- Speaker #0
Si nous sommes,
- Speaker #1
Julien Martineau.
- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le cinquième épisode du Co-forming Tour qui a eu lieu aux établières à La Roche-sur-Yon, la ferme expérimentale. J'ai l'honneur de recevoir Hervé Piot. Bonjour Hervé.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter pour que nos auditeurs puissent comprendre qui tu es, quel personnage tu es ?
- Speaker #1
Alors je suis le président du groupe établière. Alors le groupe établière par rapport à la ferme, c'est assez indépendant. La ferme est gérée en ferme expérimentale par la Chambre de la Culture. Le groupe établière est à côté. C'est à la fois un lycée agricole, mais beaucoup d'autres formations également et d'autres activités comme le logement social ou des activités avec du sport équestre et de la clé de groupe, des choses comme ça. J'en suis le président et j'ai été agriculteur pendant 40 ans et j'ai eu pas mal de responsabilités professionnelles. Je me suis intéressé beaucoup au numérique, c'est peut-être là un des liens avec le CoFarmine et le CoFarmine Tour. Et j'ai écrit quelques livres sur l'agriculture et le numérique et sur l'innovation, ce qui là aussi est générateur de ces liens entre l'association CoFarmine et moi.
- Speaker #0
Aujourd'hui, la Ferme des Établières a reçu l'événement du Co-Forming Tour. Quels sont les liens entre le Co-Forming Tour et la Ferme des Établières ? Est-ce que ça tourne toujours autour du digital ?
- Speaker #1
Alors, ça tourne autour de plusieurs choses. Du digital, mais je dirais plus globalement de l'innovation, mais aussi de la capacité à transmettre. C'était un des thèmes un petit peu là, notamment d'une table ronde que j'ai... J'ai animé ce matin, transmettre des savoirs, transmettre de l'innovation, transmettre des façons de faire, un lieu d'échange. Et la ferme expérimentale, comme son nom l'indique, mène beaucoup de protocoles d'essais ici sur un tropo à l'étang et sur de l'engraissement en viande bovine. Donc c'est assez naturellement que c'est un bel écrin pour le co-farming tour pour pouvoir... passer une journée à échanger sur ce qui permettra, parmi d'autres choses, mais ce qui peut permettre de construire l'agriculture de demain.
- Speaker #0
Aujourd'hui, à travers le digital, on a compris que le co-forming tour s'inscrivait dans l'amélioration du bien-être des animaux, mais aussi des agriculteurs. Le digital, en tout cas, est une réponse à cette problématique-là pour accompagner les éleveurs dans la prise de décision ou dans l'analyse des résultats lus ou captés.
- Speaker #1
Oui, et je dirais que l'un ne va pas sans l'autre. entre le bien-être des éleveurs et le bien-être des animaux. Je n'ai jamais vu un éleveur qui était heureux à maltraiter des animaux. Et à partir du moment qu'on lui donne du confort dans son travail, qu'il est moins fatigué à le faire, qu'il a moins de stress, il a plus de temps pour porter attention à son troupeau, qui est le premier élément du bien-être animal. De pouvoir les observer, les avoir bien dans leur contexte, savoir anticiper quand un est malade et tout ça, le digital peut apporter... nombre d'éléments pour accompagner l'éleveur pour tout ça, l'assister. Évidemment, c'est toujours l'éleveur qui doit avoir la maîtrise et rien ne remplacera véritablement son œil et sa capacité à décider rapidement de ce qu'il doit faire. Mais c'est considérable ce que la technologie peut lui apporter, notamment le numérique en la matière. Et sur cette ferme, un des gros intérêts, c'est que depuis longtemps, il se fait des choses. C'est une des fermes labellisées Digiferm en France. C'est ici qu'on a initié le projet 5G for Agri. pour l'utilisation de la 5G dans des programmes de développement agricole et puis demain chez les agriculteurs. Alors pourquoi la 5G a un intérêt ? C'est tout simple, c'est que c'est le même niveau de réactivité que la fibre mais au milieu des champs quand elle sera déployée partout, ce qui viendra fatalement à un moment ou à un autre. Donc même si ça n'y est pas partout, c'est intéressant dans une ferme comme celle-ci de pouvoir développer ces techniques-là pour que les agriculteurs au moment où ils pourront les utiliser puissent les avoir à leur service.
