- Speaker #0
Si nous sommes, Julien Martineau. Bonjour à toutes et à tous,
- Speaker #1
bienvenue sur la deuxième partie du podcast One Health, sur lequel on est en direct sur le salon de l'agriculture. On est accueilli sur le stand du Mouton Vendéen, de Vendée Qualité et du département de la Vendée. Le thème de l'émission aujourd'hui, c'est One Health. J'ai le plaisir de recevoir un membre de l'Académie de l'agriculture française. Je vais vous demander de vous présenter. avec qui vous êtes et votre parcours.
- Speaker #0
Merci. Vous le tenez. Oui, donc, je m'appelle Arlette Laval. Je suis vétérinaire de formation. J'ai été professeure de médecine des animaux d'élevage pendant des années, dans plusieurs écoles vétérinaires successives. Et je suis membre de l'Académie d'agriculture depuis 7 ou 8 ans, je pense. Je ne parle pas le compte exact. Donc, je m'intéresse... surtout aux maladies infectieuses en fait, qui sont en lien avec les maladies des animaux et de l'homme aussi depuis longtemps. Et à l'Académie d'agriculture, on m'a demandé il y a trois ans de coordonner un groupe de travail sur le sujet d'une seule santé, parce que c'était un sujet préoccupant, en particulier suite à l'épidémie de Covid. Donc on a réuni un groupe d'une trentaine d'académiciens. On a rédigé chacun avec nos spécialités les chapitres qui nous concernaient. On a produit un document qui finalement est assez intéressant parce que dans le sujet d'une seule santé, souvent on voit surtout la santé de l'homme et des animaux. Et nous, on a étendu ça, la santé des plantes, du sol, de l'eau, de l'air, de l'environnement d'une façon générale.
- Speaker #1
Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur les missions de l'Académie de l'agriculture ? Depuis combien de temps ça existe et qui constitue l'académie ? Alors, on n'est pas à l'année près, mais c'est histoire d'expliquer un petit peu ce que c'est pour les gens qui découvrent un petit peu cette académie. Et puis, quelles sont ces missions de cette académie ?
- Speaker #0
Alors, l'académie d'agriculture est une académie très ancienne qui remonte à 1761. C'est la plus ancienne académie après l'Académie des sciences, je pense. C'est une société savante qui est régie par une loi 1901 chargée d'éclairer le grand public, les pouvoirs publics, politiques et décideurs sur des sujets qui intéressent l'agriculture, la santé des plantes, des animaux et par la même de l'homme en conséquence.
- Speaker #1
Parce que c'est vrai que l'agriculture en France, c'est quand même un sujet qui est très large et très vaste. Ça peut aller du maraîchage en passant par la vigne au règne animal, poisson, la pêche. Enfin, voilà, toutes ces productions là, c'est très diversifié. Il y a aussi différentes échelles au niveau de production sur des choses plus extensives et puis d'autres plus intensives. On nourrit quand même les Français trois fois par jour en moyenne. C'est vrai qu'avoir une alimentation ou une agriculture de qualité pour avoir une alimentation de qualité, ça a son importance. Le One Health peut-être permet de mettre tout ça dans le même bateau et d'élargir un petit peu les discussions. Est-ce que c'est un petit peu l'objectif effectivement de l'Académie pour faire l'état de l'air de cette approche One Health ?
- Speaker #0
Alors absolument. L'idée, c'est de faire un peu un inventaire dans tous les secteurs concernés et une synthèse. Au revoir. Comment on avait des sujets qui concernaient tout le monde en partant du sol et en arrivant jusqu'à l'assiette du consommateur. Et puis, éventuellement, quelques pistes pour essayer d'éviter que de gros ennuis ne se reproduisent, celles qu'on a pu en connaître. Avec l'affaire de la vache sol, par exemple, quelles pistes on pouvait pousser en avant pour essayer de contrôler tout ça.
- Speaker #1
Aujourd'hui, on en parlait tout à l'heure avec Frédéric. Aux États-Unis, il y a eu une transmission de l'influenza aviaire à l'homme. Est-ce que c'est un sujet que vous regardez de près et qui vous avez consulté ou qui vous avez réquisitionné autour de la table pour évoquer ce sujet-là ? Parce que l'aspect vétérinaire, ça va être l'aspect animal. Mais est-ce que vous avez fait appel justement à des médecins ou à des scientifiques ou à des biologistes, en fait, pour essayer de comprendre ou essayer d'anticiper cette mutation ?
