Description
Ce qui est comique pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Alors qu’est-ce qui est comique? Qu’est-ce qui nous fait rire? Pour attaquer cette question, nous allons aborder un ouvrage dont nous avions déjà lu un extrait dans un épisode précédent. Il s’agit d’un recueil de Bergson qui rassemble trois articles sous le titre « Le rire ». Dans cet ouvrage, Bergson dégage un certain nombre d’éléments essentiels au comique autour d’un fil directeur dont je vous propose ici une reconstitution didactique.
Pour écouter cet épisode (18 mn), cliquez en bas de cet article.
Texte de l’épisodeQue la vie est légère quand elle est assaisonnée d’humour : quelqu’un vous fait rire et vos soucis s’envolent. Mais que l’humour peut être lourd lorsqu’il est mauvais, voire même violent : les mauvaises blagues rejouent sans toujours en avoir l’air les clichés les plus humiliants. Et si vous avez le malheur de ne pas rire à ces propositions comiques peu raffinées, on vous accusera très sérieusement de ne pas avoir d’humour et de voir rouge à tort et à travers. On pourra toujours avoir le rire jaune et amer, ou encore préférer l’humour noir, mais en tout état de cause, mieux vaudrait continuer à rire pour voir la vie en rose.
Vous le voyez, définir le comique n’est pas si simple : ce qui est comique pour l’un ne le sera pas nécessairement pour l’autre, surtout s’il se sent la cible de la farce. Alors qu’est-ce qui caractérise le comique et pourquoi est-il si ambivalent ?
Pour Bergson, le rire a une signification sociale. Dit autrement, le rire est une pratique sociale qui pointe du doigt un certain geste, une certaine attitude, un certain comportement alors considéré comme comique. En présentant comme essentielle la signification sociale du rire, Bergson souligne 3 choses :
1/ seul l’humain peut être comique. Un paysage n’est pas risible, et quand un animal l’est – comme on en voit régulièrement des vidéos sur le web – c’est que l’animal adopte alors des attitudes similaires à des attitudes humaines. Le trait comique est donc spécifiquement humain.
2/ Mais qu’est-ce qui caractérise le comique ? Car il y a moult formes de comique et la question est de savoir si qqch leur est commun. Bergson propose ceci : ce qui est comique procède toujours d’une forme de raideur, qui nous fait penser à une mécanique. Le comique est du « mécanique plaqué sur du vivant ». Et c’est cette thèse – assez surprenante – que Bergson va déployer en traversant les différentes formes de comique : le comique de caractère, de situation, de mots, etc. Mais avant de détailler cette thèse, passons au troisième point, pour l’avoir à l’esprit.
3/ C’est que le rire est social en ce qu’il sanctionne – à sa façon – un manque d’attention, attention aux circonstances et aux usages, attention exigée par la vie et par la société. Ainsi Bergson écrit-il que le rire est une « brimade sociale », il tient en éveil le individus qui, pour ne pas susciter le rire, vont être attentifs en vue d’avoir les gestes les plus utiles et les plus appropriés aux circonstances. C’est ce qui explique que, dès l’enfance, nous avons peur de laisser échapper de nous des gestes risibles.
Donc 1/ le comique est humain, 2/ il tient toujours dans une forme de raideur qu’on va essayer de comprendre, et 3/ le rire qu’il suscite a une fonction sociale en soulignant cette raideur excentrique du comportement, qui a failli aux réquisits ordinaires de la vie en société.
« Cette raideur est le comique, et le rire est le châtiment.
Alors revenons sur cette thèse pour la comprendre. Qu’est-ce que signifie cette idée, à savoir que le ressort du comique, c’est la raideur d’un geste qui apparaît comme automatique ? Ce qui nous fai...





