- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Soul R'n'B Diaspora, je suis ravi de vous retrouver pour une nouvelle session. Aujourd'hui, podcast dédié à Kenneth Babyface Edmonds, l'une des figures majeures du R'n'B et de la pop américaine des dernières décennies. Auteur, compositeur, producteur, chanteur et homme de la belle, rien que ça, il a façonné le son funk des années 80 et surtout des années 90 en écrivant et produisant des dizaines de tubes pour lui-même et pour d'autres artistes, parmi lesquels Boyz II Men, Whitney Houston, Bobby Brown, Tony Braxton, Madonna aussi, TLC et j'en passe. Et en termes de récompenses, Babyface s'est 11 Grammy Awards et 26 hits R&B en première position des charts. Alors nous allons dérouler le parcours de ce prodige. Comprendre comment il a pu régner sur le R'n'B des 90's et comment son influence s'est estompée au début des années 2000. Mais avant de commencer, n'oubliez pas de vous abonner au podcast, quelle que soit votre plateforme d'écoute, et surtout de le noter car cela aide énormément Soul R'n'B Diaspora pour son référencement. Né à Indianapolis le 10 avril 1959, Kenneth Edmonds commence sa carrière musicale dans le sillage du funk et du jazz-funk au milieu des années 70. Il débute avec le groupe Manchild et obtiendra avec ce dernier un succès d'estime avec Especially For You. Mais l'aventure de Manchild tournera court et après deux albums, le groupe se sépare. Mais durant l'enregistrement de ces deux disques, Kenneth rencontre Daryl Simons qui deviendra quelques années plus tard son producteur adjoint durant les 90's. Kenneth Edmonds, qui n'est autre que le frère aîné de Kevin et Melvin Edmonds du groupe After Seven, déménage à Cincinnati au début des années 80 et rejoint le groupe The Deal en tant que chanteur et guitariste pour épauler les vocalistes Darnell Briston et Carlos Green. Après des débuts tâtonnants, le groupe finit par être signé sur Solar Records et signe un hit dès son premier album intitulé Body Talk en 1984. Les deux albums suivants confirmeront le talent du groupe à travers les projets Material Thanks et Eye of a Stranger en 1988. Mais rongé par les tensions dans le groupe, car pas assez grand public, The Deal ne survivra pas à ce troisième album. Pour Kenneth Edmonds, l'aventure musicale s'arrête, mais une autre va débuter avec le batteur Antonio L.A. Reed. Les deux compères ont développé une forte amitié durant l'expérience The Deal. et Dick Griffey, le patron de Solar Records, a repéré leur talent d'écriture. Il va donc leur demander de produire un titre pour The Whispers et le résultat sera à la hauteur des attentes puisqu'il s'agira de Rock Steady.
- Speaker #1
Le texte
- Speaker #0
Lors d'une session en studio pour Solar Records, Bootsy Collins, notamment connu pour son impact sur le P-Funk, rend visite aux ingénieurs du son et lorsqu'il voit Kenneth Edmonds en train d'enregistrer une démo, le surnomme Babyface en référence à son apparence juvénile. Dans un premier temps, Kenneth Edmonds a été un des premiers à faire des vidéos sur le P-Funk. Kenette n'aimera pas ce surnom, puis s'en accommodera et le conservera en tant que marque de fabrique, car Babyface, il faut bien l'admettre, était plus impactant que Kenneth Edmonds. Après ce premier hit pour The Whispers, d'autres projets sont confiés au duo de producteurs, donc Reed et Babyface, tels que des sons pour Karen White et surtout Bobby Brown. Le duo de producteurs travaille notamment sur le second disque de Bobby, intitulé Don't Be Cruel. Reed et Babyface vont lui fournir... pas moins de 4 hits majeurs, Don't Be Cruel, qui donne le titre à l'album, Ronnie, Rock With Ausha et surtout Every Little Step. A la suite de ce coup de maître, l'industrie afro-américaine ne peut plus ignorer ce duo extrêmement prometteur. A la fin des années 80, épaulé de Daryl Simons, Reed et Babyface posent les bases de ce qui va devenir leur marque de fabrique, un style identifiable, des arrangements soignés et un sens redoutable. de la mélodie. En somme, il contribue à définir un son plus lisse, plus accessible et plus commercial qui mêle R'n'B, jazz, soul et new jack swing. Et au-delà de son talent et de sa qualité d'écriture, ce qui va faire le succès de Babyface, réside dans un parti pris assumé. Kenneth Edmonds compose une musique de gentleman, classieuse, n'hésite pas à adopter le point de vue des femmes, à contre-courant finalement d'une vision plutôt machiste, encore très présente. dans la culture afro-américaine des 90's. Dès 1986, Babyface sort en parallèle son premier disque Lovers, avec le single remarqué I Love You Babe. D'ailleurs, encore