- Speaker #0
Donc à travers le Co-Farming Tour, il y a effectivement ce label qui est apparu. Comment la ferme d'établir va continuer à s'inscrire et être innovateur, ou force de proposition en tout cas sur ces solutions-là ? C'est aussi l'idée de mettre en lien avec des startups pour aller chercher encore d'autres nouveautés ou d'aller chercher d'autres solutions ?
- Speaker #1
Alors la vocation première d'une ferme expérimentale, comme son nom l'indique, c'est d'expérimenter des choses. Je pense que là, il y a un travail important à faire. qui est plus politique par ailleurs, de donner des moyens à la recherche appliquée, donc aux expérimentations, comme sur cette ferme-là, pour pouvoir tester les solutions offertes par les start-up. C'est vrai dans le digital, ça peut être vrai aussi dans des biotech, c'est vrai aussi dans de la génétique, dans énormément de domaines de l'innovation, alors qu'ils ne sont pas étanches les uns avec les autres, qui sont même de plus en plus interconnectés. Et... Ces moyens-là, il faut se donner les moyens et les possibilités d'aller les chercher ensemble. Dans beaucoup de choses, on a eu des technologies qui sont importées chez nous, venant des États-Unis, venant d'autres pays aussi. Un des intérêts de travailler avec des startups, c'est de pouvoir initier demain des solutions plus souveraines qui permettront de positionner la France à la fois... pour avoir une agriculture compétitive, mais de l'avoir avec des entreprises et des start-up françaises.
- Speaker #0
Quand j'entends ta réponse et tes propos, me vient aussi une autre interrogation sur laquelle on va revenir de ce fait un peu plus sur le lycée et les établilières. Du coup, toutes ces technologies-là demandent des compétences, parce que le digital, c'est plein de vastes domaines très techniques. Est-ce que de ce fait, aujourd'hui, les étudiants des établilières vont pouvoir toucher du doigt ? ces nouvelles technologies, au moins comprendre comment ça fonctionne. On ne va pas forcément leur demander de les développer, mais au moins de pouvoir les comprendre et de réagir avec.
- Speaker #1
Alors les deux, je dirais presque de les développer et de les comprendre. Il y a quelque chose qui est très important, c'est qu'ils puissent apprendre directement avec ces outils-là que potentiellement ils auront à utiliser demain. Donc ça, c'est quelque chose qui est important. Et de plus en plus de startups mettent à disposition des écoles leurs solutions pour que les jeunes apprennent. C'est quelque chose de bien. Quand ils arrivent après agriculteurs... si l'application ou l'outil ne leur a plus, ou les capteurs ne leur ont plus, ils vont les acheter. Donc c'est une bonne idée de faire ça. Le lier à la ferme expérimentale à côté de l'école, c'est aussi intéressant parce qu'ils vont participer aussi à ce qui se fait en termes de protocoles d'expérimentation. Donc pour améliorer la fiabilité d'outils qui, pour certains, sont juste sortis de la recherche. Donc c'est quelque chose qui ne fonctionne plus en silo, mais de façon transversale. C'est là le gros, gros intérêt.
- Speaker #0
Effectivement, ça permet de communiquer et de vulgariser en tout cas cette nouvelle technologie assez rapidement.
