- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Talent d'Orient, le podcast qui met en lumière les voix inspirantes et engagées qui œuvrent pour l'Orient. Aujourd'hui, j'accueille Albert Tawil. Albert, tu as une merveilleuse voix qui voyage entre ici et ailleurs. Entre deux langues, entre deux mondes, l'arabe et le français, deux langues qui se répondent, qui se mélangent et qui dans ta voix ne font plus qu'une. Tu chantes les grands classiques, tu les fais renaître et c'est magique. Tu as enflammé Internet avec ta reprise de Sabri Halil et tu nous fais danser sur du Hamre Diab et du Khaled avec beaucoup de style. Et puis il y a tes chansons, celles qui portent ta signature, un univers singulier où la tradition danse avec la modernité et où l'héritage devient liberté. Tu joues avec talent de multiples instruments qui semblent être les échos vivants de tes propres sentiments. Et dans chaque mot, tu livres ton vécu, tu livres des fragments de toi sincères à cœur nu. Lors de tes concerts, on y chante, on y danse, on s'y retrouve. Le temps d'une soirée ambiancée, les frontières disparaissent et il ne reste alors qu'une seule langue, celle de la joie et celle qui nous réunit. On en ressort alors touchés par ta sincérité et par le lien que tu as créé avec ta communauté. Le temps d'un instant partagé, tu as fait vibrer nos cœurs. Tes sons nous ont transportés et chaque note est devenue un message à partager. Dans cet épisode, on va parler de ta musique, bien sûr, mais aussi d'identité et de cette manière que tu as de faire dialoguer les générations, les cultures et les émotions. Albert, bienvenue sur Talent de Rien.
- Speaker #1
Merci beaucoup, je suis très content d'être là. Merci de m'accueillir ici. Merci d'avoir accepté. C'était une très belle introduction.
- Speaker #0
Merci, kifak liom, tu vas bien ?
- Speaker #1
Mesh el haal, alhamdoulilah. Tu vas bien ?
- Speaker #0
Alors Albert, à quoi tu aspirais quand tu étais petit ? Est-ce que tu savais déjà que tu voulais travailler dans la musique ?
- Speaker #1
Quand j'étais petit, je voulais être un acteur.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Je voulais être acteur quand j'étais petit. Et ensuite, j'ai voulu être chef d'orchestre.
- Speaker #0
Comme ta maman ?
- Speaker #1
Ouais, comme ma mère. Mais ma mère, avant, n'était pas chef d'orchestre. Ma mère est chef d'orchestre depuis pas longtemps.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça fait 6-7 ans qu'elle a commencé la direction d'orchestre. Mais avant, elle était cantatrice. J'allais dire juste cantatrice, mais ça suffit déjà. C'est déjà bien. Et donc, du coup, j'ai eu envie d'être chef d'orchestre pendant un moment. Et après... La musique est coulée de source depuis que je suis tout petit. J'ai des facilités et j'ai toujours été très attiré par la musique. Donc voilà.
- Speaker #0
Super, trop bien. Est-ce que c'est venu naturellement pour toi de commencer à jouer ? Parce que tu as commencé au conservatoire assez petit avec le violon, c'est ça si je ne me trompe pas. Après, tu t'es formé à plein d'autres instruments un peu par toi-même. Est-ce que chanter, ça a été tout de suite le cas ou est-ce que ça a mis un petit peu plus de temps à venir ?
- Speaker #1
Non, en vrai... C'est venu de façon... Comme un hobby. C'était comme un hobby. Je chantais dans ma chambre, je chantais sous la douche, je chantais un peu. Et c'est quand j'ai commencé à apprendre des instruments d'accompagnement, comme le piano ou la guitare, que naturellement, je me suis dit je veux chanter et jouer en même temps. Ça ne m'intéressait pas. Quand j'avais la guitare, ça ne m'intéressait pas du tout de juste apprendre à faire des jeux ou de reprendre des chansons juste à la guitare. Je voulais chanter et m'accompagner.
- Speaker #0
Et est-ce que justement, c'est ça que j'allais te demander, est-ce que tu chantais que dans ta chambre ou est-ce que tu as osé chanter devant des personnes quand même ?
- Speaker #1
Je chantais de temps en temps devant des personnes à la fin du lycée. Et le moment où j'ai vraiment commencé à chanter devant des gens, c'était quand j'étais à la fac. Quand j'étais à la fac, il y avait des soirées comme ça, on buvait, etc. Il y avait une guitare et en fait, je jouais. C'était tout le temps chez le même ami qui habitait juste à côté de chez moi. Et on buvait et je sortais la guitare et tout le monde adorait m'écouter chanter. Je chantais des reprises de Kid Cody. Mais à l'époque, je ne chantais pas du tout ce que je chante maintenant. Je chantais des reprises de Kid Cody, des reprises de Booba. Je faisais un petit peu mes remixes à ma sauce, comme aujourd'hui. Et donc, du coup, quand j'ai commencé à chanter, c'est là que j'ai commencé à comprendre que j'avais une énergie qui se partageait assez facilement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça qu'on ressent à travers tes concerts. C'est vraiment une énergie, une ambiance que tu sais mettre. C'est vrai. Comment tu définirais ton style musical, justement, à quelqu'un qui ne le connaît pas du tout, parce qu'il y a un mélange des genres ?
- Speaker #1
Je ne sais pas vraiment comment dire ça, parce que pour être honnête, mon style musical, il évolue au fil du temps. J'aurais tendance à dire que c'est oriental, ça c'est sûr, le style oriental. Mais aussi, je suis très intéressé par des sonorités un peu plus modernes. Et vu que c'est moi qui fais mes productions. aussi, j'essaye de plus en plus d'épurer un peu d'épurer ma musique au maximum et d'arriver à quelque chose qui tienne dans une simplicité difficile
- Speaker #0
Une simplicité difficile, c'est joliment dit. Et est-ce que tu as eu quand même cette envie d'aller sur les pas de ta mère parce que tu as baigné quand même dans un environnement qui était mélomane quand tu étais petit, avec un environnement familial qui aimait la musique et dans la musique plutôt classique quand même avec le conservatoire. Est-ce que tu as eu envie de t'en affranchir ?
- Speaker #1
Pas m'en affranchir honnêtement. Souvent, les gens me disent « Comment tu as eu le courage pour aller, pour tout lâcher, pour le truc ? » Il y a plus eu de la folie que du courage. La vie s'est déroulée devant moi et j'ai juste saisi les opportunités qui étaient là. Pour être honnête, la musique classique, j'ai toujours adoré, mais je n'ai jamais aimé l'ambiance qu'il y avait. L'ambiance très coincée, qui ne me correspond pas. Et du coup, j'ai vite commencé à... adoré la musique classique, mais j'aimais bien faire des petits trucs, orientaliser les morceaux de Bach, orientaliser du Vivaldi, des trucs comme ça. Et après, j'ai eu un moment où j'ai voulu faire de la musique classique, donc faire du violon professionnel. Et j'ai essayé de rentrer au conservatoire régional, sauf qu'en fait, ils m'ont dit t'es trop vieux. Ils m'ont dit t'es trop vieux. J'avais 22 ans. Ils m'ont dit t'es trop vieux et tu fais un master de droit en même temps. Et du coup, ils m'ont dit, non, on veut que des gens, ils voulaient que des gars de 14 ans et tout. Moi, ça m'avait vraiment détruit le truc, ça m'avait vraiment démoralisé. J'avais passé genre trois semaines à la montagne à faire un stage de violon. On faisait huit heures de violon par jour. C'était une ambiance un peu pareille, coin sauce, grave. Voilà, et au final, heureusement que ça s'est passé. Donc, c'est vraiment la vie qui m'a permis de...
- Speaker #0
De dérouler.
- Speaker #1
Ouais, exact. J'ai fait la planche, en fait.
- Speaker #0
Mais on dirait que tu parles un peu, c'est un peu du destin, ce que tu dis.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
C'est que tu devais être là où tu es actuellement.
- Speaker #1
Si j'y suis.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est que voilà.
- Speaker #0
C'est le MacTube.
- Speaker #1
Exactement. Pas vraiment, mais...
- Speaker #0
Parce qu'il y a du travail quand même derrière et des décisions.
- Speaker #1
Un entre deux, exactement. Parce que là, si on rentre dans ce sujet-là, le podcast, il va durer des heures.
- Speaker #0
Ce sera un podcast philosophique et on va y être. Bon, après, j'ai compris que tu aimais bien quand même la philosophie.
- Speaker #1
J'adore,
- Speaker #0
oui. Et ça ressort quand même de tes chansons et des paroles. On va en reparler. Tu as parlé de Booba. C'est vrai que tu t'es fait connaître avec une célèbre reprise. Je crois que c'était Kalash en 2014. Et d'ailleurs, Booba, il a repartagé en vidéo. On le voit. Qu'est-ce qui t'a donné à ce moment-là ? Tu étais déjà en master de droit ?
- Speaker #1
J'étais en train de finir mon master. Je l'ai eu en 2015. Donc, je pense que... En fait, ce qui s'est passé, c'est que quand je préparais le concours de violon, c'était à ce moment-là. J'avais 22 ans. Mon père, quand j'ai eu ma licence de droit, il m'a dit, je vais t'offrir... Je veux t'offrir une montre. Je lui ai dit, je veux pas de montre, je veux un archet pour mon violon. Et du coup, j'étais avec un ami. On a acheté et il restait un peu d'argent. J'ai acheté un archet moins cher que ce qu'il m'avait donné. Et du coup, j'ai un ami, il m'a dit, viens, on s'achète un micro et on te filme chanter la chanson Kalash que tout le monde adore te voir chanter. Du coup, ça s'est fait comme ça.
- Speaker #0
Ça s'est fait de manière hyper spontanée.
- Speaker #1
Exact. C'était pas du tout réfléchi. Je l'ai faite et c'est mon pote qui l'a lui-même posté sur YouTube et qui a commencé à le poster à l'époque. Tu pouvais spammer sur les groupes Facebook. Tu pouvais mettre des commentaires partout et tu pouvais mettre des liens, tu vois. Du coup, il l'a fait. Et le lendemain, je me suis réveillé. Il y avait un article sur Canal Street. Vraiment, j'avais fait le buzz.
- Speaker #0
C'est fou.
- Speaker #1
Et du coup, tout a commencé avec ça. Tout a commencé avec Booba.
- Speaker #0
Et c'est ça qui t'a donné envie après de publier, de continuer sur les réseaux ?
- Speaker #1
Ce n'est pas aussi simple que ça. C'est plus, j'ai fait ça. Moi, à l'époque, j'étais en droit. Je vivais chez mes parents. J'avais un petit peu d'argent de poche. Je n'étais pas du tout... À fond, il y a un gars qui ouvrait un restaurant et qui m'a dit, j'ouvre un restaurant, c'est un restaurant un peu hype de nuit, etc. Il m'a dit, je veux que tu viennes jouer trois fois par semaine dans mon resto. Du coup, j'ai commencé à faire plein d'argent et j'ai commencé à développer un répertoire. Parce qu'au début, je connaissais 15 chansons. Dans les 15, il y avait cinq chansons que tout le monde connaissait, mais les autres, les gens ne connaissaient pas. Donc, j'ai dû apprendre un répertoire de fou et c'était un répertoire festif. Et ça marchait grave. Et du coup, à partir de là, j'ai commencé. à faire dans ce resto, puis dans un autre, puis à faire des prestats privés. Puis en fait, j'ai commencé à... Et c'est là que j'ai commencé à écrire des chansons. Et pour écrire des chansons, je me suis rendu compte que pour les faire connaître, il fallait... Au début, je croyais un peu à la chimère des producteurs. Genre, il y a un producteur qui va... Parce que mes parents, ils étaient grave branchés sur ce truc-là. Il y a un producteur, il va venir, il va... Ce qui n'existe pas. Enfin, moi, en tout cas, ça n'a pas existé. Et donc, du coup, au final, ça s'est... J'ai commencé un peu à faire des vidéos. J'ai commencé un petit peu à faire des vidéos, ça marchouillait, sympathique, et à un moment, je me suis vraiment lancé le défi de faire des TikToks tous les jours. Et à partir de là, j'ai tout essayé. J'ai mis des perruques, j'ai créé des personnages. Avec Givaldi. Exactement, ouais. Mais c'était un bon moment.
- Speaker #0
Oui, on voit que tu appréciais en tout cas.
- Speaker #1
Franchement, c'était vraiment des moments que j'appréciais passer.
- Speaker #0
Et puis tu as créé un vrai lien avec ta communauté. J'ai l'impression que c'était important pour toi aussi.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
D'être à l'écoute du retour des gens, de ce qu'ils te disaient. Exactement. Et alors, tu as parlé d'ambiance un peu coincée, qui peut-être t'oppressait. Alors moi, ça m'intrigue quand même parce que tu étais en droit. Et je me demandais un petit peu comment tu l'avais vécu et comment ça se passait justement ces années où tu étais en droit et à côté, tu travaillais dans l'événementiel. Et du coup, voilà, est-ce que pour toi, à ce moment-là, la musique, c'était toujours... un hobby, un loisir, et puis en fait la vie a fait qu'on t'a proposé, comme au restaurant de ton ami, de jouer trois fois par semaine ? Ou est-ce que déjà, t'avais quand même un peu la volonté d'en faire ton travail ? Pas du tout.