- Speaker #0
Allons-y. Moi personnellement en ce moment je ne m'occupe pas de l'influenza rivière. Je m'en suis beaucoup préoccupée à une époque, il y a une dizaine d'années, avec les premiers épisodes d'influenza. Ceux où on avait eu très peur, vous savez où Roselyne Bachelot avait acheté des masques qui ont... poussé à une controverse sévère sur laquelle ensuite on est revenu piteusement, parce qu'elle avait parfaitement raison. Mais je m'en suis occupée quand j'étais expert à l'ANSES. On a produit des rapports là-dessus, sur les risques de contamination, de transmission à l'homme, de mutation, etc. Mais par contre, sur les derniers épisodes, les plus récents, non, je n'ai pas d'informations exactes. Ce que je pense, c'est que quand on a des grandes concentrations d'animaux, On a évidemment, en cas d'épizootie, une grande production de virus. Et c'est la raison pour laquelle on abat les troupeaux. Vous savez qu'aux États-Unis, ils ont tué un très grand nombre de poules. Et le prix de l'offre a monté d'une façon extravagante, parce qu'ils n'ont plus de poules pondeuses à cause de ça. Mais nous, en France, on a choisi finalement la solution de la vaccination, qui est une très bonne solution en termes de... de contrôle de la maladie, de contrôle de l'extraction du virus, donc des risques de mutation, parce que plus on a une grande quantité de virus, plus on a des risques de mutation, évidemment. Quand le virus des animaux est au contact avec l'homme, plus on a de contact, plus on a de risques, évidemment. Mais là, donc on diminue le risque en vaccinant. Le problème, c'est qu'un pays qui vaccine est considéré comme contaminé par un virus très indésirable et ça gêne beaucoup les exportations. Donc nous, on a réussi à concilier les deux d'une façon, je ne sais pas comment on s'y est pris exactement. Et puis finalement, en ce moment, je crois qu'on est indemne. Mais bon, c'est fragile parce que justement, la transmission du virus, elle est mondiale parce que le virus est transmis par l'air qui ne connaît aucune frontière et il circule très facilement. Et donc ça faisait partie des problématiques qu'on a regardées dans notre rapport One Health. L'influence aviaire est un des exemples que je prends toujours pour dire que la qualité de l'air et la façon de conserver cette qualité à l'abri des contaminants dangereux est très importante.
- Speaker #1
Quand les décisions sont prises comme ça ou quand il y a des choix qui sont faits, est-ce que vous consultez effectivement les professionnels qui sont concernés pour avoir leur accord, leur vision, savoir si c'est un consensus qui satisfait tout le monde ?
- Speaker #0
Alors je pense que dans des situations aussi graves... Et après quelques, disons, déboires dans les décennies antérieures, les professionnels écoutés ne sont pas forcément entendus. Et je pense que parfois, il y a eu des décisions qui ont été prises avec lesquelles ils n'étaient pas du tout d'accord. Mais enfin, c'est la santé publique qui prime sur tout le reste et les politiques surtout. Je pense que le tournant dans le comportement des politiques, ça a été l'affaire de la vache folle. Parce que là, on s'est aperçu que des décisions qui au départ étaient assez vertueuses. Vous savez, quand on a utilisé les farines animales dans l'alimentation du bédail, c'était pour limiter l'importation de soja d'Amérique du Sud, dont les prix étaient très élevés à l'époque. Et donc c'était une idée qui paraissait géniale, promue par l'INRA, que tout le monde a trouvé très bien. Sauf qu'on ne savait pas qu'il y avait quelques cas d'encéphalopathie de sprochéphorbe sur la vache et que ces cas ont été amplifiés par l'utilisation des farines de viande. Donc ça a fait peur à tout le monde. À la suite de ça, on a fait émerger le principe de précaution, qui est certainement très vertueux pour la santé publique, mais qui a des conséquences calamiteuses en termes de production agricole. Il y a des situations où c'est très exagéré. les précautions qui sont prises. Mais bon, d'une façon générale, je pense que les rapports et les décisions, les propositions de l'ANSES, ce ne sont jamais des décisions, ce sont des évaluations du risque. Elles sont très intéressantes dans des sujets critiques comme ça.
- Speaker #1
Il y a aussi un autre sujet qui joue beaucoup sur le monde agricole, qui est le réchauffement climatique, qui du coup on est obligé de réadapter un petit peu les modes de production, de réadapter... Les cultures, quelle est la vision, les perspectives qui se dessinent ? Comment ces choses-là sont appréhendées au sein de l'Académie ?
- Speaker #0
On a régulièrement des séances sur les conséquences du réchauffement climatique, sur l'adaptation des plantes. L'organisation du travail à l'Académie se fait dans 10 sections qui ont des spécialités particulières. Enchanté, dans une section qui s'appelle « Sciences de la vie » , où il y a des scientifiques de haut niveau. Je ne suis pas une scientifique de haut niveau, mais je connais beaucoup de choses. Donc finalement, ça donne un éclairage un peu pratique à des suggestions qui pourraient être assez théoriques, disons. Mais il y a d'autres sections qui s'intéressent beaucoup à ces sujets-là. et en particulier ceux qui connaissent bien le problème des pays chauds, dont les difficultés peuvent nous permettre d'anticiper des situations qu'on risque de connaître dans le futur. C'est un petit peu difficile de s'y retrouver parce qu'entre les périodes de grande sécheresse où on va avoir des montées de température avec des difficultés d'adaptation des végétaux en particulier, et parce que les animaux c'est peut-être plus facile de les protéger. mais les végétaux sont en champ libre et c'est impossible. Et puis, les périodes d'inondations qu'on a connues, où la problématique est complètement différente, et où on risque d'avoir des problèmes avec de l'eau chaude, dans laquelle on aura des micro-organismes pathogènes qui vont persister. Parce que s'il n'y a plus de gel, le gel est très mauvais pour les bactéries, ça les fait exploser, mais s'il n'y a plus de gel... on va avoir une augmentation des contaminations. Donc, il faut aussi pouvoir gérer ça. Gérer.
- Speaker #1
Alors, du coup, j'ai deux questions qui me viennent. Est-ce que des souches avec des génétiques plus rustiques pour les végétaux permettraient, en tout cas, de résister peut-être à ce changement climatique ? Donc, ça, ça peut être une première piste. La deuxième, est-ce que les fermes verticales sont une solution, en fait, pour produire des végétaux dans des conditions, en fait... ou des ambiances maîtrisées, est-ce que ça peut être aussi une solution ?
- Speaker #0
Alors les souches rustiques, je ne sais pas si elles sont vraiment... Ça dépend, il faut évaluer si elles sont plus adaptées ou pas, et éventuellement les conserver. Mais je pense que la génétique peut beaucoup, en particulier la génétique végétale, parce qu'on a des réponses assez rapides. Donc il y a quelque chose qui pourrait être extrêmement utile, c'est le... les méthodes de génie génétique et les interventions sur le génome. Elles sont très mal perçues en Europe et en particulier en France. C'est vraiment dommage parce que, par exemple, on a pu sélectionner des souches, je crois que c'est du riz, résistantes à la sécheresse, ou des souches de blé résistantes à la sécheresse. On se prive de solutions qui pourraient être très intéressantes. Mais la sélection ordinaire peut permettre... Alors, c'est plus long, mais d'arriver au même résultat. Donc, ça, c'est l'épice. Je pense que la génétique est intéressante, soit en retrouvant des vieilles souches plus rustiques, donc moins fragiles dans une certaine mesure. Ceci dit, elles seront moins productrices, donc ça va augmenter les coûts de production.
- Speaker #1
Et sur la question des fermes verticales, est-ce que ça peut être une solution ?
- Speaker #0
Probablement, mais je ne sais pas comment elles vont être perçues. Ce n'est vraiment pas naturel du tout, ça.
