- Speaker #0
Depuis le murmure du vent dans une branche creuse,
- Speaker #1
du simple sifflet jusqu'aux créations les plus fascinantes,
- Speaker #0
la flûte, c'est l'histoire du souffle qui devient musique.
- Speaker #1
La flûte nous raconte l'aventure de l'humanité.
- Speaker #0
Bonjour les amis flûtistes et flutophiles, bienvenue dans notre podcast Souffle Partagé.
- Speaker #1
Eh oui, vous l'avez certainement deviné, nous allons parler de flûte, de flûte au pluriel avec beaucoup de S à la fin, puisque nous allons vous raconter l'histoire des flûtes du monde entier.
- Speaker #0
Je suis Annie Ploquin-Rignol, flûtiste et passionnée, très passionnée, et même très très très passionnée de flûte du monde.
- Speaker #1
Moi, je m'appelle Jean-Daniel Thalma, je suis flûtiste, facteur de flûte, et moi aussi, je suis passionné de toutes les flûtes, de tous les horizons.
- Speaker #0
Bienvenue sur le chemin du souffle partagé. Bonjour Jean-Daniel.
- Speaker #1
Bonjour Annie.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on se retrouve pour un épisode un peu spécial. Tu nous expliques ?
- Speaker #1
Alors oui, avec plaisir. Annie m'a lancé un défi. sous la forme d'une série de devinettes sonores. Alors de quoi s'agit-il ? Annie m'a envoyé 5 extraits sonores qu'elle a piochés dans son immense sonothèque de flûtes du monde sans me donner plus d'informations. A moi d'essayer de retrouver d'où viennent ces flûtes et à quelle famille de flûtes elles appartiennent. Et pour mener ces petites enquêtes successives, je ne pourrais m'aider que de mes deux oreilles, de ma mémoire, et de la culture des flûtes du monde, culture que je me suis forgée depuis toutes ces années, passée à fabriquer des flûtes en écoutant des sons venus d'ailleurs. Pour essayer de retrouver l'identité de ces instruments, je vais écouter attentivement le son lui-même, le son de ces flûtes, leur texture, leur couleur, leur timbre, mais aussi la manière de faire sonner l'instrument, comment le musicien attaque le son, Ses respirations, son phrasé, son placement rythmique, les ornementations qu'il utilise dans son jeu. Je vais également jeter une oreille à l'espace dans lequel la flûte est jouée. Est-elle accompagnée par de la voix ou d'autres instruments ? Accompagne-t-elle une activité ou un chant ou autre chose ? Dans quel contexte acoustique est-elle jouée ? L'espace est-il ouvert ? Le flûtiste est-il seul ou dans une foule avec un groupe ? Je vais également être attentif aux gammes, aux modes, à l'accordage des instruments, leur tempérament, les échelles sonores qu'on entend. Bref, je vais tenter comme un détective de déceler dans ce que j'entends tous les indices qui peuvent me permettre de retrouver l'identité et la provenance des différentes flûtes que nous allons écouter ensemble. Parce que oui... Vous ne pensez tout de même pas que nous allions, Annie et moi, vous laisser sur le côté ? Vous allez pouvoir jouer avec nous ! Voilà comment ça va se passer. Nous allons écouter ensemble l'extrait sonore. Chacun pourra, de son côté, imaginer d'où viennent ces flûtes, à quelle famille elles appartiennent, etc. Ensuite, je donnerai ma réponse à Annie. Et enfin, Annie nous dévoilera... qui se cache derrière le son que nous venons d'écouter. Et chacun d'entre vous pourra donc savoir si sa réponse est ou la mienne, son ou est juste. Alors, installez-vous bien confortablement, tendez l'oreille, et à vos marques, prêt, feu, écoutons ! Premier extrait ! Déjà, on entend un son qui est assez rond et avec beaucoup d'harmonique. C'est-à-dire qu'on a un son de base et puis il y a des notes partielles qui se détachent. Mais ce son de base qui est assez sombre, il est vraiment bien présent. Et il est d'autant plus sombre que c'est un son qui est assez sombre. plus présents aussi qu'on entend beaucoup de souffle avec. Donc c'est une flûte vraisemblablement, moi je pense à une flûte à embouchure libre, donc type neille. La présence, il y a une légère présence, alors j'ai du mal à discerner si c'est la voix ou si c'est une harmonique qui