- Speaker #0
Le CIPC et le CIDEF présentent votre émission « Si nous sauvions » . « Si nous sauvions » , Julien Martineau. Bonjour à toutes et à tous. Nous voici pour la quatrième partie de cette journée spéciale pour expliquer la place de la femme dans le monde agricole. J'ai le plaisir d'avoir Nicole au micro. Bonjour, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, alors bonjour. Moi, c'est Nicole Godet, 37 ans, mariée, trois enfants. En parcours en ce moment d'installation sur l'exploitation agricole de Montmarie, donc au 1er janvier 2025.
- Speaker #0
C'est ça mon soupeux ?
- Speaker #1
C'est ça, exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu es issue du milieu agricole ?
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
Donc tes parents faisaient quoi comme métier ?
- Speaker #1
Alors mon père était agent d'entretien dans des HLM, et ma maman famille d'accueil.
- Speaker #0
D'accord. Qu'est-ce qui t'a... fait penser au milieu agricole ? Parce que ton mari est agriculteur. Oui. Il a réussi à te séduire et à te faire aimer son métier.
- Speaker #1
Alors ça fait depuis 2017 que mon mari me tanne pour m'installer avec lui. Et que je résiste notamment par rapport à la charge financière. Mais du coup, en y réfléchissant depuis quelques années, je me suis dit pourquoi pas. Après au quotidien, je vois un petit peu comment ça se passe. Ça m'arrive de l'aider et de l'accompagner. Et puis, voilà, avec l'arrivée du troisième enfant, les choses ont changé. Le quotidien un peu plus compliqué avec un travail à plein temps à l'extérieur. Et du coup, voilà, on s'est posé. On a pesé le pour et le contre. Et le pour l'a emporté.
- Speaker #0
Et ton activité, donc, avant de t'installer, c'était quoi ? Ou même encore aujourd'hui,
- Speaker #1
c'est peut-être encore ton activité ? Alors, j'étais responsable qualité dans un laboratoire.
- Speaker #0
D'accord. C'est vrai que c'est un peu différent.
- Speaker #1
Complètement différent.
- Speaker #0
Dans ce projet-là, est-ce qu'il y a des éléments que tu as pris en compte pour ton bien-être et ton confort de travail ?
- Speaker #1
Après, moi, j'ai la chance d'avoir un mari qui est plutôt tourné vers ça, vers le côté confort de travail. Donc, pour l'instant, je suis plus observatrice. Et je pense que oui, il y aura des adaptations qui vont être faites quand je serai vraiment le pied dedans. Parce que forcément, comme le disaient mes collègues auparavant, la femme voit des choses différemment que l'homme. Mais je pense qu'il faut être complètement immergé dans le milieu pour pouvoir se rendre compte des aménagements à faire. Ne serait-ce que peut-être des hauteurs de treuil, des choses... Trop physique qui pourrait s'adapter avec des mécanismes, des choses comme ça, peut-être éventuellement.
- Speaker #0
T'as visité peut-être d'autres bâtiments ou t'as été moteur peut-être pour faire des visites, voir ce qui se faisait, voir ce que tu pouvais garder ou ce que tu trouvais pertinent pour toi, pour ton projet ?
- Speaker #1
Oui, alors du coup, Tony qui est le technicien de chez Belavol, donc avant de m'installer, je lui ai demandé en fait de me faire visiter des bâtiments dont c'était des femmes. qui en avaient la charge. Et du coup, on a visité les bâtiments de Sandrine, de Jennifer et de Nadege, qui ont été avec moi aujourd'hui. Et oui, forcément, on a partagé, échangé sur les bâtiments, la mise en place, le fait, par exemple, des hauteurs de trappe, elles ne vont pas être à 1m50, on va les baisser parce que forcément, la femme est souvent un peu plus petite, des aménagements pour ramasser le papier, des machines, des choses. Et l'échange est très important dans ce cas-là.
- Speaker #0
Parce qu'à la limite, on a pu gruger la taille avec des talons aiguilles, mais là, ce n'est pas adapté au métier.
- Speaker #1
Non, on peut rester féminine, mais il y a des petites quand même. Pour le bien-être et le confort, il vaut mieux avoir des chaussures plates. C'est quand même plus facile.