- Speaker #1
J'étais perdu, honnêtement, quand je faisais, quand j'ai filmé la vidéo de Kalash, c'était juste avant de partir à mon stage de violon. Donc moi, dans ma tête, j'étais en mode, je sais pas ce que je veux faire de ma vie. Franchement, je faisais n'importe quoi, j'avais pas des bonnes notes, j'étais... Moi, je suis quelqu'un, quand je lis quelque chose, je le retiens assez vite. Donc, j'arrivais à m'en sortir en droit. Mais je ne travaillais pas, ça me saoulait. Je n'allais jamais aux amphis. J'assistais juste au TD pour ne pas être viré. Parce que je suis obligé. Mais je n'avais pas du tout... J'étais perdu complètement. Je ne faisais que sortir avec mes amis. Je n'avais aucune ambition, en fait. Et quand je me suis fait recaler du conservatoire, c'est là. que j'ai commencé à avoir les prestats, les trucs, etc. Du coup, là, c'était pareil. J'avais de l'argent et je me disais, bon, ça va continuer. Ça va continuer. Et du coup, j'étais vraiment, j'ai été en roue libre pendant assez longtemps. Pendant assez longtemps. Et après, ça s'est fait vraiment, ça s'est fait naturellement. Ça s'est fait au fur et à mesure de faire des choses. Et puis, c'est quand j'ai eu l'envie. de composer mes musiques et d'écrire mes musiques, que là, j'ai commencé à me rendre compte qu'il fallait que je sois un peu plus organisé, que je sache vers où il faut que j'aille. C'était pas facile, mais...
- Speaker #0
Je me demandais justement, parce que c'est vrai que tu dégages, mais surtout dans tes concerts, on voit que t'es quelqu'un... Enfin, moi, je trouve que tu dégages pas de stress. et ça m'a vraiment surpris parce que quand je t'ai vu faire tes petits discours entre les chansons je me suis dit mais waouh il est pas stressé surtout à Paris où t'es vraiment sur la scène que tu connais très bien et je me suis demandé quand même parce que t'as quand même une organisation qui est assez millimétrée dans un concert et un gros travail de préparation derrière comment tu es toi dans la vraie vie un peu lâché prise,
- Speaker #1
très organisé un peu un mix alors moi je suis quelqu'un de très organisé moi je suis un contrôle fric tous les concerts que vous voyez on est deux Merci. C'est moi et mon manager. On n'est que deux à s'occuper de tout. Donc c'est beaucoup de stress, de travail, etc. Et le lâcher prise, c'est un truc que je travaille. Donc ça veut dire que moi, je fais genre méditation dès que je me lève, méditation dès que je me couche, parce que j'ai tendance à avoir un peu des crises d'anxiété. Parce que c'est beaucoup de pression d'avoir autant de responsabilités, en plus de devoir chanter, ne pas me tromper, avoir mes paroles, faire mes solos de violon, faire tous les trucs. Mais ça fait partie du chemin. Ça fait partie du chemin. Et en vrai, quand je suis sur scène, il n'y a rien. J'ai toujours un petit gendarme dans ma tête qui dit, par exemple, le guitariste s'est trompé, le pianiste n'a pas fait la bonne entrée, le batteur a oublié de mettre le vrai. J'ai toujours ce truc de contrôle fric dans ma tête. Non, on ne voit pas ça. Je sais, mais moi, je sais faire semblant. C'est mon premier métier de faire semblant.
- Speaker #0
C'est le titre d'une de tes chansons.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça. C'est peut-être pour ça que je voulais être acteur quand j'étais petit. Oui. Et sinon, je suis très organisé. C'est-à-dire que je suis quelqu'un qui se lève assez tôt. J'ai une vie assez disciplinée. J'ai un peu tout arrêté. Les sorties, l'alcool, la clope. Ça fait un an que j'ai arrêté la clope.
- Speaker #0
C'est bien ça, bravo. C'est pas facile de se défaire de ses addictions.
- Speaker #1
C'est pas facile d'avoir envie de se défaire de ses addictions. C'est ça le plus difficile.
- Speaker #0
Pour toi, ça a été cette prise de décision ?
- Speaker #1
C'était l'envie. En fait, j'avais envie d'avoir envie d'arrêter de fumer. Mais j'avais pas envie d'arrêter de fumer. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #0
Ah ouais, c'est fou !
- Speaker #1
C'était vraiment genre, tout le monde me disait, mais pourquoi tu fumes ? Mais surtout ma mère. Pourquoi ? La chou. La chou, la chou, le cigare. Un jazz de la chou. Tout le temps, tout le temps, je te jure. Et du coup, elle était genre, quand est-ce que t'arrêtes ? J'étais genre, bah, demain. Parce que je n'avais pas envie. Et un jour, je me suis rendu compte que la cigarette, ce n'était pas ça le problème, mais c'était presque une solution. Et que c'était un symptôme d'un truc qui était plus à l'intérieur de moi. Que je fumais pour fuir un certain truc.
- Speaker #0
Pour fuir un peu le vide ou pour fuir l'instant présent peut-être ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'était d'être en inconfort avec l'instant présent.
- Speaker #0
Ah, c'est fou ! Et tu t'en es rendu compte comment ? Après beaucoup de réflexion et de philosophie d'introspection. C'est important de faire du travail sur soi-même.
- Speaker #1
Parfois, on n'a pas le choix, surtout. Ça fait imposer à toi. Je pense que la plupart des gens qui font vraiment du travail sur eux, c'est parce qu'ils ont souffert. Ce n'est pas parce qu'ils se sont dit « Tiens, ça a l'air sympa le travail sur soi » .
- Speaker #0
Alors Albert, j'aimerais bien qu'on parle un petit peu de ta chanson « S'ouvrir à l'île » parce que tu as littéralement cassé internet avec cette reprise de Chirine qui est une chanteuse égyptienne, si mes souvenirs sont bons, qui est sortie en 2003. Et lorsque la chanson a disparu des plateformes, les fans étaient désarmés, moi la première parce qu'en fait on la mettait en repeat tout le temps. Et tu as œuvré pendant des mois avec ton équipe pour que la musique puisse retrouver sa place sur les plateformes. Et on sent quand même que ton public, qui soit francophone ou arabophone, il est extrêmement touché quand tu viens chanter en arabe. Comment tu l'expliques, ça ?
- Speaker #1
Je n'ai pas la réponse encore. Je ne sais pas. Je suis censé, ce mois-ci, voir une coach de chant pour essayer de comprendre qu'est-ce qui change quand tu chantes en arabe. Parce que quand tu chantes en français et quand tu chantes en arabe, j'ai l'impression d'avoir deux voix différentes. Même si les deux se mêlent bien, c'est limite comme s'il y avait un feat. Albert Fitawil en fait et franchement j'en ai aucune idée c'est peut-être parce que déjà la langue arabe se prête beaucoup plus au chant parce que déjà les mots c'est des sonorités qui sont beaucoup plus jolies c'est une question de sonorités en français t'as plein de sonorités qui sont pas belles à chanter le on, le un, le en c'est pas très joli, c'est très nasal tu vois En arabe, c'est A-I-O. Donc, il y a ça. Mais c'est vrai qu'il y a une question peut-être de lâcher prise un peu plus quand je chante en arabe, je ne sais pas. Je n'ai vraiment pas la réponse.
- Speaker #0
Est-ce que tu te sens, toi, différent ? Au-delà de la voix que tu entends après quoi, est-ce que tu ressens des émotions différentes selon la langue dans laquelle tu chantes ?
- Speaker #1
Oui, mais je ne saurais pas si ça a un rapport avec la langue en elle-même ou la mélodie.
- Speaker #0
Et puis au souvenir, peut-être que tu y attaches si c'est des reprises que tu fais.
- Speaker #1
Exactement, c'est vrai.
- Speaker #0
Parce que ça appelle un peu la nostalgie. Quand je te vois à ton concert et qu'il y a une reprise d'Armel et Diable, par exemple, là, je vois que le public arabophone est on fire. Et tu nous rappelles un peu nos étés, clairement, dans nos pays d'origine. Et donc, il y a un petit peu cette nostalgie aussi. On est dans l'instant présent et puis quand tu fais ta reprise, on est un peu dans la nostalgie aussi. Est-ce que tu étais réticent à chanter en arabe ? Ou est-ce que c'est venu un peu naturellement ?
- Speaker #1
Alors, réticent à faire mon projet en arabe, oui, au début.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Je pense que, tu sais, quand j'ai commencé... Moi, j'ai commencé avec une réussite, donc avec Kalash. J'ai fait Kalash et trucs. J'avais 22 ans, j'étais un petit con, j'ai pris la grosse tête directe. Je me suis dit, c'est bon, je vais percer. Dans six mois, je suis Gims, tu vois. Et en fait, je me suis pris tellement de murs et tellement de portes. En fait, je me suis mis un peu sur mes gardes de savoir qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est-ce que truc. Je me remettais beaucoup en question et j'ai un peu perdu confiance en moi, en vrai. C'est difficile, être un artiste, ce n'est pas facile pour la confiance en soi. Parce que tu fais un truc, tu es chez toi, tu fais ta maquette, tu es en mode, mais c'est incroyable, je vais percer, c'est fou ce que j'ai fait. Tu le fais et personne n'écoute, ça ne marche pas. Du coup, ton égo, il en prend des coups. Et en fait, j'ai marché un peu sur des œufs. Je me disais, est-ce que je fais comme ci ? Est-ce que je fais ça ? Non, chanter en arabe, peut-être que non, parce que, je ne sais pas, je n'avais pas vraiment d'explication, tu vois, mais je me disais, non, non, il faut que je reste sur le français, il faut que je reste sur le truc. Et en fait, tout est parti avec Sabri Halil, parce que Sabri Halil, j'avais décidé à un de mes concerts, qui était le deuxième concert ever que j'avais fait.
- Speaker #0
En France ?
- Speaker #1
En France. Et en fait, vu que j'avais fait la reprise de Tomber dans le vide, donc la traduction de Sabri Halil, j'avais décidé de faire au moins l'intro en arabe. En mode, juste exactement comme je la fais maintenant, en fait. Juste piano, voix, très genre doux, très truc. Et en fait, à ce concert-là, je me suis rendu compte que j'avais adoré le faire. Et après, quand j'ai préparé mon premier concert du 20 septembre de cette année... cette année scolaire, j'ai mis un extrait de ça que je répétais avec ma band. J'ai mis un extrait de ça et ça a explosé. Et du coup, moi, j'étais dans une phase où mes réseaux, ça ne marchait plus trop. Et j'ai pris ça comme une occasion. Je me suis dit, yes, c'est bon, je vais pouvoir relancer mes réseaux. Et du coup, je relance une autre chanson peinte en arabe et ça ne marche pas. Je me dis, mais attends, là, je ressors un truc en arabe, bam, ça explose. Là, je me dis, mais en fait, les gens veulent de l'arabe, en fait. Et ça tombe bien parce que même moi, et puis même là, je trouve ça très amusant d'écrire en français et arabe. C'est-à-dire les chansons que j'écris, je suis encore en train de rechercher le style exact que je veux vraiment donner dans mes trucs. Mais ça m'amuse grave de passer de l'arabe au français. Et c'est cool, ça rend le truc moins... le travail d'écriture moins monotone en fait.
- Speaker #0
Et puis en termes de sonorité, c'est juste magnifique. Moi, l'une de mes préférées, c'est Biba Lee. Moi, j'aime beaucoup Fou de toi aussi. Ah,
- Speaker #1
trop bien.
- Speaker #0
C'est vrai qu'avec l'accent libanais, tu ne t'y attends pas et ça revient en français. C'est vrai que tu as l'impression un peu que c'est un feat, effectivement, Albert Fitaouil. Ces deux voix qui sont totalement différentes. Et tu fais quelque chose d'intéressant aussi, c'est que tu vas venir traduire tes chansons, comme tu as dit, Tomber dans le vide. Donc, c'est la traduction en français de la chanson Sobri à l'île. Mais tu le fais aussi sur des chansons en anglais. et donc du coup... c'est intéressant en fait ce mélange des langues t'as un rapport avec les langues qui est assez intéressant je trouve,
- Speaker #1
je l'avais jamais vu ailleurs c'est vrai c'est vrai que j'ai souvent aimé les langues et j'arrive bien à faire les accents quel accent par exemple ? je sais pas par exemple en espagnol si vraiment je fais le mec si je me concentre vraiment et que je fais pas la rigolade je peux sonner un peu comme un espagnol Je sais bien prononcer les trucs. C'est les mêmes sonorités que l'arabe. Même le portugais. Mes copains qui sont brésiliens, par exemple, quand ils me disent « Vas-y, parle en portugais, brésilien » , j'essaye vraiment, je les imite. J'arrive bien à imiter les sons.
- Speaker #0
Donc, tu as ce talent un peu. Tu peux t'adapter à un public qui fait d'autres personnes portugaises, espagnoles. Tu chantes un peu en espagnol aussi ?
- Speaker #1
Oui, quand on fait des prestas, j'ai une quinzaine de chansons en espagnol.
- Speaker #0
Génial !
- Speaker #1
Il est classique. Les classiques que tout le monde kiffe, je les chante. Ça met grave l'ambiance.
- Speaker #0
J'imagine. Et alors, dans Origine, qui est une des chansons qu'on attend avec impatience quand on va à tes concerts, on se dit, quand est-ce qu'elle arrive, Origine ? Tu dis que tu es imbibée de ta dualité entre la France et le Liban. Fibal aden bi elbi. Donc, il y a deux pays dans mon cœur. Quelle relation tu as aujourd'hui avec ton pays d'origine ?
- Speaker #1
J'ai une relation qui est très énergétique, disons. ça veut dire quoi ? J'ai toujours cette envie d'y aller. D'ailleurs, j'y vais dans deux semaines, un petit peu plus que deux semaines. Et j'ai toujours cette envie d'y aller. Quand je suis là-bas, il y a quelque chose qui se passe. Je sens que j'ai une attache avec cet endroit. Et voilà.
- Speaker #0
C'est ton pays.
- Speaker #1
C'est un endroit où je me sens chez moi.
- Speaker #0
Oui, parce que tu dis même dans sa misère, je l'aime.
- Speaker #1
Parce que ça lui donne son charme et que... Il est comme il est, je l'aime quand même. C'est inconditionnel du coup.
- Speaker #0
C'est un amour inconditionnel.
- Speaker #1
Je n'ai pas besoin qu'il soit riche ou propre pour l'aimer.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça t'apporte aujourd'hui d'être à la fois français et libanais ?
- Speaker #1
Ça m'apporte bien sûr parce que j'ai deux cultures. J'ai deux cultures, la culture française que j'adore, la culture libanaise, arabe que j'adore aussi. Après, je pense que aussi, pour certaines personnes, ça peut aussi apporter quelques petits problèmes identitaires. Je pense que ça l'a un peu été quand j'étais petit. Le côté de « je ne suis pas vraiment français et je ne suis pas vraiment libanais » parce que quand je vais au Liban, je suis le petit français au Liban. Et du coup, je pense que c'est avec le temps et avec un peu de processing que tu te rends compte de la richesse que c'est d'avoir deux cultures. Mais avant, c'est vrai que j'avais un petit peu une petite frustration d'être ni l'un ni l'autre. Et en vrai, aujourd'hui, ce que ça m'apporte, c'est que j'aime bien ne pas avoir d'identité, en fait. Ça veut dire que tout en étant mon identité, comme je le dis dans la chanson, c'est pas genre une identité vraiment fixe. Mais c'est que je puise dans les deux cultures autant que je veux, comme... Je vais essayer de faire une métaphore. Un peu comme par exemple, moi, quand je me considère comme musicien, je ne me considère pas comme violoniste ou pianiste ou guitariste. Parce qu'en vrai, la plupart des bons guitaristes, ils me mettent une raclée à la guitare. Et la plupart des bons violonistes me mettent une raclée au violon. Mais de manière générale, dans la musique-musique, c'est ça. Et dans le fait d'être un être humain, de façon universelle, je trouve que le fait d'avoir deux cultures, c'est cool.
- Speaker #0
Tu ne te mets pas dans une case, en fait.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu es multi-instrumentiste, on le voit pendant tes concerts. Et qu'est-ce que chaque instrument t'offre de différent, artistiquement aussi, et peut-être personnellement ?
- Speaker #1
Alors, la guitare, c'est vraiment un accompagnement. Pour moi, c'est vraiment un accompagnement et c'est une énergie particulière pour moi. Ça veut dire que moi, je sais faire du piano, mais je ne fais jamais de piano à mes concerts parce que je suis beaucoup moins à l'aise quand je chante et que je pianote, alors que la guitare, je ne réfléchis même pas. C'est un prolongement de mes mains, presque de ma voix même. Après, c'est vrai que je suis plus à l'aise Et je suis plus concentré, du coup, quand je chante sans la guitare. Mais la guitare, il y a un peu une création d'histoire et d'une énergie que je veux raconter avec la guitare. Et le violon, c'est...
- Speaker #0
Mais c'est ton premier instrument.
- Speaker #1
Le violon, c'est mon premier amour. Et ça l'est toujours. Moi, je travaille mon violon tous les jours. Le violon, pour moi, c'est comme la vie. Ça ressemble à la vie. Quand je travaille le violon... Par exemple, je commence toujours par la même gamme au violon. Et tous les jours, je remarque des petits trucs dont j'étais inconscient, des petites erreurs, des mini-trucs, des micro-trucs qui font que quand je mets une lumière de conscience dessus, tout s'améliore. Et c'est un peu comme la vie, dans nos habitudes, dans nos réactions, dans comment on est, dans le pourcentage de temps qu'on passe inconscient dans la journée. qui est beaucoup plus gros qu'on ne le pense généralement, le violon m'aide à voir ce truc-là. Et le violon, pour moi, c'est vraiment l'archétype du concept de la répétition. C'est-à-dire que le fait de répéter les choses, mais en conscience, ça fait qu'on progresse et j'essaye de mettre en ce moment plus d'attention sur mon progrès plutôt que sur le outcome.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'aide à le faire ? Tu as parlé de la méditation le matin et le soir. Est-ce qu'il y a d'autres techniques ?
- Speaker #1
C'est des trucs de... La méditation, en vérité, c'est pas non plus... La méditation, c'est trop... On en a fait un peu un truc. La méditation, c'est juste je me pose et je m'observe penser. C'est juste je me pose, je fais rien. Parce que la plupart du temps, quand tu fais quelque chose, tu rentres dans une inconscience un petit peu. Et en fait, j'essaye d'être juste... Ok, je suis là, je suis présent. Et j'essaie de faire des exercices de présence. Donc, je me concentre sur ma respiration. J'observe mes pensées sans les juger. C'est un peu compliqué. C'est super dur, en vrai.
- Speaker #0
C'est compliqué dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui. Parce que notre attention, elle est à paix.
- Speaker #1
Oui, oui, 100%. Oui, c'est vrai. Tout le monde vit dans ce monde d'aujourd'hui. Forcément, oui. Probablement qu'à l'époque de Jésus, c'était plus facile de méditer. Très probablement. Parce qu'il y avait moins de choses. Mais oui, j'utilise beaucoup pour rentrer dans ce truc-là, de vraiment ouvrir ma conscience. J'utilise beaucoup la méditation, j'utilise beaucoup la respiration. Et en vrai, j'utilise beaucoup la musique et ma vie en général, parce que la façon avec laquelle mon projet évolue... Il y a un peu une dimension, moi je suis un mec méga mystique, mais il y a une vraie dimension mystique. Genre comme si c'était un film et qu'on m'envoyait des gens d'une façon un peu comme par hasard.
- Speaker #0
Et est-ce que tu crois au hasard ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Je ne crois pas au hasard, mais à part si le hasard, c'est la définition de ce que j'appelle le tout, la source.
- Speaker #1
L'univers.
- Speaker #0
Dieu, le mot que tu préfères. Mais donc, je ne me rappelle plus, c'était quoi la question initiale ? La question initiale, c'était ?
- Speaker #1
On a dévié.
- Speaker #0
Oui, c'est très facile de dévier avec moi, surtout sur des sujets comme ça. C'est super intéressant,
- Speaker #1
surtout. C'est aussi pour ça qu'on est là. On a parlé des reprises et des chansons en arabe, mais moi j'aime beaucoup aussi tes chansons en français. Il y en a une qui m'a touchée vraiment particulièrement, c'est Souris, parce que je l'ai entendue la première fois quand je t'ai vue en concert à Paris, en avril dernier. Tu viens de dire, voilà, souris, la vie est trop courte pour faire la tête, quand le malheur te guette et t'embête, qu'il ne cherche à t'anéantir, ne le laisse pas te détruire. Qu'est-ce qui t'a donné envie de transmettre ce message, de sourire et de le rappeler aux gens ?
- Speaker #0
En fait, cette chanson, moi, je l'ai écrite, c'était surtout pour ma maman. Je l'ai écrite après le décès de mon père. Et c'était parce que je ne voulais plus voir ma mère triste. Et qu'à l'époque, moi, ça m'avait beaucoup aidé de sourire. Même les jours qui ont suivi son décès, on était très entourés. Des moments comme ça, inutile de préciser que c'est des moments où on est très très très sensible à tout ce qui se passe. Et du coup, on a une conscience vraiment beaucoup plus décuplée. C'est pas très agréable, mais du coup, on a une conscience beaucoup plus décuplée. Et je me rappelle que l'ambiance chez moi, il y avait genre 40 ou 50 personnes chez moi tous les jours. Tous mes amis, toute la famille, tout le monde était vraiment là pour nous. Et je me rappelle que je rigolais beaucoup. On rigolait grave avec mes copains. Mais plus fort que d'habitude, en fait. Et je me rappelle que le gouffre entre ma souffrance et ces rigolades, c'était tellement puissant que du coup, je me suis rendu compte que le rire et le sourire qui sont vrais, c'est des choses qui montrent qui t'es vraiment. C'est-à-dire même demain, tu vas rencontrer quelqu'un. Imagine, tu as quelqu'un, tu le détestes. Vraiment, t'aimes pas cette personne. Tu l'aimes pas. Quand cette personne va rigoler, tu vas être attendri. Tu vas te dire, ah putain, en fait, il est sympa ce mec. Mais quand il rigole, pas quand il rigole en mode démoniaque, genre, mouah, tu vois, mais quand il va rigoler vraiment d'un truc que même toi aussi ça te fait rire, tu vas sentir une sorte de connexion, une sorte d'authenticité.
- Speaker #1
D'humanité.
- Speaker #0
Exactement. Et du coup, voilà. Le sourire, le rire, pour moi, c'est... C'est quelque chose qui nous rassemble tous. Et voilà. Je ne sais pas si j'ai répondu à ta question.
- Speaker #1
Tu as complètement répondu à ta question. C'est vrai qu'on sent beaucoup l'émotion qu'il y a derrière cette chanson. Et ta maman, elle a dû être très touchée que tu lui livres ça. C'est vrai que tu parles de beaucoup de sujets dans tes chansons. Tu vas venir parler de la liberté, de tes histoires d'amour. Et donc, tu vas les écrire à un moment T quand même, ces chansons. Est-ce qu'il y a une chanson que tu interprètes différemment aujourd'hui parce que toi-même tu as changé et que tu n'es plus la personne que tu étais au moment où tu l'as écrite ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. Pas vraiment. Pas vraiment parce que quand je chante mes chansons, je me remets dans le personnage. C'est pour ça que je continue à chanter la plupart de mes chansons, même par exemple... Une chanson qui s'appelle Peut-être. Cette chanson-là, elle parle d'une ex de 2016. Et pour autant, quand je la chante, je me remets dans le personnage. C'est quand même faire honneur à la personne que j'étais avant.
- Speaker #1
Et est-ce que la musique t'aide à dire des choses que tu n'arrives pas à dire autrement ?
- Speaker #0
Non. Je suis quelqu'un qui... Je suis très cash. Je dis les choses.
- Speaker #1
Donc ça fait partie de ta personnalité.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc tu n'as pas forcément ressenti de réticence à te livrer de manière aussi brute sur des sujets peut-être difficiles ?
- Speaker #0
Comme quoi ? Comme l'amour ?
- Speaker #1
Comme l'amour, oui, par exemple, ou le décès.
- Speaker #0
Le décès, je n'ai pas fait de chanson sur le décès. Enfin, j'en ai fait une, mais je ne l'ai jamais sortie. Parce que je n'étais pas très à l'aise avec cette idée-là. Non, l'amour, je pense qu'en fait, c'est surtout le processus d'écriture qui est assez libérateur. Ça veut dire que quand tu écris à un moment où tu n'es pas bien, ça a un côté... apaisant. Mais la question de base, c'était quoi ? Je l'ai oublié.
- Speaker #1
C'était un peu thérapeutique. Je te disais, est-ce que tu étais réticent à te livrer de manière aussi brute sur des sujets difficiles ?
- Speaker #0
Non, pas vraiment. Parce qu'en vrai, je pense que le fait de chanter, ça me donne comme une sorte d'alibi de j'ai le droit. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #1
Oui, tu es dans ton rôle. Exactement.
- Speaker #0
Ça veut dire que j'aurais énormément de mal. Je l'ai déjà fait. Mais j'aurais énormément de mal à pleurnicher devant mes copains parce que j'ai le cœur brisé, par exemple. Mais par contre, ça me donne une légitimité à le faire à travers une chanson. Et je pense que la plupart des gens...
- Speaker #1
Oui, parce que ça passe mieux en chanson. Bien sûr,
- Speaker #0
ça passe mieux. Les chansons d'Adèle passent mieux en chanson qu'Adèle qui vient pleurnicher à cause de son ex qui est parti.
- Speaker #1
C'est vrai que ça fait plus stylé comme ça. Oui,
- Speaker #0
bah oui, tu vois.
- Speaker #1
Et est-ce que pour toi, la musique a le pouvoir de changer ou d'apporter quelque chose dans la vie des personnes ?
