Speaker #0Salut salut ! Pour ce nouveau petit format des Slash Tag Bobines, c'est moi, Jeanne, qui reviens un peu te parler. Et aujourd'hui, avec une thématique un peu particulière, on va parler zombies, morts-vivants, revenants, tout le mot que tu veux utiliser pour parler de ces êtres humains, plus trop humains, mais qui aiment bien côtoyer les humains, avec le classique du genre. Parce que oui, s'il ne doit en rester qu'un, c'est bien la nuit des morts-vivants de George Romero qu'il faut garder selon moi. L'histoire est simple. Une jeune femme, Barbara, et son frère Johnny se font attaquer dans un cimetière par un drôle de bonhomme. Barbara s'en sort et trouve refuge dans une maison aux côtés de Ben, de la famille Cooper, et du couple formé par Tom et Judy. Mais bon, voilà, tu le devines, la maison se retrouve vite encerclée par ces femmes et hommes qui ne sont plus vraiment humains et qui sont particulièrement chelous. Et bon, ça sent pas très très bon. Ok, le scénario, jusque-là, est ultra classique, tu vas me dire. Rien d'innovant et d'original, on l'a revu mille fois depuis. Et Romero lui-même a souvent déclaré que son film était mal réalisé, un travail de débutant fait de bout de ficelle. Et en plus, quand tu vois la bande-annonce, tu te dis ok, ça c'est un zombie, mais ça me fait absolument pas peur, c'est pas du tout effrayant Et ouais, mais justement, comme je l'ai dit, c'est depuis. Parce qu'il faut se replacer dans le contexte. Lorsque La Nuit des Morts-Vivants sort, on est en 1968, la figure du zombie est une figure rare dans la pop culture, et le film va, en à peine 1h20, créer le mythe du mort-vivant occidental et contemporain. Mais avant ça, remontons un peu le temps. Et voyons de plus près cette histoire de mort vivant. Le zombie vient tout d'abord de la culture voodoo haïtienne du XVIe siècle. La zombification, c'est le châtiment ultime, une punition mystique infligée par le sorcier voodoo pour combler le vide et l'inefficacité de la justice des hommes et surtout celle des colonisateurs. C'est un moyen pour les esclaves de renverser le pouvoir en devenant à ce moment-là les maîtres. On va priver une personne de son libre arbitre et empêcher la mort de venir à lui. pour le punir de ses mauvaises actions. Il est désormais coincé dans un monde qui ne peut plus être le sien, puisqu'il ne peut plus agir comme bon lui semble, et il doit agir en esclave, aux ordres de celui qui aura réclamé sa zombification. Le zombie alors n'est pas un mort revenu à la vie, c'est un homme qui ne peut plus décider de sa vie, qui n'a plus la liberté, et ça, c'est pire que la mort en fait. On est loin du zombie actuel. Il ne veut pas manger de chair fraîche, il n'est pas victime d'un virus ou d'un monstre enragé qui croque à tout bout de champ tout le monde. Ça, ça va venir plus tard. Donc pour le moment, et jusqu'au début du XXe siècle, on n'est pas sur une figure horrifique occidentale codifiée, comme le vampire par exemple. Et à part par-ci par-là dans la littérature ou au cinéma, on n'en entend pas vraiment parler. Sauf que, en 1932, White Zombie, le premier film d'Hollywood avec un zombie, apparaît. On va commencer alors à observer un retournement de situation. Le zombie C'est un personnage vide pour l'Occident. On peut lui faire dire et le faire devenir ce qu'on veut. C'est absolument pas comme Dracula, par exemple, ou comme les vampires, qui sont tellement ancrés dans nos imaginaires que on peut pas décider du jour au lendemain de dire Ok, mon personnage de vampire, il va kiffer la Yoli C'est plus facile du coup de s'emparer du zombie et de le remplir grâce à notre imagination. Et le XXe siècle, c'est le siècle des bouleversements sociétaux et sociaux. Entre le capitalisme, les guerres, les génocides qui succèdent, les nouvelles manières de travailler, l'individualisme, la nouvelle manière de repenser la famille, la société, etc. On a besoin de figures qui vont être aux ordres de notre imagination. Et c'est là que le zombie humain privé de son libre arbitre tombe à pic. Il devient l'illustration des angoisses occidentales, c'est-à-dire devenir un esclave moderne au service de son usine ou de pulsions de consommation. permanente. C'est-à-dire aussi qu'il risque de devenir invisible dans la société et de mourir socialement tout en restant en