- Speaker #0
Et le fait justement de visiter des bâtiments avec des projets qui ont été menés par des femmes, est-ce que ça t'a conforté dans ton projet ? Et te dire, oui, c'était une évidence, ou j'aurais peut-être même dû le faire avant ? Est-ce que c'est des choses que tu t'édites ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Donc j'aurais dû le faire avant, ça c'est certain. Mais je pense que la peur du financier, aujourd'hui elle reste quand même hyper importante chez nous, vu les contextes actuels. Mais en fait, oui, le principal c'est d'avoir échangé et de voir qu'on peut allier très bien vie perso, vie professionnelle ensemble. Donc s'occuper des enfants, mais tout en travaillant aussi, adapter son planning. En fonction des rendez-vous, des besoins et du côté professionnel aussi, des mises en place. Et ça, c'est hyper important et ça a fait pencher du côté positif le choix complètement.
- Speaker #0
Si pour toi il devait y avoir trois avantages en fait à être femme et agricultrice, ce serait lesquels ? Ce serait quoi ces trois avantages-là ?
- Speaker #1
Les trois avantages, déjà l'organisation, clairement on s'organise comme on veut, le confort, parce que travailler dans des bâtiments de volaille, ce n'est pas inconfortable, on est quand même à 30 degrés en moyenne, donc c'est quelque chose qui est agréable. Et l'autre avantage, c'est que ce n'est pas du tout monotone. On travaille avec du vivant. Donc, en fait, il faut constamment s'adapter. On est constamment en train de se challenger. Et je trouve que c'est quelque chose qui est plutôt assez moteur dans la vie de tous les jours, de se lever et d'aller de l'avant, de ne pas rester dans la monotonie. C'est quelque chose qui est sympa.
- Speaker #0
Le fait justement de travailler avec du vivant, est-ce que c'est quelque chose sur lequel vous avez été formé ou vous avez suivi des formations pour apprendre à gérer un petit peu tout ça ?
- Speaker #1
Alors, pour l'instant, je n'en ai pas eu parce que je ne suis pas encore installée. Je suis en cours d'installation. Mais c'est prévu, voilà, le bien-être des animaux, les produits, les choses comme ça, les bâtiments nature d'éleveurs qui ont besoin aussi de lumière naturelle pour tout ce qui est confort des volailles. Pour leur bien-être. Voilà, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place et que oui, forcément, je demande à me former. J'en suis demandeuse parce que c'est important et qu'on n'a pas tous les bases. quand on commence, comme je ne suis pas issue du milieu du tout. Donc, c'est important pour moi.
- Speaker #0
Là où on est, on est dans le local technique du bâtiment. Il y a un tableau d'eau qui fait 2 mètres par 2 mètres, une armoire électrique qui fait à peu près la même dimension. Ça te fait pleurer ou pas ? Non. Tranquille.
- Speaker #1
Non, parce qu'à partir du moment où tout est indiqué, tout est noté, on sait dans quel pied...
- Speaker #0
Il y a des étiquettes, mais pas partout. Non, mais après,
- Speaker #1
il suffit. En fait, il y a aussi un peu de lignée. et du bon sens en fait, il faut suivre un peu les tuyaux et après ça va peut-être être la première bande et la deuxième bande où on va se dire mince ça vient de quoi, mais après non, ça ne me fait pas peur, j'ai appris d'autres choses donc je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas apprendre ça.
- Speaker #0
Et s'il y en a d'autres qui arrivent, il n'y a pas de raison que tu n'y arrives pas.
- Speaker #1
C'est ça, exactement.
- Speaker #0
S'il y avait un défaut, quelque chose qui pourrait être rebuté sur le projet ou qui aurait pu être rebutant sur le projet, ça aurait été quoi ?
- Speaker #1
Je pense le côté financier parce que dans l'agriculture, malheureusement... Aujourd'hui, il y a beaucoup d'agriculteurs qui peuvent survivre, parce qu'on va bien parler de survivre à cause des aides. Et pour moi, normalement, dans l'agricole, on devrait juste pouvoir vivre de son salaire et de ce qu'on peut en sortir. Donc je dirais qu'aujourd'hui, les salaires malheureusement qui sont sortis ne sont pas à la hauteur du travail investi et de la passion des personnes.
- Speaker #0
Et du montant investi aussi.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Parce que le montant, c'est une chose, mais après, il y a aussi un montant d'investissement.
