- Speaker #0
Si nous sommes, Julien Martineau.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous. On est au salon de l'agriculture sur le stand de Vendée Qualité du département de la Vendée et du Mouton Vendéen. J'ai aujourd'hui le plaisir de recevoir Frédéric Chartier pour reparler du sujet du One Health, donc une seule santé animale, une seule santé humaine et une seule planète. Bonjour Frédéric, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #0
Bonjour, merci pour l'invitation Julien. Frédéric Chartier, je suis producteur de poules pondeuses dans les Côtes d'Armor à côté de Dinan. Je fais de la poule pondeuse plein air depuis 2012. J'ai deux ateliers pondeuses et j'ai un atelier port engraissement à côté, sur la même commune également. C'était l'exploitation historique de mes parents en cochon et je l'ai repris en 2018.
- Speaker #1
Eux-mêmes avaient repris l'exploitation de leurs parents également peut-être ?
- Speaker #0
En fait, moi je suis la troisième génération sur le même site et je suis la troisième production puisque chaque génération a fait sa production. Mes grands-parents faisaient du lait, mes parents du porc et moi de la poule pondeuse.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'a amené à faire de la poule pondeuse ? Est-ce que c'est le fait de travailler avec des poules ou est-ce que c'était le rythme de travail qui te convenait, qui était peut-être moins chronophage que la production porc ?
- Speaker #0
C'est vraiment l'amour de l'animal puisque... Moi, j'étais tout le temps fou avec mon grand-père dans le poulailler. À l'époque, il avait peut-être 20 poules quand j'étais gamin et ça a toujours été ça. Et j'ai fait mes études dans l'aviculture par la suite quand j'étais jeune. Et j'ai fait déjà des stages quand j'avais 17, 18 ans. Je me suis installé à 30 ans, mais j'avais fait tout mon parcours et tout mon cursus avant dans la poule pondeuse.
- Speaker #1
Aujourd'hui, nous, on se connaît un petit peu. Tu as plusieurs casquettes aujourd'hui au niveau de l'interpro pour défendre le métier, défendre cette production-là. Quelles sont-elles ?
- Speaker #0
Alors, je suis président du groupement Arborœuf sur la Bretagne. C'est environ 5,5 millions de poules pondeuses réparties chez 120 producteurs, principalement sur la Bretagne. Il y a 2-3 éleveurs en dehors, mais on va dire que 99% des éleveurs sont présents là-bas. Je représente les éleveurs Arborœuf au sein de l'union des groupements de producteurs d'œufs en Bretagne, donc à l'UGPVB. Je fais partie du conseil d'administration de l'UGPVB et j'ai la présidence du... de la commission économie de la section oeufs. Et je représente aussi les éleveurs au niveau de la CFA, donc la Confédération Française de l'Aviculture, au sein de l'Interpro, au sein du CNPO. Voilà, donc j'ai plusieurs casquettes, mais toujours le même intérêt de l'oeuf.
- Speaker #1
Aujourd'hui, quelles sont les missions premières ou quels sont les sujets d'actualité qui sont sur le grill ?
- Speaker #0
Alors sur le grill, en ce moment, c'est le veau sexage, puisque nous sommes en pleine négociation de la reconduction du financement. de l'ovosexage, puisque c'était un décret d'application qui était valable deux ans. Et donc là, il faut trouver le mode de financement pour le reconduire de deux ans supplémentaires.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui des politiques pour accompagner cette démarche-là ? Et si vous aviez un message ou un vœu à faire passer, ce serait lequel ?
- Speaker #0
Alors des politiques, un appui, un appui à nous aider à faire comprendre à nos amis de la GMS Est-ce qu'il faut absolument reconduire cette... particularité française qui est le veau sexage puisque je rappelle que c'est franco allemand mais les allemands ne n'ont pas du tout les mêmes méthodes de financement et d'élevage que nous donc on est vraiment sur un franco français donc à un réel appui puisqu'il ya deux ans à nous a donné les clés du camion mais nous a demandé nous aider débrouiller pour le financement donc il a fallu que la terre pro se gère par elle même et elle continue aujourd'hui à le faire et c'est là que c'est un peu compliqué quand même sans appui politique Il y a un autre dossier quand même qui vient d'être voté ou qui est passé à la trappe, en tout cas c'est sur toutes les normes de dossiers d'installation et ICPE auxquelles le hors-sol, le port et volailles sont complètement mis de côté. Et ça va être très compliqué de monter des dossiers en enquête publique dans les années qui viennent. Et là, le pouvoir politique par contre nous a totalement abandonnés. Donc là, ça va être très très compliqué. On est sur une filière qui doit développer, on est sur une filière qui doit transformer de la cage vers de l'alternatif. on ne pourra pas tenir 100% de la production en mettant 100% des poules dehors. Donc il faut construire des nouveaux bâtiments, il faut construire du code 2 en volière, des poules qui ne sortent pas. Et ça, on a besoin d'enquêtes publiques pour monter ces bâtiments-là. Et ce sera très compliqué puisqu'il n'y a pas de soutien de l'État là-dessus.
