- Speaker #0
Mon périple commence à Valence. Je fais la manche, donc pour pouvoir manger, boire, etc. Il y avait des ondes qui passaient, limite tu entendais mes ludos, sors-toi de là.
- Speaker #1
T'as rien à faire ici entre...
- Speaker #0
Exactement. Cette image, il y a encore maintenant dans ma tête. Ça m'aide beaucoup à pouvoir vivre, et je pense que ça va être là toute ma vie. Coluche, c'est un petit peu mon mentor. On m'appelle, dans la vie de tous les jours maintenant, le coluche de la propreté. Moi, en fait, je veux suivre son chemin, mais laisser la propreté pour tous. et dans le monde. C'est très ambitieux, mais je sais qu'un jour, on y arrivera. Moi, je veux changer les choses et me donner les moyens de pouvoir le faire avec l'implantation.
- Speaker #1
Ludovic, merci de ta présence. Ça me fait extrêmement plaisir, en particulier toi, parce que j'aime beaucoup le message que tu prônes. Ça doit faire deux ans à peu près que je suis un petit peu ce que tu fais. J'ai eu l'occasion de voir le livre que tu as sorti, etc. On va en reparler. Mais ça me tenait à cœur de t'avoir pour deux raisons. Déjà pour le message que tu véhicules et aussi pour la personne que tu es et que tu laisses transparaître à travers le réseau. Tu es une des rares personnes, je dirais, qui crée du contenu. qui a une certaine notoriété, mais qui reste, comment dire, authentique. En tout cas, on ne se connaît pas personnellement, mais c'est ce que beaucoup disent et ce qu'on ressent largement quand on ne te connaît qu'à travers les réseaux. Donc, ça me fait plaisir de t'avoir. J'espère que tu es en pleine forme.
- Speaker #0
Oui, merci. Mais moi aussi, ça me fait super plaisir d'être devant toi. Je te tutoie. Et non, vraiment, merci. Et puis, merci pour tout ce que tu dis. Parce que moi, je ne me sens pas... Je suis l'unevique, tout simplement. Le mec lambda qui veut changer les choses le plus simplement possible. En arrivant chez toi tout à l'heure déjà, j'ai peut-être changé la cour des choses. Pourquoi ? Il y a des espaces pour garer nos vélos et il y a des cadenas qui sont abandonnés. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je l'ai déclaré dans une application pour que la ville de Paris puisse venir le chercher. Parce que je trouve ça... c'est du gros n'importe quoi c'est juste pour te dire moi je veux changer les choses et je me donne les moyens de pouvoir le faire avec les moyens qu'on a et si on peut en rajouter c'est bien avec les moyens qu'on a c'est bien de le préciser d'ailleurs parce que c'est vraiment accessible à tous écoute
- Speaker #1
ce que je te propose c'est qu'on retrace un petit peu ton parcours et qu'on parte du Ludovic enfant aussi loin que tu te souviennes j'ai envie de dire T'étais quel enfant, toi, quand t'étais petit ? Quelle enfance tu as eue ? Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #0
En fait, j'étais un enfant quand même qui était perturbé. Pourquoi ? Parce que famille nombreuse, mes frères et sœurs ont fait des bêtises, donc l'influence. J'ai fait des fugues, malheureusement. J'étais pas bien dans ma peau. Je savais que j'étais une personne différente des autres. Mais je le comprenais pas et ça me perturbait. Et une fugue qui m'a énormément marqué. J'avais beaucoup de mal à en parler auparavant. Maintenant, depuis que je suis médiatisé, etc. Je peux garantir que les médias, ça donne envie de partager notre expérience. Je partais ce jour-là. sur Toulon. Et je tends mon pouce, une voiture s'arrête, une voiture blanche.
- Speaker #1
Avec quel âge, pardon, à cette époque ?
- Speaker #0
J'avais 13 ans, peut-être. Adolescent. Et le mec s'arrête, il ouvre sa fenêtre, il me dit, vous allez où ? Je dis, je vais sur Toulon. Mais il me dit, vas-y, monte, j'y vais aussi. Et puis quand je monte, t'as le clapet qui se ferme, et la vitre qui se remonte, et là... J'ai passé les détails, mais je suis victime de pédocriminalité. Et il m'amène, je ne pouvais pas sortir de la voiture, mais j'étais omnibulé pour partir sur Toulon. Je sors de la voiture après, quand on arrive sur Toulon, je vais à la police. Et je ne parle même pas de ce qui s'est passé. Je dis que j'ai fait une fugue et là, il me ramène chez moi. Et tu vois, j'ai attendu plus de 40 ans peut-être. 42, 43 ans pour en parler. Tu vois, vraiment. Maintenant, et ça me fait énormément de bien, j'en parle parce que ça arrive encore maintenant à tous ces jeunes enfants. Il faut qu'ils parlent. Il faut communiquer. C'est pour ça que j'insiste là-dessus, c'est important. Il faut vraiment... La communication, c'est la clé pour pouvoir changer les choses. Vraiment. Si on ne sait pas, on ne pourra pas agir. Si on sait, on pourra agir. voilà donc une enfance perturbée donc avec ça en plus et ma maman a appris la décision qu'une maman et qui dure pour une maman c'est de se séparer de son enfant mais pour que lui soit bien tu vois et donc elle a pris la décision de mettre à la das donc la dac la ds à l'époque c'était la ds 26 26 pourquoi parce que c'est dans la drôme et si les services sociaux Et on m'a placé dans une famille d'accueil.
- Speaker #1
À l'âge de 13 ans, toujours autour de ça ? Ouais,
- Speaker #0
13 ans et demi,
- Speaker #1
je suis resté jusqu'à ma majorité dans cette famille-là,
- Speaker #0
mais je l'ai vraiment très mal vécu.
- Speaker #1
À cause de la famille ?
- Speaker #0
Ouais, et puis déjà la famille, moi je me suis aperçu que ces gens-là, mais il y en a plein d'autres malheureusement, qui accueillent les enfants, mais c'est juste pour de l'argent. En fait, on est des liasses de billets pour ces gens-là. Et un souvenir dans cette famille, les gosses, leurs gosses, Merci. Ils sortaient d'une sorte de garde-manger, la bouche pleine. Et toi, tu les regardes en train de manger des gâteaux, des bonbons, et toi, tu ne peux pas toucher à tout ça. Pourquoi tu vas garder des enfants alors que tu es en train de les priver ? Pour avoir de l'argent, tout simplement.
- Speaker #1
Parce que pour expliquer le fonctionnement, en fait, eux s'engagent à te garder. En échange, ils reçoivent des...
- Speaker #0
Avec une éducation. Voilà, bien sûr. Normal, quoi. Parce que tes parents ne peuvent pas subvenir à tes besoins. Donc, ils prennent la décision de te placer dans une famille qui, eux, sont peut-être beaucoup plus aisés, etc. Mais qui sont suscités de te transmettre une éducation convenable. Mais ce qui a été, finalement, le contraire. Tu vois, donc, j'ai vu des choses. Ils nous ont fait travailler à la ferme. Tu vois, j'ai porté des ballots à la fourche et à la main. Des ballots de paille, des ballots de fourrage. Les ballots de fourrage, tu as 46 et 35 kilos. Donc, quand tu es gamin, quand tu as 15, 16 ans, il faut y aller, les monter. Si tu ne montes pas les ballots, tu n'as pas ton repas. Tu vois, voilà, c'est comme ça que j'ai vécu. Mais, il y a aussi, là, je crache peut-être sur cette famille-là, mais ils n'étaient pas tous comme ça, mais le cadre était juste féérique. J'étais dans un château. J'avais une chambre qui faisait 150 mètres carrés. T'imagines ? C'est incroyable. J'avais un lit, le lit de Louis XIV. Non, mais c'est vraiment ça. J'avais mes petits amis qui venaient me voir, c'était les Loires. Parce que c'est les Loires, c'est entre le rat et l'écureuil. Et moi, c'était interdit de leur donner à manger, mais moi, je prenais des petites noix et j'allais leur donner à manger. Je posais ça et ils criaient, ils criaient, ils ramassaient la loi, ils mangeaient leur truc et puis ils partaient. Et j'avais aussi cette grande fenêtre qui était pas loin de mon lit. Et quand une voiture passait, ça faisait le reflet des phares et t'avais comme des gros yeux qui étaient sur le mur. Je me suis dit, ah, je ne suis pas tout seul. Tu vois Donc voilà ça je l'ai bien vécu Tu vois Donc ça c'est mon enfance Et après j'en suis parti Un petit peu avant ma majorité à 17 ans et demi
- Speaker #1
Avec tout ce que t'as vécu à ce moment là Avant ta majorité T'étais quel type d'enfant Est-ce que t'étais par exemple très introverti Plutôt extraverti Est-ce que t'avais des passions particulières La lecture, la musique je ne sais pas ...
