- Speaker #0
Bonjour à tous, je suis heureux de vous accueillir pour le tout premier épisode de ce podcast. On parle souvent d'innovation dans la tech, la finance ou les startups, mais on oublie parfois l'artisanat, ce secteur incroyable au cœur de notre culture et de notre économie, où chaque geste est porteur de sens et de passion. Avec ce podcast, je donne la parole à ceux qui façonnent de leurs mains, mais qui sont aussi de véritables entrepreneurs. Des artisans qui innovent, qui créent, qui se réinventent et qui souvent inspirent bien plus qu'on ne l'imagine. Alors abonnez-vous, partagez et partez avec moi à la découverte de ces artisans-entrepreneurs qui façonnent notre monde autrement. Pour ce premier épisode, je reçois Clara. Après une carrière dans le digital à Paris, elle a tout quitté pour devenir coutelière à Bordeaux. Elle y met à l'innovation, ancrage local et collaboration avec des hôtels et restaurants de renom. Son parcours est l'exemple parfait d'un artisanat moderne, audacieux et inspiré. Bonne écoute ! Bonjour Clara, merci de m'accueillir à l'atelier Rosy, c'est bien comme ça qu'on dit.
- Speaker #1
C'est bien comme ça qu'on dit.
- Speaker #0
Pour commencer, j'aimerais juste que tu me partages, avant qu'on rentre vraiment dans le cœur du sujet, le cœur de l'entretien, une œuvre ou une citation emblématique qui pour toi te drive au quotidien et qui est vraiment ce qui te motive dans ton travail. quand on travaille au quotidien.
- Speaker #1
Merci à toi aussi de m'avoir contactée pour participer à ce podcast. Je suis ravie de t'avoir ici, dans nos locaux aujourd'hui. Alors, je n'ai pas vraiment une œuvre de prédilection, on va dire. Moi, j'ai souvent une phrase que je dis qui est un peu mon fil rouge. Je dis souvent qu'on vise les sommets, on ne vise pas la médiocrité. Donc, ça me permet en fait quand je me heurte un petit peu à des obstacles. de me dire que de toute façon, il faut que j'aille toujours voir plus loin parce que je ne veux pas m'arrêter au petit grain de sable, on va dire. Donc,
- Speaker #0
l'objectif est assez clair.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Super. Merci. Très belle citation que je retiens. Est-ce que du coup, maintenant, tu peux te présenter, m'expliquer un peu ton parcours, savoir pourquoi en fait tu fais ce métier, quelles sont tes motivations ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai 33 ans. à la base je ne travaillais pas du tout dans l'univers de l'artisanat d'art et de la coutellerie j'ai commencé une carrière dans l'audiovisuel donc vraiment virage à 360° on va dire j'ai fait des études pour être en fait dans le milieu de la télé donc je m'occupais des castings pour les émissions de jeux et divertissements donc j'ai fait ça pendant 5 ans j'adorais j'adorais mon métier, j'adorais ce que je faisais c'était vraiment vraiment chouette sauf que pour ça il fallait que j'habite à Paris Merci. donc Paris c'est sympa un temps, j'y ai fait la fin de mes études, j'y ai fait le début de ma carrière comme je disais mais arrivé à un moment j'ai été trop prise par trop de choses en fait, la vie parisienne va trop vite pour moi et donc j'ai décidé de revenir m'installer ici dans le bordelais quand j'avais 28 ans sans trop savoir ce que j'allais faire parce que du coup je pouvais pas exercer mon métier là donc du coup j'ai beaucoup réfléchi à ce que je voulais, je voulais quelque chose qui avait un peu plus de sens qu'avant, je voulais créer en fait je voulais vraiment commencer ma journée sans rien avoir et finir ma journée en ayant des objets entre les mains. Enfin, disons en ayant vraiment… Très concret, quoi. Ouais, voilà, exactement. Je cherchais beaucoup plus de concret que d'être derrière un ordinateur et au téléphone toute la journée, même si, encore une fois, j'aimais ce que je faisais. Voilà, je trouvais que c'était peut-être… Ça me correspondait moins, on va dire. Donc, arrivé ici, j'ai beaucoup réfléchi. Et puis, en fait, j'ai mon papa qui est passionné de couteau depuis toujours. Donc, il nous a toujours trimballé, mes frères et moi, dans les… dans les coutelleries quand on partait en week-end ou en vacances. Et il m'a toujours dit, si j'avais un petit peu de temps devant moi, je ferais un couteau régional un petit peu original. Sauf que mon papa est chef d'entreprise, donc en fait, il n'a clairement pas de temps devant lui. Et donc, moi, je me suis dit, je vais le faire. Je vais le faire, ce couteau, parce que moi, j'ai du temps. Je ne sais pas quoi faire.
- Speaker #0
Tu as du temps devant toi et tu t'es dit, je teste.
- Speaker #1
Exactement, je teste. Et en fait, je me suis dit, c'est vrai que ça pourrait un petit peu rassembler un petit peu toutes mes envies du moment. de créer, de partir dans un univers que je ne connaissais pas. J'avais aussi un peu cette envie d'apprendre de nouvelles choses, sortir un petit peu de ma zone de confort. J'aime bien me challenger un petit peu de temps en temps.
- Speaker #0
Pour que j'y l'ai sommé en même temps.
- Speaker #1
Exactement, voilà, c'est ça. Et en fait, de fil en aiguille, j'ai commencé à acheter des bouquins, à me renseigner sur la coutellerie. J'ai rencontré un artisan d'art qui s'appelle Raymond Rosa, qui est basé dans l'Allier, qui est un forgeron qui est à la retraite maintenant, mais qui donne toujours des cours, en fait, qui fait des stages. Et en fait, je suis arrivée avec mon sac à dos au fin fond de l'allier. Je n'avais pas d'Internet, pas de télé, rien. Le bonheur, quoi. Oui, mais j'étais un peu paumée au début, j'avoue. Quand je suis arrivée là, au milieu des champs, avec ce monsieur de 70 ans qui m'accueillait, c'était un peu perturbant, mais en fait, j'ai créé un vrai lien avec Raymond. On est encore en contact aujourd'hui, tout ça. Et j'ai appris à faire des couteaux avec lui. et à partir de ce moment-là, je me suis dit, non, ben... L'aventure peut commencer. Oui, exactement.
- Speaker #0
Et donc, tu as fait une formation par la suite ou tu as tout de suite embrayé ? Non,
- Speaker #1
j'ai tout de suite embrayé. Alors en fait, Raymond, c'était des semaines de formation. Donc, on y allait une semaine pour créer des prototypes. Je rentrais après à Bordeaux pour tester mes prototypes, voir avec la famille, les amis, qu'est-ce qui allait, qu'est-ce qui n'y allait pas. Et je repartais chez lui. Donc, en tout et pour tout, j'ai dû passer peut-être cinq semaines en physique dans son atelier, mais étalé sur peut-être cinq mois. le temps de faire mes trajets et de faire mes tests.
- Speaker #0
Et ils téléphonent toujours pas très loin pour...
- Speaker #1
Exactement, voilà, c'est ça. Et après, quand je suis arrivée chez moi, c'est vrai que j'ai acheté mes premières machines et puis je me suis lancée en autodidacte parce que, chère Raymond, j'ai appris à faire du couteau, mais je ne me suis pas entraînée, en fait. J'ai fait des prototypes, mais je ne savais pas faire vraiment le couteau. Je savais comment fonctionnait un couteau, mais en pratique, je ne savais pas façonner des manches. C'était assez abstrait, en fait, tout ça. Et donc, j'ai acheté mes machines et j'ai commencé à faire mes tests. premiers couteaux et à rater tous mes premiers couteaux.
- Speaker #0
Forcément, au début.
- Speaker #1
Voilà, c'était le début. Et puis, de fil en aiguille, une fois que je me suis sentie vraiment à l'aise après quelques mois de tentatives, etc., je me suis dit, bon, là, ça peut vraiment démarrer.
- Speaker #0
Et du coup, comment tu as fait pour démarrer ? Parce que j'imagine qu'on se retrouve avec une machine, un peu d'acier, du coup, du bois, j'imagine, au début pour commencer.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il faut un investissement peut-être au début ? Il faut créer un peu son business plan ? Est-ce qu'on commence à aller voir des clients ? Comment tu as entamé vraiment la démarche de me dire « Maintenant, ça y est, j'ai testé, j'aime bien ça. On y va, je vais en faire mon métier. » Qu'est-ce que tu as le déclic ?
