Speaker #0Hello, hello ! Bienvenue dans Tajalli, un espace soufi ouvert à toutes les spiritualités. Je suis Maïmona Boudhout et je vous accompagnerai tout au long de ce chemin. Ce podcast est un moment de partage et de découverte centré sur la spiritualité musulmane. mais aussi sur les expériences de foi et des quêtes spirituelles de celles et ceux qui nous entourent. J'espère recevoir de nombreux invités qui viendront partager leur rapport au spirituel et comment ils le vivent au quotidien. Mais avant tout cela, pour cette toute première émission, je vous propose de plonger dans le concept même d'Etat gelé, qu'est-ce que cela signifie, et surtout, qu'est-ce qui m'a poussé à créer ce podcast et à partager ces expériences avec vous. un temps pour mieux faire connaissance avec la collaboration de la rapporteuse. Je vous avoue que je ne savais pas comment vraiment me lancer dans ce projet. Je ne savais pas comment mettre en place ce projet. Mais j'étais sûre d'une chose, j'avais besoin de le faire, de le dire et de le partager. Faire un podcast me semblait inaccessible. J'avais l'impression qu'il fallait suivre des codes, avoir des compétences techniques, des moyens que je n'avais pas. Je voyais ça comme un travail colossal, hors de portée. Mais parler de spiritualité m'était plus facile. Et du coup, ça m'a donné la force d'aller un peu plus lent. Pourtant, j'ai compris qu'il était nécessaire que mes auditeurs sachent d'où je parle. Et ça, c'était la partie la plus difficile pour moi. Parler de moi au-delà de ce que je fais est un exercice qui m'est très compliqué. Mais la confiance est venue petit à petit. Entre les conférences auxquelles j'ai assisté, les workshops auxquels j'ai intervenu, Et entre les nombreuses discussions que j'ai eues autour de moi, quelque chose a commencé à faire son chemin. Car je voyais bien l'intérêt grandissant autour de ces sujets, et j'ai compris quelque chose d'essentiel. L'autre n'est peut-être pas là pour juger, mais pour écouter, pour comprendre, pour peut-être se reconnaître dans ce que j'ai à partager. Et même, pourquoi pas, s'élever en regardant le monde à travers mes yeux. Ces prises de conscience ont tout changé. Elles m'ont donné confiance et surtout l'envie de... l'envie propente de partager. Aujourd'hui, je me dis une chose. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir tous les moyens. C'est d'être authentique, d'être vrai, de faire exister ce qui m'anime. Alors, aujourd'hui, si mes mots arrivent jusqu'à vous, Merci, merci d'être là, merci de m'écouter. Allons sur le sujet principal qui est le Tadjali. Vous vous demanderez peut-être ce que c'est. Je vous répondrai, c'est la manifestation de la présence divine dans un contexte spirituel. Pour tout vous dire, je n'ai pas trouvé plus simple. C'est difficile de traduire un mot de l'arabe vers le français car Ce mot, c'est un concept en lui-même. Le tayali, ou plus simplement manifestation divine, se révèle différemment à chacun, selon sa culture, son parcours spirituel et sa capacité à percevoir la réalité, que ce soit dans des dimensions visibles ou subtiles. Ce que j'appelle subtil, c'est invisible. Nos perceptions peuvent nous paraître limitées et toujours influencées. Mais ce qui est intéressant à mettre en avant, c'est ce que je vois ne sera jamais exactement ce qu'une autre personne voit. Deux personnes peuvent percevoir la même réalité de façon très différente. Et pourtant, dans ce croisement de perceptions, émerge une autre forme de vérité, une réalité co-créée. Dans la tradition soufie, Une manifestation co-créée est souvent décrite comme un dévoilement qui vient à soi petit à petit et qui permet de se reconnaître et de se connecter à l'autre. Comme si on levait le voile sur des choses incompréhensibles. Pour moi, c'est un des premiers signes qui permet à la personne de se reconnaître profondément. de par la façon dont la personne comprend les choses et comment elle réagit à ce qui l'entoure. Tout ça lui donne les clés nécessaires pour avancer dans cette quête. Et vous savez, la connaissance de ce qui est réel nous permet de transcender nos illusions et de tendre vers un monde compréhensible à notre cerveau. Nous permettons de dépasser le monde matériel illusoire et d'accéder à une compréhension plus vaste de notre énergie divine. Et cette énergie, venant du créateur vers la créature, nous permet de manifester notre réalité. J'aimerais m'attarder un peu pour parler de cette énergie, avant d'avancer sur les premières manifestations pour l'être humain qu'est le Tadjali. L'énergie est pour moi essentielle dans tout processus spirituel. C'est elle qui nous traverse, qui nous élève, qui nous relève, qui nous révèle. Je m'attarde un peu sur cette notion parce qu'aujourd'hui j'entends beaucoup parler d'énergie masculine et d'énergie féminine. Pour moi, et c'est un avis personnel, c'est un peu comme entendre un débat sur Dieu. Serait-il masculin ? Féminin ? Et si en fait, il était les deux ? ou aucun des deux. Dans certaines traditions, la divinité peut avoir des attributs féminins, comme dans le culte de la grande déesse. Dans d'autres, la divinité est associée à des attributs masculins, comme dans les interprétations des religions monothéistes. Dans d'autres encore, ils perçoivent le divin comme androgyne. à l'image de Dionysos dans la mythologie grecque, parfois décrit avec des traits féminins rappelant une nature double. Et puis, dans certaines philosophies ou spiritualités, Dieu n'a pas de forme, pas de genre, pas de corps, comme dans le panthéisme, où il est présent en toutes choses. Finalement, Peu importe la forme qu'on donne à Dieu, ou à l'énergie ou à l'univers, ou bien qu'importe le nom qu'on lui donne en tout cas, on comprend bien aujourd'hui qu'on ne peut pas l'enfermer dans une seule représentation, car cette image dépend toujours de la perception de celui ou celle qui la porte, de la société ou de la communauté dans laquelle la croyance existe. Pour moi, cette énergie peut traverser tout. ces formes de croyances pour se manifester. Et il est essentiel de laisser à chacun sa liberté de croire, de voir, de sentir selon sa propre vision. Comme le dit Rumi, poète mystique du XIIIe siècle, la forme de l'eau dépend que du récipient dans lequel elle est versée. Donc elle peut prendre toute... Maintenant allons vers une... Une explication concrète de Tajalli. Je vais me servir d'un radis koudsi, c'est-à-dire d'une parole rapportée de Dieu par le prophète, qui dit « J'étais un trésor caché, j'ai voulu être connu, alors j'ai créé le monde » . D'après Ibn Arabi, un savant du XIIIe siècle, décédé en Syrie. La première manifestation de la présence divine dans l'univers, c'est le passage d'une ayant remplie de vie à l'existence. Et chaque être humain, d'une manière ou d'une autre, en est le témoin. Et justement, dans l'islam, le témoignage se dit shahada, venant de la même racine signifiant attester, témoigner, être présent. Témoigner pour un musulman, ce n'est pas juste prononcer des mots, c'est être présent. à soi et au monde. C'est reconnaître une vérité et l'affirmer pleinement. Alors pourquoi est-ce que je parle de la charada dans cet épisode ? C'est pour moi parce que c'est la manifestation, c'est la première manifestation qui s'est... établie en fait pour l'être humain. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Une première manifestation se fait toujours sur quelque chose ou à travers quelqu'un. Et dans notre premier état de conscience, c'est bien le témoignage, la charada, de notre propre conscience qui rend possible la mémoire et le savoir. Autrement dit... C'est parce que nous sommes conscients de notre existence que nous pouvons recevoir la manifestation, la reconnaître et en garder une trace. Dans la tradition spirituelle, témoigner devient donc un état d'être, une perception éclairée, une présence à ce qui existe autour de nous. La Shada devient alors la première manifestation. Elle fait appel à nos cinq sens, mais surtout à notre présence. Car si le témoin ne peut pas vérifier ce qu'il affirme, s'il n'a ni vu, ni entendu, alors il ne peut pas vraiment être un témoin. Et une profession de poids sans conscience ni engagement perd sa crédibilité. La deuxième manifestation pour le musulman après la conscience du