- Speaker #1
Pour en revenir au thème de l'émission qui est sur le One Health, une santé, une planète, une consommation humaine ou une santé humaine. Quel est le rôle de l'agriculture ou comment l'agriculture peut être un élément moteur ou une clé en tout cas pour réussir à atteindre ces objectifs-là ? Parce qu'il y a déjà des choses qui sont en place aujourd'hui sur le terrain. Aujourd'hui, on a l'une des agricultures les plus vertueuses du monde, mais on nous demande toujours plus. Qu'est-ce qu'on peut répondre un petit peu à ces attentes-là et comment on peut réagir face à ça ?
- Speaker #0
Il faudrait déjà, je pense, prendre conscience. de ce qu'est notre modèle agricole aujourd'hui, qui est très vertueux en effet, puisque nous sommes le modèle, en tout cas européen et mondial, le plus familialement réalisable et en même temps le plus écologiquement moins perturbateur, on va dire, par la taille des structures et par la multitude des productions. On le voit bien aujourd'hui au Salon de l'Agriculture, je suis en train de regarder tout ce qui se passe autour de moi, et on voit une multitude d'animaux et une multitude de façons de produire. Donc déjà, il faudrait prendre conscience de tout ce qu'on fait de bien en France avant de parler de plus. Et puis, ça dépend qui demande plus et de quoi. Parce que si ils répondent à des associations welfaristes, ce ne sera jamais assez bien de toute façon. Quoi qu'il arrive, quoi qu'il en soit, ce ne sera jamais assez bien. Le but ultime d'une association welfariste, c'est la fin de l'élevage. Donc à partir de là, on ne sera jamais bien. Donc ça dépend de ce qu'on demande. Et là, on adaptera la réponse.
- Speaker #1
Est-ce que les influenceurs agricoles qui parlent de leur métier, qui parlent de leur production, est-ce que c'est un levier pour parler au grand public, pour expliquer ce que l'on sait faire ? Est-ce que c'est des choses sur lesquelles vous avez une stratégie à mettre en place pour parler aussi de ces métiers qui sont les vôtres de production de poules pondeuses ?
- Speaker #0
Que ce soit des influenceurs, que ce soit des tiktokers, s'ils ne font que du tiktok, ou peu importe, toute forme de communication positive sur notre métier est bonne à prendre, j'ai envie de dire. Aussi bien pour parler au grand public, pour faire comprendre ce que l'on fait, qu'aux nouvelles générations, pour pouvoir venir s'installer aussi dans nos filières d'avenir finalement. Donc oui, c'est très bénéfique pour tout et j'encourage à le faire. Tout le monde n'est pas capable de le faire, donc bravo à ceux qui le font.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, vous seriez prêt justement à accompagner vos adhérents éleveurs au sein d'Armorœuf ou au niveau du CNPU ou du CFA ? pour aider justement des agriculteurs à mieux communiquer sur leur métier, même s'ils le font, je dirais, au niveau départemental ou même cantonal. Est-ce que ça pourrait être déjà un premier élément en fait ?
- Speaker #0
Alors au sein d'Armoroff, c'est une question qu'on s'était posée il y a plusieurs années. On réfléchissait au sein du conseil d'administration, comment communiquer, qui mettre sur le devant de la scène, et par faute de temps, franchement, c'est par faute de temps, on n'a jamais poursuivi. Parce que déjà, il faut quelqu'un de volontaire, il faut quelqu'un qui sache faire. Et trouver un éleveur qui veut s'engager dans ce style-là, ce n'est pas forcément évident. Après, on a déjà beaucoup de mal au sein de la filière à être présent partout. C'est très compliqué d'être aussi bien à la CFA, à l'UGPVB ou au groupement. Ça prend énormément de temps. Notre métier d'abord, c'est de produire quand même. Et puis après, il faut aller sur ces domaines-là. Donc, on a un problème de représentativité parce qu'au sein de la filière offre, on n'est quand même pas beaucoup. On n'est que 3500 producteurs en France. Donc, ça va très, très vite. Les gens qui sont capables de soit d'être présents dans les syndicats, soit dans les interpros, soit dans les groupements ou alors d'être sur les réseaux sociaux. Finalement, c'est tout le temps quasiment les mêmes personnes parce qu'une fois qu'on s'engage, il n'y a pas beaucoup à vouloir le faire. Donc, c'est très compliqué. Mais il faut le faire. Je ne sais pas de quelle manière on peut accompagner.
- Speaker #1
Pour en venir au sujet du One Health, aujourd'hui, on essaye d'avoir les fournisseurs, en tout cas à proximité des sites de production pour nourrir les animaux. Aujourd'hui, est-ce que les fournisseurs au sein d'Armoreuf sont à proximité ? Et est-ce que les clients, c'est aussi des clients locaux ? Ou est-ce que vous avez une partie de votre marchandise qui va à l'export ? Quel est aujourd'hui le schéma, un petit peu, dans les grandes lignes de ce modèle, en fait, qui pourrait... cocher les cases du One Health en tout cas ?