- Speaker #1
En fait, au début, j'avais du mal un petit peu à me positionner et justement à avancer, à concrétiser la chose. à me dire demain ça va être une entreprise. Donc j'y allais un peu à tâtons justement je savais pas aller où aller chercher qui allait contacter ou regarder j'étais vraiment un peu comme un poisson dans le océan, j'étais vraiment paumée quoi et en fait je me suis dit bon de toute façon tu vas pas y arriver toute seule t'as pas les réponses à tes questions donc va toquer aux portes et puis tu poses des questions aux gens et donc ça s'est fait ça a démarré en fait où dans un premier temps je suis allée j'étais dans des locaux à Camblane et mes voisins c'est une entreprise qui s'appelle Bois du Monde et qui est spécialisée dans tout ce qui va être des parquets en bois massif des terrasses, des aménagements de cuisine etc et donc je suis allée voir le responsable de Bois du Monde et je leur ai dit bon ben voilà, je veux faire des couteaux j'ai pas de fournisseur, je sais pas où acheter du bois etc est-ce que vous pourriez me donner des chutes de terrasses ou des trucs comme ça pour que je puisse commencer à m'entraîner et en fait ce monsieur qui s'appelle Bruno me dit viens là je vais te faire un petit cours donc il m'a emmenée dans l'arrière boutique Et là, il me montre des palettes entières avec plein de bois. Et il m'a dit, regarde ce qu'il y a marqué sur les palettes. Et là, je vois des noms de coutellerie hyper connus sur le nom des palettes. Et je dis, comment ça ? Il me dit, on est l'un des premiers fournisseurs français de bois pour la coutellerie.
- Speaker #0
Magnifique.
- Speaker #1
Magnifique. Donc, je dis, OK, super. Et en fait, ce monsieur a été une idole parce qu'il m'a donné, vu qu'il travaille avec beaucoup de couteliers, en fait, il a beaucoup de contacts. Et en fait, il m'a offert du bois, bois précieux. Et il m'a dit, moi, je te le donne. tu débutes. » Il m'a dit « Moi, je ne serai pas plus riche. Par contre, toi, oui. » Donc, en fait, je suis repartie avec des bouts d'ébène, des bouts d'amarante, des bouts de « Ah ouais, vraiment ? » Et en fait, à partir de là, j'ai un peu vraiment enclenché la seconde parce que j'ai contacté tous les fournisseurs dont il me parlait, les fournisseurs d'acier, etc. Donc, ça se passe beaucoup en Auvergne à Thiers. Et j'ai commencé petit à petit à demander des devis, etc. Jusqu'à ce que j'ai vraiment... Tous les gens avec qui je voulais travailler, que j'ai pu budgétiser vraiment ce que ça allait me coûter. Et à partir de ce moment-là, j'ai dit, il va falloir que j'ouvre le site Internet. Et j'ai créé le site Internet. Et là, l'aventure a vraiment démarré. J'ai fait ma première vente.
- Speaker #0
Oui, à partir du moment où tu t'affiches publiquement, tu te dis, je ne peux plus faire, je m'engage.
- Speaker #1
Et puis, c'est vrai que moi, je marche beaucoup. Alors, ce n'est peut-être pas forcément, je ne suis pas l'entrepreneur, comment dire, très… je ne sais pas comment dire, mais je ne fais pas forcément les choses de façon très conventionnelle. C'est-à-dire que je n'ai pas fait de business plan. Bien évidemment que je me suis préparée comme ça. Je ne suis pas allée non plus la fleur au fusil. Mais disons que je n'ai pas fait de business plan, après qu'on en parlait, etc. Je travaille beaucoup au feeling. Je suis mon instinct et je vois comment ça se passe. Ça ne se passe pas bien, j'adapte. Ça se passe bien, je continue, j'ajuste. Je fais un peu les choses comme ça, comme je les ressens.
- Speaker #0
donc pas mal de belle rencontre, en fait, entre cette personne dans l'allier et ce fournisseur juste à côté de chez toi. En fait, c'est quand même pas mal de belles rencontres qui t'ont permis de te former d'un côté sur l'armicouteau, puis après sur la matière du bois, même si je crois qu'aujourd'hui, tu as quand même une petite spécialité sur les manches, si j'ai bien compris, qui est propre, je pense, à l'atelier rosy. Tu veux en parler ? Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Alors moi, aujourd'hui, je me suis beaucoup spécialisée dans tout ce qui va être matériaux de la mer. Je travaille beaucoup le coquillage, coquilles d'huile, coquilles de moule. Là, par exemple, je te les montre. On va faire de la carapace de homard.
- Speaker #0
Excellent.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Ça fait une super couleur.
- Speaker #1
Oui, c'est super. Franchement, c'est super joli. On a fait des prototypes pour un grand restaurant bordelais. Tu vois, ça donne quelque chose comme ça. C'est assez sympa. Oui, c'est canon. Voilà. Donc ça, ça va être vraiment, nous, notre identité au sein de la télérose. C'est notre ADN. On travaille beaucoup autour des océans, de la mer. Et c'est ça aussi qui va faire un petit peu notre différence. Parce que c'est vrai que des couteaux en bois, on en voit partout. Certaines personnes adorent le bois. Donc c'est pour ça qu'on continue, nous, à travailler du bois. Parce que moi, j'aime aussi travailler le bois. Mais aujourd'hui, honnêtement, ça va être une petite partie de ce qu'on va vraiment proposer.
- Speaker #0
Avec le bassin pas très loin, j'imagine qu'en termes de provisionnement, on n'a pas trop de mal à se fournir en matière première il y a aussi ce côté circulaire qui est assez beau dans cette histoire les coquilles on les réutilise sur un bel objet et donc ça aujourd'hui la gamme de tes produits j'ai vu tout à l'heure dans l'atelier différents couteaux exposés comment tu fonctionnes j'ai cru voir tu me corriges si j'ai des bêtises mais plutôt des Merci. de table, des couteaux à huître, si je ne vous dis pas de bêtises, et des plus petits couteaux. Je ne connais pas la différence entre tout ça, mais on est plutôt sur de l'arc culinaire, entre guillemets, de table, pas forcément de gros couteaux de découpe ou ce genre de choses. Pas pour l'instant.
- Speaker #1
C'est vrai que pour l'instant, nous, on a quatre gammes de couteaux permanentes, on va dire. Moi, j'ai commencé au tout début sur du couteau pliant. couteaux de poche. Et la petite particularité de ces couteaux-là, c'est que dans notre modèle, la gamme s'appelle le Solène, et on a une déclinaison du Solène dans laquelle il va y avoir un couteau multipièce. C'est-à-dire qu'on va avoir plusieurs lames. On va avoir une lame de couteau au classique, une lame de couteau à huître pliante, un tire-bouchon et le couteau à une forme de pinasse du bassin d'arcachon. Le tout en coquille d'huître du bassin d'arcachon. Donc ça, ça a été vraiment le tout premier produit. que j'ai sorti, j'ai commencé l'atelier Rosy avec cette gamme-là. Donc j'étais vraiment, moi je m'adressais beaucoup à un public de particuliers. Très régional. C'était très régional, voilà, c'est ça. Donc il y avait quelques revendeurs sur Bordeaux, le Basse-Saint-Barc-Achon, tout ça. Et puis moi je vendais en direct aux particuliers. Et ce qui s'est passé, c'est que j'ai été approchée par des chefs de restaurants gastronomiques qui ont vraiment aimé le concept, en fait, l'idée, comme on disait tout à l'heure, du recyclage de la coquille, etc. Au début, c'était vraiment très local. Ces chefs-là m'ont dit que si jamais ils faisaient une gamme de tables, ils seraient preneurs parce que des couteaux pliants, c'est vrai que sur nos tables, ce n'est pas forcément adapté. Comme je disais tout à l'heure, encore une fois, vu que je travaille beaucoup à l'opportunité, aux rencontres et ce genre de choses, je me suis dit que je vais faire une gamme de tables. On la demande tout le temps, autant la développer. J'ai créé Loya, qui est notre gamme de couteaux de table. Et donc là, j'ai beaucoup travaillé avec des restaurants gastro-étoilés de la région, mais pas que, parce que là, on commence à aller partout en France. Là, on commence à aller aussi au-delà des frontières. Donc, on travaille avec la Belgique, on travaille avec la Norvège, on travaille avec l'Italie, on travaille avec le Luxembourg, on travaille avec plein de pays européens.
- Speaker #0
Mais du coup, plutôt auprès de restaurants, du professionnel plutôt. Oui,
- Speaker #1
exactement. Donc là, on est vraiment sur une clientèle 100% pro. Alors, on peut les vendre, c'est cool. couteau-là, du particulier aussi, mais c'est vraiment essentiellement pour du professionnel. Et ensuite, on a développé la gamme de couteaux à beurre, aussi pour du restaurateur et du particulier. De toute façon, toutes nos gammes sont sur le site internet. Et ensuite, on a développé la dernière gamme qui était une gamme de couteaux à huîtres en fixe. Donc là, on travaille avec des ostréiculteurs, on travaille avec du particulier, on travaille avec des entreprises pour des cadeaux d'affaires aussi. Voilà. Et toutes ces gammes-là ont un nom et chaque nom est une ode à la mer.
- Speaker #0
Ah, canon.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Il y a toujours le petit lien, la petite ligne directrice.
- Speaker #1
Exactement. Le petit fil rouge.
- Speaker #0
Canon. Et du coup, comment aujourd'hui tu t'adresses en fonction justement de ce segment ? Parce que j'imagine que s'internationaliser, aller repérer les restaurants, etc., pour aller vendre ces gammes plutôt de cuisine pour des professionnels et la partie particulière qui est peut-être plus via le site internet et les réseaux sociaux. Comment tu arrives à gérer ces deux canaux, ces deux segments qui sont assez différents ? forcément les mêmes besoins. J'imagine qu'il y a aussi un besoin d'une certaine durabilité au niveau des professionnels. Comment tu arrives à gérer ces demandes-là ?
- Speaker #1
Comme tu disais, on a le site Internet qui est actif. Ça, c'est une partie, tout est un peu centralisé, on va dire. Ça, c'est la gestion particulière. Ça se fait vraiment via notre site et notre logiciel. Ça, c'est assez facile au niveau de la gestion. Par contre, pour tout ce qui est professionnel, vu qu'on va un peu partout, Ça commence à être un petit peu compliqué. Donc, au début, on faisait vraiment tout en direct. C'est-à-dire que nous, on contactait les chefs. Donc, on avait un gros travail de recherche en amont, un gros travail de démarchage, de présentation de produits, etc. Donc, on allait sur le guide Michelin et puis... Allô, bonjour, téléphone, mail, salut. Voilà, on fait des poteaux, on envoyait... Des salons, peut-être. J'ai fait pas mal de salons aussi. Alors, au début, je faisais plus autour de l'artisanat d'art, des créations, etc. Sauf qu'en fait, ce n'était pas ce qui était le plus porteur. Aujourd'hui, je me suis vraiment spécialisée dans tout ce qui est salon autour du CHR. Donc, tout ce qui est vraiment autour de l'hôtellerie. CHR, c'est vraiment tout ce qui est équipement, cuisine, hôtellerie, restauration. Donc, ça va des arts de la table au mobilier, au four, équipement de cuisine, etc. Et donc là, ça a pris une autre ampleur parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait tout un réseau de distributeurs autour du CHR. et que nos produits leur plaisaient.
- Speaker #0
Ah mince !
- Speaker #1
Ça va nous faire trop de travail ! Donc depuis le début de l'année, depuis le mois de janvier, on a décidé de s'ouvrir à un réseau de distributeurs. Donc on a des représentants aux quatre coins de la France qui eux ont un carnet d'adresses de chefs étoilés et qui leur proposent au fur et à mesure de l'année des saisonnalités, des nouveautés. Quand ils refont la décoration de leur restaurant, ils leur proposent de la vaisselle Merci. qui pourraient aller dans leur nouvel univers, etc.
- Speaker #0
C'est un énorme catalogue de tous les équipements dans lequel tu fais quoi ? Pour te faire référencer, tu dois passer une sorte d'appel d'offres ?
- Speaker #1
En fait, ils ont des showrooms, ces gens-là, et donc nous, on leur fournit des échantillons et on calcule ensemble les prix qu'on veut mettre en place, les prix pour les chefs, les prix pour le distributeur et les prix que nous, l'argent que nous, on va récupérer sur... sur ces ventes-là. Et donc, eux, ils exposent nos couteaux dans les showrooms et après, ils nous passent les commandes pour les restaurants. Donc, on a aussi un gros distributeur, du coup, maintenant en Italie. Donc, on se développe aussi via du réseau pro comme ça pour vraiment aller voir un petit peu plus loin. Parce que c'est vrai que le travail de démarchage, de nous passer en direct, c'est beaucoup, beaucoup de temps. On n'a pas forcément les contacts aussi. Les chefs sont parfois difficiles à approcher parce qu'ils ont... Ils ont des emplois du temps de ministre, donc ils n'ont pas forcément le temps de nous répondre. On ne tombe pas forcément toujours sur la bonne adresse. Donc, en fait, voilà, on a beaucoup de temps perdu dans cette démarche-là, en fait.
- Speaker #0
Et puis, de ce que j'ai compris, il n'y a pas si longtemps, tu étais un peu toute seule.
- Speaker #1
Oui, voilà. En plus, j'étais toute seule. Donc, c'est vrai que j'étais non seulement au développement commercial, mais en plus de ça, j'étais à l'atelier. Donc, je faisais toute la prod, les envois. Enfin, je faisais vraiment tout, tout, tout. Donc, c'était…
- Speaker #0
Est-ce que c'est justement cette activité-là, le côté où tu as dû sentir qu'il y avait une vraie appétence pour ton produit, qui t'a fait passer le cap ? Tu peux peut-être expliquer ce qu'on s'est dit tout à l'heure à l'atelier, ou de passer un peu dans un cap un peu plus industriel, passer une nouvelle étape, on va dire, justement en recrutant, en faisant des investissements un peu plus importants, justement pour développer cette activité.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'au début, pendant les trois premières années, j'étais vraiment toute seule. Et en fait, arrivé à un moment, j'ai senti qu'il y avait un vrai engouement autour de ces produits-là, parce qu'il y avait déjà plusieurs games qui étaient sortis. Et en fait, j'étais toujours obligée de freiner le développement, parce que j'ai que dix doigts et que je ne pouvais pas aller plus loin que ce que je faisais déjà. Donc, c'était soit je restais comme j'étais, et donc dans ces cas-là, c'était vraiment que du produit exclusif. et je ne faisais que ce que je pouvais faire. Soit j'enclenchais la seconde, en fait. Je prenais un nouveau tournant en prenant des locaux plus grands, en embauchant du personnel pour pouvoir plus produire et donc plus fournir. Et du coup, moi, me libérer aussi un petit peu de temps pour tout ce qui est vraiment l'aspect développement et commercial, quoi.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, il y a deux personnes à l'atelier. une personne au marketing et à la communication. Et toi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je n'oublie personne ?
- Speaker #1
Non. Alors, à l'atelier, ils ne resteront pas à deux parce que Thomas, qui est là depuis… octobre ou novembre dernier. Son contrat s'arrête fin du mois. Il s'en va fin du mois. Et c'est pour ça qu'on a Fanny qui est arrivée pour faire la passation. Et c'est elle qui va reprendre le poste à partir du moment où Thomas ne sera plus là. Donc, on sera trois.
- Speaker #0
C'est une belle croissance de un à progressivement en quelques mois. Oui,
- Speaker #1
ça s'est fait très vite. Ça s'est fait très vite. Et puis, au final, on se rend compte que justement, le pari est plutôt gagnant parce que Alors, ça fait peur. Au début, tu mets pas mal d'argent sur la table, tu prends des locaux, donc tu as un loyer, chose que tu n'avais pas avant. Tu as des charges que tu n'avais pas avant. Et tu te dis, si jamais les commandes ne suivent pas, je vais faire comment ? Pour payer mes employés, pour payer tout ça. Donc, c'était assez anxiogène. Cette période-là a été assez compliquée. Mais au final, le pari est gagnant parce qu'aujourd'hui, ça nous a justement permis d'aller voir plus loin. C'est l'étape supérieure. Exactement. Et en fait, ça a fonctionné comme je voulais. Donc, je touche du bois. pour que ça continue comme ça. Mais pas facile quand même, psychologiquement.
- Speaker #0
J'imagine. Et du coup, en termes de charges, les charges principales les plus importantes, vous avez beaucoup liées au loyer, matière première, mais peut-être que j'ai une vision un peu biaisée, mais quelles sont-elles pour toi, celles qui pèsent vraiment sur le...
- Speaker #1
Non, c'est vraiment les charges, comme tu dis, vraiment les charges communes, on va dire, le loyer... bon après tout ce qui va être annexe, l'électricité, l'eau, l'alarme, les assurances, etc., les salaires, et puis les matières premières, parce que nous, on a quand même besoin d'un gros turnover de matières, parce qu'on travaille le coquillage, et ça, c'est vraiment, on fait des plaques, en fait, si tu veux, et ces plaques-là, on en débite quand même un sacré paquet, et donc, en fait, c'est toujours des grosses commandes, donc c'est quand même à chaque fois pas mal d'argent à sortir à ce moment-là, parce que autant... l'acier tu peux le commander en grande quantité tu peux commander 500, 1000, 3000 lames si tu veux autant les plaques c'est aussi fait à la main donc en fait c'est aussi fait au fur et à mesure et donc on a quand même des grosses dépenses là dessus parce que vous vous découpez les plaques de résine avec les coquillages
- Speaker #0
dedans,
- Speaker #1
en revanche l'acier il arrive déjà découpé moi ce que je fais c'est que je dessine dans un premier temps les modèles Je viens faire les gabarits dans l'acier, donc ça je le fais entièrement à la main. Et une fois que j'ai mes gabarits qui sont prêts et qui sont validés, j'envoie ces gabarits-là à mes fournisseurs d'acier, mes acieristes qui sont en Auvergne, à Thiers. Et eux, après, font la découpe laser. Donc en fait, je commande des quantités, je dis n'importe quoi, par exemple, 500 lames de table, admettons. Et donc je reçois les lames déjà découpées à l'atelier. Donc après, on a tout un travail de polissage autour. Et on vient donc après monter nos manches directement sur cette assiette-là.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, vous arrivez à produire à peu près combien de couteaux par mois ?
- Speaker #1
C'est la question qu'on me pose tout le temps. C'est la question à laquelle j'ai vraiment du mal à répondre. Grosso modo, ça va dépendre de quel modèle de couteau on va travailler, si on est sur du fixe ou du client. On met moins de temps à travailler du fixe parce qu'il n'y a pas de mécanisme, donc c'est moins technique. Du pliant, par exemple, à la journée, sur du multipièce, donc celui avec la double lame, c'est celui qui va nous prendre le plus de temps, on va pouvoir en faire entre deux et trois, à peu près. Sur du couteau pliant classique, juste avec une lame, vraiment du couteau de poche basique, on va pouvoir en faire entre trois et quatre à la journée. Pour du fixe, on est aux alentours des huit. Couteau par jour, à peu près.
- Speaker #0
Oui, mais je trouve que c'est énorme. Avec une personne...
- Speaker #1
Une personne, oui. Une personne est capable de faire... Là, tu vois, on a fait... Pour un restaurant, on a fait 70 couteaux de table. À l'atelier, ça a pris entre... Oui, à peu près trois semaines de travail.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, effectivement, en termes de production, on a parlé notamment des charges, des nouveaux challenges que vous allez... Enfin, que tu as... mis en place pour que vous soyez maintenant une belle équipe, vous avez des beaux locaux dans lesquels je suis. Aussi pour lancer ton activité au démarrage, quels ont été un peu tes leviers de financement ?
- Speaker #1
C'est vrai que c'est un côté assez anxiogène. Ce qui touche à l'argent, de toute façon, c'est anxiogène parce que tu es obligé, comme on disait tout à l'heure, c'est un pari aussi, surtout quand tu lances ton entreprise, tu mets de l'argent sur la table et tu ne sais pas si tu vas le récupérer un jour. Donc, c'était vraiment l'aspect… Très anxiogène. Alors au début, moi, j'ai eu quand même la chance d'avoir été dans des locaux où j'étais hébergée. Donc, je n'avais pas le loyer à payer au début. Donc, c'était très sommaire. Mais bon, c'était ce qu'il me fallait pour démarrer. Après, au début, mes machines ne m'ont pas coûté très cher. Franchement, si j'ai dépensé 1 500 euros en machines, c'est le bout du monde. Parce que j'ai vraiment pris des toutes petites machines. Parce que vu que je ne savais pas trop où est-ce que j'allais, je ne voulais pas forcément investir dans du gros matos. Donc vraiment, je les ai payées en fonds propres au début parce que j'avais un petit peu d'argent de côté, donc j'ai acheté mes premières machines. J'ai eu la chance les deux premières années d'avoir mon pôle emploi qui me permettait d'avoir un salaire. J'avais fait les choses justement, j'avais travaillé dans mon ancien métier de façon à ce que je puisse avoir mon chômage après aussi, c'était la condition, sinon ça aurait été très compliqué.
- Speaker #0
Une structure conventionnelle et qui a…
- Speaker #1
Alors moi j'étais en intermittence du spectacle, donc en fait on cumulait des heures et en fonction de la date anniversaire, donc j'avais beaucoup travaillé pour avoir vraiment un taux intéressant et donc avoir le chômage jusqu'au bout. Donc ça c'était pour mon salaire et après le reste, j'ai financé un petit peu en fonds propres. mes premières matières premières, mes premiers assis, etc. Et après, j'ai fait un petit emprunt à la banque. Pas grand-chose, mais ça me permettait de débuter. Parce qu'en réalité, au début, je n'ai pas eu besoin de mettre beaucoup d'argent sur la table. Pour vos investissements. Non, non, non. C'était aussi des idées que j'avais quand je me suis dit, je veux créer ma boîte, mais je ne sais pas exactement où est-ce que je veux aller. Je voulais quelque chose qui ne me coûte pas trop cher au début à produire, parce que justement, j'avais peur d'avoir une idée d'une boîte qui allait me coûter, je ne sais pas, 300 000 euros d'investissement au début et de me dire, voilà, si ça ne marche pas, exactement, c'est trop d'argent pour moi. Donc, je voulais vraiment un petit produit qui ne me coûte pas très cher. Et si je perds 10 000 euros, ce n'est quand même pas cool, mais ce n'est pas 300 000 euros. Mais on s'en sort, voilà. Donc, c'était un peu mes...
- Speaker #0
D'accord. Et puis après, comme tu disais, d'y aller un peu étape par étape.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Pour voir si ça fonctionne. Ensuite, ce côté intuitif dont tu parlais aussi, c'est...
- Speaker #1
permet en fait effectivement quand tu n'as pas trop d'investissement je pense aussi d'être plus à l'écoute de cette intuition qui a payé de ce qu'on peut dire oui puis j'y suis vraiment allée progressivement j'ai vraiment sorti gamme par gamme j'ai pas voulu tout faire d'un coup et puis c'est surtout que dès que je gagnais de l'argent je le réinvestissais en fait donc dès que je gagnais un peu d'argent c'était pour acheter une nouvelle machine C'était pour sortir une nouvelle gamme, c'était pour créer mon site internet. Et après, petit à petit, ça s'est quand même assez bien autofinancé au début. Donc, je n'ai pas dû réinjecter de l'argent les trois, quatre premières années. Et par contre, quand j'ai décidé de prendre les plus grands locaux, là, j'ai financé en fonds propres et avec aussi la banque pour pouvoir me permettre d'avoir plus grand et d'acheter plus de matos.
- Speaker #0
On en parlait tout à l'heure parce que le téléphone qui a sonné avec, je crois, une demande d'affûtage. Oui, c'est ça. J'ai bien compris. Est-ce que derrière, tu proposes aussi des services ? Par exemple, effectivement, là, j'ai cru comprendre que non. J'ai vu la réponse pour l'affûtage. Mais par exemple, des formations, des gens qui viennent à l'atelier fabriquer leurs couteaux, parce que ça existe par ailleurs. Parce que peut-être que du coup, ça peut être aussi une source de revenus complémentaires. Est-ce que, ou tu te dis, ce n'est pas forcément le moment, pour l'instant, je me concentre sur mon... produit, j'ai ce qu'il faut et on a ce qu'il faut pour bosser déjà, donc on ne va pas se rajouter de la charge.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est rigolo que tu me poses cette question parce qu'en fait, mon business model a tellement évolué en 4 ans qu'à la base, j'avais des idées, je voulais faire plein de choses qui ne sont au final plus du tout d'actualité aujourd'hui. Je voulais faire de la formation, j'avais dit quand j'aurai des locaux plus grands, je ferai des stages, j'apprendrai aux gens à comment faire des couteaux. Et en fait, l'activité a évolué d'une autre façon. Et en fait, aujourd'hui, on n'a plus le temps. Donc, c'est complètement quelque chose que j'ai laissé de côté parce qu'à l'atelier, on est tout le temps en flux tendu. On n'arrive pas à faire de stock. Donc, nous, on travaille beaucoup à la commande. Donc, en fait, je ne fais plus de choses annexes. On fait vraiment de la prod. Alors après, ce qu'on va pouvoir proposer en termes de service, c'est admettons, il y a un restaurant du coin qui nous a commandé des couteaux. pour son resto et au bout de 6 mois, il faut les affûter, je peux leur affûter leurs couteaux. Ce n'est pas un souci parce que de toute façon, ce sont nos produits, on les connaît par cœur. Donc, en fait, de les affûter, ce n'est pas ça qui va nous prendre vraiment beaucoup de temps. Par contre, effectivement, si jamais il y a un restaurant qui veut faire affûter 50 couteaux d'une autre marque ou un particulier qui a 4 couteaux de cuisine à faire affûter, ça, on ne va pas le faire parce que ça va nous prendre du temps à se familiariser avec ces nouveaux couteaux. Et aujourd'hui, notre temps est trop précieux.
- Speaker #0
Et derrière, ça rejoint peut-être aussi cette question-là, mais... notamment sur le canal professionnel, sur le segment professionnel, justement pour fidéliser la clientèle, comment vous y prenez ? Est-ce que justement, ce que tu viens de dire, c'est qu'on entretient nos couteaux, après peut-être pas partout, notamment international, mais si on peut venir, on les affûte, etc. Est-ce que vous avez un peu une démarche, ou pour l'instant pas forcément, parce que vous êtes déjà dans le développement commercial, et on verra après. Voilà, justement, pour essayer de fidéliser cette clientèle qui peut être récurrente.
- Speaker #1
Alors c'est vrai que c'est des produits qui sont difficilement renouvelables, on va dire. Une fois que le restaurant a passé sa commande de 50 couteaux, c'est vrai qu'il va difficilement nous repasser une commande dans un an de 50 couteaux supplémentaires. Une fois qu'ils ont leurs couteaux, ils ont leurs couteaux. Donc c'est vrai que fidéliser nos clients, c'est assez compliqué, on va dire. Alors après, on met en place, comme je disais tout à l'heure, un système d'affûtage s'il y a besoin. Et après, on essaye, nous aussi, de tout le temps faire des nouveautés, de la personnalisation, pour que les restaurants avec lesquels on va travailler voient un petit peu aussi d'autres choses et se disent, s'ils sont contents de nos couteaux, qu'en fait, ils coupent bien, que les clients les aiment bien, peut-être que ces restaurants-là peuvent se dire dans deux ans, « Ah, ils ont sorti un nouveau manche en coquille de je ne sais pas quoi ! » Et donc, ça pourrait peut-être leur plaire. Là, par exemple, on a livré un restaurant en Belgique qui a pris de la coquille d'huître et de la coquille de moule. Alors, on les suit beaucoup sur les réseaux. On fait beaucoup de collaborations croisées aussi sur les réseaux. Donc, ils savent ce qu'on devient, on sait ce qu'ils deviennent. Et donc là, ils ont vu qu'on allait faire de la coquille de l'omar et ils nous ont dit, nous aussi, on veut de la coquille de l'omar, mais pour des couteaux à beurre. Vu qu'ils ont déjà les couteaux de table, ils complètent la collection avec les couteaux à beurre. Et aussi, certains restaurants proposent de revendre nos couteaux dans le restaurant. Donc, il y a des restaurants qui nous ont appelés en disant, bon, là, on en a ras-le-bol. Nos clients veulent tout le temps partir avec les poteaux. Donc, on va trouver une solution. On va proposer des sets dans notre restaurant, logotés au nom du restaurant. Comme ça, c'est aussi un peu leur identité. Et ils revendent. Donc, c'est aussi une façon de les fidéliser dans un sens. Parce que même s'ils ont déjà les tables équipées, il y a quand même un flux qui se fait.
- Speaker #0
C'est vrai qu'un restaurant, c'est une super vitrine. On s'est déjà arrivé d'aller dans un resto, on voit un super verre. couteau sympa, tu prends en photo, tu sais de retrouver qui l'a fabriqué.
- Speaker #1
Et puis, on travaille avec des établissements qui ont... On travaille beaucoup avec des gros établissements. Donc, par exemple, on a le Skiff Club au Pila, qui fait partie de l'hôtel Aïtsa. Et donc, tu as le restaurant qui ont nos couteaux. Mais en plus de ça, tu as l'hôtel et tu as la boutique. Donc, en fait, les clients mangent au restaurant, aiment les couteaux. et du coup sont redirigés vers la boutique ils dorment à l'hôtel donc en fait ça fait aussi un peu un micro dans l'ensemble de la gamme excellent et après sur la partie purement
- Speaker #0
particulière, on l'a dit c'est clairement sur les réseaux sociaux donc j'imagine qu'il y a aussi tout un travail de communication je vois que vous êtes bien actif et c'est pour ça que Lisa est arrivée parce que moi j'avais un peu
- Speaker #1
un peu laissé les réseaux sociaux de côté parce qu'il fallait que je priorise d'autres choses. Et je trouvais ça dommage en fait parce qu'au final, on travaille beaucoup avec les réseaux, les chefs, on arrive beaucoup à les contacter via les réseaux. Et puis, mine de rien, c'est hyper visuel. On fait un produit visuel, donc il faut le montrer. Et donc, Lisa est arrivée en septembre dernier ou octobre dernier. Et elle, elle a vraiment pris le lead sur Instagram, LinkedIn, TikTok depuis peu. Et donc elle s'est fait tout un planning de prod, quand poster les posts, quand poster les stories, quand faire les réels, etc. Et c'est vrai qu'au final, ça fonctionne bien parce qu'on a de plus en plus de gens qui nous suivent. Et les gens aiment bien voir aussi un petit peu ce qui se passe à l'atelier. Parce que moi, c'est vrai que je suis au publier des photos de mes couteaux. C'est beau, c'est voilà. Mais on se rend compte que les gens aiment bien voir où est-ce que c'est fabriqué, par qui est-ce que c'est fabriqué et comment c'est fabriqué.
- Speaker #0
Parce que je ne sais pas comment tu le ressens, mais je trouve qu'il y a un réel... regain progressif en tout cas vers l'artisanat, notamment dans la consommation aujourd'hui. Alors il y a toujours la barrière parfois du prix qui fait que je vais sur Amazon, je commande... Mais derrière, est-ce que toi tu le ressens dans ta clientèle où la barrière du prix augmente peut-être et moins limitante, enfin plutôt baisse, on a plus tendance à vouloir peut-être acheter moins mais mieux. en plus localement, avec des matériaux nobles, des belles choses, enfin à ce que tu reposes. Depuis que tu as lancé, tu sens une sorte d'évolution, que ce soit dans les messages, dans les achats, dans ce regain un peu de l'artisanat ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'au début, je l'ai beaucoup ressenti. Au début, quand j'ai créé mon produit, les gens étaient très réceptifs. Et justement, ils avaient cette approche très consommation locale, consommation artisanale, tout ça. Et ça s'est pas mal estompé au fur et à mesure du temps. Donc, les deux premières années, j'ai vraiment fait... que du particulier et ça marchait bien, j'étais rentable grâce à ça. Et en fait, au bout de la troisième année, j'ai vite senti que le pouvoir d'achat des ménages avait beaucoup baissé et que moi, je ne suis pas un produit de première nécessité et que les gens me disaient, ils me disaient on aime ce que vous faites, mais par contre, on n'a plus les moyens de se faire mettre. C'est pour ça aussi que j'ai pris le virage du professionnel. Donc, c'est vrai que souvent, les gens, les particuliers qui vont commander chez moi, ça va être pour du beau cadeau. Vu que je fais de la personnalisation de l'âme, on le sait, les clients nous laissent toujours un petit message, c'est pour les 60 ans de mon papa, c'est pour l'anniversaire, c'est pour un départ à la retraite. Donc, on sent vraiment que c'est le beau cadeau qui va faire plaisir à la personne qui va le recevoir. Et après, dans tout ce qui est partie professionnelle, on a aussi cet aspect des chefs qui adorent tout ce qui est local, artisanal. Ils sont beaucoup dans des démarches de recyclage, de réemploi. de petits producteurs et ça ils nous le disent tout le temps ils nous disent nous on préfère travailler avec un petit artisan local plutôt que de travailler avec des grosses usines de coutellerie qui font du flux et limite aucune main n'a touché ce couteau là et ça par contre on en entend beaucoup parler beaucoup beaucoup parler auprès de
- Speaker #0
notre clientèle professionnelle ah c'est canon et donc aujourd'hui t'as pris un pas un virage parce que t'as pas laissé non plus les parties qui est quand même assez pro, quels seraient tes objectifs de développement dans les années à venir ? Parce que je vois que l'internationalisation, le professionnel, tu développes quand même pas mal là. C'est quoi en gros ton objectif, la fameuse montagne que tu vises ? Les sommets ! Les sommets que tu vises !
- Speaker #1
Encore une fois, ça va se faire, je pense, au feeling, aux rencontres, à la demande. Au fur et à mesure, là, on est sur des... Projet de développement de fourchettes à huîtres qu'on nous a beaucoup demandé parce qu'on travaille de plus en plus avec des ostréiculteurs. Notamment, on a une sorte de collab avec des ostréiculteurs bretons qui s'appellent le Ostra Regal, qui eux font des huîtres qui sont proposées à une clientèle plutôt premium, donc ils travaillent avec des restaurants gastronomiques. Donc on a vraiment la même clientèle et eux, leur particularité, c'est que sur leurs huîtres, ils vont agrémenter les coquilles de feuilles d'or. Et donc du coup, c'est pour ça qu'on a forcément direct matché parce que nous, on fait de la coquille d'huître avec de la feuille d'or à l'intérieur. Exactement, je te montrerai de plus près tout à l'heure. Et donc forcément, ils nous ont dit mais attendez, il faut absolument qu'on bosse ensemble. Et c'est avec eux qu'on a fait le couteau à huître. Et donc du coup, on est en train de travailler sur une fourchette à huître qu'on m'a aussi beaucoup demandé. Et puis, on a d'autres idées de développement pour d'autres choses que les clients nous demandent. Et donc, on va voir dans les prochaines années où est-ce que ça nous emmène. Moi, l'idée, c'est d'aller aussi voir au Grand Export. Là, on a trouvé un grand importateur de fruits de mer qui est en Thaïlande.
- Speaker #0
Excellent.
- Speaker #1
Donc là, on est en train de tout mettre en place parce que c'est quand même une autre dimension avec cette histoire de douane d'un gros terme. rendu rungis etc c'était des termes que je ne connaissais pas donc je pars aussi un peu de zéro là dessus ouais c'est super ça me demande d'aller voir plus loin et j'aime bien aussi de se dire voilà je suis face à mon écran je sais pas ce que je dois faire je sais pas bon allez vas-y on va appeler la douane on va appeler ici et donc je me forme aussi toujours un peu là dessus et c'est chouette donc ouais moi mon idée c'est de continuer à aller voir les étoilés mais je voudrais aller partout
- Speaker #0
Tu as fait des voyages sympas aussi. Oui,
- Speaker #1
pourquoi pas ? Des voyages en Taïwan pour aller présenter.
- Speaker #0
Oui, donc sympa. Pas mal d'internationalisation, toujours un peu d'innovation justement au travers de collaborations. Ce que je comprends, c'est beaucoup de collaborations. Si je ne dis pas de bêtises, il me semble qu'il y a aussi une collaboration avec du packaging, non ? J'ai vu sur Insta un packaging assez sympa.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc c'est pareil, au travers d'une collaboration. que tu as développé ?
- Speaker #1
En fait, on travaille beaucoup en collaboration quand on a des marques qui nous attirent. Moi, au Sondagal, c'est moi qui les ai démarchées, par exemple, parce que j'aimais trop leur univers, j'aimais trop leur DA. Et donc, en fait, dès qu'il y a des marques comme ça où je sens qu'il y a un truc qui est trop cool à faire ensemble, je les démarche ou ils me démarchent aussi parfois. Et là, ce qui s'est passé avec cette collab de packaging, c'est que je travaille depuis trois ans maintenant avec un chef aux Pays-Bas. qui a racheté un gros restaurant. Il y a plusieurs étoiles au guide Michelin, en tout cas. Il a une piste d'hélicoptère. C'est un truc fait en notre monde. Et bref, le chef est tellement sympa. Et on s'entend super bien. Et donc, en gros, je revends chez lui. Et donc, il a équipé ses tables avec nos couteaux. Et en fait, un jour, je lui ai offert pour Noël ce couteau-là. Donc, je voulais lui montrer juste les nouveautés. Je voulais lui montrer, regarde, maintenant, on peut mettre de la feuille d'or et on peut mettre de la moule. Mais c'est parce que j'ai…
- Speaker #0
D'un côté, il y a la moule feuille d'or et de l'autre côté...
- Speaker #1
D'un côté, il y a 8 feuilles d'or et de l'autre côté, il y a de la moule. Et en fait, c'était juste parce que par flemme limite de faire deux couteaux, je lui ai dit « Tiens, regarde les deux possibilités qu'il y a. » Et en fait, il a adoré le concept du bigou. Et il m'a dit « Mais j'adore ! » Il me dit « Mais attends, mais ça, il faut qu'on le revende chez nous. » Donc, je lui ai dit « Écoute, il n'y a pas de souci. » Donc, en fait, on a créé un peu une exclusivité. Donc, il y a son logo qui est gravé sur la lame. et il me dit, celui-là, je veux que ce soit revendu que chez moi. Je dis, ok, il n'y a pas de souci. Donc, du coup, je le revends dans sa boutique. C'est un peu le même concept que je te disais tout à l'heure par rapport à l'Aïtza. Il a le restaurant, l'hôtel au même endroit. Et un jour, il m'a dit, écoute, il y a un artisan aux Pays-Bas qui fait des blocs aimantés pour les couteaux de chef. Un truc très haut de gamme, un truc vraiment… Tu pousses tes couteaux. Oui, en fait, tu mets tes couteaux aimantés sur ton bloc. Ça fait un bloc comme ça que tu poses sur la table. Tu mets tes couteaux et après, tu viens juste récupérer ton couteau. Et il m'a dit, en vrai, je suis sûre que vos univers… pourrait trop bien matcher, est-ce qu'on ne ferait pas une collab à trois ? Faire un coffret avec les couteaux de l'atelier Rosy, le bloc aimanté de Rokake, qui s'appelle.
- Speaker #0
Ah oui, j'ai vu le... Magnifique. Superbe,
- Speaker #1
parce que le revêtement du dessus a été fait avec nos coquillages.
- Speaker #0
Ah oui. Donc en fait,
- Speaker #1
c'est un bloc en bois avec un revêtement en huître. Tout ça dans un grand coffret en cuir qui a été travaillé sur mesure pour tout ça, et revendu au nom de Interscale, le chef, le restaurant des Pays-Bas. donc c'est une collab à trois et en fait ça fonctionne super bien ben là on a on en a vendu on l'a présenté il n'y a pas si longtemps sur notre site on en a déjà envoyé en france pour le coup et puis eux ils en revendent assez régulièrement au teiba voilà c'est canon voilà ouais et puis ça fait des belles histoires enfin c'est la proximité avec des clients justement on parlait de fidélisation là c'est génial oui ça permet de ça permet de rencontrer tu vois mon repaqué l'artisan qui fait les blocs en En bois, je n'en aurais jamais entendu parler. Et en fait, aujourd'hui, même lui et moi en direct, on est sur des projets ensemble pour d'autres restaurants et on travaille des prototypes, tu vois. Donc, voilà, c'est les rencontres.
- Speaker #2
Toujours en recherche, en développement, en innovation. C'est génial.