- Speaker #0
Alors honnêtement, oui, parce que j'ai plein de gens qui sont des fans, qui sont venus me dire qu'eux-mêmes, que j'ai changé leur vie. Là, à Bordeaux, d'ailleurs, à Bordeaux, au premier rang, il y avait un gars, j'ai chanté pour son mariage. Et il était au premier rang. Et pour lui, j'ai chanté une chanson que je n'étais pas censé chanter. Trop touchant. Mais c'était un gars qui a perdu sa femme. d'une maladie et qui m'a dit à son mariage, donc au deuxième mariage que je lui avais sauvé la vie et que la chanson sourit l'avait accompagnée genre elle lui avait permis de survivre en fait c'est un magnifique compliment et du coup j'ai une chanson qui s'appelle Je t'aime plus et à son mariage il m'a demandé si je pouvais la jouer à la guitare et lui il la chante au micro et c'était un moment de fou Et surtout que lui, je pense que lui, il n'arrêtait pas de me remercier, de me dire Et là, par exemple, à Bordeaux, il m'a envoyé un message, il m'a dit merci, merci. Moi, je lui ai dit, tu ne te rends pas compte à quel point moi, ton mariage, il m'a touché à moi aussi, en fait. C'était un vrai partage. Ce n'est pas juste ma musique, ça t'a fait quelque chose. Et donc, du coup, oui, je le vois que la musique peut motiver des gens, peut donner, peut changer. peut faire changer de perspective, en fait. De toute façon, l'art, en général, ça fait changer de perspective. La souffrance provient d'une perspective que tu as. Pour toi,
- Speaker #1
c'est la souffrance.
- Speaker #0
Oh, mais oui.
- Speaker #1
Parce qu'on partage tous la souffrance, en fait, les êtres humains.
- Speaker #0
Parce que sinon, tout le monde s'en foutrait complètement. S'il n'y avait pas de souffrance, il n'y aurait pas de religion, il n'y aurait rien. S'il n'y avait pas de souffrance, tout le monde s'en foutrait. Le problème principal de l'humanité, c'est la souffrance. Ce n'est pas autre chose.
- Speaker #1
Tu peux développer un peu cette idée ?
- Speaker #0
S'il n'y a pas de souffrance, tu ne fais pas de travail sur toi. S'il n'y a pas de peur de la mort qui est une souffrance, il n'y a pas cette course éternelle à l'argent. Donc du coup, il n'y a pas ce problème de jalousie, ce problème d'envie. Tous les vices de l'ego proviennent de la souffrance. Parce que ton ego, il naît d'une souffrance, qui est de te sentir séparé des autres.
- Speaker #1
Tu en parles beaucoup de ces sujets-là aussi, du rapport à l'humain, du rapport à l'argent. Est-ce que tu penses que l'argent change l'homme, le succès ?
- Speaker #0
Bien sûr, l'argent c'est magnifique, c'est un moyen qui est incroyable, mais dès que ça passe du statut de moyen à fin, c'est là que ça part en vrille. Et tout le monde l'expérimente à un moment. Moi le premier, je suis quelqu'un qui... Je suis quelqu'un qui aime beaucoup l'argent, parce que ça te permet de faire plein de trucs et de faciliter plein de trucs. Mais quand ton seul but, c'est ça, tu vas souffrir. Parce que le but de la vie, c'est pas ça. Le but de la vie, c'est de faire plein de trucs et l'argent, c'est un moyen d'y arriver. Et je pense que la vie te donne l'argent au moment où c'est bon. Un peu comme tes parents, quand tu fais n'importe quoi, ils te donnent pas. mais quand c'est bon Quand tu es fidèle à toi-même, c'est bon, il te donne l'argent.
- Speaker #1
C'est joliment dit. Taouil, ça veut dire le grand. Je pense qu'on te le dit beaucoup.
- Speaker #0
Je ne porte pas très bien.
- Speaker #1
Si, tu es grand quand même, non ?
- Speaker #0
Je fais 1,79, même pas 1,80.
- Speaker #1
Pour moi, c'est grand, ça. Pour toi, qu'est-ce qui fait la grandeur d'un artiste ?
- Speaker #0
Son authenticité, je dirais. Je ne dirais que ça, en fait. Je pense que plus l'artiste arrive à être pur, Et plus, en fait, ça le rend grand. Et c'est ça qui est le plus difficile. Parce qu'en fait, tu sais pas c'est quoi ta pureté. C'est très difficile de mettre la lumière sur ce qui est faux chez nous. On est conditionné depuis tout petit. Et du coup, c'est tout un travail quotidien d'essayer d'être honnête avec soi-même. Et l'honnêteté amène l'authenticité.
- Speaker #1
Qu'est-ce que le succès représente pour toi aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je pense que le succès, c'est un peu comme une carotte et qu'il ne faut pas que je la suive. Je pense que le succès, ça doit être une conséquence directe. Du fait que j'apprécie mon chemin et que je le fasse avec authenticité, avec discipline et avec clairvoyance. Mais qu'en fait, si je regarde, si je poursuis le succès, ça va être une carotte que je n'attraperai jamais. C'est pour ça qu'en fait, le succès, je n'aime pas trop ce concept. Parce que j'en ai beaucoup rêvé et ça m'a fait souffrir en quelque sorte. Parce que plus tu lui cours après, moins il arrive. Et plus tu es juste en mode authentique et plus ça arrive d'un coup.
- Speaker #1
Il faut être aligné, en fait.
- Speaker #0
C'est sûr. Moi, j'en suis. Dans tout ce que tu fais, pour succès ou pas succès, je pense que quoi qu'il arrive, c'est très dur d'être aligné, mais que quand tu es aligné, les choses arrivent. Et je pense que la plupart des gens qui ont eu du succès, c'est sûr qu'ils l'ont eu avec un travail acharné. Mais ils ne l'ont jamais eu exactement comme ils l'ont prévu. C'est sûr. Parce que quand tu prévois trop, tu as un manque de lâcher prise, tu as trop une volonté de contrôle sur des choses que tu ne peux pas contrôler. Le succès, ça ne se contrôle pas. Ce qui se contrôle, c'est ce que tu manges, si tu fais du sport, si tu es gentil avec les gens, ça, ça se contrôle. Mais ce qui ne dépend pas de toi, ça ne se contrôle pas.
- Speaker #1
Et quel est le moteur qui te guide aujourd'hui alors ? Au quotidien ?
- Speaker #0
Je pense la création. Je pense que c'est surtout la création. Ça veut dire que quand je me lève, que je vais au sport, que je fais mon violon, que je truque, et que je suis moins dans l'outcome, le vrai outcome précis de par exemple le succès ou la réussite, en fait, j'apprécie la marge de progression.
- Speaker #1
Tu apprécies le chemin.
- Speaker #0
Oui, exactement. Pas tout le temps. C'est difficile. Je ne veux pas faire le mec qui est arrivé au stade. C'est vraiment ce à quoi j'aspire. Tous les jours, je travaille pour être le plus détaché possible de cette envie que tout le monde a un petit peu, tu sais, de prouver. Qui est humaine aussi. Oui, 100%. 100%. Mais c'est ça qui t'apporte de la souffrance in fine, je pense.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu penses que la scène t'oblige à être, que la vie quotidienne ne te demande pas forcément ?
