres secteurs. d'essayer de créer des ponts aussi avec des structures agricoles féminines ou agricoles tout simplement à l'étranger.
- Speaker #0
Le fait que les femmes soient mieux représentées dans le conseil d'administration, dans des métiers effectivement qui tournent autour du monde agricole, pour vous, ça peut avoir un impact dans quel sens dans l'avenir du monde agricole ?
- Speaker #1
C'est indissociable et c'est bien pour ça que j'ai fondé Vox Emeter. C'est-à-dire qu'il y a une urgence, en fait. Je trouve que le renouvellement des générations, on n'est pas beaucoup occupé. Moi, j'étais dans les médias agricoles, j'ai fait d'autres métiers, mais quand je suis arrivée dans le monde agricole, j'étais très étonnée qu'il y a 20 ans, 25 ans, on ne s'intéresse pas plus à la pyramide des âges. Et je me disais, mais il y a un moment où on va avoir un problème parce qu'ils vont tous partir. Et aujourd'hui, il y a plus de la moitié des agriculteurs et des agricultrices qui vont partir dans les 5 à 10 ans. Donc, il y a une urgence. Et là, je pense vraiment que les femmes à qui on ne donnait pas suffisamment la parole, qui n'ont pas toujours pris leur place comme il fallait, on pouvait ouvrir via l'enseignement, via la formation. via le fait qu'elles soient quelquefois en quête de sens, elles ont envie de se reconvertir, qu'elles ont envie d'oser faire autre chose. Eh bien, il y a une vraie carte à jouer pour le monde agricole.
- Speaker #2
Alors moi, je m'identifie en tant que femme, mais je dois quand même poser la question. Selon vous, c'est quoi les principaux défis, justement, dans le domaine de l'agriculture que les femmes font face, en fait ? Les principaux défis aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, il y en a beaucoup, mais finalement, c'est aussi que les femmes... on fasse mieux connaître les métiers en agriculture. C'est-à-dire que si on continue à faire du misérabilisme en agriculture, c'est vrai que ça ne va ni séduire les jeunes, que ce soit des jeunes filles ou des jeunes garçons. Donc je pense qu'il y a une vraie ambition globale qui doit être portée pas que par des individus. mais par vraiment l'ensemble du monde agricole et toutes les structures. Et c'est vrai qu'en termes de défis, en fonction des parcours, il va y avoir quelquefois des difficultés à l'installation. Jérôme, tout à l'heure, parlait du parcours long de l'installation. Mais quand on est une femme, quand on n'est pas issue du milieu agricole, eh bien, c'est un peu la double peine. Et quand on n'a pas les finances tout de suite ou suffisantes, c'est quelquefois beaucoup plus compliqué, beaucoup plus long. Et un parcours d'installation de nombreuses femmes, et notamment ça a été étudié en Bretagne, eh bien il y a des arrêts. On laisse le projet de côté et on se dit, on verra plus tard. Donc c'est quand même gênant que des personnes qui ont envie ne puissent pas s'installer. Donc il y a des problématiques structurelles, il y a des problématiques, des défis. en termes de structure, en termes aussi d'état d'esprit. Il faut aussi peut-être savoir accompagner ces femmes.
- Speaker #0
Tu as du succès, Anne, je suis désolé.
- Speaker #1
Voilà, c'est pour moi, c'est génial. Que les femmes, on ne pourra pas trouver des femmes qui prennent des responsabilités.
- Speaker #0
Décidément.
- Speaker #1
Dans les... dans les organes de décision agricole, si elles ne sont pas installées. Donc, il y a un nœud au niveau de l'installation. Mais il y a aussi ensuite le fait de bien les accueillir, le fait de bien les accompagner. De les écouter. Pardon ?
- Speaker #2
De les écouter aussi.
- Speaker #1
De les écouter, bien évidemment, mais aussi de les accompagner. Et que les formations, et ça c'est hyper, que les formations soient aussi, correspondent à l'évolution qu'elles... qu'elles sont en droit d'attendre. Donc, il y a vraiment une juxtaposition et de différents facteurs pour arriver à ce que les femmes soient plus... Enfin, choisissent.
- Speaker #0
C'est Étienne, je l'ai reconnu.
- Speaker #1
Et donc, l'une des... Enfin, ce dont on s'est rendu compte aussi, c'est qu'il fallait montrer des jeunes femmes. Il fallait montrer des rôles modèles de manière à ce que les jeunes filles, que ça soit partout, puissent s'identifier. Quand il n'y a pas de représentation, ça ne marche pas. Donc, il faut des modèles. Et le dernier point qui est quand même très important et qui est là vraiment, les autres choses étaient très sérieuses. Mais on a aussi beaucoup de jeunes femmes qui témoignent comme quoi elles n'ont pas pu avoir de stage, comme quoi elles se sont fait embêter par les maîtres de stage. Comme quoi, on les a laissés de côté pendant un mois ou deux mois. Et je ne parle pas du sexisme qui est quelquefois vraiment problématique. Donc, il ne faut pas en faire une généralité, mais il ne faut pas non plus le banaliser en disant ça n'existe pas.
- Speaker #0
C'est vrai que depuis 10 ans, la place de la femme dans le monde agricole, alors aussi bien sur l'exploitation, mais aussi sur les métiers qu'il y a autour. On y voit de plus en plus de femmes. C'est vrai que la pénibilité aussi ou les innovations qu'on peut retrouver. depuis plusieurs années au SPAS ou même ailleurs, ont permis d'avoir des métiers moins contraignants. Aujourd'hui, il n'est pas impossible d'avoir une femme qui soit vétérinaire sur du bovin, même si quand il y a un village, c'est des métiers qui sont très physiques. Aujourd'hui, c'est moins problématique. Il y a des techniques qui font que les femmes peuvent accéder justement à ces métiers-là. Et vous, effectivement, votre rôle, c'est de faire écho un petit peu de ces innovations pour dire aux femmes, écoutez, non, non, ce n'est pas un métier compliqué, c'est un métier qui est accessible. Et en plus, on va vous aider, on va vous épauler dans vos projets. L'idée, c'est ça, en fait.
- Speaker #1
Alors, on n'a pas vocation d'aider. On a vocation de soutenir et de faire en sorte que d'autres personnes qui sont elles-mêmes agricultrices, qui ont trouvé des difficultés, puissent un peu les mentorer ou puissent échanger avec elles. On apprend aussi par la possibilité d'échanger. On est camarades de classe, on va se parler. On est camarades d'agriculture, on va pouvoir se parler. Et ça, c'est important. Donc, on essaye de créer du lien par rapport à ça et de faire réfléchir aussi toutes les structures, toutes les parties prenantes au fait que... Les femmes, il n'y a pas de féminisation. Au contraire, dans le monde agricole, ça décroît. Donc, du coup, il va falloir et elles sont un peu plus âgées que leurs homologues masculins. Donc, en fait, il y a beaucoup d'exploitations qui vont, qui sont aujourd'hui dirigées par des femmes, qui vont partir et qui ne seront peut-être pas reprises par des femmes. Donc, de féminisation, on ne peut pas parler. Et c'est là où... C'est très important d'être conscient que chaque femme a quelque chose en agriculture à dire et il faut qu'elle le partage.
- Speaker #0
Très bien. Merci, Anne. On soutient en tout cas la vocation et puis on poursuivra. On laissera passer le message en tout cas. Merci à toi. Au revoir.