- Speaker #1
J'ai une marque de caviar aussi qui m'a démarché, qui m'a dit, voilà, pour les cas de clients, machin, etc. Est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de faire une collab ensemble ? Donc là, on est en train de travailler aussi sur des prototypes de rendu de manches, tout ça. Il y a vraiment plein de trucs à faire, c'est cool.
- Speaker #0
Du caviar dans la résine.
- Speaker #1
C'est dommage. Le couteau va coûter très cher.
- Speaker #0
Et du coup, comment tu vois l'évolution du métier de coutelier aujourd'hui ? Justement, est-ce que c'est un retour à des processus plus artisanaux ? Comme tu l'as dit tout à l'heure, effectivement, les professionnels ont l'air d'être plus intéressés maintenant sur l'approche plus durable. plus concrète, plus vocale, etc. Est-ce que c'est au travers de partenariats ? Est-ce que ça va être aussi dans des processus peut-être de création qui changent ? Par rapport à ton expérience, est-ce que tu peux voir aussi d'autres couteliers en France ? Je ne sais pas si tu as des interactions avec eux, mais voir un peu l'évolution, quel est ton ressenti sur l'évolution du métier aujourd'hui en France et même à l'international, puisque tu touches aussi pas mal de pays.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est assez compliqué à dire parce que je n'ai pas tellement de comparatifs. on va dire. Mais par contre, c'est vrai qu'on ressent qu'il y a vraiment un intérêt pour... Alors, là, je parle de la coutellerie, mais je pense que c'est dans l'artisanat en général qu'il y a, depuis le Covid, en fait, de plus en plus de gens qui s'intéressent au métier manuel. Moi, je l'ai ressenti quand j'ai commencé à être pas mal démarchée par les apprentis qui partaient en études. Et c'est vrai que il y avait un nombre incalculable de petits jeunes qui voulaient être couteliers. Moi, je me disais, mais qui veut devenir coutelier ? Moi, je ne savais même pas que c'était un métier qui existait. Je trouve ça génial. Moi, je trouve ça génial. Et puis, c'est vrai qu'au fur et à mesure des rencontres, par exemple, Fanny, qui est à l'atelier, n'est pas du tout coutelière de base. On l'a formée, nous, sur place. Mais en fait, quand elle a vu qu'on recherchait du monde, elle s'est dit, mais c'est incroyable de faire ça. Et en fait, c'est vrai qu'on a toujours ce regard des gens qui sont, on le voit, on le ressent, qui sont scotchés. On arrive à faire ça avec ça. Ils sont admiratifs. En fait, c'est ça, c'est admiratif. Et toi, c'est vrai que quand tu es dans ton quotidien, que tu fais tes couteaux, etc., ça devient comme le métier de n'importe qui. Ça devient quelque chose de normal, on va dire. Tu te tâches normalement. Mais quand tu vois que les gens sont en mode « Est-ce qu'on peut venir te voir à l'atelier ? » J'ai beaucoup de chefs qui me disent « Nous, on va venir récupérer notre commande chez toi. » Si vous voulez, je vous fais visiter l'atelier avec plaisir. Et quand j'étais dans la GECO... petit atelier qui faisait même pas 15 mètres carrés vraiment tout petit, j'ai des étoilés qui sont venus et vraiment j'ai vu une des chefs qui est rentrée là-dedans et qui s'est décomposée et m'a dit, attends mais Clara,
- Speaker #2
mais t'as tout fait là-dedans oui oui c'est pas un atelier caché elle me dit,
- Speaker #1
je ne pensais pas que c'était possible donc c'est aussi ça qui est rigolo c'est que même beaucoup de particuliers veulent venir à l'atelier avant de commander Merci. pour voir où est-ce que ça a été fait, par qui ça a été fait, et le rendu vraiment, parce qu'ils aiment bien toucher la matière, tout ça. Et j'ai beaucoup de chefs qui me demandent aussi, quand ils viennent dans la région, ils se baladent de temps en temps pour aller voir leur fournisseur, etc. Ils me disent, quand on sera dans le Bordeaux, on viendra vous voir. Parce qu'on peut vraiment voir l'atelier.
- Speaker #0
On gagnerait tellement, d'ailleurs, je trouve, à beaucoup plus sensibiliser à l'école plus jeune âge, en fait, le métier de l'artisanat, parce que c'est des voies qu'on ne montre jamais. où on en parle rapidement, où ça a toujours été un peu la voie de garage. Et c'est vrai que depuis le Covid, le nombre de personnes qu'on entend qui sont en reconversion, c'est génial, même si on en manquera toujours.
- Speaker #1
Surtout que, comme tu disais tout à l'heure, on est quand même baignés aujourd'hui dans une société qui est bouffée par Amazon, par toutes ces grosses entreprises qui ne montrent que des produits bas de gamme qui sont fabriqués en Chine, etc. Et c'est notre intérêt.
- Speaker #0
Et la spontanéité.
- Speaker #1
Exact, mais c'est ça, tu commandes, le lendemain, tu as ton truc dans la bouteillette. Et là, en fait, tu reviens effectivement un peu aux sources, j'ai envie de dire. Et en plus de ça, moi, j'ai beaucoup d'artisans autour de moi, artisans d'art et pas que, des miniviers, des pommiers, enfin voilà. Et ce sont des gens qui, aujourd'hui, s'en sortent très bien dans la vie. Qui s'en sortent très bien parce que des fois, on peut se dire « Ah ouais, mais bon, l'artisanat, ça ne paye pas, machin, etc. » Si tu t'en sors bien, si tu bosses bien et que tu as envie de déplacer les montagnes… Je pense que tu peux très bien t'en sortir dans la vie.
- Speaker #0
Tu es un bel exemple aussi. Ça fait combien de temps que tu t'es lancée ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai commencé à vendre sur le site Internet il y a 4 ans. C'était en avril il y a 4 ans.
- Speaker #0
Et je pense qu'aujourd'hui, on peut dire que tu t'es bien débrouillée.
- Speaker #1
Oui, alors c'est compliqué. Je ne vais pas mentir. C'est beaucoup de up and down, beaucoup de stress, beaucoup de… Mais voilà, j'ai du mal à prendre du recul quand même parce que moi, j'ai la tête dedans et que c'est mon bébé. Donc, je suis vraiment la tête dans le quidou. Mais c'est vrai que quand j'essaye de faire un peu une rétrospective d'il y a quatre ans, etc., je me dis qu'en réalité, on a quand même…
- Speaker #0
Le fond d'atelier quand ils faisaient Freud. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. C'est chouette. C'est très chouette. Après, il faut toujours garder le cap. J'ai failli arrêter plus d'une fois, je ne vais pas mentir. C'est encore dur parfois. Mais je sais pourquoi je le fais. Je sais que si je continue et que je m'accroche, ce sera pour plus tard réussir mes objectifs et être bien.
- Speaker #0
C'est vrai que quand on écoute tout ce que tu nous dis depuis le début, on a l'impression que tu as eu quand même beaucoup de belles personnes sur ton parcours, qui t'ont mis le pied à l'étrier, qui t'ont pas mal aidé. au démarrage en tout cas, beaucoup ensuite de beaux partenariats avec des personnes qui t'ont permis notamment de développer de beaux produits et aussi de plus en plus entouré avec une belle équipe. Tu as réussi effectivement à développer tout ce que tu as fait aujourd'hui, avoir ton atelier, des locaux, etc. En revanche, est-ce qu'il y a justement un échec particulier qui, toi, te dit, en fait, ça a été dur, mais heureusement que je suis passé par là ? Parce que maintenant, grâce à cette agence-là, je sais que...
- Speaker #1
Des échecs, il y en a eu mille.
- Speaker #0
Mais tu vois, l'échec qui te fait... En fait,
- Speaker #1
c'était lourd, mais en fait,
- Speaker #0
canon, parce que ça m'a permis d'apprendre ça.