- Speaker #0
Alors d'un point de vue fournisseur, oui. Armour Off n'est pas porteur de contrat d'oeufs. Donc Armour Off a un partenaire privilégié en Bretagne, qui s'appelle Sanders Bretagne, et qui est notre premier acheteur d'oeufs. C'est notre fournisseur d'aliments et c'est aussi notre premier acheteur d'oeufs. Donc là, sur l'approvisionnement et sur le départ des oeufs d'élevage, on peut dire qu'on est local. Ensuite, ce que vend Sanders, Là, ce n'est plus de notre domaine, ce n'est plus de notre ressort, mais il y a des centres de conditionnement d'œufs en Bretagne, il y a des usines de vos produits qui sont à la limite de la Bretagne, et puis d'autres dans le Grand Ouest. Globalement, un camion, quand il a fait 4 ou 5 heures, il a approvisionné les clients de Sanders Bretagne. Faire mieux que ça, aujourd'hui, je ne vois pas comment on puisse faire. On ne monte pas un centre de conditionnement comme ça du jour au lendemain, et une usine de vos produits encore moins. Mais oui, ça fait partie des règles du jeu. Et aussi bien sur l'abattoir, je pense que demain le plus gros souci ce sera sur le transport des animaux, non pas les oeufs mais bien les animaux, où il y aura des contraintes horaires et de temps de chargement, donc ça c'est la principale difficulté à l'avenir.
- Speaker #1
Avec un objectif peut-être aussi de sécurité sanitaire. On n'en a pas parlé, mais on sait que l'influenza avire aujourd'hui est une problématique. Demain, on pourrait avoir d'autres virus qui pourraient venir impacter ce type de production. Quels sont les modes d'anticipation ? Qu'est-ce que vous mettez en place aujourd'hui pour essayer de ne pas être en première ligne ou de ne pas être impacté trop rapidement sur ces phénomènes-là ?
- Speaker #0
Alors, d'un point de vue biosécurité, nous, aux éleveurs, ce qu'on leur dit... c'est de limiter les accès à leurs bâtiments en permanence à tout visiteur au final, qui n'a pas lieu d'être. Ça, c'est la première des règles. La deuxième des règles, c'est de désinfecter tous les entrants et les sortants, c'est-à-dire tous les camions qui viennent amener l'aliment, les emballages et les œufs, entrées ou sorties, pour limiter le maximum de contamination. Il n'y a pas que l'influenza aviaire. Je rappelle que pour la charte sanitaire, il y a également la salmonelle sous laquelle on est sous pression en ce moment, ou en tout cas les mois derniers ? L'élevage de pondeuses était sous pression sur le Grand Ouest en général et en France également. Nous, au sein d'Armorœuf, on participe au financement de portiques de désinfection pour les camions, par exemple, pour limiter justement cet impact-là. Alors, tout le monde ne s'équipe pas, bien entendu, mais nous aidons l'éleveur à investir, s'il le désire, pour limiter ces potentiels risques virus, salmonelles ou autres. Ça, c'est la première des choses. Et puis, la deuxième des choses, malheureusement, quand on fait du plein air ou quand on fait du bio, s'il faut confiner les animaux, on doit aussi confiner les animaux pour limiter l'impact ou en tout cas limiter le risque de propagation d'un virus.
- Speaker #1
Aujourd'hui, aux États-Unis, on a constaté des transmissions de virus d'animals à humains. Aujourd'hui, on a très peu parlé, en tout cas en France ou en Europe, de cette transmission-là. Comment on peut protéger aussi demain nos éleveurs ou les gens qui viennent travailler ? Parce qu'il n'y a pas que des éleveurs, il y a aussi des salariés. Comment on peut venir demain protéger ces gens, ces professionnels qui travaillent avec ce monde-là ? Est-ce que c'est déjà un sujet qui est sur la table ou qui n'est pas encore arrivé dans les problèmes à gérer ?
- Speaker #0
Ce n'est pas un problème encore arrivé pour l'instant. À titre personnel, tous mes salariés ou toute personne qui rentre dans les bâtiments doivent porter un masque FFP3 obligatoirement. Et puis nous, au sein de l'équipe, quand... Chez moi, à titre personnel également, quand on change de bâtiment, quand on change de site, c'est une douche obligatoire. Et puis des habits présents dans chaque élevage, des chaussures type propres à chaque élevage. Enfin voilà, on limite au maximum tout. Après, le risque zéro aujourd'hui n'existe pas et ce n'est pas un sujet encore abordé. C'est un sujet à surveiller par contre.
- Speaker #1
Merci beaucoup Frédéric de ton temps, d'avoir participé à ce podcast-là. Et puis si tu souhaites réitérer l'expérience pour parler du métier et de tous les métiers qu'il y a autour de cette production-là, le micro reste ouvert.
- Speaker #0
Je te remercie pour l'invitation, merci beaucoup. Et si j'ai un message à faire passer, c'est qu'on a besoin de jeunes pour l'avenir de la filière, donc on cherche des jeunes. Donc installez-vous en pondeuse, il y a du boulot.
- Speaker #1
On va mettre tout ça sur les réseaux, il n'y a pas de soucis. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci.