- Speaker #0
Bonjour à tous, merci de nous retrouver en compagnie de Fabrice Henriot. Bonjour Fabrice.
- Speaker #2
Bonjour Marion.
- Speaker #1
Allo Casse Auto, mais quelle belle entreprise familiale.
- Speaker #2
Oui, une aventure de près de 60 ans maintenant déjà. Des moments de famille, de partage, beaucoup d'émotions, une belle histoire.
- Speaker #1
Alors lorsque tu as repris Allo Casse Auto, comment ça s'est passé concrètement ?
- Speaker #2
Ça s'est fait un peu sur un coup de tête en fait à la base parce que je travaillais en commerce international et j'ai décidé de changer de vie à un moment pour me consacrer à ma vie perso et donc les voyages et le perso c'était plus tellement adéquat. Donc j'ai été dîner chez mon père qui m'a dit "mais viens bosser avec moi". Bosser dans la casse auto familiale, ça m'était pas venu à l'idée. Donc j'ai dit bah écoute pourquoi pas, j'ai rien de prévu et puis je suis arrivé et finalement je suis resté. Et ça s'est vachement bien passé. On a eu une super collaboration, des années de partage. Pas évident au début de se situer entre le père, le patron, etc. Donc voilà, c'est une difficulté que je crois que tous les repreneurs d'entreprise connaissent quand le fondateur est encore dans l'entreprise. Mais on a bien bossé ensemble pendant des années et des années. Et quand j'ai repris, c'était un petit peu plus compliqué parce que lui, il n'arrivait pas à lâcher. Donc il y a eu des tensions, mais finalement, aujourd'hui, on a... bien transformé l'entreprise. Je suis assez fier. Il nous a quittés il y a quelques années, mais je suis assez fier de ce que j'ai fait de son entreprise.
- Speaker #1
Comment fait-on passer une entreprise de ferrailleurs à un acteur engagé de l'économie circulaire ?
- Speaker #2
Effectivement, à la base, la société, c'était vraiment une entreprise de ferrailleurs. Pour la petite histoire, Max et les ferrailleurs ont été tournés sur le site. Ça remonte aux années 70. Mais voilà, beau film. Et donc on traitait des carcasses de voitures pour faire des métaux. Et moi je me suis dit dans les années 2010, au vu des variations de l'économie internationale qui fait que les métaux valent de l'argent, puis ils ne valent plus beaucoup d'argent, que c'était compliqué de gérer une entreprise en fonction de ce qui se passait dans le monde et qu'il y avait probablement quelque chose à faire de ces voitures, autre que de la ferraille. Et puis on est parti assez logiquement sur la pièce, en se disant, la pièce détachée on peut maîtriser, c'est un business qu'on peut développer. Il faut démonter des pièces, il faut les stocker, il faut les proposer aux clients. Et ensuite avec le développement d'Internet, on a pu digitaliser l'offre et puis s'adresser à tout le monde. Et finalement on s'est inscrit pile dans le cadre de ce qui est tendance aujourd'hui. C'est pour ça qu'on parle d'économie circulaire, on a un produit de qualité, qui sont quand même à la base des pièces d'origine de voiture, donc de qualité qu'on garantit jusqu'à deux ans, mais qui sont d'occasion. Donc elles ont un double intérêt, c'est que 1/ elles coûtent deux fois moins cher qu'une pièce neuve, pour la même garantie, la même qualité, et que 2/elles contribuent à l'économie circulaire et donc à la baisse du bilan carbone de la pièce détachée. Parce que quand on achète un phare d'occasion, il ne vient pas de Chine, ou il ne vient pas de Pologne, ou il ne vient pas de l'autre bout du monde, il est "fabriqué en France", et donc nous on a un produit, industrie française, fabriqué en France, garanti, et qui est bon pour le portefeuille.
- Speaker #1
Oui, ce n'est pas que de la com' quoi.
- Speaker #2
Non, non, ce n'est pas que de la com. C'est véritablement un produit deux fois moins cher et garanti comme une pièce neuve.
- Speaker #1
Génial. Et alors justement, pour que ça fonctionne, que ça circule, tout ce dispositif d'économie circulaire que vous avez mis en place, il a fallu que tu ailles chercher du réseau ou que tu crées ce réseau vraiment de nouveaux partenaires avec un nouvel écosystème.
- Speaker #2
Oui, il a fallu qu'on arrive à convaincre les acteurs professionnel parce que c'est quand même un produit qui était plutôt de niche, plutôt pour les particuliers, les gens qui n'ont pas beaucoup de moyens et qui venaient à la base en casse automobile, les gens venaient démonter des pièces détachées directement sur les voitures. Et donc pour promouvoir ça, il a fallu qu'on ouvre un petit peu le monde professionnel. J'ai travaillé sur deux aspects déjà 1/ je me suis engagé dans les politiques de la profession, je suis vice-président aujourd'hui d'un syndicat qui s'appelle FEDEREC et je m'occupe de la branche recycleur automobile donc là ça permet d'aller travailler sur la législation, puis de rencontrer des acteurs. Et puis de l'autre côté, on a été vers les compagnies d'assurance, qui aujourd'hui ont repris le flambeau de la pièce, parce qu'eux aussi, ça les intéresse de pouvoir proposer ce qu'ils appellent la réparation durable à l'ensemble de leurs clients et de leurs sociétés. Et comme ça, depuis 4-5 ans aujourd'hui, là où on vendait 90% de notre pièce à des particuliers, aujourd'hui, on en vend 70% à des professionnels qui propose donc directement eux, aux particuliers, la réparation durable. Ce qui, pour le particulier, est un gage de réassurance. Parce qu'on s'appelle Allo Casse Auto, moi je n'ai pas voulu changer le nom, parce que c'est le nom de la boîte de la famille. Je ne changerais pas de nom, et il y a des gens qui me disent « Ah, ça fait casse, il faudrait que tu t'appelles Allo Recycle Auto » . Non, moi je suis une casse auto, mais qui recycle.
- Speaker #1
Et donc, lorsque vous avez entamé ce changement, cette transition, forcément, les collaborateurs de la casse qui étaient là de façon historique, ils ont dû accompagner le mouvement. Comment ils ont accueilli ce changement ?
- Speaker #2
Au début, plutôt incrédule. Ça ne va pas marcher, les gens viennent, pourquoi s'embêter ? Les gens démontent, on ne voit pas pourquoi on démontrait pour eux. J'ai dit écoutez, on va essayer quand même. Donc on a monté un hangar, on a démonté une porte, deux portes, trois portes, cinquante portes, cent portes, ça ne marchait pas. Ils m'ont dit, vous voyez, ça ne marche pas. On va s'entêter un peu, 300 portes, 400 portes, 500. Et là on a commencé, en fait on s'est rendu compte avec Internet. Donc il faut une offre visible en fait, il faut avoir une quantité de produits à proposer et qu'à partir du moment où vous êtes visible, vous avez une gamme de produits. On ne peut pas avoir qu'une porte blanche, sinon on ne la vendrait pas tous les jours. Donc à force de multiplier les marques, les modèles, les couleurs, la disponibilité, et bien tout doucement ça y est, ça a commencé à capter. Donc les gens se sont intégrés dedans. Ils ont pas mal évolué parce qu'en fait on a créé plein de nouveaux métiers. Le métier de magasinier, des métiers de démonteur automobile, où il faut être quand même qualifié parce que même si c'est démonter une pièce, on vient la démonter pour ne pas l'abîmer. Aujourd'hui on a des photographes, on a des gens qui font des photos dans des studios, photos magnifiques, qui font des photos des pièces détachées qui sont nos stars à nous. On a des gens qui travaillent dans le e-commerce, on a des gens dans le SAV, on a des mécaniciens qui montent les pièces dans nos ateliers. Ça a ouvert toute une nouvelle panoplie de métiers. Et puis, on a gardé les métiers de la casse avec le grutier, celui qui écrase la voiture à la fin. Mais on a ouvert plein de métiers. Aujourd'hui, on est 70 personnes dans l'entreprise, là où on était il y a une petite cinquantaine, il y a 10 ans.
- Speaker #1
Et le prochain projet ?
- Speaker #2
Le prochain projet, il va dans la tendance, c'est la voiture électrique. Parce que forcément, demain, on va avoir à démonter, à travailler des véhicules. Et donc le... Toute la difficulté aujourd'hui, c'est de maîtriser cette technique. Là, on fait vraiment de la formation poussée vers nos mécaniciens, nos démonteurs, pour qu'ils maîtrisent les risques électriques, parce qu'une batterie électrique, c'est 300 volts quand elle est chargée. Là, on ne rigole pas. Là, c'est pas mal. On repasse encore un cap au niveau technique. On va probablement recruter des ingénieurs maintenant, parce que nous, ce qu'on veut, c'est aller plus loin. Ce n'est pas uniquement mettre en sécurité une voiture électrique, mais c'est dire : qu'est-ce qu'on peut faire d'une batterie et qu'est-ce qu'il y a dans une batterie. Comment ça fonctionne à l'intérieur ? Comment ces cellules sont connectées ? Est-ce qu'il y a un marché du réemploi de la batterie électrique ? Est-ce qu'on peut les remettre sur des voitures d'occasion ? Est-ce qu'on peut en faire des centres de stockage d'énergie ? On a vu ça dans certains pays du nord de l'Europe par exemple. Ils utilisent les batteries électriques pour faire du stockage d'énergie, qui remplace un peu du panneau avec un panneau solaire. Ils stockent l'énergie et ils alimentent des ponts pour la distribution de l'eau par exemple. Donc il y a plein de possibilités. Là on va peut-être un peu sortir de l'auto. Mais voilà, il faut qu'on prenne ce virage de l'électricité.
- Speaker #1
On a hâte de voir ça.
- Speaker #2
J'en reviendrai pour en parler.
- Speaker #1
Fabrice Henriot, merci beaucoup d'avoir été avec nous. J'espère te retrouver bientôt.
- Speaker #2
Avec grand plaisir. J'étais super content de pouvoir vous parler de ce métier qui est magnifique.
- Speaker #0
À bientôt pour un nouvel épisode de Taka Talks, le podcast de ceux qui bâtissent le monde.