- Speaker #1
Des échecs, il y en a eu mille. Après, il y a eu des gros coups durs. Quand j'ai perdu mon premier fournisseur de plaques de résine, juste avant Noël. Sa machine malheureusement est tombée en panne et le problème c'est qu'ils ne pouvaient pas la réparer. Donc ils m'ont dit « Désolée Clara, mais non. » On ne peut plus te fournir en plaque de résine pour tes manches. Donc moi, j'avais toutes mes commandes qui étaient passées pour Noël. C'était ma deuxième année, je crois. Je n'avais pas d'autres fournisseurs sous le coude. Et donc là, j'étais en décrépitude. Et donc là, branle-bas de combat, j'ai fait un salon où j'ai démarché tout le monde. J'allais voir tout le monde, un peu les gens qui me prendent pour la folle du village. J'arrivais avec les cheveux comme ça, les gars, il faut m'aider. Et en fait, j'ai trouvé un fournisseur qui a vu la détresse en moi. Et qui m'a dit, t'inquiète, on va gérer. Et en fait, c'est toujours mon fournisseur actuel, d'ailleurs. Mais ça a été vraiment un gros moment de panique parce que je me suis dit, putain, comment je vais faire, quoi ? Vraiment, comment je vais faire ? Et j'ai été à un moment où je me suis dit, j'arrête tout, en fait. J'arrête tout, ça ne sert à rien. Je n'ai personne sous le coude. Je ne peux pas le faire toute seule parce que je n'ai pas le temps. Donc, en fait, j'ai dit, j'arrête tout.
- Speaker #0
Et puis, le stress d'appeler les clients en disant, finalement...
- Speaker #1
Et au final, j'ai réussi à les sortir pour Noël. Alors par contre, après, j'ai dormi pendant quatre jours.
- Speaker #0
J'ai même pas vu passer Noël.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Mais en fait, je suis souvent confrontée à ce genre de choses. Donc, j'ai pas eu... Enfin, j'ai pas eu vraiment un gros crash, on va dire. Mais c'est souvent des grosses galères qui te plombent quand même beaucoup. Et c'est vrai que souvent, les gens vont voir... Nous, ce qu'on montre, c'est que le positif. C'est mal. On montre le beau. Mais en réel, en interne, il y a plein de fois où c'est pas du tout beau. Et parfois, on a travaillé sur des projets pendant longtemps pour des restaurants, etc. Et au dernier moment, ils me disent « Ah, finalement, on ne prendra pas les couteaux. » Donc ça, c'est pareil. Tu te dis « Bon… »
- Speaker #0
Tu ne factures pas, j'imagine, les essais.
- Speaker #1
Tu ne factures pas les envois parce que nous, on envoie des échantillons, etc. Et des fois, tu te dis « Ah, purée, ça, c'est un super devis. » Tu te dis « Ah, mais on le décroche, c'est génial. » Donc, tu te fais un peu des plans sur la comète, etc. Et en fait, au final, on te dit « Non, non, pas du tout. » et derrière, tu as trois pauvres commandes qui tombent. Tu te dis, comment je vais finir le mois ? C'est beaucoup de choses comme ça. Et en fait, moi, j'en parlais avec Fanny, qui était à l'atelier l'autre jour. Je lui disais, moi, je ne remercierai jamais assez à tous les gens qui m'ont dit non au début. Parce qu'au début, je n'étais pas du tout prise au sérieux. Mais vraiment pas. J'ai vraiment galéré pour que mon premier client m'achète un couteau. J'arrivais, personne ne me connaissait. Mais que ce soit dans le milieu de la coutellerie, parce que même au niveau de mes fournisseurs, ça a été compliqué au début. Quand j'arrivais,
- Speaker #0
j'arrivais sur un volume, j'imagine. Oui,
- Speaker #1
et puis il me disait, tu n'es pas prioritaire. Nous, on a des gros gars qui nous commandent 5000 lames à la journée. Toi, tu arrives avec tes 200 lames. Donc, ça a mis beaucoup de temps avant que je puisse avoir mes premières pièces. Et j'ai été trimballée depuis mine de rien. Je suis une femme dans un milieu d'hommes aussi. Ça n'aide pas toujours.
- Speaker #0
C'est très, très masculin. Oui,
- Speaker #1
c'est très masculin et très à l'ancienne.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc toi quand t'arrives, bonjour ! On te dit qu'est-ce que tu fais là ?
- Speaker #2
Des couteaux ?
- Speaker #1
Des couteaux. Des pochettes. Voilà. Quand je faisais des salons avec mon conjoint, les gens s'adressaient à Yannick et pas à moi. Et Yannick disait non, non, moi je suis là juste pour tenir compagnie à la couteaulière. Ok. Et les gens continuent à parler à Yannick. Et moi j'étais comme ça. Ah oui. Ah oui, non mais c'était assez particulier. Enfin bon bref. Et du coup au début quand j'ai commencé à démarcher les premiers restaurants etc. Je ne m'imaginais même pas le nombre de personnes qui m'a dit « Non, on ne te connaît pas, on ne s'est pas quitté. » J'ai mis deux ans à vraiment voir les premiers qui m'ont dit oui. Et en fait, c'est rigolo parce que ceux qui m'ont dit non il y a trois ans, aujourd'hui m'appellent.
- Speaker #0
Ils reviennent.
- Speaker #1
« Tu as travaillé avec un tel, un machin. » Eh bien oui. Je me dis que heureusement que ces gens-là m'ont fait confiance au début. Aujourd'hui, ça a évolué comme ça. Mais en fait, j'ai été piqué dans mon égo tellement de fois au début.
- Speaker #0
C'est très humble.
- Speaker #1
Je croyais vraiment. Je voulais vraiment faire des trucs de fou. Et tout le monde me disait, ce que tu fais, ce n'est pas top. Du coup, je suis piqué dans mon égo. Je me suis dit, mais merde !
- Speaker #0
Mais pas top comment ?
- Speaker #1
Je me suis vraiment accrochée. J'ai eu la chance d'avoir un entourage à côté de moi, une famille incroyable qui m'a toujours dit, lâche rien, un conjoint pareil. Et aujourd'hui, je dis merci à ceux qui m'ont dit non au début. Parce que c'est eux qui m'ont permis de me dire « Vous allez voir. »
- Speaker #0
De me traiter.
- Speaker #1
De dire « Personne ne me connaît, mais dans quelques années, je serai sur l'étape des plus grands. » C'était un peu ma motivation.
- Speaker #0
Bravo, en tout cas. On arrive au terme de l'entretien. Il fait une belle heure qu'on est là. Je voudrais te poser une dernière question qui est un peu en lien avec ce qu'on... ce qu'on s'est dit tout à l'heure. Mais en gros, quel conseil tu donnerais à un jeune qui veut se lancer, qui veut devenir coutelier et qui hésite ? Oui. Et voilà. Quel conseil tu lui donnerais pour se lancer ?
- Speaker #1
Je lui dirais de s'entourer des bonnes personnes. de trouver des bons formateurs, des gens qui sont disponibles pour leur apprendre vraiment les bases du métier. Je leur dirais que ça va être très compliqué, que ça va être très dur, qu'il va falloir faire leur place, mais qu'ils vont y arriver. Moi, on m'a toujours dit, j'ai toujours entendu dire que quand on montait une entreprise, c'était très compliqué. Mais je pensais que c'était compliqué intellectuellement parlant. Je pensais qu'il fallait être hyper intelligent pour pouvoir monter une boîte. En fait, je me rends compte que ce n'est pas ça qui est compliqué. Ce qui est compliqué, c'est la gestion des émotions. Et c'est vraiment d'avoir les épaules vraiment solides pour, comme on disait tout à l'heure, quand on a un coup dur, réussir à continuer à jamais lâcher. Donc, je dirais à cette personne qu'il va certainement en chier, mais qu'il peut faire de très grandes choses avec pas grand-chose, justement. Et qu'à partir du moment où il croit en lui, il croit en son projet, et que c'est quelqu'un qui a envie de travailler vraiment, et qui a envie de s'investir, je pense qu'il peut. il peut aller très loin.
- Speaker #0
Merci pour ces belles paroles pour clôturer cet entretien. Un grand merci encore, Clara, de m'avoir accueillie dans ton atelier. Et je mettrai dans les commentaires, effectivement, le lien sur le site et les différents réseaux sociaux à suivre pour revoir l'actualité de l'atelier Rosie. Encore un immense merci et à bientôt.
- Speaker #1
Merci à toi et à bientôt.
- Speaker #0
Merci d'avoir été à l'écoute. Comme vous l'avez vu. Chaque artisan est un entrepreneur. Et chaque épisode, une leçon d'audace et de passion. Abonnez-vous pour ne rien manquer des prochaines histoires de ceux qui bâtissent autrement.