- Speaker #0
à ce moment là ou pas du tout alors moi j'aime beaucoup j'aimais beaucoup j'aime beaucoup la nature j'allais beaucoup champignons ramasser alors là on mange les champignons de paris les champignons de paris c'est les rosés des prés finalement et dans les campagnes y en a beaucoup j'allais ramasser les rosés des prés un bon rosé des prés à la poêle c'est super bon et j'allais ramasser toutes sortes de champignons je les connais bien un petit peu et langue de boeuf les pieds de mouton etc et j'allais chercher les châtaignes aussi j'adore les châtaignes la teigne. Voilà, donc, je voulais m'échapper un peu de tout ça, et donc j'allais me balader, j'étais souvent avec les bêtes, les brebis, les chèvres, les vaches, etc. J'en ai beaucoup de coups de main aux ouvriers qui étaient là-bas, eux, ils avaient un petit peu compris tout ce qui se passait. Et moi, j'étais, non, un enfant calme. J'étais perturbé chez moi, mais, tu vois, genre, chez moi, j'ai lancé une truelle. Sur mon demi-frère, il l'a reçu dans la cheville, je lui ai ouvert la cheville, tu vois. Pourquoi j'ai fait ça, j'en sais rien, je sais pas. Je m'en excuse d'ailleurs, mais encore une fois.
- Speaker #1
Il voit cette vidéo.
- Speaker #0
Mais voilà, et puis il y a ma sœur qui voulait me mettre un coup de fer, passer dans la figure, tu vois. Donc pourquoi il s'est passé tout ça, j'ai pas d'explication. Ça s'est passé, voilà. Mais à part ça, moi, j'adorais bricoler. J'adorais... Ma maman m'avait acheté une sorte de... Tu sais, d'une boîte à dessin, mais avec des trucs, avec des dents qui tournent comme ça, là.
- Speaker #1
Ah, pour faire des mandalas, ça s'appelle ? Je crois, ouais.
- Speaker #0
J'adorais faire ça. J'étais avec mon félin préféré, notre chatte Candy, Borgne, qui a été malheureusement tapée par une bagnole une fois elle est revenue avec l'œil comme ça. Mon Dieu, j'étais en panique. Et finalement, on l'a amené chez le médecin, etc. Bref, tout s'est bien passé par la suite. Et voilà, donc, j'adorais les fêtes en famille. J'adorais aider ma maman. faire la vaisselle et puis j'avais toujours ce sens ce sens un petit peu commerçant parce que j'ai aussi du commerce dans ma vie et avec ma maman je disais maman tu veux faire la vaisselle mais tu me donnes combien le bénéfice derrière je me rappelle quand on avait un poulailler et j'avais mis des auges avec du maïs, du blé etc et les poules venaient manger dans ces auges mais alors On faisait comme si on échangeait des sous et des cailloux. Comme si elle me payait. Et puis, vas-y, tu peux le servir. Ou alors, je faisais des crêpes à la maison et je vendais 20 centimes la crêpe. Maman, elle me dit, mais c'est moi qui ai payé la farine. C'est moi qui ai payé l'œuf. Donc, voilà, j'étais un peu comme ça. Mais je m'occupais beaucoup d'éroser le maman. Éroser ma maman, ça, c'était hyper important. Ah, j'étais nickel. aucune mauvaise herbe et surtout pas de mégots. Mes frères et sœurs fumaient et ils jetaient leurs mégots par terre. Alors, moi, je vais les voir. Ils m'ont dit, qu'est-ce que ça fout dans ma main ? On a les cendriers, quand même, je ne comprends pas. Maman ne nous a pas éduqués comme ça. Donc, arrêtez de faire ça. Déjà, quand j'étais gamin, j'étais hyper sensibilisé à tout ça. Moi, je suis né comme ça, en fait, avec un gros nez. C'est ce que j'allais dire,
- Speaker #1
on en reparlera juste après, ce qui t'a amené à ce que tu fais aujourd'hui notamment et ce pourquoi tu milites d'une certaine manière. Mais ça a démarré dès cet âge-là, cette mission de, ne serait-ce que de nettoyer les mauvaises herbes, enlever les mégots, etc. Dès cet âge-là, tu avais cette sensibilité particulière ?
- Speaker #0
Ah ouais, moi je suis né comme ça, vraiment. Comme je te l'ai dit, j'allais aux champignons, j'allais aussi à la chasse avec mon beau-père, mais par contre un peu comme tu connais Cécile. Si c'est impératrice, non, les petits stériles, elle allait à la chasse, mais elle sifflait pour faire partir la bestiole. Moi, je suis un peu comme ça aussi. Mais j'ai compris aussi qu'il fallait tuer, malheureusement, pour pouvoir manger. C'est le propre du carnivore. On est des carnivores, donc il ne faut pas l'oublier. Mais voilà, j'étais impuissant quand je passais dans les forêts, voir ces dépôts sauvages, voir ces carcasses de bagnoles. Mais qu'est-ce que ça fout là ? Tu vois, personne ne veut l'enlever. Je ne comprenais pas, en fait. Et la nature commençait à grignoter tout ça, des machines à laver. on va comprendre pourquoi il y a des machines à laver dans la forêt gros tas de gravats. Et là, j'étais d'une impuissance limite éternelle, tu vois. Et déjà, je me disais il faut que les choses, elles changent. Et là, tout petit, moi, je n'avais pas le pouvoir. Maintenant, je l'ai un petit peu.
- Speaker #1
On va en reparler, ça aussi. Du coup, tu quittes cette famille-là un peu avant tes 18 ans pour partir où ? Qu'est-ce que tu fais ? Et juste avant ça, si on peut parler de... Est-ce que tu avais des ambitions ? Professionnel, personnel particulier, à cet âge-là, tu te voyais faire un métier en particulier. Quand tu pensais à l'avenir, tu pensais à quoi exactement ? Est-ce que tu pensais à l'avenir peut-être aussi ?
- Speaker #0
Alors quand je suis parti de cette famille-là, j'ai donc très perturbé dans ma tête. Donc du coup, j'ai trois ans de retard à l'école. Donc en troisième, je suis allé au brevet des collèges. J'y suis allé, j'ai donné feuille blanche, je savais que je ne l'avais pas. Dans tous les cas... Malheureusement, j'avais la mentalité où je m'en foutais un peu et il ne faut pas faire ça, surtout pas, mais bon je l'ai fait et après je suis parti à l'armée. J'ai fait mes un jour et demi parce qu'à l'époque c'était un jour et demi, donc c'était en 93 et l'armée était obligatoire et donc mon un jour et demi je le fais en septembre et on me demande pendant ce jour et demi où je veux aller, moi je dis je veux être chasseur alpin, etc. dans les Alpes, tout ça, tout ça. Et finalement, je suis pris pour être chasseur alpin, j'y ai cru. Et j'intègre le contingent, j'intègre le CIECM, Centre d'instruction d'entraînement en montagne, à Barcelonette, le 24e BCA, 24e bataillon de chasseurs alpins. Et c'était juste magique, j'ai passé... à peu près un an trois quarts alors on n'est pas chez harry potter quoi tu ressembles un peu à quelques fois que je vais un petit match qui tombe mais voilà donc un an trois quarts et c'était j'ai signé un volant un vsl volontaire service long Moi je voulais m'engager, mais il s'est passé une dinguerie là-bas, j'ai eu un rapport avec un gars là-bas, et ça s'est su, malheureusement, et pas par moi, mais par la personne qui était avec moi, et du coup le commandant... C'est lui aux oreilles du commandant. Et il m'a dit, écoute, on ne veut plus de cette race-là chez nous. Donc, tu dégages, tu prends ta feuille. Ouais, tu prends. Race, pour qui il a dit ça, j'en sais rien. Il aurait pu dire, on ne veut pas d'homosexuels chez nous. Parce qu'il n'y a pas un problème de race. Bref, c'était comme ça. Il me donne la feuille, il me dit, tu prends ta feuille et tu t'en vas. Et je suis parti. Et là, je m'en vais. Mon périple à la rue commence.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Ça a été... Je ne savais pas où aller. Parce que déjà, j'étais un peu aussi un peu en froid. Alors, pourquoi ? J'en sais rien. J'étais un peu en froid avec ma famille et tout ça. Un peu rebelle aussi. Et du coup, je décide de faire ma vie tout seul. Et là, je m'en vais. Je m'en vais de... Mon périple commence à Valence. Valence. Et là, je fais la manche. Je fais la manche pour pouvoir manger, boire, etc. Et... Je m'assois, je suis assis à la gare, à Valence, les gens donnent, les gens sont très généreux, il ne faut pas l'oublier. Et il y a, comme la coïncidence, ma prof de français qui passe devant moi et qui me dit « mais Ludovic, qu'est-ce que tu fous là ? » Pour elle, tu vois, elle m'a regardé comme si c'était limite un échec par rapport à ce qu'elle nous a instruit. Tu peux aussi éduquer à l'école. Et je dis rien. Très mal à l'aise. Mais alors, j'étais vraiment très mal à l'aise. Et je prends sa valise. Je la suis. Je la monte au train. Et là, elle me tend un billet. Et que je refuse. Et elle me regarde comme ça. Et le visage était vraiment... Il était expressif. Mais il n'était pas strict. Ni content. Il était quand même... Il y avait des ondes qui passaient. Limite, tu entendais, mais Ludo, sors-toi de là.
- Speaker #1
T'as rien à faire ici,
- Speaker #0
entre eux. Exactement. Et ça, cette image, il y a encore maintenant dans ma tête. Ça m'aide beaucoup à pouvoir vivre. Et je pense que ça va être là toute ma vie. Ça va partir avec moi. Dans tous les cas, ça va mourir avec moi. Mais finalement, je remercie le... Le temps, la vie d'avoir eu cette nouvelle rencontre avec ce professeur de français. Et ensuite, là, je décide de partir.
- Speaker #1
C'est cette rencontre qui a eu le déclic de dire, là, il faut que je me sorte de là, entre guillemets ?
- Speaker #0
Oui, mais il y a ça, mais il y a aussi beaucoup, beaucoup de rencontres que j'ai pu faire pendant tout mon périple à la rue. parce que là vraiment après je monte sur Paris avec un sachet en plastique etc. Et on m'avait parlé de la prostitution au bois de Boulogne, parce qu'il y a la prostitution femme, mais il y a aussi la prostitution mec. Et on m'avait parlé de tout ça et moi j'avais rien et je suis allé à la facilité et finalement j'ai fait la prostitution pendant plus de dix ans. Donc je suis resté pendant plus de dix ans à la rue ouais. J'ai vécu des moments où il y avait beaucoup d'argent. Il y a de la drogue qui est passée devant moi. Et par contre, moi, je n'ai jamais rien touché. Mais par contre, j'ai eu pas mal d'argent, mais je ne l'ai jamais mis de côté. À l'époque, on savait que le lendemain, on allait réavoir de l'argent. Et on se disait, allez, on y va. Alors, on va en boîte de nuit, on va au restaurant. Il y a des clients qui nous invitent, etc. On va faire des shoppings. Mais pour le temps, je m'étais complètement négligé, finalement. Parce que je n'avais pas pensé à mon avenir, je n'ai pas pensé à ma carrière, je n'ai pas pensé à rien de tout ça. Je pensais juste sur le moment T. L'instant T, voilà. Et après, ce n'est pas des mauvaises années que j'ai vécues, c'est de l'expérience, finalement. Et j'ai rencontré une association qui s'appelle Au Captif, La Libération, qui s'occupe justement... de ces gens-là, donc des jeunes prostituées, et ils m'ont beaucoup aidé. Éducateurs, il y avait un centre, on pouvait manger, discuter, voir des psys si on avait besoin, etc. Bref, eux ils m'ont beaucoup aidé. Alors, quand je dis que j'ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de rencontres pendant mon périple, parce que quand je faisais la prostitution, mais pas que, j'allais aussi dans les associations pour pouvoir manger, même si il y a des fois j'avais de l'argent, mais il y a des fois j'avais rien. Donc du coup, il fallait laver son linge, il fallait essayer de trouver un hôtel ou quoi, alors ça c'était vraiment pas facile, puis appeler le SAMU social, des fois c'est très compliqué parce qu'ils vont t'emmener super loin, ou alors t'as des endroits où il y avait la gale, etc. Tu vois, tu voulais pas vivre, moi je voulais pas vivre tout ça, je me rappelle de la Mide-Pin par exemple, à Paris, alors je sais pas si ça existe encore, mais c'était horrible la Mide-Pin, mon dieu, c'était horrible, vraiment. bon ils avaient un toit etc mais Mais là, c'était chaud. Vraiment, c'était chaud. Et moi, je me disais, c'est pas moi qui voulais ça. Je voulais pas de ça. Et donc, j'ai rencontré l'ami de pain. J'ai vu aussi le surcoût catholique et les Restos du Coeur. Les Restos du Coeur. Ah, les Restos du Coeur, merci Coluche, lui toi, Coluche c'est un petit peu mon mentor. Tu vois, on m'appelle dans la vie de tous les jours maintenant, le Coluche de la propreté. Pourquoi ? Parce que c'est vrai que je mets souvent des salopettes et j'essaie de traduire mon message, de le mettre avec un peu d'humour, etc. Et lui, tu vois, ce qui est bien, lui, il a laissé vraiment un vrai message. Maintenant, c'est la solidarité entre les humains, c'est l'assiette du pauvre, tu vois. Et ça, c'est fort comme message, parce que c'est l'entraide. Et moi, en fait, je veux suivre son chemin, mais laisser la propreté pour tous, tu vois. Et dans le monde, c'est très ambitieux. Mais je sais qu'un jour, il y arrivera. Même quand je serai mort, sur mon épitaphe, il y aurait écrit « Jettez à la poubelle, je vous emmerderai jusqu'au bout. » Et pendant des générations, et encore et encore, et tant mieux, et tant mieux, parce que c'est pour ça que je fais tout ça. C'est pour qu'on puisse se souvenir qu'il y a des gens qui se battent, qui consacrent leur vie à des vrais messages, à la vraie influence. Et donc, pour en revenir à la rue, j'ai dormi à la péniche du cœur.
- Speaker #1
ok
- Speaker #0
des bénévoles incroyables. D'ailleurs, on m'a proposé d'aller à la rencontre maintenant des bénévoles là-bas, donc ça va être fou de revenir là-bas. Et c'est fou parce que t'es dans une chambre et tu es sous l'eau. Et t'as le hublot et t'as l'eau qui t'arrive ici et toi t'es là. Et limite, tu vois les petits poissons qui passent. Et c'est magique comme moment. Bon, sur le moment, c'est magique, mais les gars, il faut savoir qu'ils sont à la rue. Ils ont besoin d'aide.
- Speaker #1
À ce moment-là, pour revenir juste à cette partie de ta vie, tu vivais, comme tu l'as dit, au jour le jour, d'une certaine manière. Il n'y avait pas de notion d'avenir ou autre. Et il y a des moments en particulier pendant cette phase-là dont tu te souviens, qui t'ont marqué, qui t'ont appris des choses, qui t'ont impacté d'une manière ou d'une autre dans ta vie, que ce soit positif ou moins peut-être.
- Speaker #0
Alors, je dormais sur mes chaussures. Parce que je voulais pas qu'on me vole mes chaussures. Si t'as pas de chaussures pour marcher, c'est difficile. On n'est pas Tom Sawyer. Tom Sawyer, c'est que les années s'animaient, mais moi, je marche pas pieds nus. Heureusement, je mets pas les pieds. Mais oui, je dormais sur mes chaussures et je voulais pas qu'on me les vole. Ah là là ! Non, j'ai des moments de partage avec les mecs qui étaient dans la même situation que moi, où on jouait aux cartes, on racontait notre parcours, etc. Tu as des gens qui sont talentueux, tu as des écrivains, tu as des artistes, des gens qui jouent d'un instrument incroyablement bien, etc. Il y a toutes sortes de profils dans la rue. Et tout ce petit monde se mélange dans toutes les associations. Et il y en a qui veulent y arriver, en sortir de tout ça, comme moi. Et il y en a d'autres qui y sont depuis... Des décennies, mais qui malheureusement ne veulent plus, sont malheureusement découragées et leur situation leur satisfait. Tu vois, c'est malheureux, mais moi je l'ai entendu dire, je ne ferai plus rien, je reste comme ça et puis c'est tout. J'irai à tel endroit, tel endroit, tel endroit, tel endroit, tel endroit. Et finalement, c'est ça la journée. Tu vas manger là-bas, tu vas boire là-bas, tu vas jouer aux cartes là-bas, tu vas dîner là-bas, tu vas laver ton linge là-bas, tu vas te laver, etc. Bref, à Paris... Il faut savoir qu'il y a beaucoup d'aides pour les sans-domicile fixe. Et on peut manger, boire, dormir avec les associations. Les associations, en fait, ils peuvent s'en servir comme tremplin. Voilà, moi, c'est ce que j'ai fait, en tout cas. Et ça a fonctionné. Alors attention, je ne dis pas que je ne peux pas retomber à la rue. Je ne dis pas ça. Ça peut tomber du jour au lendemain. Il faut vachement bien gérer sa vie. C'est juste primordial. Et moi, je ne suis jamais sûr de rien. Je sais ce que je veux maintenant, mais il peut tout arriver.
- Speaker #1
Pour reparler de la rue, c'est très intéressant ce que tu dis. Moi, j'avais déjà échangé avec une personne qui vit dans la rue depuis, je crois, 20 ou 25 ans. Et j'ai l'impression qu'il y a deux types de personnes dans la rue. Il y a celles qui le subissent un peu et font en sorte de vraiment s'extirper de là. Et cette personne-là, elle m'a interpellé parce qu'elle avait reçu tout type d'aide, de propositions d'aide qu'elle refusait. Alors j'ai eu un échange de 10 minutes, je ne veux pas résumer toute sa vie, mais... Cette personne-là expliquait qu'en fait, la rue, c'était devenu sa vie et qu'elle ne se voyait pas vivre ailleurs. Elle avait ce besoin de bruit, de autre. Et le fait de se retrouver, par exemple, on lui proposait des chambres ou autre à certains endroits. C'était comme une angoisse de se retrouver dans un lieu où il n'y avait pas de bruit ou autre. C'est vraiment devenu son modèle de vie. Alors, est-ce que c'est les années qui ont fait que ?