prédomine, mais en tout cas il y a clairement des moments où il y a deux fréquences qui sont émises. Ça peut être aussi des fréquences qui sont une double fréquence qui est dans le mode de jeu lui-même. C'est-à-dire que dans certaines pratiques de flûte, le musicien va réussir à jouer une note. souvent une note grave qui correspond au premier registre, à la première octave de la flûte, et en même temps, en saturant légèrement le son, avec une technique de souffle assez fine, il va réussir à faire sortir l'octave ou la quinte. en même temps, donc émettre deux notes en même temps. C'est un type de jeu qui est assez difficile à maîtriser, que certains compositeurs en musique contemporaine ont aussi expérimenté. Après, l'échelle de cet extrait, moi, ça me renvoie pas mal à l'extrême-orient. Je dirais même peut-être la Perse, mais ça, c'est plus difficile pour moi d'être plus précis là-dessus. Voilà, on laisse Annie nous dévoiler de quoi il s'agit.
- Speaker #0
Bravo Jean-Daniel, tu as deviné que c'était une flûte dite oblique dans le langage courant, en fait une flûte à embouchure et arrête de jeu terminale. Si vous voulez en savoir plus sur la question, vous pouvez vous reporter à notre épisode « Introduction au monde des flûtes » . Ce que nous venons d'entendre provient d'un CD qui a pour titre « Night Music of West Sumatra » . La musique a été enregistrée entre 1990 et 1992 par le chercheur Philippe Janpolski. Il s'agit donc d'une flûte appelée saluang. C'est un instrument emblématique des Minang Kabaou, groupe ethnique de l'ouest de Sumatra. Sumatra, c'est une grande île d'Indonésie au nord-ouest de Java et Bali. Cette flûte saluang, c'est un simple tube de bambou ouvert au debout, comme tu l'as dit. Jean Daniel, comme toutes les flûtes à embouchure et à raide de jeu terminale, dans lequel on a percé ici 4 trous de jeu, mais il peut y en avoir de 3 à 6. C'est une flûte qui peut mesurer entre 40 et 80 cm de longueur, pour un diamètre qui peut aller de 2 à 4 cm environ. Donc elle est tenue obliquement contre la bouche pour diriger le souffle sur la raide terminale. Et les flûtistes pratiquent la respiration circulaire, ou souffle continu. Donc le souffle flûtiste gonfle les joues. pour stocker l'air, il pousse l'air avec la langue tout en aspirant par le nez, d'où cette impression que les flûtistes jouent sans respirer. Évidemment, ils respirent. Donc la flûte saluang, elle donne son nom à tout un style de musique, Minangkabau, dont elle est l'instrument principal, même, je crois, l'instrument unique. Elle est accompagnée, ou bien elle accompagne, souvent on dit que les instruments accompagnent le chant, mais là, en l'occurrence, je crois que c'est plutôt le chant qui accompagne la flûte. Il peut y avoir de 1 à 3 chanteurs. La flûte ornemente, vous l'avez entendu très richement, les mélodies, et elle joue en continu, et les chanteurs interviennent par intermittence, en superposition à la flûte. Si j'ai bien compris, les flûtistes sont souvent des professionnels, en tout cas, les chanteurs le sont souvent, donc je présume que les flûtistes aussi. Ce style de musique est joué lors de célébrations familiales, comme les mariages, circoncisions, récoltes, une nouvelle maison, etc. L'ambitus utilisé... Petit lexique express, l'ambitus c'est l'intervalle entre la note la plus grave et la note la plus aiguë utilisée dans une certaine mélodie. Donc l'ambitus utilisé est assez réduit, environ une quinte, avec des modes et des tempéraments qui sont variables suivant les flûtes et suivant les morceaux. Pour donner un exemple, le mi, enfin on l'appelle le mi mais la tierce par rapport à la note fondamentale, mettons que ça soit un mi, peut osciller entre mi bémol et mi naturel en passant par tous les intermédiaires. Et notamment par le jeu des trous de jeux partiellement bouchés. Alors les ornements utilisés déroutent parfois nos oreilles occidentales, mais si on insiste un peu et qu'on écoute un peu longtemps, c'est juste magnifique et d'une incroyable richesse. Tu veux ajouter quelque chose Jean-Daniel ?