vie. C'est le monstre qui représente l'angoisse du chaos et de la destruction du monde lisse d'aujourd'hui et qui révèle, surtout, l'inhumanité des hommes et des femmes par un terrible jeu de miroir. Et c'est là qu'on revient vers George Romero. George Romero, c'est cet ancien publicitaire qui décide en 1968 de réaliser son premier film avec des amis. Il adapte Je suis une légende de Richard Matheson, une nouvelle publiée en 1954. Il le fait de manière film d'exploitation, destiné aux drive-in et aux ados américains pour se faire remarquer et se lancer. Il le voit vraiment comme un tremplin pour sa carrière. La nuit des morts vivants devient alors un huis clos en noir et blanc. parce que c'est moins cher, caméra à l'épaule parce que ça aussi ça coûte moins cher, et qui fait jouer ses propres producteurs et pour lequel on emprunte la voiture de la mère d'une des actrices parce qu'on n'a pas les moyens d'en acheter une exprès. Ou aussi dans lequel on utilise plutôt de la sauce chocolat que du faux sang parce que évidemment ça coûte aussi moins cher et qu'avec le noir et blanc ça permet d'être plus réaliste. La vie des morts vivants, c'est vraiment un film d'amis. Il est réalisé assez naïvement dans ses effets spéciaux, dans sa manière de tourner les choses, et pourtant il est vraiment fondateur. Quand on le regarde, on regarde vraiment un film moderne pour énormément de raisons. Déjà comme on l'a vu un petit peu plus tôt, la thématique. Le zombie, c'est pas encore un personnage qu'on voit régulièrement, mais aussi, et je pense surtout, dans son ancrage dans la société américaine, alors en pleine contre-culture. On ne peut pas passer à côté du personnage de Ben. L'acteur Dwayne Johnson, qui interprète Ben, le personnage principal, est noir. Et je rappelle juste à l'époque qu'aux Etats-Unis, nous sommes en plein mouvement des droits civiques et que Martin Luther King est assassiné quelques jours avant la sortie du film. Même s'il se défend d'avoir choisi Dwayne Johnson parce qu'il est noir, et il dira que c'est parce qu'il joue bien, George Romero réalise un film sociétal et il avoue plus tard dans différentes interviews qu'inconsciemment son film est influencé par le contexte sociopolitique américain de la fin des années 60. La guerre du Vietnam, le mouvement des droits civiques, en fait c'est une critique assez herbicide. Et il faut quand même parler de la fin où les tueurs ne sont finalement pas ceux qu'on imaginait au départ. Bon, on n'en parlera pas, cette fois je ne spoil pas, mais on est quand même face à un film qui n'est pas super super positif. Il est ultra violent, et encore aujourd'hui, petit aparté, je dirais juste qu'un enfant peut en cacher un autre. à toi de voir la rêve et pour ça à toi de voir le film. Mais du coup un film qui est vraiment angoissant et provoquant. Ici on a vraiment un film avec un scénario révolutionnaire pour l'époque. Il n'y a rien qui coche les conventions du genre de l'époque. On n'a pas de romance, même si on a un couple de jeunes ados. On n'a pas d'héroïsme, on n'a pas de happy end. En revanche, ce qu'on a, ce sont des personnages ultra parano qui vont se tirer dans les pattes en permanence. Et c'est quand même tout un symbole de se rendre compte que c'est à cause de la famille parfaite américaine, qui est à l'image de la famille des années 50, qui va enchaîner les mauvais choix et qui va faire que le groupe va aller à la catastrophe. Le film est plutôt lent. Ça, je peux pas te mentir, il n'y a pas d'explosion, il ne se passe pas 15 attaques à la minute, il n'y a pas du sang qui gicle, d'une veine, d'une artère à tout moment, ça c'est clair et net. Mais le scénario est tellement bien construit... que la sensation d'étouffement et d'oppression va crescendo, et que la violence est de plus en plus inévitable, et du coup, c'est terrible. On sent venir l'horreur, mais on n'arrive pas à détecter d'où elle va provenir. De l'intérieur ? De l'extérieur ? De ses semblables ou de l'étranger effrayant ? De mon côté, j'ai ressenti bien plus de frayeur devant La Nuit des Morts Vivants que devant Hérédité de Harry Astor par exemple, qui a pourtant fait énormément parler de lui. La frayeur de Barbara, elle aurait pu être la mienne. L'énergie du désespoir de Ben aussi. Et forcément, on se met à leur place, on se demande