- Speaker #0
Il y en a qui sont mieux dans la rue qu'ailleurs. Voilà, c'est ça. C'est comme ça, on ne pourra pas changer les choses, c'est eux qui le décident. Mais quand je vois un jeune, là par exemple, il y a un jeune où je travaille, dans une où je travaille régulièrement, il a 19 ans, je lui dis que tu es avec lui, je lui dis mais qu'est-ce que tu fais là garçon ? Quel âge as-tu ? Moi je pensais qu'il était mineur. Bon, il n'est pas mineur, il a 19 ans. Et il me dit, mais Ludo... On avait discuté, on s'est changé les prénoms, etc. Il me dit, Ludo, tu crois que je peux faire ton métier ? Ben oui, tu es jeune. Moi, je peux t'aider pour faire ton CV, l'aide aux motivations. Et ensuite, je le donnerai dans les personnes qu'il faut, etc. Tu seras contacté par la suite, mais il faut vraiment suivre les étapes. Donc là, on en est là. Moi, si je peux aider au maximum, je le fais. C'est hyper important. Parce qu'il a une phase dans sa vie où c'est compliqué avec sa famille, etc. Mais il ne faut pas qu'il se casse à l'aile. Parce que si il se casse à l'aile, il risque de devenir comme la personne que tu viens de me parler, à 25 ans, à la rue, etc. Et qu'il ne veut plus rien faire.
- Speaker #1
Oui, qu'il pense qu'il n'y a pas d'autres moyens ou possibilités.
- Speaker #0
Alors qu'il y a, vraiment. Mais après, ceux qui sont à la rue depuis 65, 70 ans, parce qu'il y en a, Qu'est-ce que tu veux faire ? C'est les gens qui boivent depuis des décennies, donc ils vont te demander un euro, tu sais très bien que c'est pour qu'ils s'achètent sa bouteille de vin. Et c'est son petit plaisir. Qu'est-ce que tu veux faire de plus ? Il faut être réaliste à un moment donné.
- Speaker #1
Tout à fait. Très intéressant. Tu as cette partie de plus ou moins dix années dans ta vie, avec la prostitution et les associations. Qu'est-ce qui te fait passer au chapitre suivant ? entre guillemets, de ta vie. Tu me parlais de la rencontre avec cette association exactement. À partir de quand tu vas passer à l'étape d'après et notamment commencer après ton combat plus intense, on va dire, pour la propreté de la planète ?
- Speaker #0
En fait, c'est grâce à Coralie Cortot. Coralie Cortot, c'est une journaliste. Et un jour, elle est partie voir l'association que je t'ai parlé, Captif Libération. Ils cherchaient une personne pour témoigner sur la prostitution à visage découvert. Et ils m'ont appelé, ils m'ont dit Ludo est-ce que tu veux faire ça, ça, ça, ça, on va te présenter quelqu'un, tout ça, tout ça. Mais écoute, on y va, pas de soucis, moi j'ai rien à perdre, je suis au bout, je suis dans le cas niveau là. C'est le cas de le dire, parce que je suis du travail maintenant. Mais on y va, on fonce, et puis du coup elle a fait un reportage sur tout ça, et c'était sans aucun doute, je sais pas si tu as connu ça, mais c'était le vendredi soir en deuxième partie sur TF1 avec Julien Courbet. Et en fait j'ai dit ce jour-là... Quand je suis passé en direct, etc., quand ils ont passé le reportage, magnifique reportage. J'ai dit j'arrête tout ça, j'arrête la prostitution, j'arrête ça, et j'ai donné ma parole à des millions de gens, et j'ai reçu des milliers de messages, des lettres que j'ai encore à la maison, c'est incroyable tout ce que j'ai reçu, et puis c'était le début aussi un petit peu d'internet, j'ai reçu plein de messages sur internet, j'ai reçu plein de courriers, c'est waouh, le soutien, et c'est beau parce que j'ai toujours eu la population avec moi.
- Speaker #1
Ouais c'est vrai, y'a pas de vape.
- Speaker #0
C'est grâce à eux que j'en suis là maintenant. Et du coup, ça a été le début de ma vie, on va dire ça comme ça. Et après, je suis parti sur Lyon. Après, j'ai rencontré un gars là-bas. On a monté une SCI, une société commune immobilière. C'est là que j'ai appris à être propriétaire. Ensuite, on a acheté un tabac, un bar de tabac qui s'appelle Boot Dog. entrepreneur du coup alors là c'est une snc c'est une société en commun donc patron un carrément et c'est donc c'est mon ex 1 voilà il a eu 51 51% des parts et moi j'en avais 49 et et voilà donc ça a duré quelques temps on s'est séparés voilà parce qu'on devait séparer la racheter des parts et moi je remonte sur Paris, mais cette fois-ci, une nouvelle fois à la rue, mais tiens-toi bien, avec 90 000 euros en poche. Et du coup, j'avais déjà visité un commerce que je voulais acheter, c'était une civette sur les grands boulevards, pas loin du Rex, et voilà, donc les 90 000 euros, c'était pour acheter le commerce que j'ai acheté par la suite, qui s'appelait à la renommée, donc j'ai eu un autre tabac, mais cette fois-ci, tabac sec, parce que le premier tabac que j'ai eu, c'était tabac Bar Tabac Presse, avec la France CD Jeux. Et là, j'avais juste tabac sec avec la France CD Jeux uniquement. Tabac sec, c'est quoi ? Une civette, c'est quoi ? C'est que tu ne vends que du tabac et tout ce qui est autour du tabac. Donc, les filtres, les papiers, etc. Et un peu de bibelots. Et je n'avais pas le droit de vendre de l'alcool. J'avais trouvé un filon. J'avais le droit de vendre des bibelots de Paris. Et tu avais des bouteilles Tour Eiffel vides. Je me suis dit, je vais mettre du cognac dedans. Et finalement, j'ai réussi à grimper les prix. Moi, j'étais capable de vendre une boîte d'allumettes. Et voilà, j'ai été deuxième fois patron. Et puis, il y a une personne qui vient me voir. Parce qu'en fait, je n'avais pas d'appartement. J'étais un patron sans appartement. Et je dormais dans mon commerce, dans la cave. Je n'avais pas le droit. Mais je dormais dans cette cave-là que j'avais aménagée avec un lit, etc. Bon, ce n'était pas... C'était pas très top, c'était très humide, etc. Et ma douche, je la prenais dans un sauna. Et j'avais connu un gars là-bas, je sais pas pourquoi, ça a flashé tout de suite, ça a matché tout de suite. Je lui ai dit, tu viens d'où ? Il me dit, je viens de San Francisco. Ok, cool. Ben écoute, là je commençais, je lui ai dit, écoute, je viendrai te voir un jour, nanani, nana, bref, voilà. Il s'avère que là, ça fait déjà un an que je bosse dans cette civette, et là je suis ultra méga fatigué.
- Speaker #1
C'est quoi qui te fatigue ?
- Speaker #0
Le temps, parce que les anciens propriétaires, ils travaillaient de 7h à 19h, 5 jours par semaine. Moi, je faisais 7h minuit, 7 jours par semaine.
- Speaker #1
Et tu étais seul ?
- Speaker #0
J'étais seul à gérer tout ça, la compta, le truc de bidule, le réassort, tout ça. J'étais fatigué. Et là, je me demandais, donc j'ai une petite communauté autour de moi, et bien sûr, quand tu es patron, tu as les petites abeilles qui sont là. C'est quand tu brasses 7000 euros par jour. Ah oui ok Ouais ouais Mais c'est Attention C'est pas ton argent C'est l'argent de l'état Également 100 ans Toi sur 7000 Tu vas prendre 300 Je connais Voilà Donc à l'époque C'était comme ça Maintenant j'en sais rien Mais Et du coup Je demande de l'aide Etc Et j'ai un pseudo ami Qui veut m'aider Donc il travaille les week-ends Etc 3 mois après Je fais l'inventaire Et bah C'est pas joli joli Je m'aperçois qu'il me manque du cash, il me manque des cartes téléphoniques, il me manque des jeux à gratter, il me manque des cigarettes, il me manque ça. Il y avait à hauteur de, à peu près 15 000 euros, il y avait un manque de 15 000 euros. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne comprenais pas, etc. Et je comprends très vite que finalement, c'était mon pote qui m'avait malheureusement volé. Ok, j'arrête tout avec cette personne-là, tout ça, et moi je vais à la banque. Je leur dis voilà, il me manque tant pour pouvoir, c'était ça, en 2008. pouvoir acheter mon tabac au cul du camion, parce que les buralistes, ils achètent au cul du camion avec un chèque de banque certifié. Tu n'as pas ce chèque-là, tu n'as pas ton tabac. Tu leur donnes le chèque, et là, ils t'amènent le tabac dans ton commerce et en sécurité. Le moment que c'est 15 000 dollars, la banque ne veut pas me faire un crédit ou quoi qu'est-ce. Non, vous débrouillez.