- Speaker #1
Alors j'étais loin géographiquement, j'étais très loin. C'est vrai qu'effectivement il y a la technique de respiration circulaire que j'avais moi aussi identifiée mais dont j'ai oublié de vous parler. Ça me fait écho aux traditions de Gazba en Afrique du Nord avec le même contexte de jeu, c'est-à-dire des flûtes obliques qui font un tapis sonore aux chanteurs. Avec pareil, la même technique de respiration circulaire à un ambitus très réduit. Le jeu des gaz-bas est un peu plus rythmique.
- Speaker #0
C'est vrai que les flûtes dites obliques à emboussures et arrêtes de jeux terminales, on les trouve beaucoup en Moyen-Orient,
- Speaker #1
Afrique du Nord,
- Speaker #0
Maghreb, dans les Balkans. Donc à partir du moment où tu avais identifié la flûte, c'était un peu compliqué d'aller chercher aussi loin. Mais d'un autre côté, comme tu viens de le dire, moi je suis toujours fascinée comme... dans des cultures très éloignées, aussi bien géographiquement que culturellement, on peut avoir des parentés incroyables. C'est très étonnant. Pour ce morceau-là, on va vous en faire écouter un extrait un petit peu plus long pour vous faire entendre notamment le chant.
- Speaker #1
Allez, c'est parti pour le deuxième extrait. Alors pour ce deuxième extrait. Comme vous l'avez entendu, ce qui saute aux oreilles, c'est la technique de jeu qui est vraiment très très très très ornementée, avec beaucoup de trilles, beaucoup de petits coups de doigt rythmiques, des ornementations qui sont vraiment très... très très riche et très nombreuse. Il y a un gros soutien au niveau du souffle. On l'entend vraiment, c'est très percussif et même dans la manière de souffler, on sent qu'il y a beaucoup de soutien. Moi, ça me fait penser à une flûte à siffler comme on va trouver en Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Macédoine, ce coin-là, des Balkans. Juste à la frontière de l'Anatolie. Ce qui me fait penser aussi à ça, c'est l'échelle de l'instrument. C'est assez aigu. Moi, ce qui me fait encore plus penser à cette région du monde, c'est aussi le type de musique. type d'ornementation rythmique qui va arriver à la fin de l'extrait sonore. Il y a une petite mélodie qui est introduite. Tout le reste de l'extrait sonore, c'est une longue introduction du mode. Donc de l'échelle, le mode, c'est les notes qu'on a choisies sur la flûte et qui vont permettre de construire le morceau. Et juste à la toute fin de l'extrait, il y a le début d'exposition d'un thème, d'une mélodie. Et si je ne me trompe pas, c'est une mélodie en sept temps avec un phrasé rythmique qui est très proche de ce que moi je connais dans les musiques des Balkans et d'Anatolie.