qu'est-ce qu'on aurait fait, parce qu'il n'y a pas de bonne solution. Et la fin est véritablement glaçante. Alors Simon, moi... né début des années 90 et du coup biberonné aux zombies et aux références multiples à la saga Romero, ressent de la frousse. Franchement, j'ose pas imaginer à la sortie de ce premier opus ce que ça a dû être. Et oui, premier opus parce que La Nuit des Morts Vivants, c'est le premier d'une série de six films. George Romero, il va revenir aux zombies régulièrement dans sa carrière, qui est un peu en dents de scie, et ça jusqu'en 2009. Et tous vont... au-delà de l'ambition de faire peur, être des critiques acerbes de la société. A chaque fois, il essaye de critiquer le consumérisme, la manière d'être avec ses semblables, et c'est à mon sens ce qui fait la force de la série Mort Vivant. Elle apporte une vraie réflexion sur notre humanité, et c'est ça qu'on cherche dans les films d'horreur, c'est un miroir de la société. Donc voilà, depuis la sortie de ce film, la figure du zombie s'est multipliée et s'est vraiment affinée. et elle s'est aussi imposée. Aujourd'hui, les zombies qu'on connaît, ils consomment de la chair en permanence. Personne n'est épargné, ni les enfants, ni les femmes. Ils contaminent par leur morsure, mais on ne sait pas qui est vraiment le patient zéro et surtout, on ne sait pas comment les vaincre définitivement. Le cerveau est mort, mais c'est pourtant ce qu'il faut écraser pour s'en sortir. Et c'est marrant, parce qu'en fait, tout ça, tous ces codes du genre, eh bien en fait, ce sont des codes que Romero a installés dans la nuit des morts vivants. Et les films d'aujourd'hui de zombies n'existeraient pas sans celui-ci. Des films de zombies, il y en a des centaines et des centaines. On peut du coup en avoir plein en tête. Je peux te citer Resident Evil, 28 jours plus tard, 28 semaines plus tard. Je peux également te citer Zombieland, Zombielennium. Bref, il y en a à toutes les sauces. Mais du coup, j'en profite aussi pour te présenter mes autres classiques du genre. Et tu vas voir, ils sont tous différents les uns des autres. Le premier dont je voudrais parler, c'est vraiment un film méconnu. C'est Warm Bodies Renaissance, une rom-com façon Romeo et Juliette zombifique de Jonathan Levine sorti en 2013. C'est pas du tout effrayant, mais c'est super chouette dans le genre. Après, je voudrais citer Shaun of the Dead, évidemment, la comédie horrifique parfaite d'Edgar Wright, difficile de faire l'impasse de la trilogie Cornetto de toute manière quel que soit le genre de film dont on va parler. Après, je voudrais parler de Reanimator. de Stuart Gordon, le premier. Un joli mix entre mort vivant et Frankenstein, et je trouve ça assez réjouissant. C'est entre la parodie et le film d'horreur, et ça fonctionne très bien. Après, je voudrais citer Dernier train pour Busan, un film d'horreur extrêmement efficace en huis clos de Yeon Sang-ho, qui vraiment remplit à merveille son rôle de film d'horreur. Et enfin, parce qu'on ne peut pas faire l'impasse ces dernières années sur cette série, je voudrais juste citer la saison 1. et uniquement la une de Walking Dead, qui reste pour moi une véritable réussite visuelle, quelles qu'en soient les suites et les failles scénaristiques. Difficile de faire le tour de ce chef-d'oeuvre de l'horreur qu'est La Nuit des Morts-Vivants en 10 minutes. Et si je t'ai pas donné envie de découvrir ou redécouvrir ce monument du genre, je te dirais juste que les actrices et acteurs qui jouent les morts-vivants ont mangé de réelles entrailles et tripes froides pour leur rôle. Et rien que pour ce sacrifice en l'honneur du cinéma d'horreur, On peut quand même prendre 96 minutes de sa vie et lancer le film libre de droit en plus, puisque le copyright a été oublié sur le titre la veille de sa sortie. Et si la figure du zombie t'intéresse et tu veux en apprendre un petit peu plus sur sa place dans la pop culture, je t'invite vraiment à aller voir la websérie documentaire Tous Zombies d'Arte Créative réalisée par Dimitri Kourchtyn, qui est vraiment passionnante. Maintenant je te laisse, je te souhaite un bon visionnage de film, quel qu'il soit, même si... J'aimerais bien que tu regardes la nuit des morts vivants. Et on se retrouve bientôt, je l'espère, et surtout, j'espère, avec tous mes comparses.