- Speaker #1
C'est la crise en plus. Oui,
- Speaker #0
2008, début de la crise. Ok, comment je fais ? Pas de tabac, pas d'ouverture finalement. Si j'ai pas de cigarette, je peux pas ouvrir. Ils s'en foutent, complètement. Pendant trois semaines, je vais me battre pour essayer d'avoir ce fameux chèque. Rien, que dalle. Ok, un jour j'arrive, je vais voir le banquier, je dis bonjour à... personne. J'étais énervé, mon Dieu. J'arrive avec une mallette. J'avais un peu d'argent dans cette mallette-là. Et je lui dis, écoutez, soit vous me faites mon chèque, là, maintenant, tout de suite, 15 000 balles, le chèque certifié, etc., pour que je puisse acheter mon tabac. Soit vous ne faites rien, je vous donne un quart d'heure. Et si vous ne faites rien, je vous balance l'éclat de mon commerce et je m'en vais. Je pars aux Etats-Unis. Et que ça, 15 minutes, c'est long. j'imagine ça dégoûte l'idée C'est une horreur. Lui aussi, il était mal à l'aise aussi, mais il ne pouvait rien faire. Et 15 minutes passées, je balance les clés. Je dois être le seul au monde qui a abandonné à peu près 300 000 euros. Comme ça. Et qui se cassent. Je suis parti aux Etats-Unis. Et là, je suis allé rejoindre le fameux gars que j'avais rencontré dans le sauna. Donc j'ai fait à peu près, j'ai fait beaucoup de kilomètres pour cette personne. Pour cette personne, je ne l'ai jamais vue à l'aéroport. Je ne l'ai jamais revue. En plus, jamais revue. Et ensuite, voilà. Donc, j'ai perdu. Quand je dis que j'ai perdu 300 000, c'est quoi ? C'est parce qu'en fait, quand tu as un tabac, tu ne peux pas vendre pendant trois ans. Une fois que tu as passé les trois ans, tu peux revendre. Mais moi, comme j'avais ouvert de 7h à minuit, le chiffre, ça avait explosé le chiffre. Alors, j'avais Malboro qui venait nous visiter. Et pour le coup, j'avais triplé les commandes de chez Malboro. à l'époque, Philippe Maurice, quoi. Et ils étaient contents, bref. Voilà, donc, pour le coup, j'ai perdu le fil, attends, excuse-moi, là on est aux Etats-Unis ?
- Speaker #1
Ouais, c'est ça, tu viens d'arriver aux Etats-Unis. Voilà,
- Speaker #0
donc là on arrive aux Etats-Unis. Alors San Francisco, mon péril, c'est la capitale liée par excellence. Et il fallait que je vois ça, et du coup j'ai vu. Et je suis rentré, en fait j'ai fait des allers-retours, parce que quand on est français,
- Speaker #1
à l'époque,
- Speaker #0
Là, ça a changé maintenant, mais c'était beaucoup plus accessible. T'avais un... T'avais... Y'avait pas besoin de demander visa ou quoi qu'est. T'avais juste ton passeport biométrique, paf, le tampon, terminé. Tu remplais un papier dans l'avion. Ta petite carte verte avec ton adresse, des cartons d'argent, etc. Puis voilà, ça, c'est ta carte verte pour ton séjour aux Etats-Unis. Terminé. C'était ça. Maintenant, ça a changé. Parce qu'il paraît...
- Speaker #1
Plus complexe.
- Speaker #0
Ouais. Maintenant, tout ce qui est écologie, c'est interdit. Ouais. Je suis pas tout entendu, mais...
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
ouais, ouais. Bref, voilà. Aux Etats-Unis, ça a été un périple de fou. Après, j'ai dû rentrer en France parce que j'ai été... Je ne sais pas ce qui s'est passé. J'ai passé une dinguerie. Aux Etats-Unis, quand tu vas faire la fête, tous les bars ferment à 2h du matin. Mais avant ça, un quart d'heure avant, il sonne une cloche. Et là, tu as tout le monde qui vient au bar. Et vas-y, ils boivent tout ce qu'ils peuvent. Je voyais tout ça, mais j'étais déjà pieds lourds. J'étais déjà complètement bourré. Et là, je marche. Et puis je me réveille trois heures après, dans un parc. Il y a un mec qui me dit « It's your face, come on, we're in an ambulance ! » Donc il me dit « Touchez mon visage et viens avec moi dans l'ambulance. » Il y avait une ambulance qui était là, on va comprendre. Là, je me touche, éléphant de manne, je vois mon bras complètement tout rouge, le sang, il avait coulé partout. Et Halloween, le truc. Halloween ! Je vais dans l'ambulance, je m'allonge, je me retourne dans la vitre, et là, je vois mon visage. Vraiment, tout était enflé. Et en fait, je prends mes dents, les quatre premières là, et je les bouge, je me dis putain j'ai perdu mes dents Et je ne sais pas ce qui s'est passé encore à l'heure où je te parle. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je pense qu'il y a eu agression. Mais je n'en sais rien. Parce que j'ai eu des marques de strangulation quand même. Ils ont fait des tests par rapport à la drogue. Je n'ai pas été drogué. Rien de tout ça. Et voilà. Après, je suis reparti en France. Le vis-à-vis de la France.
- Speaker #1
C'est le gouvernement qui t'a fait rentrer en France ? Oui,
- Speaker #0
oui, oui. J'avais 7 points ici et 8 points ici. Et j'avais une marque ici. Je te montre les photos. Tu vas être bluffé. Et voilà. Et là, je me retrouve une fois à la rue. Plus rien. Et là, je m'en vais sur Pigalle. Moi qui connais bien Pigalle, qui adore Pigalle. Parce que Pigalle, c'est un village dans Paris. Et c'est vrai que tout le monde se connaît. Et là, je rencontre... Je vais dans un cinéma porno. Et en fait, je n'ai pas mis les pieds dans le cinéma. J'ai mis les pieds juste dans les escaliers. Et là, je vois une personne qui boit une bière. Et qui me dit « Bonjour monsieur, ça va ? » Je dis « Bah oui, ça va. Vous voulez une bière ? Ok, très bien. » Il me propose une bière aussi. et puis on discute j'ai passé mon temps sur les escaliers en train de discuter avec cette personne là après j'ai raconté ma vie écoute viens à la maison Je savais que j'étais à la rue, etc. Viens à la maison et puis on va t'aider. Et en fait, c'est lui, son copain, qui maintenant n'est plus de ce monde. Lui, il n'est plus de ce monde. Il est parti malheureusement d'ici là. Bref. Et il m'a énormément aidé. Ils m'ont énormément aidé tous les deux. Je revois actuellement, juste hier, j'étais chez son mari, donc Orfei, il s'appelle.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Ok, intéressant. Et eux t'ont aidé à... Alors oui,
- Speaker #0
il est sévé.
- Speaker #1
Ils t'ont hébergé ? Oui,
- Speaker #0
hébergé. Ils savaient que je n'avais rien, donc ils me donnaient de l'argent de poche. Quand tu es quelqu'un, quand tu décides d'aider quelqu'un, tu ne vas pas l'aider juste pour avoir... Il faut vraiment, quand tu prends quelqu'un sous ton aile, c'est de A à Z. Ils savaient que je n'avais pas d'argent, donc ils me donnaient de l'argent de poche. Ils savaient que je n'avais pas d'adresse, donc je pouvais faire venir mon courrier chez eux. Ils me donnaient des vêtements, etc. À manger, tout ça, tout ça. En fait, ils ont été un tremplin pour que je devienne ce que je suis devenu maintenant.
- Speaker #1
Ok. Tu envoies des CV ?
- Speaker #0
Oui, alors j'envoie des CV à l'hôpital. Et ça a fonctionné. L'hôpital...
- Speaker #1
Pour quel poste ?
- Speaker #0
Alors, pour être agent hospitalier. Et je reçois une réponse. de l'hôpital HGP, Hôpital Européen Georges Pompidou, dans le 15ème, et là on me propose de venir dans le bureau du directeur de pôle de l'époque, le pôle du Cancéro, et là on passe 4 heures dans son bureau, en train de vendre mon expérience. Et ça, il me dit, écoute, il m'a appelé Ludovic, on s'est tutoyé, etc. Très bien, j'ai fait revisiter le service, etc. Et déjà, il savait qu'ils allaient me proposer le poste. Et voilà, il me présente le poste, etc. Donc là, je me retrouve à la radiothérapie, en sous-sol. Il me dit, tu pourras ça, tu pourras ça, tu pourras ça, tu verras, ça va bien se passer. Tout ça, tout ça. Et là, je me retrouve... agent hospitalier, donc agent d'accueil pour les personnes qui sont malheureusement malades du cancer. Donc, toi, tous les cancers. Je me rappelle d'un moment où elle est partie, malheureusement, une gamine de 17 ans qui vient me voir qui me dit, Ludo, surtout embrasse mes parents, tu leur dis que je les aime. Et elle est partie. C'est horrible. Je ne suis pas le bonhomme, mais voilà, ça c'est la vie. Elle m'a tellement touché cette petite que... Même ça, tu vois, ça m'aide aussi à pouvoir aller loin dans la vie parce que c'est des moments forts.