- Speaker #0
mais Annie va nous donner une réponse beaucoup plus précise que la mienne alors un énorme bravo parce que moi je pense que je n'aurais pas trouvé donc il s'agit, nous dit-on dans le titre, d'une flûte à bec ou bien dans le commentaire, on nous parle d'un flageolet venu de Bulgarie effectivement et sur le CD, le morceau porte un titre évocateur Musique à programme, le troupeau perdu flûte à bec. On y entend vraiment deux ambiances. D'abord une grande phrase libre, mélancolique, un peu comme un appel dans la montagne. C'est l'état d'âme du berger qui a perdu ses moutons, qui les cherche, qui les appelle. Et puis vers la fin de l'extrait, on peut imaginer que le berger retrouve son troupeau et... et se réjouit, le rythme s'anime, comme une danse, dans ce fameux 7-8. Et cette pièce est issue d'un très beau coffret-livre de 4 disques, collection internationale de musique populaire, édité à partir des archives de Constantin Brahi-Loyou, le grand ethnomusicologue roumain de la première moitié du XXe siècle. Bien sûr, comme d'habitude, on vous met toutes les coordonnées dans les notes de l'épisode.
- Speaker #1
Voici maintenant le troisième extrait qu'on vous a sélectionné. Alors là, on a un extrait qui est assez stupéfiant, parce que déjà, ce qui saute aux oreilles, c'est qu'on entend plus le souffle. que la note elle-même. Et ça, c'est juste, moi je trouve ça infiniment poétique. Alors moi, il me semble que c'est, déjà la typologie de la flûte, pour moi c'est une flûte type flûte de pan. Donc une flûte à embouchure libre qui est faite de plusieurs tuyaux. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on entend que le souffle, entre les notes, il y a des petits silences. Enfin, pas vraiment un silence, mais en tout cas, on entend le souffle entre deux tubes. C'est-à-dire, il y a des micros... Comment exprimer ça ? T'as une idée ?
- Speaker #0
Moi je dirais que ça saute. d'un tube à l'autre.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. En fait, quand on a déjà joué de la flûte de pan, c'est un phénomène qu'on connaît assez bien. C'est-à-dire que quand on veut faire deux notes continues, on va faire passer le tube devant nos lèvres et forcément, quand on est entre deux tubes, on est dans le vide. Et donc, ça crée des micro-inflexions comme ça. Donc ça, c'est ce petit détail, en fait, qui nous permet de dire que, très certainement, c'est des flûtes de pan. Ensuite... C'est un son aussi qui est assez... Donc on entend le souffle avec le son fondamental assez peu présent. On entend surtout les petites harmoniques qui sont très délicates parce que du coup, vu que la note n'est pas vraiment émise, on a surtout le spectre harmonique qui se dégage. Et ça, moi qui connais un peu ces types de flûtes aussi, c'est forcément des tubes qui sont Pour faire sonner le tube comme ça, il faut forcément que le tube soit assez étroit. Ce qui est le cas pour la plupart des flux de pan extra-européens. Parce qu'en Europe, les flux de pan qu'on utilise, généralement, les tubes sont un peu plus ouverts. La localisation, alors ça c'est beaucoup plus difficile. La mélodie se joue sur une tessiture qui est très limitée. Je pencherais pour quelque chose qui vient du Pacifique, notamment la culture des flûtes de pente des îles Salomon, des choses comme ça. Je donne maintenant la parole à Annie.