- Speaker #0
Tu as des vraies questions. Je te fais travailler un peu. T'inquiète. Qu'est-ce que la scène m'oblige à être que la vie ne m'oblige pas forcément ? Tous les exemples que je cherche, j'aurais dit rien. Parce qu'en vérité, par exemple, d'être là, d'être sur la scène, d'être présent. En ce moment, la vie m'oblige un petit peu à être présent. De voir, je ne sais pas, de bouger, d'être actif. Pareil, j'ai toujours des envies de... Je ne sais pas, cette question est un peu compliquée.
- Speaker #1
Est-ce que tu as l'impression que tu es deux personnes totalement différentes ? Parce que c'est vrai que quand tu es sur scène, je n'ai pas l'impression qu'il y a une différence entre l'artiste. Non, il n'y a pas beaucoup de différence. Il y a une authenticité qui se dégage, et c'est un peu confirmé par le discours que tu as aujourd'hui, où c'est une valeur qui te guide quand même aussi, l'authenticité, et le fait d'être toi.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que je ne suis pas du tout une personne différente quand je suis hors de la scène. Après, c'est sûr qu'il y a un jeu. C'est aussi ton travail, c'est ta posture. J'ai la lumière sur moi, forcément. Et puis j'adore.
- Speaker #1
Oui, t'aimes bien.
- Speaker #0
Forcément, forcément. Si je suis arrivé là, c'est qu'il y a un peu de ça. Mais non, pour l'instant, non. Pour l'instant, grâce à Dieu, franchement, je suis très content. Cette année, on a fait 11 concerts. Tout s'est très bien passé. J'ai adoré être sur scène. Les seuls points qui me saoulent quand je suis sur scène... Je ne sais pas si, par exemple, il y a un problème. L'un, j'ai l'humile, il fait n'importe quoi. Ou bien, j'ai un problème, il y a un truc qui manque. Ou bien, un musicien s'est trompé. C'est plus des trucs comme ça. Mais sinon...
- Speaker #1
Et c'est là que tu apprends à lâcher prise un peu sur tes problèmes parce que tu n'as pas de contrôle dessus. Oui,
- Speaker #0
c'est exactement ça. De toute façon, ma carrière, comme le violon, c'est comme la vie, ma carrière, je ne sépare pas. ma carrière professionnelle de ma vie. Ça veut dire que, vu que je suis dans un process vraiment genre entrepreneurial, ma carrière m'apprend énormément. sur mon perso, sur ma gestion émotionnelle, sur plein de choses. Parce qu'en vrai, les problèmes qui arrivent, là, maintenant, grâce à Dieu, je n'ai pas de problème de santé ou de trucs, mais je sais que les problèmes relous avec mes musiciens, alors que je n'en ai pas beaucoup, mais mes musiciens ou les gens ou les prestataires ou trucs, quand il se passe quelque chose, en fait, le fait d'apprendre à vraiment gérer ça émotionnellement, je sais que demain, si jamais... la vie m'apporte une mauvaise nouvelle ou un truc, je saurais beaucoup mieux le gérer grâce à ça. Et donc du coup, en fait, voilà la réponse à ta question, c'est que je pense qu'en fait, il n'y a pas énormément de différence entre la scène et ma vie.
- Speaker #1
Oui, mais on le ressent. C'est comme ça aussi que tu arrives à créer ce lien quand tu t'adresses aux personnes de manière directe, tout ça, on le ressent. C'est vrai. Je vais te poser quelques dernières questions.
- Speaker #0
Vas-y.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais un souvenir Merci. qui résume ton lien avec l'Orient ?
- Speaker #0
Je pense que le sentiment très très fort qui vient de quand j'étais petit, c'est la sensation de quand on atterrit à Beyrouth, que je suis dans l'avion et que le pilote annonce qu'on est arrivé. C'est magnifique. Ça, c'est vraiment un truc qui... depuis que je suis tout petit, ça a genre une odeur, ça a une température, il y a un truc.
- Speaker #1
J'adore cette sensation, tu sais, quand tu atterris et puis parfois même quand les portes de l'avion s'ouvrent et que tu descends, il fait tellement chaud.
- Speaker #0
Exactement, il fait chaud et il y a une odeur qui, à première vue, tu ne l'aimes pas, mais en vrai, tu l'aimes. C'est une odeur qui est dégueulasse, mais qui est bonne.
- Speaker #1
Elle est familière et donc elle t'a manqué, ça fait peut-être un an que tu ne l'as pas ressenti.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Aussi, l'Orient était une émotion. Laquelle serait-elle ?
- Speaker #0
Je pense que ce serait la nostalgie parce que... Non, pas vraiment. En fait, si c'était une émotion... En fait, c'est un mélange entre la nostalgie et la joie. Je pense que c'est ça. Parce que pour moi, la nostalgie, c'est négatif. La nostalgie appelle à un moment... Si tu languis un peu trop longtemps dans la nostalgie, la tristesse, elle arrive. C'est la petite sœur de la tristesse. C'est la petite sœur de la nostalgie. Ça commence par la nostalgie et ensuite, ça arrive. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de joie parce qu'il y a quand même en Orient, il y a quand même un attachement très fort à l'instant présent. Très, très fort avec quand même. Une tendance à râler vers la nostalgie. Je le sens. Même chez les vieux. Les vieux, ils râlent beaucoup chez nous.
- Speaker #1
Ils parlent beaucoup du passé.
- Speaker #0
Exactement, les vieux, ils râlent beaucoup chez nous. C'était mieux avant. Exactement, ouais. Et ils sont très outrés de ce qu'il y a maintenant, de ce truc. C'est très vrai, ça. Mais il y a quand même une joie. Ça veut dire que... que même le plus déprimé des jeux de dos ou des tétas, le moment où il y a un moment de joie, ils sont là.
- Speaker #1
On l'accueille en fait, ces moments de joie.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et il y a la célébration facile.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Si tu devais nous laisser ton mot d'Orient, un mot qui t'accompagne, te représente ou t'inspire, quel serait ce mot ?
- Speaker #0
Salam.
- Speaker #1
Salam.
- Speaker #0
Mais même pas forcément entre les gens, c'est surtout en nous. Je pense que c'est surtout ça. La paix.
- Speaker #1
avec l'accent libanais salem exactement salam la petite touche non halouek salem ouais c'est avec la touche libanaise c'est sympa est-ce qu'il y a un mot que tu voudrais rajouter Albert un mot du coeur à véhiculer à qui ? à nous aux auditeurs qui t'écoutent à qui tu veux ?
- Speaker #0
ayez confiance confiance en quoi ? en la vie Voilà.
- Speaker #1
Merci Albert pour ce moment. Merci à vous. C'était beau mot de fin.
- Speaker #0
C'était cool, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci Albert.