- Speaker #1
C'est bien un petit peu la complexité du sujet je pense et qu'effectivement il y a des start-up qui se sont lancés effectivement dans ces activités là alors notamment sur la production de légumes pour les produire quasiment au coeur des villes pour je dirais fournir les marchés en fait à proximité on sait qu'aux Etats-Unis il y a eu des fermes pilotes en fait sur lesquelles on venait à se lancer en fait le blé à un endroit du bâtiment et deux kilomètres ou un kilomètre plus loin on retrouvait la farine prête à être utilisée pour fabriquer du pain ou autre. Est-ce que c'est des solutions ? Est-ce que c'est une réponse en tout cas pour pouvoir nourrir la population avec des produits qui sont sains sanitairement ?
- Speaker #0
Alors je pense que ça répond à toutes ces questions. C'est pratique, ça permet de de produire dans des conditions où on obtiendra des plantes. ou des légumes parfaitement sains, parce que c'est beaucoup plus facile de contrôler les choses sur des petites surfaces que sur des grandes, et puis à l'abri des contaminations extérieures. Mais comment est-ce que ça sera perçu à une époque où on ne parle que de retour à la terre, petites fermes, petites structures ? Il faut voir aussi le coût de l'investissement, parce que combien coûteront ces légumes produits dans ces conditions ? On a déjà des productions hydroponiques qui sont pratiquement de cette nature, mais bon.
- Speaker #1
Après, une tarte aux fraises au mois de novembre, c'est sympa aussi, mais ce n'est pas de saison.
- Speaker #0
Ce n'est pas du tout quelque chose qui me gêne, moi, personnellement. Je mange des fraises et des framboises, surtout des framboises, toute l'année.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez autre chose ? Est-ce que vous voulez ajouter autre chose sur ce sujet du One Health au titre de l'Académie ?
- Speaker #0
Écoutez, ce que je peux faire, c'est engager. les gens qui sont intéressés à lire le rapport, qui est d'un accès extrêmement facile sur le site de l'Académie. Et puis, insister sur le fait que la tendance actuellement, c'est de revenir aux solutions du passé pour produire. Ça peut être une bonne chose, mais il faut faire attention parce que dans le passé, on a fait beaucoup d'erreurs qu'on a corrigées avec les méthodes modernes d'agriculture. Il ne faudrait pas revenir dans des conditions qui soient dangereuses aussi bien pour l'homme que pour les animaux. On pourrait trouver beaucoup d'exemples. Vous trouverez des exemples dans le rapport. Je vous donnerai par exemple le fait que quand on a du datura dans les productions de blé, parce qu'on n'a pas utilisé de produits phytosanitaires pour contrôler les adventices, on risque de retrouver les graines de Natura dans la farine et d'avoir des accidents. Ça s'est produit, heureusement il n'y a pas eu de mort. Regardez aussi avec une certaine prudence les productions biologiques, parce qu'elles sont beaucoup moins contrôlées et le recours à des engrais organiques naturels. l'isier fumier éventuellement même effluent des stations d'épuration, ça peut être très très dangereux. Et moi personnellement, je suis plus infectiologue de formation que chimiste, et j'ai bien plus peur des contaminations microbiennes que des contaminations par des produits phytosanitaires, parce qu'ils sont tellement contrôlés que les quantités qu'on trouve sont vraiment infimes, tandis qu'à tout moment on risque de retrouver des bactéries très dangereuses dans les produits qu'on mange. Donc c'est ça surtout à mon avis qu'il faut regarder. Et la conclusion que je donne toujours, c'est qu'il faut être très vigilant, mais il ne faut pas être naïf. Il y a un souci qui devrait être constant, mais bon, on assiste quand même au retour du bon sens dans un certain nombre de cas.
- Speaker #1
Le fameux bon sens paysan. Voilà. Merci en tout cas pour votre intervention. On peut retrouver l'Académie sur YouTube, c'est toutes les semaines, c'est ça ? Oui,
- Speaker #0
oui, oui. Donc de même que vous pouvez avoir accès à tous les rapports, au contenu des séances, vous pouvez avoir les séances en live sur la chaîne YouTube qui est extrêmement bien faite. Des collaborateurs en matière de communication qui sont vraiment performants.
- Speaker #1
Merci pour tout ça. On mettra tous les liens qui vont avec sur les réseaux. Merci à vous.