- Speaker #0
Jean-Daniel, tu es vraiment très très fort. Alors effectivement, c'est une flûte étrange qu'on appelle Gouloupob, mais je vous en dirai plus un petit peu plus loin, et qui vient, tu n'étais pas très loin, elle vient de Papouasie-Nouvelle-Guinée, et plus précisément du peuple Ouli qui vit dans le centre-sud de cette immense île d'Océanie. On appelle ce type d'instrument des flûtes de pan en faisceau, mais je pense qu'il vaudrait mieux dire flûte polycalame en faisceau. Et si vous voulez en savoir plus sur les flûtes de pan, écoutez notre épisode introduction au monde des flûtes. Concrètement, ces flûtes, c'est comme un paquet de tuyaux, de bambous en l'occurrence, ou de roseaux, assemblés non pas côte à côte comme dans les flûtes de pan qu'on connaît le plus souvent, mais groupés ensemble comme... comme si on faisait un fagot de bois. Et ce qui frappe effectivement, c'est le son. D'ailleurs, ce n'est pas vraiment un son au sens habituel du terme, mais plutôt comme un murmure ou comme une ombre de son. Aussi, techniquement, vu l'agencement des tubes entre eux, c'est impossible de souffler directement dans les tubes situés au centre du faisceau pour obtenir un son au sens habituel du terme. Voilà ce que nous dit le livret de ce CD qui s'appelle Musique de Papouasie Nouvelle-Guinée et qui est édité par Bouddha Musique. « Gouloupob » , c'est le terme général qui désigne toutes les flûtes de pan de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ici, l'instrument n'a pas de nom spécifique. C'est une flûte en faisceau jouée uniquement par les hommes initiés. Elle comporte 7 tuyaux de bambou, mais je suis d'accord, moi j'ai entendu que 5 notes, de longueurs différentes, bouchées à la base par un nœud naturel. Le plus long de ces tuyaux, de ces tubes, mesure environ 50 cm. Ces flûtes... Et ça, c'est moi qui le précise, comme beaucoup d'autres flûtes dans cette région du monde, sont interdites à la vue des femmes et des non-initiés. Elles sont conservées dans les hausstambaram, les maisons des esprits, des lieux sacrés qui sont exclusivement réservés aux hommes. Ces maisons sont parfois de véritables édifices, hauts de 20 mètres, où on entrepose des masques, des statues représentant les esprits des défunts et donc des instruments de musique sacrée. Alors, on trouve aussi des flûtes interdites à la vue des femmes, pour des raisons sacrées, dans la vallée du fleuve Sépic, ça c'est toujours en Papouasie-Nouvelle-Guinée, mais c'est à 500 km de la région du peuple Ouli, et c'est une culture assez différente, même s'il y a des parentés. Et des flûtes interdites aux femmes, on en trouve aussi très loin de cette région, en Amazonie, dans le Oshingu, dans l'état du Mato Grosso au Brésil. Et peut-être ailleurs, mais ça je ne le sais pas. Et quant aux flûtes de paon-faisceau, on en rencontre pas mal ailleurs en Océanie, dans les îles Salomon, effectivement, tu as raison, au Vanuatu, dans d'autres îles, et également en Asie, notamment au Cambodge, où cette fois d'ailleurs, c'est assez rare pour être souligné, elles sont jouées par des femmes, parce que dans le monde, les flûtes jouées par des femmes, c'est exceptionnel. On vous conseille vivement de lire l'article de Patrick Kersalé sur les flûtes de paon en faisceau de Mélanésie sur le site flûtesdepan.fr. Le lien se trouve dans les notes de l'épisode. Et d'ailleurs, profitez-en pour aller explorer Géosique, le site de Patrick Kersalé. Vous y découvrirez d'autres exemples de flûtes de pan en faisceau et d'ailleurs bien d'autres flûtes.
- Speaker #1
Vous êtes encore là ? Alors on vous propose d'écouter le quatrième extrait. Alors voici un extrait qui est absolument étrange et déroutant. J'ai du mal déjà à savoir quel type de flûte est jouée. Il y a des moments où j'ai l'impression que ça pourrait être une flûte à conduit, type flûte à bec, flûte à sifflet. Et en même temps, je ne pense pas. Il y a des moments où j'ai l'impression que ça pourrait être une flûte à arrêt de jeu terminale, type Ney, ce qu'on appelle vulgairement les flûtes obliques. Il y a des moments aussi où j'ai l'impression d'entendre une flûte traversière. Déjà, il y a l'acoustique du lieu dans lequel est joué l'instrument. Je pencherais pour une grotte. Il y a beaucoup de réverbérations.