sous influence funk, dans l'esprit Solar Records. Mais on sent déjà que le son R&B est en train de se transformer. qui va définitivement l'installer en tant que pilier du R'n'B. Il confirme alors qu'il n'est pas seulement un compositeur pour les autres, mais aussi un interprète capable de porter ses propres chansons. Les hits Tender Lover, It's No Crime ou encore My Kinder Girl enfoncent le clou, Babyface et sa garde rapprochée, composée de L.A. Reid et Daryl Simons, deviennent les producteurs R'n'B à suivre, et ce trio tapera même dans l'œil, ou plutôt dans l'oreille, de Michael Jackson. Ce dernier pensera à eux pour produire son troisième album solo. Mais je vous ai déjà raconté cette anecdote dans l'épisode sur Elle et Louis, diffusé au mois de mars dans ce podcast. Face au succès qui se présente avec la production de l'album de Bobby Brown, j'en ai parlé, et le succès aussi en solo de Babyface, les deux acolytes, Babyface et Reed, décident de passer à la vitesse supérieure et de devenir patron de leur propre label, la Face Records, au tout début des années 90, et ce dernier jouera un rôle majeur dans la pop et le R'n'B des années 90. La Face devient un tremplin pour toute une nouvelle génération d'artistes, dont Tony Braxton, Boyz II Men, TLC, Usher et Outkast entre autres. Cette dimension, architecte d'une scène, est essentielle. Babyface n'est pas seulement un auteur à succès, il devient également un bâtisseur d'infrastructures musicales. A travers LaFace, il participe à faire émerger une esthétique dominante dans la musique urbaine américaine. Le label aide à populariser une forme de R'n'B élégante, très formatée pour la radio mais suffisamment émotionnelle. pour toucher un large public. Cette période le place au cœur de l'industrie, autant comme créateur que comme décideur. Dans son livre « Sing to me » , L.A. Reid expliquait qu'en plus de son don pour la musique, Babyface était un monstre de travail. Au début des années 90, Kenneth Edmonds compose sans cesse, jour et nuit, et le gratin du R&B se presse aux portes de son studio pour profiter de son aura. Et tout ce qu'il touche se transforme en or. People, les Jackson 5, Johnny Gill et Whitney Houston, entre autres, vont sortir plusieurs tubes mémorables estampillés LaFace Records. Son quatrième album solo, For the Cooling You, sorti en 1993, marque l'apogée de sa carrière en tant qu'interprète. Outre le titre éponyme de l'album, Babyface impose son style caractérisé par ses accords de piano et d'harmonie reconnaissable entre mille, comme sur le hit Never Keeping Secret. D'ailleurs, si vous écoutez Brief Again de Tony Braxton, I'm Ready de Tevin Campbell, Someone to Love de John B. ou encore Till You Do Me Right d'After 7, vous reconnaîtrez à coup sûr la patte du producteur. Créer son propre son, sa marque de fabrique, Merci. et réservé à l'élite des producteurs, un clan dont fait assurément partie Babyface. A noter que sur le disque For The Cooling You, Kenneth Edmonds va se réinventer en explorant une autre voix à travers une composition à contre-courant des standards R'n'B des années 90, une chanson guitare-voix intitulée When Can I See You Again.
- Speaker #2
I hear what you're saying but I swear that's not making sense So when can I see you ?
- Speaker #0
Pour la petite histoire, je connaissais beaucoup de personnes qui n'étaient pas fans de R'n'B à cette époque. Ces derniers reprochaient notamment ce côté répétitif, mielleux et parfois surjoué de cette soul. Mais à chaque fois que je faisais écouter ce titre, les personnes que je connaissais, mes amis, hallucinaient. Et ce titre de Babyface mettait tout le monde d'accord. Mais je dirais que le problème par la suite de Kenneth Edmonds, c'est qu'il s'est amusé à ne faire que ce type de composition durant quelques temps, délaissant les claviers qui avaient fait sa réputation. pour se concentrer exclusivement sur de la guitare voix. C'est la raison pour laquelle nous avons eu droit à Let It Flow de Tony Braxton sur la BO de Waiting To Excel, mais aussi There Is No Me Without You sur l'album Secret de la même Tony. On sent d'ailleurs un babyface coincé entre deux chaises sur son cinquième album intitulé The Day, sorti en 1996. L'album est plutôt de bonne facture, contient des hits tels que How Come, How Long, en duo avec Steve Wonder, ou encore Every Time I Close My Eyes, mais on sent que les claviers qui ont fait la renommée sont moins présents et que ce côté guitare-voix, parfois à l'excès, l'éloigne du public R'n'B. Le style babyface imprégné de romantisme commence à passer de mode, et d'autre part, le R'n'B devient plus urbain, plus brut, avec