- Speaker #1
Que tu n'oublies jamais.
- Speaker #0
Non, je ne peux pas oublier. Je ne pourrais pas oublier. Et voilà, donc là, je me retrouve en pôle cancéro. Après, je... Moi, je suis quelqu'un au boulot qui me donne à fond et j'ai jamais eu de soucis, toujours bien travaillé, etc. Respecter les horaires. Et finalement, il décide de me mettre en salle Donc, faire faisant fonction d'être soignant et en étant minome avec des infirmières. Toutes les infirmières voulaient travailler avec moi. Pourquoi ? Parce qu'ils m'appelaient l'homme sonnette. À chaque fois qu'il y avait quelqu'un qui sonnait dans une chambre, j'étais toujours là. Et j'étais au petit soin. On est là pour ça en fait. Les patients, parce qu'ils sont en train de combattre une maladie, ou ils sont là parce qu'ils ne sont pas bien. Et moi, j'ai adoré faire ça. J'ai vraiment kiffé. Et après, ils m'ont transféré dans un service. en soins de support, c'est le service cousin aux soins palliatifs. Et là, en fait, t'aider les gens à partir le plus sainement possible. C'est genre, ils te donnent la main, ils savent qu'ils vont partir, donc t'as une petite larme qui coule, et là ils te disent, j'espère que j'ai pensé à tout, j'espère que ma vie sera heureuse, etc. Et hop, plus rien, t'as les yeux qui se ferment petit à petit, et c'est terminé. C'est très, très dur. Parce que tu as la mort en face de toi.
- Speaker #1
Et tu y es confronté très régulièrement, en plus.
- Speaker #0
Oui, mais la vie, c'est ça. Et là, encore plus que d'autres. Parce que là, tu vas faire la toilette de la personne, etc. Il y a deux minutes, tu lui as parlé. Elle n'est plus là. Alors après, la chance qu'on a eue, c'est qu'on a été suivi par les psys. Donc si on voulait parler de tout ça, on pouvait. Moi, l'hôpital, ça a été un séjour incroyable. Donc, j'ai passé deux fois mon concours. La première fois, j'ai eu 13 pour être aide-soignant. La première fois, j'ai eu 13, il fallait avoir 17. Dommage. Je le repasse une deuxième fois, j'ai eu 15. Mais il fallait en voir d'une tête, j'étais sur les idées d'attente. Mais bon voilà, je ne l'ai pas eu, donc du coup, ça n'a été que des CDD. Et du coup, il fallait que je m'en aille. Mais il y avait une psychologue qui était là où je travaillais, elle me disait, Benito, je connais ton expérience et tout, je sais que tu bosses super bien, je sais que tu vas terminer bientôt, je te propose un autre poste, mais ailleurs, pas ici. Vas-y, je te prie rendez-vous, tout ça, tu y vas et tu verras. Et là, je vais dans un femme. un foyer d'aide médicalisée à Sartreville. Pardon, entre temps, j'ai oublié. J'ai oublié. Quand j'étais à la HGP, moi, j'étais encore à la rue.
- Speaker #1
Toujours, OK.
- Speaker #0
D'accord ? J'étais chez Orphée. Oui, sans nom de messieurs. Oui, oui. Chez mes potes. Mais à partir de là, j'achète le PAP, je vois un appartement, un duplex. ça tombe dans les sonnes J'ai dit, ouais, super, on va aller voir ça tout de suite. C'était pas cher, c'était 488 euros, etc. Très bien, j'y vais. Donc, je me rends même pas compte qu'il y avait 3 heures de retour. Mais c'est pas grave. Et j'y vais, je fais la visite, etc. Et là, ils acceptent. Mon premier appartement. J'étais heureux. Mon Dieu. J'ai embrassé le sol. C'était dégueulasse. J'ai embrassé le sol. Comme quand je suis arrivé à Paris pour la première fois, j'ai embrassé la tour Eiffel. C'était dégueulasse, mais je l'ai fait. Et du coup... « Waouh, enfin, ça y est, j'ai mon appartement. » Et voilà, ma vie commençait réellement, en fait, à rentrer dans la vie active, à part le permis que je n'ai pas, mais que je n'aurai jamais, mais aussi tous les autres trucs. Voilà, c'est les étapes qu'il faut passer, et tu les as, quoi. Voilà. Donc, là, on en arrive aux femmes. Donc, le foyer d'aide médicalisée, là, c'était à Sartreville. Alors, moi, j'habitais étampes. J'avais presque une matinée de transport. Mais bon, je n'avais pas le soin, il fallait un travail, etc. Donc, je vais aux femmes, j'accepte. Ils me proposent aussi un poste en tant qu'agent hospitalier aussi. Mais là, en faisant fonction d'aide-soignant, parce qu'il fallait faire des toilettes, tout ça. Et là, c'est des personnes autistes. Tu vois, c'est toute forme d'autiste. C'est une personne qui peut prendre une fourchette qui va te la planter. Une personne qui va manger ses sels. C'est tout ça. Donc, il faut gérer tout ça. Et moi, j'ai adoré aussi. Ça a duré plus de 4 ans et demi, cette histoire. Ils te mettent une claque quand même, ces gens-là. Parce que tu as une personne qui va écouter le Pirates des Caraïbes, qui va te le reproduire au piano.
- Speaker #1
Juste en l'écoutant.
- Speaker #0
Juste en l'écoutant. Tu as la personne qui va connaître tous les Disney, que ce soit les paroles, le générique, que ce soit le texte. Il va te sortir tout le dessin animé de A à Z. Il va les connaître tous. Par contre, il est impossible. Il ne communique pas. Il communique à travers ses dessins animés. Tu as toute forme d'autisme. Et moi, j'ai adoré faire ça. Mais après, c'est vrai que c'était très épuisant. Et il a fallu que je change. Parce que je voyais que mentalement, ça commençait à me toucher. Je m'étais vraiment attaché à tous ces gens. Et il fallait que je coupe le cordon. Et du coup, c'est là que j'ai envoyé les CV. Non, pardon. On vient me voir, le voisin de ma voisine, le copain de ma voisine, pardon, vient me voir et me dit, Milido, tu travailles super loin, tu sais que la ville de Paris recrute. Je dis, ah bon, et dans quoi ? Il me dit, eh bouheur, c'est toujours ce que j'ai voulu faire. Comment on fait ? On y va maintenant, tout de suite. Et là, il me donne l'adresse, j'envoie un CV de motivation encore une fois, et là, il me répond. Et voilà, donc, voilà, et après, j'ai quitté le FAM. J'ai attendu d'être pris, d'avoir fait le concours, parce que j'ai fait le concours d'Eboueur, qui a duré trois mois. Et ensuite, j'ai été pris et j'ai fait mes premiers pas en 2017 pour être Eboueur, sur le trottoir. Comme quoi, le trottoir, c'est l'histoire de ma vie, finalement.
- Speaker #1
Tu finis, ok. Et c'est de là, du coup, qu'on en vient à ton livre, que tu as sorti il y a quelques temps, 2022, et qui, du coup, retrace... Tout ça, et qui s'appelle, plus tard, Tu seras éboueur. Donc, c'était vraiment le chapitre final, entre guillemets, que tu voulais atteindre.
- Speaker #0
Oh, alors déjà, le livre, c'est chez City Editions. Je tiens bien à le préciser, il est en co-auteur avec Isabelle Millet. C'est une ancienne journaliste qui est devenue biographe. Moi, tout seul, écrire un livre, bon, c'est super compliqué. Mais par contre, il y a des punchlines qui viennent de moi. Et incroyable, elle m'a prêté sa plume, en fait, si tu veux. Elle m'a écouté, elle a écrit, elle a mis les mots sur ma vie.
- Speaker #1
Sur ton histoire.
- Speaker #0
Sur mon histoire. Et ça, c'est juste incroyable quand tu as appris à être biographe. J'ai passé un moment formidable. Et ouais, donc je raconte tout mon parcours dans ce livre-là. Et qu'on peut y arriver. Il ne faut jamais rien lâcher, jamais lâcher, même s'il y a des moments qui vont être plus durs que d'autres. que ce soit par rapport à la mort ou que ce soit par rapport à des péripéties qui nous arrivent, il ne faut pas lâcher. Il faut y aller. Et l'entourage est hyper important. L'entourage. Moi, comme je t'ai expliqué, les gens que j'ai rencontrés m'ont beaucoup, beaucoup, beaucoup aidé. Il y en a qui m'ont bien, pardon pour le terme, baisé la gueule, mais... Mais sinon, d'autres qui m'ont beaucoup, beaucoup aidé. Il faut accepter la main de l'autre.