- Speaker #0
Dans l'environnement sonore, on entend des petits bruits, des gens qui parlent, des choses comme ça. Puis après, il y a une forme d'écho aussi. Au début, j'avais l'impression que c'était quelqu'un qui répondait aux flûtistes. J'avais l'impression que c'était plutôt un écho. Ça pourrait être aussi en forêt, dans une forêt très très dense, où parfois on peut avoir aussi une forme d'écho comme ça. Donc il y a plusieurs pistes de réflexion sur le lieu. Après, c'est un jeu très staccato, très rythmique. J'ai l'impression aussi que le musicien chante dans l'instrument, mais je n'en suis pas certain. Il y a des moments où c'est vraiment cet extrait, pour moi, très, très, très déroutant, vous l'avez compris. Le jeu, l'acoustique est vraiment fabuleux. Il y a beaucoup de choses au niveau du timbre. de l'instrument, un son à la fois rond, mais très percussif, avec beaucoup d'harmonique, plein de choses qui se mélangent. Et là, j'avoue que je sèche un peu sur, par exemple, la provenance. Il y a aussi... quelque chose, moi j'ai vraiment l'impression d'entendre parler quelqu'un comme si c'était un dialogue la manière de jouer j'ai vraiment l'impression d'entendre quelqu'un qui interpelle une autre personne, donc un langage flûté qui est peut-être même pas de la musique mais juste un langage envoyer peut-être des informations j'en sais rien tout ça me ferait plutôt pencher pour l'Afrique mais j'en suis pas certain Alors je laisse ça... à Annie, le soin de nous dire tout, de nous révéler tous les secrets de cet extrait qui est mon coup de cœur.
- Speaker #1
Alors encore une fois, bravo Jean-Daniel. Pour l'Afrique, tu as raison, c'est une flûte qui nous vient du Zahir. Maintenant, c'est donc la République démocratique du Congo. Par contre, il y a plusieurs de tes questions auxquelles je ne vais pas pouvoir répondre. Par exemple, sur l'acoustique, je ne sais pas. Moi, je me demandais même si ce n'était pas de la réverbation créée au montage ou je ne sais pas. La deuxième question à laquelle je ne vais pas pouvoir répondre, c'est si c'est une flûte à conduit ou une flûte à embouchure libre. Par contre, c'est une flûte globulaire qu'on appelle souvent ocarina. Et comme on l'explique dans notre épisode introduction au monde des flûtes, les flûtes globulaires peuvent être à conduit ou à embouchure libre. Et là, ça n'est pas précisé. Dans cette région, moi, je pencherais plutôt pour embouchure libre. Mais je n'en suis pas sûre du tout. Pour comprendre comment fonctionnent ces flûtes globulaires, vous pouvez aussi aller écouter l'épisode dédié à l'acoustique des flûtes avec Augustin Ernoux. Cette flûte du Zahir s'appelle Lofo Longo. Elle vient de l'ethnie mongo, qui est l'un des grands groupes bantous de la région. Et alors malheureusement, vous l'avez compris, les infos précises manquent un peu. Cet extrait est tiré d'un CD qui s'appelle « Petite musique du Zahir » édité par Et il semble avoir été édité, si j'ai bien compris, en 1993. Et je crois qu'il est épuisé, on ne le trouve que d'occasion. Pourtant c'est un très très très beau disque. Le livret est signé par l'ethnomusicologue congolais Kongo Zabana. Et donc il nous dit ceci. pour nous expliquer dans quel état d'esprit a été fait ce CD. La présente sélection musicale délaisse les armadas de tambours ou de trompes et s'efforce de donner dans la dentelle, c'est-à-dire dans les petites musiques qui, malgré leur délicatesse, ne sont jamais mises en avant par l'autochtones et font office de sauteuses, de berceuses d'adultes, d'invocations d'esprit ou de lamentations. Et, contre toute attente, ces petites musiques s'avèrent les plus abordables dans une conception universaliste de l'expression de l'âme. Et sur la flûte elle-même, il précise simplement que « c'est une flûte utilisée pour le plaisir, jadis pour encourager les lutteurs » . Moi je trouve aussi que cette pièce, très virtuose, avec un brin de mélancolie subtile, je ne sais pas trop comment expliquer, c'est lié autant au timbre de la flûte qu'à la musique elle-même, et je trouve moi aussi que c'est une petite merveille.