Teddy Riley et R. Kelly, bien entendu. Les thématiques abordées évoluent, et de nouveaux producteurs émergent, tels que Puff Daddy ou Timbaland, et ces productions épurées. Une nouvelle génération arrive, aussi, et avec elle de nouvelles aspirations, Alia, Destiny Childs, Drew Hill, Ginny Wine et même Lauryn Hill ! et Erika Badou apportent un vent de fraîcheur en quasiment 2-3 ans. Babyface est toujours sollicité, mais on sent que son âge d'or touche à sa fin. Et une des raisons qui font que son déclin commence réside également dans sa séparation intervenue quelques années plus tôt avec L.A. Reed. Les deux compositeurs sont restés amis, mais ils ne passent plus de temps et surtout n'écrivent plus ensemble. Ils ont pris des chemins différents puisque L.A. Reed revendra LaFace Records à la fin des années 90 pour devenir CEO d'Arista Records, comme si, quelque part, Babyface avait perdu un peu de son mojo dans sa séparation professionnelle avec Reed. Les sorties vont s'espacer entre ces différents projets, je pense à Face to Face sorti en 2001, soit 5 ans après The Day, si on exclut ses albums Unplugged on MTV et son disque de Noël, mais sans vraiment renouer avec des succès majeurs. Grown and Sexy, son album de 2005, enterrine l'évidence, le R&B a évolué, Babyface essaye de suivre la tendance, mais sans réussir à raccrocher les wagons. Sur ces deux disques, Babyface interprète tous ses morceaux en solo alors qu'il aurait peut-être dû inviter de nouveaux artistes afin de se challenger. Kenneth Edmonds a perdu sa formule magique et les changements incessants de label ne vont pas aider non plus puisqu'il va passer d'Epic à Arista, puis d'Arista chez Motown et enfin d'Evgem. De fait, il faudra attendre 7 ans pour que Babyface renoue avec un disque en adéquation avec son talent. en 2014, l'album partagé avec Tony Braxton, Love, Mariage & Divorce, est bien reçu par la critique. Ce dernier permet aux deux protagonistes de se rappeler aux bons souvenirs du public R&B, dans un clin d'œil appuyé au passé, Babyface ayant produit la majorité des trois premiers disques de Tony Braxton. Le single, Hurt You, se placera en première position des charts R&B durant quelques semaines. L'opus, lui, Love, Mariage & Divorce, recevra un Grammy en 2015 pour le meilleur album. Ces deux disques suivants, The Return of Tender Lover en 2015 et Girls Night Out en 2022, ne lui permettront pas de confirmer et de revenir sur le devant de la scène. Quoi qu'il en soit, la carrière de Babyface parle pour lui, il est et restera indéniablement un producteur majeur du... R'n'B. L'intégralité des titres qu'il a composés pour lui ou d'autres artistes est impressionnante. Il a travaillé sur des chansons majeures pour Madonna, Whitney Houston, Boyz II Men, Tony Braxton, Maria Carey, Eric Clapton, Céline Dion, Michael Jackson et bien d'autres. Sa capacité à écrire des balades universelles sans perdre en efficacité commerciale a fait sa renommée. Ses chansons avaient souvent une structure limpide, des refrains mémorables et une production qui mettait la voix au premier plan. C'est sans aucun doute cette signature qui explique en grande partie pourquoi il est devenu l'un des producteurs les plus demandés de sa génération. Son impact a été récompensé par de nombreux honneurs, dont 11 Grammy Awards, avec des hits en pagaille que j'ai évoqués plus tôt. Il fut également célébré par le Songwriters Hall of Fame pour son rôle dans l'écriture de plusieurs succès de la pop et du R&B. Cette reconnaissance institutionnelle confirme l'étendue de son influence. Babyface a durablement marqué la musique populaire américaine. Au fil du temps, il est aussi devenu une référence pour les nouvelles générations. Ses enregistrements ont servi de modèle à des producteurs, auteurs et chanteurs qui ont repris son mélange de sophistication mélodique, de sens du groove et d'efficacité radiophonique. Et peu d'artistes peuvent se targuer d'avoir autant façonné à la fois le son et l'économie d'un genre. En résumé, Babyface est une légende du R'n'B qui a traversé plusieurs époques, des débuts funk au sommet du New Jack Swing, puis à l'ère des balades R'n'B et des super productions pop, même s'il n'est plus au sommet depuis une vingtaine d'années. Nous voici arrivés à la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a permis de découvrir ou de vous remémorer l'oeuvre de Kenneth Edmonds, a.k.a. Babyface. Si vous avez aimé cet épisode, notez-le et partagez-le autour de vous. Je vous souhaite à toutes et à tous une belle semaine. Et je vous donne rendez-vous jeudi prochain pour un nouvel épisode de Soul R'n'B Diaspora. Bye bye !