- Speaker #1
Totalement. C'est de pouvoir avoir les meilleurs et de pouvoir travailler avec des outils qui seront frais chez nous. L'économie est quelque chose de global. Il nous faut une agriculture forte. Mais on aura une agriculture qui sera d'autant plus forte si on a également l'accompagnement par des entreprises, aujourd'hui start-up mais demain qui se seront développées, qui sont également françaises. Merci. et qui seront un petit peu, si on veut, de cette manière-là, co-construits entre des agriculteurs, la filière de recherche, ici, recherche appliquée, et puis la partie formation pour former directement les jeunes avec les outils.
- Speaker #0
Le digital peut aussi séduire des gens qui sont soit en reconversion, ou des jeunes qui cherchent leur vocation. Est-ce qu'aussi à travers ce côté digital, l'idée c'est d'aller chercher aussi des gens qui ne seraient pas forcément positionnés sur le monde agricole ? Mais associés au digital, se disent Ouais, pourquoi pas, ça me tente, je vivrai bien une expérience là-dedans.
- Speaker #1
Ça peut être une solution. Et c'est d'autant plus une solution que des gens peuvent avoir travaillé dans le numérique avant et être intéressés par l'agriculture. C'est quelque chose qu'on voit, pas tous les jours, mais qu'on voit quand même. C'est des métiers très différents. Mais moi, je vois beaucoup de gens qui ont travaillé dans le digital pendant des années. On en a plus ou moins fait le tour et s'intéressent plus à la nature et tout ça. Et peuvent être intéressés pour venir s'asseoir les agriculteurs. C'est des fois un modèle agricole sensiblement différent, mais je pense que c'est aussi de faire se nourrir ses contraires qu'on fera avancer les choses.
- Speaker #0
Effectivement, on a besoin d'un agriculteur trois fois par jour.
- Speaker #1
Oui, c'est la base.
- Speaker #0
On va arriver au terme de ce podcast. Je vais te poser une dernière question. Quelle est ta vision du monde agricole dans les 5 ou 10 ans à venir ? Ou plus, si ta boule de cristal est assez grande.
- Speaker #1
Oh là, non. Je ne suis pas Madame Irma, donc ce n'est pas forcément évident de pouvoir prédire l'avenir. Il y a les choses dont on est sûrs. C'est qu'il va falloir remplacer dans les 10 ans qui viennent 50% des agriculteurs. D'où un gros intérêt de pouvoir attirer des jeunes ou des moins jeunes ou de la reconversion vers le métier. Après, le thème qui a été choisi ici, le bien-être des éleveurs et le bien-être des animaux, comme je l'ai dit tout à l'heure, est vraiment quelque chose d'intéressant parce que si les gens ne sont pas heureux dans leur métier et ont un rapport compliqué pour les éleveurs avec les animaux, ça ne pourra pas marcher. Donc, on est totalement dans le thème et je pense que ce sera les clés de la réussite demain. On dit qu'il faut changer le modèle agricole, pourquoi pas, mais encore faut-il se donner les moyens de le faire. Là, on est dans quelque chose qui donne des pistes. pour pouvoir y arriver. On aura toujours besoin, comme on l'a dit tout à l'heure, d'agriculteurs, c'est sûr, parce qu'il faut manger trois fois par jour. On aura aussi besoin d'une agroalimentaire qui soit forte pour donner de la valeur ajoutée à ses produits. Tout ça va se construire ensemble et dans une dynamique pour y arriver. Mais quelque chose sera fondamental, si on veut des agriculteurs qui soient heureux, il faudra qu'ils soient maîtres de leurs décisions. Ces outils devront être là pour les aider à être maîtres de leurs décisions, mais pas pour les remplacer.
- Speaker #0
C'est ce que je dis souvent, on ne changera pas la forme de la patate. peut-être changer la forme de la brique de lait, mais il faudra toujours des vaches pour faire du lait, et toujours des champs pour faire des patates.
- Speaker #1
C'est sûr.
- Speaker #0
Merci à toi Hervé, merci à vous de nous avoir écoutés. A bientôt,
- Speaker #1
au revoir.