- Speaker #0
Et est-ce qu'on sait s'il chante dans la flûte ou pas ?
- Speaker #1
Ça n'est pas dit dans le livret.
- Speaker #0
C'est bien aussi qu'on ait des extraits comme ça qui donnent de l'espace à l'imaginaire. Et on espère que vous y êtes sensibles aussi. Enfin, pour terminer, voici notre cinquième extrait. Là, la flûte, elle n'est pas seule, comme dans les autres extraits précédents. La flûte, elle est accompagnée déjà. Et à la compagne, ce qu'on entend en premier, c'est les percussions. Vraisemblablement, c'est des tambours qui sont joués à la main, je pense. Mais nous, on va se concentrer sur les flûtes. Le timbre de ces flûtes et la manière d'insuffler, l'attaque du souffle, me font directement penser à des simples tubes. Et je pense que ce n'est pas une flûte jouée par une seule personne, mais plutôt plusieurs tubes joués par plusieurs musiciens. Il y a un aspect très rythmique. Cette énergie, ce phrasé, qui est vraiment, à mon sens, typique, euh... groupe de tubes jouer ensemble c'est à dire que ça donne une dynamique au phrasé qui n'est pas du tout la même que quand on a un seul musicien qui joue plusieurs tubes seul il y a vraiment cette dynamique ce léger contre temps ce swing qui est un petit peu particulier Voilà, donc moi je pense que c'est des flûtes type flûte de pente, donc flûte à embouchure libre avec des tubes, et que ce n'est pas une flûte où tous les tubes sont réunis en fagots ou en faisceaux, comme on a vu précédemment. mais simplement des tubes qui sont joués par plusieurs personnes. Et je pense que les musiciens jouent deux tubes chacun. Ce qui me fait dire ça, c'est que la vitesse d'émission de certaines notes me semble difficile à obtenir. tenir avec juste un tube par musicien. Bon, après, ça peut se discuter. Ça double le chant aussi, où le chant s'appuie sur le jeu des flûtes. Je ne sais pas comment l'exprimer, mais en tout cas, voilà, c'est très proche. Le phrasé de la flûte et le phrasé du chant sont quasi identiques. C'est très répétitif. En fait, là, on vous a passé quelques minutes, mais la plage musicale dure 9 minutes 22 et ne s'arrête pas. C'est-à-dire que sûrement, ça a duré bien plus longtemps que 9 minutes 22. Il y a une espèce de côté de trance dans ce que propose la flûte et puis l'ensemble des musiciens. Je pense qu'il y a une pratique un peu comme ça autour de cet extrait sonore. Moi, personnellement, ça m'emmène tout de suite. C'est-à-dire, c'est presque comparable à la trance qu'on pourrait avoir avec de la musique électronique où on a un son qui revient comme ça, qui est répété, Et qui nous emmène dans un espèce de siphon où on se perd. Ou alors, au contraire, quelque chose qui va nous élever et on n'a plus pied. Voilà. En tout cas, c'est très efficace pour nous faire partir dans d'autres dimensions. Avec les percussions, le chant, la flûte, je pencherais plutôt pour une culture africaine. Mais après, d'où exactement, je ne sais pas. On va laisser à Annie le soin de nous révéler tout ça.
