Description
Jouez à inverser les rôles… le temps d’une partie. À lire et/ou à écouter!
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Introduction de l’exercice
L’objectif de ce troisième exercice est de nous faire passer un cap dans la mise en pratique des convictions égalitaires que nous avons, au moins en théorie, et je vous propose de le faire de la manière la plus légère qui soit : c’est-à-dire en jouant.
Avec l’exercice n°1, vous avez sans doute pu relever des situations où des rôles et des pratiques étaient fréquemment adoptés de manière dissymétrique par les hommes et les femmes. Ces situations sociales sont à chaque fois singulières et ne vous fournissent bien sûr pas un scénario figé de ce qui arriverait toujours et partout pour tout individu ! Mais des récurrences se laissent observer – d’ailleurs les statistiques en témoignent – et, en aiguisant votre regard, vous avez noté des pratiques saillantes que vous n’aviez pas nécessairement perçues auparavant avec la même attention. Sans doute avez-vous observé des codes jusqu’alors invisibles, et pourtant notoires dans les interactions pour peu qu’on les observe. Sans doute avez-vous songé que ces codes sociaux encourageaient des formes de mépris à l’égard des projets, talents, désirs, fragilités propres à tout individu, femme ou homme.
À ce stade, deux erreurs radicalement contraires sont à éviter :
- Première erreur : justifier ces récurrences par des différences biologiques, en occultant tous les cas qui contrediraient cette prédétermination supposée. Par exemple, observant que, dans vos réunions professionnelles, ce sont des femmes qui servent plus souvent le café et manifestent davantage d’hospitalité, on dira que le fait d’être une femme sur un plan biologique la prédispose à être plus attentive aux autres que ne le sont les hommes. On justifiait l’esclavage des Noirs de cette façon – en les considérant naturellement prédisposés au travail forcé que ne le sont les Blancs – , chose qui nous paraît aujourd’hui tout à fait absurde. Ce type d’inférence naturaliste est assez évidemment erroné, mais ce sont de nombreuses erreurs de ce type qui aveuglent les gens et gouvernent les foules. C’est la caractéristique de ce qu’on appelle l’opinion : souvent, elle est vague, biaisée, donc fausse, mais elle circule précisément parce qu’elle est vague : tout le monde peut trouver un cas qui la valide.
- Seconde erreur : opposer toutes ces situations dissymétriques à un monde fictif où l’égalité se confondrait avec une homogénéité parfaite, c’est-à-dire où tous les individus seraient identiques. On aura alors vite fait de s’écrier que cette égalité hommes-femmes est à redouter, qu’ainsi l’émancipation des femmes est une notion futile et contradictoire, car elle uniformiserait l’humanité, qui n’est pourtant belle que par sa diversité. L’erreur ici est de confondre tout simplement l’égalité des libertés, des chances et des droits, avec la prescription d’un moule uniforme prétendument viril. Ça n’a pas de sens : au contraire, ce que la résistance au sexisme permet, c’est la valorisation de la diversité des êtres humains, quel que soit leur genre, leur personnalité, leur culture, leur projet, leurs désirs etc.
Un élément émancipateur déterminant sur un plan pratique est de faire circuler les rôles, non nécessairement de miser sur leur suppression. Cela signifie que, dans les situations que vous avez pu observer comme dissymétriques, les rôles ne sont pas rattachés aux personnes, donc non plus à des genres, mais qu’ils sont induits par les situations elles-mêmes. Aussi, si l’on a l’habitude d’avoir du café à une réunion, il faut bien que du café soit fait et servi, et que qu...