- Speaker #1
Tu as des personnes pendant... quasi tout ton parcours de vie qui sont restés, avec qui tu es resté en contact.
- Speaker #0
Orphée, mais justement, on parlait de celui qui a accepté de m'héberger quand je n'avais rien. Je l'ai vu hier, je vais encore le revoir peut-être tout à l'heure, je ne sais pas si, mais demain, oui. On est très en contact. Là, il m'a fait super plaisir parce qu'il m'a dit, en fait, tu es le frère que je n'ai jamais su. On s'était engueulés juste avant ça. Juste avant ça, on s'était engueulés. Et il me dit, mais Ludo, en fait, t'es le frère que j'ai jamais eu, et ça m'a énormément touché. Oui, mais ça me touche encore. Parce que voilà, c'est quelqu'un qui mérite... Lui, il a été victime, toi aussi, d'une agression homophobe, coup de couteau du crâne, tout le visage ici, là. Quand tu le touches, il sursaute, quoi.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Voilà. Bon. Il a aussi vécu... Pas terrible ce qu'il a vécu.
- Speaker #1
Vous comprenez, du coup,
- Speaker #0
aussi...
- Speaker #1
j'ai fait toutes mes déclarations pour ça et du coup là tu es boueur ouais t'es fier de l'être tu t'épanouis au quotidien à quel moment tu décides de te lancer sur les réseaux et de plus militer je sais pas si c'est le bon terme mais pour une planète plus propre Ça vient naturellement ? Ça vient à quel moment ?
- Speaker #0
Je pense qu'on n'a pas besoin de militer pour agir. Je pense que militer, militant, ça appartient à ces mots qui sont malheureusement pour la politique, pour les syndicats. Moi, je suis hors de tout ça. Au contraire, j'essaie de prendre tout le monde et que l'on agisse ensemble. Peu importe ce que tu es, ce que tu fais dans ta vie, on doit agir. C'était quoi ta question ?
- Speaker #1
C'était à partir de quel moment tu as décidé de communiquer sur les réseaux ? Je ne sais pas, quel était tes premiers contenus ?
- Speaker #0
En fait, je me suis insulté derrière le cul du camion. Donc ça, c'était 2018, parce que j'ai fait mon année. Parce que quand tu arrives à la ville de Paris, tu fais une année de stage. Je t'ai stagérisé ensuite d'adbutoir. Tu es titulaire, et là tu peux demander à travailler ailleurs, à la ville de Paris toujours, en étant éboueur, mais faire d'autres tâches. Il faut savoir qu'à Paris tu as à peu près 140-150 ateliers. Un atelier c'est quoi ? C'est là où on arrive pour se changer notre matériel, etc. C'est notre lieu de vie, et après on est dispatché dans tous les secteurs parisiens. Et donc en 2018 je décide de partir pour faire autre chose, et là pour être ripper. Peur, c'est celui qui va collecter tes poubelles. Il collecte les poubelles. Il ne balaye pas. Il collecte les poubelles. Et je décide de faire ça. Et là, on arrive, Gare de Lyon, dans le deuxième arrondissement. Bouchon, on est arrêté. On ne peut pas bouger dans les deux sens. Moi, qu'est-ce que je fais ? Je vais chercher les poubelles qui sont au bout pour pouvoir anticiper, etc. pour qu'on aille plus vite. Pour justement soulager les gens qui étaient derrière quand on aurait pu avancer. On ne s'est pas insulté ? Mais dépêchez-vous, vous avez que ça à foutre, sale fonctionnaire ! Sale, excuse-moi, je me l'ai peut-être plus que toi. Déjà, première chose. Mais je n'ai pas compris, parce qu'on ne pouvait pas bouger. Et là, je dis à mon binôme, écoute, fais des photos, et puis, je ne sais pas, on va essayer de mettre ça sur les réseaux sociaux. Parce que déjà, je me suis dit, il faut montrer le métier, quoi. Et je fais cette première vidéo, donc c'est un collage de photos. Si tu remontes mon profil TikTok, tu vas voir, elle n'est pas une vidéo, elle a 345 000 vues. Et voilà, ça a démarré de là, moi j'ai eu très peur. Parce que moi j'étais anti réseaux sociaux à l'époque. Mais vraiment, je ne voulais pas. Je me suis dit c'est la grosse daube, etc. Bref. Non, avec les cons qui ne changent pas d'habit. Mais non, tu es millionnaire influenceur. Et du coup, j'ai eu peur. J'ai supprimé TikTok. J'avais énormément de notifications. J'en ai piraté mon téléphone. Et je voulais changer de téléphone et tout. Quelques mois après, je vais voir mon collègue David. Et je lui dis, mais tu crois qu'on pourrait montrer notre métier sur les réseaux sociaux ? Et il me dit, Milou, fonce, c'est une super bonne idée. Tu serais le premier influenceur dans la propreté. Et voilà, c'est parti de là. Après, j'ai commencé à faire des lives. J'avais trois personnes, maintenant j'en ai à peu près 100. Voilà, mais oui, ça continue maintenant. Bon, ça a un peu changé les réseaux sociaux, c'est plus comme avant. Mais dans tous les cas, moi je ne change pas. Je continue mon... C'est le plus important. Je continue, voilà, je continue. Voilà, ça a démarré comme ça, avec des insultes. Donc je ne remercierai jamais assez les gens qui m'ont insulté pour le coup.
- Speaker #1
Et c'est quelque chose qui est assez flagrant, qu'on voit dans tes vidéos où tu partages un peu ton quotidien justement, les insultes, je crois que la deuxième ou troisième vidéo la plus vue par exemple de son compte Instagram, tu travailles, je crois que c'est même pas sur une route, c'est sur une place ou autre, et t'as quelqu'un qui vient juste t'insulter, très fort en plus, alors que t'es juste en train de ramasser les déchets par terre, sans rien demander à qui que ce soit.
- Speaker #0
Alors la vidéo là... plus vu, je ne sais pas si tu l'as vu, mais elle a fait plus de 120 millions, 130 millions même maintenant peut-être, c'est une vidéo qui a été reprise moi en fait si tu veux j'ai fait 7 à 8, j'ai fait cette chance là d'avoir d'avoir madame je n'ai pas envie d'écorcher son nom parce qu'il est très dur à dire c'est la femme de Thierry Ardisson tu peux dire son nom sans l'écorcher ?
- Speaker #1
Non, je n'y arriverai pas.
- Speaker #0
Je ne veux pas les courtier parce que je la respecte tellement. On l'écrira. Voilà, je la respecte tellement. C'est Audrey, son prénom. Et du coup, j'ai fait 7 à 8. Et il y a un passage que beaucoup d'internautes ont repris. Mais ça a explosé. Je te dis, 130 millions de vues, jamais j'aurais cru ça. Et c'est justement une personne qui me crache dessus. Ça, c'était ma première année, avant qu'on m'insulte derrière le camion. La première année, on m'avait craché dessus, bref, c'est pathétique. Et du coup, je racontais cette histoire-là, et ça, ça a explosé. Après, il y a aussi une vidéo de Brut où je reçois une bouteille en plastique pleine d'eau sur la figure, et là, on me voit chialer, alors on me prend pour une chialeuse, alors que, en fait, je chiale de nerfs. Parce que, si je pouvais, j'aurais mis le balai là où je pense. Mais c'est pas possible. Les gens ne veulent pas comprendre qu'en tant que fonctionnaire, on n'a pas le droit d'être agressif, on n'a pas le droit de se battre, etc. On a une éthique à tenir.
- Speaker #1
Je vous représente.
- Speaker #0
Voilà, donc moi, jamais de la vie, même si intérieurement, je bouillonne, mais de chez Bouillonnet, mais interdit de frapper, interdit d'insulter, interdit de tout ça. On a une éthique à respecter. Et voilà, donc c'est pour ça que je ne me suis pas énervé. C'est pour ça qu'on me voit pleurer. Je préfère que mes larmes, je préfère que mes nerfs... par ton larme, ça ne fera jamais de mal à personne.
- Speaker #1
Tout à fait, ça ne fait pas de mal de pleurer comme on dit. Comment tu réagis face à cette violence d'ailleurs ? Est-ce que pour toi, comment tu l'interprètes ? Est-ce que tu le prends pour toi directement ? Est-ce que tu dis c'est comme ça, il y a des gens qui sont comme ça et un peu dans l'acceptation, c'est quoi ton interprétation ?