- Speaker #1
Tu as raison, c'est en Afrique. Plus exactement chez les Dogons du Mali. Alors concernant les sortes de flûtes... Il y a de l'idée, parce que c'est effectivement une musique communautaire, mais ça ne sont pas des tubes. Il y a deux flûtes appelées kélé, qui sont des flûtes traversières à quatre trous de jeu, et puis deux stiflets appelés soussoï, à trois trous. Ce sont ces stiflets, comme on trouve pas mal en Afrique de l'Ouest, qui sont taillés en cônes inversés. Donc on peut faire trois sons avec. Et puis bien sûr, il y a les percussions et le chant. mais c'est effectivement de la musique communautaire et je comprends bien ce que tu veux dire, je pense que je me serais laissée piéger aussi parce qu'on entend bien ces petits micro-décalages. Il s'agit d'un très beau disque produit par notre ami Patrick Kersalé, d'ailleurs au passage, profitez-en pour écouter son épisode passionnant toujours dans notre podcast Souffle Partagé, les flûtes dans le monde et cet épisode s'appelle Flûtes, Tradition, Diversité et Renouveau donc revenons à ce disque intitulé Cérémonie rituelle des Dogons. Les Dogons vivent au Mali et plus précisément autour ou sur la falaise de Bandiagara. C'est une falaise spectaculaire de 200 km de long jusqu'à 600 m de haut. Les Dogons y ont creusé des villages troglodytes, mais certains vivent aussi en bas de la falaise. C'est un site qui est classé par l'UNESCO. Leur religion animiste imprègne toute leur vie, y compris la musique. Et là, tu avais aussi raison. Jean Daniel. Ici, comme le raconte Patrick Kersalé dans ses commentaires, on assiste à, et je cite, la fête du Boulou au village de Tirelli. C'est une fête qui se déroule à la saison des premières pluies hivernales. C'est la plus importante des fêtes d'Augon. Elle comprend plusieurs cérémonies s'étalant sur plusieurs jours. On y consomme des nourritures rituelles faisant intervenir les principales céréales cultivées par les d'Augon. A cette occasion, le prêtre et le hogon Alors si j'ai bien compris, le hogon, c'est le chef spirituel du village. Donc le prêtre et le hogon distribuent aux cultivateurs, sous forme d'épis, les forces spirituelles du mille, sans lesquelles les graines qu'ils vont semer ne pourraient pas germer. À la fin du boulou, une chèvre est sacrifiée afin d'amener la pluie.
- Speaker #0
On espère que ça vous a plu. et que ça vous donnera envie de découvrir aussi d'autres sons, d'autres pratiques musicales, d'autres cultures sonores, d'autres espaces temps, d'autres espaces culturels, etc. On vous propose aussi, si vous en avez envie, de réécouter les épisodes en essayant cette fois-ci d'avoir peut-être une écoute un peu différente avec les éléments qu'on vous a fournis. Et ça vous aidera peut-être, si vous n'avez pas l'habitude, à goûter le son comme on goûte un bon plat. Essayez comme ça d'acquérir un vocabulaire pour pouvoir exprimer la prochaine fois que vous en parlez, des émotions autour du son, des expériences autour du son. Ce qui nous saute aux oreilles aussi à Annie et moi, et ce qu'on aime vous partager, c'est l'incroyable diversité de ces sons et de ces cultures autour des flûtes. Et là, on en a un exemple flagrant. Et moi, ce que j'aimerais vous inviter à faire, c'est continuer à vous plonger dans ces bains sonores, dans ces nouvelles découvertes. Et si ça vous a plu, n'hésitez pas à nous faire des petits commentaires ou à nous interpeller pour que l'on vous propose de nouveau des épisodes sur le même principe de découvertes sonores et de voyages culturels autour des flûtes. Depuis le murmure du vent dans une branche creuse,
- Speaker #1
du simple sifflet jusqu'aux créations les plus fascinantes,
- Speaker #0
la flûte, c'est l'histoire du souffle qui devient musique.
- Speaker #1
La flûte nous raconte l'aventure de l'humanité.
- Speaker #0
Nous vous donnons rendez-vous très bientôt sur le chemin du souffle partagé. A bientôt les amis flûtistes et flutophiles !