- Speaker #1
C'est vraiment des montants, quand on veut faire un bâtiment, des montants qui sont... assez rebutants, qui peuvent faire douter aussi les banques, clairement. Mais malheureusement, en 2024, on n'a pas le choix d'investir dans des choses correctes pour pouvoir sortir des produits de qualité, pour pouvoir les vendre derrière. Mais voilà, il faut quand même que l'agriculteur puisse s'en sortir.
- Speaker #0
Là, aujourd'hui, tu es en phase... À mon avis, comment le voisinage ou comment les gens autour de chez toi voient les choses ? Est-ce qu'ils sont confiants ? Est-ce qu'ils ont peur ? Quel est un peu leur ressenti si c'est quelque chose que tu as vécu ou pas ?
- Speaker #1
Je dirais que ça dépend des générations. Les générations plus vieilles qui ne sont pas au sein de ma famille, je pense qu'elles auraient un peu plus tendance à se dire pourquoi elles quittent la sûreté, pour quelque chose qui peut... être un peu bancale. Mais après, tout ce qui est un peu de ma génération, mes amis, voire même mes parents qui sont un peu plus âgés, sont plutôt assez confiants parce qu'ils savent que je suis assez terre à terre et que j'analyse avant de bondir dedans.
- Speaker #0
Tu as un lien peut-être avec ton métier auparavant ?
- Speaker #1
Oui, j'aime bien savoir où je vais. Donc j'essaye de ne pas laisser le hasard prendre les rênes. Et honnêtement, avec Bélavol, on est vraiment très bien suivis. Ça fait quelques mois qu'ils nous suivent, qu'ils nous orientent, qu'ils nous aident, qu'ils nous informent. Et on se sent beaucoup plus rassurés et ça nous aide, je pense, à être positifs et à aller de l'avant.
- Speaker #0
Alors les enfants, je ne sais pas quel âge ils ont.
- Speaker #1
Alors il y a 3 ans, 8 ans et 13 ans.
- Speaker #0
Est-ce qu'ils sont fiers du métier de leurs parents ou de leur maman ?
- Speaker #1
Ouais, ils sont fiers, ils veulent le faire. plus tard donc voilà pour le moment bon ils aimeraient un peu plus de vacances mais ça on va y remédier parce que les anciennes générations c'était vraiment bourbourg on peut jamais prendre de temps et tout et en fait on voit que en s'organisant bien en prévoyant et ben ça reste possible tout à l'heure j'avais
- Speaker #0
Sandrine qui me disait que elle arrivait à profiter de ses enfants peu importe la tâche qu'il y avait à faire dans le bâtiment globalement ils étaient quand même assez moteurs et par rapport à ce qu'elle avait avant comme situation professionnelle elle arrivait à prendre du temps et à prendre des vacances donc ça c'était quelque chose sur lequel elle ne reviendrait pas je suppose que tu aspirais à la même chose ?
- Speaker #1
complètement parce que mes enfants ont des âges assez diversifiés le plus grand a 13 ans d'ici 2 ans il va vaquer à ses occupations et il faut aussi leur transmettre et avoir des souvenirs avec eux c'est super important merci On fait des enfants pour s'en occuper, pas pour les délaisser. Et donc c'est vrai que quand on est dans le milieu agricole, qu'on a un conjoint qui est agriculteur, que vous, vous partez de 7h le matin, vous ne rentrez pas avant 18h, vous rentrez en fait, c'est sous pression parce qu'il faut faire les devoirs, il faut faire à manger, il faut faire le ménage, il faut tout faire. Ce qui est le quotidien en fait aujourd'hui de beaucoup, beaucoup de personnes. Et c'est pour ça qu'il y en a qui malheureusement terminent en burn-out. Et je pense qu'il faut un peu plus se raisonner et revoir ses priorités. Donc je ne dis pas qu'il faut que tout le monde aille dans le milieu agricole, ce n'est pas ça, mais je pense qu'il faut réellement se poser, savoir ce qu'on veut et tout faire pour atteindre. Moi, c'était de pouvoir vraiment avoir le côté perso et privé qui matchent super bien ensemble et dans le milieu agricole et donc dans la vie col, ça reste possible et faisable en fait.
- Speaker #0
Écoute, c'est tout le bonheur qu'on va te souhaiter pour ce beau projet qui va commencer en 2025.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi. Le CIPC et le CIDEF présentent votre émission Sinusomio.