témoignage, c'est la foi. Bon, j'entre dans un sujet à controverse pour la communauté, dont les avis majoritaires pensent que la foi a hausse et baisse. J'entre dans un sujet à controverse pour la communauté. dont les avis majoritaires pensent que la hausse et la baisse de poids existent, car c'est un élan que chaque musulman voudrait avoir en son cœur. C'est pour cela que la prière est assidue, et la lecture du Coran aussi. Ce que je peux en dire, c'est que la poids, c'est quelque chose qui naît dans le cœur, c'est ce qui reste stable, même quand tout change autour de nous. Car être musulman, c'est être aussi soumis aux fluctuations de la vie. Ces fluctuations, que ce soit des états d'âme, des émotions, des sentiments, ne peuvent pas vraiment ébranler une foi. Dans la spiritualité, on appelle les changements d'émotions et de troubles la hal, c'est-à-dire un état passager. La joie, la tristesse, l'émerveillement, la contraction. ou l'expansion du cœur en font partie. Quand on dit en arabe « kaifahal » qu'on en traduit par « comment vas-tu ? » En spiritualité, on ne parle pas seulement de ton humeur, mais de ton état profond. Où en es-tu ? Dans ton être, dans ton poids, dans ton énergie. Ces fluctuations de l'état de notre âme Me rappelle l'exemple de l'eau qu'avait donné un savant, qui disait que, qu'importe la forme de l'eau, qu'elle soit liquide, solide ou gazeuse, elle reste elle-même. Et pour moi, la foi est comme l'eau. Elle peut changer d'état sans que sa nature profonde ne change. Dans le monde soufi, la foi est souvent un non-sujet, car avant d'entrer dans la connaissance, la foi doit déjà résider dans le cœur de l'itinérant. Parce qu'elle est vivante, elle vibre au rythme de notre pouls. Elle est une clarté posée sur le cœur de celui qui cherche. Lorsqu'il parle d'éprouver les croyants dans le Coran, je parle bien sûr de Dieu, ce n'est jamais autour de notre lien avec lui, mais c'est un moyen qu'il a mis en place pour qu'on puisse reconnaître ces manifestations dans tous les états possibles. Je m'arrête là pour le concept de Tadjali. Je pourrais dans un autre épisode effectivement parler du comment on peut interpréter et voir la route du Tajali dans les autres piliers. Pour le moment, je vais juste vous expliquer un peu mon parcours qui m'a permis d'en arriver là. Aujourd'hui en France, je suis considérée comme une personne immigrée. Et dans la société actuelle, c'est très difficile à vivre. Parce que ça ne va pas avec la politique monnaie. Et parce qu'on nous rappelle tous les jours, à travers des lois, que notre présence est un problème. Ce sujet quotidien peut nous faire perdre un peu la tête. Il peut même nous aliéner de nous-mêmes. On fait croire que le mal vient de nous, alors qu'en réalité, c'est l'absence de projet social, de vision collective, d'ambition politique qui crée ces tensions. Dans ce contexte, mon combat est de ne pas me perdre, de garder ma lucidité, et surtout, de distinguer mes identités, car ce sont elles qui me permettent de me reconnaître. Parmi ces identités, je suis musulmane, noire et de culture peule, et pourtant, la seule identité que j'ai choisie, c'est celle d'être musulmane. Les autres sont soit des héritages, soit des assignations. J'ai découvert la spiritualité à travers le sophisme, presque par hasard en tombant sur un livre qui s'appelle « La philosophie des enseignements de l'islam » d'Amir Zaghoulam. Le choc, le soulagement, une clarté peut-être, mais pendant des mois ce livre m'a habité. Avant même que je ne comprenne vraiment ce qu'il voulait m'enseigner. Il m'a fait comprendre ce que signifiait être musulmane. Non pas à travers les musulmans, mais à travers le Coran lui-même. Le tasawwuf ou le soufisme, c'est une des voies propondes et ancrées de l'islam. C'est dans cette tradition que j'ai trouvé une richesse, un équilibre et une beauté évidentes, en tout cas à mes yeux. Dans mes jeunes années, en étant en contact avec l'islam culturel, j'ai toujours été fascinée par sa richesse. Cette religion a toujours eu du sens à mes yeux, que ce soit dans la bonté que l'on doit cultiver avec l'autre, dans la persévérance que l'on acquiert