- Speaker #0
Les gens sont complètement... Ils sont dans un autre monde, en fait. On a perdu toutes ces valeurs, maintenant, que nos anciens ont acquéries. Mais ils sont battus pour les avoir. Et là, on perd tout. Maintenant, c'est de l'égoïsme. C'est pousse-toi, moi, je passe. Nous, par exemple, quand on travaille au Rue des Volies, tu dois connaître, c'est impossible de balayer. Tellement il y a du monde, on ne nous laisse pas passer. Alors que c'est le sol, les gens, déchets. Tu vois, il y a des mouchoirs, il y a tout ce que tu veux. Des mégots, mon Dieu, les mégots.
- Speaker #1
C'est une horreur.
- Speaker #0
Et voilà, donc, tu veux qu'on fasse quoi ? On peut rien faire. Donc, on avance comme on peut. Et moi, je fermerai ma bouche, quoi qu'il arrive. Je ferai mon taf. J'engueulerai mon balai, mais voilà. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas touché. Un jour, ça changera. Quand, je n'en sais rien, mais un jour, ça changera.
- Speaker #1
Écoute, ça, tu as aussi des gens qui te reconnaissent et qui viennent te remercier, prendre des photos avec toi. Rien que tout à l'heure dans le métro. Et on ne risque pas de te rater.
- Speaker #0
Oui, mais après, ce qui est bien, c'est qu'autour de moi, il n'y a que de la bienveillance. Il n'y a pas de haters. C'est un mot très... Très internaute, mais sinon c'est vrai que dans la rue, à part ces deux expériences-là, mais ça c'est vraiment ridicule par rapport à tout ce que je vis et par rapport à ces années. Maintenant ça fait 8 ans, 8 ans presque 9 ans. Et ouais non, c'est très plaisant et je ne remercierai jamais assez ces gens-là qui m'envoient aussi des messages, je reçois des milliers de messages, que ce soit par mail, que ce soit sur les réseaux sociaux, parce que moi je suis quelqu'un qui répond, mais qui fait mon maximum, qui répond aux messages, qui répond aux commentaires. Parce que j'estime que sans eux, on n'en serait pas là et mes vidéos ne seraient pas regardées s'ils n'étaient pas là. Donc, respectons nos followers. C'est très, très important pour moi.
- Speaker #1
Très chouette. J'ai vu, alors, tu as fait ou tu vas faire, j'ai vu juste avant qu'on commence l'interview, un one-man show. J'ai tout cherché.
- Speaker #0
Oh là là, incroyable.
- Speaker #1
Sans dire plus, qu'est-ce qu'il t'a ? Un petit trottoir. Voilà.
- Speaker #0
Ah oui, le Crotoir, comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est toute ma vie. Et du coup, le décor est incroyable, c'est moi qui l'ai fait. Il n'y a que des poubelles. Bon, j'ai déjà fait la première, il y avait un public de 85 à 90 personnes. Et du coup, tu racontes tout mon parcours. Voilà. ce que je t'ai dit là, je le mets pas en scène en fait, je discute. Alors après il y a des aléas, il y a le micro des fois qui fonctionne pas, il y a une bretelle qui tombe, il y a peut-être le rideau qui va se casser la figure. Et oui c'est tout, voilà, c'est du gros n'importe quoi ! C'est la beauté de la chose ! Donc je l'ai fait une fois, et là bien évidemment, là je suis en train d'apprendre le texte, il y a plein de choses à revoir, mais on est en recherche de production pour ce spectacle-là. et oui moi j'ai envie de les jouer partout parce qu'en fait je veux juste que les gens prennent exemple de mon parcours et qu'ils puissent s'en servir à bon escient voilà et je pense que c'est vrai que le public des planches c'est très dur, il est très dur à conquérir mais je pense que avec mes poubelles je vais y arriver sans problème en plus l'arrivée est incroyable c'est pas du Milan Farmer mais on est pas loin
- Speaker #1
Je demande à voir.
- Speaker #0
Non, je n'arriverai pas dans un cercueil.
- Speaker #1
Bon, ça va. Tu as aussi lancé, on en parlait juste avant...
- Speaker #0
La maison de la détection. Non, ce n'est pas ça. La maison de la détection, je vous embrasse d'ailleurs, parce qu'ils me fournissent les aimants pour faire de la pêche à l'aimant. Je vous aime.
- Speaker #1
Excellent. Tu as lancé une émission dont le premier épisode est sorti à l'heure où on tourne ce podcast. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? peut-être... Même pour savoir où te suivre ou autres, pour ceux qui ne te connaissent peut-être pas et qui veulent suivre tes aventures.
- Speaker #0
Alors, moi, je suis un touche-à-tout. En fait, il n'y a personne qui agit dans les médias, sur les réseaux sociaux, qui utilise tous ces moyens pour pouvoir parler de la propreté. Donc, il n'y a pas de spectacle qui a été fait pour ça. Du coup, j'en ai fait un. Et puis là, j'ai monté une émission avec une production, etc. C'est Objectif Planète Propre. Et je reçois des personnalités publiques, mais pas que, aussi des personnes lambda. Et pour parler de quoi ? Propreté urbaine. On parle de toutes les questions. On parle de l'éboueur, on parle de merde, on parle de poubelle. On parle de camions poubelles, on parle de décharges, on parle de déchets, on parle de mégots. Voilà, tous ces sujets-là ne sont pas traités ailleurs que dans mon émission. C'est malheureux, mais c'est comme ça. Il faut un début. Peut-être que je vais en influencer d'autres, peut-être que je vais être inspirant pour d'autres, et tant mieux. Et là, par exemple, la première émission qui a été mise en ligne, c'est avec Yann Brossard, sénateur de Paris. C'est incroyable, parce qu'il joue le jeu, et on répond à cette question, êtes-vous écolo ? C'est une question que je pourrais te poser, tout simplement. Et on est à travers ces à peu près 51 heures de discussion, et il y a plusieurs séquences. La première séquence, on fait un petit tour du monde. C'est le tour du monde le plus écologique qui existe dans notre univers, parce qu'on voyage avec l'esprit. Et je les mets en situation et me donnent leur ressenti. Parce que moi, ce que je veux, ce n'est pas le ressenti de l'homme politique que je veux entendre, c'est ce qu'il a à travers le cœur. C'est ce qu'il ressent quand il va au Sénat, quand il voit ses rues, si elles sont propres, pas propres, etc. Qu'est-ce qu'il pense quand il voit un balayeur ou une balayeuse qui est sur son chemin ? Est-ce qu'il va aller les saluer ou pas ? Bref, tout ça, c'est important. Et voilà, j'estime qu'il faut en parler. Et alors, il y a d'autres invités qui vont arriver. Je peux en citer quelques-uns. Il y a aussi, il va y avoir par exemple Mathieu Seignez. Mathieu Seignez, c'est le directeur de la communication de la DPE, donc Département de la Propreté et de l'Eau. Donc, ce n'est pas rien. Ensuite, il va y avoir M. Ariel Weill. C'est le maire du centre de Paris. Il va y avoir M. Emmanuel Grégoire, qui se présente à la ville de Paris. Pour les municipales U26, il va y avoir M. Julien Oudoul, donc là c'est le Rassemblement National aussi, il est député de Lyon, il va y avoir plein de gens. Et il y a aussi des associations, il va y avoir PicPic, PicPic qui sont très engagés pour redonner les valeurs à nos mamans, les remettre sur un piédestal, et ça je trouve ça hyper important, parce que sans elles on ne serait pas là. Voilà, donc il va y avoir aussi, il y a des influenceurs comme Rubel le magicien, qui a à peu près, je crois, bientôt 800 000 abonnés, quelque chose comme ça. C'est tout le monde, en fait. Je conseille à toute personne d'aller voir sur ma chaîne YouTube cette émission et toutes les autres. Celui de Vic F-Diba off, 53-53. Pourquoi 53-53 ? Je n'en sais rien, j'ai que 50 ans.
- Speaker #1
Dans trois ans, du coup, si tu pourras... Écoute, j'aime bien finir par... Déjà, merci pour tout ce que tu nous as partagé. C'est très inspirant et j'ai beaucoup apprécié cette discussion. Si tu avais la possibilité de parler au Ludovic de 10, 13 ans, 15 ans quand tu étais adolescent, qu'est-ce que tu lui dirais aujourd'hui ? Est-ce que déjà tu lui dirais quelque chose ? Et si oui, est-ce que tu lui partagerais un message précis ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que je lui dirais à mon mini-moi ? Je lui dirais, écoute, tu vas avoir un sacré parcours, mais surtout, ne lâche jamais. Jamais, simplement. Et reste-toi.
- Speaker #1
Super. Merci beaucoup, Ludovic.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
C'était un plaisir encore une fois de t'avoir. Et puis, je te souhaite tout le meilleur pour la suite et on continuera de suivre ça de très près.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci à tous d'avoir suivi cet épisode. Je vous dis à très vite pour un nouveau Storypull. n'hésitez pas à vous abonner, vous avez aussi le format audio qui est disponible en description, n'hésitez pas aussi à aller suivre Ludovic sur son émission et ses réseaux sociaux, tout est en description également et je vous dis à très bientôt