Speaker #0Vous les entendez, vous ? Tous ces sons du quotidien ? Vous pourriez en identifier ? Là, comme ça ? La sonnerie du réveil ? Le jet d'eau sous la douche ? Les bruits ambiants de la voiture ? Du bus ? Du train ? Du métro ? Les sons de vos pas, qui ralentissent lorsque vous arrivez à destination, les voix de tous ces gens que vous croisez presque tous les jours, le bruit des notifications de votre téléphone. C'est vrai qu'à force d'être toujours là, ils finissent par devenir presque inaudibles, ces sons ambiants qui nous tournent autour, la musique de nos habitudes en quelque sorte. Une partition routinière, bien huilée, sur laquelle nous jouons chaque jour la répétition de nos faits et gestes, comme les notes d'une portée. Une mélodie connue, reconnue, dès les premières mesures. C'est qu'elle a été jouée si souvent, par vous, par nous, par d'autres, par vous avec les autres. Ce morceau de musique, entendu si souvent, tellement, que vous en connaissez tous les rythmes, tous les changements, toutes les attaques. La mélopée des évidences, en quelque sorte, celle qui ne connaît aucun changement, aucun mouvement brusque, aucune embuscade. Une mélodie commune à l'oreille, jusqu'à ce que survienne la dissonance. Jusque là, ça allait, il y avait beaucoup ou peu à en dire. C'était bien, ou du moins acceptable, jusqu'à ce moment, jusqu'à ce que ça change, pour vous, jusqu'à la dissonance. Ce truc, ce machin, ce je-ne-sais-quoi qui vous a accroché l'oreille plus ou moins longtemps, la dissonance, cette chose, ce petit bruit, ce cri, cette distraction qui vous a sorti de votre zone de confort. Oui. C'est bien elle, la dissonance, comme une étoile, elle file, elle fuse. L'avez-vous vue ? Vraiment ? Parce que là, autour de vous, tout est comme d'habitude, les choses ressemblent à ce qu'elles étaient. à ce qu'elles ont toujours été. Et à la fois, quelque chose semble différent. Tout est pareil, et en même temps, rien n'est plus comme avant. Comme si nos perceptions n'arrivaient plus à s'accorder avec ce qui se propose. Quelque chose ne va plus. Alors que jusqu'ici, Tout paraissait simple, ou du moins pas si difficile. Et maintenant, il y a cette sensation désagréable. Ça irrite d'abord, une fois, avant que ça devienne quotidien. Ça dérange, ça ne nous lâche plus. Une sensation indéfinissable et à la fois désagréable, qui semble n'avoir aucun mot, sauf la dissonance. Un grain de sable dans les rouages, qui perturbe la consonance, en allant à l'encontre de ce que nous considérons comme « la » . Suite logique, celle qui fait sens, la dissonance, ce moustique qui ruine nos nuits en volant l'oreille de nos oreilles pour nous piquer et saboter la quiétude de notre sommeil, la dissonance. Cette vieille porte, mal huilée, qui chante le désintérêt subi, le manque d'entretien, de considération à son égard, à chaque mouvement. Elle est grinçante, la dissonance. La dissonance est comme un larsen qui fuse à travers une enceinte. Un son qui percute l'oreille, qui tend le corps, crispe l'essence, jusqu'à ce qu'elle cesse ou qu'elle nous pousse à fuir, pour ne plus subir. La dissonance est un monstre qui brise l'harmonie de nos vies. Et pourtant, est-ce qu'elle ne serait que ça ? La dissonance, n'aurait-elle pas autre chose à nous dire ? Parce qu'après tout, un mot reste un mot. Prenez le temps d'épler chacune des lettres de ce mot et de les observer comme un objet, pour voir les choses autrement. D, I, S, S, O, N A-N-C-E Alors, c'est vrai, la dissonance est un mot qui désigne ce manque d'harmonie aux limites de la cacophonie. Seulement, lorsque notre attention se met en état d'alerte face à la dissonance, c'est pour observer ce qui se propose, car la dissonance est factuelle. Comme une image, dans ce cas. Si nous pouvions voir en photographie la dissonance, que pourrions-nous observer dans ces détails ? La dissonance nous provoque, nous choque, c'est vrai. Et à la fois, elle nous incite à réagir, à ressentir, pour décider de choisir. Et si, lorsque la dissonance nous provoque, C'est pour nous sortir de notre détection passive de ce qui nous entoure, pour nous pousser à entendre mieux, à s'écouter avec attention. Et si la dissonance se présente comme une ode à la lenteur, une voix en contresens des précipitations ambiantes, pourriez-vous alors accepter cette invitation ? à ralentir le rythme, car à trop vouloir aller plus vite que la musique, nous finissons souvent par oublier qu'il est impossible de vivre au présent la seconde d'après. Et si lorsque la dissonance tonne, c'est pour affirmer au monde et aussi à nous-mêmes Que la foudre est bel et bien tombée sur nous, et qu'un incendie brûle là où personne ne regarde. Dans ce cas, pourriez-vous accueillir l'idée de quitter la contrainte qui vous encercle, pour peut-être découvrir votre propre rythme et oser suivre votre propre direction ? Et si lorsque la dissonance bourdonne et se répète ? C'est pour nous mettre en garde sur l'absence, la perte de repères dans cette atmosphère, certes familière et à la fois ô combien délétère. En quelque sorte, une réponse à un désaccord interne face aux règles d'usage, aux habitudes, aux attentes que nous suivons, même lorsqu'elles nous dérangent. ou qu'elle nous blesse. Vous voyez, vous savez, ces situations qui durent parce qu'on a toujours fait comme ça, parce qu'on estime qu'on n'a pas le choix, parce que tenir montre qu'on n'est pas faible, parce qu'on croit qu'on n'est pas assez bien, qu'on ne vaut pas assez pour s'opposer. Et si la dissonance explose pour revendiquer notre humanité, notre unicité, notre capacité à sortir des habitudes, à surprendre, à tenter l'impossible, à ajouter notre petit supplément d'âme dans cet indéfinissable charme qu'est la vie ? Et si finalement, la dissonance est un droit, le droit de ne pas toujours agir ou réagir comme prévu. Car lorsque ça fait mal, lorsque tous nos sens sont mobilisés pour nous garder debout face à l'inacceptable, pour nous forcer à tenir contre l'insupportable, Lorsque nous sentons que c'en est trop et qu'il faut que ça cesse, nous avons le droit de laisser sa place à la dissonance pour écouter ce qu'elle éveille à l'intérieur de nous et s'autoriser à dire « Stop, la dissonance n'est pas un monstre » . C'est juste un mot, aux multiples facettes, car rien n'est figé. Notre conscience est en perpétuel mouvement.