en pratiquant ses rites, ou même cette idée qu'il existe une entité, et qu'on n'est pas si seul que ça. Je voyais une subtile transcendance, sans encore en comprendre toute la portée sociale et politique, et en grandissant certaines interprétations religieuses que j'ai subies en tant que femme, notamment ces discriminations évidentes que l'on subissait. Mon déçu. Mais à ma grande surprise, j'ai constaté un énorme fossé entre ce qui est écrit dans le Coran et son interprétation patriarcale que les hommes en font. À les entendre, ils seraient les résélus. Et entre l'invention des 70 vierges au paradis et du hadith, c'est-à-dire une parole rapportée du prophète disant qu'il y aurait plus de femmes en enfer, je vous assure que j'y réfléchirai à dix fois. Je dis bien dix fois, avant de les croire encore, ne serait-ce qu'une seule fois. Ces interprétations, la petite méméona y a que peu, et ceci en créait une sorte d'enfer en elle. Il existait une soif de savoir en moi, qui m'a poussé à chercher un sens à cette fissure. Je savais que je ne voulais pas abandonner, ni moi-même, ni ma religion. Je redonnais à cette religion, faite d'apparence pour l'homme et par l'homme, une voix en moi pour accueillir le chemin spirituel que je voulais suivre. Et c'est cela qui m'a permis de ne pas perdre pied. Je suis donc partie à la recherche d'une compréhension plus profonde de ce chemin qui m'avait déçue et de l'idée qu'on m'a forcé à en avoir. Ce cheminement, je l'ai raconté à travers des poésies dans mon tout premier projet, Balad Soufi, publié aux éditions Inucidé. Ce livre, disons, m'a permis d'avoir un but, une stabilité. Et je me suis rendu compte que... Pendant toutes ces années où je me cherchais, plus j'avançais, plus les masques que j'avais construits en moi tombaient. Du coup, plus je nettoyais mon miroir, plus j'y distinguais un reflet. Ce climat onirique lié à la notion du rêve, ma vie en est devenue l'habituée. J'étais entre le rêve et la réalité. Je ne distinguais plus les deux. C'est entre deux, comme on appelle Barzakh, et le monde imaginaire que plus tard je suis reconnue. Puis un jour, après tant d'années de nettoyage, j'ai reconnu la personne dans le miroir. Je me suis dit, mais je reconnais cette personne. Qui est-elle ? Dans ce cheminement chevauché entre le rêve et l'illusion, la réalité et le présent, me reconnaître et m'aimer sont devenus des objectifs révélés. Car trouver le soi, c'est aussi pour moi se réconcilier avec le monde et rencontrer le divin. C'est aussi pour cela que je fais ce podcast, car les tajalliates, c'est-à-dire les expressions du tajalli, que j'ai vécues m'ont fait grandir. et donner l'espace pour comprendre. Elles ont été comme des réponses que l'univers m'a envoyées après des années de recherche. Et parce que j'ai aussi rencontré les bonnes personnes. Car il ne faut pas se mentir, malheureusement, dans cette vie, on ne réussit jamais seul. Les self-made n'existent pas. C'est une illusion du capitalisme. On réussit souvent grâce à l'impluence ou à l'impulsion de quelqu'un, d'un groupe ou même d'une idée. Bref, pour finir, j'aimerais vous dire que je crois fermement que ce podcast, Tadjali, est aussi appelé à changer de forme. Parce qu'il grandira avec moi, avec vous, et avec ce que l'on vivra dans le monde. Pour information, à travers des majlis, des assises spirituelles, j'inviterai des personnes à partager leur tajalli, à raconter comment la spiritualité, bien qu'immatérielle, se manifeste dans le monde matériel. Ce sera un témoignage d'une approche empirique, je l'espère. Une rencontre entre ce que nous sommes et ce que le temps nous a appris. Une invitation à réfléchir, méditer, à approfondir nos connaissances. Soyez prêts à déconstruire avec moi nos préjugés, à apprendre à aller mieux, à être fiers de notre évolution et de nos réflexions. Dans la quête du soi, nous avons besoin d'un miroir, et ce miroir, ce sont les autres qui nous le tendent. Et ce miroir ? Pour moi, c'est vous. Merci de m'avoir écoutée. On se retrouve bientôt pour le prochain épisode. Je vous laisse avec la musique. À bientôt sur Tajalli, sur les ondes de la rapporteuse.